PHILOTRADavid Hume

 

Essai sur le contrat originel

Traduit par Philippe Folliot (avril 2008)
Professeur de Philosophie au lycée Jehan Ango de Dieppe

 

 De

 

OF THE ORIGINAL CONTRACT

in

Three Essays, Moral and Political

1 volume

Edinburgh, A. Kincaid

1748

 

 

La traduction

Le texte anglais

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Essai sur le contrat originel

Traduction de Philippe Folliot

 

 

 

 

            Comme aucun parti, à notre époque, ne peut se maintenir correctement sans un système de principes philosophiques ou spéculatifs lié à son système politique ou pratique, nous trouvons par conséquent que chacune des factions entre lesquelles cette nation est divisée a érigé un système du premier genre afin de protéger et de couvrir le plan d’actions qu’il poursuit. Le peuple étant communément un bâtisseur très grossier, surtout quand il faut bâtir de façon spéculative et plus encore quand il est mu par un esprit partisan, il est naturel d’imaginer que son édifice doit être mal fait et révéler des marques évidentes de la violence et de la précipitation avec lesquelles il a été bâti. L’un des partis, en faisant remonter le gouvernement à la Divinité, s’efforce de le rendre si sacré et si inviolable qu’il faut être rien moins que sacrilège pour oser toucher ou modifier le moindre de ses articles, quand bien même il deviendrait tyrannique. L’autre parti, en fondant entièrement le gouvernement sur le consentement du peuple, suppose qu’existe une sorte de contrat originel par lequel les sujets se sont tacitement réservé le pouvoir de résister à leur souverain quand ils s’aperçoivent qu’ils sont lésés par cette autorité qu’ils lui ont volontairement confiée pour certaines fins. Ce sont là les principes spéculatifs des deux partis et ce sont aussi les conséquences pratiques qui en sont déduites.

 

            J’oserai affirmer que ces deux systèmes de principes spéculatifs sont justes mais pas dans le sens entendu par les partis et que ces deux plans de conséquences pratiques sont prudents mais pas jusqu’aux extrêmes où chaque parti, en s’opposant à l’autre, s’efforce de les amener.

 

            Que la Divinité soit l’ultime auteur de tout gouvernement, cela ne saurait être nié par ceux qui admettent une providence générale et qui reconnaissent que tous les événements de l’univers sont conduits par un plan uniforme et dirigés vers de sages fins. Comme il est impossible que la race humaine subsiste, du moins dans un état sûr et confortable, sans la protection du gouvernement, cette institution doit certainement avoir été prévue par cet Etre bienfaisant qui vise le bien de toutes ses créatures. Comme, dans les faits, des gouvernements ont été créés dans tous les pays et à toutes les époques, nous pouvons conclure avec une certitude encore plus grande qu’ils ont été prévus par cet Etre omniscient que les événements et les opérations ne peuvent jamais tromper. Mais, puisque la Divinité a donné naissance au gouvernement non par une intervention particulière et miraculeuse mais par une efficacité cachée et universelle, un souverain ne saurait sans impropriété être appelé son vicaire ou alors il faut le dire comme on dit que tout pouvoir ou toute force qui en dérive agit par sa commission. Tout ce qui arrive dans les faits est compris dans le plan général ou l’intention de la Providence et, pour cela, le prince le plus grand et le plus légitime n’a aucune raison de revendiquer une autorité particulière, plus sacrée ou plus inviolable que celle d’un magistrat inférieur ou même d’un usurpateur, d’un voleur ou d’un pirate. Le même superintendant divin qui, en vue de sages fins, a investi d’une autorité un Titus ou un Trajan [1] a aussi, pour des fins sans doute également sages même si elles sont inconnues, donné le pouvoir à un Borgia ou un Angria. Les mêmes causes qui donnèrent naissance au pouvoir souverain dans chaque Etat établissent de la même façon toute juridiction mineure ou toute autorité limitée. Donc, un agent de police agit tout autant qu’un roi par une commission divine et possède un droit indéfectible.

 

            Tous les hommes sont quasiment égaux en force corporelle et même en facultés et pouvoirs mentaux tant que ces derniers n’ont pas été cultivés par l’éducation. En considérant cela, nous devons nécessairement reconnaître que rien, sinon leur propre consentement, n’a pu faire qu’ils s’associent et s’assujettissent à une autorité. Si nous remontons jusqu’à la première origine du gouvernement dans les bois et les déserts, le peuple est la source de tout pouvoir et de toute juridiction et c’est volontairement, par souci de la paix ou de l’ordre, que les hommes abandonnent leur liberté naturelle et reçoivent des lois de leurs égaux et de leurs compagnons. Les conditions sous lesquelles ils acceptèrent de se soumettre soit furent exprimées, soit furent si claires et si évidentes qu’on estima superflu de les exprimer. Si c’est là ce qu’on entend par contrat originel, alors on ne peut nier que tout gouvernement se forme au début sur un contrat et que les plus anciennes et grossières associations se soient formées principalement sur ce principe. Il est vain de nous demander dans quelle archive se trouve consignée cette charte de nos libertés. Elle ne fut pas écrite sur un parchemin ni sur les feuilles ou les troncs des arbres. Elle précède l’usage de l’écriture et de tous les autres arts de la vie civilisée. Mais nous la repérons clairement dans la nature de l’homme et dans l’égalité – [ou quelque chose qui s’en approche] [2] – que nous trouvons entre tous les individus de cette espèce. La force qui prévaut aujourd’hui et qui se fonde sur les flottes et les armées est manifestement politique et dérive d’une autorité qui est l’effet d’un gouvernement établi. La force naturelle d’un homme consiste seulement en la vigueur de ses membres et en la fermeté de son courage et elle n’aurait jamais pu assujettir des multitudes au commandement d’un seul. Il n’y a que leur propre consentement et leur sentiment des avantages résultant de la paix et de l’ordre qui aient pu avoir cette influence.

 

            Mais ce consentement fut longtemps très imparfait et ne put être la base d’une administration régulière. Le chef, qui avait probablement acquis son influence pendant la durée de la guerre, gouvernait plus par persuasion que par commandement et, tant qu’il put employer la force pour réduire les réfractaires et les insoumis, on ne pouvait guère dire que la société avait atteint l’état d’un gouvernement civil. Il est évident que la soumission générale ne s’obtenait pas expressément par convention ou accord, une idée très éloignée de la compréhension des sauvages. Chaque exercice d’autorité du chef a certainement été particulier et sollicité par les urgences de la situation présente. L’utilité sensible qui résultait de ses interventions fit que cet exercice de l’autorité devint chaque jour plus fréquent et cette fréquence produisit peu à peu une habitude ou, s’il vous plaît de l’appeler ainsi, un acquiescement volontaire et donc précaire du peuple.

 

            Mais les philosophes qui ont embrassé un parti (s’il n’y a pas contradiction dans les termes) ne sont pas satisfaits de ces concessions. Ils affirment non seulement que le gouvernement, dans sa première enfance, est né du consentement des hommes, ou plutôt de leur acquiescement volontaire mais aussi que, même à présent, alors qu’il a atteint sa pleine maturité, il ne repose sur aucun autre fondement. Ils affirment que tous les hommes naissent encore égaux et ne doivent allégeance à aucun prince ni gouvernement, à moins qu’ils ne soient tenus par l’obligation et la sanction d’une promesse. Et, comme aucun homme, sans quelque équivalent, ne renoncerait aux avantages de sa liberté naturelle, il faut toujours entendre que la promesse est conditionnelle et n’impose à un homme une obligation que s’il trouve chez son souverain justice et protection. Ces avantages, le souverain les lui promet en retour et, s’il manque à son exécution, il a rompu, pour sa part, les termes de l’engagement et a ainsi libéré son sujet de toute obligation d’allégeance. Tel est, selon ces philosophes, le fondement de l’autorité de tout gouvernement et tel est le droit de résistance que possède tout sujet.

 

            Mais, si ces raisonneurs parcouraient le monde de leur regard, ils ne trouveraient pas la moindre chose qui corresponde à leurs idées ou puisse justifier un système si subtil et si philosophique. Au contraire, nous trouvons partout des princes qui prétendent que leurs sujets sont leur propriété et qui affirment un droit indépendant de souveraineté, qu’il ait été acquis par la conquête ou par une succession. Nous trouvons aussi partout des sujets qui reconnaissent le droit de leur prince et qui admettent qu’ils sont autant tenus par naissance d’obéir à un certain souverain qu’ils le sont envers leurs parents par les liens du respect et du devoir. En Perse et en Chine, en France et en Espagne, et même en Hollande et en Angleterre, partout où les doctrines ci-dessus mentionnées n’ont pas été soigneusement inculquées, ces liens sont toujours conçus comme étant également indépendants de notre consentement. L’obéissance et la sujétion sont devenues si familières que la plupart des hommes ne font pas plus de recherches sur leur origine ou leur cause qu’ils n’en font sur le principe de gravité ou de résistance ou sur la plupart des lois universelles de la nature. Si jamais ils en avaient la curiosité, dès qu’ils apprendraient qu’eux-mêmes et leurs ancêtres, depuis de nombreuses générations ou depuis un temps immémorial, ont été assujettis à telle forme de gouvernement ou à telle famille, ils acquiesceraient immédiatement et reconnaîtraient leur devoir d’allégeance. Dans la plupart des pays, si vous prêchiez que ces liens politiques se fondent entièrement sur un consentement volontaire ou sur une promesse mutuelle, le magistrat vous ferait rapidement emprisonner comme un séditieux pour avoir relâché les liens de l’obéissance ; du moins si vos amis ne vous ont pas encore fait enfermer comme fou pour avoir avancé de telles absurdités. Il est étrange qu’un acte de l’esprit que tout individu est supposé avoir formé, et aussi arrivé à l’âge de raison – sinon cet acte n’aurait aucune autorité – qu’un tel acte, dis-je, soit inconnu de tous et qu’il n’en reste guère la trace ou la mémoire sur toute la surface de la terre.

