PHILOTRADavid Hume

Essai sur les préjugés moraux.

Traduit par Philippe Folliot ( 2007)
Professeur de Philosophie au lycée Jehan Ango de Dieppe

 

 De

 

OF  MORAL PREJUDICES

in

Essays & Treatises on several subjects

In two volumes

Containing

Essays, moral, political, and literary

A new edition

LONDON

Printed for T.CADELL, in the Strand;

and

  1. DONALDSON and W. CREECH, at Edinburgh

MDCCLXXVII
Seule édition de cet essai : 1742 (supprimé ensuite par Hume)

 

 

 

 

 

La traduction

Le texte anglais

 

 

 

 

 

 

 

Des préjugés moraux

 

 

            Récemment a surgi parmi nous un groupe d’hommes qui s’efforcent de se distinguer en ridiculisant tout ce qui a semblé jusqu’alors sacré et vénérable aux yeux de l’humanité. La raison, la modération, l’honneur, l’amitié, le mariage sont les sujets permanents de leur insipide raillerie et même l’esprit public et le souci de notre nation sont traités de chimériques et romanesques. Si les plans de ces anti-réformateurs étaient appliqués, tous les liens de la société seraient rompus et on se laisserait aller à une hilarité et une gaieté licencieuses. Le compagnon de boisson serait préféré au frère ou à l’ami et cette prodigalité dissolue se paierait de la disparition de tout ce qui est estimable, dans le privé comme dans le public. Les hommes auraient si peu de considération pour ce qui se trouve au-delà d’eux-mêmes que, finalement, une libre constitution de gouvernement serait un plan impraticable chez les hommes et devrait dégénérer en un système universel de fraude et de corruption.

 

            On peut observer une autre humeur chez certains prétendants à la sagesse qui, si elle n’est pas aussi pernicieuse que la vaine et irritable humeur ci-dessus mentionnée, a cependant un très mauvais effet chez ceux qui s’y laissent aller. Je veux parler de ce grave effort philosophique vers la perfection qui, sous prétexte de réformer les préjugés et les erreurs, blesse tous les plus chers sentiments du cœur et tous les penchants et les instincts utiles qui puissent gouverner une créature humaine. Chez les anciens, ce sont les stoïciens qui se firent remarquer par cette folie et je souhaiterais que, en ces temps derniers, certains des plus vénérables caractères ne les aient pas copiés si fidèlement sur ce point. Les sentiments tendres ou vertueux, ou les préjugés, si vous voulez, ont eu beaucoup à souffrir de ces réflexions quand un sombre orgueil et un sombre mépris de l’humanité ont pris leur place et qu’on a les considérés comme la plus grande sagesse, alors qu’il s’agissait de la folie la plus extrême. Statyllius, que Brutus sollicitait pour faire partie de la noble bande qui frappa le coup céleste pour la liberté de Rome, refusa de les accompagner et dit que tous les hommes étaient fous ou insensés et qu’ils ne méritaient pas qu’un sage se troublât l’esprit pour eux.

 

            Mon lecteur instruit se souviendra aisément de la raison que donna un ancien philosophe de ne pas se réconcilier avec son frère qui sollicitait son amitié. Il était trop philosophe pour penser que le lien de naissance par les mêmes parents devait avoir une quelconque influence sur un esprit raisonnable, et il exprima son sentiment d’une façon telle que je ne juge pas correct de répéter son propos. Quand votre ami est dans l’affliction, dit Epictète, vous pouvez feindre de sympathiser avec lui si cela le soulage mais faites attention de ne pas permettre à la compassion de pénétrer dans votre cœur ou de troubler cette tranquillité qui est la perfection de la sagesse. Quand il fut malade, les amis de Diogène lui demandèrent ce qu’il fallait faire de lui après sa mort. Jetez-moi dans les champs, dit-il. Quoi, répondirent-ils, exposé aux oiseaux et aux bêtes ! Mais non, placez un bâton près de moi pour que je me défende. Et pourquoi cela, dirent-ils, tu n’auras plus ni sensation ni pouvoir d’en faire usage ! Alors, si les bêtes me dévorent, s’écria-t-il, souffrirai-je davantage ? Parmi les paroles de ce philosophe, je n’en connais aucune qui montre avec plus d’évidence la vivacité et la férocité de son tempérament.

