David Hume

PHILOTRA

De la simplicité et du raffinement dans l’écriture

Traduit par Philippe Folliot (novembre 2009)
Professeur de Philosophie au lycée Jehan Ango de Dieppe

 

 A partir de

 

OF SIMPLICITY AND REFINEMENT IN WRITING

 

Essays, Moral and Political

1742 (1ère publication)

Edinburgh. A. Kincaid

 

 

 

Edition de travail :

Essays : Moral, Political and Literary

Edited by Henry Frowde

Edinburg and Glasgow

1903-1904

 

 

 

 

 

 

La traduction

Le texte anglais

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

De la simplicité et du raffinement dans l’écriture

 

 

            (196) [1] Les beaux écrits, [2] selon M. Addison, [3] consistent en sentiments qui sont naturels sans être triviaux. [4] Il ne saurait y avoir une plus juste et plus concise définition des beaux écrits.

 

            Les sentiments qui ne sont que naturels ne touchent pas l’esprit avec plaisir et ne semblent pas dignes de notre attention. Les plaisanteries d’un batelier, les remarques d’un paysan, les grivoiseries d’un porte-faix ou d’un cocher de fiacre sont naturelles mais [5] désagréables. Quelle insipide comédie ferions-nous d’un bavardage devant une tasse de thé copié fidèlement et laborieusement ? Rien ne peut plaire aux personnes de goût, sinon la nature dessinée avec toutes ses grâces et tous ses ornements, la belle nature[6] Si vous copiez la vie du petit peuple, les traits doivent être forts et marquants et ils doivent transmettre à l’esprit une image vive. L’absurde naïveté [7] de Sancho Panza est représentée par Cervantès dans des couleurs si inimitables qu’elle divertit autant que le portrait du héros le plus magnanime ou de l’amant le plus tendre.

 

            Il en est de même pour les orateurs, les philosophes, les critiques ou pour tout auteur qui parle en son propre nom sans introduire d’autres locuteurs ou acteurs. Si sa langue n’est pas élégante, si ses observations ne sont pas hors du commun, si son analyse n’est pas puissante et virile, c’est en vain qu’il vantera son naturel et sa simplicité. Il peut être correct mais il ne sera jamais agréable. C’est le (197) malheur de ces auteurs qui ne sont jamais blâmés ou critiqués. La bonne fortune d’un livre n’est pas la bonne fortune d’un homme. Le chemin secret et trompeur de la vie dont parle Horace, fallentis semita vitae[8] peut être le sort le plus heureux pour l’un et le plus grand malheur qui puisse arriver à l’autre.

 

            D’un autre côté, les productions qui sont seulement surprenantes sans être naturelles ne peuvent jamais divertir l’esprit de façon durable. Peindre des chimères n’est pas, à proprement parler, copier ou imiter. On perd la justesse de la représentation et l’esprit est mécontent de trouver un tableau qui ne ressemble pas du tout à l’original. Les raffinements excessifs ne sont pas plus agréables dans le style épistolaire ou philosophique que dans le style épique ou tragique. Dans toutes les sortes de production, trop d’ornements est une faute. Les expressions rares, les puissants traits d’esprit, les comparaisons piquantes et les tours épigrammatiques, surtout quand il reviennent trop souvent, défigurent plus qu’ils n’embellissent le discours. De même que l’œil, quand il contemple un édifice gothique, est distrait par la multiplicité des ornements et perd la vue de l’ensemble par une attention trop précise aux détails, de même l’esprit, quand il lit un ouvrage qui regorge d’esprit, est fatigué et dégoûté de l’effort constant que fait l’auteur de briller et de surprendre. C’est le cas de ces auteurs dont les ouvrages débordent d’esprit, même si cet esprit, en lui-même, pourrait être juste et agréable. Il arrive généralement que de tels auteurs fassent appel à leurs ornements favoris, même quand le sujet ne s’y prête pas, et, à cause de cela, ils manifestent vingt traits d’esprits insipides pour une seule pensée vraiment belle.

 

            Dans le domaine de la critique, il n’existe pas de sujet plus étendu que celui du juste mélange de la simplicité et du raffinement dans les écrits et, donc, pour ne pas m’égarer dans un champ trop vaste, je me contenterai de quelques observations générales sur cette question.

