PHILOTRADavid Hume

Essai sur les taxes.

Traduit par Philippe Folliot ( août 2007)
Professeur de Philosophie au lycée Jehan Ango de Dieppe

 

 De

 

OF  TAXES

in

Essays & Treatises on several subjects

In two volumes

Containing

Essays, moral, political, and literary

A new edition

LONDON

Printed for A. Millar, in the Strand;

and

  1. Kincaid and A. Donaldson, at Edinburgh

MDCCLXIV.
1ère édition de cet essai : 1752

 

 

 

 

La traduction

Le texte anglais

 

 

 

 

 

 

 

            Il existe une maxime qui prévaut chez certains raisonneurs, que toute nouvelle taxe crée chez le sujet une aptitude à la supporter et que toute nouvelle augmentation des charges publiques accroît proportionnellement l’activité laborieuse du peuple. Cette maxime est de nature à être l’objet probable d’abus et elle est d’autant plus dangereuse que sa vérité ne peut être totalement niée. Mais il faut reconnaître que, maintenue dans certaines limites, elle a un certain fondement dans la raison et dans l’expérience.

 

            Quand une taxe s’applique à des marchandises qui sont consommées par le bas peuple, la conséquence nécessaire, semble-t-il, peut être soit que les pauvres soient obligés de retrancher quelque chose de leur mode de vie, soit qu’ils obtiennent des salaires plus élevés pour que le fardeau de la taxe pèse entièrement sur les riches. Mais il y a une troisième conséquence qui suit souvent les taxes, c’est que les pauvres accroissent leur activité, accomplissent plus de travail et vivent aussi bien qu’avant sans demander davantage pour leur labeur. Quand les taxes sont modérées, qu’elles sont établies peu à peu et qu’elles n’affectent pas les nécessités de la vie, cette conséquence s’ensuit naturellement ; et il est certain que ces difficultés servent souvent à stimuler l’activité du peuple et à le rendre plus laborieux et opulent que d’autres qui jouissent de plus grands avantages. En effet, nous pouvons remarquer parallèlement que les nations les plus commerçantes ne sont pas toujours celles qui possèdent des terres fertiles de la plus grande étendue mais au contraire celles qui labourent des terres dans des conditions naturelles très désavantageuses. TYR, ATHENES, CARTHAGE, RHODES, GENE, VENISE et la HOLLANDE en sont de puissants exemples ; et, dans toute l’histoire, nous ne trouvons que trois cas de pays étendus et fertiles qui faisaient un commerce important, les PAYS-BAS, l’ANGLETERRE et la FRANCE. Les deux premiers semblent avoir été poussés par les avantages de leur situation maritime et par la nécessité où ils se trouvaient de fréquenter les ports étrangers pour se procurer ce que leur propre climat leur refusait. Pour ce qui est de la FRANCE, le commerce est venu tardivement dans ce royaume et semble avoir été l’effet de l’observation et de la réflexion d’un peuple ingénieux et entreprenant qui avait remarqué les richesses acquises par les nations voisines qui pratiquaient la navigation et le commerce.

 

            Les lieux mentionnés par CICERON comme étant les plus commerçants de son époque sont ALEXANDRIE, la COLCHIDE, TYR, SIDON, ANDROS, CHYPRE, la PAMPHYLIE, la LYCIE, RHODES, CHIOS, BYZANCE, LESBOS, SMYRNE, MILET et COS. Tous ces lieux, à l’exception d’ALEXANDRIE, étaient soit de petits îles, soit de petits territoires. Quant à la cité d’ALEXANDRIE, elle est entièrement redevable de son commerce à sa situation favorable.

