PHILOTRADavid Hume

Essai sur l’intérêt.

Traduit par Philippe Folliot ( juillet 2007)
Professeur de Philosophie au lycée Jehan Ango de Dieppe

 

 De

 

OF  INTEREST

in

Essays & Treatises on several subjects

In two volumes

Containing

Essays, moral, political, and literary

A new edition

LONDON

Printed for A. Millar, in the Strand;

and

  1. Kincaid and A. Donaldson, at Edinburgh

MDCCLXIV.
1ère édition de cet essai : 1752

 

 

 

 

La traduction

Le texte anglais

 

 

 

 

 

 

 

De l’intérêt

 

            On estime qu’il n’y a pas de signe plus certain de l’état florissant d’une nation que le faible taux d’intérêt (the lowness of interest), quoique je pense que la cause diffère quelque peu de l’interprétation commune. Le faible taux d’intérêt est généralement attribué à l’abondance d’argent (plenty of money) mais l’argent (money), même abondant, n’a pas d’autre effet, si sa quantité est fixe, que d’élever le prix du travail. L’argent (silver [1]) est plus commun que l’or et vous en recevez donc une plus grande quantité pour les mêmes marchandises. Mais payez-vous moins d’intérêt pour l’argent ? L’intérêt, à Batavia et à la Jamaïque, est de dix pour cent, au Portugal de six pour cent, quoique ces lieux, comme nous l’apprenons du prix de toutes les choses, abondent plus en or et en argent (silver) que Londres ou Amsterdam.

 

            Si, en Angleterre, tout l’or était tout-à-coup réduit à néant et si l’on remplaçait chaque guinée par vingt et un shillings, l’argent (money) serait-il plus abondant ou l’intérêt plus bas ? Certainement pas. Nous utiliserions seulement l’argent (silver) à la place de l’or. Si l’or (gold) était aussi commun que l’argent (silver) et si l’argent était aussi commun que le cuivre (copper), l’argent (money) serait-il plus abondant ou l’intérêt plus bas ? Nous pouvons avec assurance donner la même réponse. Nos shillings seraient alors jaunes, nos demi-pence blancs et nous n’aurions pas de guinées. On n’observerait aucune autre différence, aucun changement dans le commerce, dans les manufactures, dans la navigation ou dans l’intérêt, à moins que nous n’imaginions que la couleur du métal a quelque importance.

 

            Or ce qui est si visible dans ces grandes variations de la rareté et de l’abondance des métaux précieux doit avoir lieu pour tous les changements inférieurs. Si multiplier la quantité d’or et d’argent (silver) par quinze ne fait aucune différence, la doubler ou la tripler en fait encore moins. Toute augmentation n’a pas d’autre effet que d’élever le prix du travail et des marchandises et cette variation n’est même rien de plus que nominale. Pendant que s’opèrent ces changements, l’augmentation peut avoir une certaine influence en stimulant l’activité (industry) mais, dès que les prix sont établis conformément à la nouvelle abondance d’or et d’argent (silver), elle n’a plus aucune sorte d’influence.

 

            Un effet est toujours proportionné à sa cause. Les prix ont presque été multipliés par quatre depuis la découverte des Indes, et il est probable que la quantité d’or et d’argent s’est accrue encore davantage ; mais l’intérêt n’a pas baissé beaucoup que de moitié. Le taux de l’intérêt (the rate of interest) ne vient donc pas de la quantité des métaux précieux.

 

            L’argent (money) ayant surtout une valeur fictive [2], sa plus ou moins grande abondance n’a aucune importance si nous considérons la nation en elle-même, et la quantité d’espèces, une fois qu’elle est fixée, quelque grande qu’elle soit, n’a pas d’autre effet que d’obliger chacun à compter un plus grand nombre de ces morceaux de métal brillant pour acheter des vêtements, des meubles ou un équipage sans augmenter aucune des commodités de la vie. Si un homme emprunte de l’argent pour construire une maison, il revient chez lui avec un plus grand poids parce que la pierre, le bois, le plomb, le verre, etc., et le travail des maçons et des charpentiers sont représentés par une plus grande quantité d’or et d’argent (silver). Mais, comme ces métaux sont surtout considérés comme des représentations, aucun changement de leur valeur réelle ou de leur intérêt ne peut venir de leur volume ou de leur quantité, de leur poids ou de leur couleur. Le même intérêt, dans tous les cas, est pareillement proportionné à la somme empruntée. Si vous m’empruntez tant de travail et tant de marchandises en recevant cinq pour cent, vous recevrez toujours une quantité proportionnée de travail et de marchandises, qu’elle soit représentée par des pièces jaunes ou des pièces blanches, par une livre ou par une once. Il est donc vain de rechercher la cause de la baisse ou de la hausse de l’intérêt dans la plus ou moins grande quantité d’or et d’argent (silver) fixée dans une nation.

 

            Un intérêt élevé naît de trois circonstances : une forte demande d’emprunt, peu de richesses pour répondre à cette demande et de grands profits commerciaux ; et ces circonstances sont une preuve claire du faible progrès du commerce et de l’industrie (industry [3]), non de la rareté de l’or et l’argent (gold and silver). Un intérêt faible, d’un autre côté, provient des trois circonstances opposées : une faible demande d’emprunt, de grandes richesses pour répondre à cette demande et de petits profits commerciaux ; et ces circonstances sont liées ensemble et proviennent de la croissance de l’industrie et du commerce, non de l’accroissement d’or et d’argent (gold and silver). Nous allons nous efforcer de prouver ces points et nous commencerons par les causes et les effets d’une forte ou d’une faible demande d’emprunt.

