PHILOTRAHOBBES : LEVIATHAN – Traduction de Philippe Folliot avec notes.

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Chapitre 26 : Des lois civiles

 

Par LOIS CIVILES [1], j'entends les lois que les hommes sont tenus d'observer parce qu'ils sont membres, non de telle ou telle République en particulier, mais d'une République. En effet, la connaissance des lois particulières appartient à ceux qui font profession d'étudier les lois de leurs pays respectifs; mais la connaissance de la loi civile en général appartient à tout homme. L'ancienne loi de Rome était appelée sa loi civile, du mot civitas, qui signifie une République; et les pays qui, ayant été assujettis à l'empire romain et gouvernés par cette loi, en conservent encore la partie qu'ils pensent leur convenir, appellent cette partie la loi civile [2] pour la distinguer du reste de leurs propres lois civiles. Mais ce n'est pas d'elle que j'ai l'intention de parler maintenant, mon dessein étant de montrer, non ce qu'est la loi ici ou là, mais ce qu'est la loi; comme l'ont fait Platon, Aristote, Cicéron, et divers autres auteurs, sans prétendre [3] faire profession d'étudier la loi.

 

Et premièrement, il est manifeste que la loi en général n'est pas un conseil, mais un commandement; non un commandement de n'importe qui à n'importe qui, mais uniquement de celui dont le commandement est adressé à quelqu'un qui est déjà obligé de lui obéir. Pour comprendre ce qu'est la loi civile [4], il suffit d'indiquer qui est la personne qui commande [5], c'est-à-dire la persona civitatis, la personne de la République.

 

Cela étant considéré, je définis la loi civile de cette manière : par LOI CIVILE, il faut entendre ces règles dont la République, oralement ou par écrit, ou par un autre signe suffisant de la volonté, a commandé à tout sujet d'user pour distinguer le bon et le mauvais (right and wrong) [6], c'est-à-dire ce qui est contraire et ce qui n'est pas contraire à la règle.

 

Dans cette définition, il n'y a rien qui ne soit, à première vue, évident. En effet, chacun voit que certaines lois s'adressent en général à tous les sujets, certaines en particulier à des provinces, d'autres en particulier à des professions, et d'autres [encore] en particulier à des individus, et qu'elles sont lois pour chacun de ceux à qui le commandement s'adresse, et pour personne d'autre; que les lois sont des règles du juste et de l'injuste [7], rien n'étant réputé injuste qui ne soit contraire à quelque loi; que personne, de même, ne peut faire de lois si ce n'est la République, parce que nous ne sommes assujettis qu'à la République ; et que les commandements doivent être signi­fiés par des signes suffisants, parce qu'autrement on ne sait pas comment leur obéir. Et tout ce qui peut être déduit de cette définition par consécution nécessaire doit être reconnu pour vrai. J'en déduis tout de suite ce qui suit.

 

Le législateur, dans toutes les Républiques, est le seul souverain, que ce soit un seul homme, comme dans une monarchie, ou une seule assemblée d'hommes, comme en démocratie ou en aristocratie. Le législateur est en effet celui qui fait la loi. Et la République seule prescrit et commande l'observation de ces règles que nous appelons loi. La République est donc le législateur. Mais la République n'est une personne et n'a la capacité de faire quelque chose que par son représentant, c'est-à-dire le souve­rain ; et c'est pourquoi le souverain est le seul législateur. Pour la même raison, personne ne peut abroger une loi [déjà] faite, si ce n'est le souverain, parce qu'une loi n'est abrogée [8] que par une autre loi qui interdit qu'on la mette à exécution.

 

Le souverain de la République, qu'il soit une assemblée ou un seul homme, n'est pas assujetti aux lois civiles, car, ayant le pouvoir de faire ou d'abroger les lois [9], il peut, quand il lui plaît, se libérer de cette sujétion en abrogeant ces lois qui le gênent et en en faisant de nouvelles. Il était par conséquent déjà libre, car est libre celui qui peut se libérer quand il le veut. Il n'est pas non plus possible qu'une personne soit contrainte [10] par elle-même parce que celui qui peut contraindre peut libérer [11] [de la contrainte]; et celui qui n'est contraint que par lui-même n'est pas contraint.

 

Quand un long usage donne l'autorité d'une loi, ce n'est pas la durée qui fait cette autorité, mais la volonté du souverain signifiée par son silence (car le silence est parfois une preuve de consentement [12]), et cet usage n'est loi qu'aussi longtemps que le souverain sera silencieux sur la question. Et c'est pourquoi, si le souverain fonde une question de droit [13], non sur sa volonté présente, mais sur les lois antérieurement faites, la durée écoulée ne porte aucun préjudice à son droit, et la question sera jugée selon l'équité. En effet, de nombreuses actions et de sentences injustes demeurent sans contrôle [14] un temps plus long que ce qu'un homme peut avoir en mémoire. Et nos juristes ne considèrent pas les coutumes comme des lois, sinon quand elles sont raisonnables, et [ils considèrent] qu'il appartient à celui qui fait la loi, assemblée souveraine ou monarque souverain, de décider de ce qui doit être aboli.

