PHILOTRAHOBBES : LEVIATHAN – Traduction de Philippe Folliot avec notes.

Chapitre 21Chapitre 23 - Sommaire des chapitres traduits avec notes - Index Philotra

 

Chapitre 22 : Des systèmes assujettis (politiques et privés)

 

 

Ayant parlé de la génération, de la forme et du pouvoir de la République, je suis maintenant en mesure de parler de ses parties ; et, d'abord, des systèmes [1] qui ressem­blent aux parties similaires [2] ou muscles d'un corps naturel. Par SYSTEMES, j'entends un nombre quelconque d'hommes unis [3] par un intérêt ou une affaire  [4]. Certains de ces systèmes sont réglés [5], d'autres ne sont pas réglés. Réglés sont ceux où un seul homme, ou une seule assemblée, est institué [6] représentant de l'ensemble des individus [du système]. Tous les autres sont des systèmes non réglés [7].

 

Parmi les systèmes réglés, certains sont absolus et indépendants, assujettis à personne d'autre qu'à leur propre représentant. Telles sont uniquement les Républi­ques, dont j'ai déjà parlé dans les cinq derniers chapitres. Les autres sont dépendants, c'est-à-dire subordonnés à un pouvoir souverain, auquel tous, y compris leur repré­sentant, sont assujettis.

 

Parmi les systèmes subordonnés, certains sont des systèmes politiques, et d'autres des systèmes privés. Les systèmes politiques (appelés aussi corps politiques et per­sonnes juridiques [8]) sont ceux qui sont institués [9] par autorité du pouvoir souverain de la République. Les systèmes privés sont ceux qui sont constitués par les sujets entre eux, ou par autorité d'un étranger. Aucune autorité venant d'un pouvoir étranger, en effet, n'est publique là où s'exerce la domination intérieure d'un souverain, cette autorité n'y est que privée.

 

Et parmi les systèmes privés, certains sont légaux, d'autres illégaux [10]. Légaux sont ceux qui sont autorisés par la République. Tous les autres sont illégaux. Les systèmes non réglés sont ceux qui, n'ayant pas de représentant, consistent seulement en un rassemblement [11] de gens qui, n'étant pas interdit par la République, et ne se faisant pas à partir d'un mauvais dessein (tels sont l'afflux de gens vers les marchés, les spectacles, ou tout autre rassemblement à des fins inoffensives), est légal. Mais quand l'intention est mauvaise, ou (si le nombre de gens est considérable) inconnue, ces rassemblements sont illégaux.

 

Dans les corps politiques, le pouvoir du représentant est toujours limité, et c'est le pouvoir souverain qui en prescrit les limites ; car un pouvoir illimité est la souve­raineté absolue, et le souverain, dans toutes les Républiques, est le représentant absolu de tous les sujets, et c'est pourquoi aucun autre ne peut être le représentant d'une quelconque partie d'entre eux, sinon dans la mesure où il aura donné son autorisation. Et donner l'autorisation à un corps politique de sujets d'avoir un repré­sentant absolu, pour tous les buts et desseins [de ce corps] [12], ce serait abandonner le gouvernement d'une partie [13] de la République et diviser l’empire [14], contrairement à la paix et à la défense, ce que le souverain n'est pas censé faire, puisque cette concession déchargerait clairement et directement ces sujets de la sujétion [15]. Car les consé­quences des paroles du souverain ne sont pas les signes de sa volonté quand d'autres conséquences sont les signes du contraire [16], ce sont plutôt des signes d'erreur et de mauvais calcul, auxquels l'humanité n'est que trop portée.

 

Les limites de ce pouvoir qui est donné au représentant d'un corps politique doi­vent être connues à partir de deux choses [17] : l'une est le mandat [18] [confié à ce corps], ou lettres du souverain [19], l'autre est la loi de la République.

 

Car, quoique pour l'institution ou acquisition d'une République, qui est indépen­dante, il ne soit pas besoin d'écrits, puisque le pouvoir du représentant n'a pas d'autres limites que celles qui sont instituées par la loi de nature non écrite, cependant, pour les corps subordonnés, il y a une telle diversité de limites nécessaires, en ce qui concerne les affaires, le temps, le lieu, qu'on ne pourrait s'en souvenir sans lettres, ni en prendre connaissance, à moins que ces lettres ne soient patentes [20], pour pouvoir être lues, et de plus, scellées et authentifiées par les sceaux et les autres signes perma­nents de l'autorité souveraine.

 

Et parce qu'il n'est pas toujours facile, ou peut-être possible, de signaler [21] ces limites par écrit, les lois ordinaires, communes à tous les sujets, doivent déterminer ce que le représentant peut légalement faire dans tous les cas que les lettres elles-mêmes passent sous silence.

 

Et par conséquent, dans un corps politique, si le représentant est un homme, tout ce qu'il fait au nom du corps et qui n'est autorisé [22] ni par ses lettres [23], ni par les lois, est son propre acte [24], non l'acte du corps, ni l'acte de quelque membre autre que lui-même, car, au-delà de [ce qu'autorisent] ses lettres, ou des limites des lois, il ne représente aucune autre personne que la sienne. Mais ce qu'il fait conformément à ces lettres ou ces lois est l'acte de tous, car chacun est l'auteur de l'acte du souverain, parce que ce dernier est, sans limites, leur représentant ; et l'acte de celui qui ne s'écarte pas [25] des lettres du souverain [26] est l'acte du souverain, dont tout membre du corps est par conséquent l'auteur.

 

Mais si le représentant est une assemblée, tout ce que cette assemblée décrétera et qui n'est pas autorisé par ses lettres [27] ou par les lois est l'acte de l'assemblée, ou corps politique, et [cet acte est] l'acte de tous ceux par le vote duquel le décret a été fait; mais pas l'acte de ceux qui, présents à l'assemblée, ont voté contre, ni l'acte des absents, à moins qu'ils n'aient voté pour par procuration. C'est l'acte de l'assemblée car il est voté à la majorité. Si c'est un crime, l'assemblée peut être punie, dans la limite où elle peut l'être, par dissolution ou confiscation de ses lettres (ce qui est, pour ces corps artificiels et fictifs, la peine capitale), ou, si l'assemblée a un fonds commun dans lequel aucun des membres innocents n'a quelque chose à lui, par une amende pécuniaire. En effet, la nature a exempté les corps politiques des peines corporelles. Mais ceux qui n'ont pas donné leur vote sont donc innocents, parce que l'assemblée ne peut représenter aucun homme dans les choses qui ne sont pas autorisées par les lettres [28], et, par conséquent, ils ne sont pas compromis par le vote de l'assemblée [29].