 

            Comme furent différentes les maximes par lesquelles se conduisit Eugénius ! Dans sa jeunesse, avec les efforts les plus inlassables, il s’appliqua à l’étude de la philosophie, et rien n’était capable de l’en distraire, sauf quand se présentait l’occasion de rendre service à ses amis ou de satisfaire quelque homme de mérite. Quand il eut environ trente ans, il se détermina à quitter la libre vie de célibataire (en laquelle il aurait été disposé à demeurer) en considérant qu’il était le dernier membre d’une ancienne famille qui s’éteindrait s’il mourait sans enfants. Il choisit pour femme la belle et vertueuse Emira qui, après avoir été le réconfort de sa vie pendant de nombreuses années, s’acquitta finalement de ce que l’on doit universellement à la nature. Dans une affliction aussi profonde, rien ne put le soutenir, sinon la consolation que lui apportaient ses enfants qui lui devinrent désormais encore plus chers en raison du décès de leur mère. Une fille en particulier était sa favorite et la joie secrète de son âme parce que ses traits, son air, sa voix rappelaient à lui à tout instant le tendre souvenir de son épouse, ce qui remplissait ses yeux de larmes. Il cachait cette partialité autant qu’il pouvait et seuls ses amis intimes en avaient connaissance. A eux, il révélait sa tendresse pour elle et il n’était pas philosophe avec assez d’affectation pour lui donner le nom de faiblesse. Ses amis savaient qu’il continuait à célébrer l’anniversaire d’Emira avec des pleurs et le tendre et fervent souvenir des plaisirs passés, tout comme, de son vivant, il le fêtait dans la joie et la fête. Ils savaient qu’il conservait son portrait avec le plus grand soin et portait tout près de son cœur une miniature qui la représentait. Ils savaient aussi que, dans son testament, il avait laissé des ordres pour que, quel que fût l’endroit du monde où il mourrait, son corps fût ramené et placé dans le même tombeau qu’elle ; et qu’un monument devait être érigé au-dessus d’eux et que leur amour et bonheur réciproques devaient être célébrés dans une épitaphe qu’il avait composée lui-même dans ce but.

 

            Il y a quelques années, je reçus une lettre d’un ami qui voyageait à l’étranger et je vais ici la communiquer au public. Je pense qu’elle est assez extraordinaire et elle contient un tel exemple d’esprit philosophique qu’elle peut montrer qu’il ne faut pas se détourner des maximes communes de conduite et de comportement quand on recherche de façon raffinée le bonheur et la perfection. Depuis, je me suis assuré que cette histoire correspond bien à des faits réels.

 

 

 

Paris, le  2 août 1737

 

           

Monsieur,

 

            Je sais que vous êtes plus curieux des hommes que des monuments et que vous préférez être informé des histoires privées plutôt que des transactions publiques. C’est pourquoi je pense que l’histoire suivante qui, dans la ville, est le sujet général de conversation, vous divertira assez.

 

