PHILOTRADavid Hume

Essai sur l’épicurien.

Traduit par Philippe Folliot (2007)
professeur au lycée Jehan Ango de Dieppe

 

 De

 

THE EPICUREAN

in

Essays & Treatises on several subjects

In two volumes

Containing

Essays, moral, political, and literary

A new edition

LONDON

Printed for A. Millar, in the Strand;

and

  1. Kincaid and A. Donaldson, at Edinburgh

MDCCLXIV.
1ère édition de cet essai : 1742

 

 

Voir fac-similé

La traduction de P. Folliot

Le texte anglais

 

 

 

 

 

 

A Inès [1]

 

 

 

 

 

Essai sur l’épicurien.

 

L’épicurien [2]

 

            C’est une grande mortification pour la vanité de l’homme que les plus grands progrès de son art et de son industrie ne puissent jamais égaler la plus misérable production de la nature, que ce soit pour la beauté ou pour la valeur. L’art n’est qu’un travailleur subalterne et il est employé pour donner quelques touches d’embellissement à ces pièces qui viennent de la main du maître. Une partie de la draperie peut venir de son dessin mais il n’est pas autorisé à toucher à la figure principale. L’art peut faire un ensemble vestimentaire mais la nature produit un homme.

 

            Même pour ces productions appelées couramment oeuvres d’art, nous voyons que les plus sublimes du genre doivent leur beauté principale à la force et à l’heureuse influence de la nature. C’est à l’enthousiasme naturel des poètes que nous sommes redevables de tout ce qui est admirable dans leurs productions. Le plus grand génie, quand la nature lui fait à un moment défaut (car elle n’est pas constante), jette au loin sa lyre et n’espère pas, par les règles de l’art, atteindre cette divine harmonie qui doit provenir de la seule inspiration. Comme sont pauvres ces chants où un heureux flot de fantaisie [3] n’a pas fourni à l’art des matériaux à embellir et à raffiner !

 

            Mais, de tous ces essais infructueux de l’art, aucun n’est aussi ridicule que celui que des philosophes sévères [4] ont entrepris, produire un bonheur artificiel et nous rendre contents par des règles de la raison et de la réflexion. Pourquoi aucun d’eux n’a-t-il réclamé la récompense que XERXES avait promise à celui qui inventerait un nouveau plaisir ? A moins, peut-être, qu’ils n’aient inventé tant de nouveaux plaisirs pour leur propre usage qu’ils aient méprisé les richesses, n’ayant nul besoin des jouissances que les récompenses que ce monarque pouvaient leur donner ! En vérité, je suis enclin à penser qu’ils ne voulaient pas fournir à la cour de PERSE un nouveau plaisir en présentant un objet de ridicule si nouveau et si inhabituel. Leurs spéculations, quand elles se limitaient à la théorie et qu’elles étaient enseignées avec gravité dans les écoles de GRECE pouvaient exciter l’admiration de leurs élèves ignorants mais essayer de mettre de tels principes en pratique aurait vite trahi leur absurdité.

 

            Vous prétendez me rendre heureux par la raison et par les règles de l’art. Vous devez donc me récréer par ces règles car c’est de ma constitution et de ma structure originelles que dépend mon bonheur. Mais vous manquez du pouvoir de faire cela, et du talent aussi, j’en ai peur ! Je ne peux avoir une moindre opinion de la sagesse de la nature que de la vôtre. Laissez-la diriger la machine qu’elle a si sagement organisée. Je pense que je ne pourrais que la gâcher par mon mauvais bricolage.

                       

            Dans quel but prétendrais-je régler, purifier et fortifier l’un de ces ressorts ou de ces principes que la nature a implantés en moi ? Est-ce suivant cette voie que je dois atteindre le bonheur ? Mais le bonheur implique l’aise, le contentement, le repos et le plaisir, non la vigilance, le souci et la fatigue. La santé de mon corps consiste en la facilité avec laquelle toutes ses opérations sont exécutées. L’estomac digère les aliments, le cœur fait circuler le sang, le cerveau sépare et purifie les esprits et tout cela sans que je me soucie de cette affaire. Si, par ma seule volonté, je pouvais stopper le sang qui circule avec impétuosité dans les veines, pourrais-je alors espérer changer le cours de mes sentiments et de mes passions ? C’est en vain que je forcerais mes facultés et que je tenterais de recevoir du plaisir d’un objet qui n’est pas propre par nature à affecter plaisamment mes organes. Je puis me faire souffrir par des efforts stériles mais je n’atteindrai jamais aucun plaisir.

