PHILOTRAHOBBES : LEVIATHAN – Traduction de Philippe Folliot avec notes.

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Chapitre 25 : Du conseil

 

Combien il est trompeur de juger de la nature des choses par l'usage habituel inconstant des mots n'apparaît nulle part mieux que dans la confusion entre les conseils et les commandements [1], qui provient [de ce que nous usons] dans les deux cas d'une façon de parler impérative, comme d'ailleurs en de nombreuses autres occasions. En effet, les mots fais ceci ne sont pas seulement les mots de celui qui commande, mais aussi les mots de celui qui donne un conseil ou de celui qui exhorte; et pourtant, peu d'hommes ne voient pas que ce sont des choses très différentes, ou ne peuvent pas les distinguer quand ils comprennent [2] qui est celui qui parle, à qui les paroles s'adressent, et en quelle occasion. Mais trouvant ces expressions dans les livres, et n'étant pas capables d'entreprendre l'examen des circonstances [3], ou ne le voulant pas, ils confondent tantôt les préceptes [4] des conseillers et les préceptes de ceux qui commandent, tantôt l'inverse, selon que cela s'accorde  au mieux [5] avec les conclusions qu'ils veulent inférer ou avec les actions qu'ils approuvent. Pour éviter ces méprises et rendre à ces termes de commander, conseiller et exhorter [6] leurs signi­fications propres et distinctes, je les définis ainsi.

 

Il y a COMMANDEMENT quand un homme dit Fais ceci, ou Ne fais pas ceci, et qu'on ne peut attendre d'autre raison que la volonté de celui qui le dit [7]. De cela, il s'ensuit manifestement que celui qui commande prétend de cette façon à son propre avantage, car la raison de son commandement est sa seule volonté personelle, et l'objet propre de la volonté de tout homme est quelque bien [8] pour lui-même.

 

Il y a CONSEIL quand un homme dit Fais ceci ou Ne fais pas ceci, et qu'on déduit ses raisons d'un avantage que tire du conseil celui à qui l'on parle. Et de cela, il est évident que celui qui donne un conseil prétend seulement (quelle que soit son intention) au bien de celui à qui il le donne.

 

Par conséquent, l'une des grandes différences entre conseil et commandement est que le commandement vise le propre avantage de celui qui commande, et le conseil l'avantage d'un autre. Et de là provient une autre différence : on peut être obligé de faire ce qui est commandé, comme quand on s'engage par convention à obéir, mais on ne peut pas être obligé de le faire quand on reçoit un conseil, parce qu'on pâtit soi-même du mal qui peut résulter du fait de ne pas le suivre [9]. Ou si l'on a à s'engager par convention à suivre le conseil, ce dernier prend la nature d'un commandement [10]. Une troisième différence est que personne ne peut prétendre au droit d'être le conseiller d'un autre, parce qu'il n'a pas [11] à prétendre en tirer un avantage pour lui-même. Récla­mer le droit de conseiller un autre prouve [12] une volonté de connaître ses desseins, ou d'acquérir quelque bien pour soi-même, ce qui, comme je l'ai dit plus haut, est l'objet propre de la volonté de tout homme.

 

Il appartient aussi à la nature du conseil que, quel qu'il soit, celui qui le demande ne peut pas en équité accuser ou punir celui qui a donné le conseil. Demander conseil à quelqu'un, en effet, c'est lui permettre de donner le conseil qu'il jugera le meilleur, et, par conséquent, celui qui donne un conseil à son souverain (monarque ou assem­blée) quand on le lui demande ne peut pas en équité être puni pour ce conseil, que ce dernier soit conforme à l'opinion de la majorité ou qu'il ne le soit pas, tant que ce conseil va dans le sens de l'affaire en question [13]. En effet, si l'on pouvait prendre connaissance du sentiment [14] de l'assemblée avant la fin du débat, l'assemblée ne demanderait ni ne recevrait  plus de conseils, car le sentiment de l'assemblée est la décision qui clôt le débat et la fin de toute délibération. Et, en général, celui qui demande un conseil est l'auteur de ce conseil, et il ne peut donc punir celui qui le lui donne; et ce que le souverain ne peut pas, aucune autre homme ne le peut. Mais si un sujet donne conseil à un autre de faire quelque chose de contraire aux lois, si ce conseil procède d'une mauvaise intention ou simplement de l'ignorance, c'est punis­sable par la République, parce l'ignorance de la loi n'est pas une excuse valable, tout homme étant tenu de prendre connaissance des lois auxquelles il est assujetti [15].

