David Hume

PHILOTRA

Essai sur la balance du commerce

1752

Traduit de l'Anglais par Melle de La Chaux

In

Mélanges d’économie politique, Volume I

Par Eugène Daire et G. de Molinari

Paris

Chez Guillaumin et Cie libraires,

Rue Richelieu, n°14.

1847

 

 

 

Texte numérisé par Philippe Folliot,

Professeur de philosophie au lycée Ango de Dieppe.

2009.

 

 

 

 

 

 

Essai sur la balance du commerce

 

 

 

 

Les nations qui ignorent la nature du commerce et ses effets, sont en usage d'interdire l'exportation des denrées et de toutes les matières dont la possession est précieuse par leur valeur, leur utilité et leur rareté. Elles ne considèrent pas que ces prohibitions sont absolument contraires à l'objet qu'elles se proposent ; que l'exportation d'une denrée en rend la production plus abondante chez le peuple cultivateur, et lui donne par conséquent la facilité d'en être le premier fourni, et à meilleur marché que ses voisins. L'exportation des figues était punie comme crime d'État par les lois de la république d'Athènes ; les Athéniens se réservaient pour eux seuls un fruit qui recevait une saveur particulière du climat de l'Attique et qu'ils estimaient trop délicieux pour en faire part aux étrangers. Cette ridicule prohibition était exécutée avec tant d'exactitude, que pour désigner à Athènes les dénonciateurs on se servait de l'expression de sycophantes, composée de deux mots grecs qui signifient figue et délateur [1] . On reconnaît par plusieurs actes anciens du parlement d'Angleterre la même ignorance de la nature du commerce ; et même encore aujourd'hui, malgré les progrès de la France dans la science du commerce, la crainte de la disette y fait presque toujours défendre l'exportation du blé, quoiqu'il soit évident que cette prohibition contribue, plus que l'intempérie des saisons, aux famines fréquentes dont ce fertile pays est affligé [2].

 

La plupart des nations ont eu les mêmes frayeurs sur la sortie des espèces d'or et d'argent ; elles ont craint d'être dépouillées de leurs trésors, et il était nécessaire que l'expérience vînt au secours de la raison, (87) pour convaincre quelques peuples que les prohibitions de sortir les espèces ne servent qu'à hausser le prix du change, et en nécessitent une plus grande exportation.

 

Quelque grossières et quelqu'évidentes que soient ces erreurs, les nations les plus commerçantes en retiennent toujours une jalousie mutuelle sur la balance de leur commerce, et sont réciproquement agitées de la crainte d'être privées un jour, par l'acquisition des marchandises étrangères, de tout leur or et de tout leur argent. Cette frayeur me paraît, dans tous les cas, chimérique et sans aucune espèce de fondement; il est aussi impossible qu'un royaume peuplé et industrieux se trouve sans espèces, qu'il l’est de voir tarir nos sources, nos ruisseaux et nos rivières. Tant que le Gouvernement continuera ses soins pour conserver notre population et notre industrie, nous pouvons être assurés de ne perdre aucune de nos richesses.

 

Des suppositions et des faits très incertains servent de base à tous les calculs employés pour connaître la balance du commerce, qu'on détermine ordinairement par les registres des douanes et le prix du change. Tout le monde convient que les registres des douanes sont insuffisants. Il en est de même du prix du change, à moins qu'on n'en fasse une étude particulière pendant le même espace de temps chez toutes les nations, sans distinction de celles qui sont plus ou moins commerçantes, et qu'on n'ait une connaissance certaine de toutes les sommes qui sont soldées en espèces chez tous les peuples, ce qu'on peut assurer être impossible. C'est par cette raison que tous ceux qui ont écrit sur la balance du commerce d'Angleterre, n'ont appuyé leur système que sur la quantité et la valeur des marchandises et des denrées importées et exportées chez les nations étrangères.

 

Il y eut une alarme générale en Angleterre, lorsqu'on vit dans les écrits de M. Gee [3] une espèce de démonstration, appuyée sur les détails les plus circonstanciés, pour prouver que la balance du commerce était tellement désavantageuse, que la nation devait être entièrement épuisée d'or et d'argent dans l'espace de cinq ou six ans ; mais vingt ans se sont écoulés depuis la publication de cet ouvrage, l'Angleterre a été engagée dans une guerre étrangère extrêmement coûteuse, et les personnes (88) instruites sont persuadées que le royaume est aujourd'hui plus riche en espèces qu'il ne l’a jamais été.