 

            Donc, puisque certains besoins ou désavantages naturels peuvent être jugés favorables à l’activité (industry), pourquoi des charges artificielles n’auraient-elles pas le même effet ? Nous pouvons noter que Sir WILLIAM TEMPLE attribue entièrement l’activité de la HOLLANDE aux besoins qui viennent de ses désavantages naturels, et il illustre sa doctrine par une comparaison frappante avec l’IRLANDE « où, dit-il, grâce à l’étendue et à la richesse du sol, et grâce à la faible population, toutes les choses nécessaires à la vie sont si bon marché qu’un homme actif, en deux jours de travail, peut gagner de quoi le nourrir le reste de la semaine ; ce qui, selon moi, est la cause manifeste de la paresse attribuée à ce peuple car les hommes préfèrent le repos au travail et ils ne prendront pas la peine de travailler s’ils peuvent vivre dans l’oisiveté ; quoique, quand, par nécessité, ils se sont accoutumés au travail, ils ne peuvent plus le quitter car il est devenu une habitude nécessaire à leur santé et même à leur divertissement. Il est aussi difficile de passer du repos au travail que d’un travail constant au repos. » Après quoi l’auteur en vient à confirmer sa doctrine en énumérant, comme ci-dessus, les lieux où le commerce a le plus prospéré aux époques anciennes et modernes, lieux qui, on le remarque couramment, sont des territoires étroitement confinés qui rendent l’activité nécessaire. [1]

 

            Les meilleures taxes sont celles qui sont levées sur les biens de consommation, surtout sur les objets de luxe parce que ces taxes sont moins senties par le peuple. Elles semblent dans une certaine mesure volontaires puisqu’on peut choisir d’acheter ou non l’objet taxé. Ces taxes se paient par degrés et insensiblement, elles produisent la sobriété et la frugalité si elles sont judicieusement levées et, se confondant avec le prix naturel du bien acheté, elles sont à peine perçues par les consommateurs. Leur seul désavantage, c’est que leur perception est coûteuse.

 

            Les taxes sur la propriété sont levées sans rien coûter mais elles ont un autre désavantage. La plupart des Etats, cependant, sont obligés d’y avoir recours pour suppléer à l’insuffisance de l’autre taxe.

 

            Mais les plus pernicieuses de toutes les taxes sont les taxes arbitraires. Par la façon dont on les gère, elles se convertissent couramment pour l’activité laborieuse en punitions et elles sont plus pénibles par leur inévitable inégalité que par la charge réelle qu’elles imposent. Il est donc étonnant de voir les peuples civilisés y avoir recours.

 

            En général, toute taxe de capitation, même quand elle n’est pas arbitraire, ce qu’elle est couramment, peut être estimée dangereuse parce qu’il est si facile au souverain d’en ajouter un peu, et encore un peu plus à la somme demandée que ces taxes sont susceptibles de devenir totalement oppressives et intolérables. Au contraire, un droit payé sur les marchandises se limite de lui-même et un prince se rendra vite compte que l’augmentation de l’impôt n’est pas l’augmentation de son revenu. C’est pourquoi il n’est pas facile de ruiner entièrement un peuple par une telle taxe.

 

            Nous savons par les historiens que l’une des principales causes de la destruction de l’empire ROMAIN fut le changement que CONSTANTIN introduisit dans les finances en substituant une capitation générale à presque tous les droits douaniers, dîmes et accises qui composaient avant le revenu de l’empire. Les gens, dans toutes les provinces, étaient si écrasés et opprimés par les publicains qu’ils furent contents de trouver refuge sous les armes des barbares victorieux dont la domination, puisqu’ils avaient peu de besoins et peu d’arts, fut jugée préférable à la tyrannie raffinée des ROMAINS.

 