 

            Mais, dit-on, le contrat sur lequel se fonde le gouvernement est le contrat originel et, par conséquent, on peut le supposer trop ancien pour qu’il tombe sous la connaissance de la génération actuelle. S’il faut entendre par là l’accord par lequel les sauvages s’associèrent à l’origine et unirent leurs forces, on reconnaît que c’est une réalité mais, étant si ancien et étant désormais effacé par mille changements de gouvernements et de princes, on ne peut supposer qu’il ait encore conservé son autorité. Pour dire quelque chose en ce sens, nous devons affirmer que tout gouvernement particulier et légitime qui impose aux sujets un devoir d’allégeance fut d’abord fondé sur un consentement et un contrat volontaire. Mais, outre qu’il faut admettre que le consentement des pères lie aussi les enfants, même jusqu’aux plus lointaines générations (ce que les auteurs républicains n’admettront jamais), outre cela, dis-je, cette affirmation n’est justifiée par l’histoire ou l’expérience d’aucune époque et d’aucun pays de la terre.

 

            Presque tous les gouvernements qui existent à présent ou qui ont laissé des traces dans l’histoire se sont originellement fondés sur l’usurpation ou la conquête ou sur les deux sans qu’il y ait eu un consentement équitable ou un assujettissement volontaire du peuple. Quand un homme hardi et habile se trouve à la tête d’une armée ou d’une faction, il lui est souvent facile d’employer la violence ou de faux prétextes pour établir son empire sur un peuple cent fois plus nombreux que ses partisans. Il ne permet aucune communication libre pour que ses ennemis ne puissent pas savoir avec certitude sa force et le nombre de ses partisans. Il ne leur laisse pas le loisir de s’assembler en un corps pour s’opposer à lui. Même tous ceux qui sont les instruments de son usurpation peuvent souhaiter sa perte mais parmi eux, les uns ne connaissent pas les intentions des autres, ce qui les fait demeurer dans la crainte, et c’est là la seule raison de sa sécurité. Par de tels artifices, de nombreux gouvernements ont été établis et c’est là tout le contrat originel dont ils peuvent se vanter.

 

            La face de la terre change constamment, les petits royaumes deviennent de grands empires, les grands empires se dissolvent en petits empires, des colonies s’implantent, des tribus migrent. Découvre-t-on autre chose que la force et la violence dans ces événements ? Où est donc l’accord mutuel ou l’association volontaire dont on parle tant ?

 

            Même la façon la plus douce par laquelle une nation peut recevoir un maître étranger, le mariage ou le testament, n’est pas extrêmement honorable pour le peuple car cela suppose qu’on dispose de lui comme d’une dot ou d’un héritage, selon le bon plaisir ou l’intérêt du souverain.

 

            Mais, quand aucune force ne s’interpose et qu’une élection a lieu, à quoi ressemble cette élection dont on se vante tant ? C’est soit la combinaison de quelques grands qui décident pour l’ensemble et ne tolèrent aucune opposition, soit la fureur d’une multitude qui suit un meneur séditieux qui n’est peut-être connu que d’une douzaine de ses partisans et qui ne doit sa promotion qu’à son impudence personnelle ou au caprice momentané de ses compagnons.

 

            Ces élections déréglées, qui sont d’ailleurs rares, ont-elles une si puissante autorité pour être le seul fondement légitime de tout gouvernement et de toute allégeance ?

 

            En réalité, il n’est pas de plus terrible événement que la dissolution du gouvernement qui donne la liberté à la multitude et fait que la détermination ou le choix d’un nouvel établissement dépend d’un nombre de voix qui approche presque celui du corps du peuple car il ne correspond jamais entièrement à sa totalité. Tout homme avisé souhaite alors voir arriver à la tête d’une armée puissante et fidèle un général qui puisse rapidement s’emparer du trophée et donner au peuple le maître qu’il a été incapable de choisir par lui-même. Ainsi les faits et la réalité correspondent bien peu aux notions philosophiques.

 

            Que ce qui fut établi lors de la Révolution ne nous trompe pas et ne nous fasse pas aimer l’origine philosophique du gouvernement au point d’imaginer que toutes les autres origines sont monstrueuses ou irrégulières. Même cet événement fut loin de correspondre à ces idées raffinées. Ce fut seulement la succession – et cela seulement dans la partie monarchique du gouvernement – qui fut alors changée et seule une majorité parmi sept cents personnes décida de ce changement pour près de dix millions d’hommes. Je ne doute d’ailleurs pas que l’ensemble de ces dix millions aient volontiers accepté ce choix. Mais, de toute façon, les laissa-t-on choisir ? Ne décida-t-on pas, à ce moment, que la question était réglée et que tout homme qui refuserait de se soumettre au nouveau souverain serait puni ? Comment, autrement, aurait-on pu mener cette affaire à son terme ?

 

            La république d’Athènes fut, je crois, la démocratie la plus étendue que nous puissions trouver dans l’histoire. Pourtant, si nous exceptons les femmes, les esclaves et les étrangers, nous constatons que les institutions furent faites et les lois votées par moins d’un dixième des hommes qui étaient tenus d’obéir au gouvernement, sans mentionner les îles et les possessions étrangères que les Athéniens revendiquaient comme leurs par droit de conquête. Et, comme il est bien connu que les assemblées populaires de cette cité étaient toujours pleines de licence et de désordres malgré les lois et les institutions qui les empêchaient, imaginez quels désordres connaîtraient ces assemblées qui ne feraient pas partie de la constitution établie mais se réuniraient dans le tumulte de la dissolution de l’ancien gouvernement pour en ériger un nouveau ! N’est-il pas chimérique de parler de choix en de telles circonstances ?

 

            Les Achéens jouirent de la plus libre et de la plus parfaite démocratie de toute l’antiquité et, pourtant, dit Polybe, ils employèrent la force pour obliger certaines cités à entrer dans leur ligue [3]

 

            Henri IV et Henri VII d’Angleterre, en réalité, n’avaient aucun autre titre pour régner que l’élection du parlement. Ils ne voulurent cependant jamais le reconnaître de peur d’affaiblir par là leur autorité. N’est-ce pas là une chose étrange si le seul fondement réel de toute autorité est le consentement ou la promesse ?

 

            Il est vain de dire que tous les gouvernements sont à l’origine fondés sur le consentement populaire, ou doivent l’être pour autant que la nécessité des affaires humaines le permet (ce qui renforce tout à fait ce que j’avance). Je soutiens que les affaires humaines ne permettent jamais ce consentement et rarement l’apparence de ce consentement. C’est la conquête ou l’usurpation, c’est-à-dire, en termes clairs, la force, qui détruit les anciens gouvernements et est à l’origine de presque tous les nouveaux qui ont été établis dans le monde. Dans les quelques cas où semble être intervenu un consentement, il fut communément si irrégulier, si limité ou si mêlé de fraude ou de violence, qu’il ne saurait avoir une grande autorité.

 

            Mon intention n’est pas ici de refuser que le consentement du peuple soit un juste fondement du gouvernement. Quand il a lieu, il est sûrement le fondement le meilleur et le plus sacré. Je me contente de dire qu’il a rarement lieu partiellement et presque jamais totalement et que, par conséquent, il faut admettre quelque autre fondement du gouvernement.

 

            Si les hommes avaient un souci de la justice assez inflexible pour s’abstenir de toucher aux biens d’autrui, ils seraient restés pour toujours dans un état d’absolue liberté sans se soumettre à un magistrat ou une société politique mais c’est là un état de perfection dont la nature humaine est jugée incapable. De même, si tous les hommes possédaient un entendement assez parfait pour toujours connaître leur propre intérêt, ils ne se seraient soumis qu’à une forme de gouvernement qui aurait été établie par consentement et qui aurait été pleinement examinée par tous les membres de la société. Mais cet état de perfection est encore plus au-delà de la nature humaine. La raison, l’histoire et l’expérience nous montrent que toutes les sociétés politiques ont eu une origine beaucoup moins précise et régulière. Si l’on devait choisir une période où l’avis du peuple est le moins pris en compte, ce serait précisément pendant l’établissement d’un nouveau gouvernement. Quand la constitution est établie, on tient davantage compte de l’inclination du peuple mais, dans la fureur des révolutions, des conquêtes et des convulsions publiques, c’est la force militaire ou l’art [4] politique qui décide de la controverse.

 

            Quand un nouveau gouvernement est établi, quel que soit le moyen, le peuple est communément mécontent et il obéit plus par crainte et par nécessité que par l’idée d’allégeance ou d’obligation morale. Le prince est méfiant et jaloux et il doit se protéger soigneusement de tout début ou de toute apparence d’insurrection. Le temps, insensiblement, éloigne toutes ces difficultés et accoutume le peuple à considérer comme un prince légitime ou naturel celui qu’il avait d’abord regardé comme un usurpateur ou un conquérant étranger. Afin d’établir cette opinion, le peuple n’a pas recours à l’idée d’un consentement volontaire ou d’une promesse qui, il le sait, n’a jamais dans ce cas été attendu ou réclamé. Le gouvernement fut à l’origine établi par la violence et il a fallu s’y soumettre par nécessité. L’administration qui a suivi s’est aussi maintenue par la force et le peuple l’a acceptée non par choix mais par obligation. Le peuple n’imagine pas que son consentement donne un titre à son prince mais il l’accepte volontiers parce qu’il pense qu’il a acquis ce titre par longue possession indépendamment de son choix ou de son inclination.