 

L'EXHORTATION, comme la DISSUASION [16]; est un conseil, accompagné, chez celui qui le donne, de signes d'un désir véhément de le voir suivi, ou, pour le dire plus brièvement, qui incite avec véhémence [17]. En effet, celui qui exhorte ne déduit pas les conséquences de ce qu'il conseille de faire, et ne se tient pas, en faisant cela, à la rigueur du raisonnement vrai [18], mais il encourage à l'action celui qu'il conseille, com­me il en détourne celui qu'il dissuade. Et c'est pourquoi, dans leurs discours, en déduisant leurs raisons, [ceux qui donnent des conseils] tiennent compte des passions et des opinions habituelles des hommes, et font usage d'analogies, de métaphores, d'exemples, et d'autres instruments oratoires, pour persuader leurs auditeurs de l'utilité, de l'honneur ou de la justice qu'il y a à suivre leur conseil.

 

De là, on peut inférer : premièrement, que l'exhortation et la dissuasion sont orientées vers le bien de celui qui donne le conseil, non vers celui qui le demande, ce qui est contraire au devoir d'un conseiller qui, en vertu de la définition du conseil, devrait considérer, non son propre avantage, mais l'avantage de celui qu'il conseille. Et qu'il oriente son conseil vers son propre avantage est assez visible par la longueur et la véhémence de ses recommandations, ou par les artifices qu'il utilise en donnant ce conseil qui, ne lui ayant pas été réclamé, et procédant par conséquent de raisons personnelles, vise principalement son propre avantage et accidentellement, ou pas du tout, le bien de celui qui est conseillé.

 

Deuxièmement, qu'on n'use de l'exhortation et de la dissuasion que quand on parle à une multitude [19], parce que, quand le discours ne s'adresse qu'à un seul, ce dernier peut interrompre celui qui parle et examiner ses raisons avec plus de rigueur qu'on ne peut le faire au sein d'une multitude, où les individus sont trop nombreux pour s'engager dans une discussion et dialoguer avec celui qui leur parle à eux tous à la fois, sans faire de différences.

 

Troisièmement, que ceux qui exhortent et dissuadent, quand on les requiert pour qu'ils donnent conseil, sont des conseilleurs vénaux et, pour ainsi dire, corrompus par leur intérêt personnel [20]. En effet, quelque bon que soit jamais le conseil qu'ils donnent, celui qui le donne n'est cependant pas davantage un bon conseiller que celui qui donne une sentence juste contre une récompense n'est un juge juste. Mais quand un homme peut légalement commander, comme un père dans sa famille, ou un chef dans une armée, ses exhortations et ses dissuasions sont non seulement légales, mais aussi nécessaires et louables, mais ce ne sont plus des conseils mais des commande­ments. Et ces commandements, quand ils [ordonnent] l'exécution d'une tâche déplaisante [21], la nécessité parfois, l'humanité toujours, requièrent qu'on les adoucisse en donnant des encouragements, avec le ton et la forme du conseil plutôt qu'avec le langage dur du commandement.

 

Des exemples de la différence entre commandement et conseil peuvent être tirés des formes de discours qui les expriment dans l’Écriture sainte. N'aie pas d'autre Dieux que moi, Ne te fabrique pas d'images taillées [22], Ne t'empare pas du nom de Dieu en vain [23], Sanctifie le sabbat, honore tes parents [24], ne tue pas [25], ne vole pas [26] , etc., sont des commandements, parce que la raison pour laquelle nous devons obéir est tirée de la volonté de Dieu notre roi, à qui nous sommes obligés d'obéir. Mais ces mots Vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres, et suis-moi [27] sont des conseils, parce que la raison pour laquelle nous devons le faire est tirée de notre avantage personnel, qui est que nous aurons un trésor dans les cieux [28]. Ces mots Entrez dans le village qui se trouve devant vous, et vous trouverez une ânesse atta­chée et son ânon; détachez-la et amenez-la moi [29] sont un commandement, car la raison de leur action est tirée de la volonté de leur maître; mais ces mots Repentez-vous et soyez baptisés au nom de Jésus [30] sont des conseils, parce que la raison pour laquelle nous agirions ainsi ne tend pas à l'avantage de Dieu tout-puissant, qui sera toujours le roi, de quelque manière que nous nous rébellions, mais à notre avantage, nous qui n'avons pas d'autre moyen d'éviter le châtiment suspendu au-dessus de nous à cause de nos péchés.

