PHILOTRADavid Hume

Essai sur la balance du commerce.

Traduit par Philippe Folliot ( août 2007)
Professeur de Philosophie au lycée Jehan Ango de Dieppe

 

 De

 

OF  THE BALANCE OF TRADE

in

Essays & Treatises on several subjects

In two volumes

Containing

Essays, moral, political, and literary

A new edition

LONDON

Printed for A. Millar, in the Strand;

and

  1. Kincaid and A. Donaldson, at Edinburgh

MDCCLXIV.
1ère édition de cet essai : 1752

 

 

 

 

La traduction

Le texte anglais

 

 

 

 

 

 

 

 

Il est très courant que les nations qui ignorent la nature du commerce prohibent l’exportation des marchandises et conservent à l’intérieur toutes les choses qu’elles pensent avoir de la valeur et de l’utilité. Elles ne se rendent pas compte qu’elles agissent d’une manière contraire à leur intention car, plus on exporte une marchandise, plus on développe sa production intérieure, ce dont le pays producteur profite toujours en priorité.

 

            Les gens instruits savent bien que les anciennes lois d’ATHENES faisaient de l’exportation des figues un crime car, en ATTIQUE, on supposait cette espèce de fruit si excellente que les ATHENIENS la jugeaient trop délicieuse pour le palais des étrangers ; et ils prenaient tant au sérieux cette ridicule prohibition que les délateurs furent appelés chez eux sycophantes, mot formé à partir de deux mots grecs qui signifient figue et découvreur (discoverer) [1]. Dans d’anciens actes du parlement, il y a des preuves de la même ignorance sous le règne d’EDOUARD III et, jusqu’à ce jour, en France, l’exportation du blé est presque toujours prohibée afin, dit-on, d’empêcher les famines, alors qu’il est évident que rien ne contribue plus aux fréquentes famines dont souffre ce pays fertile.

 

            La même crainte jalouse à l’égard de l’argent (money) a aussi prévalu parmi plusieurs nations et la raison, et l’expérience ont été nécessaires pour convaincre ces peuples que ces prohibitions n’ont pas d’autre effet que d’élever le change (to raise the exchange) à leur détriment et de produire une plus forte exportation.

 

            Ces erreurs, on peut le dire, sont grossières et palpables mais, même dans les nations bien familiarisées avec le commerce, prévalent encore une forte jalousie à l’égard de la balance du commerce et une crainte de voir l’or et l’argent (gold and silver) quitter le pays. Il me semble que, dans presque tous les cas, c’est une appréhension sans fondement et je redouterais autant de voir nos sources et nos fleuves se tarir que de voir l’argent abandonner un royaume peuplé et industrieux. Conservons avec soin ces derniers avantages [2] et nous ne craindrons plus de perdre le premier [3].

 

            Il est facile de remarquer que tous les calculs sur la balance du commerce se fondent sur des suppositions et des faits très incertains. On avoue que les registres des douanes ne sont pas une base suffisante de raisonnement, et le taux de change n’est guère meilleur, à moins de le considérer dans toutes les nations et de connaître aussi les proportions des différentes sommes remises, ce qui, on peut le dire sans se tromper, est impossible. Tous ceux qui ont raisonné sur ce sujet ont toujours prouvé leur théorie, quelle qu’elle fût, par des faits et des calculs et par une énumération de toutes les marchandises envoyées dans les royaumes étrangers.

 

            Les écrits de Mr. GEE frappèrent la nation d’une panique générale quand elle vit que, sur des points particuliers, il démontrait que la balance était en notre défaveur pour une somme si considérable que nous serions dans cinq ou six ans sans un seul shilling. Heureusement, vingt années se sont écoulées et il y eut une guerre coûteuse à l’étranger et, pourtant, nous avons, suppose-t-on couramment, beaucoup plus d’argent aujourd’hui que dans le passé.

 

            Rien n’est plus divertissant sur ce point que le Dr. SWIFT, un auteur si prompt à déceler chez autrui les erreurs et les absurdités. Dans son Bref aperçu sur l’Etat d’IRLANDE, il dit que tout le liquide (cash) de ce royaume s’élevait précédemment à 500.000 livres et que, sur cette somme, les IRLANDAIS remettaient chaque année à l’ANGLETERRE un million net, sans avoir d’autre source de compensation ni d’autre commerce extérieur que l’importation de vins FRANÇAIS qu’ils payaient comptant. La conséquence de cette situation qui, il faut le reconnaître, était désavantageuse, fut que l’argent en cours en IRLANDE, passa en trois ans de 500.000 livres à 200.000 livres. A présent, depuis trente ans, il ne reste [certainement] absolument rien. Je ne sais pourtant pas comment il se fait que cette opinion sur l’évolution des richesses en Irlande, qui indigna tant le docteur, dure encore et semble gagner du terrain chez tout le monde.

 

            Bref, cette crainte d’une mauvaise balance du commerce semble d’une nature telle qu’elle se manifeste chaque fois qu’un ministre nous met de mauvaise humeur ou que nous sommes déprimés. Et, comme elle ne peut jamais être réfutée par l’explication détaillée de toutes les exportations qui contrebalancent les importations, il serait bon ici de former un argument général qui puisse prouver l’impossibilité de cet événement tant que nous conservons notre population et notre activité (industry).

 

            Supposons que les quatre cinquièmes de l’argent de GRANDE-BRETAGNE soit réduit à néant en une seule nuit et que la nation soit ramenée à la même condition, à l’égard des espèces, que celle des règnes des HENRI et des EDOUARD. Quelle en serait la conséquence ? Le prix de tout le travail et de toutes les marchandises ne devrait-il pas chuter en proportion et toute chose se vendre à un prix aussi bas qu’à cette époque ? Quelle nation pourrait alors lutter avec nous sur les marchés étrangers ou prétendre naviguer ou vendre des biens manufacturés au même prix que celui qui nous offrirait des profits suffisants ? Il faudrait très peu de temps pour que l’argent disparu revienne et nous élève au niveau des nations voisines. Mais, à ce stade, nous perdrions immédiatement l’avantage du bas prix du travail et des marchandises et l’afflux d’argent serait stoppé par notre abondance et notre réplétion.

 

            Supposons encore que tout l’argent de GRANDE-BRETAGNE soit quintuplé en une nuit. L’effet contraire ne devrait-il pas s’ensuivre ? Tout notre travail et toutes nos marchandises ne devraient-ils pas s’élever jusqu’à un prix si exorbitant qu’aucune nation voisine ne s’offrirait de nous les acheter ? Et le prix de leurs marchandises, d’un autre côté, deviendrait comparativement si bas que, malgré toutes les lois que nous pourrions former, elles afflueraient chez nous tandis que l’argent s’en irait à l’étranger, jusqu’à ce que nous tombions au niveau des nations étrangères et perdions cette grande supériorité de richesses qui nous avait imposé de tels désavantages.

 

            Or il est évident que les mêmes causes qui corrigeraient ces inégalités exorbitantes, si elles se manifestaient par miracle, devraient prévenir leur apparition dans le cours ordinaire de la nature et devraient, dans toutes les nations voisines, maintenir à jamais une quasi proportion entre l’argent et l’art et l’industrie de chaque nation. L’eau, quand elle se répand, demeure toujours au même niveau. Demandez-en la raison aux physiciens, ils vous diront que si elle s’élève à un endroit, la gravité supérieure de cette quantité d’eau n’étant pas contrebalancée, l’eau doit baisser jusqu’à ce qu’elle rencontre un contrepoids ; et que la même cause qui redresse l’inégalité quand elle arrive doit toujours l’empêcher sans une opération extérieure violente. [4]

 

            Peut-on imaginer qu’il eût été possible, par des lois ou même par quelque art ou activité, de garder en Espagne tout l’argent que les galions rapportaient des INDES ; ou que les marchandises aient pu être vendues en France pour un dixième du prix qu’elles coûtaient de l’autre côté des PYRENEES sans trouver le moyen de passer la frontière et de vider cet immense trésor ? Pourquoi, en vérité, à présent, toutes les nations font-elles des gains dans leur commerce avec l’ESPAGNE et le PORTUGAL, sinon parce qu’il est impossible d’entasser de l’argent (money), de même qu’un fluide, au-delà de son propre niveau. Les souverains de ces pays ont montré leur désir de conserver pour eux-mêmes leur or et leur argent (silver), si cela avait été d’une certaine façon praticable.