 

            Dès qu’un peuple sort, si peu que ce soit, de son état sauvage et que ses membres sont plus nombreux qu’à l’origine, l’inégalité des propriétés apparaît aussitôt et, alors que certains possèdent de larges étendues de terre, d’autres sont confinés dans d’étroites limites et certains sont totalement dépourvus de propriété foncière (landed property). Ceux qui possèdent plus de terres qu’ils n’en peuvent travailler emploient ceux qui n’en possèdent pas et qui acceptent de recevoir une part déterminée de ce qui est produit. Ainsi est immédiatement établi l’intérêt foncier (landed interest) [4], et il n’est aucun gouvernement, même le plus grossier, où ça ne se passe pas ainsi. Parmi ces propriétaires fonciers, on découvre des tempéraments différents ; alors que l’un préfère accumuler (store up) pour l’avenir le produit de sa terre, l’autre désire consommer tout de suite ce qui suffirait à plusieurs années. Mais, comme la dépense d’un revenu régulier (settled revenue) est une façon de vivre entièrement sans occupation, les hommes ont tellement besoin de quelque chose qui les fixe et les occupe que la plupart des propriétaires fonciers rechercheront les plaisirs et, parmi eux, les prodigues seront toujours plus nombreux que les avares. Donc, dans un Etat où il n’y a qu’un intérêt foncier, comme il y a peu de frugalité, les emprunteurs seront nécessairement très nombreux et le taux de l’intérêt (the rate of interest) devra être en proportion. La différence ne dépend pas de la quantité d’argent mais des habitudes et des manières qui prévalent. C’est par cela seul que la demande d’emprunt augmente ou diminue. Si l’argent était abondant au point de faire monter le prix d’un oeuf à six pence, tant qu’il n’y aurait dans l’Etat que la noblesse foncière et les paysans (landed gentry and peasants), les emprunteurs seraient nécessairement nombreux et l’intérêt élevé. Le loyer de la même ferme serait plus lourd, plus important, mais la même oisiveté du propriétaire foncier, jointe au prix élevé des denrées, le dissiperait  dans le même temps et produirait le même besoin et la même demande d’emprunt. [5]

 

            Il en est de même pour la seconde circonstance que nous nous proposons de considérer, à savoir l’abondance ou le peu de richesses pour satisfaire la demande. Cet effet dépend aussi des habitudes et des façons de vivre du peuple et non de la quantité d’or et d’argent (silver). Pour qu’il y ait dans un Etat un grand nombre de prêteurs (lenders), il n’est ni suffisant ni nécessaire qu’il y ait une grande abondance de métaux précieux. Il faut seulement que quelques individus possèdent ou disposent de cette quantité qui se trouve dans l’Etat, qu’elle soit petite ou grande, pour former des sommes considérables ou composer un grand intérêt financier (a great moneyed interest [6]). Cela fait naître un grand nombre de prêteurs et fait baisser le taux d’usure (the rate of usury). Cela, j’ose l’affirmer, ne dépend pas de la quantité d’espèces (quantity of specie) mais des coutumes et manières de vivre particulières qui font que les espèces se réunissent en [faibles] sommes distinctes ou en masses d’une valeur considérable.

 

            En effet, supposons que, en une nuit, par miracle, se glissent dans la poche de chaque homme de Grande Bretagne cinq livres sterling. Cela ferait plus que doubler tout l’argent qui se trouve à présent dans le royaume. Pourtant, ni le lendemain, ni après, il n’y aurait plus de prêteurs ou un changement de l’intérêt. Et, s’il n’y avait dans l’Etat que des propriétaires fonciers et des paysans, cet argent (money), même abondant, ne pourrait jamais constituer de grosses sommes, il ne ferait qu’augmenter les prix sans autre conséquence. Le propriétaire prodigue le dissiperait dès qu’il le recevrait et le pauvre paysan n’aurait ni les moyens, ni la perspective, ni l’ambition d’obtenir plus que sa simple subsistance. Les emprunteurs seraient toujours plus nombreux que les prêteurs et il ne s’ensuivrait aucune réduction de l’intérêt. Tout cela repose sur un autre principe et doit provenir d’une croissance de l’activité et de la frugalité (an increase of industry and frugality), des arts et du commerce.

 

            Toutes les choses utiles à la vie de l’homme viennent de la terre mais peu de choses naissent dans l’état qui est nécessaire pour les rendre utilisables. Il faut donc, outre les paysans et les propriétaires fonciers, une autre classe d’hommes qui, recevant les matériaux bruts, leur donnent une forme appropriée et en retiennent une part pour leur propre usage et leur propre subsistance. Dans l’enfance de la société, ces contrats entre les artisans et les paysans, et entre une espèce d’artisans et une autre, se concluent immédiatement entre les personnes elles-mêmes qui, étant voisines, connaissent facilement leurs besoins réciproques et peuvent se prêter une mutuelle assistance pour y répondre. Mais, quand l’activité (industry) humaine se développe et que leurs vues s’élargissent, on s’aperçoit que les parties les plus éloignées de l’Etat peuvent s’aider aussi bien que les parties les plus proches ; et que cet échange de bons offices peut être porté jusqu’à la plus grande étendue et la plus grande complexité. De là l’origine des marchands (merchants), l’une des races les plus utiles parmi les hommes, qui servent d’agents (agents) entre les parties de l’Etat qui ne se connaissent pas du tout et qui ignorent leurs besoins réciproques. Voici par exemple dans une ville cinquante ouvriers en soie et en lin et un millier de clients. Ces deux catégories d’hommes si nécessaires l’une à l’autre ne peuvent jamais se rencontrer comme il faut, jusqu’à ce que quelqu’un ouvre une boutique où ils se rendent. Dans cette province, l’herbe pousse en abondance, les habitants regorgent de fromages, de beurre et de bétail mais ils manquent de pain et de blé qui, dans une province voisine, sont en grande abondance pour l’usage des habitants. Un homme découvre cela. Il porte le blé d’une province à l’autre et revient avec du bétail et, répondant aux besoins des hommes des deux provinces, il est alors leur commun bienfaiteur. Quand la population et l’activité se développent, les difficultés des relations sont plus grandes. Les fonctions de l’agent, du marchand, deviennent plus compliquées et se divisent, se subdivisent, se composent et se mêlent avec une plus grande variété. Dans toutes ces transactions, il est nécessaire et raisonnable qu’une partie importante des marchandises et du travail appartienne au marchand à qui, d’une certaine façon, ils sont dus. Et ces marchandises, il les conserve parfois en nature, ou plus couramment les convertit en argent, leur commune représentation. Si la quantité d’or et d’argent a augmenté dans l’Etat en même temps que l’activité, il faudra une grande quantité de ces métaux pour représenter une grande quantité de marchandises et de travail. Si c’est l’activité seule qui a augmenté, le prix de toutes les choses devra baisser et une petite quantité d’espèces servira de représentation.

