PHILOTRADavid Hume

Essai sur le crédit public.

Traduit par Philippe Folliot ( août 2007)
Professeur de Philosophie au lycée Jehan Ango de Dieppe

 

 De

 

OF  PUBLIC CREDIT

in

Essays & Treatises on several subjects

In two volumes

Containing

Essays, moral, political, and literary

A new edition

LONDON

Printed for A. Millar, in the Strand;

and

  1. Kincaid and A. Donaldson, at Edinburgh

MDCCLXIV.
1ère édition de cet essai : 1752

 

 

 

 

La traduction

Le texte anglais

 

 

 

 

 

 

            Cela semble avoir été une pratique courante dans l’antiquité de faire des réserves pendant la paix pour les besoins de la guerre et d’amasser des trésors par avance comme instruments de conquête ou de défense, sans compter sur des impôts extraordinaires ou sur l’emprunt en des périodes de troubles et de confusion. Outre les sommes immenses ci-dessus mentionnées [1] qui furent amassées par ATHENES et par les PTOLEMEES et autres successeurs d’ALEXANDRE, nous apprenons par PLATON que les économes LACEDEMONIENS avaient aussi amassé un grand trésor, et ARRIEN et PLUTARQUE notent les richesses dont ALEXANDRE s’était emparé lors de la conquête de SUSE et d’ECBATANE et dont certaines étaient conservées depuis l’époque de CYRUS. Si je me souviens bien, l’Ecriture mentionne aussi le trésor d’EZECHIAS et des princes juifs, et l’histoire profane ceux de PHILIPPE et de PERSEE, rois de MACEDOINE.  Les anciennes républiques des GAULES avaient d’ordinaire des sommes importantes en réserve. Chacun sait quel trésor fut saisi à ROME par CESAR durant les guerres civiles et nous voyons qu’ensuite les sages empereurs AUGUSTE, TIBERE, VESPASIEN et SEVERE eurent toujours la prudence de mettre de côté de grandes sommes en prévision des urgences publiques.

 

            Au contraire, notre moderne expédient, qui est devenu très général, est d’hypothéquer les revenus publics et de compter sur la postérité pour payer les dettes contractées par ses ancêtres, et cette postérité, ayant sous les yeux le si bon exemple de leurs sages pères, a la même confiance prudente en sa postérité qui, finalement, plus par nécessité que par choix, est obligée de placer la même confiance en une nouvelle postérité. Mais, pour ne pas gaspiller notre temps à déclamer contre une pratique qui, sans contestation possible, se révèle ruineuse, disons qu’il semble assez visible que les anciennes maximes sont, à cet égard, plus prudentes que les maximes modernes, même si ces dernières ont été tenues dans des limites raisonnables et qu’elles ont été accompagnées, à chaque fois, en temps de paix, d’une frugalité suffisante pour rembourser les dettes d’une guerre coûteuse. Le cas de l’Etat serait-il si différent du cas d’un individu qu’il nous faille établir des maximes différentes pour la conduite de chacun ? Si les fonds du premier sont plus importants, ses nécessaires dépenses le sont aussi. Si ses ressources sont plus nombreuses, elles ne sont pas infinies et, comme sa structure doit être calculée pour une plus longue durée que celle d’une simple vie, ou même d’une famille, l’Etat doit embrasser des maximes dont la portée, la durée et la générosité soient adaptées à l’étendue supposée de son existence.  Compter sur le hasard ou sur des expédients temporaires, en vérité, c’est ce que la nécessité des affaires humaines rend fréquemment inévitable mais quiconque se repose volontairement sur de telles ressources ne doit accuser que sa propre folie, et non la nécessité, quand des malheurs lui arrivent.

 

            Si les abus des trésors sont dangereux parce que l’Etat, ayant confiance en ses richesses, s’engage dans des entreprises imprudentes ou néglige sa discipline militaire, les abus de l’hypothèque sont encore plus certains et inévitables : la pauvreté, l’impuissance et l’assujettissement à des puissances étrangères.

 

            Selon la politique moderne, la guerre s’accompagne de la destruction, de la perte d’hommes, de l’augmentation des impôts, du déclin du commerce, de la dissipation de l’argent et de la dévastation sur mer et sur terre. Selon les anciennes maximes, l’ouverture du trésor public, produisant un afflux inhabituel d’or et d’argent (gold and silver), atténue dans une certaine mesure les calamités inévitables de la guerre.

 

            C’est une grande tentation pour un ministre d’employer cet expédient qui le rend capable de faire grande figure durant son administration sans accabler le peuple d’impôts et sans exciter contre lui ses clameurs immédiates. Cette pratique qui consiste à contracter des dettes sera donc presque infailliblement l’objet d’abus de la part de tous les gouvernements. Il ne serait guère plus prudent de donner à un fils prodigue un crédit chez tous les banquiers de LONDRES que de donner à un Etat le pouvoir de tirer de cette manière des lettres de change sur la postérité.

 

            Que dirons-nous alors de ce nouveau paradoxe, que les dettes publiques sont en elles-mêmes avantageuses indépendamment de la nécessité de les contracter, et qu’un Etat, même s’il n’y est pas forcé par un ennemi extérieur, ne peut avoir de plus sage expédient pour favoriser le commerce et la richesse que de créer des fonds, des dettes et des impôts sans limites ? Ces raisonnements pourraient naturellement passer pour des jeux d’esprit de rhéteurs, semblables aux éloges de la folie, de la fièvre, de BUSIRIS ou de NERON, si nous n’avions vu ces absurdes maximes soutenues par de grands ministres et, chez nous, par tout un parti.

 

            Examinons les conséquences des dettes publiques, aussi bien dans notre administration intérieure, par leur influence sur le commerce et l’activité (industry), que dans nos transactions extérieures, par leur effet sur les guerres et les négociations.

 

            Les valeurs d’Etat (public securities) sont chez nous comme une sorte de monnaie qui est acceptée au prix courant aussi facilement que l’or et l’argent (gold and silver). Partout où une entreprise profitable s’offre, quelque coûteuse qu’elle soit, il ne manque jamais de mains pour la saisir ; et un marchand, qui a placé son argent dans les fonds publics (public stocks), n’a nul besoin de craindre de se lancer dans le commerce le plus étendu puisqu’il possède des fonds qui répondront aux demandes les plus soudaines qui pourront lui être faites. Aucun marchand ne juge nécessaire de garder chez lui beaucoup de liquide. Les valeurs bancaires ou les actions des INDES, surtout ces dernières, ont toutes la même fonction parce qu’il peut en disposer ou les engager chez un banquier en un quart d’heure ; et, en même temps, elles ne sont pas improductives, même dans son secrétaire, mais lui rapportent un revenu constant. Bref, nos dettes nationales fournissent aux marchands une espèce de monnaie qui se multiplie constamment dans leurs mains et produit un gain sûr en plus des profits de leur commerce. Cela doit les rendre capables de vendre avec un profit moindre. Ce moindre profit du marchand fait que la marchandise est meilleur marché, il cause une plus grande consommation, stimule le travail du bas peuple et aide à la diffusion des arts et de l’activité (industry) dans toute la société.