 

            Mais, de même qu’une quantité ne peut être élevée au-dessus du niveau de l’élément qui l’entoure si la première n’a pas de communication avec le deuxième, de même,  pour l’argent (money), si la communication est interrompue par quelque obstacle matériel ou physique (car toutes les lois seules sont inefficaces), il peut y avoir en un tel cas une très grande inégalité. Ainsi l’immense éloignement de la CHINE et les monopoles de nos compagnies des INDES, bloquant la communication, conservent en EUROPE l’or et l’argent (gold and silver), surtout l’argent, en quantité beaucoup plus importante que ce que l’on peut trouver dans ce royaume. Mais, malgré ce gros obstacle, la force des causes ci-dessus mentionnées est encore évidente. L’habilité et l’ingéniosité des EUROPEENS surpasse peut-être en général celles des CHINOIS pour ce qui est des arts manuels et des produits manufacturés, et, pourtant, nous n’avons jamais été capables de commercer dans ce pays sans grand désavantage. Et, s’il n’y avait pas ces suppléments permanents que nous recevons d’AMERIQUE, la quantité d’argent (money) chuterait bientôt en EUROPE et augmenterait en CHINE, jusqu’à ce que le niveau soit presque le même dans les deux pays. Nul homme raisonnable ne peut douter que cette nation industrieuse, si elle était aussi proche de nous que la POLOGNE ou la BARBARIE, aurait drainé vers elle le surplus de nos espèces et aurait attiré à elle une grande partie des trésors des INDES OCCIDENTALES. Il n’est nul besoin d’avoir recours à une attraction physique pour expliquer la nécessité de cette opération. Il existe une attraction morale qui vient des intérêts et des passions des hommes et qui est complète et aussi puissante qu’infaillible.

 

            Comment la balance se maintient-elle entre les provinces de chaque royaume, sinon par la force de ce principe qui fait qu’il est impossible que l’argent (money) perde son niveau, et augmente ou baisse au-delà de sa proportion avec le travail et les marchandises de chaque province ? Si l’expérience ne tranquillisait pas les gens sur ce point, quelles sombres réflexions des calculs ne pourraient-ils pas donner à un habitant mélancolique du YORKSHIRE quand il compte et exagère les sommes drainées par LONDRES pour les impôts, les propriétaires absentéistes, les marchandises et qu’il trouve en comparaison les recettes bien inférieures dans la balance. IL n’y a aucun doute que, si l’Heptarchie avait subsisté en ANGLETERRE, le corps législatif de chaque Etat aurait été continuellement alarmé par la crainte d’une mauvaise balance et, comme il est probable que la haine mutuelle de ces Etats aurait été extrêmement violente à cause de leur étroit voisinage, les Etats auraient tyrannisé le commerce et auraient fait peser sur lui une surveillance jalouse et superflue. Depuis que l’union a supprimé les barrières entre l’ECOSSE et l’ANGLETERRE, laquelle de ces nations a-t-elle fait des profits sur l’autre par ce libre commerce ? Si le premier royaume a vu ses richesses augmenter, peut-on raisonnablement expliquer ce phénomène par autre chose que l’essor de son activité et de son savoir-faire. Comme nous l’apprenons par l’abbé DUBOS, avant l’union, ce fut une commune appréhension en ANGLETERRE que l’ECOSSE drainât vers elle tous leurs trésors si l’on permettait un commerce libre, et la même appréhension prévalait de l’autre côté de la TWEED. Quelle était la justesse de ces craintes, le temps l’a montré.

 

            Ce qui arrive pour des petites portions de l’humanité doit arriver pour les grandes. Les provinces de l’empire ROMAIN, cela ne fait aucun doute, maintenaient leur balance entre elles et avec l’Italie indépendamment du corps législatif, tout comme les différents comtés de la GRANDE-BRETAGNE ou les différentes paroisses de chaque comté. Un homme qui voyage à travers l’EUROPE de nos jours peut voir, par le prix des marchandises, que l’argent (money), en dépit de la jalousie absurde des princes et des Etats, s’est mis presque à niveau et que la différence entre un royaume et un autre n’est pas plus grande à cet égard qu’entre différentes provinces d’un même royaume. Les hommes affluent naturellement vers les grandes villes, les ports et les fleuves navigables. C’est là qu’on trouve le plus d’hommes, le plus d’activité (industry), le plus de marchandises et par conséquent plus d’argent, mais la dernière différence est toujours proportionnée à la première et le niveau se maintient. [5]

 

            Notre jalousie et notre haine de la France sont sans limites et il faut du moins reconnaître que le premier sentiment est raisonnable et bien fondé. Ces passions sont la cause de nombreuses barrières commerciales et de nombreuses entraves, et on nous accuse généralement d’être les agresseurs. Mais qu’avons-nous gagné dans cette affaire ? Nous avons perdu le marché FRANÇAIS des lainages et avons transféré le commerce des vins en ESPAGNE et au PORTUGAL où nous achetons des vins moins bons à un prix plus élevé. Il est peu d’ANGLAIS qui ne jugeraient leur pays absolument ruiné si les vins FRANÇAIS se vendaient en ANGLETERRE à un prix si bas et en une quantité telle qu’ils supplanteraient dans une certaine mesure toute notre bière et toutes nos boissons locales. Mais, si nous mettions de côté ces préjugés, il ne serait pas difficile de prouver que rien ne peut être plus innocent et peut-être plus avantageux. Chaque nouvelle acre de vignobles plantés en France pour fournir l’ANGLETERRE en vins obligerait les FRANÇAIS à prendre pour leur subsistance la production d’une acre ANGLAISE semée en froment ou en orge ; et il est évident que, de cette façon, nous aurions la maîtrise de produits de meilleure qualité.

 

            De nombreux édits du roi de FRANCE prohibent la plantation de nouveaux vignobles et ordonnent que tous ceux qui ont été récemment plantés soient arrachés, tellement il est conscient de la valeur supérieure du blé sur tout autre produit dans ce pays.

 

            Le maréchal VAUBAN se plaignait souvent, et avec raison, des taxes absurdes qui pesaient sur l’entrée des vins du LANGUEDOC, de la GUYENNE et d’autres provinces méridionales quand ils étaient importés en BRETAGNE et en NORMANDIE. Il ne doutait pas que ces deux dernières provinces auraient maintenu leur balance malgré le libre-échange qu’il recommandait. Et il est évident que quelques lieues de navigation en plus n’auraient fait aucune différence ou, s’il y en avait une, elle  aurait dû agir sur les marchandises des deux royaumes.

 

            En vérité, il y a un expédient par lequel il est possible de faire baisser l’argent au-delà de son niveau naturel et un autre par lequel il est possible de l’augmenter mais, quand on examine ces cas, on se rend compte qu’ils se résolvent dans notre théorie générale et lui donnent une autorité supplémentaire.

 

            Je ne connais guère d’autre méthode de faire baisser l’argent (money) au-dessous de son niveau que ces institutions de banques, de fonds publics et de papier-crédit, tant en usage dans notre royaume. Ces institutions font du papier l’équivalent de l’argent, le font circuler à travers tout l’Etat, lui font prendre la place de l’or et de l’argent (silver), élèvent proportionnellement le prix du travail et des marchandises et, par ce moyen, bannissent une grande partie des métaux précieux ou empêchent leur accroissement ultérieur. Mais qui peut avoir la vue plus courte que nous quand nous raisonnons ainsi ? Nous imaginons, parce qu’un particulier serait beaucoup plus riche si son fonds d’argent doublait, que le même bon effet s’ensuivrait si la quantité d’argent de tout le monde augmentait, sans considérer que cela élèverait d’autant le prix de toutes les marchandises et ramènerait tout le monde, au bout d’un certain temps, à la condition antérieure. C’est seulement dans nos transactions et négociations publiques avec l’étranger qu’un plus grand fonds d’argent est avantageux et, comme notre papier ne joue ici aucun rôle, nous sentons de cette façon les mauvais effets qui viennent d’une grande abondance d’argent (money) sans en tirer aucun avantage [6].