 

            Il n’est aucune envie, aucune exigence plus constante et plus insatiable de l’esprit que d’être exercé et employé, et ce désir semble être le fondement de toutes nos passions et nos recherches. Privez un homme de tout travail et de toute occupation sérieuse, il courra sans repos d’un amusement à l’autre, et le poids et l’oppression qu’il sentira par cette oisiveté seront si grands qu’il en oubliera la ruine qui découlera nécessairement de ses dépenses immodérées. Donnez-lui un moyen plus anodin d’employer son esprit ou son corps, il s’en contentera et n’éprouvera plus cette soif insatiable de plaisirs. Mais, si l’emploi que vous lui donnez est lucratif, surtout si le profit est attaché à chaque exercice particulier de son activité, il verra si souvent son gain qu’il acquerra par degrés une passion pour lui et ne connaîtra plus que le plaisir de voir chaque jour l’augmentation de sa fortune. C’est la raison pour laquelle le commerce augmente la frugalité et c’est pourquoi, chez les marchands, contrairement à ce qui se passe chez les propriétaires fonciers, il y a plus d’avares que de prodigues.

 

            Le commerce accroît l’activité (industry) en la communiquant promptement d’un membre de l’Etat à l’autre et en ne permettant à aucune de dépérir ou de devenir inutile. Elle augmente la frugalité en donnant de l’occupation aux hommes et en les employant dans des arts lucratifs qui gagnent rapidement leur affection et éloignent tout goût du plaisir et de la dépense. C’est une infaillible conséquence de toutes les activités laborieuses (industrious professions) d’engendrer la frugalité et de faire prévaloir l’amour du gain sur l’amour du plaisir.  Parmi les hommes de loi et les médecins qui ont quelque pratique, il en est beaucoup plus qui vivent dans les limites de leurs revenus qu’au-dessus ou même que dans l’excès. Mais les hommes de loi et les médecins n’engendrent aucune activité et c’est même au dépens d’autrui qu’ils acquièrent leurs richesses ; de sorte qu’ils sont sûrs de diminuer les biens de certains de leurs concitoyens à mesure qu’ils augmentent les leurs. Les marchands, au contraire, engendrent de l’activité en servant de canaux pour la conduire dans tous les coins de l’Etat ; et, en même temps, par leur frugalité, ils acquièrent un grand pouvoir sur cette activité et amassent de grands biens par le travail et les marchandises dont ils sont le principal instrument de production. Il n’y a donc pas d’autre profession que celle de marchand qui puisse rendre l’intérêt financier considérable ou, en d’autres termes, qui puisse accroître l’activité et, en augmentant aussi la frugalité, puisse donner une grande maîtrise de cette activité à quelques membres particuliers de la société.  Sans commerce, l’Etat doit comprendre surtout une petite noblesse foncière (landed gentry) dont la prodigalité et les dépenses créent une demande continuelle d’emprunt, et une paysannerie qui ne dispose pas des sommes susceptibles de répondre à cette demande. L’argent ne se rassemble [alors] jamais en de larges fonds ou en de larges sommes qui puissent être prêtés à intérêt. Il est dispersé en d’innombrables mains qui, soit le gaspillent en un vain apparat et une vaine magnificence, soit l’emploient pour l’achat des nécessités courantes de la vie. Seul le commerce le réunit en des sommes considérables ; et, cet effet, il le produit simplement par l’activité qu’il engendre et la frugalité qu’il inspire, indépendamment de la quantité particulière de métaux précieux qui peuvent circuler dans l’Etat.

 

            Ainsi, une croissance du commerce, par une conséquence nécessaire, fait naître un grand nombre de prêteurs et, par ce moyen, produit un intérêt faible. Nous devons maintenant considérer dans quelle mesure cette croissance du commerce diminue les profits qui viennent de cette profession et donne naissance à la troisième circonstance requise pour produire un intérêt bas.

 