 

La loi de nature et la loi civile se contiennent l'une l'autre et sont d'égale étendue. En effet, les lois de nature, qui consistent dans l'équité, la justice, la gratitude et les autres vertus morales [15] qui en dépendent, dans l'état de simple nature (comme je l'ai dit précédemment à la fin du chapitre XV), ne sont pas, à proprement parler, des lois, mais [plutôt] des qualités [16] qui disposent les hommes à la paix et à l'obéissance. Une fois qu'une République est établie, elles sont effectivement des lois, mais pas avant, car elles sont alors les commandements de la République et sont donc aussi les lois civiles, le pouvoir souverain obligeant les hommes à leur obéir. Pour [régler] les différends [17] entre les particuliers, il est nécessaire, pour déclarer [18] ce qu'est l'équité, la justice et la vertu morale, et pour contraindre ces hommes, qu'il y ait des ordonnances du pouvoir souverain, et que des châtiments soient ordonnés [19] pour ceux qui les enfreindront ; lesquelles ordonnances sont donc une partie de la loi civile. La loi de nature est donc une partie de la loi civile dans toutes les Républiques du monde. Réci­proquement, aussi, la loi civile est une partie de ce que dicte [20] la nature. En effet, la justice, c'est-à-dire exécuter les conventions et donner à chacun ce qui est sien, est ce que dicte la loi de nature. Tout sujet, dans une République, s'est engagé par convention à obéir à la loi civile [21], soit par une convention de l'un avec l'autre, comme quand les hommes s'assemblent pour constituer un représentant commun, soit par une convention du représentant lui-même avec chacun, un par un, quand, soumis par l'épée, les hommes promettent d'obéir pour conserver la vie. L'obéissance à la loi civile est donc aussi une partie de la loi de nature. La loi civile et la loi naturelle ne sont pas des lois d'un genre différent, mais les différentes parties de la loi, dont une partie, écrite, est appelée loi civile, et une autre, non écrite, loi naturelle. Mais le droit de nature, c'est-à-dire la liberté naturelle de l'homme [22], peut être diminué et restreint. [Disons] mieux! La fin de l'élaboration des lois n'est autre que cette restriction, sans laquelle aucune paix n'est possible. Et la loi ne fut mise au monde pour aucune autre chose que de limiter la liberté naturelle des individus de telle manière qu'ils puissent, au lieu de se nuire, s'assister les uns les autres et s'unir contre un ennemi commun [23].

 

Si le souverain d'une République soumet un peuple qui a vécu sous d'autres lois écrites, et qu'il les gouverne ensuite par les mêmes lois que celles par lesquelles ce peuple a été antérieurement gouverné, ces lois sont cependant les lois civiles du vainqueur et non celles de la République vaincue, car le législateur n'est pas celui par l'autorité duquel les lois ont été faites à l'origine, mais celui par l'autorité duquel elles continuent aujourd'hui à être des lois. Si donc il y a différentes provinces dans l'em­pire de la République, et dans ces province une diversité de lois, qui sont communé­ment appelées les coutumes de chaque province, il ne faut pas entendre que ces coutumes tirent leur force du temps écoulé, mais qu'elles étaient anciennement des lois écrites, ou rendues publiques d'une autre façon, comme les arrêts et statuts [24] de leurs souverains, et qu'elles sont désormais des lois, non en vertu de la prescription de temps, mais par les arrêts de leurs souverains actuels. Mais si une loi non écrite, dans toutes les provinces de l'empire, est généralement observée, et qu'aucune iniquité [25] n'apparaît dans son usage, cette loi ne peut qu'être une loi de la nature, obligeant également tout le genre humain.

 

Vu que toutes les lois, écrites et non écrites, tiennent leur autorité et leur force de la volonté de la République, c'est-à-dire de la volonté du représentant, qui est un monarque en monarchie et une assemblée souveraine dans les autres Républiques, on peut se demander d'où procèdent ces opinions qu'on trouve dans les livres d'éminents juristes de plusieurs Républiques qui, directement ou par des consécutions, font dé­pendre le pouvoir législatif des particuliers ou des juges subalternes. Ainsi, par exemple, l'opinion que la common law [26] n'est contrôlée que par le Parlement [27], ce qui n'est vrai que si le Parlement a le pouvoir souverain et qu'il ne peut être assemblé et dissous qu'à la propre discrétion de ses membres [28]; car si quelqu'un d'autre détient le droit de le dissoudre, il détient aussi le droit de le réglementer, et par conséquent de réglementer ses réglementations. Et si ce droit n'existe pas, alors celui qui réglemente les lois n'est le parlamentum mais le rex in parlamento  [29]. Mais quand un Parlement est souverain, qu'il convoque autant d'hommes, ou autant de sages venant des pays qui lui sont assujettis, quelle que soit la cause, personne ne croira qu'une telle assemblée a acquis par là sur le Parlement [30] un pouvoir législatif. Il existe aussi cette autre opinion : que les deux armes de la République sont la force et la justice, la pre­mière appartenant au roi, l'autre étant déposée entre les mains du Parlement. Comme si une République pouvait subsister quand la force se trouve entre des mains que la justice n'a pas l'autorité de commander et de gouverner.