 

            Supposons qu’il y ait 12 millions d’argent (paper … as money) en papier qui circule dans le royaume (car nous ne devons pas imaginer que tout notre énorme fonds est employé sous cette forme) et supposons que la monnaie réelle (real cash) du royaume soit de 18 millions. Voilà un Etat, l’expérience le montre, qui est capable de détenir un fonds (stock) de 30 millions. Je dis que, s’il est capable de le détenir, il doit nécessairement l’avoir acquis en or et en argent (gold and silver) si nous n’avons pas empêché l’entrée de ces métaux par cette nouvelle invention de papier. Où a-t-il acquis cette somme ? Dans tous les royaumes du monde. Mais pourquoi ? Parce que, si vous supprimez ces 12 millions, l’argent dans notre Etat est au-dessous de son niveau, comparé au niveau de nos voisins ; et il nous faut immédiatement en récupérer chez tous ces Etats jusqu’à ce que nous soyons pleins et saturés, pour ainsi dire, et que nous ne puissions plus en détenir davantage. Par notre politique actuelle, nous prenons soin de farcir la nation de ces belles marchandises que sont les billets de banque et les billets de l’échiquier [7] comme si nous avions peur d’être surchargés de métaux précieux.

 

            On ne peut douter que la grande abondance de métaux précieux (bullion) en FRANCE soit, dans une grande mesure, due à l’absence de papier-crédit. Les FRANÇAIS n’ont pas de banques, les billets de commerce (merchants’ bills) ne circulent pas comme chez nous, l’usure, ou prêt à intérêt, n’est pas directement autorisée, de sorte que de grandes sommes restent dans leurs coffres et que de grandes quantités d’argenterie (plate) sont utilisées chez les particuliers et emplissent les églises. De cette façon, les denrées et le travail demeurent meilleur marché chez eux que dans les nations qui ne sont pas moitié aussi riches en or et en argent (gold and silver). Les avantages de cette situation, au point de vue du commerce aussi bien que des grandes urgences publiques, sont trop évidents pour être contestés.

 

            Il y a quelques années, la même mode prévalut à GENES que celle qui dure encore en ANGLETERRE et en HOLLANDE d’utiliser des services de porcelaine à la place de l’argenterie ; mais le sénat, prévoyant la conséquence, limita l’usage de cette marchandise fragile alors que l’usage de l’argenterie n’était pas soumise à limite. Je suppose que, dans leurs malheurs récents, les GENOIS ont ressenti le bon effet de cette ordonnance. Notre impôt sur l’argenterie est peut-être, de ce point de vue, quelque peu maladroit.

 

            Avant l’introduction du papier-monnaie dans nos colonies, elles avaient assez d’or et d’argent qui circulaient. Depuis son introduction, le moindre inconvénient qui en soit résulté est le total bannissement des métaux précieux. Et, après l’abolition du papier, on ne peut douter que l’argent revienne dans ces colonies qui possèdent des marchandises et des produits manufacturés, les seules choses qui aient une valeur commerciale, les seules choses pour lesquelles les hommes désirent avoir de l’argent (money).

 

            Quel dommage que LYCURGUE n’ait pas pensé au papier-crédit quand il voulut bannir l’or et l’argent de SPARTE ! Il aurait mieux servi son dessein que les morceaux de fer qu’il utilisa comme argent (money) et il aurait aussi empêché plus efficacement tout commerce avec les étrangers, sa valeur réelle et intrinsèque étant nettement inférieure.

           

            Il faut néanmoins avouer que, comme toutes ces questions sur le commerce et l’argent (money) sont extrêmement compliquées, on peut placer ces sujets sous certaines lumières qui montrent que les avantages du papier-crédit et des banques sont supérieurs à leurs désavantages. Qu’ils bannissent les espèces et les métaux précieux d’un Etat, c’est indubitablement vrai ; et quiconque ne regarde pas plus loin  que cette circonstance a raison de les condamner ; mais les espèces et les métaux précieux ne sont pas d’une importance telle qu’ils n’admettent pas d’être compensés et même d’être contrebalancés par l’essor de l’activité (industry) et du crédit qui peuvent être favorisés par le sage usage du papier-monnaie. On sait bien quel avantage retire un marchand de pouvoir escompter ses billets à l’occasion ; et tout ce qui facilite cette espèce de circulation (traffic) est favorable au commerce général d’un Etat. Mais les banques privées ne sont capables de donner un tel crédit que par le crédit qu’elles reçoivent du dépôt d’argent (money) chez elles, et la banque d’ANGLETERRE, de la même manière, de la liberté qu’elle a d’émettre ses billets pour tout paiement. Il y a quelques années, les banques d’EDIMBOURG trouvèrent une invention de ce genre qui, étant l’une des idées les plus ingénieuses qui aient été appliquées dans le commerce, a aussi été jugée avantageuse pour l’ECOSSE. On l’appela alors le crédit bancaire, qui est de la nature suivante. Un homme va à la banque et trouve une garantie pour un montant que nous supposerons de 1000 livres sterling. Cet argent (money), en totalité ou en partie, il a la liberté de le retirer quand il veut et il ne paie que l’intérêt habituel pendant le temps où il dispose de cet argent. Il peut, quand il veut, rembourser une somme aussi petite que 20 livres, et l’intérêt est décompté à partir du jour même du remboursement. Les avantages de ce dispositif sont multiples. Comme un homme peut donner comme garantie presque le montant total de ses biens et que son crédit bancaire équivaut à de l’argent comptant, un marchand peut ainsi d’une certaine manière monnayer ses biens immobiliers, son mobilier, les marchandises de ses entrepôts, l’argent qu’on lui doit à l’étranger et ses bateaux sur mer, et il peut, à l’occasion, les employer pour tout paiement comme si c’était l’argent courant du pays. Si un homme emprunte à un particulier 1000 livres, outre qu’il ne trouve pas toujours cette somme quand il en a besoin, il paie un intérêt, qu’il utilise cet argent ou qu’il ne l’utilise pas. [Au contraire], son crédit bancaire ne lui coûte rien, sinon pendant la période où il l’utilise ; et cette circonstance est aussi avantageuse que s’il avait emprunté de l’argent à un intérêt beaucoup plus bas. Les marchands, de la même façon, par cette invention, ont une grande facilité à soutenir mutuellement leur crédit, ce qui est une garantie considérable contre les banqueroutes. Un homme, dont le propre crédit bancaire est épuisé, se rend dans l’une des banques voisines, qui ne sont pas dans la même situation, et il obtient de l’argent qu’il restitue à sa convenance.

 

            Après avoir été mis en pratique pendant quelques années à EDINBOURG, ce dispositif fut poussé plus loin par plusieurs compagnies de marchands à GLASGOW. Elles s’associèrent pour former des banques et émirent des billets aussi bas que dix shillings qu’elles utilisèrent dans tous les paiements, pour les marchandises, les biens manufacturés et les travaux de toutes sortes ; et ces billets, grâce au crédit établi de ces compagnies, passèrent dans tout le pays comme de l’argent dans tous les paiements. Par ce moyen, un fonds de 5000 livres pouvait accomplir les mêmes opérations qu’un fonds qui aurait été de 6000 ou 7000 livres ; et les marchands pouvaient commercer sur une plus grande échelle en exigeant un profit moins élevé dans toutes leurs transactions. Mais, quels que soient les autres avantages résultant de ces inventions, il faut encore reconnaître que, outre qu’elles donnent une trop grande facilité au crédit, ce qui est dangereux, elles bannissent tous les métaux précieux. Il n’en est pas de preuve plus évidente qu’une comparaison entre l’état passé et l’état présent de l’ECOSSE sur ce point. Lors de la refonte de la monnaie après l’Union, on s’aperçut qu’il y avait près d’un million de livres en espèces dans ce pays mais, malgré la forte augmentation des richesses, du commerce et des produits manufacturés de toute sorte, on juge que, même si aucune somme extraordinaire ne s’est écoulée vers l’ANGLETERRE, les espèces courantes ne se montent pas aujourd’hui au tiers de cette somme.