 

Le docteur Swift, cet auteur ingénieux dont le talent propre était de saisir le ridicule, et de faire sentir l'absurdité de quelques préjugés, parle de la balance du commerce de l'Irlande d'une manière assez plaisante. Il dit, dans son essai sur l'état de l'Irlande, que toutes les espèces monnayées de ce royaume montaient à cinq millions sterling, dont la cinquième partie passait tous les ans en Angleterre; que cette exportation d'argent, et celle qu'occasionnaient quelques autres objets de commerce étranger de peu de valeur, ne pouvait être compensée que par le médiocre profit que procure à quelques négociants irlandais l'importation du vin de France en Angleterre, et que par conséquent, dans l'espace de moins de six ans, il n'y aurait plus en Irlande que deux millions sterling d'espèces monnayées. Si ce raisonnement du docteur n'avait été une plaisanterie, il y a plus de trente ans que l'Irlande serait sans or et sans argent ; mais, quoique cette fausse prophétie fût propre à faire sentir le peu de cas qu'on devait faire des prétendus politiques qui raisonnaient de son temps sur la balance du commerce de l'Irlande, je ne puis douter cependant que leurs fausses opinions n'aient encore des partisans, et que même elles n'en acquièrent tous les jours.

 

Toutes les personnes dont les vues sont peu étendues, ou qui sont prévenues contre le Gouvernement, paraissent toujours appréhender les suites funestes de la balance du commerce, qu'elles soutiennent être extrêmement désavantageuse à l'Angleterre. Comme il est impossible de réfuter leurs raisonnements par le détail exact de la quantité et de la valeur des marchandises exportées, qui servent de paiement à celles qui sont importées dans le royaume, je vais mettre sous les yeux du lecteur quelques observations qui me paraissent prouver que, tant que l'Angleterre conservera sa population et son industrie, la balance du commerce ne pourra jamais lui être désavantageuse, ni entraîner la ruine de l'État. Supposons en effet que les quatre cinquièmes de toutes les espèces monnayées, existantes présentement en Angleterre, disparaissent tout à coup, et que le royaume n'en possède que la même quantité qui y était sous les règnes des Henri et des Edouard, et examinons quelle serait la conséquence de cet événement. Les denrées, la main-d'œuvre, les journées des ouvriers diminueraient sur-le-champ de valeur dans la même proportion, et tous les objets de commerce se vendraient et s'achèteraient dans l'intérieur du royaume, sur le même pied qu'ils se vendaient et s'achetaient il y a trois siècles. Dans ce cas, aucune nation de l'Europe ne pourrait être en concurrence avec nous pour la vente de ses denrées et de ses marchandises dans les marchés étrangers ; notre navigation serait bien moins coûteuse que celle des autres peuples, et nous gagnerions beaucoup en vendant nos marchandises à un prix fort inférieur à celui auquel ils pourraient vendre les leurs. Cette préférence pour la (89) vente nous mettrait en état d'acquérir en très peu de temps la quantité d'espèces que nous aurions perdue, et nous serions bientôt de niveau avec toutes les nations voisines ; mais nous ne pourrions parvenir à ce niveau sans perdre en même temps l'avantage du bon marché, et nous trouvant alors au même point où nous étions précédemment par rapport à la quantité des espèces, nous cesserions d'en acquérir de nouvelles.

 

Faisons une supposition contraire, et admettons que la quantité des espèces existantes en Angleterre se trouve tout à coup quintuplée de ce qu'elle est présentement. Les denrées, les marchandises, les journées des ouvriers augmenteront sur-le-champ de valeur dans la même proportion, et les nations voisines seront hors d'état d'acheter notre superflu; mais elles s'en dédommageront avec grand avantage, en nous vendant leurs denrées et leurs marchandises, dont aucune loi ne pourra empêcher l'importation; ce qui fera sortir notre argent jusqu'à ce que nous soyons de niveau avec elles, et que nous ayons perdu cette grande supériorité de richesse qui n'aura été désavantageuse qu'à nous-mêmes. Il est évident que les mêmes causes qui réformeraient ces inégalités exorbitantes que nous venons de supposer, doivent les prévenir et les empêcher d'arriver, et conservent, chez toutes les nations voisines, la quantité de leurs métaux dans la proportion de leur population et de leur industrie. L'eau est toujours de niveau, ou tend à s'y mettre ; les naturalistes en donnent pour raison, qu'une masse d'eau s'élevant d'un côté, et sa pesanteur n'étant plus soutenue, cette même masse doit tomber jusqu'à ce qu'elle trouve un contre-poids, et que la même cause qui rend à l'eau son niveau lorsqu'elle l’a perdu, doit toujours l'y maintenir [4].

 

Les trésors immenses que les Espagnols ont apportés des Indes se sont répandus dans toute l'Europe, et aucune force humaine n'aurait pu les retenir en Espagne. Quel moyen, en effet, aurait-on pu employer pour empêcher les habitants de l'autre côté des Pyrénées de franchir ces montagnes et d'introduire en Espagne leurs denrées et leurs marchandises, dont la valeur aurait augmenté dans la proportion de la difficulté du transport ; les propriétaires de ces marchandises et de ces denrées, encouragés par un gain immense, n'auraient-ils pas surmonté toutes les difficultés que l'avarice des Espagnols leur aurait opposées? Ce niveau, dans lequel il est impossible que les espèces ne soient pas maintenues, et qui les force à se répandre hors de l'État qui les a acquises, explique pourquoi toutes les nations de l'Europe gagnent à présent dans leur (90) commerce avec l'Espagne et le Portugal. Les souverains de ces deux royaumes ont désiré, dans tous les temps, que leurs sujets ne partageassent pas avec les étrangers les richesses qu'ils avaient acquises ; mais les lois qu'ils ont publiées pour en empêcher la sortie ont été insuffisantes, et en quelque manière impraticables.