 

Que la loi ne puisse jamais être contraire à la raison, nos juristes en conviennent; et ils conviennent que ce n'est pas la lettre (c'est-à-dire toute interprétation de la lettre), qui est loi, mais l'interprétation qui s'accorde avec l'intention du législateur. Et c'est vrai, mais on doute : quel est celui dont la raison sera reçue comme loi? Il ne peut s'agir de quelque raison d'un particulier, car alors il y aurait autant de contra­dictions dans les lois qu'il y en a dans les Écoles. Ni même, comme l'assurait Sir Edward Coke, d'une artificielle perfection de raison [31] (comme la sienne), acquise par une longue étude, une longue observation et une longue expérience. En effet, il est possible qu'une longue étude augmente le nombre de sentences erronées, et qu'elle les confirme; et quand on construit sur de faux fondements, plus on construit, et plus grand est le gâchis; et parmi ceux qui étudient et font des observations pendant une durée égale et avec la même diligence, les raisons et résolutions sont, et doivent de­meurer, discordantes. Ce n'est donc pas cette juris prudentia  [32], cette sagesse des juges subalternes, mais la raison de cet homme artificiel, la République et ses commandements, qui fait la loi; et la République n'étant, par son représentant, qu'une seule personne, il ne peut facilement survenir de contradictions dans les lois; et s'il en survient, la même raison est capable, par des interprétations et des modifications, de les faire disparaître. Dans toutes les cours de justice [33], le souverain (qui est la personne de la République) est celui qui juge. Le juge subalterne doit faire attention à la raison qui a amené le souverain à faire telle loi, afin que sa sentence s'accorde avec cette raison, et dans ce cas, cette sentence est la sentence de son souverain. Autre­ment, c'est sa propre sentence, et elle est injuste.

 

La loi étant un commandement, et un commandement consistant en la déclaration, la manifestation de la volonté de celui qui commande [34], oralement, ou par écrit, ou par quelque autre preuve suffisante [qu'il s'agit bien de sa volonté], nous pouvons comprendre que le commandement de la République est loi uniquement pour ceux qui ont les moyens d'en prendre connaissance. Il n'est pas de loi au-dessus des idiots de naissance, des enfants, des fous, pas plus qu'au-dessus des bêtes brutes [35], et d'un point de vue juridique ils ne sont ni justes ni injustes [36], parce qu'ils n'ont jamais eu le pouvoir de passer une convention ou d'en comprendre les conséquences, et que, par conséquent, ils n'ont jamais pris sur eux d'autoriser les actions de quelque souverain, comme ils doivent le faire pour se construire une République. Il en est de même de ceux que la nature ou un accident a privés de la connaissance de toutes les lois en général [37]. De même, tout homme, qu'un accident dont il n'est pas responsable a privé des moyens de prendre connaissance de quelque loi particulière, est excusé s'il ne l'observe pas, et, à proprement parler, cette loi n'est pas une loi pour lui. Il est donc nécessaire de considérer quelles preuves et quels signes suffisent [38] pour que soit connue ce qu'est la loi, c'est-à-dire ce qu'est la volonté du souverain, aussi bien dans les monarchies que dans les autres formes de gouvernement.

 

Premièrement, s'il existe une loi qui oblige tous les sujets sans exception, et qui n'est pas écrite, ni publiée d'une autre façon en ces lieux où l'on peut en prendre con­naissance, c'est une loi de nature. En effet, tout ce que les hommes doivent recon­naître pour loi, non sur la parole d'autrui, mais chacun par sa propre raison, doit être tel qu'il y ait accord avec la raison de tous les hommes, ce qui ne peut être pour aucune loi, sinon pour la loi de nature. Il n'est donc pas nécessaire de publier, ni de proclamer, les lois de nature, en tant qu'elles sont contenues dans cette unique sen­tence, approuvée dans le monde entier : ne fais pas à autrui ce que tu juges déraison­nable qu'autrui te fasse [39].