            Il peut être bon, sur ce point, de remarquer que le faible intérêt et les faibles profits des marchands sont deux événements qui se favorisent mutuellement et qui, tous deux, dérivent originellement de ce commerce étendu qui produit l’opulence des marchands et rend l’intérêt financier considérable. Quand les marchands possèdent de grands fonds, qu’ils soient représentés par peu ou beaucoup de pièces de métal, il arrive fréquemment que, quand ils se lassent des affaires ou qu’ils les laissent à des héritiers peu disposés à s’engager dans le commerce ou peu capables, ils cherchent pour la plupart un revenu annuel et sûr. L’abondance diminue les prix et fait que les prêteurs acceptent un intérêt faible. Cette considération oblige de nombreux marchands à conserver leurs fonds dans le commerce et à se contenter de bas profits plutôt que de prêter leur argent à un taux aussi bas. D’un autre côté, quand le commerce s’est étendu et qu’il emploie des fonds importants, il naît nécessairement une concurrence entre les marchands qui diminue les profits du commerce en même temps qu’elle produit l’essor du commerce lui-même. Les bas profits des marchands les amènent à accepter plus volontiers un faible intérêt quand ils quittent les affaires et commencent à se laisser aller à l’aisance et à l’indolence. Il est donc superflu de rechercher, de ces deux circonstances, la faiblesse de l’intérêt ou la faiblesse des profits, laquelle est la cause et laquelle est l’effet. Ces deux circonstances naissent toutes les deux d’un commerce étendu et elles se favorisent mutuellement. Personne n’acceptera de faibles profits quand on peut avoir un intérêt élevé et personne n’acceptera un intérêt faible quand on peut avoir des profits élevés. Un commerce étendu, en produisant des fonds importants, diminue à la fois l’intérêt et le profit, et la diminution de l’un est toujours favorisée par la baisse proportionnelle de l’autre. Je puis ajouter que, comme les faibles profits viennent de l’essor du commerce et de l’activité, ils contribuent à leur tour à leur essor en diminuant le prix des marchandises, en encourageant la consommation et en stimulant l’activité (industry). Et ainsi, si nous considérons toute la connexion des causes et des effets, l’intérêt est le baromètre de l’Etat, et son faible taux un signe presque infaillible de l’état florissant d’un peuple. C’est la preuve, peu inférieure à une démonstration, de l’essor de l’activité et de sa prompte circulation à travers tout l’Etat. Et quoique, peut-être, il ne soit pas impossible qu’en freinant soudainement et de façon importante le commerce, on puisse avoir un effet provisoire du même genre en faisant sortir du commerce de grands fonds, cet effet doit s’accompagner de tant de misère et de chômage des pauvres que, outre sa courte durée, il ne sera pas possible de confondre les deux cas.

 

            Ceux qui ont affirmé que l’abondance d’argent était la cause de la faiblesse de l’intérêt semblent avoir pris un effet latéral pour une cause puisque la même activité (industry) qui fait baisser l’intérêt apporte communément des métaux précieux en grande abondance. Des produits variés et de bonne qualité et des marchands vigilants et entreprenants attireront rapidement de l’argent (money) vers un Etat, s’il en est quelque part dans le monde. La même cause, en multipliant les commodités de la vie et en développant l’activité, rassemble de grandes richesses dans les mains de personnes qui ne sont pas propriétaires fonciers et produit, de cette façon, une baisse de l’intérêt. Mais, quoique ces deux effets, l’abondance d’argent (money) et la faiblesse de l’intérêt, naissent naturellement du commerce et de l’activité (industry), ils sont tout à fait indépendants l’un de l’autre. Supposons en effet une nation perdue dans l’océan PACIFIQUE, sans aucun commerce extérieur ou sans aucune connaissance de la navigation ; supposons que cette nation  possède toujours le même stock d’espèces mais que sa population et son activité se développent continuellement. Il est évident que le prix de toutes les marchandises doit graduellement diminuer dans ce royaume puisque c’est la proportion entre l’argent (money) et les espèces de biens qui fixe leur valeur mutuelle ; et, d’après l’hypothèse présente, les commodités de la vie deviennent chaque jour plus abondantes sans aucun changement des espèces utilisées. Donc, chez ce peuple, pour rendre un homme riche pendant les périodes d’activité, il faut une moindre quantité d’argent qu’il n’en faudrait pendant les périodes d’ignorance et de paresse. Avec moins d’argent, on construira une maison, on dotera une fille, on achètera une propriété, on subviendra aux frais d’une manufacture ou on entretiendra une famille et un équipage. C’est pour ces usages que les hommes empruntent de l’argent (money) ; et la plus ou moins grande quantité d’argent dans un Etat n’a donc aucune influence sur l’intérêt. Mais il est évident que le plus ou moins grand fonds de travail et de marchandises doit avoir une grande influence puisque, en réalité, c’est vraiment cela que nous empruntons quand nous prenons de l’argent à intérêt. Il est vrai que, quand le commerce s’est étendu sur tout le globe, ce sont les nations les plus industrieuses qui abondent le plus en métaux précieux ; de sorte que la faiblesse de l’intérêt et l’abondance d’argent sont dans les faits presque inséparables. Mais encore est-il important de connaître le principe d’où un phénomène provient et de distinguer entre une cause et un effet qui l’accompagne. Outre que cette spéculation est intéressante, elle peut fréquemment être utile dans la conduite des affaires publiques. Il faut au moins reconnaître que rien ne peut être plus utile que d’améliorer par la pratique la méthode de raisonnement sur ces sujets qui sont les plus importants de tous, bien qu’ils soient communément traités de la manière la plus vague et la plus négligente.

 

            Une autre raison de cette erreur populaire à l’égard de la cause de la faiblesse de l’intérêt semble être l’exemple de certaines nations où, après une soudaine acquisition d’argent (money) ou de métaux précieux par une conquête à l’étranger, l’intérêt a chuté, non seulement dans ces nations mais aussi dans les Etats voisins dès que l’argent (money) s’est dispersé et s’est insinué dans tous les coins. GARCILASO DE LA VEGA nous informe ainsi que, en ESPAGNE, l’intérêt chuta de près de moitié après la découverte des INDES OCCIDENTALES et a, depuis, baissé dans tous les royaumes de l’EUROPE. DION nous apprend que l’intérêt, à ROME, après la conquête de l’EGYPTE, tomba de 6 à 4 pour cent.

 

            Les causes de cette baisse de l’intérêt, dans de tels cas, semblent différentes dans le pays conquérant et dans les Etats voisins mais, en aucun cas, il n’est juste de n’attribuer cet effet qu’à l’accroissement de la quantité d’or et d’argent (gold and silver).