 

            En ANGLETERRE et dans tous les Etats qui ont à la fois du commerce et des dettes publiques, on peut observer une classe d’hommes qui sont mi-marchands, mi-détenteurs de fonds et qu’on peut supposer prêts à commercer pour de petits profits parce que le commerce n’est pas leur principal ou seul gain et que les fonds sont pour eux et leur famille une ressource sûre. S’il n’y avait pas de fonds, les grands marchands n’auraient pas d’autre expédient, pour réaliser ou garantir une part de leurs profits, que d’acheter de la terre ; et la terre, par rapport aux fonds, présente de nombreux désavantages. Exigeant plus de soin et de surveillance, elle partage le temps et l’attention du marchand. En cas d’offre tentante ou d’accident commercial, on ne la convertit pas facilement en argent (money) et elle est si attirante, aussi bien par les nombreux plaisirs naturels qu’elle offre que par l’autorité qu’elle donne, qu’elle convertit rapidement le marchand de ville en propriétaire campagnard. On peut donc naturellement supposer que la majorité des hommes qui ont de larges fonds et revenus continuent dans le commerce quand il y a des dettes publiques ; et il faut avouer que c’est un certain avantage pour le commerce car ses profits diminuent, la circulation est favorisée et l’activité encouragée.

 

            Mais, en opposition à ces deux circonstances favorables, qui ne sont peut-être pas très importantes, pesez les nombreux avantages qui accompagnent nos dettes publiques dans toute l’économie intérieure de l’Etat et vous vous rendrez compte qu’il n’y a pas de comparaison entre le bien et le mal qui en résultent.

 

            Premièrement, il est certain que les dettes nationales causent un puissant afflux de gens et de richesses vers la capitale à cause des sommes importantes perçues dans les provinces pour payer l’intérêt et peut-être aussi à cause des avantages commerciaux (ci-dessus mentionnés) qu’elles donnent dans la capitale aux marchands sur le reste du royaume. La question est de savoir si, dans notre cas, il est de l’intérêt public que de si nombreux privilèges soient donnés à LONDRES, déjà parvenue à une taille énorme qui semble encore s’accroître. Certains craignent les conséquences. Pour ma part, je ne peux m’empêcher de penser que, bien que la tête soit indubitablement trop grosse pour le corps, cette grande cité est cependant si heureusement située que sa taille excessive cause moins d’inconvénients que ne le ferait une petite capitale dans un plus grand royaume. Il y a plus de différences entre le prix des denrées à PARIS et dans le LANGUEDOC qu’entre celui des denrées à LONDRES et dans le YORKSHIRE. En vérité, l’immensité de LONDRES sous un gouvernement qui n’admet pas un pouvoir discrétionnaire rend le peuple factieux, mutin, séditieux et même peut-être rebelle. Mais les dettes nationales elles-mêmes tendent à fournir un remède au mal. La première éruption visible, ou même le danger immédiat des troubles publics, doit alarmer tous les détenteurs de fonds dont la propriété est des plus précaires et les faire voler au secours du gouvernement, qu’il soit menacé par la violence jacobite ou la fureur démocratique.

 

            Deuxièmement, les fonds publics, étant une sorte de papier-crédit, ont tous les désavantages qui accompagnent cette sorte de monnaie. Ils bannissent l’or et l’argent (gold and silver) de l’essentiel du commerce de l’Etat, les réduisent à la circulation courante et, par là, rendent toutes les denrées et le travail plus chers qu’ils n’auraient été autrement. [2]

 

            Troisièmement, les taxes qui sont levées pour payer l’intérêt de ces dettes ont tendance à élever le prix du travail ou à opprimer les pauvres.

 

            Quatrièmement, comme les étrangers possèdent une grande partie de nos fonds nationaux, le public est ainsi tributaire d’eux et cela peut, avec le temps, causer un déplacement de notre population et de notre activité.

 

            Cinquièmement, la plus grande partie des fonds publics étant toujours dans les mains de gens oisifs qui vivent de leurs revenus, nos fonds, de ce point de vue, encouragent beaucoup une vie inutile et inactive.

 

            Mais, quoique le tort causé au commerce et à l’activité par nos fonds publics, tout bien pesé, ne semble pas négligeable, il est insignifiant en comparaison du préjudice qui en résulte  pour un Etat considéré en tant que corps politique qui doit se maintenir dans la société des nations et avoir des transactions diverses avec les autres Etats pour les guerres et les négociations. Le mal est ici pur et sans mélange, sans aucune circonstance favorable pour l’atténuer, et c’est un mal qui est d’une nature telle qu’il est le plus important et le plus extrême.

 

On a certes entendu dire que la nation n’était pas plus faible à cause de ses dettes puisque, pour l’essentiel, nous nous devons ces sommes entre nous et que les uns recueillent autant que ce que les autres donnent. C’est comme faire passer de l’argent de la main droite à la main gauche, on n’est pas plus riche ou plus pauvre qu’avant. On fera toujours des raisonnements aussi peu rigoureux et des comparaisons aussi spécieuses tant qu’on ne jugera pas à partir de principes. Je demande s’il est possible, selon la nature des choses, d’accabler une nation de taxes même quand le souverain y réside. Le doute même semble extravagant puisqu’il est requis, dans chaque communauté, qu’on observe une certaine proportion entre la partie laborieuse de la population et la partie oisive. Mais si tout le revenu de nos taxes actuelles est hypothéqué, ne devons-nous pas en inventer de nouvelles ? Et ne peut-on pas pousser la chose plus loin, jusqu’à la ruine et la destruction ?

 

En toute nation, il y a toujours certaines façons moins pénibles que d’autres de lever de l’argent, se conformant au mode de vie du peuple et aux marchandises qu’il utilise. En Grande-Bretagne, les droits d’accise sur le malt et la bière offrent un large revenu parce que les opérations de maltage et de brassage sont lentes et difficiles à dissimuler ; et, en même temps, ces marchandises ne sont si absolument nécessaires à la vie que la hausse de leur prix affecte beaucoup les pauvres. Tout le revenu de ces taxes étant hypothéqué, quelles difficultés pour en trouver de nouvelles ! Quelle vexation et quelle ruine pour les pauvres !

 

Les taxes sur la consommation sont plus justes et moins pénibles que celles sur la propriété. Quelle perte pour la nation quand les premières sont épuisées et que nous devons avoir recours aux plus dures façons de lever des taxes !

 

Si tous les propriétaires fonciers n’étaient que les intendants de l’Etat, ne devraient-ils pas, forcés par la nécessité, mettre en pratique tous les moyens d’oppression utilisés par les intendants quand l’absence ou la négligence du propriétaire les met à l’abri d’une enquête.

 

On ne peut guère affirmer qu’il ne faille pas mettre des limites aux dettes nationales et on ne peut guère dire que l’Etat ne serait pas plus faible si une taxe foncière de douze ou quinze shillings par livre était hypothéquée en plus des droits douaniers et des droits d’accise actuels. Dans ce cas, il y a donc quelque chose de plus qu’un simple transfert de propriété d’une main à l’autre. Dans cinq siècles, les descendants de ceux qui sont à l’intérieur du carrosse et les descendants de ceux qui sont sur le siège de conduite auront échangé leurs places sans que ces révolutions n’affectent l’Etat.