 

            Mais, de même que ce système du papier-crédit est le seul expédient par lequel nous puissions faire baisser l’argent (money) au-dessous de son niveau, de même, selon moi, le seul expédient par lequel nous puissions l’élever au-dessus est une pratique que nous devrions tous décrier comme destructrice, à savoir le fait d’amasser des sommes importantes dans un trésor public, de les mettre sous clef et d’empêcher de façon absolue leur circulation. Le fluide qui ne communique pas avec l’élément voisin peut, par un tel artifice, être élevé à la hauteur de notre choix. Pour le prouver, il suffit de retourner à notre première hypothèse et de réduire à néant la moitié ou une partie quelconque de notre liquide. Nous verrions alors que la conséquence immédiate de cet événement serait l’attraction d’une somme égale venant des royaumes voisins. Il ne semble pas y avoir des limites à ce type de thésaurisation nécessairement fixées par la nature des choses. Une petite cité comme GENEVE, mettant en pratique cette politique pendant des siècles, pourrait absorber les neuf-dixièmes de l’argent de l’EUROPE. En vérité, il semble y avoir dans la nature humaine un obstacle invincible à cet immense accroissement des richesses. Un Etat faible, avec un trésor énorme, deviendra rapidement la proie de certains de ses voisins plus pauvres mais plus puissants. Un grand Etat dissiperait ses richesses dans des projets dangereux et mal conçus et détruirait probablement ce qui a beaucoup plus de valeur, l’activité, la moralité et le nombre de ses habitants. Le fluide, dans ce cas, élevé à un trop haut niveau, détruit le récipient qui le contient en le faisant éclater et, se mêlant à l’élément environnant, retombe rapidement à son propre niveau.

 

            Nous sommes si peu familiarisés avec ce principe que, quoique les historiens s’accordent tous pour relater de la même façon un événement aussi récent que l’immense trésor amassé par Henri VII (qu’ils estiment à 2.700.000 livres sterling), nous rejetons leurs témoignages concordants plutôt que d’admettre un fait qui s’accorde si mal avec nos préjugés invétérés. Il est d’ailleurs probable que cette somme ait pu représenter les trois quarts de tout l’argent d’ANGLETERRE. Mais en quoi est-il difficile de concevoir que cette somme ait pu être amassée en vingt ans par un monarque presque absolu, malin, avide et économe ? N’est-il pas probable que la diminution de l’argent en circulation n’ait jamais été sentie consciemment par le peuple ou ne lui ait jamais porté préjudice ? La baisse du prix de toutes les marchandises l’a immédiatement remplacé en donnant à l’ANGLETERRE un avantage dans son commerce avec les royaumes voisins.

 

            N’en avons-nous pas un exemple par la petite république ATHENIENNE et ses alliés qui, en presque cinquante ans, des guerres MEDIQUES à la guerre du PELOPONNESE, amassèrent une somme à peine inférieure à celle qu’avait amassée HENRI VII ? En effet, tous les historiens et les orateurs GRECS s’accordent à dire que les ATHENIENS rassemblèrent dans la citadelle plus de 10.000 talents qu’ils dissipèrent ensuite pour leur propre ruine dans des entreprises irréfléchies et imprudentes. Mais, quand cet argent fut mis en circulation et qu’il commença à communiquer avec le fluide environnant, quelle en fut la conséquence ? Demeura-t-il dans l’Etat ? Non, car le mémorable recensement que mentionnent DEMOSTHENE et POLYBE nous apprend que les richesses de la république, qui comprenaient des maisons, des terres, des marchandises, des esclaves et de l’argent, étaient, environ cinquante ans après inférieures à 6.000 talents.

 

            Que ce peuple devait être ambitieux et fougueux pour amasser et conserver dans son trésor, en prévision des conquêtes, une somme que les citoyens avaient chaque jour le pouvoir, par un simple vote, de distribuer entre eux, ce qui aurait presque triplé les richesses de chaque individu ! Nous devons en effet remarquer, comme le disent des écrivains antiques, que la population et les richesses d’ATHENES n’étaient pas plus importantes au début de la guerre du PELOPONNESE qu’au début de la guerre de MACEDOINE.

 

            L’argent n’était pas plus abondant en GRECE à l’époque de PHILIPPE et de PERSEE qu’en ANGLETERRE sous HENRI VII. Pourtant, ces deux monarques, en trente ans, recueillirent du petit royaume de MACEDOINE un plus grand trésor que celui du monarque ANGLAIS. PAUL EMILE rapporta à ROME environ 1.700.000 livres sterling. PLINE dit 2.400.000. Et ce n’était qu’une partie du trésor MACEDONIEN. Le reste fut dissipé par la résistance et la fuite de PERSEE.

 

            STANYAN nous apprend que le canton de BERNE avait 300.000 livres sterling prêtées à intérêt et qu’il avait environ six fois cette somme dans son trésor. Voici donc une somme de 1.800.000 livres sterling thésaurisée, somme quatre fois plus importante que celle qui devait naturellement circuler dans un Etat aussi petit ; et personne, voyageant dans le pays de VAUD ou en quelque partie de ce canton, ne remarque un besoin d’argent supérieur à ce qu’on supposer dans un pays de cette étendue, avec ce sol et cette situation. Au contraire, il n’y a guère, en FRANCE ou en ALLEMAGNE, de provinces intérieures où les habitants soient aussi opulents, quoique le canton ait largement augmenté son trésor depuis 1714, date à laquelle STANYAN écrivit son judicieux exposé sur la SUISSE[8]

 

            L’exposé d’APPIEN [9] sur le trésor des PTOLEMEES est si prodigieux que personne ne peut l’admettre, d’autant moins que l’historien dit que les autres successeurs d’ALEXANDRE furent aussi économes et furent nombreux à posséder des trésors qui n’étaient pas très inférieurs. En effet, l’esprit d’épargne des princes voisins devait nécessairement avoir mis en échec la frugalité des monarques égyptiens selon la théorie précédente. La somme qu’il mentionne est de 740.000 talents, soit 191.166.666 livres 13 shillings et 4 pence selon le calcul du Dr. Arbuthnot. Et, pourtant, APPIEN dit qu’il a extrait ces chiffres des registres publics ; et il était lui-même natif d’ALEXANDRIE.

 

            Par ces principes, nous pouvons apprendre quel jugement nous devons former sur ces barrières, entraves et impôts sans nombre que toutes les nations d’EUROPE, et l’ANGLETERRE plus qu’aucune autre, ont mis sur la commerce à cause d’un désir démesuré d’amasser de l’argent (money) qui ne peut jamais s’élever au-dessus de son niveau quand il circule ou à cause d’une crainte mal fondée de perdre leurs espèces, qui ne tomberont jamais au-dessous. Si quelque chose peut disperser nos richesses, c’est [bien] des procédés aussi maladroits. Quoi qu’il en soit, le mauvais effet général qui en résulte est que les nations voisines se trouvent privées de la libre communication et du libre échange (that free communication and exchange) auxquels le Créateur du monde les avait destinées en leur donnant des sols, des climats et des génies si différents les uns des autres.

 

            Nos politiques modernes adoptent la seule méthode de bannir l’argent (money), l’usage du papier-crédit, et ils rejettent la seule façon d’en amasser, la thésaurisation (the practise of hoarding). Ils adoptent mille dispositifs qui ne servent qu’à enrayer l’activité et à nous priver, nous et nos voisins, des bénéfices communs de l’art et de la nature.