 

            Dira-t-on que, vivant sous la domination d’un prince qu’il peut quitter, chaque individu a donné un consentement tacite à son autorité et lui a promis tacitement obéissance. On peut répondre qu’un tel consentement implicite ne peut exister que si un homme imagine que la chose dépend de son choix. Mais, s’il pense (et c’est le cas de tous les hommes nés sous un gouvernement établi) que, par naissance, il doit allégeance à un certain prince ou à une certaine forme de gouvernement, il serait absurde d’inférer un consentement ou un choix auquel, dans ce cas, il renoncerait expressément.

 

            Pouvons-nous sérieusement dire qu’un pauvre paysan ou un pauvre artisan a le libre choix de quitter son pays quand il ne connaît aucune langue étrangère, qu’il ne connaît pas les mœurs des autres pays et vit au jour le jour de ses maigres revenus ? Nous pouvons aussi bien dire qu’un homme qu’on a embarqué pendant son sommeil consent librement à la domination du maître du navire en demeurant à bord alors que, s’il veut le quitter, il doit sauter dans l’océan et périr.

 

            Qu’en serait-il si un prince interdisait à ses sujets de quitter son empire, comme ce fut le cas à l’époque de Tibère où un chevalier romain fut regardé comme criminel parce qu’il avait tenté de fuir chez les Parthes pour échapper à la tyrannie de cet empereur et comme ce fut aussi le cas pour les anciens Moscovites à qui il était interdit de voyager sous peine de mort ? Si un prince remarquait que de nombreux sujets étaient saisis d’une frénésie d’émigration, il les empêcherait sans doute de partir – et ce serait juste et il aurait grandement raison – afin d’empêcher son propre royaume de se dépeupler. Perdrait-il l’allégeance de tous ses sujets par une loi si sage et si raisonnable ? Pourtant, celle loi leur ravirait sûrement la liberté de choisir.

 

            Un groupe d’hommes qui quitteraient leur pays natal pour peupler une région inhabitée pourraient rêver qu’ils recouvrent leur liberté naturelle mais ils se rendraient vite compte que leur souverain continue à les revendiquer comme ses sujets même dans leur nouvel établissement. En cela, il agirait conformément aux idées communes de l’humanité.

 

            Le véritable consentement tacite que l’on puisse remarquer est celui d’un étranger qui s’établit dans un pays tout en connaissant déjà les lois, le prince et le gouvernement auxquels il doit se soumettre. Pourtant, son allégeance, quoique plus volontaire, est beaucoup moins sûre et fiable que celle d’un sujet né dans le pays. Son prince naturel le revendique encore comme sujet et, s’il ne punit pas le traître quand il le capture à la guerre avec une commission de son nouveau prince, ce n’est pas en raison d’une clémence fondée sur les lois municipales – puisque ces dernières condamnent le prisonnier dans tous les pays – mais en raison du consentement des princes qui se sont accordés sur cette indulgence pour empêcher les représailles.

 

            Si une génération quittait tout à coup la scène et qu’une autre lui succédait, comme c’est le cas chez les vers à soie et les papillons, la nouvelle race, si elle avait assez de jugement pour choisir son gouvernement – ce qui n’est certainement jamais le cas chez les hommes – pourrait, par un consentement général, établir volontairement sa propre forme de société politique sans se soucier des lois ou des précédents qui prévalaient parmi ses ancêtres. Mais, comme une société humaine est dans un flux permanent, un homme quittant à chaque heure le monde, un autre y entrant, il est nécessaire, afin de maintenir la stabilité du gouvernement, que la nouvelle génération se conforme à la constitution établie et que les hommes suivent de près le chemin de leurs pères et marchent dans les pas qu’ils ont tracés pour eux. Il doit nécessairement y avoir certaines innovations dans toute institution humaine et il est heureux que le génie éclairé de l’époque les dirige vers la raison, la liberté et la justice mais aucun individu n’a le droit de faire de violentes innovations. Elles sont dangereuses même quand le législateur s’y essaie. Il faut en attendre plus de mal que de bien ; et, si l’histoire offre des exemples du contraire, il ne faut pas en faire des précédents mais seulement les considérer comme des preuves que la science politique offre peu de règles qui n’admettent pas certaines exceptions et qui ne puissent pas parfois être contrôlées par la fortune et le hasard. Les violentes innovations du règne d’Henri VIII provinrent d’un monarque impérieux qui s’appuyait sur l’apparence d’une autorité législative. Celles du règne de Charles Ier vinrent des factions et du fanatisme. Les deux ont trouvé une issue heureuse mais même les premières furent longtemps la source de nombreux désordres et de dangers encore plus nombreux ; et, si les règles d’allégeance avaient été tirées des secondes, la société humaine serait tombée dans une anarchie totale et un point final aurait été mis à tout gouvernement. [5]

 

            Supposez qu’un usurpateur, après avoir chassé le prince légitime et la famille royale, établisse sa domination dans un pays pendant dix ou douze ans, qu’il maintienne une discipline si rigoureuse dans ses troupes et un ordre si régulier dans ses garnisons qu’aucune insurrection ne s’éveille et qu’on n’entende même pas un murmure contre son administration. Peut-on affirmer que le peuple, qui abhorre dans son cœur cette trahison, ait tacitement consenti à l’autorité de ce prince et lui ait promis allégeance simplement parce qu’il vit par nécessité sous sa domination ? Supposez maintenant que le prince légitime reprenne son trône au moyen d’une armée levée à l’étranger, que le peuple l’accueille avec joie et exultation et qu’il montre clairement avec quelle répugnance il s’était soumis à l’autre joug. Je pose cette question : sur quoi le titre de ce prince est-il fondé ? Certainement pas sur le consentement populaire car, quoique le peuple accepte volontiers son autorité, il n’imagine pas que c’est son consentement qui fait de lui un souverain. Le peuple consent à l’autorité du prince parce qu’il comprend qu’il est déjà par naissance son souverain légitime. Pour ce qui est du consentement tacite qu’on pourrait inférer du fait que le peuple vit sous sa domination, il n’est rien de plus que le consentement donné précédemment au tyran et à l’usurpateur.

 

            Quand nous affirmons que tout gouvernement légitime provient du consentement du peuple, nous lui faisons certainement plus d’honneur qu’il n’en mérite ou même qu’il n’en attend ou n’en désire. Quand l’empire romain devint trop lourd pour que toutes les régions soient gouvernées par la république, les peuples du monde furent extrêmement reconnaissants à Auguste de l’autorité qu’il rétablit par la force et ils montrèrent une égale disposition à se soumettre au successeur qu’il leur laissa par les dernières volontés exprimées dans son testament. Ce fut ensuite un malheur pour eux qu’il n’y ait jamais une longue succession régulière au sein d’une seule famille et que la lignée des princes fût continuellement rompue par des assassinats privés ou des rébellions publiques. Dès que s’éteignait une famille, la cohorte prétorienne établissait un empereur, les légions de l’orient un autre et celles de Germanie peut-être un troisième ; et seule l’épée décidait de la controverse. La condition du peuple dans cette puissante monarchie devait être déplorable, non parce que le choix de l’empereur ne lui était jamais laissé – car la chose n’était pas praticable – mais parce qu’ils ne se trouva jamais sous une lignée de maîtres qui pouvaient régulièrement se succéder l’un à l’autre. Quant à la violence, les guerres et les effusions de sang occasionnées par chaque nouvel établissement, on ne peut les blâmer parce qu’elles étaient inévitables.

 

            La maison de Lancastre régna sur cette île pendant environ soixante ans [6] et les partisans de la rose blanche semblaient pourtant se multiplier chaque jour. L’actuel établissement a duré encore plus longtemps. Tous les points de vue sur le droit d’une autre famille se sont-ils entièrement éteints, même s’il n’y a guère d’hommes vivants qui étaient arrivés à l’âge de raison quand elle fut chassée ou qui ont pu avoir consenti à sa domination ou lui avoir promis leur allégeance ? Cela indique certainement suffisamment le sentiment général des hommes sur ce point. En effet, nous ne blâmons pas les partisans de la famille déchue simplement parce qu’ils ont conservé pendant longtemps leur loyauté imaginaire, nous leur reprochons de se rallier à une famille qui – nous l’affirmons – a été justement chassée et qui, à partir du moment où il y eu un nouvel établissement, a perdu tout titre à l’autorité.

 

            Si nous voulons une réfutation plus ordonnée ou, du moins, plus philosophique de ce principe du contrat originel ou du consentement populaire, peut-être les observations suivantes peuvent-elles suffire.

 

            Tous les devoirs moraux peuvent être divisés en deux genres : les premiers sont ceux auxquels les hommes sont poussés par un instinct naturel ou un penchant immédiat qui agit sur eux indépendamment de toute idée d’obligation et de toute considération de l’utilité privée ou publique. De cette nature sont l’amour des enfants, la gratitude envers les bienfaiteurs, le pitié pour l’infortuné. Quand nous réfléchissons à l’avantage qui résulte pour la société de tels instincts humains, nous leur payons le juste tribut de l’approbation morale et de l’estime mais la personne qui est mue par eux éprouve leur pouvoir et leur influence antérieurement à toute réflexion.

