PHILOTRADavid Hume

Essai sur l’amour et le mariage

Traduit par Philippe Folliot (2007)
professeur au lycée Jehan Ango de Dieppe

 

 De

 

OF LOVE AND MARRIAGE

in

Essays, Moral and Political

Edinburgh, 1741.
Un volume.



 

 

 

 

La traduction

Le texte anglais

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Essai sur l’amour et la mariage [1]

 

 

 

 

 

            Je ne sais d’où vient que les femmes sont si portées à prendre mal tout ce qui se dit pour dénigrer le mariage et à toujours considérer une satire contre la vie conjugale comme une satire contre les femmes. Veulent-elles signifier par là qu’elles sont la partie principalement concernée et que, si prévalait dans le monde une répugnance à entrer dans cet état, elles en seraient surtout les victimes ? Où sont-elles conscientes que les malheurs et les échecs du mariage sont dus plus à leur sexe qu’au nôtre ? J’espère qu’elles n’entendent pas confesser l’un de ces points ou même laisser à leur adversaires, les hommes, l’avantage de se permettre d’en avoir le soupçon.

 

            J’ai souvent eu l’idée de me conformer à cette humeur du beau sexe et d’écrire un panégyrique sur le mariage mais, en cherchant les matériaux [pour ce panégyrique], je me suis rendu compte qu’ils semblaient d’une nature si mêlée que, à la fin de mes réflexions, j’étais tout autant disposé à écrire une satire qui aurait pu être placée dans les pages opposées à celles du panégyrique. Et, comme, dans la plupart des cas, on lit plus les satires que les panégyriques, j’aurais fait plus de tort que de bien à leur cause par cet expédient, je le crains. Je sais qu’elles n’attendent pas de moi que je travestisse les faits. Je dois être davantage ami de la vérité qu’ami des femmes si leurs intérêts sont opposés.

 

            Je dirai aux femmes ce dont notre sexe se plaint le plus dans le mariage et, si elles sont disposées à nous satisfaire sur ce point, nous trouverons [bien] un compromis pour tous les autres différends. A moins que je ne me trompe, c’est leur amour de la domination qui est le fondement de la querelle ; mais il est très probable qu’elles pensent que c’est notre propre amour de la domination qui nous fait tant insister sur ce point.  Quoi qu’il en soit, aucune passion ne semble avoir plus d’influence sur les esprits féminins que ce pouvoir et il existe dans l’histoire un exemple remarquable de sa prédominance sur l’unique autre passion susceptible de la contrebalancer. On raconte que toutes les femmes SCYTHES conspirèrent un jour contre les hommes et gardèrent si bien le secret qu’elles exécutèrent leur dessein sans être soupçonnées. Elles surprirent les hommes en train de boire ou de dormir, les enchaînèrent tous solidement et, ayant convoqué un conseil solennel de toutes les femmes, elles débattirent pour savoir quel expédient utiliser pour tirer parti de l’avantage présent et empêcher leur rechute dans l’esclavage. Tuer les hommes n’était pas du goût de la plupart des femmes de l’assemblée malgré les torts subis dans le passé et elles furent contentes de se faire un grand mérite de leur clémence. Elles s’accordèrent donc pour crever les yeux de tous les hommes et renoncer ainsi, dans l’avenir, à la vanité qu’elles pourraient tirer de leur beauté pour asseoir leur autorité. Nous ne devons plus prétendre nous parer et nous exhiber, dirent-elles, mais nous serons ainsi affranchis de l’esclavage. Nous n’entendrons plus de tendres soupirs mais, en retour, nous n’entendrons plus d’ordres impérieux. L’amour doit nous quitter pour toujours mais il emportera avec lui l’assujettissement. [2]

 

            Les femmes étant résolues à mutiler les hommes et les priver de l’un de leurs sens pour les rendre humbles et dépendants, certains considèrent comme un malheur que la suppression de l’ouïe ne pût pas servir leur dessein puisqu’il est probable qu’elles eussent préféré s’en prendre à ce sens plutôt qu’à la vue. Et je pense que les savants s’accordent sur le fait que, dans le mariage, c’est loin d’être un grand inconvénient de perdre le premier sens plutôt que le deuxième. Quoi qu’il en soit, certaines anecdotes modernes nous disent que certaines femmes scythes épargnèrent secrètement les yeux de leur mari, présumant, je suppose, qu’elles pourraient aussi facilement les gouverner par ce sens que sans lui. Mais les hommes furent si incorrigibles et si intraitables que leurs femmes furent obligées, après quelques années, leur jeunesse et leur beauté se fanant, d’imiter l’exemple de leurs sœurs, ce qui n’était pas une tâche difficile dans une situation où le sexe féminin détenait le pouvoir.