 

Il peut arriver cependant qu'une certaine quantité d'eau se maintienne au-dessus de son niveau, lorsqu'on lui ôte toute communication avec l'élément qui l'environne. Il peut y avoir également, par rapport aux espèces d'or et d'argent, des obstacles physiques qui, coupant toute communication d'un État avec un autre, laisseraient subsister une très grande inégalité dans leurs richesses réciproques. L'éloignement immense où nous sommes de la Chine, et les privilèges exclusifs de nos compagnies, empêchent que ce niveau ne s'étende jusque dans cet empire, où l'or et l'argent sont en moins grande abondance qu'en Europe. Cependant, malgré les difficultés physiques et morales qui s'opposent à ce que les espèces d'or et d'argent soient transportées de l'Europe dans l'empire de la Chine, on ne peut s'empêcher d'observer qu'elles y sont, pour ainsi dire, entraînées ; en effet, quoique les ouvriers européens surpassent beaucoup en adresse et en habileté ceux de la Chine, l'Europe perd dans le commerce qu'elle entretient avec cette partie du monde ; et, sans les retours continuels d'or et d'argent que les négociants espagnols tirent annuellement de l'Amérique, la masse des métaux précieux diminuerait insensiblement en Europe, et augmenterait en Chine, jusqu'à ce que le niveau se fût établi entre ces deux parties du monde. Il est certain que, si cette industrieuse nation était aussi près de nous que la Pologne et la Barbarie, la plus grande partie des trésors des Indes lui serait réservée. On peut expliquer ce phénomène sans avoir recours à l'attraction physique ; en effet, l'attraction morale qui tire son origine des intérêts et des passions des hommes, est au moins aussi puissante et aussi certaine.

 

Les provinces dont les différents royaumes sont composés, ne conservent entre elles leur balance, que par la force de ce même principe ; c'est-à-dire, par l'impossibilité où est l'argent de perdre son niveau, et la nécessité qui le maintient toujours dans la proportion du travail et des denrées de chaque province. Si une longue expérience ne rassurait pas sur les sommes considérables que fournissent annuellement les provinces aux villes capitales, que de tristes réflexions n'aurait-on pas été dans le cas de faire, à la vue des calculs d'un habitant du Yorkshire! Cet hypocondriaque, dans un accès de mélancolie, calculait toutes les sommes que cette province fournissait à la ville de Londres, tant pour le paiement des impôts, que pour l’achat des marchandises, et le transport des revenus que les propriétaires y consommaient au préjudice de la province, où l'argent ne paraît rentrer qu'en bien moins grande quantité qu'il n'en sort. Il n'est pas douteux que, si l'heptarchie (91) subsistait encore, le gouvernement de chaque État serait continuellement alarmé de la crainte de perdre par la balance du commerce ; et comme il est très vraisemblable que le voisinage des peuples aurait nourri et excité la haine qu'ils se seraient portée les uns et les autres, leur jalousie mutuelle les aurait engagés à gêner réciproquement leur commerce et à le charger de taxes et d'impôts. Depuis que la réunion de l'Ecosse et de l'Angleterre n'a fait qu'un peuple de ces deux nations, on ignore à laquelle des deux la liberté du commerce a été avantageuse. Si depuis cet événement les Écossais ont acquis de nouvelles richesses, on ne le peut attribuer qu'à l'augmentation de l'industrie, qui a fait de grands progrès parmi eux. Avant cette réunion, les deux nations, craignaient réciproquement que la liberté du commerce ne leur fut nuisible, et que leurs voisins ne parvinssent à les dépouiller de leurs anciennes richesses. Le temps seul a pu prouver que ces craintes étaient également mal fondées chez l'un et l'autre peuple.

 

Ce qui arrive dans de petits États, doit également arriver dans de plus grands. De quelque nature que fussent les lois romaines par rapport au commerce, les provinces qui composaient l'empire romain conservaient leur balance entre elles et avec l'Italie ; comme nous voyons présentement cette même balance exister entre les différents comtés de la Grande-Bretagne, et les différentes paroisses de chaque comté. Quiconque voyage en Europe peut reconnaître par lui-même et par le prix des denrées, que, malgré la fausse jalousie des princes et des États, l'argent s'est maintenu partout à son niveau, et qu'il n'y a pas plus de différence à cet égard entre les royaumes, qu'il ne s'en trouve entre les provinces d'un même État. Les hommes vont habiter d'eux-mêmes les lieux situés sur les rivières navigables, les ports de mer, et les villes capitales. C'est dans ces endroits où les hommes sont rassemblés en plus grand nombre, qu'on trouve plus d'industrie et plus de denrées, et par conséquent plus d'argent: mais cette quantité d'argent est toujours en proportion de la population et de l'industrie, et c'est ce qui en maintient le niveau [5].