 

            Les devoirs moraux du second genre sont ceux qui ne sont pas soutenus par un instinct naturel originel mais qui sont entièrement accomplis à partir d’un sentiment d’obligation qui nous vient quand nous considérons les nécessités de la société humaine et l’impossibilité de la maintenir si ces devoirs étaient négligés. C’est ainsi que la justice ou souci de la propriété d’autrui, la fidélité ou observation des promesses deviennent obligatoires et acquièrent une autorité sur les hommes. En effet, comme il est évident que chaque homme se préfère à toute autre personne, il est naturellement porté à étendre autant que possible ses acquisitions et rien ne peut restreindre ce penchant sinon la réflexion et l’expérience qui lui apprennent que cette licence a des effets pernicieux et qu’elle provoque nécessairement la totale dissolution de la société. Par conséquent, son inclination originelle, son instinct, est ensuite réfréné et limité par ce jugement, cette observation.

 

            Le cas est précisément le même pour le devoir politique et civil d’allégeance que pour les devoirs naturels de justice et de fidélité. Nos instincts primaires nous portent à nous laisser aller à une liberté sans bornes et à dominer les autres ; et c’est seulement la réflexion qui nous conduit à sacrifier des instincts aussi forts aux intérêts de la paix et de l’ordre public. Il suffit d’un faible degré d’expérience et d’observation pour apprendre que la société ne peut se maintenir sans l’autorité des magistrats et que cette autorité sera promptement méprisée si nous ne lui obéissons pas avec rigueur. L’observation de ces intérêts généraux et évidents est la source de toute allégeance et de cette obligation morale que nous lui attribuons.

 

            Quelle nécessité y a-t-il donc de fonder le devoir d’allégeance ou d’obéissance aux magistrats sur le devoir de fidélité ou de respect des promesses et de supposer que c’est le consentement de chaque individu qui l’assujettit au gouvernement alors qu’il apparaît que l’allégeance et la fidélité reposent tous les deux exactement sur le même fondement et que les hommes s’y soumettent en raison des nécessités et des intérêts apparents de la société humaine ? Nous sommes tenus d’obéir à notre souverain, dit-on, parce que nous avons donné une promesse tacite en ce sens. Mais pourquoi sommes-nous obligés de tenir nos promesses ? Il faut ici affirmer que le commerce et les relations des hommes qui sont si avantageux ne connaîtraient aucune sécurité si ces derniers ne tenaient pas leurs engagements. De la même manière, on peut dire que les hommes ne pourraient absolument pas vivre en société, du moins dans une société civilisée, sans lois, sans magistrats et sans juges pour empêcher le fort d’opprimer le faible et le violent d’opprimer le juste et l’équitable. L’obligation d’allégeance étant de même force et de même autorité que l’obligation de fidélité, nous ne gagnons rien à réduire l’une à l’autre. Les intérêts généraux ou les nécessités de la société sont suffisants pour établir les deux.

 

            Si l’on demande pourquoi nous sommes obligés d’obéir au gouvernement, je réponds tout de suite que c’est parce que la société ne peut subsister sans cette obéissance, et cette réponse est claire et intelligible pour tous les hommes. Vous dites que c’est parce que nous devons tenir notre parole. Mais outre que personne, à moins d’être versé dans un système philosophique, ne peut comprendre ou apprécier cette réponse, outre cela, dis-je, vous vous trouvez dans l’embarras quand on vous demande pourquoi nous sommes obligés de tenir notre promesse. Vous ne pouvez donner d’autre réponse que celle qui, immédiatement et sans détour, a expliqué notre obligation d’allégeance.

 

            Mais à qui devons-nous cette allégeance et qui est notre souverain légitime ? Cette question est souvent la plus difficile de toutes et elle risque d’entraîner des discussions sans fin. Quand le peuple est si heureux qu’il peut répondre : c’est notre souverain actuel qui hérite en ligne directe de ses ancêtres qui nous ont gouvernés pendant des siècles, cette réponse ne souffre aucune réplique, même si les historiens, en remontant jusqu’à l’origine de cette famille royale dans la plus lointaine antiquité, découvrent peut-être – comme cela arrive fréquemment – que sa première autorité dérive de l’usurpation et de la violence. On reconnaît que la justice privée, le fait de s’abstenir des biens d’autrui, est l’une des vertus cardinales. Pourtant, quand nous examinons avec soin le passage des biens de main en main, la raison nous dit qu’il n’est aucune propriété de biens durables, comme les terres ou les maisons, qui n’ait été fondée à une certaine époque sur la fraude et l’injustice. Les nécessités de la société humaine, dans la vie privée et dans la vie publique, ne souffrent pas une enquête aussi précise et il n’est aucune vertu, aucun devoir moral qui, si nous les passons au crible d’une fausse philosophie et les examinons de près par toutes les règles captieuses de la logique, sous tous les jours et dans toutes les positions, ne s’envolent aisément en fumée.

 

            Les questions concernant la propriété privée ont rempli un nombre infini de volumes de droit et de philosophie (si nous ajoutons les commentaires au texte original) et, finalement, nous pouvons assurément déclarer que de nombreuses règles qui y sont établies sont incertaines, ambiguës et arbitraires. On peut se former la même opinion sur la succession, les droits des princes et les formes de gouvernement. [7] Il est hors de doute que de nombreux cas, surtout dans l’enfance d’une constitution, ne souffrent pas d’être déterminés par les lois de la justice et de l’équité ; et notre historien Rapin prétend [8] que la controverse entre Edouard III et Philippe de Valois fut de cette nature et ne put être tranchée que par un appel au ciel, c’est-à-dire par la guerre et la force.

 

            Qui me dira, de Germanicus ou de Drusus [9], celui qui aurait dû succéder à Tibère s’il était mort, eux vivants, sans désigner parmi eux son successeur ? Le droit d’adoption devait-il être considéré comme l’équivalent du droit du sang dans une nation où il avait le même effet dans les familles privées et avait déjà été appliqué en deux occasions dans les familles publiques ? Devait-on juger que Germanicus était l’aîné parce qu’il était né avant Drusus ou devait-on juger qu’il était le cadet parce qu’il avait été adopté après la naissance de son frère ? Devait-on tenir compte du droit de l’aîné dans une nation où il n’avait aucun avantage dans la succession des familles privées ? L’empire romain devait-il être jugé héréditaire à cause de ces deux exemples et devait-il, même à cette époque, être regardé comme appartenant au plus fort ou à l’actuel possesseur, étant fondé sur une usurpation aussi récente ?

 

            Commode monta sur le trône après une assez longue succession d’excellents empereurs qui avaient acquis leur titre non par naissance ou par élection publique mais par le fictif rite d’adoption. Le débauché sanguinaire fut assassiné dans un complot soudainement formé par sa maîtresse et son amant qui, à cette époque, était justement préfet du prétoire. Ils décidèrent immédiatement de choisir un maître au genre humain – pour parler dans le style de l’époque – et leur choix tomba sur Pertinax. Avant que la mort du tyran ne fût connue, le préfet alla secrètement voir le sénateur qui, en voyant les soldats, crut que son exécution avait été ordonnée par Commode. Il fut aussitôt salué du titre d’empereur par l’officier et ceux qui l’accompagnaient, fut acclamé joyeusement par la populace, accepté avec mauvaise volonté par la garde, formellement reconnu par le sénat et accepté passivement par les provinces et les armées de l’empire.

 

            Le mécontentement de la cohorte prétorienne éclata en une soudaine sédition qui provoqua le meurtre de cet excellent prince et, le monde étant désormais sans maître et sans gouvernement, la garde jugea bon de mettre officiellement l’empire en vente. Julien, l’acquéreur, fut acclamé par les soldats, reconnu par le sénat et le peuple se soumit à lui, ce qu’auraient aussi fait les provinces si la jalousie des légions n’avait pas créé une opposition et une résistance. En Syrie, Pescennius Niger, qui avait obtenu le consentement tumultueux de son armée, s’élit lui-même empereur et il eut la secrète bienveillance du sénat et du peuple de Rome. Albin, en Britannie, prétendit à un égal droit au trône mais ce fut Sévère, qui gouvernait la Pannonie, qui, finalement, l’emporta sur eux. Aussi habile politicien que soldat, jugeant sa naissance et sa dignité trop basses pour la couronne impériale, il professa dans un premier temps la seule intention de venger la mort de Pertinax. Il marcha comme général sur l’Italie, défit Julien et, sans qu’on puisse fixer un moment précis, même pour le consentement de ses soldats, le sénat et le peuple furent obligés de le reconnaître empereur et il fut totalement établi dans sa violente autorité en soumettant Niger et Albin. [10]

 

Inter hæc Gordianus Cæsar, dit Capitolin, en parlant d’une autre période, sublatus a militibus, imperator est appellatus, quia non erat alius un præsenti[11] Il faut noter que Gordien était un jeune garçon de quatorze ans.