 

            (198) Premièrement, je remarque que, bien que ces deux extrêmes doivent être évités et qu’un juste milieu doive être l’objet d’une étude dans toutes les productions, ce juste milieu ne se trouve pourtant pas en un point précis mais admet une latitude considérable. Considérez, à cet égard, la grande distance qu’on trouve entre M. Pope et Lucrèce. Ils semblent se tenir aux deux extrêmes du raffinement et de la simplicité auxquels un poète peut se livrer sans être coupable d’un excès blâmable. Tout cet intervalle peut être rempli par des poètes qui peuvent différer l’un de l’autre tout en étant aussi admirables, chacun dans son style particulier et sa manière particulière.  Corneille et Congreve, [9] qui poussent leur raffinement plus loin que M. Pope (dans la mesure où l’on peut comparer des poètes d’un genre aussi différent), et Sophocle et Térence, qui sont plus simples que Lucrèce, semblent être sortis de ce juste milieu où l’on trouve les plus parfaites productions et être coupables de certains excès dans ces deux extrêmes. De tous les grands poètes, Virgile et Racine, selon moi, se trouvent au plus près du centre et sont les plus éloignés des deux extrémités.

 

            Ma seconde remarque sur ce point est qu’il est très difficile, voire impossible, d’expliquer par des mots où se trouve le juste milieu entre les excès du raffinement et de la simplicité ou de donner une règle par laquelle nous puissions connaître précisément les limites entre la faute [de goût] et la beauté. Un critique peut discourir très judicieusement sur cette question sans instruire ses lecteurs, même sans comprendre parfaitement lui-même le sujet. Il n’existe pas de plus subtile critique que la Dissertation sur les Pastorales de Fontenelle, [10] où cet auteur, par un certain nombre de réflexions et de raisonnements philosophiques, tente de fixer le juste milieu qui convient à cette sorte d’écrits. Lisez les pastorales de cet auteur et vous serez convaincu que ce critique judicieux, malgré ses raisonnements subtils, a le goût faux et qu’il a fixé le point de perfection à un endroit (199) fort proche de l’extrême de raffinement que la poésie pastorale puisse tolérer. Les sentiments de ses bergères conviennent mieux aux toilettes de Paris [11] qu’aux forêts d’Arcadie. [12] Mais il est impossible de s’en rendre compte en voyant ses raisonnements critiques. Il blâme tous les excès dans la peinture et l’ornement autant que Virgile aurait pu le faire si ce grand poète avait écrit une dissertation sur cette sorte de poésie. Même si les goûts des hommes sont différents, leurs discours généraux sur ces sujets sont généralement identiques. Aucune critique ne saurait être constructive si elle ne va pas jusqu’aux détails et si elle n’est pas remplie d’exemples et d’illustrations. On admet de tous côtés que la beauté, tout comme la vertu, se trouve dans un juste milieu. Mais où ce milieu se trouve-t-il, voilà la grande question et on ne saurait y répondre de façon satisfaisante par des raisonnements généraux.

 

            Je donnerai comme troisième remarque sur ce sujet que nous devons davantage nous garder des excès du raffinement que des excès de la simplicité, et cela parce que le premier excès est moins beau et plus dangereux que le second.

 

            C’est une règle certaine que l’esprit [13] et la passion sont entièrement incompatibles. Quand les affections sont mues, il n’y a pas de place pour l’imagination. L’esprit de l’homme étant naturellement limité, il est impossible que toutes ses facultés puissent opérer en même temps et, plus l’une prédomine, moins il y a de place pour que les autres exercent leur vigueur. Pour cette raison, toutes les compositions qui peignent les hommes, les actions et les passions exigent un plus grand degré de simplicité que celles qui consistent en réflexions et observations. Comme les écrits de cette sorte sont plus aimables et plus beaux, on peut en toute sûreté, pour cette raison, donner la préférence à l’extrême de la simplicité sur l’extrême du raffinement.