 

            Dans le pays conquérant, il est naturel d’imaginer que cette nouvelle acquisition d’argent (money) concernera peu de mains et que cet argent sera rassemblé en des sommes importantes qui chercheront un revenu sûr, soit par l’achat de terres, soit par l’intérêt ; et il s’ensuit par conséquent le même effet, pour une petite période, que s’il y avait eu un grand essor de l’activité (industry) et du commerce. L’augmentation du nombre de prêteurs sur celui des emprunteurs fait baisser l’intérêt, et d’autant plus vite si ceux qui ont acquis ces grandes sommes ne trouvent aucune activité, aucun commerce dans l’Etat, ni aucun autre moyen d’employer leur argent qu’en le prêtant à intérêt. Mais, après que cette nouvelle masse d’or et d’argent (gold and silver) a été digérée et a circulé à travers tout l’Etat, les affaires reviennent bientôt à leur situation première, pendant que les propriétaires fonciers et les nouveaux détenteurs de capitaux (new money-holders) vivent dans l’oisiveté et au-dessus de leurs moyens. Les premiers contractent chaque jour des dettes et les seconds puisent dans leurs réserves jusqu’à leur finale extinction. L’ensemble de l’argent peut encore être dans l’Etat mais, n’étant plus désormais rassemblé dans des sommes ou fonds importants, la disproportion entre les emprunteurs et les prêteurs est la même que précédemment et, par conséquent, un intérêt élevé réapparaît.

 

            C’est pourquoi nous voyons que, à ROME, dès l’époque de TIBERE, l’intérêt était remonté à 6 pour cent, bien qu’aucun accident ne fût survenu qui eût vidé l’empire de son argent (money). A l’époque de TRAJAN, en ITALIE, l’argent prêté sur hypothèque (on mortgages) supportait un intérêt de 6 pour cent et l’argent prêté sur des garanties courantes (common securities) un intérêt de 12 pour cent ; et si, en ESPAGNE, l’intérêt ne s’était pas élevé jusqu’à son ancien niveau, cela ne peut être attribué qu’à la persistance de la même cause qui le fit baisser, à savoir les grandes fortunes continuellement faites aux INDES, qui arrivaient de temps en temps en ESPAGNE et suppléaient à la demande des emprunteurs. C’est par cette cause extérieure et accidentelle qu’il y eut plus d’argent (money) à prêter en ESPAGNE, c’est-à-dire plus d’argent réuni en sommes importantes qu’on eût dû en trouver autrement dans un Etat où il y avait si peu de commerce et si peu d’activité laborieuse.

 

            Quant à la baisse de l’intérêt qui a suivi en ANGLETERRE, en FRANCE et dans d’autres royaumes d’EUROPE qui n’ont pas de mines, elle a été graduelle et ne provenait pas de l’augmentation de la quantité d’argent (money) considérée en elle-même mais de l’essor de l’activité qui est l’effet naturel de cette augmentation dans l’intervalle de temps avant qu’elle n’élève le prix du travail et des matériaux ; car, pour en revenir à l’hypothèse précédente, si l’activité de l’ANGLETERRE s’était développée d’autant par d’autres causes (et cet essor aurait pu aisément se produire, bien que le stock d’argent fût demeuré le même), toutes les mêmes conséquences que celles que nous observons à présent n’auraient-elles pas dû s’ensuivre ? Dans ce cas, on aurait trouvé dans ce royaume la même population, les mêmes marchandises, la même activité, les mêmes produits manufacturés et le même commerce et, par conséquent, les mêmes marchands avec les mêmes fonds, c’est-à-dire avec la même maîtrise du travail et des marchandises, mais représentés par un plus petit nombre de pièces jaunes ou blanches, ce qui, étant une circonstance sans importance, n’aurait affecté que le charretier, le portefaix et le fabricant de malles. Le luxe, les produits manufacturés, les arts, l’activité et la frugalité florissant de même qu’à présent, il est donc évident que l’intérêt aurait dû être aussi faible puisque c’est le nécessaire résultat de toutes ces circonstances, dans la mesure où elles déterminent dans tout Etat les profits du commerce et la proportion entre les emprunteurs et les prêteurs.

 

 

 

 

 

 

 

 

Of interest

 

Nothing is esteemed a more certain sign of the flourishing condition of any nation than the lowness of interest : and with reason; though I believe the cause is somewhat different from what is commonly apprehended. Lowness of interest is generally ascribed to plenty of money. But money, however plentiful, has no other effect, if fixed, than to raise the price of labour. Silver is more common than gold; and therefore you receive a greater quantity of it for the same commodities. But do you pay less interest for it? Interest in BATAVIA and JAMAICA is at 10 per cent. in PORTUGAL at 6, though these places, as we may learn from the prices of every thing, abound more in gold and silver than either LONDON or AMSTERDAM.

 

Were all the gold in ENGLAND annihilated at once, and one and twenty shillings substituted in the place of every guinea, would money be more plentiful or interest lower? No surely : we should only use silver instead of gold. Were gold rendered as common as silver, and silver as common as copper, would money be more plentiful or interest lower? We may assuredly give the same answer. Our shillings would then be yellow, and our halfpence white; and we should have no guineas. No other difference would ever be observed; no alteration on commerce, manufactures, navigation, or interest; unless we imagine, that the colour of the metal is of any consequence.

 

Now, what is so visible in these greater variations of scarcity or abundance in the precious metals, must hold in all inferior changes. If the multiplying of gold and silver fifteen times makes no difference, much less can the doubling or tripling them. All augmentation has no other effect than to heighten the price of labour and commodities; and even this variation is little more than that of a name. In the progress towards these changes, the augmentation may have some influence, by exciting industry; but after the prices are settled, suitably to the new abundance of gold and silver, it has no manner of influence.

 

An effect always holds proportion with its cause. Prices have risen near four times since the discovery of the INDIES; and it is probable gold and silver have multiplied much more: But interest has not fallen much above half. The rate of interest, therefore, is not derived from the quantity of the precious metals.

 

Money having chiefly a fictitious value, the greater or less plenty of it is of no consequence, if we consider a nation within itself; and the quantity of specie, when once fixed, though ever so large, has no other effect, than to oblige every one to tell out a greater number of those shining bits of metal, for clothes, furniture or equipage, without encreasing any one convenience of life. If a man borrow money to build a house, he then carries home a greater load; because the stone, timber, lead, glass, &c. with the labour of the masons and carpenters, are represented by a greater quantity of gold and silver. But as these metals are considered chiefly as representations, there can no alteration arise from their bulk or quantity, their weight or colour, either upon their real value or their interest. The same interest, in all cases, bears the same proportion to the sum. And if you lent me so much labour and so many commodities, by receiving five per cent. you always receive proportional labour and commodities, however represented, whether by yellow or white coin, whether by a pound or an ounce. It is in vain, therefore, to look for the cause of the fall or rise of interest in the greater or less quantity of gold and silver, which is fixed in any nation.