 

            Je  ne sais pas si nos dames ECOSSAISES ont hérité quelque chose de cette humeur de leurs ancêtres SCYTHES mais je dois avouer que je suis souvent étonné de voir une femme très contente de prendre pour mari un sot afin de pouvoir le gouverner avec la moindre autorité et qui ne songe pas que ses sentiments, à cet égard, sont encore plus barbares que ceux des femmes SCYTHES dont vous venons de parler, les yeux de l’entendement étant plus précieux que ceux du corps.

 

            Mais, afin d’être juste et de répartir également le blâme, je crains que ce soit la faute de notre sexe si les femmes aiment tant le pouvoir car, si nous n’avions pas abusé de notre autorité, elles n’auraient jamais jugé nécessaire de nous la disputer. Les tyrans, nous le savons, produisent les rebelles et toute l’histoire nous apprend que les rebelles, dès qu’ils l’emportent, deviennent volontiers des tyrans à leur tour. C’est pourquoi je souhaiterais qu’il n’y eût plus, des deux côtés, aucune prétention à l’autorité mais que tout s’accomplît avec une parfaite égalité, comme entre deux membres égaux d’un même corps. Et, pour amener les deux partis à embrasser ces aimables sentiments, je vais vous confier ce que PLATON raconte sur l’origine de l’amour et du mariage. [3]

 

            L’humanité, selon ce philosophe imaginatif, n’était pas, à l’origine, divisée en mâles et femelles comme à présent mais chaque individu était composé des deux sexes et était en lui-même à la fois le mari et la femme fondus en une seule créature vivante. Cette union, sans aucun doute, était très parfaite et les parties s’ajustaient très bien ensemble puisqu’il en résultait une parfaite harmonie entre l’homme et la femme malgré cette obligation d’être des compagnons inséparables. Si grands étaient l’harmonie et le bonheur qui en découlaient que les ANDROGYNES (ainsi les appelait PLATON) ou HOMMES-FEMMES [4] devinrent insolents à force de prospérité et se rebellèrent contre les Dieux. Pour les punir de leur témérité, JUPITER ne trouva pas de meilleur expédient que de séparer la partie mâle de la partie femelle et de faire de ce composé qui était avant si parfait deux êtres imparfaits. De là l’origine de l’homme et de la femme comme créatures distinctes. Mais, malgré cette division, si vif est notre souvenir du bonheur dans nous jouissions dans cet état premier que nous ne pouvons jamais trouver le repos dans cette [nouvelle] situation. Chaque moitié recherche continuellement dans toute l’espèce humaine la moitié dont elle a été séparée et, quand ces deux moitiés se rencontrent, elles se réunissent avec la plus grande tendresse et la plus grande sympathie. Mais il arrive souvent qu’elles se trompent sur ce point, qu’elles prennent pour leur moitié un être qui ne leur correspond pas du tout et que les deux parties ne s’emboîtent pas, ne se joignent pas, comme il est courant dans le cas des fractures. Dans ce cas, l’union est vite dissoute et chaque partie se détache de nouveau pour partir en quête de sa moitié perdue, essayant de se joindre à toutes celles qu’elle rencontre, sans aucun repos, jusqu’au moment où une parfaite sympathie avec sa partenaire montre que ses efforts ont enfin étaient couronnés de succès.

 

            Si j’étais disposé à poursuivre cette fiction de PLATON qui explique d’une manière si agréable l’amour réciproque entre le sexes, je le ferais par l’allégorie suivante.

