PHILOTRADavid Hume

Essai sur la condition moyenne.

Traduit par Philippe Folliot ( 2007)
Professeur de Philosophie au lycée Jehan Ango de Dieppe

 

 De

 

OF  THE MIDDLE STATION OF LIFE

in

Essays & Treatises on several subjects

In two volumes

Containing

Essays, moral, political, and literary

A new edition

LONDON

Printed for T.CADELL, in the Strand;

and

  1. DONALDSON and W. CREECH, at Edinburgh

MDCCLXXVII
Seule édition de cet essai : 1742 (supprimé ensuite par Hume)

 

 

 

 

 

La traduction

Le texte anglais

 

 

 

 

Des classes moyennes

 

 

            La morale de la fable qui suit se découvrira facilement sans qu’il soit besoin de l’expliquer. Une rivière en rencontra une autre avec qui elle avait été longtemps liée d’amitié et s’adressa bruyamment à elle, pleine d’arrogance et de mépris. Quoi, frère, encore dans la même condition ! Toujours en bas et rampant ! N’as-tu pas honte quand tu me vois, moi qui étais récemment dans la même condition que toi et qui suis devenu un grand fleuve qui pourra bientôt rivaliser avec le Danube ou le Rhin, pourvu que ces pluies amicales qui ont négligé tes berges (banks) continuent à favoriser les miennes ? C’est très vrai, répliqua l’humble rivière, tu es certes désormais grand et gonflé mais tu es cependant plein de boue et il me semble que tu es quelque peu troublé (turbulent [1]). Je me contente de ma basse condition et de ma pureté.

 

            Plutôt que de commenter cette fable, j’en profiterai pour comparer les différentes conditions de vie et convaincre ceux de mes lecteurs qui se trouvent dans la condition moyenne de s’en satisfaire car elle est la meilleure de toutes. Ces hommes forment la classe la plus nombreuse et on peut supposer qu’ils sont aptes à philosopher. Donc, tous les discours moraux doivent principalement leur être adressés. Les grands sont trop immergés dans le plaisir et les pauvres sont trop occupés à pourvoir aux nécessités de la vie pour écouter la voix tranquille de la raison. La condition moyenne est la plus heureuse à de nombreux égards, particulièrement parce qu’un homme qui la vit a tout le loisir de considérer son propre bonheur et d’en tirer souvent une jouissance en comparant sa situation avec celle des personnes qui se trouvent au-dessus ou au-dessous de lui.

 

            La prière d’Agour est assez célèbre : « Je t’ai demandé deux choses, ne me les refuse pas avant que je meure. Eloigne de moi la vanité et le mensonge, ne me donne ni la pauvreté, ni la richesse, donne-moi la nourriture dont j’ai besoin ; de peur que, rassasié, je te renie et dise : qui est le seigneur ? ou que, pauvre, je vole et profane le nom de mon Dieu. » [2] La condition moyenne est ici justement recommandée comme offrant la plus complète sûreté pour la vertu, et je puis aussi ajouter qu’elle donne les plus larges occasions de l’exercer et d’employer toutes les bonnes qualités que nous pouvons posséder. Ceux qui se trouvent dans les classes inférieures ont peu l’occasion d’exercer d’autres vertus que la patience, la résignation, l’application au travail et la probité. Ceux qui se sont élevés dans les classes supérieures peuvent manifester pleinement leur générosité, leur humanité, leur affabilité et leur charité. Quand un homme se trouve entre ces deux extrêmes, il peut exercer les premières vertus envers ses supérieurs et les autres envers ses inférieurs. Toutes les qualités morales dont l’âme humaine est susceptible peuvent, chacune à leur tour, être mises en œuvre et un homme peut, de cette manière, être beaucoup plus certain de ses progrès dans la vertu que si ses bonnes qualités restaient en sommeil sans être employées.