 

Supposons que l’Etat soit vraiment arrivé à cette situation vers laquelle il se hâte avec une rapidité si stupéfiante ; supposons que la terre soit taxée à dix-huit ou dix-neuf shillings par livre (car, au total, elle ne pourrait jamais en supporter vingt) ; supposons qu’on ait gonflé tous les droits de douane et d’accise à la limite de ce que la nation peut supporter sans perdre son commerce et son activité ; et supposons que tous ces fonds soient hypothéqués à perpétuité et que l’invention et l’esprit de tous nos faiseurs de projets soient incapables de trouver un nouvel impôt qui puisse servir de base à un nouvel emprunt. Considérons alors les conséquences de cette situation. Bien que l’état imparfait de nos connaissances politiques et les étroites capacités humaines rendent difficile la prévision des effets qui résulteraient d’une mesure dont on n’a pas fait l’essai, les semences de ruine sont ici répandues avec une telle profusion qu’elles ne sauraient échapper à l’œil d’un observateur, même le plus négligent.

 

Dans cet état contre nature de la société, les seules personnes qui possèdent un revenu supérieur aux effets immédiats de leur activité sont les détenteurs de fonds qui tirent à eux presque toute la rente foncière et immobilière, en plus du produit de tous les droits de douane et d’accise. Ce sont des hommes qui n’ont aucune relation avec l’Etat, qui peuvent jouir de leurs revenus à n’importe quel endroit du globe où ils choisissent de résider, qui s’enterrent naturellement dans la capitale ou dans les grandes villes et qui sombrent dans la léthargie d’un luxe douillet et abrutissant, sans âme, sans ambition et sans plaisir. Adieu à toute idée de noblesse, grande ou petite, adieu à toute idée de famille. Les fonds peuvent être transférés en un instant et, étant dans un état fluctuant, ils se transmettent rarement de père en fils sur trois générations ; ou, s’ils demeurent aussi longtemps dans une seule famille, ils ne confèrent aucune autorité, aucun crédit à leur possesseur. De cette façon les différents rangs des hommes, qui forment une sorte de magistrature indépendante dans l’Etat instituée par la main de la nature, se perdent entièrement ; et tous les hommes qui ont une autorité la tirent de la seule commission du souverain. Aucun expédient ne reste pour prévenir ou supprimer les insurrections, sinon les armées mercenaires. Il ne reste absolument aucun expédient pour résister à la tyrannie : les élections se font au rythme de la seule subornation et de la seule corruption ; et, le pouvoir intermédiaire entre le roi et le peuple étant totalement supprimé, un despotisme cruel doit infailliblement prévaloir. Les propriétaires fonciers, méprisés à cause de leur pauvreté et haïs à cause de leur oppression, seront totalement incapables de s’y opposer.

 

Bien que le pouvoir législatif puisse former la résolution de ne jamais lever une taxe qui nuise au commerce et décourage le travail, il sera impossible aux hommes, sur des sujets aussi délicats, de raisonner assez justement pour ne pas se tromper ou, dans l’urgence de certains problèmes, de ne pas se laisser détourner de leur résolution. Les continuelles fluctuations du commerce requièrent des changements continuels dans la nature des taxes, ce qui expose le pouvoir législatif au double danger des erreurs volontaires et involontaires. Chaque grand coup porté au commerce, que ce soit par des taxes peu judicieuses ou à cause d’autres accidents, jette le système entier du gouvernement dans la confusion.

 

Mais quel expédient l’Etat peut-il alors employer, même en supposant que le commerce demeure dans la condition la plus prospère, afin de soutenir ses guerres et ses entreprises à l’étranger et de défendre son propre honneur, son intérêt, et ceux de ses alliés ? Je ne demande pas comment l’Etat exercera un pouvoir aussi prodigieux que celui qu’il a exercé durant nos dernières guerres où nous avons surpassé non seulement notre propre puissance naturelle mais même celle des plus grands empires. Cette extravagance est l’abus dont nous nous plaignons comme étant la source de tous les dangers auxquels nous sommes actuellement exposés. Mais, puisque nous devons encore supposer que le grand commerce et l’opulence se maintiennent, même après l’hypothèque de tous les fonds, ces richesses doivent être défendues par un pouvoir proportionné. D’où l’Etat tirera-t-il le revenu qui maintiendra ce pouvoir ? Il doit manifestement venir d’une continuelle taxation des rentiers ou, ce qui est la même chose, d’une nouvelle hypothèque, à chaque urgence, d’une certaine partie de leurs rentes, pour faire qu’ils contribuent ainsi à leur propre défense et à celle de la nation. Mais les difficultés qui accompagnent ce système politique apparaîtront facilement, que le roi soit supposé devenir le maître absolu ou qu’il soit contrôlé par des conseils nationaux où les rentiers eux-mêmes doivent nécessairement détenir l’influence principale.

 

Si le prince est devenu absolu, ce qu’on peut naturellement attendre de cette situation des affaires, il lui est si facile d’extorquer aux rentiers de plus en plus d’argent en se contentant de le conserver dans ses propres mains que cette espèce de propriété perdrait bientôt tout son crédit et que l’ensemble des revenus de tous les individus de l’Etat se trouverait entièrement à la merci du souverain ; un degré de despotisme qu’aucune monarchie orientale n’a jamais encore atteint. Si, au contraire, le consentement des rentiers est requis pour tout impôt, on ne les persuadera jamais de contribuer suffisamment à l’entretien du gouvernement car la diminution de leurs revenus sera en ce cas très sensible, sans pouvoir être déguisée sous l’apparence de droits de douane ou d’accise ou être partagée par les autres ordres de l’Etat qu’on suppose taxés au maximum. Dans certaines républiques, il arrive qu’un centième de penny, quelquefois le cinquantième, soit donné pour l’entretien de l’Etat ; mais c’est toujours un exercice extraordinaire du pouvoir qui ne peut jamais devenir le fondement d’une défense nationale constante. On s’aperçoit toujours qu’un gouvernement qui a hypothéqué tous ses revenus sombre nécessairement dans un état de langueur, d’inactivité et d’impuissance.

 

Tels sont les inconvénients qu’on peut raisonnablement attendre de cette situation vers laquelle se dirige visiblement la GRANDE-BRETAGNE ; sans mentionner les inconvénients innombrables et imprévisibles qui doivent résulter d’une situation si monstrueuse qu’elle fait de l’Etat le principal ou le seul propriétaire de la terre en l’investissant de plus du pouvoir d’appliquer toutes les sortes de droits de douane et d’accise que l’imagination fertile des ministres et des faiseurs de projets auront été capables d’inventer.

 

Il faut avouer que, par une longue accoutumance, une étrange passivité s’est glissée dans toutes les classes de la société à l’égard des dettes publiques, assez semblable à ce dont les théologiens se plaignent avec tant de véhémence à l’égard de leurs doctrines religieuses. Nous reconnaissons tous que l’imagination la plus optimiste ne peut pas espérer que notre ministère, ou un ministère à venir, fasse des économies assez fermes et constantes pour rembourser nos dettes, ou que la situation des affaires étrangères lui donne, pour un temps suffisant, assez de loisir et de tranquillité pour une telle entreprise [3]. Mais alors, qu’adviendra-t-il de nous ? Quand bien même nous serions de bons chrétiens résignés face à la providence, cela me semble une question curieuse qu’on peut même considérer comme une question spéculative à laquelle il n’est peut-être pas impossible de donner une réponse conjecturale. Les événements, ici, dépendront peu des contingences des batailles, des négociations, des intrigues et des factions. Il semble y avoir un progrès naturel des choses qui puisse guider notre raisonnement. Il aurait suffi d’un peu de prudence, quand nous commençâmes à utiliser cette pratique de l’hypothèque, pour prévoir, par la nature des hommes et des ministres, que les choses en viendraient au point où nous les voyons. De même, aujourd’hui qu’elles ont finalement atteint heureusement ce point, il n’est peut-être pas difficile de deviner les conséquences. C’est nécessairement l’un de ces deux événements : soit la nation doit détruire la crédit public, soit le crédit public doit détruire la nation. Il est impossible que les deux subsistent dans la façon dont on les a gérés jusqu’à aujourd’hui, dans ce pays comme dans certains autres pays.