 

La France est pour nous un objet perpétuel de jalousie et de haine. Le premier de ces sentiments n'est fondé que sur de trop bonnes (92) raisons, mais l’un et l'autre ont donné lieu aux barrières sans nombre que les deux nations ont opposées mutuellement à leur commerce réciproque, et dont on nous accuse d'avoir donné l'exemple. Quels avantages en avons-nous retirés ? Nous ne vendons plus aux Français nos étoffes de laine, et nous allons chercher en Espagne et en Portugal, un vin plus cher et moins agréable que celui dont nous pouvions nous fournir en France. La plupart des Anglais croiraient l'Etat sur le penchant de sa ruine, si les vins français pouvaient être transportés en Angleterre en assez grande abondance, et y être vendus assez bon marché pour que le peuple en fît sa boisson ordinaire, par préférence à la bière et aux autres liqueurs du pays ; mais, si on voulait écarter tout préjugé et raisonner sans passion, il ne serait pas difficile de prouver que l'État n'en recevrait aucun préjudice, et qu'il en retirerait peut-être quelque avantage. En effet, les Français assurés d'un plus grand débit de leurs vins, changeraient leur culture, et planteraient de nouvelles vignes pour fournir à la consommation de l'Angleterre ; ils seraient alors forcés de recourir à nous pour avoir du blé, dont la production serait moins abondante chez eux, et nous aurions l'avantage de leur vendre la denrée de première nécessité. Le roi de France a rendu plusieurs arrêts pour défendre les nouvelles plantations de vignes, et il a même ordonné de les arracher, preuve certaine que la culture du blé a dans cet État la préférence sur celle de toute autre espèce de denrées.

 

Le maréchal de Vauban fait connaître, dans plusieurs endroits de ses écrits, le préjudice que causent au Languedoc, à la Guyenne et aux provinces méridionales de France, les droits auxquels les vins de ces pays sont assujettis, lorsqu'ils sont transportés en Bretagne et en Normandie ; et il propose au gouvernement de France d'accorder une entière liberté de commerce, et de délivrer ces provinces des entraves sous lesquelles elles gémissaient. Il ne pensait pas sans doute que cette liberté pût faire pencher en leur faveur la balance du commerce, au préjudice de la Normandie et de la Bretagne. Il est évident qu'une navigation un peu plus longue ne rendrait pas les vins du Languedoc plus chers en Angleterre qu'ils ne le sont en Bretagne, ou dans ce cas les denrées d'Angleterre, transportées en Languedoc, augmenteraient de valeur dans la même proportion.

 

Je conviens cependant qu'on peut employer deux moyens pour maintenir l'argent au-dessus ou au-dessous de son niveau; mais, en les examinant attentivement, il est facile de reconnaître qu'ils sont la conséquence du principe précédemment établi, et qu'ils lui donnent même une nouvelle force.

 

Les banques, les actions et les papiers de crédit, tous établissements modernes, adoptés par les Anglais avec une espèce de frénésie, sont le seul moyen que je crois propre à tenir l'argent au-dessous de son niveau. Le papier devient par ces établissements équivalent aux espèces, (93) il circule dans toutes les parties de l'État, augmente la valeur de la main-d'œuvre et des denrées, supplée à l'or et à l'argent, fait disparaître une partie de ces précieux métaux, et empêche que leur quantité n'en augmente. La plupart de nos raisonnements sur cette matière sont faux et contraires à la raison; tout particulier qui a l'avantage de doubler ses fonds en devient incontestablement plus riche ; nous nous imaginons qu'il en serait de même de l'État, si tous les sujets pouvaient parvenir à doubler leurs richesses; nous ne faisons pas réflexion que dans ce cas la valeur de toutes les denrées augmenterait dans la même proportion, et que, par conséquent, cet accroissement général des richesses n'apporterait aucun changement dans l'inégalité des fortunes. Un grand fonds d'argent ne nous est avantageux que dans nos négociations avec les étrangers, et comme notre papier n'a de valeur que dans l'intérieur du royaume, il a pour nous les inconvénients qui sont la suite nécessaire d'une grande abondance d'argent, et ne nous procure aucun des avantages qui peuvent l'accompagner.