            Une jeune femme, ayant naissance et fortune et disposant entièrement de sa propre personne, demeura longtemps dans la résolution de vivre seule malgré différentes propositions avantageuses qui s’offrirent à elle. Elle s’était déterminée à faire ce choix après avoir observé les nombreux mariages malheureux de ses connaissances et entendu les plaintes de ses amies femmes au sujet de la tyrannie, de l’inconstance, de la jalousie ou de l’indifférence de leurs maris. Femme à l’esprit solide, possédant une manière de penser peu commune, elle n’eut aucune difficulté à former et conserver cette résolution et elle ne pouvait soupçonner en elle une faiblesse qui la tenterait de s’en détourner. Elle avait cependant nourri le puissant désir d’avoir un fils et elle était résolue à faire de son éducation le principal souci de sa vie, ce qui remplacerait les autres passions auxquelles elle était décidée à renoncer. Elle poussait sa philosophie à une extrémité si peu commune qu’elle ne trouva aucune contradiction entre ce désir et sa résolution. Parmi les hommes qu’elle connaissait, elle chercha avec beaucoup d’attention celui dont le caractère et la personne lui agréeraient mais il lui fut impossible de se satisfaire sur ce point. Enfin, se trouvant au théâtre un soir, elle aperçut au parterre un jeune homme du visage le plus séduisant et du port le plus modeste et elle ressentit une telle attirance pour lui qu’elle eut l’espoir qu’il était la personne qu’elle recherchait vainement depuis si longtemps. Elle lui dépêcha immédiatement un serviteur pour lui faire savoir qu’elle désirait qu’il la visitât le lendemain matin. Le jeune homme était comblé par ce message et ne pouvait maîtriser sa joie de recevoir cette avance d’une femme d’une telle beauté, d’une telle réputation et d’une telle qualité. C’est pourquoi il fut très déçu quand il trouva une femme qui ne lui permettait aucune liberté et qui, malgré son attitude obligeante, l’intimidait et le confinait dans les limites d’un discours et d’une conversation raisonnables. Elle semblait pourtant prête à devenir son amie et elle lui dit que sa compagnie lui ferait toujours plaisir à chaque fois qu’il aurait une heure à lui accorder. Il ne se fit pas prier pour renouveler ses visites, si frappé qu’il était par son esprit et sa beauté qu’il eût été malheureux s’il avait dû être privé de sa compagnie. Chaque nouvelle visite ne servait qu’à enflammer davantage sa passion et lui donner davantage l’occasion d’admirer sa personne et son intelligence et de se réjouir de la chance qu’il avait. Il était cependant inquiet quand il considérait la disproportion de naissance et de fortune entre eux et son malaise ne se dissipait pas, même quand il réfléchissait à la façon extraordinaire dont leur relation avait commencé. Notre héroïne philosophe, pendant ce temps, découvrait que les qualités personnelles de son amant ne faisaient pas mentir sa physionomie, de sorte que, jugeant qu’il était inutile de le tester davantage, elle trouva une occasion appropriée de lui communiquer toute son intention. Leur relation se prolongea un certain temps, jusqu’à ce que, finalement, ses souhaits fussent couronnés de succès et qu’elle devînt la mère d’un fils qui allait désormais être l’objet de ses soins et de ses soucis. Elle eût avec joie conservé cette amitié avec le père de l’enfant mais, pensant qu’il était un amant trop passionné pour demeurer dans les bornes de l’amitié, elle fut obligée de se faire violence. Elle lui envoya une lettre à laquelle elle avait joint un titre de rente de mille couronnes, lui demandant en même temps de ne jamais la revoir et, si possible, d’oublier toutes ses faveurs et familiarités passées. Il fut foudroyé en recevant le message et, ayant essayé en vain tous les moyens qui peuvent vaincre la résolution d’une femme, il se résolut finalement à l’attaquer sur son point faible. Il lui fit un procès devant le parlement de Paris, réclamant son fils qu’il prétendait avoir un droit d’éduquer comme il l’entendait, ceci conformément aux maximes habituelles de la loi dans ce cas. De son côté, elle plaida leur accord exprès avant leur relation et elle prétendit qu’il avait renoncé à réclamer tout fruit pouvant naître de leurs étreintes. On ne sait pas encore comment le parlement se déterminera sur ce cas extraordinaire qui est un casse-tête pour tous les hommes de loi et les philosophes. Dès que l’affaire sera décidée, je vous en informerai et je ne manquerai pas une occasion de me déclarer, comme je le fais à présent,

                                   Monsieur,

                                                           Votre très humble serviteur.

 

 

 

 

 

Of moral prejudices

 

There is a Set of Men lately sprung up amongst us, who endeavour to distinguish themselves by ridiculing every Thing, that has hitherto appear'd sacred and venerable in the Eyes of Mankind. Reason, Sobriety, Honour, Friendship, Marriage, are the perpetual Subjects of their insipid Raillery: And even public Spirit, and a Regard to our Country, are treated as chimerical and romantic. Were the Schemes of these Anti-reformers to take Place, all the Bonds of Society must be broke, to make Way for the Indulgence of a licentious Mirth and Gaiety: The Companion of our drunken Frollics must be prefer'd to a Friend or Brother: Dissolute Prodigality must be supply'd at the Expence of every Thing valuable, either in public or private: And Men shall have so little Regard to any Thing beyond themselves, that, at last, a free Constitution of Government must become a Scheme perfectly impracticable among Mankind, and must degenerate into one universal System of Fraud and Corruption.