 

            Mais il existe une autre vertu qui semble principalement intervenir entre les égaux et qui, pour cette raison, semble destinée à la condition moyenne. Cette vertu est l’amitié. Je crois que la plupart des hommes d’un tempérament généreux sont portés à envier les grands quand ils constatent les larges occasions que ces personnes ont de faire du bien à leurs semblables et de gagner l’amitié et l’estime d’hommes de mérite. Les grands ne font pas d’avances en vain et ils ne sont pas obligés de se lier avec ceux pour qui ils n’éprouvent aucune affection alors que les gens des classes inférieures sont susceptibles de voir leurs témoignages d’amitié rejetés, même s’ils sont les plus désireux de voir leur affection bien reçue. Mais, quoique les grands aient plus de facilités pour gagner des amitiés, ils ne peuvent cependant pas être certains, comme les hommes de condition inférieure, de leur sincérité puisque les faveurs qu’ils accordent peuvent attirer la flatterie plutôt que la bienveillance et l’affection. On a très judicieusement remarqué que nous nous attachons plus par les services que nous rendons que par ceux que nous recevons et qu’un homme risque de perdre ses amis s’il les oblige trop. Je choisirais donc de me trouver dans la voie moyenne et de voir mes relations avec mes amis comportant autant d’obligations données que d’obligations reçues. J’ai beaucoup trop d’orgueil pour accepter que toutes les obligations se trouvent de mon côté, mais j’aurais peur, si elles se trouvaient seulement de leur côté, qu’ils aient aussi trop d’orgueil pour les accepter facilement et être pleinement satisfaits de ma compagnie.

 

            Nous pouvons aussi noter que la condition moyenne est celle qui favorise le plus l’acquisition de la sagesse et de l’habileté et l’acquisition de la vertu, et qu’un homme ainsi situé a plus de chances qu’un homme d’une situation plus élevée de connaître les hommes et les choses. La vie humaine lui est plus familière et tout lui apparaît sous les couleurs naturelles. Il a davantage le loisir de faire ses observations et, de plus, ce mobile qu’est l’ambition le pousse dans ses entreprises car il sait qu’il ne saurait s’élever jusqu’à une distinction ou une éminence dans le monde sans ses propres efforts. Et je ne peux ici m’empêcher de faire une remarque qui pourra sembler quelque peu extraordinaire, à savoir que la Providence a sagement prévu que la condition moyenne serait la plus favorable aux progrès de nos facultés naturelles puisqu’il faut en réalité beaucoup plus d’aptitudes pour remplir les devoirs de cette condition que pour agir dans les plus hautes sphères de l’existence. Il faut plus de talents naturels et un génie plus puissant pour faire un bon avocat ou un bon médecin que pour faire un grand monarque. Prenons une race ou une lignée de rois dont la naissance seule donne un titre à la couronne, les rois anglais, par exemple, qui n’ont pas été jugés les rois les plus brillants de l’histoire. De la conquête à l’avènement du monarque actuel, nous pouvons compter vingt-huit souverains si nous omettons ceux qui sont morts avant la majorité. Parmi eux, on estime que huit furent des princes de grande valeur, le Conquérant, Henri II, Edouard Ier, Edouard III, Henri V, Henri VII, Elisabeth et le dernier roi Guillaume. Or je crois que personne n’admettra que, sur vingt-huit personnes, dans le cours commun des affaires humaines, huit soient susceptibles par nature de devenir de grands juges ou de grands avocats. Depuis Charles VII, dix monarques ont régné en France, à l’exception de François II. Cinq d’entre eux ont été jugés des princes de valeur, à savoir Louis XI, Louis XII et Louis XIV, François Ier et Henri IV. En bref, le gouvernement de l’humanité requiert bien une grande dose de vertu, de justice et d’humanité mais pas des talents extraordinaires. Un certain pape, dont j’ai oublié le nom, avait coutume de dire : divertissons-nous, le monde se gouverne lui-même. Il est certes des époques critiques, comme celle où vécut Henri IV et qui exigent la plus grande énergie car si ce monarque avait eu moins de courage et de capacités, il aurait été écrasé par le poids de la situation. Mais de telles circonstances sont rares et, même alors, la fortune finit par faire au moins la moitié du travail.