 

Supposons que l'Angleterre possède 18 millions sterling en espèces, et qu'il circule dans le royaume pour 12 millions de papier, on doit conclure de cette supposition que l'État peut posséder une richesse réelle de 30 millions. La Grande-Bretagne posséderait en effet cette somme en espèces d'or et d'argent, si nos papiers de nouvelle création n'avaient pas été un obstacle à l'entrée de ces métaux. On me demandera sans doute quel pays nous aurait fourni cette somme? Je répondrai à cette question, que nous l'aurions été chercher dans tous les royaumes du monde connu. En effet, en supprimant les 12 millions de papier, l'argent existant en Angleterre sera de beaucoup au-dessous de son niveau, par comparaison avec la quantité existante dans les États voisins, et il en refluera nécessairement une partie parmi nous jusqu'à ce que le niveau soit établi entre toutes les nations voisines, et que sa trop grande abondance le fasse, par la même raison, échapper de nos mains. Le soin qu'ont eu les politiques modernes de remplir tous les portefeuilles d'actions, de billets de banque et de papiers d'échiquier, semble être une suite de la crainte qu'ils ont eue que la nation ne se trouvât un jour accablée sous le poids de l'or et de l'argent.

 

Le royaume de France possède une très grande quantité d'espèces, et il en est principalement redevable au petit nombre de papiers de crédit qui ont cours dans ce puissant État. Aucune banque publique n'y est établie; les lettres de change y sont moins communes qu'en Angleterre; tout prêt d'argent, dont le principal n'est pas aliéné, y est regardé comme usuraire. Faute de débouchés de leur argent, les Français sont obligés d'en garder une grande partie en caisse, et c'est par cette raison que les simples particuliers de ce royaume possèdent une grande quantité de vaisselle d'argent, et que leurs églises sont remplies d'argenterie. C'est à la réunion de ces différentes circonstances qu'on doit (94) attribuer le bon marché des denrées et de la main-d'œuvre, dont le prix est plus bas en France que chez d'autres peuples qui possèdent la moitié moins d'espèces d'or et d'argent; position heureuse qui donne à ce royaume un grand avantage pour le commerce étranger, et conserve entre les mains des sujets des sommes assez considérables pour réparer les malheurs publics et imprévus, dont aucune nation ne peut être à l'abri.

 

On est en usage en Angleterre et en Hollande de préférer la porcelaine de Chine à la vaisselle d'argent; et la ville de Gênes avait adopté, il y a quelques années, cette espèce de luxe. Mais le sénat, prévoyant les funestes conséquences qui en pouvaient résulter, y mit des bornes par une loi somptuaire, qui laissait en même temps la plus grande liberté sur la vaisselle d'argent. Cette république a reconnu sans doute, lors de la dernière révolution, toute la sagesse de cette ordonnance; et je ne puis m'empêcher de penser que les taxes imposées en Angleterre sur la vaisselle d'argent ne soient très opposées à la bonne politique.

 

Nos colonies avaient une quantité d'espèces suffisante pour la circulation, avant qu'on y eût introduit les papiers de crédit; mais depuis que cette espèce de richesses y est connue, l'or et l'argent ne sont plus d'usage dans les paiements, et c'est le moindre inconvénient qui en soit résulté. Lorsque les malheurs de l'État auront anéanti cette richesse fictive, peut-on douter que l'argent ne retourne aussitôt dans nos colonies, qui possèdent des denrées et des manufactures, seul bien réel dont tous les hommes ont besoin, et qu'ils ne peuvent satisfaire, qu'en donnant aux cultivateurs et aux fabricants l'argent qu'ils possèdent?

 

Il est fâcheux que Lycurgue n'ait pas eu l'idée des papiers de crédit, lorsqu'il chercha à bannir l'or et l'argent de Lacédémone. Cet expédient aurait été plus utile à son système, que ces masses de fer qu'il leur substitua, et les papiers de crédit, qui n'ont aucune valeur réelle ni intrinsèque, auraient apporté un obstacle certain à tout commerce étranger.

 

Je viens d'exposer les inconvénients qui accompagnent les systèmes de papiers de crédit, qui sont cependant les seuls moyens de tenir l'argent au-dessous de son niveau. Ne pourrait-on pas obtenir l'effet contraire, c'est-à-dire l'élever au-dessus de son niveau, en conservant avec soin dans le trésor public une somme considérable, et en prenant les précautions convenables pour l'empêcher d'être remise dans la circulation? Mais la plupart des citoyens regarderaient un pareil expédient comme destructif, et il exciterait la clameur publique. Tout fluide peut être élevé au-dessus de son niveau, et à telle hauteur qu'on juge à propos, lorsqu'on lui ôte toute communication avec l'élément voisin. Il en est de même de l'argent; et pour le prouver il suffit de reprendre notre (95) première supposition, qui consiste à détruire subitement la moitié de toutes nos espéces. Nous avons trouvé que la conséquence de cet événement serait d'attirer une somme égale de tous les royaumes voisins. Si le gouvernement se déterminait à mettre en réserve dans le trésor public une somme considérable, et à l'y conserver avec soin, il pourrait, après la révolution de plusieurs années, y mettre également en dépôt une nouvelle somme, opération qui par la succession des temps n'aurait pas de bornes.