 

There is another Humour, which may be observ'd in some Pretenders to Wisdom, and which, if not so pernicious as the idle petulant Humour above-mention'd, must, however, have a very bad Effect on those, who indulge it. I mean that grave philosophic Endeavour after Perfection, which, under Pretext of reforming Prejudices and Errors, strikes at all the most endearing Sentiments of the Heart, and all the most useful Byasses and Instincts, which can govern a human Creature. The Stoics were remarkable for this Folly among the Antients; and I wish some of more venerable Characters in latter Times had not copy'd them too faithfully in this Particular. The virtuous and tender Sentiments, or Prejudices, if you will, have suffer'd mightily by these Reflections; while a certain sullen Pride or Contempt of Mankind has prevail'd in their Stead, and has been esteem'd the greatest Wisdom; tho', in Reality, it be the most egregious Folly of all others. Statilius being sollicited by Brutus to make one of that noble Band, who struck the GOD-like Stroke for the Liberty of Rome, refus'd to accompany them, saying, That all Men were Fools or Mad, and did not deserve that a wise Man should trouble his Head about them.

 

My learned Reader will here easily recollect the Reason, which an antient Philosopher gave, why he wou'd not be reconcil'd to his Brother, who sollicited his Friendship. He was too much a Philosopher to think, that the Connexion of having sprung from the same Parent, ought to have any Influence on a reasonable Mind, and exprest his Sentiment after such a Manner as I think not proper to repeat. When your Friend is in Affliction, says Epictetus, you may counterfeit a Sympathy with him, if it give him Relief; but take Care not to allow any Compassion to sink into your Heart, or disturb that Tranquillity, which is the Perfection of Wisdom. Diogenes being ask’d by his Friends in his Sickness, What should be done with him after his Death? Why, says he, throw me out into the Fields. "What! reply'd they, to the Birds or Beasts." No: Place a Cudgel by me, to defend myself withal. "To what Purpose, say they, you will not have any Sense, nor any Power of making Use of it." Then if the Beasts shou'd devour me, cries he, shall I be any more sensible of it? I know none of the Sayings of that Philosopher, which shews more evidently both the Liveliness and Ferocity of his Temper.

 

How different from these are the Maxims by which Eugenius conducts himself! In his Youth he apply'd himself, with the most unwearied Labour, to the Study of Philosophy; and nothing was ever able to draw him from it, except when an Opportunity offer'd of serving his Friends, or doing a Pleasure to some Man of Merit. When he was about thirty Years of Age, he was determin'd to quit the free Life of a Batchelor (in which otherwise he wou'd have been inclin'd to remain) by considering, that he was the last Branch of an antient Family, which must have been extinguish'd had he died without Children. He made Choice of the virtuous and beautiful Emira for his Consort, who, after being the Solace of his Life for many Years, and having made him the Father of several Children, paid at last the general Debt to Nature. Nothing cou'd have supported him under so severe an Affliction, but the Consolation he receiv'd from his young Family, who were now become dearer to him on account of their deceast Mother. One Daughter in particular is his Darling, and the secret Joy of his Soul; because her Features, her Air, her Voice recal every Moment the tender Memory of his Spouse, and fill his Eyes with Tears. He conceals this Partiality as much as possible; and none but his intimate Friends are acquainted with it. To them he reveals all his Tenderness; nor is he so affectedly Philosophical, as even to call it by the Name of Weakness. They know, that he still keeps the Birth-day of Emira with Tears, and a more fond and tender Recollection of past Pleasures; in like Manner as it was celebrated in her Lifetime with Joy and Festivity. They know, that he preserves her Picture with the utmost Care, and has one Picture in Miniature, which he always wears next to his Bosom: That he has left Orders in his last Will, that, in whatever Part of the World he shall happen to die, his Body shall be transported, and laid in the same Grave with her's: And that a Monument shall be erected over them, and their mutual Love and Happiness celebrated in an Epitaph, which he himself has compos'd for that Purpose.

 

A few Years ago I receiv'd a Letter from a Friend, who was abroad on his Travels, and shall here communicate it to the Public. It contains such an Instance of a Philosophic Spirit, as I think pretty extraordinary, and may serve as an Example, not to depart too far from the receiv'd Maxims of Conduct and Behaviour, by a refin'd Search after Happiness or Perfection. The Story I have been since assur'd of as Matter of Fact.

