PHILOTRADavid Hume

 

Essai sur la coalition des partis

Traduit par Philippe Folliot (juillet 2008)
Professeur de Philosophie au lycée Jehan Ango de Dieppe

 

 De

 

OF THE COALITION OF PARTIES

in

Essays, Moral, Political and Literary

London, A. Millar

Edinburgh, A. Kincaid et A. Donaldson

1760

 

 

La traduction

Le texte anglais

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Essai sur la coalition des partis

Traduction de Philippe Folliot

 

 

 

 

            On ne peut peut-être pas abolir toutes les distinctions de parti et ce n’est peut-être pas désirable dans un gouvernement libre. Les seuls partis dangereux sont ceux qui nourrissent des vues contraires sur les fondements de notre gouvernement, sur la succession à la couronne ou sur les privilèges les plus importants qui appartiennent aux différents membres de la constitution. Il n’y a alors aucune place pour un compromis ou un arrangement et la controverse peut sembler si grave qu’elle justifie même une opposition par les armes aux prétentions des adversaires. De cette nature fut l’animosité entre les partis d’Angleterre qui dura plus d’un siècle, animosité qui éclata parfois en guerres civiles, qui occasionna de violentes révolutions et mit constamment en danger la paix et la tranquillité de la nation. Mais, comme sont apparus récemment les signes les plus manifestes d’un désir général d’abolir ces distinctions de parti, cette tendance à la coalition offre la plus agréable perspective d’un bonheur à venir et elle devrait être soigneusement chérie et favorisée par tous ceux qui aiment leur pays.

 

            Il n’y a pas de méthode plus efficace pour favoriser une aussi bonne fin que d’empêcher l’un des partis d’offenser l’autre ou d’en triompher de façon déraisonnable, que d’encourager les opinions modérées, que de trouver le juste milieu dans toutes les disputes, que de persuader chaque parti que son adversaire peut parfois avoir raison et de maintenir un équilibre [1] entre les louanges et les blâmes  donnés à chaque camp. Les deux essais précédents sur le contrat originel et l’obéissance passive servent ce dessein pour ce qui est des controverses philosophiques et pratiques [2] entre les partis et tendent à montrer qu’aucun des camps, sur ces points, n’est aussi pleinement fondé en raison qu’il le prétend. Nous allons exercer la même modération à l’égard des disputes historiques entre les partis en prouvant que chacun d’eux se justifiait par des arguments plausibles, qu’ils étaient sages des deux côtés, qu’ils voulaient le bien de leur pays et que l’animosité passée entre les factions n’était fondée que sur des préjugés étroits ou des passions intéressées.

 

            Le parti populaire, qui prit ensuite le nom de parti whig, pouvait justifier par des arguments très spécieux son opposition à la couronne dont dérive notre gouvernement libre actuel. Bien que ses partisans fussent obligés de reconnaître de réguliers précédents en faveur de la prérogative durant de nombreux règnes avant celui de Charles Ier, ils pensaient qu’il n’y avait aucune raison de se soumettre plus longtemps à une autorité aussi dangereuse. Leur raisonnement aurait pu être celui-ci. Comme les droits de l’homme doivent être à jamais estimés sacrés, aucune ordonnance d’une tyrannie ou d’un pouvoir arbitraire ne peut avoir une autorité suffisante pour les abolir. La liberté est un bienfait si inestimable que, partout où il semble probable de la recouvrer, une nation peut accepter de courir de nombreux risques et ne devrait même pas maugréer contre les plus grandes effusions de sang ou la dissipation du trésor. Toutes les institutions humaines, et le gouvernement encore davantage, sont dans un flux permanent. Il est sûr que les rois profitent de toutes les occasions pour étendre leurs prérogatives et, si l’on ne saisit pas aussi les occasions favorables d’étendre et de garantir les privilèges du peuple, un despotisme universel doit finir par prévaloir partout. L’exemple de toutes les nations voisines prouve qu’il n’est plus sans danger de confier à la couronne les mêmes hautes prérogatives que celles qui ont été autrefois exercées aux époques simples et grossières. Et, quoique l’exemple de nombreux règnes récents puisse plaider en faveur d’un pouvoir du prince quelque peu arbitraire, des règnes plus anciens nous offrent des exemples de limites plus strictes imposées à la couronne. Ces prétentions du parlement, aujourd’hui stigmatisées du titre d’innovations, ne veulent que recouvrer les justes droits du peuple.