 

            Nous pouvons aussi remarquer que les compositions que nous lisons le plus souvent et que tout le monde connaît par cœur se recommandent par leur simplicité et n’ont rien de surprenant dans la (200) pensée quand elles sont débarrassées de l’élégance de l’expression et de l’harmonie des nombres [14] dont elles sont revêtues. Si le mérite de la composition se trouve dans des traits d’esprit, elle peut frapper à première vue mais, à la seconde lecture, l’esprit anticipe la pensée et n’est plus touché par elle. Quand je lis une épigramme de Martial, [15] la première ligne me rappelle l’ensemble et je n’ai aucun plaisir à me répéter ce que je connais déjà. En revanche, chaque ligne, chaque mot de Catulle [16] a son mérite et je ne me lasse jamais de le lire. Il suffit de lire Cowley [17] une fois mais Parnell, [18] à la cinquième lecture, reste aussi frais qu’à la première. Il en est des livres comme des femmes. Une certaine simplicité de tenue et de manières est plus séduisante que l’éclat du maquillage, les airs et les toilettes qui peuvent éblouir les yeux mais ne nous touchent pas. Térence est une beauté modeste et pudique, à qui nous accordons tout parce qu’elle ne prétend à rien, et dont la pureté et le naturel font une impression durable, quoique non violente, sur nous.

 

Mais le raffinement, tout comme il est l’extrême le moins beau, est aussi l’extrême le plus dangereux dans lequel nous puissions tomber. La simplicité passe pour de la balourdise quand elle ne s’accompagne pas d’une grande élégance et d’une grande justesse. Au contraire, il y a quelque chose de surprenant dans une flambée de saillies et de traits d’esprit. Les lecteurs ordinaires en sont fortement frappés et ils s’imaginent faussement que c’est la façon d’écrire la plus difficile et la meilleure. Sénèque abonde en défauts agréables, dit Quintilien, abundat dulcibus vitiis[19] et, pour cette raison, il est d’autant plus dangereux et d’autant plus susceptible de pervertir la jeunesse et ceux qui ne réfléchissent pas.

 

J’ajouterai qu’il faut plus que jamais se garder aujourd’hui de l’excès de raffinement parce que c’est l’extrême dans lequel les hommes sont le plus susceptibles de tomber maintenant que le savoir a fait des progrès et que des écrivains éminents sont apparus dans toutes sortes de compositions. La volonté de plaire par la nouveauté (201) entraîne les hommes loin de la simplicité et de la nature et remplit leurs écrits d’affectations et de traits d’esprit. C’est ainsi que l’éloquence asiatique dégénéra de l’éloquence attique. [20] C’est ainsi que l’époque de Claude et de Néron devient si inférieure en goût et en génie à celle d’Auguste. Et peut-être existe-t-il aujourd’hui certains symptômes d’une semblable dégénérescence en France comme en Angleterre.

 

Fin de l’essai

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

OF SIMPLICITY AND REFINEMENT IN WRITING

 

Fine writing, according to Mr. Addison, consists of sentiments, which are natural, without being obvious. There cannot be a juster, and more concise definition of fine writing.

 

Sentiments, which are merely natural, affect not the mind with any pleasure, and seem not worthy of our attention. The pleasantries of a waterman, the observations of a peasant, the ribaldry of a porter or hackney coachman, all of these are natural, and disagreeable. What an insipid comedy should we make of the chit-chat of the tea-table, copied faithfully and at full length? Nothing can please persons of taste, but nature drawn with all her graces and ornaments, la belle nature; or if we copy low life, the strokes must be strong and remarkable, and must convey a lively image to the mind. The absurd naivety of Sancho Pancho is represented in such inimitable colours by Cervantes, that it entertains as much as the picture of the most magnanimous hero or softest lover.

 

The case is the same with orators, philosophers, critics, or any author who speaks in his own person, without introducing other speakers or actors. If his language be not elegant, his observations uncommon, his sense strong and masculine, he will in vain boast his nature and simplicity. He may be correct; but he never will be agreeable. It is the unhappiness of such authors, that they are never blamed or censured. The good fortune of a book, and that of a man, are not the same. The secret deceiving path of life, which Horace talks of, fallentis semita vitæ, may be the happiest lot of the one; but is the greatest misfortune, which the other can possibly fall into.