            C’est une opinion défendue avec zèle par certains écrivains politiques que, puisque toutes les taxes (prétendent-ils) retombent en fin de compte sur la terre, il serait meilleur de l’imposer dès le début et d’abolir tous les droits à payer sur les objets de consommation. Mais c’est là une opinion discutable. Si un droit doit être payé par un artisan [2] sur une marchandise qu’il consomme, il a deux expédients évidents pour le payer : il peut retrancher quelque chose de sa dépense ou travailler davantage. Ces deux ressources sont plus faciles et plus naturelles que l’augmentation de son revenu. Nous voyons que, dans les années de disette, le tisserand consomme moins ou travaille davantage, ou il emploie ces deux moyens, la frugalité et le travail, pour pouvoir atteindre la fin de l’année. Ce n’est que justice qu’il s’assujettisse aux mêmes privations – si elles méritent ce terme – par égard pour le public qui lui donne sa protection. Par quel moyen peut-il élever le prix de son travail ? Le manufacturier qui l’emploie ne lui donnera pas davantage et il ne le peut pas parce que le marchand qui exporte le tissu ne peut augmenter un prix devant lequel il doit s’incliner sur les marchés étrangers. Tout homme, c’est certain, désire se soustraire au fardeau des taxes et le faire porter par autrui mais, comme tout homme a la même inclination et est sur la défensive, il est impossible de supposer qu’une classe d’hommes puisse entièrement l’emporter dans cette lutte. Et pourquoi le propriétaire foncier serait-il la victime de tout le monde et pourquoi ne serait-il pas capable comme les autres de se défendre, j’ai de la peine à l’imaginer. Tous les commerçants, en vérité, voudraient se jeter sur la proie et se la partager, s’ils le pouvaient.  Mais, cette inclination, ils l’ont toujours même quand on ne lève pas de taxes, et la même méthode par laquelle le propriétaire foncier se protège contre les abus des commerçants avant les taxes lui servira ensuite pour qu’ils portent le fardeau avec lui. Il faut en vérité qu’il y ait de très lourdes taxes, et très injustement levées, pour que l’artisan ne puisse par lui-même être capable de les payer grâce à plus d’activité et de frugalité sans élever le prix de son travail.

 

            Je conclurai ce sujet en notant que, pour ce qui est des taxes, nous avons un exemple de ce qui arrive fréquemment dans les institutions politiques : les conséquences des choses sont diamétralement opposées à ce que nous attendions à première vue. C’est une maxime fondamentale du gouvernement TURQUE que le Grand Signior, quoique maître absolu de la vie et de la fortune de chaque individu, n’a aucun pouvoir d’imposer une nouvelle taxe, et tous les princes OTTOMANS qui ont essayé ont été obligés de se rétracter ou ont connu les funestes effets de leur entêtement. On aurait tendance à imaginer que ce préjugé, cette opinion établie, est la barrière la plus solide au monde contre l’oppression. Pourtant, il est certain que c’est tout le contraire. L’empereur, n’ayant aucune façon régulière d’augmenter son revenu, doit permettre à tous ses pachas et gouverneurs d’opprimer et de maltraiter les sujets et il les presse [comme des citrons] quand il reviennent de leurs gouvernements ; tandis que, s’il pouvait imposer une nouvelle taxe comme nos princes EUROPEENS, son intérêt serait si lié à celui de son peuple qu’il ressentirait immédiatement les mauvais effets de ces taxes levées sans régularité et il se rendrait compte qu’une livre perçue par un impôt général a de moins pernicieux effets qu’un shilling pris d’une manière aussi inégale et arbitraire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Of taxes

 

THERE is a prevailing maxim, among some reasoners, that every new tax creates a new ability in the subject to bear it, and that each encrease of public burdens encreases proportionably the industry of the people. This maxim is of such a nature as is most likely to be abused; and is so much the more dangerous, as its truth cannot be altogether denied: but it must be owned, when kept within certain bounds, to have some foundation in reason and experience.

 

When a tax is laid upon commodities, which are consumed by the common people, the necessary consequence may seem to be, either that the poor must retrench something from their way of living, or raise their wages, so as to make the burden of the tax fall entirely upon the rich. But there is a third consequence, which often follows upon taxes, namely, that the poor encrease their industry, perform more work, and live as well as before, without demanding more for their labour. Where taxes are moderate, are laid on gradually, and affect not the necessaries of life, this consequence naturally follows; and it is certain, that such difficulties often serve to excite the industry of a people, and render them more opulent and laborious, than others, who enjoy the greatest advantages. For we may observe, as a parallel instance, that the most commercial nations have not always possessed the greatest extent of fertile land; but, on the contrary, that they have laboured under many natural disadvantages. TYRE, ATHENS, CARTHAGE, RHODES, GENOA, VENICE, HOLLAND, are strong examples to this purpose. And in all history, we find only three instances of large and fertile countries, which have possessed much trade; the NETHERLANDS, ENGLAND, and FRANCE. The two former seem to have been allured by the advantages of their maritime situation, and the necessity they lay under of frequenting foreign ports, in order to procure what their own climate refused them. And as to FRANCE, trade has come late into that kingdom, and seems to have been the effect of reflection and observation in an ingenious and enterprizing people, who remarked the riches acquired by such of the neighbouring nations as cultivated navigation and commerce.