 

            Au loin donc toutes ces vaines prétentions à nous rendre heureux en nous-mêmes, à nous réjouir de nos propres pensées et à nous satisfaire de la conscience de bien faire et de mépriser toute assistance et tout approvisionnement extérieurs. C’est la voix de l’ORGUEIL, non la voix de la nature. Ce serait bien si même cet orgueil pouvait se maintenir et communiquer un réel plaisir intérieur, même mélancolique ou sévère, mais cet impuissant orgueil ne peut rien faire de plus que de régler l’extérieur et, avec une infinité de peines et d’attentions, composer le langage et la contenance d’une dignité philosophique pour tromper le vulgaire ignorant. En attendant, le cœur est vide de toute joie et l’esprit, qui n’est pas soutenu par ses propres objets, sombre dans la tristesse et le chagrin les plus profonds. Malheureux mais vaniteux mortel ! Ton esprit, être heureux en lui-même ! Mais de quelles ressources est-il doté pour remplir un vide aussi immense et remplacer tous les sens du corps et toutes les facultés ? Ta tête peut-elle subsister sans tes autres membres [5] ? Dans une telle situation,

 

Quelle figure idiote doit-elle faire

A ne rien faire [6] que dormir et avoir mal.[7]

 

            Dans quelle léthargie ou dans quelle mélancolie ton esprit ne doit-il pas sombrer quand il est privé d’occupations et de jouissances extérieures !

 

            Ne me gardez donc pas plus longtemps dans ce violent enfermement, ne me confinez pas en moi-même mais montrez-moi les objets et les plaisirs qui offrent la principale jouissance. Mais pourquoi irais-je me fier à vous, sages fiers et ignorants, pour que vous me montriez le chemin du bonheur ! Laissez-moi consulter mes propres passions et mes propres inclinations. C’est en elles que je dois lire les prescriptions de la nature, non dans vos discours frivoles.

 

            Mais voyez : répondant à mes vœux, le divin [8], l’aimable PLAISIR [9], l’amour suprême des DIEUX et des hommes s’avance vers moi. A son approche, mon cœur bat d’une douce chaleur, tous mes sens et toutes mes facultés fondent de joie pendant qu’il répand autour de moi tous les agréments du printemps et tous les trésors de l’automne. La mélodie de sa voix charme mes oreilles de la plus douce musique tandis qu’il m’invite à partager les délicieux fruits qu’il me présente avec un sourire qui répand de la splendeur dans les cieux  et sur la terre. Les CUPIDONS folâtres qui l’accompagnent ou m’éventent de leurs ailes parfumées, ou versent sur mon visage des huiles enivrantes [10] ou m’offrent leur nectar pétillant dans des gobelets d’or. Ô ! Laissez-moi pour toujours étendre mes membres sur ce lit de roses et ainsi, ainsi [11] sentir les délicieux moments qui s’écoulent à pas doux et feutrés. Mais sort cruel ! Où vous envolez-vous si vite ? Pourquoi mes désirs ardents et cette abondance de plaisirs, sous lesquels vous oeuvrez, hâtent-ils plutôt qu’ils ne retardent votre marche implacable ? Souffrez que je jouisse de ce doux repos après m’être tant fatigué à rechercher le bonheur. Souffrez que je me gorge de ces délices après avoir souffert une abstinence aussi longue et aussi insensée.

 

Mais il n’en sera pas ainsi. Les roses ont perdu leur teinte, le fruit sa saveur et ce délicieux vin dont le bouquet, il y a encore peu de temps, grisait tous mes sens d’un tel délice sollicite désormais un palais saturé. Le plaisir sourit de ma langueur. Il appelle sa sœur, la vertu, pour qu’elle me vienne en aide. La gaie et divertissante vertu répond à l’appel et amène avec elle toute la bande de mes joyeux amis. Bienvenue, mes toujours chers compagnons, trois fois bienvenue à ce somptueux repas sous les tonnelles ombragées. Votre présence a redonné à la rose sa couleur et au fruit sa saveur. Les vapeurs du pétillant nectar enveloppent de nouveau mon cœur tandis que vous partagez mes délices et que vos regards contents montrent le plaisir que vous apportent mon bonheur et ma satisfaction. C’est le même plaisir que je reçois de vous et, encouragé par votre joyeuse présence, je reprends la fête dont, par trop de jouissance, mes sens étaient sur le point d’être saturés quand l’esprit n’allait pas au même pas que le corps et n’offrait pas de repos à son partenaire accablé.