 

De même que la différence entre conseil et commandement vient d'être déduite de la nature du conseil, et cela consiste à déduire l'avantage ou le mal qui peut arriver à celui qui a à être conseillé, par les conséquences nécessaires ou probables de l'action que le conseiller propose, de même, on peut en dériver les différences entre conseil­lers compétents et conseillers incompétents [31]. En effet, l'expérience n'étant que la mémoire des conséquences d'actions semblables précédemment observées, et le con­seil n'étant que le discours par lequel cette connaissance est portée à la connaissance d'autrui, les vertus [32] et les défauts du conseil sont les mêmes que les vertus et défauts intellectuels. Et pour la personne de la République, les conseillers tiennent lieu de mémoire et de discours mental. Mais à cette ressemblance de la République avec un homme naturel est jointe une dissemblance de grande importance, qui est qu'un homme naturel reçoit son expérience des objets naturels de la sensation qui agissent sur [33] lui sans avoir de passions ou d'intérêts personnels [34], alors que ceux qui donnent des conseils à la personne représentative d'une République peuvent avoir, et ont fréquemment, des fins et des passions particulières qui rendent leurs conseils toujours suspects, et souvent déloyaux [35]. Et nous pouvons donc poser comme première condi­tion d'un bon conseiller : que ses fins et ses intérêts ne soient pas incompatibles [36] avec les fins et les intérêts de celui qu'il conseille.

 

Deuxièmement, comme la fonction d'un conseiller, quand une action vient à être délibérée, est de rendre manifestes les conséquences, d'une manière telle que celui qui est conseillé puisse être informé avec vérité et évidence, le conseiller doit soumettre son avis [37] dans un discours d'une forme telle qu'elle puisse faire apparaître la vérité le plus évidemment, c'est-à-dire avec une ratiocination [38] aussi solide, avec un langage aussi sensé et aussi approprié, d'une façon aussi brève que l'exposé des arguments [39] le permettra. Et c'est pourquoi les inférences faites à la légère et sans preuves [40], telles que celles qu'on puise dans les exemples, ou dans l'autorité des livres, et qui ne prouvent [41] pas ce que sont le bon et le mauvais, mais ne sont que des témoignages de fait et d'opinion, les expressions obscures, confuses et ambiguës, de même que les discours métaphoriques tendant à exciter les passions (car de tels raisonnements et de telles expressions ne sont bons qu'à tromper ou conduire celui qu'on conseille vers d'autres fins que les siennes propres), sont incompatibles avec la fonction de conseiller.

 

Troisièmement, comme la compétence [42] d'un conseiller procède de l'expérience et d'une longue étude, et que personne n'est présumé avoir de l'expérience dans ces choses qu'il est nécessaire de connaître pour l'administration d'une grande Républi­que, nul n'est présumé être un bon conseiller, sinon pour des affaires dans lesquelles il est très versé et qu'il a beaucoup méditées et examinées. En effet, vu que l'affaire de la République est de maintenir le peuple dans la paix intérieure, et de le protéger des invasions étrangères, nous constaterons que cette affaire requiert une grande connais­sance des dispositions de l'humanité, des droits du gouvernement, et de la nature de l'équité, de la loi, de la justice et de l'honneur, - connaissance qu'on ne peut acquérir sans étude des forces, des biens [disponibles], des lieux, aussi bien de son propre pays que de ceux des voisins, comme aussi des inclinations et desseins de toutes les nations qui pourraient d'une façon ou d'une autre lui nuire [43]. Et cette connaissance ne s'acquiert pas sans beaucoup d'expérience. De toutes ces choses, ce n'est pas seule­ment l'ensemble, mais chacun des détails qui requiert l'âge et l'expérience d'un homme mûr [44] ayant fait plus que des études ordinaires. L'intelligence [45] requise pour conseiller, comme je l'ai dit précédemment (Chapitre VIII), est le jugement. Et les différences des hommes sur ce point viennent d'éducations différentes consacrées, chez certains, à un genre d'études et d'affaires, chez d'autres, à un autre genre. Quand, pour faire quelque chose, il existe des règles infaillibles (comme pour les machines et les édifices, les règles de géométrie), toute l'expérience du monde ne peut égaler le conseil de celui qui a appris ou découvert la règle. Et quand n'existe pas une telle règle, celui qui le plus d'expérience dans un genre particulier d'affaire y a le meilleur jugement et est le meilleur conseiller.