 

            Puisque les professions courantes, comme celles d’avocat ou de médecin, requièrent des capacités égales, si ce n’est supérieures, à celles qui s’exercent dans les plus hautes sphères de l’existence, il est évident que, pour briller en philosophie, en poésie ou en d’autres parties du savoir, il faut que l’âme sorte d’un moule encore plus fin. Le courage et l’esprit de décision sont surtout exigés d’un chef militaire, la justice et l’humanité d’un homme d’Etat mais il faut que l’intellectuel ait du talent et du génie. On trouve de grands généraux et de grands politiques à toutes les époques et dans tous les pays, même les plus barbares, et ils surgissent tout à coup. La Suède était plongée dans l’ignorance quand elle produisit Gustave Ericson et Gustave Adolphe, la Moscovie aussi quand apparut le Tsar ; et peut-être Carthage quand elle donna naissance à Hannibal. Mais l’Angleterre dut passer lentement par ses Spencer, Johnson, Waller et Dryden avant que ne surgisse un Addison ou un Pope. Un heureux talent pour les arts libéraux et les sciences est une sorte de prodige parmi les hommes. La nature doit offrir le plus riche génie qui puisse sortir de ses mains, l’éducation et l’exemple doivent le cultiver dès la plus tendre enfance et le travail doit le porter jusqu’à la perfection. Personne n’est surpris de voir un Kouli-Kan chez les Perses mais que naisse un Homère chez les Grecs en des temps si reculés, voilà qui nous étonne énormément.

 

            Un homme ne peut pas montrer son génie militaire s’il n’a pas la chance de se voir confier un commandement et il arrive rarement que, dans un Etat ou un royaume, il y ait plusieurs hommes en même temps dans cette situation. Combien de Marlborough y eut-il dans l’armée confédérée qui ne furent jamais promus au commandement d’un régiment ? Mais je suis convaincu qu’il n’y eut qu’un Milton en Angleterre pendant ces cent dernières années parce que tout le monde peut exercer les talents de poète qu’il possède ; et personne ne pouvait les exercer avec d’aussi grands désavantages que ce divin poète. Si personne n’avait le droit d’écrire des vers à l’exception de celui qui aurait à l’avance été nommé lauréat, pourrions-nous espérer un poète en dix mille ans ?

 

            Si nous avions à distinguer les classes d’hommes en fonction de leur génie et de leurs capacités plutôt que par leur vertu et leur utilité publique, les philosophes se disputeraient certainement la première place et devraient être placés au sommet du genre humain. Si rare est ce caractère que peut-être n’y en eut-il pas plus de deux qui peuvent y prétendre. Galilée et Newton me semblent du moins tant surpasser le reste que je ne saurais admettre que d’autres soient rangés dans la même classe qu’eux.

 

            Les grands poètes peuvent prétendre à la seconde place et cette espèce de génie, quoique rare, est pourtant beaucoup plus fréquente que la première. Chez les poètes grecs qui nous sont restés, Homère seul semble mériter cette réputation ; chez les Romains, Virgile, Horace et Lucrèce ; chez les Anglais, Milton et Pope ; chez les Français Corneille, Racine, Boileau et Voltaire ; chez les Italiens, le Tasse et l’Arioste.

 

            Les grands orateurs et les grands historiens sont sans doute plus rares que les grands poètes mais, comme les occasions d’exercer les talents requis pour l’éloquence ou d’acquérir les connaissances requises pour écrire l’histoire dépendent dans une certaine mesure de la fortune, nous ne pouvons affirmer que ces productions de génie soient plus extraordinaires que les précédentes.

 

            Revenons de cette digression à notre sujet et montrons que la condition moyenne est plus favorable au bonheur aussi bien qu’à la vertu et la sagesse. Mais, comme les arguments qui le prouvent me semblent assez évidents, je ne me permettrai pas d’insister.

 

 

 

 

 

 

 

 

Of the middle station of life

 

The Moral of the following Fable will easily discover itself, without my explaining it. One Rivulet meeting another, with whom he had been long united in strictest Amity, with noisy Haughtiness and Disdain thus bespoke him, "What, Brother! Still in the same State! Still low and creeping! Are you not asham'd, when you behold me, who, tho' lately in a like Condition with you, am now become a great River, and shall shortly be able to rival the Danube or the Rhine, provided those friendly Rains continue, which have favour'd my Banks, but neglected yours." Very true, replies the humble Rivulet; "You are now, indeed, swoln to great Size: But methinks you are become, withal, somewhat turbulent and muddy. I am contented with my low Condition and my Purity."