 

Une petite ville comme Genève pourrait, durant le cours de quelques siècles, engloutir les neuf dixièmes de toutes les espèces de l'Europe. Il est vrai que la nature humaine forme un obstacle invincible à cet énorme accroissement de richesses. Un État faible, mais possédant des richesses immenses, deviendrait nécessairement la proie de quelques voisins plus pauvres, mais plus puissants. Un grand État maître d'un pareil trésor le dissiperait en projets dangereux et mal concertés, et détruirait vraisemblablement un trésor bien plus estimable, je veux dire l'industrie de son peuple, dont la perte entraînerait une diminution sensible dans le nombre des citoyens. Ces trésors immenses seraient dans le cas du fluide élevé à une trop grande hauteur, qui brise et définit le vaisseau qui le renferme, et se mêlant avec l'élément qui l'environne, tombe tout à coup à son niveau. La possibilité d'amasser un grand trésor, sans causer de préjudice à l'État, est tellement contraire à notre manière ordinaire de penser, que, quoique nos historiens soient d'accord sur les sommes immenses amassées par Henri VII, que tous les fassent monter à 1,700,000 liv. sterling [6], et que cet événement soit, pour ainsi dire, encore récent, nous rejetons leur témoignage, plutôt que de convenir d'un fait capable de détruire nos préjugés. Il est vraisemblable que cette somme composait les trois quarts de toutes les espèces monnayées existantes pour lors en Angleterre; mais est-il impossible qu'un prince habile, avide de richesses, économe, et dont l'autorité était presque absolue, ait amassé une somme aussi considérable dans l'espace de vingt ans? Il n'y a pas d'apparence que, malgré le trésor de Henri VII, le peuple se soit aperçu d'une diminution dans la quantité d'espèces en circulation, et qu'il en ait souffert un préjudice réel, parce que la diminution de la valeur de toutes les denrées et de toutes les marchandises a dû faire entrer en peu de temps dans le royaume une quantité d'or et d'argent égale à celle que le souverain avait retirée de la circulation, effet et suite nécessaire du grand avantage que devaient avoir les Anglais dans le commerce sur toutes les nations voisines. Les historiens [7] et les orateurs [8] grecs assurent que la petite république d'Athènes, et les peuples ses alliés amassèrent, dans les cinquante années qui s'écoulèrent entre la guerre de Médie et celle de Péloponèse, un trésor plus (96) considérable que celui de Henri VII, puisque plus de 10,000 talents furent renfermés dans la citadelle d'Athènes, somme immense qui fut cause de la ruine de cette république et de ses alliés, par les guerres imprudentes auxquelles ils s'engagèrent témérairement. Cet argent, amassé avec tant de soin, ne fut pas plus tôt sorti du trésor et remis dans la circulation, qu'il disparut de l'État. Nous voyons, en effet, par le fameux dénombrement fait cinquante ans après, et dont Démosthènes et Polybe [9] font mention, que toutes les richesses des Athéniens, en terres, en maisons, en esclaves, en denrées et en marchandises, ne furent pas estimées à 60,000 talents, en y comprenant même les espèces monnayées qui circulaient dans ce petit État.

 

On reconnaît dans la conduite des Athéniens autant de prudence que d'ambition, lorsqu'on les voit user de la liberté de leur gouvernement, pour mettre en réserve et conserver un trésor immense, qu'ils pouvaient partager entre eux, et qui était assez considérable pour tripler la fortune de chaque particulier ; car il est bon d'observer, qu'au rapport des anciens historiens, les Athéniens n'étaient pas plus riches lorsque Philippe, roi de Macédoine, leur déclara la guerre, qu'ils ne l'étaient au commencement de celle du Péloponèse.

 

Le petit pays connu sous le nom de Grèce était moins riche en espèces d'or et d'argent dans les siècles de Philippe et de Persée, que ne l’était l'Angleterre sous le règne de Henri VII. Les deux rois macédoniens amassèrent cependant en trente ans [10] un trésor plus considérable que celui de Henri, puisqu'au rapport de Pline [11], le trésor que fit conduire à Rome Paul-Émile, vainqueur de la Macédoine, montait à 2,400,000 liv. sterling; ce n'était cependant qu'une partie des sommes amassées par les rois de Macédoine, étant impossible que Persée eût soutenu la guerre sans avoir touché au trésor public. Stanyan assure que de son temps le canton de Berne avait prêté à intérêt plus de 300,000 liv. sterling, et qu'il y en avait en réserve plus de 1,800,000 dans le trésor public. Il est très vraisemblable que tout l'argent en circulation dans ce petit État ne monte pas à 500,000 liv. sterling. Cependant, quoique le trésor public ait dû augmenter depuis 1714, tous les voyageurs qui parcourent le pays de Vaud, ou toute autre partie du canton de Berne, ne s'aperçoivent pas que l'argent y soit plus rare que dans tout autre pavs de la même étendue, et dont le climat et les productions sont les mêmes [12].