 

            Quand JUPITER eut séparé le mâle de la femelle et eut réprimé leur orgueil et leur ambition par une opération aussi sévère, il ne put que se repentir de la cruauté de sa vengeance et éprouva de la compassion pour ces pauvres mortels qui étaient désormais incapables de repos ou de tranquillité. Endurant de tels désirs, de telles angoisses et de tels besoins, ils en vinrent à maudire leur création et à juger l’existence elle-même comme une punition. C’est en vain qu’ils avaient recours à d’autres occupations et à d’autres amusements, en vain qu’ils recherchaient tous les plaisirs des sens et tous les raffinements de la raison. Pour remédier à ce désordre et pour donner au moins quelque confort à la race humaine dans cet état de délaissement, JUPITER envoya sur terre AMOUR et HYMENEE pour recueillir les moitiés séparées et les raccommoder de la meilleure façon possible. Ces deux divinités trouvèrent une disposition si prompte chez les hommes à être réunis comme ils l’étaient dans leur premier état que leur ouvrage connut un succès étonnant pendant un certain temps, jusqu’à ce que, finalement, à cause de nombreux accidents malheureux, la dissension apparût entre eux. Le conseiller principal et favori d’HYMENEE était SOUCI, qui emplissait constamment la tête de son patron de projets d’avenir, une situation, une famille, des enfants, des serviteurs, de sorte qu’ils ne regardaient guère autre chose quand ils formaient des couples. D’autre part, AMOUR avait choisi comme favori PLAISIR, qui était un conseilleur aussi pernicieux que SOUCI et qui ne permettait jamais à AMOUR de regarder au-delà de la satisfaction présente et provisoire et du contentement de l’inclination dominante. Ces deux favoris, en peu de temps, devinrent des ennemis irréconciliables et chacun se consacra uniquement à la sape toutes les entreprises de l’autre. A peine AMOUR s’était-il fixé sur deux moitiés qu’il recollait ensemble pour former une union étroite que SOUCI s’insinuait, amenant HYMENEE avec lui, et dissolvait l’union formée par AMOUR en joignant chaque moitié à une autre moitié qu’il avait prévue pour elle. Pour se venger de cela, PLAISIR se glissait auprès d’un couple déjà joint par HYMENEE et, appelant AMOUR à l’aide, ils s’arrangeaient discrètement pour joindre par des liens secrets chaque moitié à une moitié qu’HYMENEE ne connaissait absolument pas. Il ne fallut pas longtemps pour que les pernicieuses conséquences de cela se fissent sentir et ses plaintes s’élevèrent jusqu’au trône de JUPITER qui fut obligé de sommer les fautifs de paraître devant lui pour donner une explication de leurs agissements. Après avoir écouté les deux plaidoiries, il ordonna une réconciliation immédiate entre AMOUR et HYMENEE, seul moyen de rendre l’humanité heureuse et, pour être certain que cette réconciliation serait durable, il les enjoignit de ne jamais réunir des moitiés sans consulter leurs favoris SOUCI et PLAISIR et sans obtenir le consentement des deux pour faire l’union. Si cet ordre est strictement observé, l’ANDROGYNE est parfaitement restauré et la race humaine jouit du même bonheur que celui qu’elle connaissait dans le premier état. La couture qui joint les deux êtres est à peine perceptible et les deux se combinent pour former une créature parfaite et heureuse.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le texte anglais de l’essai

 

 

 

 

I know not whence it proceeds, that women are so apt to take amiss every thing which is said in disparagement of the married state; and always consider a satyr upon matrimony as a satyr upon themselves. Do they mean, that they are the parties principally concerned, and that if a backwardness to enter into that state should prevail in the world, they would be the greatest sufferers? Or, are they sensible, that the misfortunes and miscarriages of the married state are owing more to their sex than to ours? I hope they do not intend to confess either of these two particulars, or to give such an advantage to their adversaries, the men, as even to allow them to suspect it.

 

I have often had thoughts of complying with this humour of the fair sex, and of writing a panegyric upon marriage: But, in looking around for materials, they seemed to be of so mixed a nature, that at the conclusion of my reflections, I found that I was as much disposed to write a satyr, which might be placed on the opposite pages of the panegyric; and I am afraid, that as satyr is, on most occasions, more read than panegyric, I should have done their cause more harm than good by this expedient. To misrepresent facts is what, I know, they will not require of me. I must be more a friend to truth, than even to them, where their interests are opposite.

