PHILOTRAHOBBES : LEVIATHAN – Traduction de Philippe Folliot avec notes.

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Chapitre 24 : De l'alimentation et de la procréation de la République

 

L'ALIMENTATION [1] de la République consiste dans l'abondance et la distribu­tion des matières  [2] nécessaires à la vie, dans leur digestion ou préparation, et quand elles sont digérées, dans leur transport vers leur utilisation publique par les conduits qui conviennent [3]   [4] .

 

L'abondance de matière est une chose limitée par nature [5] à ces biens venant des deux mamelles de notre mère commune, la terre et la mère, que Dieu, habituellement, ou donne gratuitement [6] au genre humain, ou vend contre le travail.

 

En effet, la matière de cette nourriture [7] consistant en animaux, végétaux et minéraux, Dieu a gratuitement déposé devant nous ces derniers, à la surface de la terre, ou près, de sorte qu'il n'est besoin de rien de plus que le travail et l'industrie pour les recevoir [8]. Si bien que l'abondance ne dépend, après la grâce de Dieu, que du travail et de l'industrie des hommes.

 

Cette matière, que l'on appelle habituellement les biens [9], est en partie indigène et en partie étrangère [10] : indigène est la matière qu'on peut avoir sur le territoire de la République; étrangère est celle qui est importée de l'extérieur. Et parce qu'il n'existe pas de territoire sous l'empire d'une seule République, sauf s'il est de vaste étendue, qui produise toutes les choses nécessaires à l'entretien et au mouvement du corps entier, et parce qu'il en est peu qui ne produisent pas quelque chose de plus que ce qui est nécessaire, les biens superflus qu'on peut avoir à l'intérieur cessent d'être superflus [11], et ils suppléent à ce qui fait défaut chez soi, par l'importation de ce qu'on peut obtenir à l'étranger, soit par l'échange, soit par une juste guerre, soit par le travail ; car le travail d'un homme est aussi une marchandise [12] qu'on peut échanger contre un gain [13], tout comme une quelconque autre chose. Il a existé certaines Républiques qui, n'ayant pas plus de territoire que celui qui servait aux habitations, ont cependant conservé, mais aussi accru leur puissance, en partie par le travail du commerce, d'un lieu à un autre, en partie en vendant des objets manufacturés dont les matériaux étaient importés [14] d'autres endroits.

 

La distribution des matières de l'alimentation [15] est la constitution [16] du mien, du tien, et du sien, c'est-à-dire, en un mot, de la propriété, et elle relève, dans tous les genres de République, du pouvoir souverain. En effet, là où n'existe pas de Répu­blique, il y a, comme il a déjà été montré, une guerre perpétuelle de chaque homme contre son prochain, et donc toute chose est à celui qui la prend et la garde par la force, ce qui n'est ni propriété, ni communauté, mais incertitude [17]. C'est si évident que même Cicéron, défenseur passionné de la liberté, dans un plaidoyer public, attribue toute propriété à la loi civile : Que la loi civile [18], dit-il, soit un jour aban­donnée, ou seulement négligemment gardée, pour ne pas dire étouffée, et il n'y a rien qu'un homme puisse être sûr de recevoir de son ancêtre ou de laisser à ses enfants. De même : Supprimez la loi civile, et personne ne sait ce qui est sien, et ce qui est à l'autre. Donc, vu que l'introduction de la propriété est un effet de la République, qui ne peut rien faire sinon par la personne qui la représente, elle est l'acte du seul souverain et consiste dans la loi que personne ne peut faire s'il n'a le pouvoir souve­rain. Et c'était bien connu des anciens qui l'appelaient nomos [19] (c'est-à-dire distribu­tion), que nous appelons loi, et qui définissaient la justice comme la distribution [20] à chacun de ce qui est sien.