 

C’est dans nos entretiens cordiaux mieux que dans les raisonnements formels des écoles qu’on trouve la véritable sagesse, c’est dans la tendre amitié mieux que dans les creuses discussions des hommes d’Etat et des prétendus patriotes que se déploie la véritable vertu. Oublieux du passé, confiants en l’avenir, jouissons maintenant du présent et, tant que nous existons encore, fixons-nous un bien au-delà du sort et de la fortune. Demain apportera avec lui ses propres plaisirs ou, s’il déçoit nos chers souhaits [12], du moins jouirons-nous du plaisir de réfléchir aux plaisirs d’aujourd’hui.

 

Ne craignez pas, mes amis, que la dissonance barbare de BACCHUS et de ses noceurs n’interrompe ce divertissement et ne nous trouble avec ses plaisirs turbulents et bruyants. Les joyeuses muses veillent tout près et, par leur symphonie charmeuse qui suffit à adoucir les loups et les tigres du désert sauvage, elles insufflent une douce joie dans toutes les poitrines. Paix, harmonie et concorde règnent dans cette retraite et le silence n’est rompu que par la musique de nos chants et les accents cordiaux de nos voix amicales.

 

Mais écoutez ! Le favori des muses, le gentil Damon joue de la lyre et, pendant qu’il accompagne ses notes harmonieuses de son chant encore plus harmonieux, il nous inspire la même heureuse débauche de fantaisie [13] que celle dont il est lui-même transporté. « Vous, heureuse jeunesse, chante-t-il, vous, favoris des cieux [14], tandis que le printemps voluptueux verse sur vous toutes les faveurs de la floraison [15], ne laissez pas la gloire vous séduire de son éclat illusoire au point de passer dans les périls et les dangers cette délicieuse saison, la fleur de votre jeunesse. La sagesse vous indique le chemin du plaisir, la nature vous fait signe de la suivre sur ce doux sentier fleuri. Fermerez-vous vos oreilles à leurs commandements ? Durcirez-vous votre cœur devant leurs doux attraits ? Ô ! Mortels abusés, allez-vous donc perdre votre jeunesse, allez-vous donc rejeter un présent si inestimable, allez-vous donc gâcher une bénédiction si éphémère ? Examinez bien votre récompense. Considérez cette gloire qui attire tant vos cœurs fiers et qui vous séduit par vos propres louanges. C’est un écho, un rêve, que dis-je ! l’ombre d’un rêve, dissipée à tout vent, perdue par tout souffle contraire d’une multitude ignorante et incapable de bien juger. Vous ne craignez pas que la mort elle-même vous la ravisse. Mais voyez ! Tant que vous vivez encore, la calomnie vous en prive, l’ignorance la néglige, la nature n’en jouit pas. Seule la fantaisie [16], renonçant à tout plaisir, reçoit cette vaine récompense, vide et instable comme elle. »

 

Ainsi passent imperceptiblement les heures qui entraînent à leur suite voluptueuse tous les plaisirs des sens et toutes les joies de l’harmonie et de l’amitié. L’innocence souriante clôt le cortège et, tandis qu’elle se présente à nos yeux ravis, elle embellit toute la scène et fait que la vue de ces plaisirs nous transporte autant quand ils sont pour nous passés que quand, avec leur visage rieur, ils s’avançaient vers nous.

 

Mais le soleil s’est couché derrière l’horizon et l’obscurité, nous enveloppant silencieusement, a maintenant couvert d’une ombre complète la nature entière. « Réjouissez-vous, mes amis, continuez votre repas ou échangez-le contre un doux repos. Même si je suis absent, votre joie et votre tranquillité seront encore miennes. » Mais où allez-vous ? Quels nouveaux plaisirs vous appellent hors de notre société ? Y a-t-il quelque chose d’agréable sans vos amis ? Quelque chose peut-il plaire que nous ne partageons pas ? « Oui, mes amis, la joie que je recherche maintenant n’admet pas votre participation. Seul ici, je souhaite votre absence ; et seul ici, je puis trouver une compensation à la perte de votre compagnie. »

 