 

I shall tell the women what it is our sex complains of most in the married state; and if they be disposed to satisfy us in this particular, all the other differences will easily be accommodated. If I be not mistaken, ’tis their love of dominion, which is the ground of the quarrel; tho’ ’tis very likely, that they will think it an unreasonable love of it in us, which makes us insist so much upon that point. However this may be, no passion seems to have more influence on female minds, than this for power; and there is a remarkable instance in history of its prevailing above another passion, which is the only one that can be supposed a proper counterpoise for it. We are told that all the women in SCYTHIA once conspired against the men, and kept the secret so well, that they executed their design before they were suspected. They surprised the men in drink, or asleep; bound them all fast in chains; and having called a solemn council of the whole sex, it was debated what expedient should be used to improve the present advantage, and prevent their falling again into slavery. To kill all the men did not seem to the relish of any part of the assembly, notwithstanding the injuries formerly received; and they were afterwards pleased to make a great merit of this lenity of theirs. It was, therefore, agreed to put out the eyes of the whole male sex, and thereby resign in all future time the vanity which they could draw from their beauty, in order to secure their authority. We must no longer pretend to dress and show, say they; but then we shall be free from slavery. We shall hear no more tender sighs; but in return we shall hear no more imperious commands. Love must for ever leave us; but he will carry subjection along with him.

 

’Tis regarded by some as an unlucky circumstance, since the women were resolved to maim the men, and deprive them of some of their senses, in order to render them humble and dependent, that the sense of hearing could not serve their purpose, since ’tis probable the females would rather have attacked that than the sight: And I think it is agreed among the learned, that, in a married state, ’tis not near so great an inconvenience to lose the former sense as the latter. However this may be, we are told by modern anecdotes, that some of the SCYTHIAN women did secretly spare their husband’s eyes; presuming, I suppose, that they could govern them as well by means of that sense as without it. But so incorrigible and untractable were these men, that their wives were all obliged, in a few years, as their youth and beauty decayed, to imitate the example of their sisters; which it was no difficult matter to do in a state where the female sex had once got the superiority.

 

I know not if our SCOTTISH ladies derive any thing of this humour from their SCYTHIAN ancestors; but I must confess that I have often been surprized to see a woman very well pleased to take a fool for her mate, that she might govern with the less controul; and could not but think her sentiments, in this respect, still more barbarous than those of the SCYTHIAN women above-mentioned; as much as the eyes of the understanding are more valuable than those of the body.

 

But to be just, and to lay the blame more equally, I am afraid it is the fault of our sex, if the women be so fond of rule, and that if we did not abuse our authority, they would never think it worth while to dispute it. Tyrants, we know, produce rebels; and all history informs us, that rebels, when they prevail, are apt to become tyrants in their turn. For this reason, I could wish there were no pretensions to authority on either side; but that every thing was carried on with perfect equality, as between two equal members of the same body. And to induce both parties to embrace those amicable sentiments, I shall deliver to them PLATO’S account of the origin of love and marriage.

 

Mankind, according to that fanciful philosopher, were not, in their original, divided into male and female, as at present; but each individual person was a compound of both sexes, and was in himself both husband and wife, melted down into one living creature. This union, no doubt, was very intire, and the parts very well adjusted together, since there resulted a perfect harmony betwixt the male and female, altho’ they were obliged to be inseparable companions. And so great were the harmony and happiness flowing from it, that the ANDROGYNES (for so PLATO calls them) or MEN-WOMEN, became insolent upon their prosperity, and rebelled against the Gods. To punish them for this temerity, JUPITER could contrive no better expedient, than to divorce the male-part from the female, and make two imperfect beings of the compound, which was before so perfect. Hence the origin of men and women, as distinct creatures. But notwithstanding this division, so lively is our remembrance of the happiness which we enjoyed in our primæval state, that we are never at rest in this situation; but each of these halves is continually searching thro’ the whole species to find the other half, which was broken from it: And when they meet, they join again with the greatest fondness and sympathy. But it often happens, that they are mistaken in this particular; that they take for their half what no way corresponds to them; and that the parts do not meet nor join in with each other, as is usual in fractures. In this case the union is soon dissolved, and each part is set loose again to hunt for its lost half, joining itself to every one whom it meets, by way of trial, and enjoying no rest till its perfect sympathy with its partner shews, that it has at last been successful in its endeavours.

 

Were I disposed to carry on this fiction of PLATO, which accounts for the mutual love betwixt the sexes in so agreeable a manner, I would do it by the following allegory.