 

Il existe bien un plan de remboursement de nos dettes qui a été proposé par un excellent citoyen, M. HUTCHINSON, il y a environ trente ans, et qui a été très apprécié par quelques hommes de bon sens mais il n’avait aucune chance d’être appliqué. M. HUTCHINSON affirmait que c’était une erreur d’imaginer que l’Etat devait payer cette dette, qu’en réalité c’était chaque individu qui devait en payer une part proportionnelle et qui payait, par ses impôts, une part proportionnelle de l’intérêt en plus des frais de perception. Ne ferions-nous pas mieux, disait-il, de répartir la dette entre nous et que chacun contribue pour une somme en rapport avec ses biens, pour ainsi libérer nos fonds et nous décharger de l’hypothèque publique ? Il ne semble pas avoir considéré que les travailleurs pauvres paient une part considérable de taxes par leur consommation annuelle et qu’ils ne pourraient pas avancer en une seule fois une partie proportionnelle de la somme requise. Sans mentionner que la possession d’argent et les fonds commerciaux peuvent aisément être cachés ou déguisés et que c’est la propriété visible, autrement dit la propriété foncière et immobilière, qui, en réalité, répondrait finalement pour l’ensemble ; une inégalité et une oppression qui ne seraient jamais admises. Mais, quoique ce projet ait peu de chances d’être accepté, il n’est pas totalement improbable, quand la nation sera vraiment écœurée par nos dettes et qu’elle sera cruellement opprimée par elles, que quelque faiseur de projets hardi se présente avec des plans visionnaires pour nous en libérer. Et, comme le crédit public, à ce moment, sera fragilisé, le moindre coup le détruira, comme cela est arrivé en France sous la régence ; et, de cette manière, il mourra de la main du médecin[4]

 

Mais il est plus probable que la violation de la confiance nationale sera le nécessaire effet des guerres, des défaites, des malheurs et des calamités publiques, ou même peut-être des victoires et des conquêtes. Je dois avouer que, quand je vois des princes et des Etats se battre et se quereller au milieu de leurs dettes, de leurs fonds et de leurs hypothèques publiques, cela me fait toujours penser à une bastonnade dans un magasin de porcelaine. Peut-on attendre des souverains qu’ils ménagent une espèce de propriété qui leur est pernicieuse, à eux et à l’Etat, quand ils ont si peu pitié des vies et des propriétés qui leur sont utiles à eux deux. Que le temps vienne (et il viendra sûrement) où les nouveaux fonds créés pour les exigences de l’année ne trouveront pas de souscripteurs et ne rapporteront pas ce qui avait été prévu. Supposons soit que le liquide de la nation disparaisse, soit que notre confiance, qui a été jusqu’ici si large, nous fasse défaut. Supposons que, dans cette détresse, la nation soit menacée d’une invasion. Une rébellion menace ou éclate dans le pays ; on ne peut équiper une escadre faute de soldes, de vivres et d’intendance, ou même, l’étranger ne peut avancer de subsides. Que doit faire un prince ou un ministre dans un tel cas d’urgence ? Le droit de conservation de soi est inaliénable pour tout individu, à plus forte raison pour toute communauté. La folie de nos hommes d’Etat doit alors être plus grande que la folie de ceux qui ont d’abord contracté des dettes et être encore plus grande que la folie de ceux qui avaient confiance ou continuent d’avoir confiance en cette garantie si ces hommes d’Etat, ayant en main les moyens du salut, ne les emploient pas. Les fonds créés et hypothéqués rapporteront alors un grand revenu annuel, suffisant pour la défense et la sécurité de la nation. L’argent se trouve peut-être dans l’échiquier, prêt pour payer l’intérêt trimestriel ; la nécessité exige, la crainte presse, la raison exhorte, seule la compassion se récrie : l’argent sera immédiatement saisi pour le service courant avec la promesse solennelle de le restituer sans délai. Il n’en faut pas davantage. Tout l’édifice, déjà chancelant, s’effondre et ensevelit des milliers d’hommes sous ses ruines. Et cela, selon moi, peut être appelé la mort naturelle du crédit public car c’est à ce terme qu’il tend naturellement comme un corps animal tend à sa dissolution et sa destruction.

 

La plupart des hommes sont si dupes que, malgré le violent choc qu’une banqueroute volontaire porterait en ANGLETERRE au crédit public, il ne faudrait probablement pas longtemps pour que le crédit renaisse dans un état aussi florissant qu’auparavant. L’actuel roi de France, durant la dernière guerre, emprunta de l’argent à un taux plus bas que ne le fit jamais son grand-père, et aussi bas que celui du parlement BRITANNIQUE, si l’on compare le taux naturel d’intérêt dans les deux royaumes. Et, bien que les hommes soient plus gouvernés par ce qu’ils ont vu que par ce qu’ils prévoient, quelle que soit la certitude, les promesses, les protestations, les belles apparences, tout cela, avec les attraits de l’intérêt présent, a une influence si puissante que peu sont capables de résister. A toutes les époques, les hommes se font avoir par les mêmes appâts et se font piéger encore et encore par les mêmes ruses. Les sommets de la popularité et du patriotisme sont les sentiers battus qui mènent au pouvoir et la tyrannie, tout comme la flatterie mène à la trahison, les armées de métier au gouvernement arbitraire et la gloire de Dieu à l’intérêt temporel du clergé. La crainte de détruire à jamais le crédit, à supposer que ce soit un mal, est un vain épouvantail. En réalité, un homme prudent préférera prêter à l’Etat dès que nos dettes seront épongées plutôt que maintenant. De la même façon, un fripon riche, même si l’on pense qu’on ne pourra pas l’obliger à payer, est un débiteur préférable à un honnête banqueroutier car le premier, pour continuer ses affaires, peut trouver qu’il est de son intérêt de rembourser ses dettes alors que le deuxième n’en a pas le pouvoir. Le raisonnement de TACITE, qui est éternellement vrai, s’applique très bien au cas présent. Sed vulgus ad magnitudinem beneficiorum aderat : stultissimus quisque pecuniis mercabatur : apud sapientes cassa habebantur, quæ neque dari neque accipi, salva republica, poterant[5] L’Etat est un débiteur que personne ne peut forcer à payer. Le seul frein dont les créanciers peuvent bénéficier est l’intérêt qu’il a de conserver son crédit, un intérêt qui peut facilement être contrebalancé par une grande dette, ou par un cas d’urgence extraordinaire et difficile, même en supposant ce crédit irrécouvrable. Sans mentionner qu’une nécessité présente force souvent l’Etat à prendre des mesures qui, à strictement parler, vont contre son intérêt.