 

La première loi de cette distribution est la division [21] de la terre elle-même, par laquelle le souverain assigne à chacun un lot [22], selon ce qu'il juge (et non selon ce que juge un sujet, ou une certain nombre de sujets) convenir à l'équité et au bien commun. Les enfants d'Israël formaient une République dans le désert, mais les biens de la terre leur firent défaut jusqu'à ce qu'ils fussent maîtres de la Terre promise ; laquelle fut ensuite divisée entre eux, non à leur propre discrétion, mais à la discrétion du prêtre Eléazar et de leur général Josué [23]. Ces derniers, quand il y eut douze tribus, faisant d'elles treize tribus par la sous-division de la tribu de Joseph, ne firent cependant que douze lots [24] de terre, ne destinant aucune terre à la tribu de Lévi [25], ne lui assignant que la dixième part de tous les fruits [des terres des tribus d'Israël] [26]. Cette division était donc discrétionnaire [27]. Et quoiqu'un peuple venant en possession d'une terre par la guerre n'extermine pas toujours les anciens habitants, comme le firent les Juifs [28], mais laisse à beaucoup d'entre eux, ou à la plupart, ou à tous, leurs domaines [29], il est cependant manifeste que ces derniers les tiennent ensuite de la distribution faite par le vainqueur [30], comme le peuple d'Angleterre tenaient les siens de Guillaume le Conquérant.

 

On peut conclure de cela que la propriété qu'un sujet a de ses terres consiste dans le droit d'exclure [31] tous les autres sujets de leur usage, mais non dans le droit d'en exclure son souverain, que ce soit une assemblée ou un monarque. En effet, étant donné que le souverain, c'est-à-dire la République (dont il représente la personne) est censé ne rien faire sinon en vue de la paix commune et de la sécurité, la distribution des terres est nécessairement [32] censée être faite dans le même but. Par conséquent, toute distrib­tion qu'il fera au préjudice de cette fin est contraire à la volonté de chaque sujet qui a confié sa paix et sa sûreté à sa discrétion et à sa conscience [33], et elle est donc, par la volonté de chacun des sujets, réputée nulle. Il est vrai qu'un monarque souverain (ou la plus grande partie d'une assemblée souveraine) peut ordonner, afin de satisfaire ses passions, de nombreuses choses contraire à sa propre conscience, ce qui est un abus de confiance [34] et une infraction aux lois de la nature; mais ce n'est pas suffisant pour autoriser un sujet, ou à préparer la guerre [35], ou même à accuser son souverain d'injus­tice ou en dire du mal de quelque façon, parce les sujets ont autorisé toutes ses actions et, en lui conférant le pouvoir souverain, les ont faites leurs. Mais dans quels cas les ordres du souverain sont contraires à l'équité et à la loi de nature, c'est que nous aurons à envisager ultérieurement, à un autre endroit.

 