 

On the other hand, productions, which are merely surprising, without being natural, can never give any lasting entertainment to the mind. To draw chimeras is not, properly speaking, to copy or imitate. The justness of the representation is lost, and the mind is displeased to find a picture, which bears no resemblance to any original. Nor are such excessive refinements more agreeable in the espistolary or philosophic style, than in the epic or tragic. Too much ornament is a fault in every kind of production. Uncommon expressions, strong flashes of wit, pointed similies, and epigrammatic turns, especially when they recur too frequently, are a disfigurement, rather than any embellishment of discourse. As the eye, in surveying a Gothic building, is distracted by the multiplicity of ornaments, and loses the whole by its minute attention to the parts; so the mind, in perusing a work overstocked with wit, is fatigued and disgusted with the constant endeavour to shine and surprize. This is the case where a writer overabounds in wit, even though that wit, in itself, should be just and agreeable. But it commonly happens to such writers, that they seek for their favourite ornaments, even where the subject does not afford them; and by that means, have twenty insipid conceits for one thought which is really beautiful.

 

There is no subject in critical learning more copious than this, of the just mixture of simplicity and refinement in writing; and therefore, not to wander in too large a field, I shall confine myself to a few general observations on that head.

 

First, I observe, That though excesses of both kinds are to be avoided, and though a proper medium ought to be studied in all productions; yet this medium lies not in a point, but admits of a considerable latitude. Consider the wide distance, in this respect, between Mr. Pope and Lucretius. These seem to lie in the two greatest extremes of refinement and simplicity, in which a poet can indulge himself, without being guilty of any blameable excess. All this interval may be filled with poets, who may differ from each other, but may be equally admirable, each in his peculiar stile and manner. Corneille and Congreve, who carry their wit and refinement somewhat farther than Mr. Pope (if poets of so different a kind can be compared together), and Sophocles and Terence, who are more simple than Lucretius, seem to have gone out of that medium, in which the most perfect productions are found, and to be guilty of some excess in these opposite characters. Of all the great poets, Virgil and Racine, in my opinion, lie nearest the center, and are the farthest removed from both the extremities.

 

My second observation on this head is, That it is very difficult, if not impossible, to explain by words, where the just medium lies between the excesses of simplicity and refinement, or to give any rule by which we can know precisely the bounds between the fault and the beauty. A critic may not only discourse very judiciously on this head, without instructing his readers, but even without understanding the matter perfectly himself. There is not a finer piece of criticism than the dissertation on pastorals by Fontenelle; in which, by a number of reflections and philosophical reasonings, he endeavours to fix the just medium, which is suitable to that species of writing. But let any one read the pastorals of that author, and he will be convinced, that this judicious critic, notwithstanding his fine reasonings, had a false taste, and fixed the point of perfection much nearer the extreme of refinement than pastoral poetry will admit of. The sentiments of his shepherds are better suited to the toilettes of Paris, than to the forests of Arcadia. But this it is impossible to discover from his critical reasonings. He blames all excessive painting and ornament as much as Virgil could have done, had that great poet writ a dissertation on this species of poetry. However different the tastes of men, their general discourse on these subjects is commonly the same. No criticism can be instructive, which descends not to particulars, and is not full of examples and illustrations. It is allowed on all hands, that beauty, as well as virtue, always lies in a medium; but where this medium is placed, is the great question, and can never be sufficiently explained by general reasonings.

 

I shall deliver it as a third observation on this subject, That we ought to be more on our guard against the excess of refinement than that of simplicity; and that because the former excess is both less beautiful, and more dangerous than the latter.

 

It is a certain rule, that wit and passion are entirely incompatible. When the affections are moved, there is no place for the imagination. The mind of man being naturally limited, it is impossible that all its faculties can operate at once: And the more any one predominates, the less room is there for the others to exert their vigour. For this reason, a greater degree of simplicity is required in all compositions, where men, and actions, and passions are painted, than in such as consist of reflections and observations. And as the former species of writing is the more engaging and beautiful, one may safely, upon this account, give the preference to the extreme of simplicity above that of refinement.