 

The places mentioned by CICERO, as possessed of the greatest commerce in his time, are ALEXANDRIA, COLCHUS, TYRE, SIDON, ANDROS, CYPRUS, PAMPHYLIA, LYCIA, RHODES, CHIOS, BYZANTIUM, LESBOS, SMYRNA, MILETUM, COOS. All these, except ALEXANDRIA, were either small islands, or narrow territories. And that city owed its trade entirely to the happiness of its situation.

 

Since therefore some natural necessities or disadvantages may be thought favourable to industry, why may not artificial burdens have the same effect? Sir WILLIAM TEMPLE, we may observe, ascribes the industry of the DUTCH entirely to necessity, proceeding from their natural disadvantages; and illustrates his doctrine by a striking comparison with IRELAND; "where," says he, "by the largeness and plenty of the soil, and scarcity of people, all things necessary to life are so cheap, that an industrious man, by two days labour, may gain enough to feed him the rest of the week. Which I take to be a very plain ground of the laziness attributed to the people. For men naturally prefer ease before labour, and will not take pains if they can live idle; though when, by necessity, they have been inured to it, they cannot leave it, being grown a custom necessary to their health, and to their very entertainment. Nor perhaps is the change harder, from constant ease to labour, than from constant labour to ease." After which the author proceeds to confirm his doctrine, by enumerating, as above, the places where trade has most flourished, in ancient and modern times; and which are commonly observed to be such narrow confined territories, as beget a necessity for industry. [3]

 

The best taxes are such as are levied upon consumptions, especially those of luxury; because such taxes are least felt by the people. They seem, in some measure, voluntary; since a man may chuse how far he will use the commodity which is taxed : they are paid gradually and insensibly : they naturally produce sobriety and frugality, if judiciously imposed : and being confounded with the natural price of the commodity, they are scarcely perceived by the consumers. Their only disadvantage is, that they are expensive in the levying.

 

Taxes upon possessions are levied without expence; but have every other disadvantage. Most states, however, are obliged to have recourse to them, in order to supply the deficiencies of the other.

 

But the most pernicious of all taxes are the arbitrary. They are commonly converted, by their management, into punishments on industry; and also, by their unavoidable inequality, are more grievous, than by the real burden which they impose. It is surprising, therefore, to see them have place among any civilized people.

 

In general, all poll-taxes, even when not arbitrary, which they commonly are, may be esteemed dangerous : because it is so easy for the sovereign to add a little more, and a little more, to the sum demanded, that these taxes are apt to become altogether oppressive and intolerable. On the other hand, a duty upon commodities checks itself; and a prince will soon find, that an encrease of the impost is no encrease of his revenue. It is not easy, therefore, for a people to be altogether ruined by such taxes.

 

Historians inform us, that one of the chief causes of the destruction of the ROMAN state, was the alteration, which CONSTANTINE introduced into the finances, by substituting an universal poll-tax, in lieu of almost all the tithes, customs, and excises, which formerly composed the revenue of the empire. The people, in all the provinces, were so grinded and oppressed by the publicans, that they were glad to take refuge under the conquering arms of the barbarians; whose dominion, as they had fewer necessities and less art, was found preferable to the refined tyranny of the ROMANS.

 

It is an opinion, zealously promoted by some political writers, that, since all taxes, as they pretend, fall ultimately upon land, it were better to lay them originally there, and abolish every duty upon consumptions. But it is denied, that all taxes fall ultimately upon land. If a duty be laid upon any commodity, consumed by an artisan, he has two obvious expedients for paying it; he may retrench somewhat of his expence, or he may encrease his labour. Both these resources are more easy and natural, than that of heightening his wages. We see, that, in years of scarcity, the weaver either consumes less or labours more, or employs both these expedients of frugality and industry, by which he is enabled to reach the end of the year. It is but just, that he should subject himself to the same hardships, if they deserve the name, for the sake of the publick, which gives him protection. By what contrivance can he raise the price of his labour? The manufacturer who employs him, will not give him more: Neither can he, because the merchant, who exports the cloth, cannot raise its price, being limited by the price which it yields in foreign markets. Every man, to be sure, is desirous of pushing off from himself the burden of any tax, which is imposed, and of laying it upon others : but as every man has the same inclination, and is upon the defensive; no set of men can be supposed to prevail altogether in this contest. And why the landed gentleman should be the victim of the whole, and should not be able to defend himself, as well as others are, I cannot readily imagine. All tradesmen, indeed, would willingly prey upon him, and divide him among them, if they could : but this inclination they always have, though no taxes were levied; and the same methods, by which he guards against the imposition of tradesmen before taxes, will serve him afterwards, and make them share the burden with him. They must be very heavy taxes, indeed, and very injudiciously levied, which the artizan will not, of himself, be enabled to pay, by superior industry and frugality, without raising the price of his labour.