 

Deuxièmement, si c'est une loi qui oblige uniquement des hommes d'une certaine condition, ou un seul individu, et qu'elle n'est pas écrite, ni publiée par le monde, c'est alors aussi une loi de nature, et elle est connue par les mêmes preuves et signes qui distinguent ceux qui sont dans une telle condition des autres sujets. En effet, toute loi non écrite, ou qui n'est en aucune façon publiée par celui qui fait qu'elle est loi [40], ne peut être connue d'aucune autre manière que par la raison de celui qui doit lui obéir, et elle est donc non seulement une loi civile, mais aussi une loi naturelle. Par exem­ple, si le souverain emploie un ministre public, sans instructions écrites précisant ce qu'il faut faire, ce ministre est obligé de prendre comme instructions ce que dicte la raison [41]; et s'il institue un juge, le juge doit tenir compte du fait que sa sentence doit être en accord avec la raison de son souverain , et, sa raison étant censée être l'équité [42], le juge est tenu de s'y tenir par la loi de nature. S'il s'agit d'un ambassadeur, celui-ci doit, pour toutes les choses qui ne sont pas contenues dans les instructions écrites, prendre pour instruction ce que la raison lui dicte [43] comme étant le plus favorable à l'intérêt de son souverain; et il en est ainsi des toutes les autres ministres de la souveraineté, publics ou privés. Toutes ces instructions de la raison naturelle peuvent être englobées sous le nom de loyauté, qui est une branche de la justice naturelle [44].

 

À l'exception de la loi de nature, il appartient à l'essence de toutes les autres lois d'être portées à la connaissance de tout homme qui sera obligé de leur obéir, soit oralement, soit par écrit, soit par quelque autre acte connu comme procédant de l'autorité souveraine. En effet, la volonté d'autrui ne peut être comprise que par ses propres paroles, ses actes, ou par des conjectures faites à partir de ses buts et desseins, que l'on suppose toujours, dans la personne de la République, s'accorder avec l'équité et la raison [45]. Dans les temps anciens, avant que l'écriture ne soit d'un usage commun, les lois étaient souvent mises en vers, pour que le peuple inculte, prenant plaisir à les chanter ou à les réciter, puisse plus facilement les retenir en mémoire. Et pour la même raison, Salomon recommande à un homme de lier les Dix Commandements à ses dix doigts [46]. Quant à la Loi que Moïse donna aux enfants d'Israël  [47] au renouvelle­ment du contrat d'Alliance [48], il leur ordonna de l'apprendre à leurs enfants, en en parlant aussi bien à la maison qu'en chemin, aussi bien en allant se coucher qu'en se levant, de l'inscrire sur les montants et les portes de leurs maisons [49], et de rassembler le peuple, hommes, femmes et enfants, pour en entendre la lecture [50].

 

Il n'est pas suffisant que la loi soit écrite et publiée, il faut aussi qu'il existe des signes manifestes qu'elle procède de la volonté du souverain, car les particuliers, quand ils ont, ou croient avoir assez de force pour assurer leurs injustes desseins, et les mener en toute sécurité jusqu'au but [visé] par leurs ambitions [51], peuvent publier comme lois ce qui leur plaît, sans ou contre l'autorité législative. Il est donc néces­saire qu'il y ait, non seulement une déclaration de loi, mais aussi des signes suffisants de l'auteur et de l'autorité. Qui est l'auteur, le législateur, en toute République, cela est évident [52], parce qu'il est le souverain qui, ayant été institué par le consentement de chacun, est supposé être suffisamment connu par tous. Et quoique l'ignorance et le [sentiment] de sécurité [53] des hommes soient tels, pour la plupart, qu'ils finissent par en oublier la première institution de leur République [54] et ne songent plus au pouvoir qui les défend habituellement contre leurs ennemis, qui protège leurs activités, qui leur rend justice quand un tort leur a été fait, cependant, parce que nul, y songeant, ne peut avoir un doute [55], aucune excuse ne peut être tirée de l'ignorance du lieu où se trouve la souveraineté. Et la raison naturelle nous dicte (et c'est par conséquent une loi de nature évidente) que nul ne doit affaiblir ce pouvoir dont il a lui-même réclamé ou reçu sciemment [56] la protection contre autrui. Par conséquent, à la question qui est souverain?, nul homme ne peut avoir un doute sans en être personnellement responsable [57] (quoi que les méchants suggèrent) [58]. La difficulté consiste à prouver que l'autorité [59] a bien pour origine le souverain [60]; et sa solution dépend de la connais­sance des tous les registres publics, des conseils publics, des ministres et sceaux publics par lesquels toutes les lois sont suffisamment authentifiées [61]. Authentifiées, ai-je dit, et pas autorisées, car la vérification n'est que l'attestation et l'enregistrement, non l'autorité de la loi, qui consiste uniquement dans le commandement du souverain.

 

Si donc un homme est impliqué dans une affaire de tort qui dépend de la loi de nature, c'est-à-dire de la commune équité, la sentence du juge à qui a été confiée l'au­torité d'instruire de telles causes [62] est une authentification [63] suffisante de la loi de nature dans ce cas individuel. En effet, quoique l'avis de celui qui fait profession d'étudier la loi soit utile pour éviter les disputes, ce n'est cependant qu'un avis. C'est le juge qui doit, sur audition du litige, dire aux hommes ce qu'est la loi.