 

Instead of commenting upon this Fable, I shall take Occasion, from it, to compare the different Stations of Life, and to perswade such of my Readers as are plac'd in the Middle Station to be satisfy'd with it, as the most eligible of all others. These form the most numerous Rank of Men, that can be suppos'd susceptible of Philosophy; and therefore, all Discourses of Morality ought principally to be address'd to them. The Great are too much immers'd in Pleasure; and the Poor too much occupy'd in providing for the Necessities of Life, to hearken to the calm Voice of Reason. The Middle Station, as it is most happy in many Respects, so particularly in this, that a Man, plac'd in it, can, with the greatest Leisure, consider his own Happiness, and reap a new Enjoyment, from comparing his Situation with that of Persons above or below him.

 

Agur's Prayer is sufficiently noted. Two Things have I requir'd of thee, deny me them not before I die, Remove far from me Vanity and Lies; Give me neither Poverty nor Riches, feed me with Food convenient for me: Lest I be full and deny thee, and say, Who is the Lord? Or lest I be poor, and steal, and take the Name of my God in vain. The middle Station is here justly recommended, as affording the fullest Security for Virtue; and I may also add, that it gives Opportunity for the most ample Exercise of it, and furnishes Employment for every good Quality, which we can possibly be possest of. Those, who are plac'd among the lower Rank of Men, have little Opportunity of exerting any other Virtue, besides those of Patience, Resignation, Industry and Integrity. Those, who are advanc'd into the higher Stations, have full Employment for their Generosity, Humanity, Affability and Charity. When a Man lyes betwixt these two Extremes, he can exert the former Virtues towards his Superiors, and the latter towards his Inferiors. Every moral Quality, which the human Soul is susceptible of, may have its Turn, and be called up to Action: And a Man may, after this Manner, be much more certain of his Progress in Virtue, than where his good Qualities lye dormant, and without Employment.

 

But there is another Virtue, that seems principally to lye among Equals, and is, for that Reason, chiefly calculated for the middle Station of Life. This Virtue is Friendship. I believe most Men of generous Tempers are apt to envy the Great, when they consider the large Opportunities such Persons have of doing Good to their Fellow-creatures, and of acquiring the Friendship and Esteem of Men of Merit. They make no Advances in vain, and are not oblig'd to associate with those whom they have little Kindness for; like People of inferior Stations, who are subject to have their Proffers of Friendship rejected, even where they wou'd be most fond of placing their Affections. But tho' the Great have more Facility in acquiring Friendships, they cannot be so certain of the Sincerity of them, as Men of a lower Rank; since the Favours, they bestow, may acquire them Flattery, instead of Good-will and Kindness. It has been very judiciously remark'd, that we attach ourselves more by the Services we perform than by those we receive, and that a Man is in Danger of losing his Friends by obliging them too far. I shou'd, therefore, chuse to ly in the middle Way, and to have my Commerce with my Friend varied both by Obligations given and receiv'd. I have too much Pride to be willing that all the Obligations should ly on my Side; and shou'd be afraid, that, if they all lay on his, he wou'd also have too much Pride to be entirely easy under them, or have a perfect Complacency in my Company.

 

We may also remark of the middle Station of Life, that it is more favourable to the acquiring of Wisdom and Ability, as well as of Virtue, and that a Man so situate has a better Chance for attaining a Knowledge both of Men and Things, than those of a more elevated Station. He enters, with more Familiarity, into human Life: Every Thing appears in its natural Colours before him: He has more Leisure to form Observations; and has, beside, the Motive of Ambition to push him on in his Attainments; being certain, that he can never rise to any Distinction or Eminence in the World, without his own Industry. And here I cannot forbear communicating a Remark, which may appear somewhat extraordinary, viz. That 'tis wisely ordain'd by Providence, that the middle Station shou'd be the most favourable to the improving our natural Abilities, since there is really more Capacity requisite to perform the Duties of that Station, than is requisite to act in the higher Spheres of Life. There are more natural Parts, and a stronger Genius requisite to make a good Lawyer or Physician, than to make a great Monarch. For let us take any Race or Succession of Kings, where Birth alone gives a Title to the Crown: The English Kings, for Instance; who have not been esteemed the most shining in History. From the Conquest to the Succession of his present Majesty, we may reckon twenty eight Sovereigns, omitting those who died Minors. Of these, eight are esteem'd Princes of great Capacity, viz. the Conqueror, Harry II. Edward I. Edward III. Harry V. and VII. Elisabeth, and the late King William. Now, I believe every one will allow, that, in the common Run of Mankind, there are not eight out of twenty eight, who are fitted, by Nature, to make a Figure either on the Bench or at the Bar. Since Charles VII. ten Monarchs have reign'd in France, omitting Francis II. Five of these have been esteem'd Princes of Capacity, viz. Louis XI. XII. and XIV. Francis I. and Harry IV. In short, the governing of Mankind well, requires a great deal of Virtue, Justice, and Humanity, but not a surprising Capacity. A certain Pope, whose Name I have forgot, us'd to say, Let us divert ourselves, my Friends, the World governs itself. There are, indeed, some critical Times, such as those in which Harry IV. liv'd, that call for the utmost Vigour; and a less Courage and Capacity, than what appear'd in that great Monarch, must have sunk under the Weight. But such Circumstances are rare; and even then, Fortune does, at least, one Half of the Business.