 

            Ces vues, loin d’être odieuses, sont sûrement larges, généreuses et nobles. C’est à leur prévalence et leur succès que le royaume doit sa liberté, peut-être son savoir, son industrie, son commerce et sa puissance navale. C’est par elles que le mot Anglais se distingue dans la société des nations et que l’Angleterre ambitionne de rivaliser avec les républiques [3] antiques les plus libres et les plus illustres. Mais, comme toutes ces superbes conséquences ne pouvaient pas être raisonnablement prévues au moment où le conflit commença, les royalistes de cette époque ne manquaient pas, de leur côté, d’arguments spécieux par lesquels ils pouvaient justifier les prérogatives du prince alors établi. Nous allons formuler la question telle qu’elle a pu leur apparaître lors de l’assemblée de ce parlement qui, par ses violents empiétements sur la couronne, fut le début de la guerre civile.

 

            La seule règle de gouvernement connue et reconnue par les hommes, auraient-ils pu dire, est l’usage et la pratique. La raison est un guide si incertain qu’elle sera toujours exposée au doute et à la controverse. Si elle avait prévalu dans le peuple, les hommes l’auraient toujours retenue comme seule règle de leur conduite. Ils seraient restés dans l’état de nature, vivant primitivement et sans liens sociaux, sans se soumettre à un gouvernement politique dont la seule base est, non la raison pure, mais l’autorité et les précédents. Dissolvez ces liens, vous rompez toutes les obligations de la société civile et vous laissez chaque homme libre de consulter son intérêt privé par des expédients que son appétit, déguisé sous l’apparence de la raison, lui dictera. L’esprit d’innovation est en lui-même pernicieux, même si son objet particulier peut sembler parfois favorable. Une vérité si évidente que même le parti populaire y est sensible. C’est pourquoi il habille ses empiètements sur la couronne du prétexte plausible de recouvrer les anciennes libertés du peuple.

 

            Mais, si l’on admet toutes les hypothèses de ce parti, les présentes prérogatives de la couronne ont été incontestablement établies depuis l’accession de la maison de Tudor, ce qui fait une période de cent soixante ans qu’on peut juger suffisante pour donner de la stabilité à une constitution. N’aurait-il pas semblé ridicule, sous le règne de l’empereur Hadrien, de parler de la constitution républicaine [4] comme de la règle du gouvernement ou de supposer que les droits antérieurs du sénat, des consuls et des tribuns subsistaient encore ?

 

            Mais les prétentions actuelles des monarques anglais présentent moins d’inconvénients que celles des empereurs romains de cette époque. L’autorité d’Auguste fut une usurpation manifeste, fondée sur la seule force militaire, et elle fit date dans l’histoire romaine, comme tout le monde le sait. Mais si Henri VII a réellement, comme certains le prétendent, accru le pouvoir de la couronne, ce ne fut que par des acquisitions insensibles qui échappèrent à l’attention du peuple et ne furent guère remarquées par les historiens et les auteurs politiques. Le nouveau gouvernement, s’il mérite cette épithète, s’est formé à partir du précédent par une transition imperceptible et ne doit être considéré que comme le résultat de l’une des révolutions graduelles auxquelles les affaires humaines sont sujettes dans toutes les nations.

 

            La maison de Tudor, et après elle la maison de Stuart, n’ont exercé que les prérogatives qui avaient été revendiquées et exercées par les Plantagenets. Pas une seule branche de leur autorité ne peut être dite une innovation. La seule différence est que, peut-être, les rois précédents n’exercèrent ces pouvoirs que par intervalles et ne furent pas capables, en raison de l’opposition de leurs barons, de les rendre aussi stables qu’une règle d’administration. [5] Tout ce qu’on peut inférer de ce fait est que ces anciens temps étaient plus turbulents et plus séditieux et que, heureusement, l’autorité, la constitution et les lois ont récemment pris l’ascendant.