 

Mais quand l'affaire porte sur un tort, ou une infraction à la loi [64], et relève de la loi écrite, chacun, ayant la possibilité d'avoir recours aux registres par lui-même ou par d'autres, peut, s'il le veut, être suffisamment informé, avant de faire tort de cette façon, ou de commettre l'infraction à la loi [65], pour savoir s'il s'agit ou non d'un tort. Mieux! Il doit procéder ainsi. En effet, quand un homme se demande si l'action qu'il va faire est juste ou injuste, et qu'il peut s'informer s'il le veut, faire cette action est illégal [66]. De la même manière, celui qui se juge victime d'un tort, dans un cas détermi­né par la loi écrite, qu'il peut, par lui-même ou par d'autres, consulter et examiner, et qui porte plainte avant d'avoir consulté la loi, agit injustement et révèle une disposition à importuner autrui plutôt qu'une disposition à réclamer le droit qui est le sien [67].

 

Si l'affaire porte sur une question d'obéissance à un officier public, avoir vu son mandat [68] avec le sceau public, l'avoir entendu lire ou avoir eu les moyens d'en être informé si on l'avait voulu, c'est là une vérification suffisante de son autorité. En effet, chacun est obligé de s'efforcer de son mieux de s'informer de tous les lois écrites qui peuvent concerner ses propres actions futures.

 

Le législateur étant connu, et les lois étant suffisamment publiées, soit par écrit, soit par la lumière naturelle, il manque cependant une condition tout à fait essentielle [69] pour les rendre obligatoires. En effet, ce n'est pas dans la lettre que consiste la nature de la loi, mais dans ce qui est visé [70] par la loi, dans ce qu'elle veut dire, c'est-à-dire dans l'interprétation authentique de la loi (qui est le jugement [71] du législateur); et c'est pourquoi l'interprétation de toutes les lois appartient au souverain, et que les interprètes ne peuvent être que les interprètes que le souverain (à qui seul les sujets doivent obéissance) nommera. Autrement, en effet, un interprète habile [72] peut faire porter à la loi un jugement contraire à celui du souverain, auquel cas l'interprète devient le législateur.

 

Tous les lois, écrites et non écrites, ont besoin d'être interprétées. Bien que la loi non écrite de nature soit facile à interpréter par ceux qui font usage de leur raison sans partialité et sans passion, ce qui fait que ceux qui la violent n'ont pas d'excuse, cepen­dant, si l'on considère qu'il en est peu, peut-être aucun, qui ne soient dans certains cas aveuglés par l'amour de soi [73] ou quelque autre passion, elle est désormais devenue, de toutes les lois, la plus obscure, et a donc le plus grand besoin d'interprètes compé­tents. Les lois écrites, si elles sont brèves, sont facilement mal interprétées, à cause des différentes significations d'un ou de deux mots; et si elles sont longues, elles sont encore plus obscures, à cause des différentes significations de nombreux mots, à un point tel qu'aucune loi écrite, rédigée en peu ou en beaucoup de mots, ne peut être bien comprise sans une parfaite compréhension des causes finales [74] pour lesquelles la loi fut faite, connaissance qui appartient au législateur. Pour le législateur, donc, il ne peut y avoir de nœud impossible à dénouer, soit en découvrant les fins [75] de la loi, par lesquelles on peut le dénouer, soit en les choisissant comme il le veut (comme le fit Alexandre avec son épée pour le nœud gordien [76]), par son pouvoir législatif, ce qu'au­cun autre interprète ne peut faire.

 

L'interprétation des lois de nature, dans une République, ne dépend pas des livres de philosophie morale. L'autorité des auteurs, sans l'autorité de la République, ne fait pas de leurs opinions des lois, aussi vraies puissent-elles jamais être. Ce que j'ai écrit dans ce traité sur les vertus morales, et sur leur nécessité pour se procurer et maintenir la paix, bien qu'il s'agisse de vérités évidentes, n'est donc pas immédiatement loi par cela, si ce n'est parce que, dans toutes les Républiques du monde, c'est une partie de la loi civile [77]. En effet, quoique ce soit naturellement raisonnable, c'est cependant par le pouvoir souverain que c'est loi. Sinon, ce serait une grande erreur d'appeler les lois de nature lois non écrites, lois sur lesquelles [78] nous voyons tant de volumes publiés, tant de contradictions entre ces volumes, et au sein d'un même volume [79].

 

L'interprétation de la loi de nature est la sentence du juge institué par l'autorité souveraine pour entendre les litiges relevant de cette loi et en décider, et elle consiste dans l'application de la loi au cas en question. En effet, par l'acte de judicature, le juge ne fait rien de plus que considérer si la requête de la partie s'accorde avec la raison naturelle et l'équité, et la sentence qu'il rend est donc l'interprétation de la loi de nature, laquelle interprétation est authentique, non parce que c'est sa sentence privée, mais parce qu'il la rend par autorité du souverain, par laquelle elle devient la sentence du souverain qui est dès lors loi pour les parties qui plaident.