Dans la distribution des terres, on peut concevoir que la République elle-même, par son représentant [36], ait un lot, en ait la jouissance et le fasse valoir [37], et qu'on fasse en sorte que ce lot soit suffisant pour soutenir toutes les dépenses nécessairement requises pour la paix et la défense communes; ce qui serait très vrai, si l'on pouvait imaginer qu'il y eût un représentant affranchi des passions et des faiblesses humaines. Mais la nature des hommes étant ce qu'elle est, mettre en avant [la nécessité] [38] d'un domaine public, ou d'un certain revenu, c'est [vouloir quelque chose de] vain et qui tend à la dissolution du gouvernement, au retour à l'état de simple nature et à la guerre si jamais le pouvoir souverain tombe dans les mains d'un monarque (ou d'une assemblée) qui, soit utilise l'argent avec négligence, soit engage de façon hasardeuse les fonds publics dans une guerre longue et coûteuse. Les Républiques ne souffrent pas [qu'on les mette] à la diète [39]. En effet, vu que leurs dépenses ne sont pas limitées par leur propre appétit, mais par des accidents extérieurs et par l'appétit de leurs voisins, les richesses publiques ne peuvent pas être limitées par d'autres limites [40] que celles que requerra l'urgence des circonstances [41]. Alors qu'en Angleterre, le Conqué­rant s'était réservé différentes terres pour son propre usage (en plus des forêts et des chasses, soit pour son divertissement, soit pour la préservation des bois), et différents services [42] réservés [43] sur les terres qu'il donna à ses sujets, il semble pourtant qu'ils n'aient pas été réservés pour ses besoins dans sa capacité publique, mais dans sa capacité naturelle, car lui et ses successeurs, pour tout cela, établirent des taxes discrétionnaires [44] sur toutes les terres des sujets quand ils le jugèrent nécessaire. Et si ces terres publiques et ces services étaient destinés à suffire à l'entretien de la République, c'était contraire aux fins de l'institution, car ils ne suffisaient pas (les taxes qui ont suivi le montrèrent) et (comme le montra récemment le faible revenu de la Couronne) ils étaient sujets à aliénation et diminution. Il est donc vain d'assigner un lot à la République, qui peut vendre ou se dénantir [45], et qui, en effet, vend et se dénantit quand elle le fait par son représentant.

 

Tout comme pour la distribution des terres dans le pays, il appartient au souverain de fixer les endroits où les sujets feront [46] du commerce et les biens [qui seront concernés]; car s'il appartenait aux personnes privées d'en user dans ce domaine à leur propre discrétion, certains seraient poussés par le gain à fournir à l'ennemi des moyens de nuire à la République, ou à lui nuire eux-mêmes, en important des choses qui, plaisant aux appétits des hommes, sont cependant nuisibles, ou du moins ne leur sont d'aucun profit [47]. Et c'est pourquoi il appartient à la République (c'est-à-dire au seul souverain) d'agréer [48] ou de refuser d'agréer à la fois les endroits de commerce à l'étranger et ce qui en est l'objet.

 

De plus, vu qu'il ne suffit pas, pour la sustentation [49] d'une République, que chaque homme ait en propriété une portion de terre, ou quelques biens, ou qu'il ait un talent naturel [50] dans quelque art utile (et il n'est pas au monde d'art qui ne soit nécessaire, ou à l'existence, ou au bien-être de tous les particuliers), il est nécessaire que les hommes distribuent ce dont ils n'ont pas besoin [51], et qu'ils se transfèrent mutuellement les uns les autres ce qu'ils possèdent par échange et contrat mutuel. Et c'est pourquoi il appartient à la République (c'est-à-dire au souverain) de fixer la manière dont tous les types de contrats entre sujets (d'achat, de vente, d'échange, d'emprunt, de prêt, de location [52]) doivent être faits, et les termes et signes qui rendront ces contrats valides [53]. Si l'on considère le plan de l'ensemble de l'ouvrage, j'en ai dit assez sur la distribution de la nourriture entre les différents membres de la République.

 

Par digestion [54], j'entends la réduction de tous les biens qui ne sont pas consommés tout de suite, mais mis en réserve pour l'alimentation future à quelque chose d'égale valeur, et en même temps assez transportable pour ne pas gêner le mouvement des hommes d'un lieu à un autre, afin qu'on puisse, n'importe où, acheter [55] les aliments que l'endroit offre [56]. Ce n'est rien d'autre que l'or, l'argent et la monnaie [57], car se trou­vant que l'or et l'argent ont dans presque tous les pays du monde une grande valeur, ils sont des mesures commodes, entre les nations, de la valeur de toutes les autres choses; et la monnaie, quelle que soit la matière dans laquelle elle est frappée par le souverain d'une République, est une mesure suffisante de la valeur de toutes les autres choses entre les sujets de cette République. Au moyen de ces mesures, tous les biens meubles et immeubles [58] peuvent accompagner un homme dans tous ses lieux de séjour, là où il réside ordinairement, ou ailleurs. Ces biens passent et repassent d'hom­me à homme [59], à l'intérieur de la République, nourrissant, par cette circulation [60], chacune de ses parties, de telle sorte que cette digestion est, pour ainsi dire, l'irriga­tion sanguine [61] de la République, car le sang naturel est de la même manière fait des fruits de la terre, et, en circulant, il nourrit, sur sa route [62], tous les membres du corps de l'homme.