 

 

Paris, Aug. 2, 1737.

 

 

 

SIR,

 

I know you are more curious of Accounts of Men than of Buildings, and are more desirous of being inform'd of private History than of public Transactions; for which Reason, I thought the following Story, which is the common Topic of Conversation in this City, wou'd be no unacceptable Entertainment to you.

 

A young Lady of Birth and Fortune, being left intirely at her own Disposal, persisted long in a Resolution of leading a single Life, notwithstanding several advantageous Offers that had been made to her. She had been determin'd to embrace this Resolution, by observing the many unhappy Marriages among her Acquaintance, and by hearing the Complaints, which her Female Friends made of the Tyranny, Inconstancy, Jealousy or Indifference of their Husbands. Being a Woman of strong Spirit and an uncommon Way of thinking, she found no Difficulty either in forming or maintaining this Resolution, and cou'd not suspect herself of such Weakness, as ever to be induc'd, by any Temptation, to depart from it. She had, however, entertain'd a strong Desire of having a Son, whose Education she was resolv'd to make the principal Concern of her Life, and by that Means supply the Place of those other Passions, which she was resolv'd for ever to renounce. She push'd her Philosophy to such an uncommon Length, as to find no Contradiction betwixt such a Desire and her former Resolution; and accordingly look'd about, with great Deliberation, to find, among all her Male-Acquaintance, one whose Character and Person were agreeable to her, without being able to satisfy herself on that Head. At Length, being in the Play-house one Evening, she sees in the Parterre, a young Man of a most engaging Countenance and modest Deportment; and feels such a Pre-possession in his Favour, that she had Hopes this must be the Person she had long sought for in vain. She immediately dispatches a Servant to him; desiring his Company, at her Lodgings, next Morning. The young Man was over-joy'd at the Message, and cou'd not command his Satisfaction, upon receiving such an Advance from a Lady of so great Beauty, Reputation and Quality. He was, therefore, much disappointed, when he found a Woman, who wou'd allow him no Freedoms; and amidst all her obliging Behaviour, confin'd and over-aw'd him to the of rational Discourse and Conversation. She seem'd, however, willing to commence a Friendship with him; and told him, that his Company wou'd always be acceptable to her, whenever he had a leisure Hour to bestow. He needed not much Entreaty to renew his Visits, being so struck with her Wit and Beauty, that he must have been unhappy, had he been debarr'd her Company. Every Conversation serv'd only the more to inflame his Passion, and gave him more Occasion to admire her Person and Understanding, as well as to rejoice in his own Good-fortune. He was not, however, without Anxiety, when he consider'd the Disproportion of their Birth and Fortune; nor was his Uneasiness allay'd even when he reflected on the extraordinary Manner in which their Acquaintance had commenc'd. Our Philosophical Heroine, in the mean Time, discover'd, that her Lover's personal Qualities did not belye his Phisiognomy; so that, judging there was no Occasion for any farther Trial, she takes a proper Opportunity of communicating to him her whole Intention. Their Intercourse continu'd for sometime, till at last her Wishes were crown'd, and she was now Mother of a Boy, who was to be the Object of her future Care and Concern. Gladly wou'd she have continu'd her Friendship with the Father; but finding him too passionate a Lover to remain within the Bounds of Friendship, she was oblig'd to put a Violence upon herself. She sends him a Letter, in which she had inclos'd a Bond of Annuity for a Thousand Crowns; desiring him, at the same Time, never to see her more, and to forget, if possible, all past Favours and Familiarities. He was Thunder-struck at receiving this Message; and, having tried, in vain, all the Arts that might win upon the Resolution of a Woman, resolv'd at last to attack her by her Foible. He commences a Law-suit against her before the Parliament of Paris; and claims his Son, whom he pretends a Right to educate as he pleas'd, according to the usual Maxims of the Law in such Cases. She pleads, on the other Hand, their express Agreement before their Commerce, and pretends, that he had renounc'd all Claim to any Offspring that might arise from their Embraces. It is not yet known, how the Parliament will determine in this extraordinary Case, which puzzles all the Lawyers, as much as it does the Philosophers. As soon as they come to any Issue, I shall inform you of it, and shall embrace any Opportunity of subscribing myself, as I do at present.

SIR,
Your most humble Servant.