 

Mais comme n'existe aucun juge subalterne, aucun souverain qui ne puisse se tromper dans un jugement en équité, si ensuite, pour un autre cas semblable [80], il trouve plus en accord avec l'équité de rendre une sentence contraire, il est obligé de le faire. Aucune erreur humaine ne devient sa propre loi, ni le l'oblige à persévérer en ce sens. Pour la même raison, elle ne devient pas non plus une loi pour les autres juges, même s'ils ont juré de la suivre. En effet, bien qu'une sentence, dans le cas des lois qui peuvent être modifiées, rendue à tort par autorité du souverain qui le sait et le permet, institue une nouvelle loi pour des cas où chaque petit détail est le même, cependant, pour les lois immuables, comme le sont les lois de nature, n'existe aucune loi [81] à laquelle le même juge, ou d'autres juges, doivent se conformer à l'avenir [82]. Les princes succèdent à d'autres princes, un juge passe et un autre juge arrive. Mieux! Le ciel et la terre passeront, mais pas un seul iota [83] de la loi de nature ne passera car c'est la loi éternelle de Dieu. C'est pourquoi toutes les sentences des juges du passé ne peuvent pas, toutes ensemble [84], constituer une loi contraire à l'équité naturelle. Aucun exemple non plus, puisé chez les juges précédents, ne peut donner une autorité [85] à une sentence déraisonnable, ou dispenser un juge actuel de se donner la peine [86] de rechercher ce qu'est l'équité (pour le cas qu'il doit juger) à partir des principes de sa propre raison naturelle. Pour prendre un exemple, il est contraire à la loi de nature de punir l'innocent, et l'innocent est celui qui se disculpe [87] en justice et est reconnu inno­cent par le juge. Supposons maintenant le cas d'un homme accusé d'une infraction capitale, qui, vu le pouvoir et la malveillance de quelque ennemi, et la fréquente corruption et partialité des juges, s'enfuie par crainte de l'issue, soit ensuite repris et soumis à un jugement légal, qu'il apparaisse de façon suffisante qu'il n'est pas coupa­ble de l'infraction à la loi [88], et que, étant acquitté de son infraction, il soit cependant condamné à perdre ses biens : c'est là une condamnation manifeste de l'innocent. Je dis par conséquent qu'il n'est aucun endroit au monde où cela puisse être une inter­prétation d'une loi de nature, ou être institué une loi par les sentences des précédents juges qui ont jugé de la même façon. En effet, celui qui a jugé ce type de cas le premier a jugé injustement, et aucune injustice ne peut être un modèle de jugement [89] pour les juges ultérieurs. Une loi écrite peut interdire aux innocents de s'enfuir [90], et ils peuvent être punis pour s'être enfuis; mais que cette fuite par crainte de subir un tort soit considérée comme une présomption de culpabilité, après qu'un homme a été déjà été acquitté de l'infraction à la loi [91] en justice, voilà qui est contraire à la nature d'une présomption, qui n'a plus lieu d'être après qu'on a rendu le jugement. C'est pourtant ce qu'écrit un grand spécialiste [92] de la Common Law anglaise : Si un homme, dit-il, qui est accusé de crime [93], et qui s'enfuit par crainte de cette accusation, même s'il se disculpe en justice de ce crime, si cependant il s'avère qu'il a fui à cause de cette accusation, on confisquera, nonobstant [94] son innocence, tous ses biens et effets, créances et droits [95]. En effet, pour la confiscation, la loi n'admet aucune preuve contre la présomption légale fondée sur sa fuite [96]. On voit ici un innocent acquitté par la justice, condamné, nonobstant son innocence (alors qu'aucune loi ne lui inter­disait de s'enfuir), après son acquittement, sur une présomption légale, à perdre tous les biens qu'il possède. Si la loi avait fondé sur sa fuite une présomption de fait (ce qui était passible de la peine capitale [97]), la sentence aurait dû être la sentence capitale. Si la présomption ne se fonde pas sur le fait, pourquoi perdrait-il alors ses biens? Cela ne correspond donc à aucune loi de l'Angleterre, et cette condamnation n'est pas fondée sur une présomption de loi, mais sur la présomption des juges. Il est aussi contraire à la loi de dire qu'aucune preuve ne sera admise contre une présomp­tion légale. En effet, tout juge, souverain ou subalterne, s'il refuse d'entendre les preuves, refuse de faire justice [98] car, encore que la sentence soit juste, cependant les juges qui condamnent sans entendre les preuves présentées, sont des juges injustes, et leur présomption n'est qu'une prévention [99] qu'aucun homme ne doit apporter avec lui pour siéger en justice, quels que soient les jugements et exemples précédents qu'il prétendra suivre. Il y a d'autres choses de cette nature où les jugements des hommes ont été pervertis parce qu'ils se sont fiés à des précédents. Mais cela suffit pour montrer que, quoique la sentence du juge soit une loi pour les parties qui plaident [100], elle n'est cependant pas loi pour le juge qui lui succédera dans cette fonction.