 

We may also observe, that those compositions, which we read the oftenest, and which every man of taste has got by heart, have the recommendation of simplicity, and have nothing surprizing in the thought, when divested of that elegance of expression, and harmony of numbers, with which it is cloathed. If the merit of the composition lie in a point of wit; it may strike at first; but the mind anticipates the thought in the second perusal, and is no longer affected by it. When I read an epigram of Martial, the first line recalls the whole; and I have no pleasure in repeating to myself what I know already. But each line, each word in Catullus, has its merit; and I am never tired with the perusal of him. It is sufficient to run over Cowley once: But Parnel, after the fiftieth reading, is as fresh as at the first. Besides, it is with books as with women, where a certain plainness of manner and of dress is more engaging than that glare of paint and airs and apparel, which may dazzle the eye, but reaches not the affections. Terence is a modest and bashful beauty, to whom we grant every thing, because he assumes nothing, and whose purity and nature make a durable, though not a violent impression on us.

 

But refinement, as it is the less beautiful, so is it the more dangerous extreme, and what we are the aptest to fall into. Simplicity passes for dulness, when it is not accompanied with great elegance and propriety. On the contrary, there is something surprizing in a blaze of wit and conceit. Ordinary readers are mightily struck with it, and falsely imagine it to be the most difficult, as well as most excellent way of writing. Seneca abounds with agreeable faults, says Quintilian, abundat dulcibus vitiis; and for that reason is the more dangerous, and the more apt to pervert the taste of the young and inconsiderate.

 

I shall add, that the excess of refinement is now more to be guarded against than ever; because it is the extreme, which men are the most apt to fall into, after learning has made some progress, and after eminent writers have appeared in every species of composition. The endeavour to please by novelty leads men wide of simplicity and nature, and fills their writings with affectation and conceit. It was thus the Asiatic eloquence degenerated so much from the Attic: It was thus the age of Claudius and Nero became so much inferior to that of Augustus in taste and genius: And perhaps there are, at present, some symptoms of a like degeneracy of taste, in France as well as in England.

 

 

 



[1]              J’ai mis entre parenthèses les pages de notre édition de travail. (NdT)

[2]                  « fine writing », au singulier. Le mot “writing” (qui est aussi utilisé dans le titre de l’essai) est  traduit par «art d’écrire» par Gilles Robel et J.P. Jackson mais, à ma connaissance, cette traduction n’est pas rigoureuse. « writing » est l’écriture, l’acte d’écrire, et le résultat de cet acte, un écrit. (NdT)

[3]                  On lit, dans le numéro 354 du Spectator (5 avril 1712), à propos du livre III du Paradis perdu de Milton (Adam et Eve dans le paradis originel) :  « These and the like wonderful Incidents in this Part of the Work, have in them all the beauties of novelty, at the same time that they have all the graces of nature. They are such as none but a great genius could have thought of, though, upon the perusal of them, they seem to rise of themselves from the gubject of which he treats. In a word, tho' they are natural, they are not obvious, which is the true Character of all fine Writing. » (souligné par nous). (The Spectator with notes and general index, Philadelphia, 1829, en deux volumes, vol. II, p.51) On trouve une traduction de ce passage au tome XIII des œuvres de J. Delille (Paris, 1824) « Ces incidents merveilleux, et plusieurs autres semblables qui se trouvent dans cette partie de l'ouvrage, plairont par la nouveauté et par le naturel. Il semble qu'ils naissent du sujet; cependant, il n'y avait qu'un grand génie qui pût les imaginer; quoiqu'ils soient naturels , ils ne sont pas communs, ce qui est le vrai caractère d'un bon ouvrage. » (NdT)

[4]                  Le mot « obvious » est généralement traduit par « évident ». Il est ici un synonyme de « commun », comme en témoignent d’ailleurs plusieurs numéros du Spectator qui utilisent les mots « common » et « obvious » comme des synonymes dans une même proposition, par exemple le numéro 273 du 12 janvier 1712. On remarquera que J. Delille (voir note précédente), en traduisant le passage du Spectator qui nous intéresse, traduit « obvious » par « commun », ce qui est aussi le choix de Gilles Robel, dans sa traduction des essais de Hume aux P.U.F. La traduction de « obvious » par « évidents » est maladroitement choisie par J.P. Jackson, aux éditions Alive, 1999.  (NdT)