 

            On trouve de fréquents exemples de même nature dans l’histoire des empereurs, dans l’histoire des successeurs d’Alexandre et dans l’histoire de nombreux autres pays. Il ne peut rien y avoir de plus malheureux qu’un gouvernement despotique de ce type, quand la succession est décousue et irrégulière et qu’on doit la déterminer à chaque vacance du pouvoir par la force ou l’élection. Dans un gouvernement libre, la chose est souvent inévitable mais elle est aussi beaucoup moins dangereuse. Les intérêts de la liberté peuvent alors conduire fréquemment le peuple à changer la succession de la couronne pour sa propre défense ; et la constitution, étant composée de différentes parties, peut encore conserver une stabilité suffisante en se reposant sur la partie aristocratique et la partie démocratique alors que la partie monarchique est modifiée de temps en temps pour s’accommoder aux deux autres.

 

            Dans un gouvernement absolu, sans prince légitime possédant un titre pour régner, on peut sans risque déterminer que le trône appartient au premier occupant. Des exemples de ce genre ne sont que trop fréquents, surtout dans les monarchies orientales. Quand une lignée de princes s’éteint, les dernières volontés ou les intentions du dernier souverain doivent être considérées comme un titre. Ainsi, l’édit de Louis XIV qui appelait les princes bâtards à la succession au cas où les princes légitimes feraient défaut aurait eu une certaine autorité si la situation s’était présentée. [12] Ainsi le testament de Charles II disposait de toute la monarchie espagnole. La cession de l’ancien propriétaire, surtout quand elle se joint à la conquête, est aussi considérée comme un bon titre. L’obligation générale qui nous lie au gouvernement repose sur l’intérêt et les nécessités de la société et cette obligation est très forte. Déterminer si cette obligation nous lie à un prince en particulier ou à une forme particulière de gouvernement est fréquemment plus incertain et douteux. Dans ces cas, l’actuelle possession à une autorité considérable, plus grande que quand il s’agit de propriété privée, et cela à cause des désordres qui accompagnent toute révolution et tout changement de gouvernement.

 

            Avant de conclure, nous pouvons noter que, quoique dans les sciences spéculatives comme la métaphysique, la philosophie naturelle ou l’astronomie, en appeler à l’opinion générale peut à juste titre être estimé abusif et peu concluant, cependant, dans toutes les questions qui concernent la morale ou la critique, il n’y a en réalité pas d’autre critère par lequel une controverse puisse être tranchée. Rien ne prouve plus clairement qu’une théorie de ce genre est erronée que de voir qu’elle conduit à des paradoxes qui répugnent aux sentiments courants des hommes, à la pratique et à l’opinion des toutes les nations et de toutes les époques. La doctrine qui fonde tout gouvernement légitime sur un contrat originel ou sur le consentement du peuple est manifestement de ce type et les partisans les plus remarquables de cette doctrine, en la défendant, n’hésitent pas à affirmer que la monarchie absolue est incompatible avec la société civile, qu’elle ne peut absolument pas être une forme de gouvernement et que le pouvoir suprême d’un Etat ne saurait, par des taxes ou des impositions, prendre à un homme une partie de sa propriété sans son propre consentement ou celui de ses représentants. [13] Quelle autorité peut avoir un raisonnement moral qui conduit à des opinions aussi éloignées de la pratique générale de l’humanité dans tous les endroits sauf dans ce seul royaume, il est aisé de le déterminer ?

 

            Le seul passage des écrits de l’antiquité où l’obligation d’obéissance est attribuée à une promesse se trouve dans le Criton de Platon, quand Socrate refuse de s’échapper parce qu’il a tacitement promis d’obéir aux lois. Il édifie ainsi une conséquence Tory, l’obéissance passive, sur une fondation Whig, le contrat originel.

 

            On ne peut espérer de nouvelles découvertes sur ce point. Si quasiment personne, jusqu’à une date très récente, n’a jamais imaginé que le gouvernement était fondé sur un contrat, il est certain qu’il ne saurait avoir en général un tel fondement.

 

            Parmi les anciens, le crime de rébellion était couramment désigné par les termes neôterizein [14], novas res moliri[15]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

OF THE ORIGINAL CONTRACT

 

 

As no party, in the present age, can well support itself, without a philosophical or speculative system of principles, annexed to its political or practical one; we accordingly find, that each of the factions, into which this nation is divided, has reared up a fabric of the former kind, in order to protect and cover that scheme of actions, which it pursues. The people being commonly very rude builders, especially in this speculative way, and more especially still, when actuated by party-zeal; it is natural to imagine, that their workmanship must be a little unshapely, and discover evident marks of that violence and hurry, in which it was raised. The one party, by tracing up government to the Deity, endeavour to render it so sacred and inviolate, that it must be little less than sacrilege, however tyrannical it may become, to touch or invade it, in the smallest article. The other party, by founding government altogether on the consent of the people, suppose that there is a kind of original contract, by which the subjects have tacitly reserved the power of resisting their sovereign, whenever they find themselves aggrieved by that authority, with which they have, for certain purposes, voluntarily entrusted him. These are the speculative principles of the two parties; and these too are the practical consequences deduced from them.

 

I shall venture to affirm, That both these systems of speculative principles are just; though not in the sense, intended by the parties: And, That both the schemes of practical consequences are prudent; though not in the extremes, to which each party, in opposition to the other, has commonly endeavoured to carry them.

 

That the Deity is the ultimate author of all government, will never be denied by any, who admit a general providence, and allow, that all events in the universe are conducted by an uniform plan, and directed to wise purposes. As it is impossible for the human race to subsist, at least in any comfortable or secure state, without the protection of government; this institution must certainly have been intended by that beneficent Being, who means the good of all his creatures: And as it has universally, in fact, taken place, in all countries, and all ages; we may conclude, with still greater certainty, that it was intended by that omniscient Being, who can never be deceived by any event or operation. But since he gave rise to it, not by any particular or miraculous interposition, but by his concealed and universal efficacy; a sovereign cannot, properly speaking, be called his vice-gerent, in any other sense than every power or force, being derived from him, may be said to act by his commission. Whatever actually happens is comprehended in the general plan or intention of providence; nor has the greatest and most lawful prince any more reason, upon that account, to plead a peculiar sacredness or inviolable authority, than an inferior magistrate, or even an usurper, or even a robber and a pyrate. The same divine superintendant, who, for wise purposes, invested a Titus or a Trajan with authority, did also, for purposes, no doubt, equally wise, though unknown, bestow power on a Borgia or an Angria. The same causes, which gave rise to the sovereign power in every state, established likewise every petty jurisdiction in it, and every limited authority. A constable, therefore, no less than a king, acts by a divine commission, and possesses an indefeasible right.

           

When we consider how nearly equal all men are in their bodily force, and even in their mental powers and faculties, till cultivated by education; we must necessarily allow, that nothing but their own consent could, at first, associate them together, and subject them to any authority. The people, if we trace government to its first origin in the woods and desarts, are the source of all power and jurisdiction, and voluntarily, for the sake of peace and order, abandoned their native liberty, and received laws from their equal and companion. The conditions, upon which they were willing to submit, were either expressed, or were so clear and obvious, that it might well be esteemed superfluous to express them. If this, then, be meant by the original contract, it cannot be denied, that all government is, at first, founded on a contract, and that the most ancient rude combinations of mankind were formed chiefly by that principle. In vain, are we asked in what records this charter of our liberties is registered. It was not written on parchment, nor yet on leaves or barks of trees. It preceded the use of writing and all the other civilized arts of life. But we trace it plainly in the nature of man, and in the equality, or something approaching equality, which we find in all the individuals of that species. The force, which now prevails, and which is founded on fleets and armies, is plainly political, and derived from authority, the effect of established government. A man's natural force consists only in the vigour of his limbs, and the firmness of his courage; which could never subject multitudes to the command of one. Nothing but their own consent, and their sense of the advantages resulting from peace and order, could have had that influence.

 

Yet even this consent was long very imperfect, and could not be the basis of a regular administration. The chieftain, who had probably acquired his influence during the continuance of war, ruled more by persuasion than command; and till he could employ force to reduce the refractory and disobedient, the society could scarcely be said to have attained a state of civil government. No compact or agreement, it is evident, was expressly formed for general submission; an idea far beyond the comprehension of savages: Each exertion of authority in the chieftain must have been particular, and called forth by the present exigencies of the case: The sensible utility, resulting from his interposition, made these exertions become daily more frequent; and their frequency gradually produced an habitual, and, if you please to call it so, a voluntary, and therefore precarious, acquiescence in the people.

 

But philosophers, who have embraced a party (if that be not a contradiction in terms) are not contented with these concessions. They assert, not only that government in its earliest infancy arose from consent or rather the voluntary acquiescence of the people; but also, that, even at present, when it has attained full maturity, it rests on no other foundation. They affirm, that all men are still born equal, and owe allegiance to no prince or government, unless bound by the obligation and sanction of a promise. And as no man, without some equivalent, would forego the advantages of his native liberty, and subject himself to the will of another; this promise is always understood to be conditional, and imposes on him no obligation, unless he meet with justice and protection from his sovereign. These advantages the sovereign promises him in return; and if he fail in the execution, he has broken, on his part, the articles of engagement, and has thereby freed his subject from all obligations to allegiance. Such, according to these philosophers, is the foundation of authority in every government; and such the right of resistance, possessed by every subject.