 

High interest arises from three circumstances : a great demand for borrowing; little riches to supply that demand, and great profits arising from commerce : and these circumstances are a clear proof of the small advance of commerce and industry, not of the scarcity of gold and silver. Low interest, on the other hand, proceeds from the three opposite circumstances : a small demand for borrowing; great riches to supply that demand; and small profits arising from commerce : and these circumstances are all connected together, and proceed from the encrease of industry and commerce, not of gold and silver. We shall endeavour to prove these points; and shall begin with the causes and the effects of a great or small demand for borrowing.

 

When a people have emerged ever so little from a savage state, and their numbers have encreased beyond the original multitude, there must immediately arise an inequality of property; and while some possess large tracts of land, others are confined within narrow limits, and some are entirely without any landed property. Those who possess more land than they can labour, employ those who possess none, and agree to receive a determinate part of the product. Thus the landed interest is immediately established; nor is there any settled government, however rude, in which affairs are not on this footing. Of these proprietors of land, some must presently discover themselves to be of different tempers from others; and while one would willingly store up the produce of his land for futurity, another desires to consume at present what should suffice for many years. But as the spending of a settled revenue is a way of life entirely without occupation; men have so much need of somewhat to fix and engage them, that pleasures, such as they are, will be the pursuit of the greater part of the landholders, and the prodigals among them will always be more numerous than the misers. In a state, therefore, where there is nothing but a landed interest, as there is little frugality, the borrowers must be very numerous, and the rate of interest must hold proportion to it. The difference depends not on the quantity of money, but on the habits and manners which prevail. By this alone the demand for borrowing is encreased or diminished. Were money so plentiful as to make an egg be sold for sixpence; so long as there are only landed gentry and peasants in the state, the borrowers must be numerous, and interest high. The rent for the same farm would be heavier and more bulky : but the same idleness of the landlord, with the higher price of commodities, would dissipate it in the same time, and produce the same necessity and demand for borrowing. [7]

 

Nor is the case different with regard to the second circumstance which we proposed to consider, namely, the great or little riches to supply the demand. This effect also depends on the habits and way of living of the people, not on the quantity of gold and silver. In order to have, in any state, a great number of lenders, it is not sufficient nor requisite, that there be great abundance of the precious metals. It is only requisite, that the property or command of that quantity, which is in the state, whether great or small, should be collected in particular hands, so as to form considerable sums, or compose a great moneyed interest. This begets a number of lenders, and sinks the rate of usury; and this, I shall venture to affirm, depends not on the quantity of specie, but on particular manners and customs, which make the specie gather into separate sums or masses of considerable value.

 

For, suppose, that, by miracle, every man in GREAT BRITAIN should have five pounds slipped into his pocket in one night; this would much more than double the whole money that is at present in the kingdom; yet there would not next day, nor for some time, be any more lenders, nor any variation in the interest. And were there nothing but landlords and peasants in the state, this money, however abundant, could never gather into sums; and would only serve to encrease the prices of every thing, without any farther consequence. The prodigal landlord dissipates it, as fast as he receives it; and the beggarly peasant has no means, nor view, nor ambition of obtaining above a bare livelihood. The overplus of borrowers above that of lenders continuing still the same, there will follow no reduction of interest. That depends upon another principle; and must proceed from an encrease of industry and frugality, of arts and commerce.

 

Every thing useful to the life of man arises from the ground; but few things arise in that condition which is requisite to render them useful. There must, therefore, beside the peasants and the proprietors of land, be another rank of men, who receiving from the former the rude materials, work them into their proper form, and retain part for their own use and subsistence. In the infancy of society, these contracts between the artisans and the peasants, and between one species of artisans and another are commonly entered into immediately by the persons themselves, who, being neighbours, are easily acquainted with each other's necessities, and can lend their mutual assistance to supply them. But when men's industry encreases, and their views enlarge, it is found, that the most remote parts of the state can assist each other as well as the more contiguous, and that this intercourse of good offices may be carried on to the greatest extent and intricacy. Hence the origin of merchants, one of the most useful races of men, who serve as agents between those parts of the state, that are wholly unacquainted, and are ignorant of each other's necessities. Here are in a city fifty workmen in silk and linen, and a thousand customers; and these two ranks of men, so necessary to each other, can never rightly meet, till one man erects a shop, to which all the workmen and all the customers repair. In this province, grass rises in abundance: The inhabitants abound in cheese, and butter, and cattle; but want bread and corn, which, in a neighbouring province, are in too great abundance for the use of the inhabitants. One man discovers this. He brings corn from the one province and returns with cattle; and supplying the wants of both, he is, so far, a common benefactor. As the people encrease in numbers and industry, the difficulty of their intercourse encreases : the business of the agency or merchandise becomes more intricate; and divides, subdivides, compounds, and mixes to a greater variety. In all these transactions, it is necessary, and reasonable, that a considerable part of the commodities and labour should belong to the merchant, to whom, in a great measure, they are owing. And these commodities he will sometimes preserve in kind, or more commonly convert into money, which is their common representation. If gold and silver have encreased in the state together with the industry, it will require a great quantity of these metals to represent a great quantity of commodities and labour. If industry alone has encreased, the prices of every thing must sink, and a small quantity of specie will serve as a representation.