 

            Toutes les taxes sur les marchandises étrangères ne doivent pas être toutefois considérées comme préjudiciables ou inutiles, sauf celles qui se fondent sur la jalousie ci-dessus mentionnée. Une taxe sur les toiles d’ALLEMAGNE encourage les manufactures de notre pays et multiplie par là notre population et notre activité (industry). Une taxe sur le Cognac [10] augmente la vente de rhum et aide nos colonies du Sud. Et, comme il est nécessaire, pour les ressources du gouvernement, que des impôts soient levés, on peut penser qu’il est préférable de taxer les marchandises étrangères qui peuvent être facilement interceptées au port pour être assujetties à l’impôt. Nous devons cependant toujours nous souvenir de la maxime du Dr. SWIFT, que, dans l’arithmétique des douanes, deux et deux ne font pas quatre mais ne font souvent qu’un. On ne peut guère douter que, si les taxes [11] sur les vins étaient abaissées d’un tiers, elles rapporteraient beaucoup plus au gouvernement qu’à présent. Notre peuple pourrait alors se permettre de boire couramment des alcools meilleurs et plus sains et cela ne porterait pas préjudice à la balance du commerce dont nous sommes si jaloux. En dehors de l’agriculture, la fabrication de bière est peu importante et emploie peu de bras. Le transport des vins et du blé ne serait pas très inférieur.

 

            Mais, me direz-vous, n’y a-t-il pas de fréquents exemples d’Etats et de royaumes qui furent jadis riches et opulents et qui sont aujourd’hui pauvres et misérables ? L’argent, qui y abondait avant, ne les a-t-il pas quittés ? Je réponds que, s’ils perdent leur commerce, leur activité et leur population, ils ne peuvent pas espérer conserver leur or et leur argent (gold and silver) car ces métaux précieux sont toujours proportionnés aux premiers avantages. Quand LISBONNE et AMSTERDAM ont pris à VENISE et à GENES le commerce des INDES ORIENTALES, elles ont aussi récupéré les profits et l’argent qui en provenaient. Quand le siège du gouvernement est transféré, quand des armées coûteuses sont entretenues à une grande distance, quand des fonds importants sont possédés par des étrangers, ces causes produisent naturellement une diminution des espèces. Mais ce sont là, nous pouvons le remarquer, des méthodes violentes et forcées de faire sortir l’argent et qui s’accompagnent couramment, au bout d’un certain temps, d’un transfert de population et d’activité. Mais quand ces dernières demeurent et que la sortie d’argent cesse, l’argent trouve toujours un moyen de revenir par cent canaux dont nous n’avons ni l’idée, ni le soupçon. Quels immenses trésors ont été dépensés dans les FLANDRES par tant de nations depuis la révolution au cours de trois longues guerres ? Plus d’argent peut-être que la moitié de l’argent présent aujourd’hui en EUROPE. Mais qu’est-il devenu ? Se trouve-t-il dans les limites étroites des provinces AUTRICHIENNES ? Assurément non. La plus grande partie de l’argent est revenue dans les différents pays d’où il venait et a suivi cet art et cette activité par lesquels il avait d’abord été acquis. En effet, pendant mille ans, l’argent d’EUROPE a afflué à ROME de manière ouverte et perceptible mais ROME en a été vidée par des canaux secrets et imperceptibles ; et le défaut d’activité (industry) et de commerce fait à présent des possessions papales le territoire le plus pauvre d’ITALIE.

 

            En résumé, un gouvernement a toutes les raisons de conserver avec soin sa population et ses manufactures. Son argent, il doit le confier en toute sûreté au cours des affaires humaines, sans crainte et sans jalousie. Ou, s’il prête attention à cette dernière circonstance, ce doit être seulement dans la mesure où elle affecte la première.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

IT is very usual, in nations ignorant of the nature of commerce, to prohibit the exportation of commodities, and to preserve among themselves whatever they think valuable and useful. They do not consider, that, in this prohibition, they act directly contrary to their intention; and that the more is exported of any commodity, the more will be raised at home, of which they themselves will always have the first offer.

 

It is well known to the learned, that the ancient laws of ATHENS rendered the exportation of figs criminal; that being supposed a species of fruit so excellent in ATTICA, that the ATHENIANS deemed it too delicious for the palate of any foreigner. And in this ridiculous prohibition they were so much in earnest, that informers were thence called sycophants among them, from two GREEK words, which signify figs and discoverer.  There are proofs in many old acts of parliament of the same ignorance in the nature of commerce, particularly in the reign of EDWARD III. And to this day, in FRANCE, the exportation of corn is almost always prohibited; in order, as they say, to prevent famines; though it is evident, that nothing contributes more to the frequent famines, which so much distress that fertile country.

 

The same jealous fear, with regard to money, has also prevailed among several nations; and it required both reason and experience to convince any people, that these prohibitions serve to no other purpose than to raise the exchange against them, and produce a still greater exportation.

 

These errors, one may say, are gross and palpable: But there still prevails, even in nations well acquainted with commerce, a strong jealousy with regard to the balance of trade, and a fear, that all their gold and silver may be leaving them. This seems to me, almost in every case, a groundless apprehension; and I should as soon dread, that all our springs and rivers should be exhausted, as that money should abandon a kingdom where there are people and industry. Let us carefully preserve these latter advantages; and we need never be apprehensive of losing the former.

 

It is easy to observe, that all calculations concerning the balance of trade are founded on very uncertain facts and suppositions. The custom-house books are allowed to be an insufficient ground of reasoning; nor is the rate of exchange much better; unless we consider it with all nations, and know also the proportions of the several sums remitted; which one may safely pronounce impossible. Every man, who has ever reasoned on this subject, has always proved his theory, whatever it was, by facts and calculations, and by an enumeration of all the commodities sent to all foreign kingdoms.

 

The writings of Mr. GEE struck the nation with an universal panic, when they saw it plainly demonstrated, by a detail of particulars, that the balance was against them for so considerable a sum as must leave them without a single shilling in five or six years. But luckily, twenty years have since elapsed, with an expensive foreign war; yet is it commonly supposed, that money is still more plentiful among us than in any former period.

 

Nothing can be more entertaining on this head than Dr. SWIFT; an author so quick in discerning the mistakes and absurdities of others. He says, in his short view of the state of IRELAND, that the whole cash of that kingdom formerly amounted but to 500,000 l.; that out of this the IRISH remitted every year a neat million to ENGLAND, and had scarcely any other source from which they could compensate themselves, and little other foreign trade than the importation of FRENCH wines, for which they paid ready money. The consequence of this situation, which must be owned to be disadvantageous, was, that, in a course of three years, the current money of IRELAND, from 500,000 l. was reduced to less than two. And at present, I suppose, in a course of 30 years it is absolutely nothing. Yet I know not how, that opinion of the advance of riches in IRELAND, which gave the Doctor so much indignation, seems still to continue, and gain ground with every body.

 

In short, this apprehension of the wrong balance of trade, appears of such a nature, that it discovers itself, wherever one is out of humour with the ministry, or is in low spirits; and as it can never be refuted by a particular detail of all the exports, which counterbalance the imports, it may here be proper to form a general argument, that may prove the impossibility of this event, as long as we preserve our people and our industry.

 

Suppose four-fifths of all the money in GREAT BRITAIN to be annihilated in one night, and the nation reduced to the same condition, with regard to specie, as in the reigns of the HARRYS and EDWARDS, what would be the consequence? Must not the price of all labour and commodities sink in proportion, and every thing be sold as cheap as they were in those ages? What nation could then dispute with us in any foreign market, or pretend to navigate or to sell manufactures at the same price, which to us would afford sufficient profit? In how little time, therefore, must this bring back the money which we had lost, and raise us to the level of all the neighbouring nations? Where, after we have arrived, we immediately lose the advantage of the cheapness of labour and commodities; and the farther flowing in of money is stopped by our fulness and repletion.

 

Again, suppose, that all the money of GREAT BRITAIN were multiplied fivefold in a night, must not the contrary effect follow? Must not all labour and commodities rise to such an exorbitant height, that no neighbouring nations could afford to buy from us; while their commodities, on the other hand, became comparatively so cheap, that, in spite of all the laws which could be formed, they would be run in upon us, and our money flow out; till we fall to a level with foreigners, and lose that great superiority of riches, which had laid us under such disadvantages?