 

De la même manière, quand la question porte sur la signification des lois écrites, celui qui écrit un commentaire sur ces lois n'est pas leur interprète. En effet, les commentaires sont communément plus sujets aux arguties [101] que le texte lui-même, ils exigent d'autres commentaires, et ainsi, on n'aura jamais fini d'interpréter. Et donc, à moins qu'il n'y ait un interprète autorisé par le souverain, dont les juges subalternes ne doivent pas s'écarter, l'interprète ne peut être autre que les juges ordinaires, de la même manière qu'ils le sont dans le cas d'une loi non écrite. Leurs sentences doivent être prises comme des lois par ceux qui plaident, mais les autres juges ne sont pas tenus, pour les cas semblables, de rendre des jugements semblables. En effet, un juge peut se tromper, même dans l'interprétation des lois écrites, mais aucune erreur d'un juge subalterne ne peut modifier la loi, qui est la sentence générale du souverain.

 

Pour les lois écrites, on a l'habitude de faire une différence entre la lettre et l'esprit [102] de la loi; et si par lettre, on entend tout ce qu'on peut faire sortir des simples mots [103], c'est une bonne distinction. En effet, les significations de presque tous les mots, soit en eux-mêmes, soit dans leur usage métaphorique, sont ambiguës et, dans un débat, on peut les tirer vers de nombreux sens, alors que la loi n'a qu'un seul sens. Mais si par lettre, on entend le sens littéral, alors la lettre et l'esprit, ou intention de la loi ne font qu'une. En effet, le sens littéral est celui que le législateur avait l'intention de signifier par la loi. Or, l'intention du législateur est toujours supposée être l'équité, car ce serait pour un juge offenser gravement le souverain que de penser autrement. Le juge doit donc, si ce que dit [104] la loi n'autorise pas pleinement une sentence raison­nable, y suppléer par la loi de nature, ou, si le cas est difficile, reporter le jugement jusqu'à ce qu'il reçoive un mandat plus précis [105]. Par exemple, une loi écrite ordonne [106] que celui qui est chassé par la force de sa maison y soit réintégré par la force. Or, il se trouve qu'un homme a laissé sa maison inoccupée, et à son retour on l'empêche d'entrer par la force. Dans ce cas, aucune loi spéciale n'a été prévue [107]. Il est manifeste que ce cas est compris dans la même loi, car autrement, il n'a plus aucun recours, ce qu'on doit supposer contraire à l'intention du législateur. De même, le texte de la loi ordonne de juger conformément aux dépositions [108]. Un homme est accusé à tort d'un acte que le juge lui-même a vu un autre faire, et non celui qui est accusé. Dans ce cas, le juge ne doit ni suivre la lettre de la loi pour condamner l'innocent, ni rendre une sentence qui soit contraire aux dépositions des témoins [109], parce que la lettre de la loi y est contraire. Il doit obtenir du souverain qu'un autre juge soit choisi et qu'il soit lui-même témoin. De sorte que les incommodités qui viennent des simples mots de la loi écrite peuvent le conduire à l'intention de la loi, afin, de cette façon, de l'interpréter au mieux, car aucune incommodité ne peut justifier [110] une sentence contraire à la loi. En effet, tout juge est juge du bon et du mauvais, non de ce qui convient ou ne convient pas à la République [111].

 

Les aptitudes qu'on exige d'un bon interprète de la loi, c'est-à-dire d'un bon juge, ne sont pas les mêmes que celles qu'on exige d'un avocat, à savoir [celles qui sont fondées sur] l'étude des lois. En effet, un juge, tout comme il ne doit prendre con­naissance du fait que par les seuls témoins, doit de même prendre connaissance de la loi par les seuls statuts et arrêts [112] du souverain, allégués [113] dans les plaidoiries, ou qui ont été portés à sa connaissance par ceux qui tiennent du souverain l'autorité de le faire; et il n'a pas besoin de se soucier, avant, de son jugement, puisque ce qu'il dira sur le fait lui sera donné par les témoins, et ce qu'il dira sur les questions de loi par ceux qui les lui indiqueront par leurs plaidoiries, [et ceux] qui ont autorité pour interpréter la loi au tribunal [114]. An Angleterre, les Lords du Parlement étaient juges, et les cas les plus difficiles ont été entendus et décidés par eux. Cependant, peu d'entre eux étaient vraiment [115] versés dans l'étude des lois, et encore moins nombreux étaient ceux qui en faisaient profession, et quoiqu'ils consultassent des juristes qui étaient nommés pour pouvoir être consultés sur place, ils étaient cependant seuls à avoir autorité pour rendre la sentence. De la même manière, dans les procès ordinaires [116], douze hommes sans titre particulier [117] sont juges et rendent la sentence non seulement sur le fait, mais aussi sur le droit, et ils se bornent à se prononcer pour le plaignant et le défendeur. Et s'il est question d'infraction à la loi [118], ils ne déterminent pas seule­ment si elle a été commise ou non, mais aussi si c'est un meurtre [119], un homicide [120], un crime [121], des voies de fait [122], etc., [bref] ce qu'a décidé la loi. Mais parce qu'ils ne pas sont pas censés connaître la loi par eux-mêmes, quelqu'un a autorité pour les informer de cette loi dans le cas particulier qu'ils ont à juger. Cependant, s'ils ne ju­gent pas en accord avec ce que leur est dit, ils ne sont pas pour cela susceptibles d'encourir une peine, à moins qu'on ne fasse apparaître qu'ils ont jugé contre leur conscience ou qu'ils ont été soudoyés [123].