 

            Sous quel prétexte le parti populaire peut-il parler de recouvrer l’ancienne constitution ? Autrefois, le contrôle des rois n’était pas fait par les Communes mais par les barons. Le peuple n’avait aucune autorité et même peu ou pas de liberté, jusqu’à ce que la couronne, en supprimant ces tyrans factieux, mît en œuvre l’exécution des lois et obligeât de la même façon tous les sujets à respecter réciproquement leurs droits, leurs privilèges et leurs propriétés. Si nous devons revenir à l’ancienne constitution barbare et féodale, que ces gentilshommes, qui se comportent aujourd’hui avec tant d’insolence envers leur souverain, donnent les premiers l’exemple, qu’ils fassent leur cour pour être admis à servir un baron voisin et pour acquérir, en se soumettant à son esclavage, quelque protection pour eux-mêmes avec le pouvoir d’exercer la rapine et l’oppression sur leurs esclaves inférieurs et sur la vile populace. Telle était la condition des Communes  chez nos lointains ancêtres.

 

            Mais jusqu’à quelle époque allons-nous remonter si nous devons avoir recours aux anciennes institutions et aux anciens gouvernements ? Il y eut une constitution encore plus ancienne que celle à laquelle ces innovateurs aiment se référer. Il n’y avait alors aucune Magna Charta. Les barons eux-mêmes possédaient peu de privilèges réguliers et officiels et la chambre des Communes n’existait probablement pas.

 

            Il est ridicule d’entendre les Communes parler de ressusciter d’anciennes institutions alors qu’ils s’attribuent par usurpation tout le pouvoir du gouvernement. N’est-il pas connu que, même si les représentants sont payés par leurs administrés, être un membre de la chambre basse fut toujours considéré comme un fardeau et en être exempté comme un privilège ? Nous persuaderont-elles que le pouvoir qui, de toutes les acquisitions humaines, est la plus convoitée et en comparaison de laquelle même la réputation, le plaisir et la richesse sont négligeables, peut être regardé par quelqu’un comme un fardeau ?

 

            La propriété acquise récemment par les Communes, dit-on, leur donne le droit à plus de pouvoir que celui dont ont joui leurs ancêtres. Mais à quoi cet accroissement de la propriété est-il dû sinon à l’accroissement de leur liberté et de leur sécurité ? Qu’elles reconnaissent que leurs ancêtres, alors que la couronne était restreinte par les barons séditieux, jouissaient de moins de liberté que celle qu’elles ont obtenue après que le souverain eut pris l’ascendant. Qu’elles jouissent de cette liberté avec modération sans risquer de la perdre par de nouvelles revendications exorbitantes et sans en faire un prétexte pour des innovations sans fin !

 

            La véritable règle du gouvernement est celle qui est établie dans le présent, c’est elle qui a le plus d’autorité parce qu’elle est récente, elle est aussi mieux connue pour la même raison. Qui a assuré à ces tribuns que les Plantagenets n’exerçaient pas plus d’autorité que les Tudors ? Les historiens, disent-ils, ne parlent pas des actes d’autorité des Plantagenets. Mais les historiens ne disent rien non plus des principaux actes de prérogative exercés par les Tudors. Quand une prérogative ou un pouvoir est pleinement et indubitablement établi, son exercice passe pour quelque chose de naturel et échappe facilement à l’attention de l’histoire et des annales. Si nous n’avions pas d’autres témoignages du règne d’Elisabeth que ceux qui ont été conservés par Camden, le plus copieux, le plus judicieux et le plus précis de nos historiens, nous ignorerions entièrement les plus importantes maximes de son gouvernement.

 

            L’actuel gouvernement monarchique, dans toute son étendue, n’a-t-il été autorisé par les hommes de loi, recommandé par la théologie, reconnu par les politiques, accepté, mieux passionnément chéri par le peuple en général, et tout cela pendant une période d’au moins cent soixante ans et, jusqu’à une date récente, sans le moindre murmure, sans la moindre controverse ? Il est certain que ce consentement général, durant un temps aussi long, doit être suffisant pour rendre une constitution légitime et valide. Si l’origine de tout pouvoir est le peuple, comme certains le prétendent, on a ici le consentement le plus complet et le plus ample que l’on puisse désirer ou imaginer.