 

Now, it is evident, that the same causes, which would correct these exorbitant inequalities, were they to happen miraculously, must prevent their happening in the common course of nature, and must for ever, in all neighbouring nations, preserve money nearly proportionable to the art and industry of each nation. All water, wherever it communicates, remains always at a level. Ask naturalists the reason; they tell you, that, were it to be raised in any one place, the superior gravity of that part not being balanced, must depress it, till it meet a counterpoise; and that the same cause, which redresses the inequality when it happens, must for ever prevent it, without some violent external operation. [12]

 

Can one imagine, that it had ever been possible, by any laws, or even by any art or industry, to have kept all the money in SPAIN, which the galleons have brought from the INDIES? Or that all commodities could be sold in FRANCE for a tenth of the price which they would yield on the other side of the PYRENEES, without finding their way thither, and draining from that immense treasure? What other reason, indeed, is there, why all nations, at present, gain in their trade with SPAIN and PORTUGAL; but because it is impossible to heap up money, more than any fluid, beyond its proper level? The sovereigns of these countries have shown, that they wanted not inclination to keep their gold and silver to themselves, had it been in any degree practicable.

 

But as any body of water may be raised above the level of the surrounding element, if the former has no communication with the latter; so in money, if the communication be cut off, by any material or physical impediment, (for all laws alone are ineffectual) there may, in such a case, be a very great inequality of money. Thus the immense distance of CHINA, together with the monopolies of our INDIA companies, obstructing the communication, preserve in EUROPE the gold and silver, especially the latter, in much greater plenty than they are found in that kingdom. But, notwithstanding this great obstruction, the force of the causes abovementioned is still evident. The skill and ingenuity of EUROPE in general surpasses perhaps that of CHINA, with regard to manual arts and manufactures; yet are we never able to trade thither without great disadvantage. And were it not for the continual recruits, which we receive from AMERICA, money would soon sink in EUROPE, and rise in CHINA, till it came nearly to a level in both places. Nor can any reasonable man doubt, but that industrious nation, were they as near us as POLAND or BARBARY, would drain us of the overplus of our specie, and draw to themselves a larger share of the WEST INDIAN treasures. We need not have recourse to a physical attraction, in order to explain the necessity of this operation. There is a moral attraction, arising from the interests and passions of men, which is full as potent and infallible.

 

How is the balance kept in the provinces of every kingdom among themselves, but by the force of this principle, which makes it impossible for money to lose its level, and either to rise or sink beyond the proportion of the labour and commodities which are in each province? Did not long experience make people easy on this head, what a fund of gloomy reflections might calculations afford to a melancholy YORKSHIREMAN, while he computed and magnified the sums drawn to LONDON by taxes, absentees, commodities, and found on comparison the opposite articles so much inferior? And no doubt, had the Heptarchy subsisted in ENGLAND, the legislature of each state had been continually alarmed by the fear of a wrong balance; and as it is probable that the mutual hatred of these states would have been extremely violent on account of their close neighbourhood, they would have loaded and oppressed all commerce, by a jealous and superfluous caution. Since the union has removed the barriers between SCOTLAND and ENGLAND, which of these nations gains from the other by this free commerce? Or if the former kingdom has received any encrease of riches, can it reasonably be accounted for by any thing but the encrease of its art and industry? It was a common apprehension in ENGLAND, before the union, as we learn from L'ABBE DU BOS, that SCOTLAND would soon drain them of their treasure, were an open trade allowed; and on the other side the TWEED a contrary apprehension prevailed: With what justice in both, time has shown.

 

What happens in small portions of mankind, must take place in greater. The provinces of the ROMAN empire, no doubt, kept their balance with each other, and with ITALY, independent of the legislature; as much as the several counties of GREAT BRITAIN, or the several parishes of each county. And any man who travels over EUROPE at this day, may see, by the prices of commodities, that money, in spite of the absurd jealousy of princes and states, has brought itself nearly to a level; and that the difference between one kingdom and another is not greater in this respect, than it is often between different provinces of the same kingdom. Men naturally flock to capital cities, sea-ports, and navigable rivers. There we find more men, more industry, more commodities, and consequently more money; but still the latter difference holds proportion with the former, and the level is preserved. [13]

 

Our jealousy and our hatred of FRANCE are without bounds; and the former sentiment, at least, must be acknowledged reasonable and well-grounded. These passions have occasioned innumerable barriers and obstructions upon commerce, where we are accused of being commonly the aggressors. But what have we gained by the bargain? We lost the FRENCH market for our woollen manufactures, and transferred the commerce of wine to SPAIN and PORTUGAL, where we buy worse liquor at a higher price. There are few ENGLISHMEN who would not think their country absolutely ruined, were FRENCH wines sold in ENGLAND so cheap and in such abundance as to supplant, in some measure, all ale, and home-brewed liquors: But would we lay aside prejudice, it would not be difficult to prove, that nothing could be more innocent, perhaps advantageous. Each new acre of vineyard planted in FRANCE, in order to supply ENGLAND with wine, would make it requisite for the FRENCH to take the produce of an ENGLISH acre, sown in wheat or barley, in order to subsist themselves; and it is evident, that we should thereby get command of the better commodity.

 

There are many edicts of the FRENCH king, prohibiting the planting of new vineyards, and ordering all those which are lately planted to be grubbed up; so sensible are they, in that country, of the superior value of corn, above every other product.

 

Mareschal VAUBAN complains often, and with reason, of the absurd duties which load the entry of those wines of LANGUEDOC, GUIENNE, and other southern provinces, that are imported into BRITANNY and NORMANDY. He entertained no doubt but these latter provinces could preserve their balance, notwithstanding the open commerce which he recommends. And it is evident, that a few leagues more navigation to ENGLAND would make no difference; or if it did, that it must operate alike on the commodities of both kingdoms.

 

There is indeed one expedient by which it is possible to sink, and another by which we may raise money beyond its natural level in any kingdom; but these cases, when examined, will be found to resolve into our general theory, and to bring additional authority to it.

 

I scarcely know any method of sinking money below its level, but those institutions of banks, funds, and paper-credit, which are so much practised in this kingdom. These render paper equivalent to money, circulate it throughout the whole state, make it supply the place of gold and silver, raise proportionably the price of labour and commodities, and by that means either banish a great part of those precious metals, or prevent their farther encrease. What can be more shortsighted than our reasonings on this head? We fancy, because an individual would be much richer, were his stock of money doubled, that the same good effect would follow were the money of every one encreased; not considering, that this would raise as much the price of every commodity, and reduce every man, in time, to the same condition as before. It is only in our public negociations and transactions with foreigners, that a greater stock of money is advantageous; and as our paper is there absolutely insignificant, we feel, by its means, all the ill effects arising from a great abundance of money, without reaping any of the advantages.

 

Suppose that there are 12 millions of paper, which circulate in the kingdom as money, (for we are not to imagine, that all our enormous funds are employed in that shape) and suppose the real cash of the kingdom to be 18 millions : here is a state which is found by experience to be able to hold a stock of 30 millions. I say, if it be able to hold it, it must of necessity have acquired it in gold and silver, had we not obstructed the entrance of these metals by this new invention of paper. Whence would it have acquired that sum? From all the kingdoms of the world. But why? Because, if you remove these 12 millions, money in this state is below its level, compared with our neighbours; and we must immediately draw from all of them, till we be full and saturate, so to speak, and can hold no more. By our present politics, we are as careful to stuff the nation with this fine commodity of bank-bills and chequer-notes, as if we were afraid of being overburthened with the precious metals.

 

It is not to be doubted, but the great plenty of bullion in FRANCE is, in a great measure, owing to the want of paper-credit. The FRENCH have no banks: Merchants bills do not there circulate as with us : usury or lending on interest is not directly permitted; so that many have large sums in their coffers : great quantities of plate are used in private houses; and all the churches are full of it. By this means, provisions and labour still remain cheaper among them, than in nations that are not half so rich in gold and silver. The advantages of this situation, in point of trade as well as in great public emergencies, are too evident to be disputed.