 

Si la personne du corps politique [30], étant un seul homme, emprunte de l'argent à un tiers, c'est-à-dire à quelqu'un qui n'est pas du même corps, la dette est la dette du représentant (car il n'est pas besoin que les lettres limitent les emprunts, vu que la limitation des prêts est laissée aux inclinations personnelles des hommes). Car si, par ses lettres, il avait autorité pour faire payer aux membres ce qu'il emprunte, il serait par conséquent leur souverain [31], et la concession serait donc ou nulle, ou procédant d'une erreur, générale conséquence de la nature humaine, et elle serait un signe insuffisant de la volonté de celui qui fait la concession; ou, si ce dernier reconnaît la concession [32], alors le représentant est souverain, et il n'est pas concerné par la présente question qui est uniquement celle des corps subordonnés. Aucun membre, donc, n'est obligé de payer la dette ainsi contractée [33], si ce n'est le représentant, parce que celui qui a prêté, étant étranger [au contenu] des lettres et à ce que le corps a qualité de faire [34], ne considère comme ses débiteurs que ceux qui se sont engagés [envers lui]; et vu que le représentant peut s'engager lui-même, mais ne peut engager personne d'autre, c'est lui son débiteur, qui doit donc le payer, soit à partir du fonds commun, s'il y en a un, soit sur ses propres biens, s'il n'y en a pas.

 

Qu'il s'endette par contrat, ou à cause d'une amende, le cas est le même.

 

Mais quand le représentant est une assemblée, et qu'elle emprunte à un tiers, seuls sont responsables de la dette tous ceux, et seulement ceux qui ont voté pour cet emprunt, ou pour le contrat  qui a occasionné la dette, ou pour le fait qui a causé l'imposition de l'amende, parce que chacun d'eux, en votant, s'est engagé à payer. En effet, l'auteur de l'emprunt est obligé de payer, même toute la dette, quoique s'il soit déchargé de cette dette quand quelqu'un d'autre la paie.

 

Mais si l'assemblée emprunte à l'un de ses membres, l'assemblée seule est obligée de payer, sur les fonds communs, s'il y en existe, car, ayant la liberté de vote, si ce membre vote pour l'emprunt, il vote pour le paiement de la dette, et s'il vote contre l'emprunt, ou s'il est absent, cependant, parce qu'en prêtant, il vote pour l'emprunt, il contredit son précédent vote, se trouve obligé par le second, et devient à la fois emprunteur et prêteur, et par conséquent il ne peut réclamer le paiement d'aucun membre particulier, mais seulement du trésor commun. Si ce dernier fait défaut, il n'a ni recours, ni plainte [à formuler], sinon contre lui-même [35], car, ayant connaissance des actes de l'assemblée, et de sa capacité de payer, n'étant pas forcé, il a cependant, à cause de sa propre sottise, prêté son argent.

 

On voit clairement par là que, dans les corps politiques subordonnés, et assujettis au pouvoir souverain, il est parfois, non seulement légal, mais [aussi] opportun [36], pour un particulier, de protester ouvertement contre les décrets de l'assemblée représen­tative, et de faire enregistrer son désaccord, ou de se faire des témoins de ce désac­cord, parce qu'autrement, il peut être obligé de payer les dettes contractées, ou de répondre des crimes commis par d'autres hommes. Mais dans une assemblée souveraine, on ne dispose pas de cette liberté, à la fois parce que celui qui proteste dans ce cas dénie la souveraineté de l'assemblée, et que tout ce qui est commandé par le souverain est, pour le sujet (quoiqu'il n'en soit pas toujours ainsi aux yeux de Dieu), légitimité par le commandement, car chaque sujet est l'auteur de ce commandement.

 

La variété des corps est presque infinie, car on ne les distingue pas seulement par les différentes affaires pour lesquelles ils sont constitués, dont il y a une indicible diversité, mais aussi par les moments, les lieux, le nombre de membres, sujets à de nombreuses limitations. En ce qui concerne leurs affaires, certains corps sont destinés à assurer un gouvernement, comme, d'abord, le gouvernement d'une province qui peut être confié [37] à une assemblée d'hommes dont toutes les résolutions [38] dépendront de votes à la majorité; et alors, cette assemblée est un corps politique, et son pouvoir est limité par mandat [39]. Ce mot province signifie une commission, une charge d'affaire [40] de quelqu'un qui la confie à un autre homme pour qu'il l'administre à sa place et sous son autorité [41]. Quand donc, dans une République, il y a différents pays [42] qui ont des lois différentes et qui sont éloignés les uns des autres, l'administration du gouvernement étant confiée [43] à différentes personnes, ces pays, où le souverain ne réside pas, mais gouverne par mandat [44], sont appelés des provinces. Mais il y a peu d'exemples de gouvernement d'une province par une assemblée résidant dans la province elle-même. Les Romains, qui étaient souverains de nombreuses provinces, les gouvernaient cependant toujours par des préfets et des prêteurs, et non par des assemblées, comme pour le gouvernement de la cité de Rome et des territoires adja­cents. De la même manière, quand on envoya d'Angleterre des colonies pour qu'elles s'implantent en Virginie et dans les Iles Somers [45], quoique le gouvernement de ces colonies fût confié à des assemblées à Londres, ces assemblées ne confièrent cepen­dant jamais le gouvernement dont elles avaient l'autorité [46] à quelque assemblée sur place, et elles envoyèrent un gouverneur dans chaque établissement. En effet, quoique que chacun désire par nature participer au gouvernement là où il peut être présent, pourtant, là où les hommes ne peuvent être présents, ils sont portés, aussi par nature, à confier le gouvernement de leurs intérêts communs à un gouvernement de forme monarchique plutôt qu'à un gouvernement de forme populaire, ce qui est visible aussi chez ces hommes qui ont de grands biens personnels et qui, quand ils ne veulent pas prendre la peine d'administrer les affaires qui leur appartiennent, choisissent plutôt de faire confiance [47] à un seul serviteur qu'à une assemblée composée de leurs amis ou de leurs serviteurs. Mais quoi qu'il en soit dans les faits, nous pouvons néanmoins supposer que le gouvernement d'une province ou d'une colonie soit confié à un as­semblée, et si c'est le cas, j'ai alors [48] à dire ceci :  que toute dette contractée par cette assemblée, tout acte illégal qu'elle décrète, est l'acte de ceux-là seuls qui ont donné leur assentiment, et non de ceux qui étaient en désaccord, ou étaient absents, pour les raisons précédemment alléguées; aussi, qu'une assemblée résidant hors des frontières de la colonie dont elle a le gouvernement ne peut exercer aucun pouvoir sur les personnes et les biens de quelqu'un de la colonie, pour les saisir pour dette, ou pour une autre obligation [49], ailleurs que dans la colonie elle-même, car cette assemblée, hors de cette colonie, n'a ni juridiction ni autorité, et il ne lui reste que le recours autorisé par la loi de l'endroit [50]. Et quoique l'assemblée ait le droit d'imposer une amende à quiconque, parmi ses membres, enfreindra les lois qu'elle fait, pourtant, hors de la colonie elle-même, elle n'a aucun droit de mettre à exécution cette imposi­tion. Et ce qui est dit ici des droits d'une assemblée pour le gouvernement d'une province, ou d'une colonie, peut aussi s'appliquer à l'assemblée pour le gouvernement d'une ville, d'une université, d'un collège, d'une église, ou pour n'importe quel autre gouvernement [s'exerçant] sur les personnes des hommes [51].