 

When JUPITER had separated the male from the female, and had quelled their pride and ambition by so severe an operation, he could not but repent him of the cruelty of his vengeance, and take compassion on poor mortals, who were now become incapable of any repose or tranquillity. Such cravings, such anxieties, such necessities arose, as made them curse their creation, and think existence itself a punishment. In vain had they recourse to every other occupation and amusement. In vain did they seek after every pleasure of sense, and every refinement of reason. Nothing could fill that void, which they felt in their hearts, or supply the loss of their partner, who was so fatally separated from them. To remedy this disorder, and to bestow some comfort, at least, on the human race in their forlorn situation, JUPITER sent down LOVE and HYMEN to collect the broken halves of human kind, and piece them together in the best manner possible. These two deities found such a prompt disposition in mankind to unite again in their primæval state, that they proceeded on their work with wonderful success for some time; till at last, from many unlucky accidents, dissension arose betwixt them. The chief counsellor and favourite of HYMEN was CARE, who was continually filling his patron’s head with prospects of futurity; a settlement, family, children, servants; so that little else was regarded in all the matches they made. On the other hand, LOVE had chosen PLEASURE for his favourite, who was as pernicious a counsellor as the other, and would never allow LOVE to look beyond the present momentary gratification, or the satisfying of the prevailing inclination. These two favourites became, in a little time, irreconcileable enemies, and made it their chief business to undermine each other in all their undertakings. No sooner had LOVE fixed upon two halves, which he was cementing together, and forming to a close union, but CARE insinuates himself, and bringing HYMEN along with him, dissolves the union produced by love, and joins each half to some other half, which he had provided for it. To be revenged of this, PLEASURE creeps in upon a pair already joined by HYMEN; and calling LOVE to his assistance, they underhand contrive to join each half by secret links, to halves, which HYMEN was wholly unacquainted with. It was not long before this quarrel was felt in its pernicious consequences; and such complaints arose before the throne of JUPITER, that he was obliged to summon the offending parties to appear before him, in order to give an account of their proceedings. After hearing the pleadings on both sides, he ordered an immediate reconcilement betwixt LOVE and HYMEN, as the only expedient for giving happiness to mankind: And that he might be sure this reconcilement should be durable, he laid his strict injunctions on them never to join any halves without consulting their favourites CARE and PLEASURE, and obtaining the consent of both to the conjunction. Where this order is strictly observed, the ANDROGYNE is perfectly restored, and the human race enjoy the same happiness as in their primæval state. The seam is scarce perceived that joins the two beings; but both of them combine to form one perfect and happy creature.

 

 



[1]              Hume écrit à Adam Smith, le 24 septembre 1752 : « I am just now diverted for a Moment by correcting my Essays moral and political, for a new Edition. If any thing occur to you to be inserted or retrench’d, I shall be obligd to you for the Hint. In case you shou’d not have the last Edition by you, I shall send you a Copy of it. In that Edition, I was engag’d to act contrary to my Judgement in retaining the 6th and 7th Essays, which I had resolv’d to throw out, as too frivolous for the rest, and not very agreeable neither even in that trifling manner: But Millar, my Bookseller, made such Protestations against it, and told me how much he had heard them praisd by the best Judges; that the Bowels of a Parent melted, and I preserv’d them alive.” L’essai sur l’amour et le mariage a été retiré de l’édition de 1760 avec trois autres essais. C’est donc, comme l’indique cet extrait, à la demande d’Andrew Millar que l’essai a été conservé jusqu’à cette date. (NdT)

[2]              Hérodote  se contente de dire que les Scythes crevaient les yeux de leurs esclaves (Histoires, IV,II), ce que répètent de nombreux auteurs, Montaigne, Montesquieu, Voltaire, etc., mais je n’ai pas trouvé la source humienne. S’agit-il d’ailleurs des Scythes ou des Sauromates ? En tout cas, Hérodote signale la soumission des femmes scythes par la bouche des Amazones (Histoires, IV,CXIV).

[3]          Il s’agit évidemment du Discours d’Aristophane dans le Banquet de Platon : « Jadis la nature humaine était bien différente de ce qu'elle est aujourd'hui. D'abord il y avait trois sortes d'hommes : les deux sexes qui subsistent encore, et un troisième composé de ces deux-là ; il a été détruit, la seule chose qui en reste c'est le nom. Cet animal formait une espèce particulière et s'appelait androgyne, parce qu'il réunissait le sexe masculin et le sexe féminin ; mais il n'existe plus, et son nom est en opprobre.