 

The same fashion a few years ago prevailed in GENOA, which still has place in ENGLAND and HOLLAND, of using services of CHINA-ware instead of plate; but the senate, foreseeing the consequence, prohibited the use of that brittle commodity beyond a certain extent; while the use of silver-plate was left unlimited. And I suppose, in their late distresses, they felt the good effect of this ordinance. Our tax on plate is, perhaps, in this view, somewhat impolitic.

 

Before the introduction of paper-money into our colonies, they had gold and silver sufficient for their circulation. Since the introduction of that commodity, the least inconveniency that has followed is the total banishment of the precious metals. And after the abolition of paper, can it be doubted but money will return, while these colonies possess manufactures and commodities, the only thing valuable in commerce, and for whose sake alone all men desire money.

 

What pity LYCURGUS did not think of paper-credit, when he wanted to banish gold and silver from SPARTA! It would have served his purpose better than the lumps of iron he made use of as money; and would also have prevented more effectually all commerce with strangers, as being of so much less real and intrinsic value.

 

It must, however, be confessed, that, as all these questions of trade and money are extremely complicated, there are certain lights, in which this subject may be placed, so as to represent the advantages of paper-credit and banks to be superior to their disadvantages. That they banish specie and bullion from a state is undoubtedly true; and whoever looks no farther than this circumstance does well to condemn them; but specie and bullion are not of so great consequence as not to admit of a compensation, and even an overbalance from the encrease of industry and of credit, which may be promoted by the right use of paper-money. It is well known of what advantage it is to a merchant to be able to discount his bills upon occasion; and every thing that facilitates this species of traffic is favourable to the general commerce of a state. But private bankers are enabled to give such credit by the credit they receive from the depositing of money in their shops; and the bank of ENGLAND in the same manner, from the liberty it has to issue its notes in all payments. There was an invention of this kind, which was fallen upon some years ago by the banks of EDINBURGH; and which, as it is one of the most ingenious ideas that has been executed in commerce, has also been thought advantageous to SCOTLAND. It is there called a BANK-CREDIT; and is of this nature. A man goes to the bank and finds surety to the amount, we shall suppose, of a thousand pounds. This money, or any part of it, he has the liberty of drawing out whenever he pleases, and he pays only the ordinary interest for it, while it is in his hands. He may, when he pleases, repay any sum so small as twenty pounds, and the interest is discounted from the very day of the repayment. The advantages, resulting from this contrivance, are manifold. As a man may find surety nearly to the amount of his substance, and his bank-credit is equivalent to ready money, a merchant does hereby in a manner coin his houses, his household furniture, the goods in his warehouse, the foreign debts due to him, his ships at sea; and can, upon occasion, employ them in all payments, as if they were the current money of the country. If a man borrow a thousand pounds from a private hand, besides that it is not always to be found when required, he pays interest for it, whether he be using it or not: His bank-credit costs him nothing except during the very moment, in which it is of service to him : and this circumstance is of equal advantage as if he had borrowed money at much lower interest. Merchants, likewise, from this invention, acquire a great facility in supporting each other's credit, which is a considerable security against bankruptcies. A man, when his own bank-credit is exhausted, goes to any of his neighbours who is not in the same condition; and he gets the money, which he replaces at his convenience.

 

After this practice had taken place during some years at EDINBURGH, several companies of merchants at GLASGOW carried the matter farther. They associated themselves into different banks, and issued notes so low as ten shillings, which they used in all payments for goods, manufactures, tradesmen's labour of all kinds; and these notes, from the established credit of the companies, passed as money in all payments throughout the country. By this means, a stock of five thousand pounds was able to perform the same operations as if it were six or seven; and merchants were thereby enabled to trade to a greater extent, and to require less profit in all their transactions. But whatever other advantages result from these inventions, it must still be allowed that, besides giving too great facility to credit, which is dangerous, they banish the precious metals; and nothing can be a more evident proof of it, than a comparison of the past and present condition of SCOTLAND in that particular. It was found, upon the recoinage made after the union, that there was near a million of specie in that country: But notwithstanding the great encrease of riches, commerce and manufactures of all kinds, it is thought, that, even where there is no extraordinary drain made by ENGLAND, the current specie will not now amount to a third of that sum.

 

But as our projects of paper-credit are almost the only expedient, by which we can sink money below its level; so, in my opinion, the only expedient, by which we can raise money above it, is a practice which we should all exclaim against as destructive, namely, the gathering of large sums into a public treasure, locking them up, and absolutely preventing their circulation. The fluid, not communicating with the neighbouring element, may, by such an artifice, be raised to what height we please. To prove this, we need only return to our first supposition, of annihilating the half or any part of our cash; where we found, that the immediate consequence of such an event would be the attraction of an equal sum from all the neighbouring kingdoms. Nor does there seem to be any necessary bounds set, by the nature of things, to this practice of hoarding. A small city, like GENEVA, continuing this policy for ages, might engross nine-tenths of the money of EUROPE. There seems, indeed, in the nature of man, an invincible obstacle to that immense growth of riches. A weak state, with an enormous treasure, will soon become a prey to some of its poorer, but more powerful neighbours. A great state would dissipate its wealth in dangerous and ill-concerted projects; and probably destroy, with it, what is much more valuable, the industry, morals, and numbers of its people. The fluid, in this case, raised to too great a height, bursts and destroys the vessel that contains it; and mixing itself with the surrounding element, soon falls to its proper level.

 

So little are we commonly acquainted with this principle, that, though all historians agree in relating uniformly so recent an event, as the immense treasure amassed by HARRY VII. (which they make amount to 2,700,000 pounds,) we rather reject their concurring testimony, than admit of a fact, which agrees so ill with our inveterate prejudices. It is indeed probable, that this sum might be three-fourths of all the money in ENGLAND. But where is the difficulty in conceiving, that such a sum might be amassed in twenty years, by a cunning, rapacious, frugal, and almost absolute monarch? Nor is it probable, that the diminution of circulating money was ever sensibly felt by the people, or ever did them any prejudice. The sinking of the prices of all commodities would immediately replace it, by giving ENGLAND the advantage in its commerce with the neighbouring kingdoms.

 

Have we not an instance, in the small republic of ATHENS with its allies, who, in about fifty years, between the MEDIAN and PELOPONNESIAN wars, amassed a sum not much inferior to that of HARRY VII.? For all the GREEK historians and orators agree, that the ATHENIANS collected in the citadel more than 10,000 talents, which they afterwards dissipated to their own ruin, in rash and imprudent enterprizes. But when this money was set a running, and began to communicate with the surrounding fluid; what was the consequence? Did it remain in the state? No. For we find, by the memorable census mentioned by DEMOSTHENES and POLYBIUS, that, in about fifty years afterwards, the whole value of the republic, comprehending lands, houses, commodities, slaves, and money, was less than 6000 talents.

 

What an ambitious high-spirited people was this, to collect and keep in their treasury, with a view to conquests, a sum, which it was every day in the power of the citizens, by a single vote, to distribute among themselves, and which would have gone near to triple the riches of every individual! For we must observe, that the numbers and private riches of the ATHENIANS are said, by ancient writers, to have been no greater at the beginning of the PELOPONNESIAN war, than at the beginning of the MACEDONIAN.

 

Money was little more plentiful in GREECE during the age of PHILIP and PERSEUS, than in ENGLAND during that of HARRY VII. : yet these two monarchs in thirty years collected from the small kingdom of MACEDON, a larger treasure than that of the ENGLISH monarch. PAULUS ÆMILIUS brought to ROME about 1,700,000 pounds Sterling. PLINY says, 2,400,000. And that was but a part of the MACEDONIAN treasure. The rest was dissipated by the resistance and flight of PERSEUS.