 

Et généralement, dans tous les corps politiques, si un membre particulier estime que le corps lui-même lui a causé un tort, il appartient au souverain d'instruire et juger [52] sa cause [53], et à ceux que le souverain a ordonnés juges pour de tels procès, ou qu'il ordonnera juges pour ce procès en particulier, mais cette compétence n'appar­tient pas au corps lui-même [54]. Car le corps entier est, dans ce cas, sujet comme ce membre [55], alors qu'il en va autrement dans une assemblée souveraine, car là, si le souverain n'est pas juge, même en sa propre cause, il ne peut plus y avoir de juge du tout.

 

Dans un corps politique [affecté] à la bonne organisation du commerce extérieur [56], le représentant qui convient le mieux est une assemblée de tous les membres, c'est-à-dire une assemblée telle que tout spéculateur [57] puisse, s'il le veut, être présent à toutes les délibérations et pour toutes les résolutions du corps. Pour preuve de cela ; nous devons considérer la fin pour laquelle des négociants, qui peuvent acheter et vendre, exporter et importer leurs marchandises, cela à leur propre discrétion, se regroupent cependant en une seule compagnie [58]. Peu nombreux, il est vrai, sont les négociants qui peuvent, avec les marchandises qu'ils achètent dans leur pays, affréter [59] un navire pour les exporter, ou rapporter dans leur pays ce qu'ils ont acheté à l'étranger. C'est pourquoi il leur est nécessaire de se réunir en une seule association [60], où chacun puisse, soit participer au profit [61] en proportion de son inves­tissement, soit agir de sa propre initiative et vendre ce qu'il transporte, ou importe, aux prix qu'ils juge bons. Mais cette association n'est pas un corps politique car aucun représentant commun ne les oblige à quelque autre loi que celles qui sont communes à tous les autres sujets. La fin de la constitution de leur compagnie [62] est d'accroître leur profit [63], ce qui se fait de deux façons : en étant l'acheteur exclusif, et le vendeur exclusif, aussi bien chez soi qu'à l'étranger [64]. De sorte qu'octroyer à une société de marchands [65] le privilège [66] d'être une compagnie, ou corps politique, c'est leur octroyer un double monopole [67], l'un d'être l'acheteur exclusif, l'autre d'être le vendeur exclusif. Car, quand une société se constitue en compagnie pour un pays étranger particulier, elle exporte seulement les marchandises qu'on peut vendre dans ce pays, et c'est être ainsi l'acheteur exclusif dans son pays et le vendeur exclusif à l'étranger, car, dans son pays, il n'y a qu'un acheteur, et à l'étranger, il n'y a qu'un vendeur; ce qui est profitable aux négociants parce que, de cette façon, ils achètent chez eux à un tarif moins élevé, et vendent à l'étranger à un tarif plus élevé [68]. À l'étranger, il n'y a qu'un seul acheteur de marchandises étrangères [69], et, dans le pays d'origine, qu'un seul vendeur, encore deux choses profitables aux spéculateurs [70].

 

Ce double monopole est pour une part désavantageux aux gens du pays, pour une part désavantageux aux étrangers. En effet, dans le pays, étant l'exportateur exclusif, la compagnie établit comme elle l'entend le prix du travail agricole et artisanal des gens [71], et étant l'importateur exclusif, elle établit comme elle l'entend le prix de toutes les marchandises étrangères dont les gens ont besoin [72], ce qui, dans les deux cas, est mauvais [73] pour les gens [du pays]. Dans l'autre sens, étant le vendeur exclusif des marchandises du pays à l'étranger, et étant le seul acheteur des marchandises étrangè­res sur place, elle fait monter le prix des premières et fait baisser le prix des secondes, au désavantage des étrangers ; car là où il n'y a qu'un seul vendeur, la marchandise est plus chère, et là où il n'y a qu'un seul acheteur, elle est meilleur marché. Par conséquent, de telles compagnies [74] ne sont rien d'autre que des monopoles. Pourtant, elles seraient très profitables à la République si, se regroupant en un corps sur les marchés étrangers, chaque négociant avait la liberté, dans son pays, d'acheter et de vendre au prix qu'il pourrait.

 

La fin de ces corps de négociants n'est pas un avantage commun à l'ensemble du corps (qui n'a en ce cas aucun fonds commun, sinon ce qui est déduit des investis­sements particuliers pour construire, acheter, fournir en vivres et en hommes des navires), mais le profit particulier de chaque spéculateur, et c'est la raison pour laquelle chacun doit avoir connaissance de l'emploi qui est fait de ses fonds personnels, c'est-à-dire être membre de l'assemblée qui aura le pouvoir de décider de cet emploi, et avoir connaissance de la comptabilité. Et c'est pourquoi le représentant d'un tel corps doit être une assemblée où chaque membre du corps peut être présent aux délibérations, s'il le veut.

 

Si un corps politique de négociants contracte une dette à l'égard d'un tiers, par un acte de l'assemblée représentative, chaque membre est personnellement responsable de la dette entière [75]. En effet un tiers ne peut pas tenir compte de leurs lois privées [76], mais il considère les membres de l'assemblée comme autant de particuliers, chacun étant obligé de payer le tout, jusqu'à ce que le paiement soit fait par l'un des membres qui décharge [ainsi] tous les autres membres. Mais si la dette est contractée à l'égard d'un membre de la société, le créancier est débiteur du tout à l'égard de lui-même, et il ne peut réclamer ce qui lui est dû que sur le fonds commun, s'il en existe un.

 

Si la République impose une taxe au corps, cette taxe est censée s'appliquer à tous les membres, proportionnellement à leur investissement dans la société, car, dans ce cas, il n'y a pas d'autre fonds commun que celui qui est constitué par les investis­sements particuliers.

 

Si une amende frappe le corps pour quelque acte illégal, seuls sont responsables ceux par le vote duquel l'acte a été décrété, ou ceux par qui il a été exécuté, car aucun des autres membres n'a commis d'autre crime que d'appartenir au corps, ce qui, si c'est un crime, n'est pas leur crime, parce que le corps a été ordonné par l'autorité de la République [77].

 

Si l'un des membres est endetté à l'égard du corps, il peut être poursuivi par le corps, mais ses biens ne peuvent être pris, ni sa personne emprisonnée par autorité du corps, mais seulement par autorité de la République, car si ce corps peut faire cela en vertu de sa propre autorité, il peut, en vertu de cette même autorité, rendre un juge­ment [stipulant] que la dette est due, ce qui équivaut à être juge pour sa propre cause.