 

But would these reasoners look abroad into the world, they would meet with nothing that, in the least, corresponds to their ideas, or can warrant so refined and philosophical a system. On the contrary, we find, every where, princes, who claim their subjects as their property, and assert their independent right of sovereignty, from conquest or succession. We find also, every where, subjects, who acknowledge this right in their prince, and suppose themselves born under obligations of obedience to a certain sovereign, as much as under the ties of reverence and duty to certain parents. These connexions are always conceived to be equally independent of our consent, in Persia and China; in France and Spain; and even in Holland and England, wherever the doctrines above-mentioned have not been carefully inculcated. Obedience or subjection becomes so familiar, that most men never make any enquiry about its origin or cause, more than about the principle of gravity, resistance, or the most universal laws of nature. Or if curiosity ever move them; as soon as they learn, that they themselves and their ancestors have, for several ages, or from time immemorial, been subject to such a form of government or such a family; they immediately acquiesce, and acknowledge their obligation to allegiance. Were you to preach, in most parts of the world, that political connexions are founded altogether on voluntary consent or a mutual promise, the magistrate would soon imprison you, as seditious, for loosening the ties of obedience; if your friends did not before shut you up as delirious, for advancing such absurdities. It is strange, that an act of the mind, which every individual is supposed to have formed, and after he came to the use of reason too, otherwise it could have no authority; that this act, I say, should be so much unknown to all of them, that, over the face of the whole earth, there scarcely remain any traces or memory of it.

 

But the contract, on which government is founded, is said to be the original contract; and consequently may be supposed too old to fall under the knowledge of the present generation. If the agreement, by which savage men first associated and conjoined their force, be here meant, this is acknowledged to be real; but being so ancient, and being obliterated by a thousand changes of government and princes, it cannot now be supposed to retain any authority. If we would say any thing to the purpose, we must assert, that every particular government, which is lawful, and which imposes any duty of allegiance on the subject, was, at first, founded on consent and a voluntary compact. But besides that this supposes the consent of the fathers to bind the children, even to the most remote generations, (which republican writers will never allow) besides this, I say, it is not justified by history or experience, in any age or country of the world.

 

Almost all the governments, which exist at present, or of which there remains any record in story, have been founded originally, either on usurpation or conquest, or both, without any pretence of a fair consent, or voluntary subjection of the people. When an artful and bold man is placed at the head of an army or faction, it is often easy for him, by employing, sometimes violence, sometimes false pretences, to establish his dominion over a people a hundred times more numerous than his partizans. He allows no such open communication, that his enemies can know, with certainty, their number or force. He gives them no leisure to assemble together in a body to oppose him. Even all those, who are the instruments of his usurpation, may wish his fall; but their ignorance of each other's intention keeps them in awe, and is the sole cause of his security. By such arts as these, many governments have been established; and this is all the original contract, which they have to boast of

 

The face of the earth is continually changing, by the encrease of small kingdoms into great empires, by the dissolution of great empires into smaller kingdoms, by the planting of colonies, by the migration of tribes. Is there any thing discoverable in all these events, but force and violence? Where is the mutual agreement or voluntary association so much talked of?

 

Even the smoothest way, by which a nation may receive a foreign master, by marriage or a will, is not extremely honourable for the people; but supposes them to be disposed of, like a dowry or a legacy, according to the pleasure or interest of their rulers.

 

But where no force interposes, and election takes place; what is this election so highly vaunted? It is either the combination of a few great men, who decide for the whole, and will allow of no opposition: Or it is the fury of a multitude, that follow a seditious ringleader, who is not known, perhaps, to a dozen among them, and who owes his advancement merely to his own impudence, or to the momentary caprice of his fellows.

 

Are these disorderly elections, which are rare too, of such mighty authority, as to be the only lawful foundation of all government and allegiance?

 

In reality, there is not a more terrible event, than a total dissolution of government, which gives liberty to the multitude, and makes the determination or choice of a new establishment depend upon a number, which nearly approaches to that of the body of the people: For it never comes entirely to the whole body of them. Every wise man, then, wishes to see, at the head of a powerful and obedient army, a general, who may speedily seize the prize, and give to the people a master, which they are so unfit to chuse for themselves. So little correspondent is fact and reality to those philosophical notions.

 

Let not the establishment at the Revolution deceive us, or make us so much in love with a philosophical origin to government, as to imagine all others monstrous and irregular. Even that event was far from corresponding to these refined ideas. It was only the succession, and that only in the regal part of the government, which was then changed: And it was only the majority of seven hundred, who determined that change for near ten millions. I doubt not, indeed, but the bulk of those ten millions acquiesced willingly in the determination: But was the matter left, in the least, to their choice? Was it not justly supposed to be, from that moment, decided, and every man punished, who refused to submit to the new sovereign? How otherwise could the matter have ever been brought to any issue or conclusion?

 

The republic of Athens was, I believe, the most extensive democracy, that we read of in history: Yet if we make the requisite allowances for the women, the slaves, and the strangers, we shall find, that that establishment was not, at first, made, nor any law ever voted, by a tenth part of those who were bound to pay obedience to it: Not to mention the islands and foreign dominions, which the Athenians claimed as theirs by right of conquest. And as it is well known, that popular assemblies in that city were always full of licence and disorder, notwithstanding the institutions and laws by which they were checked: How much more disorderly must they prove, where they form not the established constitution, but meet tumultuously on the dissolution of the ancient government, in order to give rise to a new one? How chimerical must it be to talk of a choice in such circumstances?

 

The Achæns enjoyed the freest and most perfect democracy of all antiquity; yet they employed force to oblige some cities to enter into their league, as we learn from Polybus.

 

Harry the IVth and Harry the VIIth of England, had really no title to the throne but a parliamentary election; yet they never would acknowledge it, lest they should thereby weaken their authority. Strange, if the only real foundation of all authority be consent and promise!

 

It is in vain to say, that all governments are or should be, at first, founded on popular consent, as much as the necessity of human affairs will admit. This favours entirely my pretension. I maintain, that human affairs will never admit of this consent; seldom of the appearance of it. But that conquest or usurpation, that is, in plain terms, force, by dissolving the ancient governments, is the origin of almost all the new ones, which were ever established in the world. And that in the few cases, where consent may seem to have taken place, it was commonly so irregular, so confined, or so much intermixed either with fraud or violence, that it cannot have any great authority.

 

My intention here is not to exclude the consent of the people from being one just foundation of government where it has place. It is surely the best and most sacred of any. I only pretend, that it has very seldom had place in any degree, and never almost in its full extent. And that therefore some other foundation of government must also be admitted.

 

Were all men possessed of so inflexible a regard to justice, that, of themselves, they would totally abstain from the properties of others; they had for ever remained in a state of absolute liberty, without subjection to any magistrate or political society: But this is a state of perfection, of which human nature is justly deemed incapable. Again; were all men possessed of so perfect an understanding, as always to know their own interests, no form of government had ever been submitted to, but what was established on consent, and was fully canvassed by every member of the society: But this state of perfection is likewise much superior to human nature. Reason, history, and experience shew us, that all political societies have had an origin much less accurate and regular; and were one to choose a period of time, when the people's consent was the least regarded in public transactions, it would be precisely on the establishment of a new government. In a settled constitution, their inclinations are often consulted; but during the fury of revolutions, conquests, and public convulsions, military force or political craft usually decides the controversy.

 

When a new government is established, by whatever means, the people are commonly dissatisfied with it, and pay obedience more from fear and necessity, than from any idea of allegiance or of moral obligation. The prince is watchful and jealous, and must carefully guard against every beginning or appearance of insurrection. Time, by degrees, removes all these difficulties, and accustoms the nation to regard, as their lawful or native princes, that family, which, at first, they considered as usurpers or foreign conquerors. In order to found this opinion, they have no recourse to any notion of voluntary consent or promise, which, they know, never was, in this case, either expected or demanded. The original establishment was formed by violence, and submitted to from necessity. The subsequent administration is also supported by power, and acquiesced in by the people, not as a matter of choice, but of obligation. They imagine not, that their consent gives their prince a title: But they willingly consent, because they think, that, from long possession, he has acquired a title, independent of their choice or inclination.

 

Should it be said, that, by living under the dominion of a prince, which one might leave, every individual has given a tacit consent to his authority, and promised him obedience; it may be answered, that such an implied consent can only have place, where a man imagines, that the matter depends on his choice. But where he thinks (as all mankind do who are born under established governments) that by his birth he owes allegiance to a certain prince or certain form of government; it would be absurd to infer a consent or choice, which he expressly, in this case, renounces and disclaims.

 

Can we seriously say, that a poor peasant or artizan has a free choice to leave his country, when he knows no foreign language or manners, and lives from day to day, by the small wages which he acquires? We may as well assert, that a man, by remaining in a vessel, freely consents to the dominion of the master; though he was carried on board while asleep, and must leap into the ocean, and perish, the moment he leaves her.

 

What if the prince forbid his subjects to quit his dominions; as in Tiberius’s time, it was regarded as a crime in a roman knight that he had attempted to fly to the Parthians, in order to escape the tyranny of that emperor? Or as the ancient Muscovites prohibited all travelling under pain of death? And did a prince observe, that many of his subjects were seized with the frenzy of migrating to foreign countries, he would doubtless, with great reason and justice, restrain them, in order to prevent the depopulation of his own kingdom. Would he forfeit the allegiance of all his subjects, by so wise and reasonable a law? Yet the freedom of their choice is surely, in that case, ravished from them.

 

A company of men, who should leave their native country, in order to people some uninhabited region, might dream of recovering their native freedom; but they would soon find, that their prince still laid claim to them, and called them his subjects, even in their new settlement. And in this he would but act conformably to the common ideas of mankind.