 

            Mais le peuple ne doit pas prétendre, parce qu’il peut par son consentement poser les fondations du gouvernement, qu’il lui est permis de renverser et de subvertir à plaisir les gouvernements. Ces prétentions séditieuses et arrogantes n’ont jamais de fin. Aujourd’hui, c’est le pouvoir de la couronne qui est attaqué. La noblesse est elle aussi visiblement en péril. La gentry suivra bientôt et les meneurs du peuple, qui prendront alors le nom de gentry, seront bientôt exposés au même danger. Le peuple lui-même, devenu incapable d’établir un gouvernement civil, ne se trouvant sous aucune autorité, devra, par souci de paix, accepter, au lieu de ses monarques légitimes et modérés, une succession de tyrans armés et despotiques.

 

            Les conséquences sont d’autant plus à craindre que l’actuelle fureur du peuple, sous le vernis de prétentions à la liberté civile, est en réalité excitée par le fanatisme religieux, le principe le plus aveugle, le plus entêté, le plus ingouvernable par lequel la nature humaine puisse être mue. La rage populaire est effroyable, quel que soit son motif, et elle s’accompagne nécessairement des plus pernicieuses conséquences quand elle provient d’un principe qui rejette tout contrôle par la loi humaine, la raison ou l’autorité.

 

            Ce sont là les arguments que chaque parti peut utiliser pour justifier la conduite de ses prédécesseurs durant cette grande crise. Ses conséquences, si l’on peut admettre qu’il s’agit là d’une raison, ont montré que les arguments du parti populaire étaient mieux fondés. Mais, peut-être, selon les maximes établies des hommes de loi et des politiques, les vues des royalistes auraient-elles dû auparavant sembler plus solides, plus sûres et plus légitimes. Mais il est certain que, désormais, plus nous serons modérés dans la représentation des événements passés, plus nous nous rapprocherons de la réalisation d’une coalition des partis et d’une pleine acceptation du gouvernement actuel. La modération profite à tout gouvernement. Seul le zèle peut renverser un pouvoir établi. Un zèle excessif de nos amis est susceptible de faire naître un même état d’esprit chez les adversaires alors que la transition entre une opposition modérée au gouvernement et son entière acceptation est aisée et insensible.

 

            Il existe de nombreux arguments indubitables qui devraient inciter le parti des mécontents à accepter entièrement le présent établissement de la constitution. Ils peuvent voir que l’esprit de liberté civile qui était d’abord lié au fanatisme religieux s’est purgé de cette contamination et qu’il apparaît sous un jour plus authentique et plus engageant, un ami de la tolérance qui encourage tous les sentiments larges et généreux qui puissent faire honneur à la nature humaine. Ils peuvent remarquer que les revendications populaires ont pu s’arrêter au bon moment et que, après avoir rabaissé les grandes prétentions de la prérogative, le peuple a su conserver le respect dû à la monarchie, à la noblesse et à toutes les anciennes institutions. Avant tout, ils doivent être sensibles au fait que le principe même qui faisait la force de leur parti et dont il tirait sa principale autorité les a désormais désertés et s’en est allé chez leurs adversaires. La liberté est établie, ses heureux effets sont prouvés par l’expérience. Un long laps de temps lui a donné sa stabilité ; et quiconque tenterait de la renverser et de rappeler le gouvernement passé de la famille déposée s’exposerait à son tour au reproche de faction et d’innovation et certainement à d’autres imputations plus criminelles. En examinant l’histoire des événements passés, ils devraient réfléchir au fait que ces droits de la couronne sont depuis longtemps réduits à néant et que la tyrannie, la violence et l’oppression qu’ils engendrèrent souvent sont désormais des maux contre lesquels, par bonheur, la liberté établie par la constitution protège enfin le peuple. Ces réflexions donneront une meilleure garantie à notre liberté et à nos privilèges que le fait de nier que de tels pouvoirs royaux aient existé, ce qui est contraire à l’évidence des faits. Il n’y a pas de méthode plus efficace pour trahir une cause que d’accentuer l’argumentation au mauvais endroit et de mener l’adversaire au triomphe et à la victoire par la défense d’un poste intenable.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