 

There is no craving or demand of the human mind more constant and insatiable than that for exercise and employment; and this desire seems the foundation of most of our passions and pursuits. Deprive a man of all business and serious occupation, he runs restless from one amusement to another; and the weight and oppression, which he feels from idleness, is so great, that he forgets the ruin which must follow him from his immoderate expences. Give him a more harmless way of employing his mind or body, he is satisfied, and feels no longer that insatiable thirst after pleasure. But if the employment you give him be lucrative, especially if the profit be attached to every particular exertion of industry, he has gain so often in his eye, that he acquires, by degrees, a passion for it, and knows no such pleasure as that of seeing the daily encrease of his fortune. And this is the reason why trade encreases frugality, and why, among merchants, there is the same overplus of misers above prodigals, as, among the possessors of land, there is the contrary.

 

Commerce encreases industry, by conveying it readily from one member of the state to another, and allowing none of it to perish or become useless. It encreases frugality, by giving occupation to men, and employing them in the arts of gain, which soon engage their affection, and remove all relish for pleasure and expence. It is an infallible consequence of all industrious professions, to beget frugality, and make the love of gain prevail over the love of pleasure. Among lawyers and physicians who have any practice, there are many more who live within their income, than who exceed it, or even live up to it. But lawyers and physicians beget no industry; and it is even at the expence of others they acquire their riches; so that they are sure to diminish the possessions of some of their fellow-citizens, as fast as they encrease their own. Merchants, on the contrary, beget industry, by serving as canals to convey it through every corner of the state : and at the same time, by their frugality, they acquire great power over that industry, and collect a large property in the labour and commodities, which they are the chief instruments in producing. There is no other profession, therefore, except merchandize, which can make the moneyed interest considerable, or, in other words, can encrease industry, and, by also encreasing frugality, give a great command of that industry to particular members of the society. Without commerce, the state must consist chiefly of landed gentry, whose prodigality and expence make a continual demand for borrowing; and of peasants, who have no sums to supply that demand. The money never gathers into large stocks or sums, which can be lent at interest. It is dispersed into numberless hands, who either squander it in idle show and magnificence, or employ it in the purchase of the common necessaries of life. Commerce alone assembles it into considerable sums; and this effect it has merely from the industry which it begets, and the frugality which it inspires, independent of that particular quantity of precious metal which may circulate in the state.

 

Thus an encrease of commerce, by a necessary consequence, raises a great number of lenders, and by that means produces lowness of interest. We must now consider how far this encrease of commerce diminishes the profits arising from that profession, and gives rise to the third circumstance requisite to produce lowness of interest.

 

It may be proper to observe on this head, that low interest and low profits of merchandize are two events, that mutually forward each other, and are both originally derived from that extensive commerce, which produces opulent merchants, and renders the moneyed interest considerable. Where merchants possess great stocks, whether represented by few or many pieces of metal, it must frequently happen, that, when they either become tired of business, or leave heirs unwilling or unfit to engage in commerce, a great proportion of these riches naturally seeks an annual and secure revenue. The plenty diminishes the price, and makes the lenders accept of a low interest. This consideration obliges many to keep their stock employed in trade, and rather be content with low profits than dispose of their money at an undervalue. On the other hand, when commerce has become extensive, and employs large stocks, there must arise rivalships among the merchants, which diminish the profits of trade, at the same time that they encrease the trade itself. The low profits of merchandize induce the merchants to accept more willingly of a low interest, when they leave off business, and begin to indulge themselves in ease and indolence. It is needless, therefore, to enquire which of these circumstances, to wit, low interest or low profits, is the cause, and which the effect? They both arise from an extensive commerce, and mutually forward each other. No man will accept of low profits, where he can have high interest; and no man will accept of low interest, where he can have high profits. An extensive commerce, by producing large stocks, diminishes both interest and profits; and is always assisted, in its diminution of the one, by the proportional sinking of the other. I may add, that, as low profits arise from the encrease of commerce and industry, they serve in their turn to its farther encrease, by rendering the commodities cheaper, encouraging the consumption, and heightening the industry. And thus, if we consider the whole connexion of causes and effects, interest is the barometer of the state, and its lowness is a sign almost infallible of the flourishing condition of a people. It proves the encrease of industry, and its prompt circulation through the whole state, little inferior to a demonstration. And though, perhaps, it may not be impossible but a sudden and a great check to commerce may have a momentary effect of the same kind, by throwing so many stocks out of trade; it must be attended with such misery and want of employment in the poor, that, besides its short duration, it will not be possible to mistake the one case for the other.

 

Those who have asserted, that the plenty of money was the cause of low interest, seem to have taken a collateral effect for a cause; since the same industry, which sinks the interest, commonly acquires great abundance of the precious metals. A variety of fine manufactures, with vigilant enterprising merchants, will soon draw money to a state, if it be anywhere to be found in the world. The same cause, by multiplying the conveniencies of life, and encreasing industry, collects great riches into the hands of persons, who are not proprietors of land, and produces, by that means, a lowness of interest. But though both these effects, plenty of money and low interest, naturally arise from commerce and industry, they are altogether independent of each other. For suppose a nation removed into the Pacific ocean, without any foreign commerce, or any knowledge of navigation: Suppose, that this nation possesses always the same stock of coin, but is continually encreasing in its numbers and industry : it is evident, that the price of every commodity must gradually diminish in that kingdom; since it is the proportion between money and any species of goods, which fixes their mutual value; and, upon the present supposition, the conveniencies of life become every day more abundant, without any alteration in the current specie. A less quantity of money, therefore, among this people, will make a rich man, during the times of industry, than would suffice to that purpose, in ignorant and slothful ages. Less money will build a house, portion a daughter, buy an estate, support a manufactory, or maintain a family and equipage. These are the uses for which men borrow money; and therefore, the greater or less quantity of it in a state has no influence on the interest. But it is evident, that the greater or less stock of labour and commodities must have a great influence; since we really and in effect borrow these, when we take money upon interest. It is true, when commerce is extended all over the globe, the most industrious nations always abound most with the precious metals : so that low interest and plenty of money are in fact almost inseparable. But still it is of consequence to know the principle whence any phenomenon arises, and to distinguish between a cause and a concomitant effect. Besides that the speculation is curious, it may frequently be of use in the conduct of public affairs. At least, it must be owned, that nothing can be of more use than to improve, by practice, the method of reasoning on these subjects, which of all others are the most important; though they are commonly treated in the loosest and most careless manner.