 

The truest tacit consent of this kind, that is ever observed, is when a foreigner settles in any country, and is beforehand acquainted with the prince, and government, and laws, to which he must submit: Yet is his allegiance, though more voluntary, much less expected or depended on, than that of a natural born subject. On the contrary, his native prince still asserts a claim to him. And if he punish not the renegade, when he seizes him in war with his new prince's commission; this clemency is not founded on the municipal law, which in all countries condemns the prisoner; but on the consent of princes, who have agreed to this indulgence, in order to prevent reprisals.

 

Did one generation of men go off the stage at once, and another succeed, as is the case with silk-worms and butterflies, the new race, if they had sense enough to choose their government, which surely is never the case with men, might voluntarily, and by general consent, establish their own form of civil polity, without any regard to the laws or precedents, which prevailed among their ancestors. But as human society is in perpetual flux, one man every hour going out of the world, another coming into it, it is necessary, in order to preserve stability in government, that the new brood should conform themselves to the established constitution, and nearly follow the path which their fathers, treading in the footsteps of theirs, had marked out to them. Some innovations must necessarily have place in every human institution, and it is happy where the enlightened genius of the age give these a direction to the side of reason, liberty, and justice: but violent innovations no individual is entitled to make: they are even dangerous to be attempted by the legislature: more ill than good is ever to be expected from them: and if history affords examples to the contrary, they are not to be drawn into precedent, and are only to be regarded as proofs, that the science of politics affords few rules, which will not admit of some exception, and which may not sometimes be controuled by fortune and accident. The violent innovations in the reign of Henry VIII. proceeded from an imperious monarch, seconded by the appearance of legislative authority: Those in the reign of Charles I. were derived from faction and fanaticism; and both of them have proved happy in the issue: But even the former were long the source of many disorders, and still more dangers; and if the measures of allegiance were to be taken from the latter, a total anarchy must have place in human society, and a final period at once be put to every government.

 

Suppose, that an usurper, after having banished his lawful prince and royal family, should establish his dominion for ten or a dozen years in any country, and should preserve so exact a discipline in his troops, and so regular a disposition in his garrisons, that no insurrection had ever been raised, or even murmur heard, against his administration: Can it be asserted, that the people, who in their hearts abhor his treason, have tacitly consented to his authority, and promised him allegiance, merely because, from necessity, they live under his dominion? Suppose again their native prince restored, by means of an army, which he levies in foreign countries: They receive him with joy and exultation, and shew plainly with what reluctance they had submitted to any other yoke. I may now ask, upon what foundation the prince's title stands? Not on popular consent surely: For though the people willingly acquiesce in his authority, they never imagine, that their consent made him sovereign. They consent; because they apprehend him to be already, by birth, their lawful sovereign. And as to that tacit consent, which may now be inferred from their living under his dominion, this is no more than what they formerly gave to the tyrant and usurper.

 

When we assert, that all lawful government arises from the consent of the people, we certainly do them a great deal more honour than they deserve, or even expect and desire from us. After the roman dominions became too unwieldly for the republic to govern them, the people, over the whole known world, were extremely grateful to Augustus for that authority, which, by violence, he had established over them; and they shewed an equal disposition to submit to the successor, whom he left them, by his last will and testament. It was afterwards their misfortune, that there never was, in one family, any long regular succession; but that their line of princes was continually broken, either by private assassinations or public rebellions. The prætorian bands, on the failure of every family, set up one emperor; the legions in the East a second; those in Germany, perhaps, a third: And the sword alone could decide the controversy. The condition of the people, in that mighty monarchy, was to be lamented, not because the choice of the emperor was never left to them; for that was impracticable: But because they never fell under any succession of masters, who might regularly follow each other. As to the violence and wars and bloodshed, occasioned by every new settlement; these were not blameable, because they were inevitable.

 

The house of Lancaster ruled in this island about sixty years; yet the partisans of the white rose seemed daily to multiply in England. The present establishment has taken place during a still longer period. Have all views of right in another family been utterly extinguished; even though scarce any man now alive had arrived at years of discretion, when it was expelled, or could have consented to its dominion, or have promised it allegiance? A sufficient indication surely of the general sentiment of mankind on this head. For we blame not the partisans of the abdicated family, merely on account of the long time, during which they have preserved their imaginary loyalty. We blame them for adhering to a family, which, we affirm, has been justly expelled, and which, from the moment the new settlement took place, had forfeited all title to authority.

 

But would we have a more regular, at least a more philosophical, refutation of this principle of an original contract or popular consent; perhaps, the following observations may suffice.

 

All moral duties may be divided into two kinds. The first are those, to which men are impelled by a natural instinct or immediate propensity, which operates on them, independent of all ideas of obligation, and of all views, either to public or private utility. Of this nature are, love of children, gratitude to benefactors, pity to the unfortunate. When we reflect on the advantage, which results to society from such humane instincts, we pay them the just tribute of moral approbation and esteem: But the person, actuated by them, feels their power and influence, antecedent to any such reflection.

 

The second kind of moral duties are such as are not supported by any original instinct of nature, but are performed entirely from a sense of obligation, when we consider the necessities of human society, and the impossibility of supporting it, if these duties were neglected. It is thus justice or a regard to the property of others, fidelity or the observance of promises, become obligatory, and acquire an authority over mankind. For as it is evident, that every man loves himself better than any other person, he is naturally impelled to extend his acquisitions as much as possible; and nothing can restrain him in this propensity, but reflection and experience, by which he learns the pernicious effects of that licence, and the total dissolution of society which must ensue from it. His original inclination, therefore, or instinct, is here checked and restrained by a subsequent judgment or observation.

 

The case is precisely the same with the political or civil duty of allegiance, as with the natural duties of justice and fidelity. Our primary instincts lead us, either to indulge ourselves in unlimited freedom, or to seek dominion over others: And it is reflection only, which engages us to sacrifice such strong passions to the interests of peace and public order. A small degree of experience and observation suffices to teach us, that society cannot possibly be maintained without the authority of magistrates, and that this authority must soon fall into contempt, where exact obedience is not payed to it. The observation of these general and obvious interests is the source of all allegiance, and of that moral obligation, which we attribute to it.

 

What necessity, therefore, is there to found the duty of allegiance or obedience to magistrates on that of fidelity or a regard to promises, and to suppose, that it is the consent of each individual, which subjects him to government; when it appears, that both allegiance and fidelity stand precisely on the same foundation, and are both submitted to by mankind, on account of the apparent interests and necessities of human society? We are bound to obey our sovereign, it is said; because we have given a tacit promise to that purpose. But why are we bound to observe our promise? It must here be asserted, that the commerce and intercourse of mankind, which are of such mighty advantage, can have no security where men pay no regard to their engagements. In like manner, may it be said, that men could not live at all in society, at least in a civilized society, without laws and magistrates and judges, to prevent the encroachments of the strong upon the weak, of the violent upon the just and equitable. The obligation to allegiance being of like force and authority with the obligation to fidelity, we gain nothing by resolving the one into the other. The general interests or necessities of society are sufficient to establish both.

 

If the reason be asked of that obedience, which we are bound to pay to government, I readily answer, because society could not otherwise subsist: And this answer is clear and intelligible to all mankind. Your answer is, because we should keep our word. But besides, that no body, till trained in a philosophical system, can either comprehend or relish this answer: Besides this, I say, you find yourself embarrassed, when it is asked, why we are bound to keep our word? Nor can you give any answer, but what would, immediately, without any circuit, have accounted for our obligation to allegiance.

 

But to whom is allegiance due? And who is our lawful sovereign? This question is often the most difficult of any, and liable to infinite discussions. When people are so happy, that they can answer, Our present sovereign, who inherits, in a direct line, from ancestors, that have governed us for many ages; this answer admits of no reply; even though historians, in tracing up to the remotest antiquity, the origin of that royal family, may find, as commonly happens, that its first authority was derived from usurpation and violence. It is confessed, that private justice, or the abstinence from the properties of others, is a most cardinal virtue: Yet reason tells us, that there is no property in durable objects, such as lands or houses, when carefully examined in passing from hand to hand, but must, in some period, have been founded on fraud and injustice. The necessities of human society, neither in private nor public life, will allow of such an accurate enquiry: And there is no virtue or moral duty, but what may, with facility, be refined away, if we indulge a false philosophy, in sifting and scrutinizing it, by every captious rule of logic, in every light or position, in which it may be placed.

 

The questions with regard to private property have filled infinite volumes of law and philosophy, if in both we add the commentators to the original text; and in the end, we may safely pronounce, that many of the rules, there established, are uncertain, ambiguous, and arbitrary. The like opinion may be formed with regard to the succession and rights of princes and forms of government. Several cases, no doubt, occur, especially in the infancy of any constitution, which admit of no determination from the laws of justice and equity: And our historian Rapin pretends,i that the controversy between Edward the Third and Philip de Valois was of this nature, and could be decided only by an appeal to heaven, that is, by war and violence.

 

Who shall tell me, whether Germanicus or Drusus ought to have succeeded to Tiberius, had he died, while they were both alive, without naming any of them for his successor? Ought the right of adoption to be received as equivalent to that of blood, in a nation, where it had the same effect in private families, and had already, in two instances, taken place in the public? Ought Germanicus to be esteemed the elder son because he was born before Drusus; or the younger, because he was adopted after the birth of his brother? Ought the right of the elder to be regarded in a nation, where he had no advantage in the succession of private families? Ought the roman empire at that time to be deemed hereditary, because of two examples; or ought it, even so early, to be regarded as belonging to the stronger or to the present possessor, as being founded on so recent an usurpation?