 

Quatrièmement, pour être capable de donner des conseils à la République, dans une affaire qui a trait à une autre République, il est nécessaire d'avoir connaissance des renseignements et des lettres qui proviennent de cette République, et de tous les dossiers des traités et autres transactions d’État entre ces deux Républiques ; ce que personne ne peut faire sinon ceux que le représentant jugera compétents [46]. On voit par là que ceux qui ne sont pas convoqués pour un conseil ne peuvent imposer aucun bon conseil [47].

 

Cinquièmement, en supposant un nombre égal de conseillers [48], on est mieux conseillé en les écoutant séparément que dans une assemblée, et cela pour de nom­breuses raisons. Premièrement, en les écoutant séparément, on a l'avis de chacun ; mais dans une assemblée, nombreux sont ceux qui donnent leur avis par oui ou non, ou par les mains et les pieds, et ils ne sont pas mus par leur propre sentiment, mais par l'éloquence d'autrui, ou par crainte de déplaire à certains qui ont parlé, ou à toute l'assemblée, ou par crainte de paraître plus lents à saisir que ceux qui ont applaudi l'opinion contraire. Deuxièmement, dans une assemblée nombreuse, il doit nécessai­rement [49] y en avoir certains dont les intérêts sont contraires aux intérêts publics, et ceux-là, leurs intérêts les rendent passionnés, et la passion les rend éloquents, et l'éloquence attire autrui vers leur avis. En effet, les passions des hommes, qui, séparé­ment, sont modérées, comme la chaleur d'un seul tison, dans une assemblée, sont semblables à de nombreux tisons qui s'enflamment l'un l'autre (surtout quand ils se soufflent l'un sur l'autre par leurs harangues [50]) jusqu'à mettre le feu à la République sous prétexte de la conseiller [51]. Troisièmement, en entendant chaque conseiller sépa­rément, on peut examiner, si besoin est, la vérité ou la probabilité des raisons [avancées], et les fondements [52] de l'avis qu'il donne, par de fréquentes interruptions et objections; ce qui ne peut être fait dans une assemblée où, à chaque question difficile, on est plutôt surpris et aveuglé [53] par la variété des discours qui s'y rapportent, qu'informé de la direction qu'on doit prendre. De plus, il ne peut y avoir d'assemblée nombreuse, où les membres sont convoqués ensemble, dans laquelle ne se trouvent pas certains qui, ayant l'ambition d'être jugés éloquents, et aussi instruits en politique, ne donnent pas leur avis en se souciant de l'affaire proposée, mais des applaudisse­ments pour leurs discours bariolés, faits de fils et de lambeaux de différentes couleurs [pris] chez les auteurs [54]; ce qui est pour le moins une impertinence [55] qui fait perdre du temps aux consultations sérieuses, ce qui est facilement évité par le secret d'une consultation séparée. Quatrièmement, dans les délibérations qui doivent être tenues secrètes, et c'est souvent le cas dans les affaires publiques, les conseils de plusieurs, surtout dans les assemblées, sont dangereux ; et c'est pourquoi il est nécessaire que les grandes assemblées confient de telles affaires à un nombre moins important [de conseillers], formé des personnes les plus compétentes [56], et en qui elles ont le plus confiance.