Mais à peine me suis-je avancé à travers les arbres de l’épais bois qui répand une nuit profonde [17] autour de moi que, me semble-t-il, j’aperçois dans l’obscurité la charmante Célia, la maîtresse de mes désirs, qui erre d’impatience entre les arbres et qui, en avance sur l’heure fixée, gronde en silence contre le retard de mes pas. Mais la joie qu’elle reçoit de ma présence plaide au mieux pour mon excuse et, dissipant toute inquiétude et toute idée de colère, ne laisse place qu’à la joie et l’extase mutuelles. Avec quels mots, ma belle, pourrais-je exprimer ma tendresse ou dépeindre les émotions qui réchauffent maintenant mon cœur transporté ? Les mots sont trop faibles pour dire mon amour et si, hélas, vous ne sentez pas la même flamme en vous, en vain tenterais-je de vous en communiquer une juste conception. Mais chacun de vos mots, chacun de vos mouvements suffit à dissiper ce doute et, tandis que ces mots et ces mouvements expriment votre passion, ils servent aussi à enflammer la mienne. Que cette solitude, ce silence et cette obscurité sont aimables ! Rien n’importune alors notre âme ravie. La pensée, les sens, tout est rempli de ce bonheur mutuel qui possède l’esprit et qui donne un plaisir que les mortels abusés cherchent en vain en tout autre jouissance.

 

Mais pourquoi votre cœur soupire-t-il de cette façon pendant que des larmes baignent vos joues rougies ? Pourquoi troubler votre cœur avec de telles angoisses ? Pourquoi me demander si souvent : Combien de temps mon amour durera-t-il encore ? Hélas, ma Célia, suis-je capable de répondre à cette question ? Sais-je combien encore durera ma vie ? Mais cela trouble-t-il aussi votre tendre poitrine ? L’image de notre fragile condition de mortels est-elle à jamais présente en vous pour refroidir vos heures les plus gaies et empoisonner même ces joies que l’amour inspire ? Considérez plutôt que, si la vie est fragile, si la jeunesse est éphémère, vous devez bien employer le moment présent et ne perdre aucune partie d’une existence si précaire. Un moment encore et ceux-ci ne seront plus. Nous serons comme si nous n’avions jamais été. Pas un souvenir de nous ne restera sur la Terre et même les ombres fabuleuses d’ici-bas ne nous offriront pas un toit. Nos stériles angoisses, nos vains projets et nos incertaines spéculations seront engloutis et perdus. Nos doutes présents sur la cause originelle de toutes choses ne seront, hélas, jamais résolus. Cela seul dont nous puissions être certains, c’est que, si un esprit souverain préside à toutes choses, il doit se réjouir de nous voir remplir les fins de notre être et jouir de ce plaisir pour lequel seul nous avons été créés. Que cette réflexion tranquillise votre esprit angoissé mais qu’elle ne rende pas vos joies trop sérieuses en y demeurant toujours. Il suffit de connaître une bonne fois cette philosophie pour donner une liberté sans bornes à l’amour et à la gaieté et pour chasser tous les scrupules d’une vaine superstition. Tant que la jeunesse et la passion nous inspirent d’ardents désirs, ma belle, nous devons trouver de plus joyeux sujets de conversation et mêler nos caresses amoureuses.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le texte anglais de Hume

 

 

The Epicurean [18]

          It is a great mortification to the vanity of man, that his utmost art and industry can never equal the meanest of nature’s productions, either for beauty or value. Art is only the under-workman, and is employed to give a few strokes of embellishment to those pieces, which come from the hand of the master. Some of the drapery may be of his drawing; but he is not allowed to touch the principal figure. Art may make a suit of clothes: But nature must produce a man.

 

           Even in those productions, commonly denominated works of art, we find that the noblest of the kind are beholden for their chief beauty to the force and happy influence of nature. To the native enthusiasm of the poets, we owe whatever is admirable in their productions. The greatest genius, where nature at any time fails him, (for she is not equal) throws aside the lyre, and hopes not, from the rules of art, to reach that divine harmony, which must proceed from her inspiration alone. How poor are those songs, where a happy flow of fancy has not furnished materials for art to embellish and refine!