[5]                  Hume ne dit pas « but » mais simplement « and » mais cette substitution m’a paru indispensable. (NdT)

[6]                  En français dans le texte. L’expression « la belle nature » signifie que c’est la représentation qui crée le beau et que cette représentation (même si elle imite) est donc, au sens étymologique, poétique.(NdT)

[7]                  Les éditions 1742 à 1753 ajoutent : « Naïveté, un mot que j’ai emprunté au français et qui manque dans notre langue. » (NdT)

[8]                  « le sentier d’une vie cachée», Horace, Epîtres, Epître XVIII. Le texte latin est : « Virtutem doctrina paret Naturáne donet: Quid minuat curas: quid te tibi reddat amicum. Quid pure tranquillet; honos, an dulce lucellum, An secretum iter, et fallentis semita vitae. » (souligné par nous). On peut traduire ce passage teinté d’épicurisme ainsi (en utilisant ce qui précède dans le texte d’Horace pour rendre l’interrogation indirecte) : «[tu demanderas aux écrits et aux entretiens des sages] si la vertu, telle qu’elle apparaît, est un don de la nature ou le fruit de l’enseignement, elle qui diminue tes soucis, qui te réconcilie avec toi-même, qui te donne une paix sans tâches. Est-elle dans les honneurs et dans le plaisir de petits gains ou n’est-elle pas plutôt dans une vie en un chemin retiré, en un sentier caché ? » (Traduction d’Isabelle Folliot)

[9]                  William Congreve (1670-1729), dramaturge et poète britannique. Gilles Robel, aux P.U.F, se trompe de prénom (Thomas). (NdT)

[10]                Bernard Le Bouyer (ou Le Bovier) de Fontenelle : Discours sur la nature de l’églogue. (NdT)

[11]                « the toilettes of Paris ». Il était, semble-t-il, très à la mode à Paris qu’une dame reçoive pendant qu’elle finissait de s’habiller. (NdT)

[12]                Région de la Grèce, symbole de l’âge d’or. (NdT)

[13]                Ici, au sens d’avoir de l’esprit. (NdT)

[14]                D’origine pythagoricienne, appliquée par Platon au domaine politique, l’harmonie des nombres est ici simplement l’obéissance à des règles de versification. (NdT)

[15]                Poète latin connu pour ses épigrammes. (NdT)

[16]                Poète latin (1er siècle avant J.C.) ayant appartenu au cercle des « nouveaux poètes ». (NdT)

[17]                Abraham Cowley (1618-1667), écrivain anglais. (NdT)

[18]                Thomas Parnell (1679-1718), poète et homme d’Eglise irlandais (l’un des Graveyard Poets, poètes des cimetières). (NdT)

[19]                Le texte latin de Quintillien est : « Cujus et multae alioqui et magnae virtutes fuerunt; ingenium facile et copiosum; plurimum studii; et multarum rerum cognitio, in qua tamen aliquando ab iis, quibus inquirenda quaedam mandabat, deceptus est. Tractavit etiam omnem fere studiorum materiam; In philosophia parum diligens, egregius tamen vitiorum insectator. Multa in eo claraeque sententiae; multa etiam morum gratia legenda; sed in eloquendo corrupta pleraque, atque eo perniciosissima, quod abundat dulcibus vitiis. » (Institution oratoire, livre X ; Chap.1, p.70 de l’édition bilingue de C.V Ouizille, tome 5, Paris, 1832) C.V Ouizille traduit ainsi ce passage : « Ce philosophe a d’ailleurs beaucoup de qualités, un génie abondant et facile, de fortes études, et une érudition très variée. Cependant il a été quelquefois induit en erreur par ceux qu’il chargeait de faire des recherches. Il est peu de matières qu’il n’ait traitées : nous avons de lui des discours, des poèmes, des épîtres, des dialogues. Sa philosophie est peu exacte, mais il a déployé une énergie admirable contre les vices. Il est plein de belles pensées, et sa lecture ne peut qu’être utile pour les mœurs. Quant à sa diction, elle est en général dépravée, et d’autant plus pernicieuse que ses défauts même sont séduisants. » (NdT)

[20]                Cette phrase a été ajoutée en 1753. (NdT)