 

            Les deux hypothèses que nous avons supposées ci-dessus sont calamiteuses mais ce ne sont pas les plus calamiteuses. Des milliers d’hommes sont ainsi sacrifiés pour en sauver des millions. Mais il y a toujours le risque de voir des millions sacrifiés à jamais pour en sauver temporairement des milliers. [6] Notre gouvernement populaire rendra peut-être difficile ou dangereux pour un ministre de risquer un expédient aussi désespéré qu’une banqueroute volontaire. Et, quoique la Chambre des Lords soit entièrement composée de propriétaires terriens et que la Chambre des Communes le soit en grande partie, on ne peut supposer qu’ils aient de grands capitaux dans les fonds publics ; encore que les liens qui unissent les membres aux propriétaires soient assez grands pour les faire adhérer avec plus de ténacité à la confiance publique que ne l’exigent la prudence, la politique ou même la justice. Peut-être aussi nos ennemis extérieurs sont-ils assez habiles pour se rendre compte que notre salut se trouve dans le désespoir et, donc, pour ne nous montrer le danger ouvertement et à visage découvert que quand il sera inévitable. La balance du pouvoir en EUROPE, nos grands-pères, nos pères et nous-mêmes, nous l’avons tous jugée trop inégale pour être maintenue sans notre attention et notre aide. Mais nos enfants, las de cette lutte et entravés par les charges, pourront assister en toute sécurité à l’oppression et à la conquête de leurs voisins jusqu’à ce que, finalement, leurs créanciers et eux-mêmes se trouvent à la merci du conquérant. Cela, nous pouvons sans impropriété l’appeler la mort violente de notre crédit public.

 

            Voilà, semble-t-il, des événements qui ne sont pas très éloignés et que la raison prévoit presque aussi clairement qu’elle prévoit tout ce qui se trouve au sein du temps. Et, bien que les anciens aient soutenu que, pour atteindre le don de prophétie, il fallait une certaine fureur ou folie divine, on peut en toute sécurité affirmer que, pour délivrer de telles prophéties, il ne faut rien de plus que son bon sens et être affranchi de l’influence de la folie et des illusions populaires.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

IT appears to have been the common practice of antiquity, to make provision, during peace, for the necessities of war, and to hoard up treasures before-hand, as the instruments either of conquest or defence; without trusting to extraordinary impositions, much less to borrowing, in times of disorder and confusion. Besides the immense sums above mentioned, which were amassed by ATHENS, and by the PTOLEMIES, and other successors of ALEXANDER; we learn from PLATO, that the frugal LACEDEMONIANS had also collected a great treasure; and ARRIAN and PLUTARCH take notice of the riches which ALEXANDER got possession of on the conquest of SUSA and ECBATANA, and which were reserved, some of them, from the time of CYRUS. If I remember right, the scripture also mentions the treasure of HEZEKIAH and the JEWISH princes; as profane history does that of PHILIP and PERSEUS, kings of MACEDON. The ancient republics of GAUL had commonly large sums in reserve. Every one knows the treasure seized in ROME by JULIUS CÆSAR, during the civil wars: and we find afterwards, that the wiser emperors, AUGUSTUS, TIBERIUS, VESPASIAN, SEVERUS, etc. always discovered the prudent foresight, of saving great sums against any public exigency.

 

On the contrary, our modern expedient, which has become very general, is to mortgage the public revenues, and to trust that posterity will pay off the incumbrances contracted by their ancestors: And they, having before their eyes, so good an example of their wise fathers, have the same prudent reliance on their posterity; who, at last, from necessity more than choice, are obliged to place the same confidence in a new posterity. But not to waste time in declaiming against a practice which appears ruinous, beyond all controversy; it seems pretty apparent, that the ancient maxims are, in this respect, more prudent than the modern; even though the latter had been confined within some reasonable bounds, and had ever, in any instance, been attended with such frugality, in time of peace, as to discharge the debts incurred by an expensive war. For why should the case be so different between the public and an individual, as to make us establish different maxims of conduct for each? If the funds of the former be greater, its necessary expences are proportionably larger; if its resources be more numerous, they are not infinite; and as its frame should be calculated for a much longer duration than the date of a single life, or even of a family, it should embrace maxims, large, durable, and generous, agreeably to the supposed extent of its existence. To trust to chances and temporary expedients, is, indeed, what the necessity of human affairs frequently renders unavoidable; but whoever voluntarily depend on such resources, have not necessity, but their own folly, to accuse for their misfortunes, when any such befall them.

 

If the abuses of treasures be dangerous, either by engaging the state in rash enterprizes, or making it neglect military discipline, in confidence of its riches; the abuses of mortgaging are more certain and inevitable; poverty, impotence, and subjection to foreign powers.

 

According to modern policy war is attended with every destructive circumstance; loss of men, encrease of taxes, decay of commerce, dissipation of money, devastation by sea and land. According to ancient maxims, the opening of the public treasure, as it produced an uncommon affluence of gold and silver, served as a temporary encouragement to industry, and atoned, in some degree, for the inevitable calamities of war.

 

It is very tempting to a minister to employ such an expedient, as enables him to make a great figure during his administration, without overburthening the people with taxes, or exciting any immediate clamours against himself. The practice, therefore, of contracting debt will almost infallibly be abused, in every government. It would scarcely be more imprudent to give a prodigal son a credit in every banker's shop in London, than to impower a statesman to draw bills, in this manner, upon posterity.

 

What then shall we say to the new paradox, that public incumbrances, are, of themselves, advantageous, independent of the necessity of contracting them; and that any state, even though it were not pressed by a foreign enemy, could not possibly have embraced a wiser expedient for promoting commerce and riches, than to create funds, and debts, and taxes, without limitation? Reasonings, such as these, might naturally have passed for trials of wit among rhetoricians, like the panegyrics on folly and a fever, on BUSIRIS and NERO, had we not seen such absurd maxims patronized by great ministers, and by a whole party among us.

 

Let us examine the consequences of public debts, both in our domestic management, by their influence on commerce and industry; and in our foreign transactions, by their effect on wars and negociations.

 

Public securities are with us become a kind of money, and pass as readily at the current price as gold or silver. Wherever any profitable undertaking offers itself, how expensive soever, there are never wanting hands enough to embrace it; nor need a trader, who has sums in the public stocks, fear to launch out into the most extensive trade; since he is possessed of funds, which will answer the most sudden demand that can be made upon him. No merchant thinks it necessary to keep by him any considerable cash. Bank stock, or India bonds, especially the latter, serve all the same purposes; because he can dispose of them, or pledge them to a banker, in a quarter of an hour; and at the same time they are not idle, even when in his scritoire, but bring him in a constant revenue. In short, our national debts furnish merchants with a species of money, that is continually multiplying in their hands, and produces sure gain, besides the profits of their commerce. This must enable them to trade upon less profit. The small profit of the merchant renders the commodity cheaper, causes a greater consumption, quickens the labour of the common people, and helps to spread arts and industry throughout the whole society.