 

          But of all the fruitless attempts of art, no one is so ridiculous, as that which the severe philosophers have undertaken, the producing of an artificial happiness, and making us be pleased by rules of reason, and by reflection. Why did none of them claim the reward, which Xerxes promised to him, who should invent a new pleasure? Unless, perhaps, they invented so many pleasures for their own use, that they despised riches, and stood in no need of any enjoyments, which the rewards of that monarch could procure them. I am apt, indeed, to think, that they were not willing to furnish the Persian court with a new pleasure, by presenting it with so new and unusual an object of ridicule. Their speculations, when confined to theory, and gravely delivered in the schools of Greece, might excite admiration in their ignorant pupils: But the attempting to reduce such principles to practice would soon have betrayed their absurdity.

 

          You pretend to make me happy by reason, and by rules of art. You must, then, create me anew by rules of art. For on my original frame and structure does my happiness depend. But you want power to effect this; and skill too, I am afraid: Nor can I entertain a less opinion of nature’s wisdom than of yours. And let her conduct the machine, which she has so wisely framed. I find, that I should only spoil it by my tampering.

 

          To what purpose should I pretend to regulate, refine, or invigorate any of those springs or principles, which nature has implanted in me? Is this the road by which I must reach happiness? But happiness implies ease, contentment, repose, and pleasure; not watchfulness, care, and fatigue. The health of my body consists in the facility, with which all its operations are performed. The stomach digests the aliments: The heart circulates the blood: The brain separates and refines the spirits: And all this without my concerning myself in the matter. When by my will alone I can stop the blood, as it runs with impetuosity along its canals, then may I hope to change the course of my sentiments and passions. In vain should I strain my faculties, and endeavour to receive pleasure from an object, which is not fitted by nature to affect my organs with delight. I may give myself pain by my fruitless endeavours; but shall never reach any pleasure.

 

          Away then with all those vain pretences of making ourselves happy within ourselves, of feasting on our own thoughts, of being satisfied with the consciousness of well-doing, and of despising all assistance and all supplies from external objects. This is the voice of Pride, not of Nature. And it were well, if even this pride could support itself, and communicate a real inward pleasure, however melancholy or severe. But this impotent pride can do no more than regulate the outside; and with infinite pains and attention compose the language and countenance to a philosophical dignity, in order to deceive the ignorant vulgar. The heart, mean while, is empty of all enjoyment: And the mind, unsupported by its proper objects, sinks into the deepest sorrow and dejection. Miserable, but vain mortal! Thy mind be happy within itself! With what resources is it endowed to fill so immense a void, and supply the place of all thy bodily senses and faculties? Can thy head subsist without thy other members? In such a situation,

 

What foolish figure must it make?

Do nothing else but sleep and ake.

 

          Into such a lethargy, or such a melancholy, must thy mind be plunged, when deprived of foreign occupations and enjoyments.

 

          Keep me, therefore, no longer in this violent constraint. Confine me not within myself; but point out to me those objects and pleasures, which afford the chief enjoyment. But why do I apply to you, proud and ignorant sages, to shew me the road to happiness? Let me consult my own passions and inclinations. In them must I read the dictates of nature; not in your frivolous discourses.

 

          But see, propitious to my wishes, the divine, the amiable Pleasure [19], the supreme love of GODS and men, advances towards me. At her approach, my heart beats with genial heat, and every sense and every faculty is dissolved in joy; while she pours around me all the embellishments of the spring, and all the treasures of the autumn. The melody of her voice charms my ears with the softest music, as she invites me to partake of those delicious fruits, which, with a smile that diffuses a glory on the heavens and the earth, she presents to me. The sportive Cupids, who attend her, or fan me with their odoriferous wings, or pour on my head the most fragrant oils, or offer me their sparkling nectar in golden goblets. O! for ever let me spread my limbs on this bed of roses, and thus, thus feel the delicious moments, with soft and downy steps, glide along. But cruel chance! Whither do you fly so fast? Why do my ardent wishes, and that load of pleasures, under which you labour, rather hasten than retard your unrelenting pace? Suffer me to enjoy this soft repose, after all my fatigues in search of happiness. Suffer me to satiate myself with these delicacies, after the pains of so long and so foolish an abstinence.

 

          But it will not do. The roses have lost their hue: The fruit its flavour: And that delicious wine, whose fumes, so late, intoxicated all my senses with such delight, now solicits in vain the sated palate. Pleasure smiles at my languor. She beckons her sister, Virtue, to come to her assistance. The gay, the frolic Virtue observes the call, and brings along the whole troop of my jovial friends. Welcome, thrice welcome, my ever dear companions, to these shady bowers, and to this luxurious repast. Your presence has restored to the rose its hue, and to the fruit its flavour. The vapours of this sprightly nectar now again play around my heart; while you partake of my delights, and discover in your chearful looks, the pleasure which you receive from my happiness and satisfaction. The like do I receive from yours; and encouraged by your joyous presence, shall again renew the feast, with which, from too much enjoyment, my senses were well nigh sated; while the mind kept not pace with the body, nor afforded relief to her o’erburthened partner.