OF THE COALITION OF PARTIES

 

 

To abolish all distinctions of party may not be practicable, perhaps not desirable, in a free government. The only dangerous parties are such as entertain opposite views with regard to the essentials of government, the succession of the crown, or the more considerable privileges belonging to the several members of the constitution; where there is no room for any compromise or accommodation, and where the controversy may appear so momentous as to justify even an opposition by arms to the pretensions of antagonists. Of this nature was the animosity, continued for above a century past, between the parties in England; an animosity which broke out sometimes into civil war, which occasioned violent revolutions, and which continually endangered the peace and tranquillity of the nation. But as there have appeared of late the strongest symptoms of an universal desire to abolish these party distinctions; this tendency to a coalition affords the most agreeable prospect of future happiness, and ought to be carefully cherished and promoted by every lover of his country.

 

There is not a more effectual method of promoting so good an end, than to prevent all unreasonable insult and triumph of the one party over the other, to encourage moderate opinions, to find the proper medium in all disputes, to persuade each that its antagonist may possibly be sometimes in the right, and to keep a balance in the praise and blame, which we bestow on either side. The two former Essays, concerning the original contract and passive obedience, are calculated for this purpose with regard to the philosophical and practical controversies between the parties, and tend to show that neither side are in these respects so fully supported by reason as they endeavour to flatter themselves. We shall proceed to exercise the same moderation with regard to the historical disputes between the parties, by proving that each of them was justified by plausible topics; that there were on both sides wise men, who meant well to their country; and that the past animosity between the factions had no better foundation than narrow prejudice or interested passion.

 

The popular party, who afterwards acquired the name of whigs, might justify, by very specious arguments, that opposition to the crown, from which our present free constitution is derived. Though obliged to acknowledge, that precedents in favour of prerogative had uniformly taken place during many reigns before Charles the First, they thought, that there was no reason for submitting any longer to so dangerous an authority. Such might have been their reasoning: As the rights of mankind are for ever to be deemed sacred, no prescription of tyranny or arbitrary power can have authority sufficient to abolish them. Liberty is a blessing so inestimable, that, wherever there appears any probability of recovering it, a nation may willingly run many hazards, and ought not even to repine at the greatest effusion of blood or dissipation of treasure. All human institutions, and none more than government, are in continual fluctuation. Kings are sure to embrace every opportunity of extending their prerogatives: And if favourable incidents be not also laid hold of for extending and securing the privileges of the people, an universal despotism must for ever prevail amongst mankind. The example of all the neighbouring nations proves, that it is no longer safe to entrust with the crown the same high prerogatives, which had formerly been exercised during rude and simple ages. And though the example of many late reigns may be pleaded in favour of a power in the prince somewhat arbitrary, more remote reigns afford instances of stricter limitations imposed on the crown; and those pretensions of the parliament, now branded with the title of innovations, are only a recovery of the just rights of the people.

 

These views, far from being odious, are surely large, and generous, and noble: To their prevalence and success the kingdom owes its liberty; perhaps its learning, its industry, commerce, and naval power: By them chiefly the English name is distinguished among the society of nations, and aspires to a rivalship with that of the freest and most illustrious commonwealths of antiquity. But as all these mighty consequences could not reasonably be foreseen at the time when the contest began, the royalists of that age wanted not specious arguments on their side, by which they could justify their defence of the then established prerogatives of the prince. We shall state the question, as it might have appeared to them at the assembling of that parliament, which, by its violent encroachments on the crown, began the civil wars.

 

The only rule of government, they might have said, known and acknowledged among men, is use and practice: Reason is so uncertain a guide that it will always be exposed to doubt and controversy: Could it ever render itself prevalent over the people, men had always retained it as their sole rule of conduct: They had still continued in the primitive, unconnected, state of nature, without submitting to political government, whose sole basis is, not pure reason, but authority and precedent. Dissolve these ties, you break all the bonds of civil society, and leave every man at liberty to consult his private interest, by those expedients, which his appetite, disguised under the appearance of reason, shall dictate to him. The spirit of innovation is in itself pernicious, however favourable its particular object may sometimes appear: A truth so obvious, that the popular party themselves are sensible of it; and therefore cover their encroachments on the crown by the plausible pretence of their recovering the ancient liberties of the people.