 

There are also, we may observe, in ENGLAND and in all states which have both commerce and public debts, a set of men, who are half merchants, half stock-holders, and may be supposed willing to trade for small profits; because commerce is not their principal or sole support, and their revenues in the funds are a sure resource for themselves and their families. Were there no funds, great merchants would have no expedient for realizing or securing any part of their profit, but by making purchases of land; and land has many disadvantages in comparison of funds. Requiring more care and inspection, it divides the time and attention of the merchant; upon any tempting offer or extraordinary accident in trade, it is not so easily converted into money; and as it attracts too much, both by the many natural pleasures it affords, and the authority it gives, it soon converts the citizen into the country gentleman. More men, therefore, with large stocks and incomes, may naturally be supposed to continue in trade, where there are public debts; and this, it must be owned, is of some advantage to commerce, by diminishing its profits, promoting circulation, and encouraging industry.

 

But, in opposition to these two favourable circumstances, perhaps of no very great importance, weigh the many disadvantages which attend our public debts, in the whole interior œconomy of the state: You will find no comparison between the ill and the good which result from them.

 

First, It is certain, that national debts cause a mighty confluence of people and riches to the capital, by the great sums levied in the provinces to pay the interest; and perhaps, too, by the advantages in trade above mentioned, which they give the merchants in the capital above the rest of the kingdom. The question is, whether, in our case, it be for the public interest that so many privileges should be conferred on LONDON, which has already arrived at such an enormous size, and seems still encreasing? Some men are apprehensive of the consequences. For my own part, I cannot forbear thinking, that, though the head is undoubtedly too large for the body, yet that great city is so happily situated, that its excessive bulk causes less inconvenience than even a smaller capital to a greater kingdom. There is more difference between the prices of all provisions in PARIS and LANGUEDOC, than between those in LONDON and YORKSHIRE. The immense greatness, indeed, of LONDON, under a government which admits not of discretionary power, renders the people factious, mutinous, seditious, and even perhaps rebellious. But to this evil the national debts themselves tend to provide a remedy. The first visible eruption, or even immediate danger, of public disorders must alarm all the stockholders, whose property is the most precarious of any; and will make them fly to the support of government, whether menaced by Jacobitish violence or democratical frenzy.

 

Secondly, Public stocks, being a kind of paper-credit, have all the disadvantages attending that species of money. They banish gold and silver from the most considerable commerce of the state, reduce them to common circulation, and by that means render all provisions and labour dearer than otherwise they would be.

 

Thirdly, The taxes, which are levied to pay the interests of these debts, are apt either to heighten the price of labour, or be an oppression on the poorer sort.

 

Fourthly, As foreigners possess a great share of our national funds, they render the public, in a manner, tributary to them, and may in time occasion the transport of our people and our industry.

 

Fifthly, The greater part of the public stock being always in the hands of idle people, who live on their revenue, our funds, in that view, give great encouragement to an useless and unactive life.

 

But though the injury that arises to commerce and industry from our public funds, will appear, upon balancing the whole, not inconsiderable, it is trivial in comparison of the prejudice that results to the state considered as a body politic, which must support itself in the society of nations, and have various transactions with other states in wars and negotiations. The ill there is pure and unmixed, without any favourable circumstance to atone for it; and it is an ill too of a nature the highest and most important.

 

We have, indeed, been told, that the public is no weaker upon account of its debts; since they are mostly due among ourselves, and bring as much property to one as they take from another. It is like transferring money from the right hand to the left; which leaves the person neither richer nor poorer than before. Such loose reasonings and specious comparisons will always pass, where we judge not upon principles. I ask, Is it possible, in the nature of things, to overburthen a nation with taxes, even where the sovereign resides among them? The very doubt seems extravagant; since it is requisite, in every community, that there be a certain proportion observed between the laborious and the idle part of it. But if all our present taxes be mortgaged, must we not invent new ones? And may not this matter be carried to a length that is ruinous and destructive?

 

In every nation, there are always some methods of levying money more easy than others, agreeably to the way of living of the people, and the commodities they make use of. In GREAT BRITAIN, the excises upon malt and beer afford a large revenue; because the operations of malting and brewing are tedious, and are impossible to be concealed; and at the same time, these commodities are not so absolutely necessary to life, as that the raising of their price would very much affect the poorer sort. These taxes being all mortgaged, what difficulty to find new ones! what vexation and ruin of the poor!

 

Duties upon consumptions are more equal and easy than those upon possessions. What a loss to the public, that the former are all exhausted, and that we must have recourse to the more grievous method of levying taxes!

 

Were all the proprietors of land only stewards to the public, must not necessity force them to practise all the arts of oppression used by stewards; where the absence or negligence of the proprietor render them secure against enquiry?

 

It will scarcely be asserted, that no bounds ought ever to be set to national debts; and that the public would be no weaker, were twelve or fifteen shillings in the pound, land-tax, mortgaged, with all the present customs and excises. There is something, therefore, in the case, beside the mere transferring of property from the one hand to another. In 500 years, the posterity of those now in the coaches, and of those upon the boxes, will probably have changed places, without affecting the public by these revolutions.

 

Suppose the public once fairly brought to that condition, to which it is hastening with such amazing rapidity; suppose the land to be taxed eighteen or nineteen shillings in the pound; for it can never bear the whole twenty; suppose all the excises and customs to be screwed up to the utmost which the nation can bear, without entirely losing its commerce and industry; and suppose that all those funds are mortgaged to perpetuity, and that the invention and wit of all our projectors can find no new imposition, which may serve as the foundation of a new loan; and let us consider the necessary consequences of this situation. Though the imperfect state of our political knowledge, and the narrow capacities of men, make it difficult to fortel the effects which will result from any untried measure, the seeds of ruin are here scattered with such profusion as not to escape the eye of the most careless observer.

 

In this unnatural state of society, the only persons, who possess any revenue beyond the immediate effects of their industry, are the stock-holders, who draw almost all the rent of the land and houses, besides the produce of all the customs and excises. These are men, who have no connexions with the state, who can enjoy their revenue in any part of the globe in which they chuse to reside, who will naturally bury themselves in the capital or in great cities, and who will sink into the lethargy of a stupid and pampered luxury, without spirit, ambition, or enjoyment. Adieu to all ideas of nobility, gentry, and family. The stocks can be transferred in an instant, and being in such a fluctuating state, will seldom be transmitted during three generations from father to son. Or were they to remain ever so long in one family, they convey no hereditary authority or credit to the possessor; and by this means, the several ranks of men, which form a kind of independent magistracy in a state, instituted by the hand of nature, are entirely lost; and every man in authority derives his influence from the commission alone of the sovereign. No expedient remains for preventing or suppressing insurrections, but mercenary armies: No expedient at all remains for resisting tyranny: Elections are swayed by bribery and corruption alone: And the middle power between king and people being totally removed, a grievous despotism must infallibly prevail. The landholders, despised for their poverty, and hated for their oppressions, will be utterly unable to make any opposition to it.

 

Though a resolution should be formed by the legislature never to impose any tax which hurts commerce and discourages industry, it will be impossible for men, in subjects of such extreme delicacy, to reason so justly as never to be mistaken, or amidst difficulties so urgent, never to be seduced from their resolution. The continual fluctuations in commerce require continual alterations in the nature of the taxes; which exposes the legislature every moment to the danger both of wilful and involuntary error. And any great blow given to trade, whether by injudicious taxes or by other accidents, throws the whole system of government into confusion.