 

Since the common Professions, such as Law or Physic, require equal, if not superior Capacity, to what are exerted in the higher Spheres of Life, 'tis evident, that the Soul must be made of still a finer Mold, to shine in Philosophy or Poetry, or in any of the higher Parts of Learning. Courage and Resolution are chiefly requisite in a Commander: Justice and Humanity in a Statesman: But Genius and Capacity in a Scholar. Great Generals, and great Politicians, are found in all Ages and Countries of the World, and frequently start up, at once, even amongst the greatest Barbarians. Sweden was sunk in Ignorance, when it produc'd Gustavus Ericson, and Gustavus Adolphus: Muscovy, when the Czar appear'd: And, perhaps, Carthage, when it gave Birth to Hannibal. But England must pass thro' a long Gradation of its Spencers, Johnsons, Wallers, Drydens, before it arrive at an Addison or a Pope. A happy Talent for the liberal Arts and Sciences, is a Kind of Prodigy among Men. Nature must afford the richest Genius that comes from her Hands; Education and Example must cultivate it from the earliest Infancy; And Industry must concur to carry it to any Degree of Perfection. No Man needs be surprised to see Kouli-Kan among the Persians: but Homer, in so early an Age, among the Greeks, is certainly Matter of the highest Wonder.

 

A Man cannot show a Genius for War, who is not so fortunate as to be trusted with Command; and it seldom happens, in any State or Kingdom, that several, at once, are plac'd in that Situation. How many Marlboroughs were there in the confederate Army, who never rose so much as to the Command of a Regiment? But I am perswaded, there has been but one Milton in England within these hundred Years; because every one may exert the Talents for Poetry who is possest of them; and no one cou'd exert them under greater Disadvantages than that divine Poet. If no Man were allow'd to write Verses, but who was, before-hand, nam'd to be laureat, cou'd we expect a Poet in ten thousand Years?

 

Were we to distinguish the Ranks of Men by their Genius and Capacity more, than by their Virtue and Usefulness to the Public, great Philosophers wou'd certainly challenge the first Rank, and must be plac'd at the Top of human Kind. So rare is this Character, that, perhaps, there has not, as yet, been above two in the World, who can lay a just Claim to it. At least, Galilæo and Newton seem to me so far to excel all the rest, that I cannot admit any other into the same Class with them.

 

Great Poets may challenge the second Place; and this Species of Genius, tho' rare, is yet much more frequent than the former. Of the Greek Poets that remain, Homer alone seems to merit this Character: Of the Romans, Virgil, Horace and Lucretius: Of the English, Milton and Pope: Corneille, Racine, Boileau and Voltaire of the French: And Tasso and Ariosto of the Italians.

 

Great Orators and Historians are, perhaps, more rare than great Poets: But as the Opportunities for exerting the Talents requisite for Eloquence, or acquiring the Knowledge requisite for writing History, depend, in some Measure, upon Fortune, we cannot pronounce these Productions of Genius to be more extraordinary than the former.

 

I should now return from this Digression, and show, that the middle Station of Life is more favourable to Happiness, as well as to Virtue and Wisdom: But as the Arguments, that prove this, seem pretty obvious, I shall here forbear insisting on them.

 



[1]              On songera bien sûr à l’étymologie latine du mot qui indique le sens que Hume entend donner ici à ce mot. L’idée est celle de l’agitation mais aussi celle du manque de pureté et d’ordre. (NdT)

[2]              Bible, Ancien Testament - King James version, Proverbes, prov.30, 7-9. (NdT)