 

Et parce que l'or et l'argent tiennent leur valeur de la matière même, ils ont premièrement ce privilège que leur valeur, étant une mesure commune de tous les biens de partout, ne peut pas être changée par le pouvoir d'une ou de quelques Républiques. Mais [la valeur] de la vile monnaie [63] peut être élevée ou abaissée. En second lieu, elles ont ce privilège de permettre aux Républiques de mouvoir et d'éten­dre leurs bras, en cas de besoin, jusque dans les pays étrangers, et d'approvisionner, non seulement les sujets privés qui voyagent, mais aussi des armées entières [64]. Mais ces pièces [65] qui ne sont pas considérées pour leur matière, mais [seulement] pour l'estampage local, étant incapables d'endurer le changement d'air, ne sont en vigueur que dans leur pays d'origine, où elles sont aussi sujettes au changement des lois, et, par là, sujettes à voir leur valeur diminuer, au préjudice, souvent, de ceux qui les possèdent.

 

Les conduits et voies par lesquels la monnaie est acheminée vers l'usage public sont de deux espèces : l'une, qui l'achemine aux coffres publics, l'autre qui l'écoule à l'extérieur pour les paiements publics. De la première espèce sont les percepteurs, receveurs et trésoriers ; de la seconde sont de nouveau les trésoriers, et les officiers [66] nommés pour payer différents ministres privés et publics. Et en cela aussi, l'homme artificiel maintient sa ressemblance avec l'homme naturel, dont les veines, recevant le sang des différents parties du corps, le portent jusqu'au cœur où, étant rendu vital, il est renvoyé par les artères pour animer [67] tous les membres et leur permettre de se mouvoir.

 

La procréation de la République, ses enfants, sont ce que nous appelons des établissements [68], ou colonies. C'est un certain nombre d'hommes envoyés hors de la République, sous [le commandement] d'un chef ou gouverneur, pour habiter un pays étranger, soit antérieurement vide d'habitants, soit alors vidé de ses habitants par la guerre. Et quand une colonie est établie, soit les hommes eux-mêmes se constituent en République, déchargée de la sujétion au souverain qui les a envoyés (comme il a été fait par de nombreuses Républiques de l'antiquité), auquel cas la République d'où ils viennent est appelée leur métropole, leur mère, et elle n'exige d'eux rien de plus que ce qu'un père exige de ses enfants qu'il émancipe et affranchit de son gouverne­ment domestique, c'est-à-dire l'honneur et l'amitié, soit, autrement, ils demeurent unis à la métropole, comme l'étaient les colonies du peuple de Rome, et ils ne constituent pas par eux-mêmes une République, mais une province, une partie de la République qui les a envoyés. De sorte que le droit des colonies, mis à part honorer la métropole et lui rester liées, dépend entièrement de la patente [69], des lettres par lesquelles le souverain a autorisé leur établissement.

 

 

 

Traduction Philippe Folliot
 

 

Version téléchargée en août 2003.