 

But what expedient can the public now employ, even supposing trade to continue in the most flourishing condition, in order to support its foreign wars and enterprizes, and to defend its own honour and interests, or those of its allies? I do not ask how the public is to exert such a prodigious power as it has maintained during our late wars; where we have so much exceeded, not only our own natural strength, but even that of the greatest empires. This extravagance is the abuse complained of, as the source of all the dangers, to which we are at present exposed. But since we must still suppose great commerce and opulence to remain, even after every fund is mortgaged; these riches must be defended by proportional power; and whence is the public to derive the revenue which supports it? It must plainly be from a continual taxation of the annuitants, or, which is the same thing, from mortgaging anew, on every exigency, a certain part of their annuities; and thus making them contribute to their own defence, and to that of the nation. But the difficulties, attending this system of policy, will easily appear, whether we suppose the king to have become absolute master, or to be still controuled by national councils, in which the annuitants themselves must necessarily bear the principal sway.

 

If the prince has become absolute, as may naturally be expected from this situation of affairs, it is so easy for him to encrease his exactions upon the annuitants, which amount only to the retaining money in his own hands, that this species of property would soon lose all its credit, and the whole income of every individual in the state must lie entirely at the mercy of the sovereign: A degree of despotism, which no oriental monarchy has ever yet attained. If, on the contrary, the consent of the annuitants be requisite for every taxation, they will never be persuaded to contribute sufficiently even to the support of government; as the diminution of their revenue must in that case be very sensible, would not be disguised under the appearance of a branch of excise or customs, and would not be shared by any other order of the state, who are already supposed to be taxed to the utmost. There are instances, in some republics, of a hundredth penny, and sometimes of the fiftieth, being given to the support of the state; but this is always an extraordinary exertion of power, and can never become the foundation of a constant national defence. We have always found, where a government has mortgaged all its revenues, that it necessarily sinks into a state of languor, inactivity, and impotence.

 

Such are the inconveniencies, which may reasonably be foreseen, of this situation, to which GREAT BRITAIN is visibly tending. Not to mention, the numberless inconveniencies, which cannot be foreseen, and which must result from so monstrous a situation as that of making the public the chief or sole proprietor of land, besides investing it with every branch of customs and excise, which the fertile imagination of ministers and projectors have been able to invent.

 

I must confess, that there is a strange supineness, from long custom, creeped into all ranks of men, with regard to public debts, not unlike what divines so vehemently complain of with regard to their religious doctrines. We all own, that the most sanguine imagination cannot hope, either that this or any future ministry will be possessed of such rigid and steady frugality, as to make a considerable progress in the payment of our debts; or that the situation of foreign affairs will, for any long time, allow them leisure and tranquillity for such an undertaking. [7] What then is to become of us? Were we ever so good Christians, and ever so resigned to Providence; this, methinks, were a curious question, even considered as a speculative one, and what it might not be altogether impossible to form some conjectural solution of. The events here will depend little upon the contingencies of battles, negociations, intrigues, and factions. There seems to be a natural progress of things, which may guide our reasoning. As it would have required but a moderate share of prudence, when we first began this practice of mortgaging, to have foretold, from the nature of men and of ministers, that things would necessarily be carried to the length we see; so now, that they have at last happily reached it, it may not be difficult to guess at the consequences. It must, indeed, be one of these two events; either the nation must destroy public credit, or public credit will destroy the nation. It is impossible that they can both subsist, after the manner they have been hitherto managed, in this, as well as in some other countries.

 

There was, indeed, a scheme for the payment of our debts, which was proposed by an excellent citizen, Mr. HUTCHINSON, above thirty years ago, and which was much approved of by some men of sense, but never was likely to take effect. He asserted, that there was a fallacy in imagining that the public owed this debt; for that really every individual owed a proportional share of it, and paid, in his taxes, a proportional share of the interest, beside the expence of levying these taxes. Had we not better, then, says he, make a distribution of the debt among ourselves, and each of us contribute a sum suitable to his property, and by that means discharge at once all our funds and public mortgages? He seems not to have considered, that the laborious poor pay a considerable part of the taxes by their annual consumptions, though they could not advance, at once, a proportional part of the sum required. Not to mention, that property in money and stock in trade might easily be concealed or disguised; and that visible property in lands and houses would really at last answer for the whole: An inequality and oppression, which never would be submitted to. But though this project is not likely to take place; it is not altogether improbable, that, when the nation becomes heartily sick of their debts, and is cruelly oppressed by them, some daring projector may arise with visionary schemes for their discharge. And as public credit will begin, by that time, to be a little frail, the least touch will destroy it, as happened in FRANCE during the regency; and in this manner it will die of the doctor. [8]

 

But it is more probable, that the breach of national faith will be the necessary effect of wars, defeats, misfortunes, and public calamities, or even perhaps of victories and conquests. I must confess, when I see princes and states fighting and quarrelling, amidst their debts, funds, and public mortgages, it always brings to my mind a match of cudgel-playing fought in a China shop. How can it be expected, that sovereigns will spare a species of property, which is pernicious to themselves and to the public, when they have so little compassion on lives and properties, that are useful to both? Let the time come (and surely it will come) when the new funds, created for the exigencies of the year, are not subscribed to, and raise not the money projected. Suppose, either that the cash of the nation is exhausted; or that our faith, which has hitherto been so ample, begins to fail us. Suppose, that, in this distress, the nation is threatened with an invasion; a rebellion is suspected or broken out at home; a squadron cannot be equipped for want of pay, victuals, or repairs; or even a foreign subsidy cannot be advanced. What must a prince or minister do in such an emergence? The right of self-preservation is unalienable in every individual, much more in every community. And the folly of our statesmen must then be greater than the folly of those who first contracted debt, or, what is more, than that of those who trusted, or continue to trust this security, if these statesmen have the means of safety in their hands, and do not employ them. The funds, created and mortgaged, will, by that time, bring in a large yearly revenue, sufficient for the defence and security of the nation: Money is perhaps lying in the exchequer, ready for the discharge of the quarterly interest: Necessity calls, fear urges, reason exhorts, compassion alone exclaims: The money will immediately be seized for the current service, under the most solemn protestations, perhaps, of being immediately replaced. But no more is requisite. The whole fabric, already tottering, falls to the ground, and buries thousands in its ruins. And this, I think, may be called the natural death of public credit: For to this period it tends as naturally as an animal body to its dissolution and destruction.