 

Pour conclure, qui approuverait suffisamment [l'idée] de prendre conseil d'un grande assemblée de conseillers, pour désirer, accepter [le résultat] de leurs efforts [57], quand il est question de marier ses enfants, de gérer ses terres, de gouverner sa maison, d'administrer ses biens personnels, surtout si certains, dans l'assemblée, ne souhaitent pas sa prospérité? Un homme qui fait ses affaires en étant aidé par des conseillers nombreux et sages, en consultant chacun séparément, et dans son domaine de compétence, agit au mieux, comme celui qui, au jeu de paume, utilise des seconds capables, placés aux endroits appropriés. Juste au dessous, est meilleur celui qui n'use que de son propre jugement, comme celui qui, [au jeu de paume], n'a aucun second.  Mais un homme qui, pour ses affaires, est entraîné en tous sens [58] par un conseil sans souplesse [59], qui ne peut se mouvoir que par la majorité des opinions concordantes, mouvement le plus souvent retardé, par envie ou par intérêt, par la partie du conseil qui se trouve en désaccord, cet homme fait ce qu'il y a de pire, et est semblable à celui qui est porté vers la balle, même par de bons joueurs [60], mais dans une brouette, ou un autre appareil, lourds en eux-mêmes [61], et retardé aussi par les jugements et efforts contradictoires [62] de ceux qui conduisent l'appareil, et cela d'autant plus que ceux qui y mettent la main sont plus nombreux, le pire de tout étant que l'un des conseillers, ou davantage, désirent le voir perdre. Et quoiqu'il soit vrai que de nombreux yeux voient mieux qu'un seul oeil, il ne faut pas le croire de nombreux conseillers, sinon quand la résolution finale appartient à un seul homme. Autrement dit, comme de nombreux yeux voient la même chose sous des angles différents, et sont portés à lorgner [63] du côté de leur avantage personnel, ceux qui ne désirent pas manquer la cible, bien qu'ils regardent normalement [64] avec deux yeux, ne visent jamais que d'un oeil. C'est pourquoi aucune grande République populaire ne s'est jamais maintenue que par l'union contre un ennemi étranger, ou par la réputation de quelque homme éminent en son sein, ou par le conseil secret d'une minorité, ou par la crainte mutuelle de factions égales; mais pas par les consultations publiques [65] de l'assemblée. Quant aux très petites Républiques, qu'elles soient populaires ou monarchiques, il n'existe aucune sagesse humaine capable de les maintenir tant que dure la jalousie de puissants voisins.

 

 

 

Traduction Philippe Folliot
 

 

Version téléchargée en août 2003



[1]              "the confusion of counsels and commands". (NdT)

 

[2]              "perceive" : ici "s'aperçoivent", "se rendent compte". (NdT)

 

[3]              "the circumstances". La traduction "le contexte" de G. Mairet est assez heureuse. En revanche, il ne traduit pas le verbe "to enter" ("and being not able or not willing to enter into a consideration of the circumstances") (NdT)

 

[4]              Le "praeceptum" latin est aussi bien un ordre, un commandement, qu'un conseil, une règle, etc.. L'étymologique suppose que celui qui donne le précepte soit capable de saisir (capio) avant, devant (prae), bref d'anticiper, de posséder une technique ou une science, ou d'être possédé par une puissance transcendante. On établira évidemment la liaison entre le précepte et la bonne ratiocination. (NdT)

 

[5]              G. Mairet ignore "best". (NdT)

 

[6]              "those terms of commanding, counselling, and exhorting". (NdT)

 

[7]              A l'évidence, il ne faut pas, pour que la phrase soit cohérente, que "attendre" (ou s'attendre) puisse être rapporté à celui qui parle. C'est pourtant le choix de G. Mairet qui offre une traduction peu cohérente. (NdT)

 

[8]              "qu'il attend" est ajouté par F. Tricaud. Idem pour "obtenir" chez G. Mairet. (NdT)

 

[9]              Traduction assez libre de "because the hurt of not following it is his own". (NdT)

 

[10]             "turned into the nature of a command". (NdT)

 