 

Ces corps créés pour le gouvernement des hommes, ou du commerce, sont soit perpétuels, soit [créés] pour une période prescrite par écrit. Mais il y a aussi des corps dont la durée est limitée, et cela uniquement à cause de la nature des affaires [traitées]. Par exemple, si un monarque souverain, ou une assemblée souveraine, juge bon d'ordonner aux villes et à différentes autres parties du territoire de lui envoyer leurs députés pour l'informer de la condition des sujets et de leurs besoins, ou pour réfléchir avec lui [78] afin de faire de bonnes lois, ou pour quelque autre raison, comme avec la seule personne qui représente le pays entier, de tels députés, étant rassemblés à un lieu et pour une période qui leur sont assignés, sont alors, et à ce moment, un corps politique, représentant chaque sujet de cet empire; mais c'est seulement pour des questions qui leur seront proposées par cet homme, ou cette assemblée, qui les a convoqués en vertu de son autorité souveraine; et quand il sera déclaré que rien d'autre ne leur sera proposé, ni ne sera débattu par eux, le corps est dissous. Car si ce corps de députés était le représentant absolu du peuple, il serait alors l'assemblée souveraine, et il y aurait ainsi deux assemblées souveraines, ou deux souverains, au-dessus du même peuple, ce qui n'est pas compatible avec la paix [79]. Et donc, à partir du moment où il y a une souveraineté, il ne peut y avoir aucune représentation absolue du peuple, si ce n'est pas par cette souveraineté. Et jusqu'à quelles limites un tel corps représentera l'ensemble du peuple [80], cela est énoncé dans l'écrit par lequel ce corps a été convoqué; car le peuple ne peut pas choisir ses députés dans un dessein autre [81] que celui qui a été exprimé [82] dans l'écrit qui lui a été adressé par le souverain.

 

Les corps privés réglés et légaux [83] sont ceux qui sont constitués sans lettres, ou autre autorisation écrite, mis à part les lois communes à tous les autres sujets. Et parce que les membres sont unis en une seule personne représentative, on les tient pour réguliers [84]. Telles sont toutes les familles, dans lesquelles le père ou maître com­mande à toute la famille. Il oblige, en effet, ses enfants et ses serviteurs, dans la mesure où les lois le permettent, mais pas au-delà, parce qu'aucun d'eux n'est tenu d'obéir dans les actions que la loi interdit de faire. Pour toutes les autres actions, tant qu'ils vivent sous un gouvernement domestique, ils sont assujettis à leur père et maître [85], comme à leur souverain immédiat, car le père et maître étant, avant l'institu­tion de la République, le souverain absolu dans sa propre famille, il ne perd, à partir de cette institution, rien de plus que ce que la loi de la République lui ôte.

 

Les corps privés réguliers, mais illégaux, sont ceux où les membres s'unissent en une seule personne représentative sans aucune autorisation publique. Telles sont les sociétés de mendiants, de voleurs et de bohémiens, pour arranger au mieux leur trafic de mendicité et de vol [86], et les sociétés d'hommes qui se réunissent sous l'autorité d'une personne étrangère d'un autre empire pour propager plus facilement certaines doctrines, et pour créer un parti contre le pouvoir de la République.

 

Les systèmes non réglés ne sont rien d'autre par nature que des ligues [87], ou parfois le simple rassemblement de gens, qui ne sont unis ni en vue d'un dessein particulier, ni par une obligation de l'un envers l'autre, mais qui procèdent seulement d'une similitude de volontés et d'inclinations. Ces systèmes deviennent légaux ou illégaux selon la légalité ou l'illégalité du dessein de chaque homme qui y participe, et le dessein de chacun doit être compris par les circonstances.

 

Les ligues de sujets, parce que les ligues sont communément faites pour la défense mutuelle, ne sont pas, dans la République (qui n'est rien de plus qu'une ligue de tous les sujets réunis), pour la plupart, nécessaires, et elles sentent [88] le dessein illégal. Elles sont pour cette raison illégales, et passent communément sous la déno­mination de factions ou de conspirations [89]. En effet, une ligue étant un ensemble d'hommes liés par des conventions [90], si n'existe aucun pouvoir donné à un seul homme ou une seule assemblée (comme dans l'état de simple nature) pour les contraindre à exécuter [ces conventions], elle n'est valide [91] qu'aussi longtemps que ne surgit aucune juste cause de méfiance; et c'est pourquoi les ligues entre Républiques, au-dessus desquelles n'existe aucun pouvoir humain établi pour les maintenir toutes [92] en respect, sont non seulement légitimes, mais aussi avantageuses le temps qu'elles durent. Mais les ligues des sujets d'une seule et même République, alors que chacun peut faire valoir ses droits [93] au moyen du pouvoir souverain, ne sont pas nécessaires au maintien de la paix et de la justice, et, dans le cas d'un dessein mauvais ou ignoré par la République, elles sont illégales, car toute union de force par des particuliers [94] est, si elle est réalisée dans un mauvais dessein, injuste, et si son dessein est ignoré, elle est dangereuse pour le bien public, et injustement tenue secrète.

 

Si le pouvoir souverain appartient à une vaste assemblée, et qu'un [certain] nom­bre d'hommes, qui forment une partie de cette assemblée, se consultent à part [95] pour prendre, par une machination, la direction du reste [de l'assemblée] [96], c'est une faction, ou une conspiration illégale, car ils séduisent [97] frauduleusement l'assemblée pour leur intérêt particulier. Mais si celui dont l'intérêt privé doit être débattu et jugé au sein de l'assemblée se fait autant d'amis qu'il le peut, ce n'est pas une injustice de sa part [98], parce que, dans ce cas, il ne fait pas partie de l'assemblée. Et même s'il s'assure les services de ses amis avec de l'argent [99], à moins que n'existe une loi expresse contre cette pratique, ce n'est cependant pas une injustice. En effet, quelque­fois, vu ce que sont les mœurs des hommes, on ne peut obtenir justice sans argent, et chaque homme peut juger sa propre cause juste tant qu'elle n'a pas été entendue et jugée.

 

Dans toutes les Républiques, si un particulier entretient plus de serviteurs que ne le requièrent le gouvernement de ses biens et l'emploi légal de ces serviteurs [100], c'est une faction, et elle est illégale, car étant protégé par la République, il n'a pas besoin de se défendre par des forces privées. Et bien que, dans des nations imparfaitement civilisées, des familles nombreuses différentes aient vécu dans une continuelle hostilité et se soient attaquées les unes les autres avec des forces privées, cependant, il est assez évident qu'elles le faisaient injustement, ou encore qu'elles n'avaient pas de République.

 

Et de même que les factions qui tiennent à des liens de parenté, les factions qui veulent s'emparer du gouvernement de la religion, comme les papistes, les protes­tants, etc., ou du gouvernement de l’État, comme les factions de patriciens et de plébéiens dans l'ancienne Rome, et les factions aristocratique et démocratique dans l'ancienne Grèce, sont injustes, car elles sont contraires à la paix et à la sûreté du peuple et elles enlèvent l'épée de la main du souverain.