 

Le détail que donne Appien du trésor des Ptolémées ne permet pas de le révoquer en doute, et il serait d'autant plus mal fondé, que, (97) suivant le témoignage de ce même historien, les autres successeurs d'Alexandre étaient également économes, et que plusieurs d'entre eux avaient des trésors presque aussi considérables que celui des Ptolémées, qu'Appien fait monter à 740,000 talents, revenant, suivant les calculs du docteur Arbuthnot, à 191,166,666 liv. sterling, somme incroyable, si cet historien, natif d'Alexandrie, ne citait pas les registres de l'empire d'Egypte pour garants de ce qu'il avance.

 

Les différentes observations que je viens de mettre sous les yeux du lecteur, doivent guider notre jugement sur les barrières, les obstacles et les impôts sans nombre que toutes les nations, et principalement l'Angleterre, opposent à la liberté du commerce. Tous les gouvernements sont occupés du désir d'augmenter la masse de leurs espèces monnayées, qu'il est cependant impossible de tenir au-dessus de leur niveau, tant que la circulation de la totalité en est libre; ils sont également effrayés de la crainte d'en perdre une partie, quoique, par la même raison, il soit également impossible qu'elles baissent au-dessous de ce même niveau. Des mesures aussi contraires à la bonne politique seraient capables par elles-mêmes de faire disparaître nos espèces, si ce malheur pouvait arriver; mais il en résulte un mal général et commun à toutes les nations : c'est-à-dire, que tous les peuples voisins et limitrophes les uns des autres ne peuvent jouir réciproquement et avec liberté de l'échange mutuel de leurs denrées et de leurs marchandises, que le souverain législateur semble avoir prescrit, en donnant à tous les peuples un climat, un sol, et un génie qui les distingue les uns des autres, par des différences particulières à chacun d'eux.

 

Les politiques modernes, en faisant usage des papiers de crédit, ont adopté le seul moyen de bannir les espèces d'un État, ou du moins d'en diminuer la quantité. On ne pourrait en augmenter la masse, qu'en en mettant une partie en réserve dans le trésor public; mais ils rejettent ce moyen et donnent la préférence à des droits de douane et à des taxes qui ne servent qu'à restreindre l'industrie, et à priver nos voisins, ainsi que nous, des bienfaits que l'art et la nature offrent à tous les hommes.

 

Il faut convenir cependant que toutes les taxes sur les denrées et les marchandises étrangères ne sont pas également inutiles et désavantageuses. Nos manufactures de toile sont encouragées par les droits imposés sur celles d'Allemagne. Les droits perçus sur l'eau-de-vie de vin augmentent la consommation du rhum, et soutiennent nos colonies méridionales. Comme il est nécessaire qu'il y ait des impôts pour la défense du gouvernement, il est de la bonne politique de n'en percevoir et de n'en établir que sur les denrées et les marchandises, dont le volume empêche la fraude et la contrebande; mais le législateur ne doit jamais oublier la maxime du docteur Swift, qu'en matière d'impôts, deux et deux ne font pas toujours quatre ; et qu'il arrive souvent au contraire qu'ils font moins de deux. Il est assez vraisemblable que, (98) si les droits sur le vin étaient diminués des deux tiers, le gouvernement en tirerait un revenu plus considérable ; notre peuple serait alors en état de se procurer une boisson meilleure et plus saine, et la balance du commerce, dont nous sommes, si jaloux, n'en deviendrait pas plus désavantageuse. La manufacture de la bière, lorsqu'on la considère indépendamment de l'agriculture, est peu considérable en elle-même, et occupe peu de bras ; le transport du vin et l'exportation de nos grains nous en dédommageraient avec grand avantage. On opposera sans doute que, suivant le témoignage de plusieurs historiens, un grand nombre d'États et de royaumes riches et opulents dans l'antiquité, sont maintenant dans l'indigence et la pauvreté; et qu'on n'y retrouve plus cette abondance d'argent qui les rendait autrefois si puissants. Je réponds que les nations ne peuvent espérer de conserver leurs espèces, lorsqu'elles perdent leur commerce, leur industrie et leur population, dont les métaux précieux suivent toujours la proportion. Lorsque Lisbonne et Amsterdam enlevèrent à Gênes et à Venise le commerce des Indes orientales, dont ces deux villes étaient en possession, elles acquirent les profits et les espèces dont ce riche commerce les enrichissait. La masse d'argent diminue dans un État toutes les fois que le souverain établit sa résidence dans un autre empire ; lorsque les guerres étrangères obligent d'envoyer des armées dans des pays très éloignés des frontières, et où elles ne peuvent être entretenues qu'à très grands frais, et lorsqu'enfin les étrangers sont créanciers de l'État pour des sommes considérables. On doit observer que la perte de l'argent, dans tous les cas dont je viens de faire l’énumération, est la suite de circonstances violentes qui forcent le peuple à se réfugier dans d'autres climats et à y transporter son industrie ; mais, lorsque la population d'une nation et son industrie n'ont souffert aucune diminution, il est impossible, après que les troubles sont cessés, que l'argent ne revienne par un grand nombre de canaux, différents les uns des autres et souvent inconnus. Les principales nations de l'Europe ont répandu en Flandre des sommes immenses depuis la révolution des Pays-Bas, cette partie de l'Europe ayant presque toujours été le théâtre de la guerre. Si toutes ces sommes étaient rassemblées, elles monteraient peut-être à plus de la moitié de ce que l'Europe entière possède d'espèces : toutes ces richesses immenses sont retournées à leur source, et sont rentrées dans les mains des peuplés industrieux qui en avaient été les premiers possesseurs. Un courant sensible emportait à Borne, il y a plus de mille ans, tout l'argent de l'Europe; mais il en est sorti par des canaux secrets et inconnus, et le défaut de commerce et d'industrie rend aujourd'hui les domaines du pape le territoire le plus pauvre de l'Italie. Le gouvernement a grande raison sans doute d'employer tous ses soins pour conserver la population et les manufactures de l'État, mais il peut se dispenser d'en prendre pour la conservation de ses espèces. Leur quantité sera toujours proportionnée au nombre du peuple et à l'accroissement de son industrie.