 

 

 

 



[1]              "nutrition". (NdT)

 

[2]              "materials". Le mot doit être ici pris dans un sens large : "ce qu'il faut pour", "ce qui est nécessaire à", "les matériaux pour". F. tricaud et G. Mairet interprètent en traduisant par "matières pre­mières". On rappellera que "matières premières" se dit "raw materials" (matières crues).  (NdT)

 

[3]              "in the conveyance of it by convenient conduits to the public". (NdT)

 

[4]              On s'étonne de la note de G. Mairet prétendant que ce chapitre est le seul endroit du Léviathan où Hobbes s'occupe d'économie. Hobbes, par exemple dans le chapitre XXII, soulève directement des questions économiques tout à fait essentielles, comme celle du monopole. (NdT)

 

[5]              "by nature". (NdT)

 

[6]              F. Tricaud traduit "freely" comme "liberally", ce qui est possible. "freely" a, parmi ses sens, le sens de "gratuitement" (la "free admission" est par exemple l'entrée gratuite). La construction de la phrase et le verbe "vendre" incitent à cette traduction. (NdT)

 

[7]              Hobbes utilisait précédemment le mot "nutrition". Il utilise ici le mot "nutriment" : nourriture, éléments nourrissants. (NdT)

 

[8]              1) On peut ici considérer que la forme "of receiving them" est comparable à la forme "to receive" (malgré une nuance négligeable). 2) Le verbe "to receive", quel que soit le sens, suppose toujours que quelqu'un a envoyé, donné, vendu, etc.. Ici, il est clairement dit qu'il y a un don de Dieu. Or nous recevons ce don par le travail. Je conserve donc le sens fondamental de ce verbe. La traduction par "prendre possession" de F. Tricaud paraît excessive. G. Mairet choisir "obtenir". (NdT)

 

[9]              "commodities": biens, denrées, marchandises. (NdT)

 

[10]             "partly native and partly foreign". (NdT)

 

[11]             "ne sont plus des excédents", dit G. Mairet; mais ce sont toujours des excédents. En revanche, ils ne sont plus inutiles, superflus. (NdT)

 

[12]             "commodity". (NdT)

 

[13]             "benefit" : avantage, profit, gain. Le vocabulaire ici utilisé vise à permettre une lecture du passage à partir de la théorie de la marchandisation de la force de travail. (NdT)

 

[14]             "brought in". (NdT)

 

[15]             "this nourishment". (NdT)

 

[16]             "is the constitution". (NdT)

 

[17]             "which is neither propriety nor community, but uncertainty". (NdT)

 

[18]             "civil law". (NdT)

 

[19]             En caractères grecs dans le texte. Effectivement, le mot nomos, avant de désigner l'opinion, la coutume et la loi, désigne la part, la portion, le lot, ce qui est attribué par le partage, et donc, ce dont on peut faire usage. (NdT)

 

[20]             Peut-être une allusion à la justice dianémètikè d'Aristote (Voir Ethique à Nicomaque, en particulier V,6,1131a10). (NdT)

 

[21]             "division" : division, partage. (NdT)

 

[22]             "a portion": un lot (traduction ici la plus indiquée), une part, une partie. (NdT)

 

[23]             Il est dit dans Josué ( ) que le partage se fit par un tirage voulu de Dieu par l'intermédiaire de Moïse par Eléazar, Josué, fils de Noun, et les chefs de familles (Josué, XIV,1)(Idem dans Nombres,XXX,54 et XXXIV,17). (NdT)

 

[24]             Dans la T.O.B., en Josué, on trouve les mots "héritages", "parts", "territoires". Dans Juges, le mot "lot" est utilisé. (NdT)

 

[25]             On lit effectivement dans Josué, XIV,4, XVIII,7 et dans Nombres, que les Lévites n'étaient pas prévus dans le tirage au sort, étant choisis pour assurer le culte. Il était néanmoins prévu qu'ils eussent des villes de résidence avec leurs communaux et des villes de refuge, et ils eurent 41 (48) villes dans les lots déjà attribués (Josué, XXI, 1-41)(Nombres, XXXV,1sq). Ce nouveau partage se fit aussi par tirage au sort (Josué, XXI,8). (NdT)

 

[26]             Sur les revenus des lévites, voir Nombres, XVIII, 21sq. (NdT)

 