 

Un rassemblement populaire [101] est un système non réglé, sa légalité ou son illéga­lité dépendant des circonstances et du nombre de ceux qui sont assemblés. Si les circonstances sont légales, et manifestes, le rassemblement est légal, comme les rencontres  [102] habituelles des hommes à l'église, ou lors d'un spectacle public, le nom­bre d'individus demeurant habituel ; car si le nombre est exceptionnellement élevé, les circonstances ne sont pas évidentes, et, par conséquent, celui qui ne peut pas précisé­ment et de façon satisfaisante rendre compte de sa présence dans ce rassemblement [103] doit être jugé avoir consciemment le dessein illégal de provoquer des troubles [104]. Il peut être légal qu'un millier d'hommes prenne part à une pétition pour qu'elle soit remise au juge ou au magistrat, mais si mille hommes viennent [105] la présenter, leur assemblée occasionne des troubles, parce que, pour ce dessein, un ou deux hommes étaient suffisants. Mais dans de tels cas, ce n'est pas un nombre établi qui rend l'as­semblée illégale, mais un nombre de gens tel que les officiers présents ne puissent pas les maîtriser et les déférer en justice.

 

 

 

Quand un nombre inhabituel d'hommes s'assemblent contre un homme qu'ils accusent, leur assemblée est un trouble illégal, parce qu'un ou quelques hommes peuvent remettre leur accusation au magistrat. Tel fut le cas de saint Paul à Ephèse, quand Démétrius et un grand nombre d'autres hommes amenèrent devant le magistrat deux des compagnons de Paul [106], disant d'une seule voix : Grande est la Diane des Ephésiens [107], ce qui était leur façon de demander justice contre eux pour avoir enseigné au peuple une doctrine qui allait contre leur religion et leur métier [108]. Par rapport aux lois de ce peuple, c'était là quelque chose de juste [109]; et pourtant, leur assemblée fut jugée illégale, et le magistrat les blâma pour cela en ces mots [110] : Si Démétrios et les autres artisans peuvent accuser quelqu'un de quelque chose, il y a des procès et des magistrats [111]. Qu'ils plaident [112]! Et si vous avez autre chose à réclamer, votre cas sera jugé par une assemblée légalement convoquée; car nous risquons d'être accusés pour la sédition de ce jour, parce qu'il n'existe aucun motif par lequel on puisse rendre compte de ce rassemblement populaire [113] .  [114] Celui qui s'exprime ainsi appelle sédition une assemblée dont les hommes ne peuvent pas rendre compte justement et qui est telle qu'ils ne pourraient pas la justifier. Et c'est tout ce que je dirai sur les systèmes, et assemblées du peuple, qui peuvent être com­parés, comme je l'ai dit, aux parties similaires du corps de l'homme : celles qui sont légales, aux muscles, celles qui sont illégales, aux tumeurs [115], aux excès d'atrabile [116], aux apostumes [117], engendrés par la rencontre [118] anormale [119] des mauvaises humeurs [120].

 

 

 

Traduction Philippe Folliot
 

 

Version téléchargée en août 2003.

 

 

 

 



[1]              "systems" (mot absent des Elements of Law et du De Cive). Traduction excessivement difficile. F. Tricaud traduit par organisations (en reconnaissant d'ailleurs l'imperfection de la traduction). Mais peut-on appeler "organisation" (pour prendre un exemple donné par Hobbes dans ce chapitre) un simple rassemblement ponctuel d'individus, non organisés, n'ayant au mieux que des opinions ou des goûs communs, qu'il soit légal ou illégal?  Croire que le mot "système" (traduction littérale) pourrait nous sortir d'embarras est illusoire puisqu'à de nombreux égards, les mots "organisation" et "système" sont synonymes. D'autre part, le mot "système", dans son usage français courant, rendrait fort peu compte de l'idée hobbesienne. En prenant deux cas extrêmes, il nous faut trouver un terme qui désigne aussi bien le gouvernement d'une province ou d'une colonie par une assemblée (et même la République elle-même, nommée "system" par Hobbes) que le rassem­blement fortuit dont nous parlions précédemment. Recherches faites, le mot "system" anglais a (et avait) le même sens que le mot français. F. Tricaud a raison de dire que le mot "system" comporte une métaphore anatomique (en anatomie, d'ailleurs, un système est un ensemble d'organes ayant une structure analogue). On notera que les mots grecs "sustasis", "sustellô", "sustèma" n'apportent rien de décisif. Ayant envisagé vainement "assemblée", "regroupement" (ce dernier mot rendant assez bien compte de la pensée hobbesienne), "ensemble", "groupe", "partie", "corps" (et même "tissu", à cause de l’allusion aux homéomères), nous avons fini par adopter, sans satisfaction, la traduction la plus fidèle à Hobbes : "système". La véritable difficulté est certainement moins celle de la traduction du mot que celle de l'unité réelle de ce chapitre. Comment G. Mairet a-t-il pu traduire "systems" par organes? Comment Hobbes aurait-il pu considérer des factions, des conspi­rations (comparées à des tumeurs, des abcès) comme des organes de la République? Il ne s'agit pas dans ce chapitre des "parties organiques" dont Hobbes traitera dans le prochain chapitre. La fin "organiciste" de notre chapitre montre bien qu'il ne peut s'agir des organes. (NdT)

 

[2]              Les "partes similares" sont les homéomères qu'Aristote distingue des anhoméomères. Dans De la génération et de la corruption (314a19), se référant à Anaxagore, il signale que l'os, la chair, sont des parties homéomères puisque chaque partie de l'os est encore de l'os, chaque partie de la chair est encore de la chair. En revanche, la main, le visage sont des parties anhoméomères car une partie de la main n'est pas une main, une partie du visage n'est pas un visage. On peut voir là, en gros, la distinction entre tissus et organes. Pourquoi "a system" ressemble-t-il à une partie homéo­mère? Que Hobbes retient-il de la distinction aristotélicienne? La question n'est pas simple. Je pense que Hobbes veut tout simplement dire que les "systèmes" ne sont pas des organes* du corps de la République, nécessaires à sa vie, ce qui sera en revanche le cas des ministres du chapitre XXIII ("parts organical").(* C'est la raison pour laquelle je pense que la traduction de "system" par "organe" est un contresens.)