En second lieu, tous les hommes présentaient la forme ronde ; ils avaient le dos et les côtes rangés en cercle, quatre bras, quatre jambes, deux visages attachés à un cou orbiculaire, et parfaitement semblables ; une seule tête qui réunissait ces deux visages opposés l'un à l'autre ; quatre oreilles, deux organes de la génération, et le reste dans la même proportion. Ils marchaient tout droits, comme nous, et sans avoir besoin de se tourner pour prendre tous les chemins qu'ils voulaient. Quand ils voulaient aller plus vite, ils s'appuyaient successivement sur leurs huit membres, et s'avançaient rapidement par un mouvement circulaire, comme ceux qui, les pieds en l'air, font la roue. La différence qui se trouve entre ces trois espèces d'hommes vient de la différence de leurs principes. Le sexe masculin est produit par le soleil, le féminin par la terre ; et celui qui est composé des deux autres par la lune, qui participe de la terre et du soleil. Ils tenaient de ces principes leur forme et leur manière de se mouvoir, qui est sphérique.

Leurs corps étaient robustes et vigoureux et leurs courages élevés ; ce qui leur inspira l'audace de monter jusqu'au ciel et de combattre contre les dieux, ainsi qu'Homère l'écrit d'Ephialtès et d'Otus, Jupiter examina avec les dieux le parti qu'il fallait prendre. L'affaire n'était pas sans difficulté : les dieux ne voulaient pas anéantir les hommes, comme autrefois les géants, en les foudroyant, car alors le culte et les sacrifices que les hommes leur offraient auraient disparu ; mais, d'un autre côté, ils ne pouvaient souffrir une telle insolence.

Enfin, après de longues réflexions, Jupiter s'exprima en ces termes : « Je crois avoir trouvé, dit-il, un moyen de conserver les hommes et de les rendre plus retenus, c'est de diminuer leurs forces. Je les séparerai en deux par là, ils deviendront faibles ; et nous aurons encore un autre avantage, ce sera d'augmenter le nombre de ceux qui nous servent : ils marcheront droits, soutenus de deux jambes seulement ; et si, après cette punition, ils conservent leur audace impie et ne veulent pas rester en repos, je les séparerai de nouveau, et ils seront réduits à marcher sur un seul pied, comme ceux qui dansent sur des outres à la fête de Bacchus. »

Après cette déclaration, le dieu fit la séparation qu'il venait de résoudre ; et il la fit de la manière que l'on coupe les oeufs lorsqu'on veut les saler, ou qu'avec un cheveu on les divise en deux parties égales. Il commanda ensuite à Apollon de guérir les plaies, et de placer le visage et la moitié du cou du côté où la séparation avait été faite : afin que la vue de ce châtiment les rendît plus modestes. Apollon mit le visage du côté indiqué, et ramassant les peaux coupées sur ce qu'on appelle aujourd'hui le ventre, il les réunit à la manière d'une bourse que l'on ferme, n'y laissant au milieu qu'une ouverture qu'on appelle nombril. Quant aux autres plis, qui étaient en très-grand nombre, il les polit, et façonna la poitrine avec un instrument semblable à celui dont se servent les cordonniers pour polir le cuir des souliers sur la forme, et laissa seulement quelques plis sur le ventre et le nombril, comme des souvenirs de l'ancien châtiment. Cette division étant faite, chaque moitié cherchait à rencontrer celle dont elle avait été séparée ; et, lorsqu'elles se trouvaient toutes les deux, elles s'embrassaient et se joignaient avec une telle ardeur, dans le désir de rentrer dans leur ancienne unité, qu'elles périssaient dans cet embrassement de faim et d'inaction, ne voulant rien faire l'une sans l'autre. Quand l'une des deux moitiés périssait, celle qui subsistait en cherchait une autre, à laquelle elle s'unissait de nouveau, soit que ce fût la moitié d'une femme entière, ce que nous appelons maintenant une femme, soit que ce fût une moitié d'homme : et ainsi la race allait s'éteignant.

Jupiter, ému de pitié, imagine un autre expédient : il met par-devant les organes de la génération, car auparavant ils étaient par derrière : on concevait et l'on répandait la semence, non l'un dans l'autre, mais à terre, comme les cigales. Jupiter mit donc les organes par-devant, et, de cette manière, la conception se fit par la conjonction du mâle et de la femelle. Alors si l'union se trouvait avoir lieu entre l'homme et la femme, des enfants en étaient le fruit, et, si le mâle venait à s'unir au mâle, la satiété les séparait bientôt, et les renvoyait à leurs travaux et aux autres soins de la vie.