 

 

 

 

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[1]              Plutarchus, de Curiositate.

[2]     Depuis que M. Hume a composé cet Essai, le commerce du blé a été rendu libre avec les étrangers. (Note du Traducteur.)

Cette liberté n'était pas sans restrictions. Elle avait été accordée par l’édit de 1764 qui ne tarda pas à être révoqué. E. D.

[3]     The trade and navigation of Great-Britain, ch. 34.

Gee (Joshua), marchand de Glascow, fut l'un des principaux collaborateurs du journal The british merchant, fondé en 1713 pour défendre les intérêts commerciaux de la Grande-Bretagne contre ceux de la France. Les numéros de cette revue, arsenal des prohibitionistes de l'époque, furent réunis plus tard par Ch. King sous le titre de The british merchant, or commerce preserved, London, 1721. 3 vol. in-8 traduits plus ou moins complètement par Forbonnais.

Fidèle à ses principes, Gee fit paraître en 1730 : The trade and navigation of Great-Britain considered; Showing that the surest way for a nation to increase in riches is to prevent the importation of such foreign commodities as may be raised at home, etc., Lond. l vol. in-8.; 6ème édit. 1 vol. In-12. Glascow, 1735. E. D.

[4]              Le prix du change contribue à maintenir la balance du commerce et à l'empêcher de devenir trop préjudiciable à une nation ; lorsque la valeur de nos importations excède de beaucoup celle de nos exportations, le prix du change est contre nous, et cette perte, lorsqu'elle excède ce qu'il en coûterait pour le port des espèces chez la nation créancier nous oblige à les y transporter, car le change ne peut jamais être au-dessus du prix de la voiture. (Note de l’Auteur.)

[5]              Il faut observer avec soin que dans tout ce Discours, partout où je parle du niveau de l'argent, j'entends toujours son niveau proportionné aux commodités, au travail, à l'industrie et à l’abiletéqui se rencontrent dans chaque Etat : j'ose assurerque, dans les pays où ces avantages sont le double, le triple, le quadruple de ce qu'ils sont dans les autres Etats, l'argent sera aussi infailliblement douple, triple ou quadruple. La seule circonstance qui peut détruire l'exactitude de ces proportions, consiste dans les frais de transport des marchandises d'un lieu à un autre, et ces frais sont quelquefois inégaux. Ainsi le blé, le bétail le fromage et le beurre de la province de Derby, ne peuvent tirer d'argent de Londres, autant que les manufactures de Londres en tirent de Derby. Mais cette objection n'est qu'apparente, car autant le transport des marchandises est coûteux, autant la communication entre les places de commerce est défectueuse. (Note de l’auteur.)

[6]              Il y avait environ huit onces d'argent dans la livre sterling du temps de Henri VII.

[7]              Thucyd. lib. 2; Diod. sic. lib. 12.

[8]              Aeschinis et Demosthenis, Epist.

[9]              Lib. II, cap. 62.

[10]            Titi-Livii, lib. XLV, cap. 40.

[11]            Lib. XXXIII, cap. 3.

[12]            La pauvreté dont parle Stanyan ne se remarque que dans les cantons les plus montagneux, où il n'est pas facile que l'argent se répande : encore les peuples n'y sont-ils pas plus pauvres que dans le diocèse de Saltzbourg d'un coté, ou dans la Savoie de l'autre. (Note de l’Auteur.)