 

[3]              "joined". Ce participe participe n'éclaire absolument pas la notion de "système". Le verbe "to join" n'indique pas particulièrement un ordre inhérent au système. Les éléments se joignent, s'unissent, se réunissent à partir d'une intention, ou se trouvent joints, unis, réunis sans en avoir l'intention. La définition du "système", tel que l'entend Hobbes, ne peut être établie que par les exemples donnés par Hobbes, exemples dont les différences - nous le signalons dans une autre note - font véritablement problème. (NdT)

 

[4]              "joined in one interest or one business". (NdT)

 

[5]              Les deux mots utilisés par Hobbes sont "regular" et "irregular". La traduction "régulier" seule serait possible, mais le couple "régulier-irrégulier" donne un sens temporel qui ne correspond pas à l'intention hobbesienne. Ce choix de G. Mairet est donc à rejeter, et il faut préférer la traduction de F. Tricaud : "réglé" et "non réglé". La définition de ces mots est rendue évidente par la suite du texte. (NdT)

 

[6]              Exactement "constitué" ("constituted"). (NdT)

 

[7]              Ces deux dernières phrases ne figurent pas dans la traduction de G. Mairet. (NdT)

 

[8]              "bodies politic and persons in law". (NdT)

 

[9]              "made". (NdT)

 

[10]             "lawful (...) unlawful" : légaux, illégaux. Légitimes, illégitimes. Licites, illicites. (NdT)

 

[11]             "concourse" : le mot (comme en partie le latin concursus) désigne l'union, la rencontre d'éléments. Plus précisément, le mot désigne un rassemblement de personnes en un lieu. (NdT)

 

[12]             "to all intents and purposes". Traduction peu fidèle de F. Tricaud : "constitué en vue de n'importe quel genre d'affaires". (NdT)

 

[13]             "were to abandon the government of so much of the Commonwealth". Vu la place de "of so much", il paraît difficile de traduire, comme G. Mairet "abandonner d'autant le gouvernement de l'Etat". La traduction littérale étant impossible, il semble bien difficile de ne pas adopter la traduction de F. Tricaud. (NdT)

 

[14]             "dominion".  (NdT)

 

[15]             Traduction assez libre de "which the sovereign cannot be understood to do, by any grant that does not plainly and directly discharge them of their subjection", afin que l'idée soit plus facile à saisir. G. Mairet rend "them" par "les sujets". Or, ici, il ne s'agit que des hommes qui composent le corps politique qui, auparavant sujets du souverain, deviendraient sujets du représentant absolu du corps politique. (NdT)

 

[16]             La traduction la plus fidèle à Hobbes rend mal compte de sa pensée. Le sens est pourtant assez clair : puisque le souverain, en tant qu'humain, peut faire une mauvaise ratiocination, si les conséquences auxquelles aboutit ce raisonnement sont contraires  à la bonne ratiocination faite à partir des lois de nature, il faut considérer que la volonté du souverain est du côté des lois de nature. Si nous appliquons à la question du paragraphe : le souverain peut, par erreur, concéder dans les faits une partie du pouvoir souverain à un corps politique. On considèrera cependant, en tant qu'une division de la souveraineté mène à l'état de guerre (donc conformément aux lois naturelles), que la véritable volonté du souverain ne pouvait être celle de faire cette catastrophique concession. On notera que la traduction de F. Tricaud, qui force un peu le texte, est beaucoup plus explicite ("quand des conséquences inférées par une autre voie sont le signe du contraire"). (NdT)

 

[17]             "two things". F. Tricaud interprète en traduisant par "deux sources". Rappelons que le mot "things" se traduit très souvent en fonction du contexte. (NdT)

 

[18]             "their writ". F. Tricaud, peut-être en partie pour une raison d'étymologie (voir le grec khartês), choisit "charte". G. Mairet a traduit par "acte". J'ai choisi mandat (car il s'agit bien de confier, dans certaines limites, une mission, une charge - voir le latin mandare). (NdT)

 

[19]             Au sens d'écrit officiel, comme les lettres parentes dont il question plus loin. (NdT)

 

[20]             Lettres patentes : ouvertes, dont on peut prendre connaissance. (NdT)

 

[21]             Le verbe utilisé est "to describe" : décrire, dépeindre, représenter, donner le signalement. (NdT)

 

[22]             "which is not warranted" : qui n'est pas garanti, justifié, autorisé. (NdT)

 

[23]             "patentes" est ici ajouté par F. Tricaud. (NdT)

 

[24]             "is his own act" : est son son acte propre, son acte personnel, en tant que personne naturelle. (NdT)

 

[25]             "that recedes not". (NdT)

 

[26]             "de la voie tracée par" est ajouté par F. Tricaud. (NdT)

 

[27]             De nouveau, F. Tricaud ajoute "patentes". (NdT)

 

[28]             F. Tricaud ajoute de nouveau "patentes". (NdT)

 

[29]             La traduction de G. Mairet ("par leur vote") ne me semble pas correcte. "their votes" renvoie à l'assemblée (formée de plusieurs membres), ce qui est tout à fait correct en anglais. Le verbe utilisé par Hobbes est "to involve", qui signifie avant tout envelopper, entortiller. L'idée de Hobbes est claire : le vote de l'assemblée n'enveloppe pas, n'englobe pas ceux qui, pour une raison ou une autre, n'ont pas voté pour. (NdT)

 

[30]             Hobbes dit simplement "If the person of the body politic". F. Tricaud et G. Mairet ont ajouté "représentant". (NdT)

 

[31]             Exactement : "il aurait par conséquent la souveraineté sur eux". (NdT)

 

[32]             "formellement" est ajouté par F. Tricaud. (NdT)

 

[33]             Littéralement "la dette ainsi empruntée". (NdT)

 

[34]             "being a stranger to the letters, and to the qualification of the body". Le prêteur ne connaît pas les détails d'administraton du corps, il ne connaît qu'une personne naturelle, le représentant, à qui il a prêté. L'idée paraît finalement très commune. (NdT)

 

[35]             "he hath no remedy, nor complaint but against himself". (NdT)

 

[36]             "expedient". (NdT)

 

[37]             "may be committed". (NdT)

 

[38]             "all resolutions". (NdT)

 

[39]             "commission". (NdT)

 

[40]             "a charge or care of business". (NdT)

 

[41]             "for and under him". (NdT)

 

[42]             Le mot "country" se traduit pays, région, province. (NdT)

 

[43]             "being commited". (NdT)

 

[44]             "commission". (NdT)

 

[45]             Ou "Sommers" (mais pas "Sommer", comme l'écrit G. Mairet). C'est l'Espagnol Juan de Bermu dez qui donna le nom de Bermudes aux îles. Le nom d'îles Somers vient du naufrage que fit dans les récifs de corail de la région Sir George Somers en 1609. (NdT)

 

[46]             "under them". (NdT)

 

[47]             "to trust". (NdT)

 

[48]             "in this place". (NdT)

 

[49]             "or other duty". (NdT)

 

[50]             "but are left to the remedy which the law of the place alloweth them". Traduction maladroite de G. Mairet : "est tenue aux réparations permises par la loi du lieu". F. Tricaud traduit : "elle doit s'y contenter des recours que lui accorde la loi de l'endroit." (NdT)

 

[51]             "over persons of men". (NdT)

 

[52]             "the cognizance of his cause belonged to the sovereign". Le mot "cognizance" renvoie ici à la compétence juridique d'instruire et de juger une affaire. (NdT)

 