 

I shall conclude this subject with observing, that we have, with regard to taxes, an instance of what frequently happens in political institutions, that the consequences of things are diametrically opposite to what we should expect on the first appearance. It is regarded as a fundamental maxim of the TURKISH government, that the Grand Signior, though absolute master of the lives and fortunes of each individual, has no authority to impose a new tax; and every OTTOMAN prince, who has made such an attempt, either has been obliged to retract, or has found the fatal effects of his perseverance. One would imagine, that this prejudice or established opinion were the firmest barrier in the world against oppression; yet it is certain, that its effect is quite contrary. The emperor, having no regular method of encreasing his revenue, must allow all the bashaws and governors to oppress and abuse the subjects : and these he squeezes after their return from their government. Whereas, if he could impose a new tax, like our EUROPEAN princes, his interest would so far be united with that of his people, that he would immediately feel the bad effects of these disorderly levies of money, and would find, that a pound, raised by a general imposition, would have less pernicious effects, than a shilling taken in so unequal and arbitrary a manner.

 



[1]          La note suivante figure dans certaines éditions. « Il a toujours été observé, dans les années de disette, du moins si elle n’est pas extrême, que les pauvres travaillent davantage et qu’ils vivent réellement mieux que dans les années de grande abondance, quand ils se laissent aller à la paresse et à la débauche. J’ai entendu un manufacturier important dire que, en l’année 1740, quand le pain et les provisions de toutes sortes coûtaient très cher, ses ouvriers non seulement avaient changé de mode de vie mais encore qu’ils payaient les dettes qu’ils avaient contractées dans les années précédentes qui avaient été plus favorables et généreuses.

Cette doctrine peut donc être admise jusqu’à un certain degré pour les taxes mais attention aux abus ! Les taxes, comme le besoin, quand elles sont poussées trop loin, détruisent l’activité et engendrent le désespoir ; et même avant d’avoir atteint ce niveau, elles provoquent la hausse des revenus du laboureur et du manufacturier et la hausse du prix de toutes les marchandises. Un législateur attentif et désintéressé remarquera le point où le gain cesse et où le préjudice commence mais, comme le caractère contraire est beaucoup plus courant, il faut craindre que des taxes se multiplient dans toute l’EUROPE au point d’écraser tout art et toute activité, même si, peut-être, leur augmentation, avec d’autres circonstances, aura pu d’abord contribuer à l’accroissement de ces avantages. »

[2]              Ce terme ne doit pas être pris dans un sens trop étroit. Il s’agit d’un employé de manufacture. La traduction « ouvrier » serait possible. (NdT)

[3]          Tis always observed, in years of scarcity, if it be not extreme, that the poor labour more, and really live better, than in years of great plenty, when they indulge themselves in idleness and riot. I have been told, by a considerable manufacturer, that in the year 1740, when bread and provisions of all kinds were very dear, his workmen not only made a shift to live, but paid debts, which they had contracted in former years, that were much more favourable and abundant.

This doctrine, therefore, with regard to taxes, may be admitted in some degree : but beware of the abuse. Exorbitant taxes, like extreme necessity, destroy industry, by producing despair; and even before they reach this pitch, they raise the wages of the labourer and manufacturer, and heighten the price of all commodities. An attentive disinterested legislature, will observe the point when the emolument ceases, and the prejudice begins: But as the contrary character is much more common, it is to be feared that taxes, all over EUROPE, are multiplying to such a degree, as will intirely crush all art and industry; though, perhaps, their first increase, together with other circumstances, might have contributed to the growth of these advantages.