 

Commodus mounted the throne after a pretty long succession of excellent emperors, who had acquired their title, not by birth, or public election, but by the fictitious rite of adoption. That bloody debauchee being murdered by a conspiracy suddenly formed between his wench and her gallant, who happened at that time to be Prætorian Præfect; these immediately deliberated about choosing a master to human kind, to speak in the style of those ages; and they cast their eyes on Pertinax. Before the tyrant's death was known, the Præfect went secretly to that senator, who, on the appearance of the soldiers, imagined that his execution had been ordered by Commodus. He was immediately saluted emperor by the officer and his attendants; chearfully proclaimed by the populace; unwillingly submitted to by the guards; formally recognized by the senate; and passively received by the provinces and armies of the empire.

 

The discontent of the Prætorian bands broke out in a sudden sedition, which occasioned the murder of that excellent prince: And the world being now without a master and without government, the guards thought proper to set the empire formally to sale. Julian, the purchaser, was proclaimed by the soldiers, recognized by the senate, and submitted to by the people; and must also have been submitted to by the provinces, had not the envy of the legions begotten opposition and resistance. Pescennius Niger in Syria elected himself emperor, gained the tumultuary consent of his army, and was attended with the secret good-will of the senate and people of Rome. Albinus in Britain found an equal right to set up his claim; but Severus, who governed Pannonia, prevailed in the end above both of them. That able politician and warrior, finding his own birth and dignity too much inferior to the imperial crown, professed, at first, an intention only of revenging the death of Pertinax. He marched as general into Italy; defeated Julian; and without our being able to fix any precise commencement even of the soldiers' consent, he was from necessity acknowledged emperor by the senate and people; and fully established in his violent authority by subduing Niger and Albinus.

 

Inter hæc Gordianus CÆSAR (says CAPITOLINUS, speaking of another period) sublatus a militibus. Imperator est appellatus, quia non erat alius in præsenti. It is to be remarked, that Gordian was a boy of fourteen years of age.

 

Frequent instances of a like nature occur in the history of the emperors; in that of Alexander’s successors; and of many other countries: Nor can any thing be more unhappy than a despotic government of this kind; where the succession is disjointed and irregular, and must be determined, on every vacancy, by force or election. In a free government, the matter is often unavoidable, and is also much less dangerous. The interests of liberty may there frequently lead the people, in their own defence, to alter the succession of the crown. And the constitution, being compounded of parts, may still maintain a sufficient stability, by resting on the aristocratical or democratical members, though the monarchical be altered, from time to time, in order to accommodate it to the former.

 

In an absolute government, when there is no legal prince, who has a title to the throne, it may safely be determined to belong to the first occupant. Instances of this kind are but too frequent, especially in the eastern monarchies. When any race of princes expires, the will or destination of the last sovereign will be regarded as a title. Thus the edict of Lewis the XIVth, who called the bastard princes to the succession in case of the failure of all the legitimate princes, would, in such an event, have some authority. [16] Thus the will of Charles the Second disposed of the whole Spanish monarchy. The cession of the ancient proprietor, especially when joined to conquest, is likewise deemed a good title. The general obligation, which binds us to government, is the interest and necessities of society; and this obligation is very strong. The determination of it to this or that particular prince or form of government is frequently more uncertain and dubious. Present possession has considerable authority in these cases, and greater than in private property; because of the disorders which attend all revolutions and changes of government.

 

We shall only observe, before we conclude, that, though an appeal to general opinion may justly, in the speculative sciences of metaphysics, natural philosophy, or astronomy, be deemed unfair and inconclusive, yet in all questions with regard to morals, as well as criticism, there is really no other standard, by which any controversy can ever be decided. And nothing is a clearer proof, that a theory of this kind is erroneous, than to find, that it leads to paradoxes, repugnant to the common sentiments of mankind, and to the practice and opinion of all nations and all ages. The doctrine, which founds all lawful government on an original contract, or consent of the people, is plainly of this kind; nor has the most noted of its partizans, in prosecution of it, scrupled to affirm, that absolute monarchy is inconsistent with civil society, and so can be no form of civil government at all [17] and that the supreme power in a state cannot take from any man, by taxes and impositions, any part of his property, without his own consent or that of his representatives. [18] What authority any moral reasoning can have, which leads into opinions so wide of the general practice of mankind, in every place but this single kingdom, it is easy to determine.

 

The only passage I meet with in antiquity, where the obligation of obedience to government is ascribed to a promise, is in Plato’s Crito: where Socrates refuses to escape from prison, because he had tacitly promised to obey the laws. Thus he builds a tory consequence of passive obedience, on a whig foundation of the original contract.

 

New discoveries are not to be expected in these matters. If scarce any man, till very lately, ever imagined that government was founded on compact, it is certain, that it cannot, in general, have any such foundation.

 

The crime of rebellion among the ancients was commonly expressed by the terms neoterizein [19], novas res moliri.



[1]              Une Elisabeth ou un Henri IV de France (dans les éditions 1748 à 1768).

[2]              Ce qui est entre crochets a été ajouté dans l’édition de 1770. (NdT)

[3]              Lib. ii. cap. 38.

[4]              craft : art, métier, activité mais aussi ruse. (NdT)

[5]              Ce paragraphe a été ajouté en 1777. (NdT)

[6]              La deuxième moitié de cette phrase a été ajoutée en 1753. (NdT)

[7]              L’édition de 1748 omet le passage qui va de cette phrase à  « monarchies orientales », plus bas, et le remplace par : «Discuter de ces points nous entraînerait largement au-delà des limites de ces essais. Il suffit, pour notre propos actuel, de pouvoir déterminer en général le fondement de cette allégeance due au gouvernement établi dans tout royaume et dans tout Commonwealth. Quand il n’y a aucun prince légitime possédant un titre pour régner, je crois qu’on peut sans problème déterminer que le trône appartient au premier occupant. Ce fut fréquemment le cas dans l’Empire romain. » (The Discussion of these Matters would lead us entirely beyond the Compass of these Essays. 'Tis sufficient for our present Purpose, if we have been able to determine, in general, the Foundation of that Allegiance, which is due to the established Government, in every Kingdom and Commonwealth. When there is no legal Prince, who has a Title to a Throne, I believe it may safely be determined to belong to the first Occupier. This was frequently the Case with the roman Empire.(NdT)

[8]              « admet » (Editions 1753 à 1768)(NdT)

[9]              Exemple pris par Hume au livre III du Traité de la nature humaine. (NdT)

[10]            Herodian, lib. ii.

[11]            Julius Capitolinus, Maximus and Balbinus, sec. 14, in Scriptores Historiae Augustae: « Entre-temps, Gordien César fut soulevé par ses soldats et appelé empereur car il n’y avait personne d’autre. » (NdT).

[12]            Il est remarquable que, dans la remontrance faite par le duc de Bourbon et les princes légitimes contre l’édit de Louis XIV, on insiste, même dans ce gouvernement absolu, sur la doctrine du contrat originel. La nation française, disent-ils, en choisissant Hugues Capet et ses descendants pour régner sur les sujets et leurs descendants, s’est réservé le droit tacite de choisir une nouvelle famille royale si la précédente lignée faisait défaut. Appeler les princes bâtards sur le trône sans le consentement de la nation, c’est violer ce droit.  Mais le comte de Boulainvilliers, qui écrivit en faveur des princes bâtards, ridiculisa cette idée d’un contrat originel, surtout appliquée à Hugues Capet qui monta sur le trône, dit-il, par les mêmes artifices qu’employèrent tous les conquérants et les usurpateurs. Il est vrai que, quand il fut en possession du titre, il le fit reconnaître par les Etats, mais est-ce là un choix ou un contrat ? Le comte de Boulainvilliers, nous pouvons le signaler, était un républicain notoire mais c’était un érudit qui connaissait bien l’histoire et qui savait que le peuple ne fut presque jamais consulté dans ces révolutions et ces nouveaux établissements et que le temps seul donnait un droit et une autorité à ce qui avait été communément fondé à l’origine sur la force et la violence. Voyez Etat de la France, vol.iii.

[13]            Locke sur le gouvernement, chap.xi, §§ 138,139,140.

[14]            En caractères grecs dans le texte. (NdT)

[15]            Innover, entreprendre de nouvelles choses. (NdT)

[16]            It is remarkable, that, in the remonstrance of the duke of Bourbon and the legitimate princes, against this destination of Louis the XIVth, the doctrine of the original contract is insisted on, even in that absolute government. The french nation, say they, chusing Hugh Capet and his posterity to rule over them and their posterity, where the former line fails, there is a tacit right reserved to choose a new royal family; and this right is invaded by calling the bastard princes to the throne, without the consent of the nation. But the Comte de Boulainvilliers, who wrote in defence of the bastard princes, ridicules this notion of an original contract, especially when applied to Hugh Capet; who mounted the throne, says he, by the same arts, which have ever been employed by all conquerors and usurpers. He got his title, indeed, recognized by the states after he had put himself in possession: But is this a choice or contract? The Comte de Boulainvilliers, we may observe, was a noted republican; but being a man of learning, and very conversant in history, he knew that the people were never almost consulted in these revolutions and new establishments, and that time alone bestowed right and authority on what was commonly at first founded on force and violence. See Etat de la France, Vol. III.

[17]            See Locke on Government, chap.vii.§90.

[18]            Locke on Government, chap.xi. §138,139,140.

[19]            En caractères grecs dans le texte. (NdT)