De là vient l'amour que nous avons naturellement les uns pour les autres : il nous ramène à notre nature primitive, il fait tout pour réunir les deux moitiés et pour nous rétablir dans notre ancienne perfection. Chacun de nous n'est donc qu'une moitié d'homme qui a été séparée de son tout de la même manière qu'on coupe une sole en deux. Ces moitiés cherchent toujours leurs moitiés. Les hommes qui proviennent de la séparation de ces êtres composés qu'on appelait androgynes aiment les femmes ; et la plupart des adultères appartiennent à cette espèce, à laquelle appartiennent aussi les femmes qui aiment les hommes et violent les lois de l'hymen. Mais les femmes qui proviennent de la séparation des femmes primitives ne font pas grande attention aux hommes, et sont plus portées vers les femmes : à cette espèce appartiennent les tribades. De même, les hommes qui proviennent de la séparation des hommes primitifs recherchent le sexe masculin. Tant qu'ils sont jeunes, ils aiment les hommes : ils se plaisent à coucher avec eux et à être dans leurs bras : ils sont les premiers parmi les adolescents et les adultes, comme étant d'une nature beaucoup plus mâle. C'est bien à tort qu'on les accuse d'être sans pudeur, car ce n'est pas faute de pudeur qu'ils agissent ainsi ; c'est parce qu'ils ont une âme forte, un courage mâle et un caractère viril qu'ils recherchent leurs semblables : et ce qui le prouve, c'est qu'avec l'âge ils se montrent plus propres que les autres à servir l'Etat. Devenus hommes, à leur tour ils aiment les jeunes gens ; et s'ils se marient, s'ils ont des enfants, ce n'est pas que la nature les y porte, c'est que la loi les y contraint. Ce qu'ils aiment, c'est de passer leur vie les uns avec les autres dans le célibat. Que les hommes de ce caractère aiment ou soient aimés, leur unique but est de se réunir à qui leur ressemble. Lorsqu'il arrive à celui qui aime les jeunes gens ou à tout autre de rencontrer sa moitié, la sympathie, l'amitié, l'amour les saisit l'un et l'autre d'une manière si merveilleuse qu'ils ne veulent plus en quelque sorte se séparer, fût-ce pour un moment. Ces mêmes hommes, qui passent toute la vie ensemble, ils ne sauraient dire ce qu'ils veulent l'un de l'autre ; car, s'ils trouvent tant de douceur à vivre de la sorte, il ne paraît pas que les plaisirs des sens en soient la cause. Evidemment leur âme désire quelque autre chose qu'elle ne peut exprimer, mais qu'elle devine et qu'elle donne à entendre. Et quand ils sont couchés dans les bras l'un de l'autre, si Vulcain, leur apparaissant avec les instruments de son art, leur disait : « O hommes, qu'est-ce que vous demandez réciproquement ? » et que, les voyant hésiter, il continuât à les interroger ainsi : « Ce que vous voulez, n'est-ce pas d'être tellement unis ensemble que ni jour ni nuit vous ne soyez jamais l'un sans l'autre ? Si c'est là ce que vous désirez, je vais vous fondre et vous mêler de telle façon que vous ne serez plus deux personnes, mais une seule, et que, tant que vous vivrez, vous vivrez d'une vie commune, comme une seule personne, et que, quand vous serez morts, là aussi, dans la mort, vous serez réunis de manière à ne pas faire deux personnes, mais une seule. Voyez donc encore une fois si c'est là ce que vous désirez, et ce qui peut vous rendre parfaitement heureux ? » oui, si Vulcain leur tenait ce discours, il est certain qu'aucun d'eux ne refuserait ni ne répondrait qu'il désire autre chose, persuadé qu'il vient d'entendre exprimer ce qui de tout temps était au fond de son âme : le désir d'être uni et confondu avec l'objet aimé de manière à ne plus former qu'un seul être avec lui. La cause en est que notre nature primitive était une, et que nous étions un tout complet. On donne le nom d'amour au désir et à la poursuite de cet ancien état. » (Traduction française Dacier & Grou, révisée et augmentée de notes par A. Saisset (1892)) (NdT)

[4]              On remarque que Hume ne dit rien des hommes-hommes et des femmes-femmes alors que le récit platonicien expliquait ainsi l’amour homosexuel. (NdT)