[11]             La traduction de G. Mairet ("il ne peut espérer") n'est pas bonne. "he is not to pretend" : "il n'a pas à prétendre", "il ne doit pas prétendre", "il ne saurait prétendre" (F. Tricaud). (NdT)

 

[12]             "argues". Les traductions de F. Tricaud ("dénote") et G. Mairet ("signale") semblent faibles. (NdT)

 

[13]             Cette fin de phrase vise à indiquer les limites de la protection du conseiller. (NdT)

 

[14]             "sense". (NdT)

 

[15]             "because ignorance of the law is no good excuse, where every man is bound to take notice of the laws to which he is subject". (NdT)

 

[16]             "Exhortation, and dehortation". En latin "hortatio et dehortatio". F. Tricaud a traduit par exhorta­tion positive et exhortation négative, très certainement parce qu'il a jugé le mot "dissuasion" trop faible (voir la suite, signes véhéments, discours avec instruments oratoires devant un public, etc.). Pourtant, "dissuasion" est une traduction habituelle de "dehortatio". Existe le mot plus rare "objurgation" qu'on préfère éviter. (NdT)

 

[17]             "counsel vehemently pressed". (NdT)

 

[18]             "and tie himself therein to the rigor of true reasoning". (NdT)

 

[19]             "a multitude". (NdT)

 

[20]             "are corrupt counsellors and, as it were, bribed by their own interest". (NdT)

 

[21]             "sour" : aigre, sûre. (NdT)

 

[22]             "graven image". La traduction de G. Mairet étonne : "ne fabrique pas des images gravées de toi-même." On lit dans Exode, XX,4 : "Tu ne feras pas d'idole, ni rien qui ait la forme de ce qui se trouve au ciel là-haut, sur terre ici-bas ou dans les eaux sous la terre." Le texte est quasiment le même dans le Deutéronome,V,8. (NdT)

 

[23]             "Take not God's name in vain". On lit dans l'Exode,XX,7 : "Tu ne prononceras pas à tort le nom du Seigneur, ton Dieu, car le Seigneur n'acquitte pas celui qui prononce son nom à tort." Idem dans le Deutéronome,V,11. (NdT)

 

[24]             Se trouve, en plus de l'Exode et du Deutéronome, dans Marc,X,19sq, Matthieu, XIX,18sq, Luc, XVIII,20sq. C'est dans ce passage qu'on trouve la formule bien connue : "Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu"(X,25) (NdT)

 

[25]             Idem. (NdT)

 

[26]             Idem. (NdT)

 

[27]             Marc,X,21, Matthieu, XIX,21, Luc, XVIII,22. (NdT)

 

[28]             Marc,X,21, Matthieu, XIX,21, Luc, XVIII,22. (NdT)

 

[29]             Matthieu, XXI,2. Marc, XI,2. Passage déjà utilisé par Hobbes au chapitre XX. (NdT)

 

[30]             "Repent, and be baptized in the name of Jesus" (Actes,II,38). La King James version donne : "Repent, and be baptized every one of you in the name of Jesus Christ". (NdT)

 

[31]             "apt and inept counsellors". J'utilise le mot "compétent" au sens courant, non au sens simplement juridique. (NdT)

 

[32]             Ou qualités (virtues).

 

[33]             "work upon". (NdT)

 

[34]             La traduction de G. Mairet est d'une excessive maladresse ("produisent sur lui des effets dépour­vus de passions ou d'intérêt propre"). Dans le texte de Hobbes, l'objet de la sensation est comparé au conseiller. C'est l'objet lui-même qui n'éprouve pas de passions, alors que le conseiller a passions et intérêts. (NdT)

 

[35]             "unfaithful" : à qui on ne peut pas faire confiance, à qui on ne peut pas se fier. (NdT)

 

[36]             "inconsistent" : incompatibles, en contradiction. (NdT)

 

[37]             "advice". (NdT)

 

[38]             "ratiocination" : ici exercice de la raison, de la faculter de calculer. (NdT)

 

[39]             "evidence". Je pense comme F. Tricaud qu'il faut prendre le mot "evidence" dans un sens juridi­que. Il est pour Hobbes nécessaire que l'exposé du conseiller ait la solidité d'un témoignage susceptible de mettre en lumières de véritables preuves.