 

Another reason of this popular mistake with regard to the cause of low interest, seems to be the instance of some nations, where, after a sudden acquisition of money or of the precious metals, by means of foreign conquest, the interest has fallen, not only among them, but in all the neighbouring states, as soon as that money was dispersed, and had insinuated itself into every corner. Thus, interest in SPAIN fell near a half immediately after the discovery of the WEST INDIES, as we are informed by GARCILASSO DE LA VEGA : and it has been ever since gradually sinking in every kingdom of EUROPE. Interest in ROME, after the conquest of EGYPT, fell from 6 to 4 per cent. as we learn from DION.

 

The causes of the sinking of interest, upon such an event, seem different in the conquering country and in the neighbouring states; but in neither of them can we justly ascribe that effect merely to the encrease of gold and silver.

 

In the conquering country, it is natural to imagine, that this new acquisition of money will fall into a few hands, and be gathered into large sums, which seek a secure revenue, either by the purchase of land or by interest; and consequently the same effect follows, for a little time, as if there had been a great accession of industry and commerce. The encrease of lenders above the borrowers sinks the interest; and so much the faster if those who have acquired those large sums, find no industry or commerce in the state, and no method of employing their money but by lending it at interest. But after this new mass of gold and silver has been digested, and has circulated through the whole state, affairs will soon return to their former situation, while the landlords and new money-holders, living idly, squander above their income; and the former daily contract debt, and the latter encroach on their stock till its final extinction. The whole money may still be in the state, and make itself felt by the encrease of prices : but not being now collected into any large masses or stocks, the disproportion between the borrowers and lenders is the same as formerly, and consequently the high interest returns.

 

Accordingly we find, in ROME, that, so early as TIBERIUS'S time, interest had again mounted to 6 per cent. though no accident had happened to drain the empire of money. In TRAJAN'S time, money lent on mortgages in ITALY, bore 6 per cent.; on common securities in BITHYNIA, 12; and if interest in SPAIN has not risen to its old pitch, this can be ascribed to nothing but the continuance of the same cause that sunk it, to wit, the large fortunes continually made in the INDIES, which come over to SPAIN from time to time, and supply the demand of the borrowers. By this accidental and extraneous cause, more money is to be lent in SPAIN, that is, more money is collected into large sums than would otherwise be found in a state, where there are so little commerce and industry.

 

As to the reduction of interest which has followed in ENGLAND, FRANCE, and other kingdoms of EUROPE that have no mines, it has been gradual, and has not proceeded from the encrease of money, considered merely in itself, but from that of industry, which is the natural effect of the former encrease, in that interval, before it raises the price of labour and provisions; for to return to the foregoing supposition; if the industry of ENGLAND had risen as much from other causes, (and that rise might easily have happened, though the stock of money had remained the same) must not all the same consequences have followed, which we observe at present? The same people would, in that case, be found in the kingdom, the same commodities, the same industry, manufactures, and commerce; and consequently the same merchants, with the same stocks, that is, with the same command over labour and commodities, only represented by a smaller number of white or yellow pieces, which, being a circumstance of no moment, would only affect the waggoner, porter, and trunk-maker. Luxury, therefore, manufactures, arts, industry, frugality, flourishing equally as at present, it is evident that interest must also have been as low, since that is the necessary result of all these circumstances, so far as they determine the profits of commerce, and the proportion between the borrowers and lenders in any state.

 



[1]              Il s’agit ici du métal argent. (NdT)

[2]              Certaines éditions portent cette note : « Valeur venant des accords et des conventions des hommes.»

[3]              Au sens général d’activité laborieuse. (NdT)

[4]              Autrement dit, ce que rappelle Say, la classe des propriétaires fonciers.

[5]              Certaines éditions comportent cette note : « J’ai été informé par un très éminent juriste, homme de grand savoir et grand observateur, qu’il apparaît, par d’anciens papiers et registres, qu’il y environ quatre siècles, l’intérêt de l’argent n’était que de cinq pour cent en Ecosse et probablement dans les autres parties de l’Europe et qu’il s’éleva ensuite à dix pour cent avant la découverte des Indes occidentales. Le fait est curieux mais il peut s’accorder facilement avec le raisonnement précédent. A cette époque, les hommes restaient chez eux et vivaient d’une façon très simple et très frugale, ils n’avaient pas besoin d’argent. Les prêteurs étaient alors peu nombreux et les emprunteurs l’étaient encore moins. Le taux élevé de l’intérêt chez les premiers Romains est expliqué par les historiens par les fréquentes pertes qu’ils subissaient à cause des incursions de l’ennemi. »

[6]              Formentin (Léon Say : L’oeuvre économique de Hume, Paris, Guillaumin et Cie, Petite bibliothèque économique française et étrangère, sans date dans l’exemplaire en ma possession, format 15 x 9.5, 208 pages) traduit par « intérêt capitaliste » et il souligne que l’expression ne renvoie pas ici à l’intérêt mais à une classe sociale. (NdT)

[7]              I have been informed by a very eminent lawyer, and a man of great knowledge and observation, that it appears from antient papers and records, that, about four centuries ago, money in SCOTLAND, and probably in other parts of EUROPE, was only at five per cent. and afterwards rose to ten before the discovery of the WEST-INDIES. The fact is curious; but might easily be reconciled to the foregoing reasoning. Men, in that age, lived so much at home, and in so very simple and frugal a manner, that they had no occasion for money; and though the lenders were then few, the borrowers were still fewer. The high rate of interest among the early ROMANS is accounted for by historians from the frequent losses sustained by the inroads of the enemy.