 

          In our chearful discourses, better than in the formal reasonings of the schools, is true wisdom to be found. In our friendly endearments, better than in the hollow debates of statesmen and pretended patriots, does true virtue display itself. Forgetful of the past, secure of the future, let us here enjoy the present; and while we yet possess a being, let us fix some good, beyond the power of fate or fortune. To-morrow will bring its own pleasures along with it: Or should it disappoint our fond wishes, we shall at least enjoy the pleasure of reflecting on the pleasures of to-day.

 

          Fear not, my friends, that the barbarous dissonance of Bacchus, and of his revellers, should break in upon this entertainment, and confound us with their turbulent and clamorous pleasures. The sprightly muses wait around; and with their charming symphony, sufficient to soften the wolves and tygers of the savage desert, inspire a soft joy into every bosom. Peace, harmony and concord reign in this retreat; nor is the silence ever broken but by the music of our songs, or the chearful accents of our friendly voices.

 

          But hark! the favourite of the muses, the gentle Damon, strikes the lyre; and while he accompanies its harmonious notes with his more harmonious song, he inspires us with the same happy debauch of fancy, by which he is himself transported. “Ye happy youth,” he sings, “Ye favoured of heaven [20], while the wanton spring pours upon you all her blooming honours, let not glory seduce you, with her delusive blaze, to pass in perils and dangers this delicious season, this prime of life. Wisdom points out to you the road to pleasure: Nature too beckons you to follow her in that smooth and flowery path. Will you shut your ears to their commanding voice? Will you harden your heart to their soft allurements? Oh, deluded mortals, thus to lose your youth, thus to throw away so invaluable a present, to trifle with so perishing a blessing. Contemplate well your recompence. Consider that glory, which so allures your proud hearts, and seduces you with your own praises. It is an echo, a dream, nay the shadow of a dream, dissipated by every wind, and lost by every contrary breath of the ignorant and ill-judging multitude. You fear not that even death itself shall ravish it from you. But behold! while you are yet alive, calumny bereaves you of it; ignorance neglects it; nature enjoys it not; fancy alone, renouncing every pleasure receives this airy recompence, empty and unstable as herself.”

 

          Thus the hours pass unperceived along, and lead in their wanton train all the pleasures of sense, and all the joys of harmony and friendship. Smiling innocence closes the procession; and while she presents herself to our ravished eyes, she embellishes the whole scene, and renders the view of these pleasures as transporting, after they have past us, as when, with laughing countenances, they were yet advancing towards us.

 

          But the sun has sunk below the horizon; and darkness, stealing silently upon us, has now buried all nature in an universal shade. “Rejoice, my friends, continue your repast, or change it for soft repose. Though absent, your joy or your tranquillity shall still be mine.” But whither do you go? Or what new pleasures call you from our society? Is there aught agreeable without your friends? And can aught please, in which we partake not? “Yes, my friends; the joy which I now seek, admits not of your participation. Here alone I wish your absence: And here alone can I find a sufficient compensation for the loss of your society.”

 

          But I have not advanced far through the shades of the thick wood, which spreads a double night around me, ere, me-thinks, I perceive through the gloom, the charming Cælia, the mistress of my wishes, who wanders impatient through the grove, and preventing the appointed hour, silently chides my tardy steps. But the joy, which she receives from my presence, best pleads my excuse; and dissipating every anxious and every angry thought, leaves room for nought but mutual joy and rapture. With what words, my fair one, shall I express my tenderness, or describe the emotions which now warm my transported bosom! Words are too faint to describe my love; and if, alas! you feel not the same flame within you, in vain shall I endeavour to convey to you a just conception of it. But your every word and every motion suffice to remove this doubt; and while they express your passion, serve also to enflame mine. How amiable this solitude, this silence, this darkness! No objects now importune the ravished soul. The thought, the sense, all full of nothing but our mutual happiness, wholly possess the mind, and convey a pleasure, which deluded mortals vainly seek for in every other enjoyment.