[27]             "arbitrary". Je suis la traduction de F. Tricaud. La traduction "arbitraire" ne pose aucun problème si l'on tient compte de son véritable sens (décision arbitraire : décision libre, laissée à l'arbitre, et non soumise à des règles. A cet égard, la traduction de G. Mairet n'est pas fausse.). Mais nous connaissons tous l'importance prise par le sens péjoratif du mot "arbitraire". Le mot "discrétionnaire " a l'avantage, précisément dans notre traduction (ce qui n'est pas le cas chez F. Tricaud), de renvoyer à l'usage qui a été fait précédemment du mot "discrétion". On peut regretter que F. Tricaud n'ait pas précédemment littéralement traduit "not by their own discretion, but by the discretion of Eleazar the priest, and Joshua their general", et qu'il n'ait pas fait de même quelques lignes plus bas, pour "that committed his peace and safety to his discretion and conscience". On rappellera que cette discrétion, dans le texte biblique, est celle de Dieu, par l'intermédiaire de Moïse. (NdT)

 

[28]             Peut-être Hobbes fait-il allusion à Juges, I,29-32. (NdT)

 

[29]             "their estates": ici, leurs biens, leurs domaines. Il est aussi dit dans Josué et Juges qu'ils ne purent pas, parfois, déposséder les anciens habitants. (NdT)

 

[30]             Je ne suis pas d'accord avec l'interprétation que F. Tricaud fait du passage "yet it is manifest they hold them afterwards, as of the victor's distribution". Il traduit : "il est cependant manifeste que c'est comme si ceux-ci les tenaient d'une répartition opérée par le vainqueur". Je ne pense qu'il faille interpréter ainsi le mot "as" et une traduction presque littérale donnerait plutôt : "il est cepen­dant manifeste qu'ils les tiennent ensuite, en tant que de la distribution du vainqueur.", ce qui donne, dans une traduction acceptable : "les tiennent ensuite de la distribution faite (ou opérée) par le vainqueur." (NdT)

 

[31]             "to exclude": exclure, empêcher, refuser, écarter, ne pas admettre. (NdT)

 

[32]             Cet adverbe tente de rendre "is to" : doit, a à ... (NdT)

 

[33]             "that committed his peace and safety to his discretion and conscience". (NdT)

 

[34]             "breach of trust". (NdT)

 

[35]             "to make war upon". A ma connaissance, l'expression "to make upon" (ou "to make on") est d'utilisation rare. J'interprète l'expression comme "to make up", expression qui possède de nombreux sens : faire, exécuter, préparer, rassembler. (NdT)

 

[36]             Le "incarnée dans" est ajouté par F. Tricaud. (NdT)

 

[37]             "improve". La traduction de F. Tricaud, que je suis ici, me semble être la meilleure. La traduction de G. Mairet (fertilise) est restrictive. (NdT)

 

[38]             " the setting forth". J'avoue ne pas comprendre comment F. Tricaud (G. Mairet a suivi) a pu obtenir la traduction "la constitution". "To set forth" : exposer, mettre en valeur (des arguments), mettre en avant (idem), avancer (idem), etc. Il est vrai que la construction de la phrase oblige à quelques acrobaties. (NdT)

 

[39]             "Commonwealths can endure no diet". Je rappelle un principe méthodologique de cette traduction : les images hobbesiennes sont assez rares (pour des raisons de déontologie linguistique - voir chapitre IV). Il est donc préférable de ne pas les laisser s'échapper pendant la traduction; ce que fait cependant G. Mairet, qui traduit platement : "Les Etats ne tolèrent pas les restrictions". (NdT)

 

[40]             Je reproduis la répétition de Hobbes. Manque de fidélité de F. Tricaud : "ne sauraient supporter d'autre détermination que ...". (NdT)

 

[41]             " those which the emergent occasions shall require". (NdT)

 