 

But the present prerogatives of the crown, allowing all the suppositions of that party, have been incontestably established ever since the accession of the House of Tudor; a period, which, as it now comprehends a hundred and sixty years, may be allowed sufficient to give stability to any constitution. Would it not have appeared ridiculous, in the reign of the Emperor Adrian, to have talked of the republican constitution as the rule of government; or to have supposed, that the former rights of the senate, and consuls, and tribunes were still subsisting?

 

But the present claims of the English monarchs are much more favourable than those of the Roman emperors during that age. The authority of Augustus was a plain usurpation, grounded only on military violence, and forms such an epoch in the Roman history, as is obvious to every reader. But if Henry VII. really, as some pretend, enlarged the power of the crown, it was only by insensible acquisitions, which escaped the apprehension of the people, and have scarcely been remarked even by historians and politicians. The new government, if it deserve the epithet, is an imperceptible transition from the former; is entirely engrafted on it; derives its title fully from that root; and is to be considered only as one of those gradual revolutions, to which human affairs, in every nation, will be for ever subject.

 

The House of Tudor, and after them that of Stuart, exercised no prerogatives, but what had been claimed and exercised by the Plantagenets. Not a single branch of their authority can be said to be an innovation. The only difference is, that, perhaps, former kings exerted these powers only by intervals, and were not able, by reason of the opposition of their barons, to render them so steady a rule of administration. But the sole inference from this fact is, that those ancient times were more turbulent and seditious; and that royal authority, the constitution, and the laws have happily of late gained the ascendant.

 

Under what pretence can the popular party now speak of recovering the ancient constitution? The former controul over the kings was not placed in the commons, but in the barons: The people had no authority, and even little or no liberty; till the crown, by suppressing these factious tyrants, enforced the execution of the laws, and obliged all the subjects equally to respect each others rights, privileges, and properties. If we must return to the ancient barbarous and feudal constitution; let those gentlemen, who now behave themselves with so much insolence to their sovereign, set the first example. Let them make court to be admitted as retainers to a neighbouring baron; and by submitting to slavery under him, acquire some protection to themselves; together with the power of exercising rapine and oppression over their inferior slaves and villains. This was the condition of the commons among their remote ancestors.

 

But how far back must we go, in having recourse to ancient constitutions and governments? There was a constitution still more ancient than that to which these innovators affect so much to appeal. During that period there was no magna charta: The barons themselves possessed few regular, stated privileges: And the house of commons probably had not an existence.

 

It is ridiculous to hear the commons, while they are assuming, by usurpation, the whole power of government, talk of reviving ancient institutions. Is it not known, that, though representatives received wages from their constituents; to be a member of the lower house was always considered as a burden, and an exemption from it as a privilege? Will they persuade us, that power, which, of all human acquisitions, is the most coveted, and in comparison of which even reputation and pleasure and riches are slighted, could ever be regarded as a burden by any man?

 

The property, acquired of late by the commons, it is said, entitles them to more power than their ancestors enjoyed. But to what is this encrease of their property owing, but to an encrease of their liberty and their security? Let them therefore acknowledge, that their ancestors, while the crown was restrained by the seditious barons, really enjoyed less liberty than they themselves have attained, after the sovereign acquired the ascendant: And let them enjoy that liberty with moderation; and not forfeit it by new exorbitant claims, and by rendering it a pretence for endless innovations.

 

The true rule of government is the present established practice of the age. That has most authority, because it is recent: It is also best known, for the same reason. Who has assured those tribunes, that the Plantagenets did not exercise as high acts of authority as the Tudors? Historians, they say, do not mention them. But historians are also silent with regard to the chief exertions of prerogative by the Tudors. Where any power or prerogative is fully and undoubtedly established, the exercise of it passes for a thing of course, and readily escapes the notice of history and annals. Had we no other monuments of Elizabeth’s reign, than what are preserved even by Camden, the most copious, judicious, and exact of our historians, we should be entirely ignorant of the most important maxims of her government.