 

          But why does your bosom heave with these sighs, while tears bathe your glowing cheeks? Why distract your heart with such vain anxieties? Why so often ask me, How long my love shall yet endure? Alas, my Cælia, can I resolve this question? Do I know how long my life shall yet endure? But does this also disturb your tender breast? And is the image of our frail mortality for ever present with you, to throw a damp on your gayest hours, and poison even those joys which love inspires? Consider rather, that if life be frail, if youth be transitory, we should well employ the present moment, and lose no part of so perishable an existence. Yet a little moment and these shall be no more. We shall be, as if we had never been. Not a memory of us be left upon earth; and even the fabulous shades below will not afford us a habitation. Our fruitless anxieties, our vain projects, our uncertain speculations shall all be swallowed up and lost. Our present doubts, concerning the original cause of all things, must never, alas! be resolved. This alone we may be certain of, that, if any governing mind preside, he must be pleased to see us fulfil the ends of our being, and enjoy that pleasure, for which alone we were created. Let this reflection give ease to your anxious thoughts; but render not your joys too serious, by dwelling for ever upon it. It is sufficient, once, to be acquainted with this philosophy, in order to give an unbounded loose to love and jollity, and remove all the scruples of a vain superstition: But while youth and passion, my fair one, prompt our eager desires, we must find gayer subjects of discourse, to intermix with these amorous caresses.

 

 

 

 



[1]              Dédicace du traducteur.

[2]              Note de Hume : « Ou l’homme d’élégance et de plaisir. Mon intention, dans cet essai et dans les trois suivants, n’est pas tant d’expliquer précisément les opinions des sectes de la philosophie antique que de livrer les opinions des sectes qui se forment naturellement dans le monde et nourrissent des idées différentes sur la vie et le bonheur humains. J’ai donné à chacune le nom de la secte philosophique avec laquelle elle a le plus d’affinités. »

[3]              « fancy » : fantaisie ou imagination. (NdT)

[4]              On ne peut s’empêcher de penser à Descartes employant la même expression pour désigner les stoïciens. (NdT)

[5]              Matthew Prior écrit, dans le poème dont les références sont données ci-dessous : « Que peut faire seule la tête ? ». (NdT)

[6]              La répétition est voulue par le traducteur.

[7]              Extrait du poème « Alma, ou le progrès de l’esprit » de Matthew Prior. Sur l’influence de Prior sur Hume, on peut consulter, dans les Hume Studies, l’article de Christopher MacLachlan : « Hume and Matthew Prior’s Alma. »  (NdT)

[8]              « divina voluptas », disait Lucrèce dans son De nature rerum. (NdT)

[9]              Lucrèce : Dia Voluptas (note de Hume).

[10]             Le mot utilisé par Hume est « flagrant ». Ce mot renvoie originellement au feu. Il faut entendre ici que les sens sont « enflammés ». Ces huiles sont bien sûr des eaux parfumées. (NdT)

[11]             Répétition volontaire de Hume. (NdT)

[12]             Traduction incertaine de « fond wishes » car le mot « fond », associé à l’espoir ou au souhait, peut signifier « crédule, naïf ». (NdT)

[13]             « fancy » : fantaisie ou imagination. (NdT)

[14]             Une imitation du Chant des Sirènes du Tasse.

"O Giovinetti, mentre APRILE & MAGGIO
V' ammantan di fiorité & verde spoglie," &c.

Giuresalemme liberata, Canto 14. (Note de Hume)

[15]             Passage assez délicat : « while the wanton spring pours upon you all her blooming honours ». Le lecteur comprend que la jeunesse doit, conformément à la nature, s’ouvrir au plaisir mais l’expression « blooming honours » est de traduction difficile. (NdT)

[16]             « fancy » : fantaisie ou imagination. (NdT)

[17]             Traduction incertaine de « double night ». (NdT)

[18]             Or, The man of elegance and pleasure. The intention of this and the three following essays is not so much to explain accurately the sentiments of the ancient sects of philosophy, as to deliver the sentiments of sects, that naturally form themselves in the world, and entertain different ideas of human life and of happiness. I have given each of them the name of the philosophical sect, to which it bears the greatest affinity.  (Note de Hume)

[19]             Dia Voluptas. Lucret. (Note de Hume)

[20]         An imitation of the SYRENS song in TASSO.
              
"O Giovinetti, mentre APRILE & MAGGIO
               V' ammantan di fiorité & verde spoglie," &c.

Giuresalemme liberata, Canto 14.