 

So great dupes are the generality of mankind, that, notwithstanding such a violent shock to public credit, as a voluntary bankruptcy in ENGLAND would occasion, it would not probably be long ere credit would again revive in as flourishing a condition as before. The present king of FRANCE, during the late war, borrowed money at lower interest than ever his grandfather did; and as low as the BRITISH parliament, comparing the natural rate of interest in both kingdoms. And though men are commonly more governed by what they have seen, than by what they foresee, with whatever certainty; yet promises, protestations, fair appearances, with the allurements of present interest, have such powerful influence as few are able to resist. Mankind are, in all ages, caught by the same baits: The same tricks, played over and over again, still trepan them. The heights of popularity and patriotism are still the beaten road to power and tyranny; flattery to treachery; standing armies to arbitrary government; and the glory of God to the temporal interest of the clergy. The fear of an everlasting destruction of credit, allowing it to be an evil, is a needless bugbear. A prudent man, in reality, would rather lend to the public immediately after we had taken a spunge to our debts, than at present; as much as an opulent knave, even though one could not force him to pay, is a preferable debtor to an honest bankrupt: For the former, in order to carry on business, may find it his interest to discharge his debts, where they are not exorbitant: The latter has it not in his power. The reasoning of TACITUS, as it is eternally true, is very applicable to our present case. Sed vulgus ad magnitudinem beneficiorum aderat: Stultissimus quisque pecuniis mercabatur: Apud sapientes cassa habebantur, quæ neque dari neque accipi, salva republica, poterant. The public is a debtor, whom no man can oblige to pay. The only check which the creditors have upon her, is the interest of preserving credit; an interest, which may easily be overbalanced by a great debt, and by a difficult and extraordinary emergence, even supposing that credit irrecoverable. Not to mention, that a present necessity often forces states into measures, which are, strictly speaking, against their interest.

 

These two events, supposed above, are calamitous, but not the most calamitous. Thousands are thereby sacrificed to the safety of millions. But we are not without danger, that the contrary event may take place, and that millions may be sacrificed for ever to the temporary safety of thousands. Our popular government, perhaps, will render it difficult or dangerous for a minister to venture on so desperate an expedient, as that of a voluntary bankruptcy. And though the house of Lords be altogether composed of proprietors of land, and the house of Commons chiefly; and consequently neither of them can be supposed to have great property in the funds. Yet the connections of the members may be so great with the proprietors, as to render them more tenacious of public faith, than prudence, policy, or even justice, strictly speaking, requires. And perhaps too, our foreign enemies may be so politic as to discover, that our safety lies in despair, and may not, therefore, show the danger, open and barefaced, till it be inevitable. The balance of power in EUROPE, our grandfathers, our fathers, and we, have all deemed too unequal to be preserved without our attention and assistance. But our children, weary of the struggle, and fettered with incumbrances, may sit down secure, and see their neighbours oppressed and conquered; till, at last, they themselves and their creditors lie both at the mercy of the conqueror. And this may properly enough be denominated the violent death of our public credit.

 

These seem to be the events, which are not very remote, and which reason foresees as clearly almost as she can do any thing that lies in the womb of time. And though the ancients maintained, that in order to reach the gift of prophecy, a certain divine fury or madness was requisite, one may safely affirm, that, in order to deliver such prophecies as these, no more is necessary, than merely to be in one's senses, free from the influence of popular madness and delusion.

 



[1]              Voir l’Essai sur la balance du commerce. (NdT)

[2]              Nous pouvons aussi noter que l’augmentation des prix qui vient du papier-crédit a une influence plus durable et plus dangereuse que quand elle vient d’un grand accroissement de la quantité d’or et d’argent : si un afflux accidentel d’argent (money) élève le prix du travail et des marchandises, le mal se guérit tout seul. L’argent (money) s’écoule rapidement vers les nations voisines, les prix retombent à leur niveau et l’activité peut continuer comme avant ; un soulagement qui ne peut être espéré si les espèces en circulation consistent surtout dans du papier n’ayant aucune valeur intrinsèque.

[3]              Dans les périodes de paix et de sécurité, les seules où il est possible de rembourser les dettes, l’intérêt financier (the moneyed interest) répugne à recevoir des remboursements partiels qu’il ne sait pas utiliser à son profit, et l’intérêt foncier (the landed interest) répugne à continuer à payer les taxes requises. Pourquoi un ministre persévérerait-il dans une mesure qui déplaît tant à toutes les parties ? Pour l’amour d’une postérité qu’il ne verra jamais ou pour quelques personnes raisonnables et réfléchies dont l’intérêt uni ne sera peut-être même pas capable de lui assurer le plus petit bourg d’ANGLETERRE. Il n’est pas vraisemblable que nous trouvions un ministre qui soit un aussi mauvais politique. A l’égard de ces maximes politiques destructrices, tous les ministres sont suffisamment experts.

[4]              Certaines éditions comportent cette note : « Certains Etats voisins utilisent un expédient facile par lequel ils allègent leurs dettes publiques. Les FRANÇAIS ont coutume (comme les ROMAINS jadis) d’accroître leur argent et, comme la nation est familiarisée avec ce procédé, il ne nuit pas au crédit public alors qu’en réalité il supprime en une seule fois par un édit la plupart des dettes. Les HOLLANDAIS diminuent l’intérêt sans le consentement de leurs créanciers ou, ce qui revient au même, ils taxent arbitrairement les fonds comme toute autre bien. Si nous mettions en pratique l’une de ces méthodes, nous ne serions plus opprimés par la dette publique et il n’est pas impossible, vu le nombre croissant d’embarras et de difficultés, qu’on essaie à tout hasard l’une de ces méthodes, ou une autre. Mais les habitants de ce pays sont de si bons raisonneurs sur ce qui touche à leurs intérêts qu’une telle pratique ne trompera personne. Le crédit public sera probablement immédiatement affecté par un essai aussi dangereux. »

[5]              Tacite, Annales, III,55. (NdT)

[6]              J’ai entendu dire qu’on avait calculé que le nombre de créanciers de l’Etat, natifs et étrangers, ne s’élevait qu’à dix-sept mille. Vu leurs revenus, ils font aujourd’hui bonne figure mais, en cas d’une banqueroute publique, ils tomberaient en un instant au plus bas et seraient les plus misérables. La dignité et l’autorité de la petite et de la grande noblesse foncière sont beaucoup mieux enracinées et rendraient la lutte très inégale si on en venait jamais à cette extrémité. On serait tenté d’assigner à cet événement une date très proche, un demi-siècle, si de telles prophéties, faites par nos pères, n’avaient pas été contredites par la durée de notre crédit public qui dépasse toute attente raisonnable. Chaque année, les astrologues de France prédisaient la mort d’HENRI IV. « Ces compères, avait-il dit, finiront pas avoir raison. » Nous serons donc assez prudents pour ne pas assigner à cet événement une date précise, nous contentant de le signaler en général.

[7]              In times of peace and security, when alone it is possible to pay debt, the monied interest are averse to receive partial payments, which they know not how to dispose of to advantage; and the landed interest are averse to continue the taxes requisite for that purpose. Why therefore should a minister persevere in a measure so disagreeable to all parties? For the sake, I suppose, of a posterity, which he will never see, or of a few reasonable reflecting people, whose united interest, perhaps, will not be able to secure him the smallest burrough in ENGLAND. 'Tis not likely we shall ever find any minister so bad a politician. With regard to these narrow destructive maxims of politics, all ministers are expert enough.

[8]              Some neighbouring states practise an easy expedient, by which they lighten their public debts. The French have a custom (as the Romans formerly had) of augmenting their money; and this the nation has been so much familiarised to, that it hurts not public credit, though it be really cutting off at once, by an edict, so much of their debts. The Dutch diminish the interest without the consent of their creditors, or, which is the same thing, they arbitrarily tax the funds, as well as other property. Could we practise either of these methods, we need never be oppressed by the national debt; and it is not impossible but one of these, or some other method, may, at all adventures, be tried, on the augmentation of our incumbrances and difficulties. But people in this country are so good reasoners upon whatever regards their interests, that such a practice will deceive nobody; and public credit will probably tumble at once, by so dangerous a trial.