[53]             "his cause" : sa cause, son procès. (NdT)

 

[54]             Hobbes dit simplement "and not to the body itself". (NdT)

 

[55]             Une traduction littérale donnerait : "car le corps entier est dans ce cas son consujet" ("his fellow subject"). Le mot "concitoyen" est évidemment inutilisable ici. (NdT)

 

[56]             "for the well ordering of foreign traffic". (NdT)

 

[57]             "every one that adventureth his money". Littéralement : "tout individu qui hasarde son argent, qui risque son argent". . Tricaud traduit "tout metteur de fonds". On pourra peut-être objecter à mon choix de traduction l'étymologie qui atténue singulièrement l'idée de risque. L'objection n'est pas nécessairement recevable, celui qui "risque" son argent ne jouant pas aux dés, et menant - on le suppose - une certaine ratiocination. Dans la suite, je rends "adventure" par "investissement". F. Tricaud choisit "mise". G. Mairet choisit simplement - mais n'est-il pas ici le plus fidèle à Hobbes ? - "risque".(NdT)

 

[58]             Les mots utilisés par Hobbes dans ce passage sont "merchant(s)" (marchand(s), négociant(s)), "corporation" (F. Tricaud et G. Mairet : compagnie), "incorporating" (F. Tricaud et G. Mairet : compagnie), "company" (F. Tricaud : société, G. Mairet : réunion), "company incorporate" (F. Tricaud : société constituée en compagnie, G. Mairet : compagnie), "society" (F. Tricaud : associa­tion, G. Mairet : société) "body of merchants" (F. Trivaud : corps de négociants, G. Mairet : corps de marchands). Le mot "corporation" désigne une corporation, un corps constitué, une société enregistrée, ou une personne morale ou civile. "incorporating" : consitution d'une société commerciale. "company" : compagnie, société. "company incorporate" : société constituée, société anonyme. "society" :  société, compagnie, association. Il serait nécessaire de faire une étude plus poussée du passage, mais on peut retenir que, malgré le premier emploi peu précis de "corpora­tion", Hobbes utilise les mots "society", "company" avec la simple idée d'une union commerciale de négociants individuels (qui peuvent d'ailleurs utliser en commun un seul bateau en traitant individuellement leurs affaires comme ils l'entendent). Les dénominations "corporation", "incorporating", "company incorporate" semblent insister sur la personne morale constituée, disposant de monopoles. Si cette différence sur les termes est effectivement présente dans le texte, il paraît bien difficile de la rendre par la traduction. Pour la traduction de "corporation" par "compagnie", on pourra rappeler que la Compagnie des Indes orientales a été créée en 1600 et avait le monopole en Indonésie et en Inde (la compagnie des Indes occidentales françaises connaîtra aussi une position privilégiée en Afrique et en Amérique. On retrouve aussi ces situations de monopole en Hollande). Charles Ier soutiendra une Compagnie rivale, et Cromwell mettra fin au monopole au 1657. (NdT)

 

[59]             "can freight". On considère assez souvent que les verbes "frêter" et "affrêter" sont synonymes. Il semble pourtant, rigoureusement parlant, que seul le propriétaire du bateau (le frêteur) frête le navire, c'est-à-dire le met à disposition d'un négociant (location). Ce négociant (l'affrêteur), lui, affrête le navire, il ne le possède mais le loue. Il est donc ici préférable de choisir, comme G. Mairet "affrêter", et non "frêter" (F. Tricaud). Ces petites ambiguïtés se retrouvent parfois, encore aujourd'hui, dans l'utilisation de cetains verbes, comme le verbe "louer" : je loue un appartement (locataire ou locateur?). Dans la suite du chapitre, Hobbes envisage la possibilité pour le corps des négociants de disposer de fonds communs leur permettant de construire, d'acheter et d'équiper des navires. ( (NdT)

 

[60]             "society". (NdT)

 

[61]             "gain". (NdT)

 

[62]             "The end of their incorporating". (NdT)

 

[63]             "is to make their gain the greater". (NdT)

 

[64]             "by sole buying, and sole selling, both at home and abroad". (NdT)

 

[65]             "a company of merchants". (NdT)

 

[66]             "to grant". (NdT)

 

[67]             "a double monopoly". (NdT)

 

[68]             "because thereby they buy at home at lower, and sell abroad at higher, rates". (NdT)

 

[69]             "of foreign merchandise". La traduction de F. Tricaud ("de marchandises locales") est habile. (NdT)

 

[70]             "gainful to the adventurers". (NdT)

 

[71]             "they set what price they please on the husbandry and handiworks of the people". (NdT)

 

[72]             On pense bien sûr aux épices. (NdT)

 

[73]             "ill" : mauvais, dommageable. (NdT)

 

[74]             "such corporations". (NdT)

 

[75]             "every member is liable by himself for the whole". (NdT)

 

[76]             "private laws". (NdT)

 

[77]             "because the body was ordained by the authority of the Commonwealth". (NdT)

 

[78]             L'expression utilisée par Hobbes, "to advise with someone" n'a pas le sens fort de "to advise some one". Elle signifie "se consulter avec quelqu'un", alors que la deuxième expression laisserait entendre que les députés jouent un véritable rôle de conseillers. La traduction de F. Tricaud ("pour aviser avec lui à ...", expression un peu vieillie) est de loin la plus fidèle. (NdT)

 

[79]             "which cannot consist with their peace". "their" : la paix du peuple. (NdT)

 

[80]             "And for the limits of how far such a body shall represent the whole people". (NdT)

 

[81]             "to other intent". (NdT)

 

[82]             "expressed". (NdT)

 

[83]             "Private bodies regular and lawful". (NdT)

 

[84]             "they are held for regular". (NdT)

 

[85]             Il est difficile de conserver le pluriel utilisé par Hobbes. (NdT)

 

[86]             "the better to order their trade of begging and stealing". (NdT)

 

[87]             "leagues". (NdT)

 

[88]             Bizarre traduction de G. Mairet : "sont au service". Hobbes écrit : "and savour of unlawful design". F. Tricaud traduit habilement : "ont un relent de ..". (NdT)

 

[89]             "and go commonly by the name of factions, or conspiracies". (NdT)

 

[90]             "a league being a connexion of men by covenants". C'est surtout le mot "liés" qui rend le mot "connexion". (NdT)

 

[91]             "valid". G. Mairet, suivant maladroitement F. Tricaud (dont la traduction était acceptable), traduit le mot "valid" par "forte". (NdT)

 

[92]             F. Tricaud négligé "all". Aurait-il ici une raison? (NdT)

 

[93]             "where every one may obtain his right". (NdT)

 

[94]             "by private men". (NdT)

 

[95]             "and a number of men, part of the assembly, without authority consult a part". La difficulté est dans l'expression "consult a part". Il faut considérer ici que "a part" est un forme de "apart" : à part. Néanmoins, l'emploi du verbe "to consult", sans ici "together" ou sans un pronom réfléchi, étonne. Il faut pourtant, en français, le rendre avec un pronom réfléchi. La traduction de G. Mairet ("se réunissent séparément") ne paraît pas satisfaisante. (NdT)