 

Was not the present monarchical government, in its full extent, authorized by lawyers, recommended by divines, acknowledged by politicians, acquiesced in, nay passionately cherished, by the people in general; and all this during a period of at least a hundred and sixty years, and till of late, without the smallest murmur or controversy? This general consent surely, during so long a time, must be sufficient to render a constitution legal and valid. If the origin of all power be derived, as is pretended, from the people; here is their consent in the fullest and most ample terms that can be desired or imagined.

 

But the people must not pretend, because they can, by their consent, lay the foundations of government, that therefore they are to be permitted, at their pleasure, to overthrow and subvert them. There is no end of these seditious and arrogant claims. The power of the crown is now openly struck at: The nobility are also in visible peril: The gentry will soon follow: The popular leaders, who will then assume the name of gentry, will next be exposed to danger: And the people themselves, having become incapable of civil government, and lying under the restraint of no authority, must, for the sake of peace, admit, instead of their legal and mild monarchs, a succession of military and despotic tyrants.

 

These consequences are the more to be dreaded, as the present fury of the people, though glossed over by pretensions to civil liberty, is in reality incited by the fanaticism of religion; a principle the most blind, headstrong, and ungovernable, by which human nature can possibly be actuated. Popular rage is dreadful, from whatever motive derived: But must be attended with the most pernicious consequences, when it arises from a principle, which disclaims all controul by human law, reason, or authority.

 

These are the arguments, which each party may make use of to justify the conduct of their predecessors, during that great crisis. The event, if that can be admitted as a reason, has shown, that the arguments of the popular party were better founded; but perhaps, according to the established maxims of lawyers and politicians, the views of the royalists ought, before-hand, to have appeared more solid, more safe, and more legal. But this is certain, that the greater moderation we now employ in representing past events; the nearer shall we be to produce a full coalition of the parties, and an entire acquiescence in our present establishment. Moderation is of advantage to every establishment: Nothing but zeal can overturn a settled power: And an over-active zeal in friends is apt to beget a like spirit in antagonists. The transition from a moderate opposition against an establishment, to an entire acquiescence in it, is easy and insensible.

 

There are many invincible arguments, which should induce the malcontent party to acquiesce entirely in the present settlement of the constitution. They now find, that the spirit of civil liberty, though at first connected with religious fanaticism, could purge itself from that pollution, and appear under a more genuine and engaging aspect; a friend to toleration, and an encourager of all the enlarged and generous sentiments that do honour to human nature. They may observe, that the popular claims could stop at a proper period; and after retrenching the high claims of prerogative, could still maintain a due respect to monarchy, to nobility, and to all ancient institutions. Above all, they must be sensible, that the very principle, which made the strength of their party, and from which it derived its chief authority, has now deserted them, and gone over to their antagonists. The plan of liberty is settled; its happy effects are proved by experience; a long tract of time has given it stability; and whoever would attempt to overturn it, and to recall the past government or abdicated family, would, besides other more criminal imputations, be exposed, in their turn, to the reproach of faction and innovation. While they peruse the history of past events, they ought to reflect, both that those rights of the crown are long since annihilated, and that the tyranny, and violence, and oppression, to which they often gave rise, are ills, from which the established liberty of the constitution has now at last happily protected the people. These reflections will prove a better security to our freedom and privileges, than to deny, contrary to the clearest evidence of facts, that such regal powers ever had an existence. There is not a more effectual method of betraying a cause, than to lay the stress of the argument on a wrong place, and by disputing an untenable post, enure the adversaries to success and victory.

 

 

 

 



[1]              « balance » (NdT)

[2]              « et pratiques » a été ajouté dans l’édition de 1777. (NdT)

[3]              « commonwealths » (NdT)

[4]              « republican constitution » (NdT)

[5]        Les éditions 1758 à 1770 ajoutent en note : «L’auteur croit qu’il fut le premier à avancer que les Tudor possédèrent en général plus d’autorité que leurs prédécesseurs. Une opinion, qui, il l’espère, sera confirmée par l’histoire mais qu’il propose avec une certaine défiance. On remarque des signes importants de pouvoir arbitraire dans certains règnes précédents, même après la signature des chartes. Le pouvoir de la couronne, à cette époque, dépendait moins de la constitution que de la capacité et de la vigueur du prince qui la portait. »