[42]             "services". Le sens du mot me semble peu évident. S'agit-il de redevances, comme le traduit F. Tricaud, ou de servitudes, comme le traduit G. Mairet? (NdT)

 

[43]             On est étonné par la traduction de F. Tricaud : "redevances attachées aux terres". D'autant plus étonné qu'il traduit correctement dans la proposition suivante. Aurait-il voulu éviter une répétition. Reste à savoir si le verbe a déjà au XVIIème le sens juridique qu'on lui connaît. (NdT)

 

[44]             "arbitrary taxes". Voir l'une des notes précédentes sur "arbitrary". (NdT)

 

[45]             "give away", qui n'a pas tout à fait le même sens que "to give", en tant que le verbe insiste davantage sur l'idée d'abandon, de renoncement, de tranfert. Hobbes n'a pas répété, par un pronom, un complément d'objet, mais il va de soi qu'il s'agit des biens publics. (NdT)

 

[46]             F. Trricaud ajoute le verbe pouvoir, qui ne correspond à rien dans le texte. (NdT)

 

[47]             "be nevertheless noxious, or at least unprofitable to them". (NdT)

 

[48]             "to approve". (NdT)

 

[49]             "sustentation". En français, le mot est rare, mais il a l'avantage d'insister sur les forces qui sont soutenues par la nourriture.

 

[50]             On peut dans ce cas parler d'une distribution naturelle des talents, à côté de la distribution artificielle des lots de terre. (NdT)

 

[51]             ou "ce dont ils peuvent se passer" : le superflu et l'excédent deviennent objets de commerce. La traduction de G. Mairet étonne : "qu'ils distribuent ce qu'il peuvent partager". (NdT)

 

[52]             Je regroupe sous un seul terme ce qui concerne aussi bien le locataire que le locateur. (NdT)

 

[53]             F. Tricaud a oublié ces quelques mots. (NdT)

 

[54]             "concoction". (NdT)

 

[55]             Hobbes dit simplement "may have". (NdT)

 

[56]             G. Mairet ne traduit pas le verbe "to afford". (NdT)

 

[57]             "And this is nothing else but gold, and silver, and money". (NdT)

 

[58]             "all commodities, movable and immovable". (NdT)

 

[59]             "and the same passeth from man to man within the Commonwealth, and goes round about". Quelle que soit la traduction, il est essentiel qu'elle rende ici compte du mouvement de la circulation sanguine. (NdT)

 

[60]             On ne peut s'empêcher de penser au Exercitatio anatomica de motu cordis et sanguinis in animalibus d'Harvey (1628). (NdT)

 

[61]             "sanguification". F. Tricaud a raison de choisir cette traduction, et non, comme G. Mairet, "circu­lation sanguine", car il ne s'agit pas ici de la simple "circulation" ("to circulate"), mais de la "nourriture" du corps humain, comme l'indique la suite. (NdT)

 

[62]             "by the way" n'a pas exactement le sens de "in this way", ce qu'a très bien vu F. Tricaud. (NdT)

 

[63]             "base money". L'adjectif "base" (bas, vil, non précieux) peut aller juqu'à désigner parfois la fausse monnaie. Il a très certainement été d'abord utilisé pour désigner des pièces de métaux "sans noblesse". (NdT)

 

[64]             F. Tricaud ne traduit pas la dernière proposition, quoiqu'il cite en note le texte latin qui développe la même idée. (NdT)

 

[65]             La traduction de "coin" par "signe monétaire" (F. Tricaud) ne semble pas justifiée. (NdT)

 

[66]             Fonctionnaires. (NdT)

 

[67]             "to enliven". (NdT)

 

[68]             "plantations". La traduction littérale, par plantations ou même implantations, semble difficile. "comptoir" risque de réduire le sens. "Etablissement" à l'avantage de l'usage (on parlait ainsi des établissements des Indes). (NdT)

 

[69]     "license" : patente, ici comme ellipse de "lettres patentes".