 

[96]             "to contrive the guidance of the rest". On notera que G. Mairet n'a absolument rendu le sens du verbe "to contrive" : inventer, imaginer, combiner. F. Tricaud, dans une note, nous signale que le texte latin dit plus clairement "la direction de toute l'assemblée". (NdT)

 

[97]             F. Tricaud traduit "ces hommes tendent à séduire". Or, rien, dans le texte de Hobbes, ne permet de traduire "tendent". (NdT)

 

[98]             "in him it is no injustice". Le verbe "imputer" utilisé par F. Tricaud ne correspond à rien dans le texte. (NdT)

 

[99]             "And though he hire such friends with money". Le verbe "to hire" signifie louer, et de façon plus large employer moyennant finances. L'adjectif qualificatif "mercenaire" se dit d'ailleurs "hireling". On notera que le vocabulaire utilisé par Hobbes n'est pas ici le vocabulaire de la corruption, mais le vocabulaire normal de la location de service. On ne s'étonnera pas de l'idée développée ici : dans le silence de la loi, le sujet sert naturellement son intérêt. Mais Hobbes avait certainement conscience qu'une telle patique ne pouvait que faire naître des conflits, ou du moins altérer la souveraineté. La traduction de G. Mairet est faible : "et même s'il retient ses amis avec de l'argent". (NdT)

 

[100]            Autrement dit, le personnel surnuméraire va former une milice privée illégale. (NdT)

 

[101]            "Concourse of people". F. Tricaud traduit par "attroupement". G. Mairet traduit par foule. (NdT)

 

[102]            "meeting". G. Mairet a tort de traduire "concourse" et "meeting" par le même mot. (NdT)

 

[103]            "he that cannot render a particular and good account of his being amongst them". (NdT)

 

[104]            "is to be judged conscious of an unlawful and tumultuous design". La traduction de F. Tricaud ("on doit juger qu'il nourrit un dessein ...") serait parfaite s'il avait ajouté l'adverbe "consciem­ment". On pourra certes dire que cet ajout semble superflu, mais il est nécessaire que le traducteur rende le mot "conscious". G. Mairet n'en tient pas compte non plus. (NdT)

 

[105]            F. Tricaud a ajouté "ensemble" qui ne correspond à rien dans le texte de Hobbes. (NdT)

 

[106]            Il s'agit de Gaïus et Aristarque (Actes, XIX,29). (NdT)

 

[107]            "Great is Diana of the Ephesians". Conforme à la King James version (Actes, XIX, 28 et 34). On rappellera que G. Mairet ne traduit pas le texte d'Hobbes mais recopie mot à mot la T.O.B. (NdT)

 

[108]            Démétrios et les artisans fabriquaient des temples d'Artémis en Argent. La Parole de Paul riquait de ruiner cette activité (Actes, XIX,24-27). (NdT)

 

[109]            Traduction assez libre de "The occasion here, considering the laws of that people, was just". (NdT)

 

[110]            La Bible rapporte ces propos au secrétaire de l'assemblée (Actes, XIX,35). (NdT)

 

[111]            "If Demetrius and the other workmen can accuse any man of any thing, there be pleas, and deputies; let them accuse one another. And if you have any other thing to demand, your case may be judged in an assembly lawfully called. For we are in danger to be accused for this day's sedition, because there is no cause by which any man can render any reason of this concourse of people". La King James version donne : " if Demetrius, and the craftsmen which are with him, have a matter against any man, the law is open, and there are deputies: let them implead one another. But if ye enquire any thing concerning other matters, it shall be determined in a lawful assembly. For we are in danger to be called in question for this day's uproar, there being no cause whereby we may give an account of this concourse.". Le mot "deputy" ne renvoie évidemment pas à ce que nous appelons député. Il s'agit ici de celui à qui on a délégué un pouvoir de justice. Le texte biblique emploie le mot "proconsul", gouverneur d'une province qui, parmi ses fonctions, possédait la fonction judiciaire. (NdT)

 

[112]            Exactement "let them accuse one another". (NdT)

 

[113]            "there is no cause by which any man can render any reason of this concourse of people". (NdT)

 

[114]            Actes, XIX,40 (Note de Hobbes). En fait, la référence exacte est Actes, XIX,38-40. La T.O.B. donne : "Si Démétrius et les artisans qui le suivent sont en litige avec quelqu'un, il se tient des audiences, il existe des proconsuls : que les parties aillent donc en justice! Et si vous avez encore d'autres requêtes, l'affaire sera réglée par l'assemblée légale. Nous risquons en fait d'être accusés de sédition pour notre réunion d'aujourd'hui, car il n'existe aucun motif que nous puissions avancer pour justifier cet attroupement." (NdT)

 

[115]            Le mot "wen" désigne une tumeur bénigne. Très exactement, c'est un kyste sébacé, encore appelé "loupe". Quoi qu'il en soit, c'est un fait pathologique. (NdT)

 

[116]            La médecine du XVII (voir Molière, Boileau) est encore dépendante de la tradition hippocratique. Selon cette tradition existent quatre humeurs, le flegme (ou pituite) qui vient du cerveau, le sang, qui vient du foie, la bile (ou bile jaune), qui vient du foie, et l'atrabile (ou bile noire), qui vient de la rate. La santé dépend de l'équilibre de ces humeurs. Les pathologies (y compris les psychopathologies) viennent d'un excès, d'une insuffisance d'humeurs. La bile ("biles") dont parle ici Hobbes est évidemment la bile noire, ou atrabile, et la traduction de G. Mairet ("sécrétions biliaires") est évidemment très insuffisante. La traduction de F. Tricaud ("flux de bile") est complétée par une note qui utilise l'heure expression, très hippocratique, "excès de bile". (NdT)

 

[117]            Les apostumes sont des abcès et tumeurs avec suppuration. Le premier dictionnaire de l'Académie française précise qu'il est nécessaire d' "aboutir les apostumes". (NdT)

 

[118]            "conflux". F. Tricaud ("conflit") interprète plus qu'il ne traduit. Le mot "conflux" signifie simplement "rencontre", "rassemblement". Ce mot n'est pas sans faire écho, évidemment, aux "rassemblements" illégaux dont Hobbes a déjà parlé. (NdT)

 

[119]            "unnatural" signifie : non naturel, contraire à la nature, anormal. (NdT)

 

[120]    "evil humours". Pourquoi éviter, comme F. Tricaud et G. Mairet, l'expression "mauvaises humeurs"? Elle a le mérite de rappeler que la théorie des humeurs était liée à une typologie des tempéraments (voir Gallien). On notera que le mot "humour" n'apparaît qu'une seule fois dans le Léviathan, une seule fois (non significative) dans le De Cive, et n'apparaît pas dans les Elements.