 

We may learn from STANIAN, that the canton of BERNE had 300,000 pounds lent at interest, and had above six times as much in their treasury. Here then is a sum hoarded of 1,800,000 pounds Sterling, which is at least quadruple what should naturally circulate in such a petty state; and yet no one, who travels in the PAIS DE VAUX, or any part of that canton, observes any want of money more than could be supposed in a country of that extent, soil, and situation. On the contrary, there are scarce any inland provinces in the continent of FRANCE or GERMANY, where the inhabitants are at this time so opulent, though that canton has vastly encreased its treasure since 1714, the time when STANIAN wrote his judicious account of SWITZERLAND. [14]

 

 

The account given by APPIAN [15] of the treasure of the PTOLEMIES, is so prodigious, that one cannot admit of it; and so much the less, because the historian says, that the other successors of ALEXANDER were also frugal, and had many of them treasures not much inferior. For this saving humour of the neighbouring princes must necessarily have checked the frugality of the EGYPTIAN monarchs, according to the foregoing theory. The sum he mentions is 740,000 talents, or 191,166,666 pounds 13 shillings and 4 pence, according to Dr. ARBUTHNOT'S computation. And yet APPIAN says, that he extracted his account from the public records; and he was himself a native of ALEXANDRIA.

 

From these principles we may learn what judgment we ought to form of those numberless bars, obstructions, and imposts, which all nations of EUROPE, and none more than ENGLAND, have put upon trade; from an exorbitant desire of amassing money, which never will heap up beyond its level, while it circulates; or from an ill-grounded apprehension of losing their specie, which never will sink below it. Could any thing scatter our riches, it would be such impolitic contrivances. But this general ill effect, however, results from them, that they deprive neighbouring nations of that free communication and exchange which the Author of the world has intended, by giving them soils, climates, and geniuses, so different from each other.

 

Our modern politics embrace the only method of banishing money, the using of paper-credit; they reject the only method of amassing it, the practice of hoarding; and they adopt a hundred contrivances, which serve to no purpose but to check industry, and rob ourselves and our neighbours of the common benefits of art and nature.

 

All taxes, however, upon foreign commodities, are not to be regarded as prejudicial or useless, but those only which are founded on the jealousy above-mentioned. A tax on GERMAN linen encourages home manufactures, and thereby multiplies our people and industry. A tax on brandy encreases the sale of rum, and supports our southern colonies. And as it is necessary, that imposts should be levied, for the support of government, it may be thought more convenient to lay them on foreign commodities, which can easily be intercepted at the port, and subjected to the impost. We ought, however, always to remember the maxim of Dr. SWIFT, That, in the arithmetic of the customs, two and two make not four, but often make only one. It can scarcely be doubted, but if the duties on wine were lowered to a third, they would yield much more to the government than at present: Our people might thereby afford to drink commonly a better and more wholesome liquor; and no prejudice would ensue to the balance of trade, of which we are so jealous. The manufacture of ale beyond the agriculture is but inconsiderable, and gives employment to few hands. The transport of wine and corn would not be much inferior.

 

But are there not frequent instances, you will say, of states and kingdoms, which were formerly rich and opulent, and are now poor and beggarly? Has not the money left them, with which they formerly abounded? I answer, if they lose their trade, industry, and people, they cannot expect to keep their gold and silver : for these precious metals will hold proportion to the former advantages. When LISBON and AMSTERDAM got the EAST-INDIA trade from VENICE and GENOA, they also got the profits and money which arose from it. Where the seat of government is transferred, where expensive armies are maintained at a distance, where great funds are possessed by foreigners; there naturally follows from these causes a diminution of the specie. But these, we may observe, are violent and forcible methods of carrying away money, and are in time commonly attended with the transport of people and industry. But where these remain, and the drain is not continued, the money always finds its way back again, by a hundred canals, of which we have no notion or suspicion. What immense treasures have been spent, by so many nations, in FLANDERS, since the revolution, in the course of three long wars? More money perhaps than the half of what is at present in EUROPE. But what has now become of it? Is it in the narrow compass of the AUSTRIAN provinces? No, surely : it has most of it returned to the several countries whence it came, and has followed that art and industry, by which at first it was acquired. For above a thousand years, the money of EUROPE has been flowing to ROME, by an open and sensible current; but it has been emptied by many secret and insensible canals : and the want of industry and commerce renders at present the papal dominions the poorest territory in all ITALY.

 

In short, a government has great reason to preserve with care its people and its manufactures. Its money, it may safely trust to the course of human affairs, without fear or jealousy. Or if it ever give attention to this latter circumstance, it ought only to be so far as it affects the former.

 



[1]              Le mot est formé à partir de sukon (figue) et de phantazô (faire voir, montrer, dénoncer). Le sycophante serait ainsi le dénonciateur d’exportateurs de figues. Le mot est bien entendu désormais synonyme de « délateur ». (NdT)

[2]              La population et l’activité. (NdT)

[3]              L’argent. (NdT)

[4]              Il y a une autre cause, quoique d’action plus limitée, qui contient la mauvaise balance du commerce par rapport aux nations particulières avec lesquelles le royaume fait du commerce. Quand nous importons plus de biens que nous n’en exportons, le taux de change nous devient défavorable et cela nous encourage à exporter encore jusqu’à la hauteur des frais de transport et d’assurance des sommes dues. En effet, le taux de change ne peut jamais s’élever beaucoup haut que cette somme.

[5]              Il faut noter avec soin que, dans ce discours, à chaque fois que je parle du niveau de l’argent, j’entends toujours par là son niveau en proportion avec les marchandises, le travail, l’activité, le savoir-faire des différents Etats. J’affirme que, si ces avantages sont double, triple ou quadruple des avantages des Etats voisins, l’argent sera aussi infailliblement double, triple ou quadruple. La seule circonstance qui peut faire obstacle à l’exactitude de ces proportions est le coût du transport des marchandises d’un endroit à l’autre, coût qui est parfois inégal. Ainsi le blé, le bétail, le fromage et le beurre du DERBYSHIRE ne peuvent tirer de LONDRES autant d’argent que les produits manufacturés de LONDRES tirent du DERBYSHIRE. Mais cette objection n’est qu’apparente car le coût du transport des marchandises est d’autant plus élevé que la communication entre les places est imparfaite et connaît des obstacles.

[6]              Nous avons observé dans le troisième essai [sur l’argent] que l’argent (money) quand sa quantité augmente, encourage l’activité durant l’intervalle entre l’augmentation de cette quantité et la hausse des prix. Un bon effet de cette nature doit être la conséquence du papier-crédit mais il est dangereux de précipiter les choses au risque de perdre tout par la défaillance de ce crédit, comme cela doit arriver en cas de secousse dans les affaires publiques.

[7]              Bons du trésor en Angleterre. (NdT)

[8]              La pauvreté dont parle STANYAN ne se voit que dans les cantons les plus montagneux, où il n’est pas commode d’apporter de l’argent. Et, même là, les gens ne sont pas plus pauvres que dans le diocèse de SALSBOURG d’un côté, ou celui de SAVOIE de l’autre côté.

[9]              Proem.

[10]            “Brandy” : s’agit-il du Cognac français ou d’une eau de vie de vin d’origine différente ? (NdT)

[11]            ou “droits” (“duties). (dT)

[12]            There is another cause, though more limited in its operation, which checks the wrong balance of trade, to every particular nation to which the kingdom trades. When we import more goods than we export, the exchange turns against us, and this becomes a new encouragement to export; as much as the charge of carriage and insurance of the money which becomes due would amount to. For the exchange can never rise but a little higher than that sum.

[13]            It must carefully be remarked, that throughout this discourse, wherever I speak of the level of money, I mean always its proportional level to the commodities, labour, industry, and skill, which is in the several states. And I assert, that where these advantages are double, triple, quadruple, to what they are in the neighbouring states, the money infallibly will also be double, triple, quadruple. The only circumstance that can obstruct the exactness of these proportions, is the expence of transporting the commodities from one place to another; and this expence is sometimes unequal. Thus the corn, cattle, cheese, butter, of DERBYSHIRE, cannot draw the money of LONDON, so much as the manufactures of LONDON draw the money of DERBYSHIRE. But this objection is only a seeming one: For so far as the transport of commodities is expensive, so far is the communication between the places obstructed and imperfect.

[14]            The poverty which STANIAN speaks of is only to be seen in the most mountainous cantons, where there is no commodity to bring money. And even there the people are not poorer than in the diocese of SALTSBURGH on the one hand, or SAVOY on the other.

[15]            Proem.