 

[40]             "rash and unevident inferences". (NdT)

 

[41]             "are not arguments of what is good or evil". Le verbe "to argue" a parfois le sens de "to indicate". (NdT)

 

[42]             "ability". (NdT)

 

[43]             La traduction de F. Tricaud ("molester les gouvernés"), quels que soient les arguments étymolo­giques, n'est pas très habile. (NdT)

 

[44]             G. Mairet a mal interprété "a man in years". D'autre part, il était difficile de traduire en français "un homme âgé", la sagesse n'étant pas la sénilité. (NdT)

 

[45]             "wit" : intelligence, esprit. (NdT)

 

[46]             "shall think fit". Compétence juridique et compétence tout court se trouvent ici liées. (NdT)

 

[47]             "to obtrude" : imposer (et "to obtrude oneself" : s'imposer). (NdT)

 

[48]             La formule peut paraître obscure, mais la suite de la phrase éclaire le sens : autant de conseillers séparés que de conseillers formant une assemblée de conseillers. (NdT)

 

[49]             "there cannot choose but" : équivalent à "it must necessarily". La traduction de G. Mairet ("il est obligatoire") est assez malheureuse. (NdT)

 

[50]             "oration" est à l'évidence ici pris péjorativement. La traduction de F. Tricaud ("discours") est trop faible (mais l'ensemble de la parenthèse est subtil : "spécialement quand chacun attise l'autre par le souffle de ses discours"). G. Mairet a saisi la nuance mais a malheureusement choisi le mot "péroraison" qui, en toute rigueur, désigne la dernière partie d'un discours. (NdT)

 

[51]             "to the setting of the Commonwealth on fire, under pretence of counselling it". (NdT)

 

[52]             "grounds". (NdT)

 

[53]             "astonied and dazzled". La traduction de "dazzled" par "dubitatif" (G. Mairet) est nettement trop faible. (NdT)

 

[54]             La traduction de F. Tricaud ("décolorés") n'est pas fidèle. Hobbes écrit : "the diverse colored threads or shreds". (NdT)

 

[55]             Il faut ici prendre le mot "impertinence" au sens juridique : manque de rapport avec la question traitée. (NdT)

 

[56]             "most versed". (NdT)

 

[57]             "or would accept of their pains". (NdT)

 

[58]             "that is carried up and down to his business". Passage assez difficile à rendre. L'idée est certes que cet homme est ballotté (G. Mairet emploie le terme), qu'il est tiré en tous sens, mais il est difficile de savoir s'il faut accorder un sens économique à "up and down". (NdT)

 

[59]             "framed counsel". Expression difficile. J'adhère à la note de F. Tricaud qui rejette ici l'idée de machi­nation. Le texte latin, effectivement (formato Consiliariorum Coetu) précise surtout l'idée de structure, d'organisation, de forme d'une assemblée consultative, mais ne fait aucunement allusion à une machination (en anglais : "frame up"). "to frame" signifie former, structurer, mais aussi inventer, construire (a parfois le sens d'ourdir (un complot)). L'idée est très certainement ici que le conseil est trop structuré, qu'il a, par ses mouvements internes, créé une mécanique (voir l'utilisa­tion du substantif "frame" plus bas pour désigner un engin, un appareil) qui la rend incompétente, quelle que soit d'autre part la compétence particulière des conseillers. F. Tricaud traduit très heureusement par "appareil consultatif rigide". Quelle que soit la traduction, elle laissera nécessai­rement échapper une nuance. (NdT)

 

[60]             La traduction de G. Mairet n'est pas acceptable : "est attiré par la balle et, bien qu'étant bon joueur ...". (NdT)

 

[61]             G. Mairet ne tient pas compte de "of itself". (NdT)

 

[62]             "inconcurrent". (NdT)

 

[63]             "to look asquint". (NdT)

 

[64]             "to look about" signifie regarder autour de soi, ce qui n'aurait pas ici grand sens. Hobbes oppose la vision normale à la visée d'une cible. C'est la raison pour laquelle j'ai choisi cette traduction. (NdT)

 

[65]     "open" : n'oublions pas que Hobbes parle ici de souveraineté démocratique. (NdT)