 

Ce qui fait un bon juge ou un bon interprète de la loi, c'est : premièrement, l'exacte compréhension de cette principale loi de nature qu'on appelle l'équité, qui ne dépend pas de la lecture de ce que les hommes ont écrit, mais de la bonne qualité, chez un homme, de sa propre raison naturelle [124], et de la méditation, et qui est censée se trouver chez ceux qui ont le plus de loisir pour méditer sur cette loi, et qui y sont le plus portés. Deuxièmement, le dédain des richesses superflues et de l'avancement. Troisièmement, être capable, pour juger, de se débarrasser de toute crainte, colère, haine, amour et compassion. Quatrièmement et dernièrement, avoir la patience d'écouter, pendre soin d'être attentif pour cela, avoir de la mémoire pour retenir, digérer et appliquer ce qui a été entendu.

 

La distinction et la classification des lois a été faite de diverses manières, selon les méthodes différentes des hommes qui ont écrit sur ce sujet. En effet, c'est une chose qui ne dépend pas de la nature mais du plan [125] de l'écrivain, et qui est donc subor­donnée à la méthode personnelle de chacun. Dans les Institutes de Justinien [126], nous trouvons sept sortes de lois civiles :

 

Les édits, arrêts [127] et lettres [128] du prince, c'est-à-dire de l'empereur [129], parce que tout le pouvoir du peuple lui appartenait [130]. Les proclamations des rois d'Angleterre leur sont semblables.

 

Les décrets de tout le peuple de Rome, y compris le Sénat, quand ils étaient mis en débat par le Sénat [131]. Ce furent des lois, d'abord, en vertu du pouvoir souverain rési­dant dans le peuple, et celles d'entre elles qui ne furent pas abrogées par les empereurs demeurèrent lois en vertu de l'autorité impériale. En effet, toutes les lois auxquelles on est tenu sont censées être lois par l'autorité de celui qui a le pouvoir de les abroger [132]. Ces lois sont en quelque sorte semblables aux actes du parlement, en Angleterre.

 

Les décrets de la plèbe [133], à l'exclusion du Sénat, quand ils étaient mis en débat par le tribun du peuple. En effet, ceux d'entre eux qui ne furent pas abrogés par les empe­reurs demeurèrent lois en vertu de l'autorité impériale. Ces décrets sont semblables aux  ordres de la Chambre des Communes [134], en Angleterre.

 

 Les senatusconsulta  [135], les ordres du Sénat, parce que, quand le peuple de Rome devint si nombreux qu'il était difficile de l'assembler, l'empereur jugea bon de devoir consulter le Sénat au lieu du peuple; et ces lois ont quelque ressemblance avec les actes du conseil.

 

Les édits des prêteurs, et dans certains cas des édiles [136], tels les présidents de tribunaux des cours d'Angleterre.

 

Les responsa prudentium  [137], qui étaient les sentences et les opinions de ces juristes auxquels l'empereur donnait autorité pour interpréter la loi et pour répondre à ceux qui leur demandaient leur avis en matière de loi. Les juges, en rendant leur jugement, étaient obligés par les arrêts [138] de l'empereur de se conformer à ces avis [139]. Ce serait semblable aux procès-verbaux des affaires jugées, si les autres juges étaient tenus [140] par la loi d'Angleterre de s'y conformer. En effet, les juges de la common law d'Angleterre ne sont pas proprement des juges, mais des juris consulti [141], à qui les juges, qui sont soit les lords, soit douze hommes du pays, doivent demander avis sur les points de loi.

 

Aussi les coutumes non écrites, qui sont, par leur nature propre, une imitation de la loi, sont de véritables lois par le consentement tacite de l'empereur, au cas où elles ne sont pas contraires à la loi de nature [142].

 

Il existe une autre classification des lois en lois naturelles et lois positives. Les lois naturelles sont celles qui sont lois de toute éternité, et elles sont appelées non seulement lois naturelles, mais aussi lois morales, qui consistent en vertus morales comme l'équité et toutes les tournures d'esprit [143] conduisant à la paix et à la charité, dont j'ai déjà parlé aux chapitres quatorze et quinze.

 

Les lois positives sont celles qui n'existent pas de toute éternité, mais qui ont été faites lois par ceux qui détenaient le pouvoir souverain sur les autres, et ces lois sont soit écrites, soit portées à la connaissance des hommes par quelque autre preuve [qu'il s'agit bien] de la volonté de leur législateur [144].

 

De plus, parmi les lois positives, certaines sont humaines, d'autres sont divines; et parmi les lois positives humaines, certaines sont distributives, d'autres sont pénales. Les lois distributives sont celles qui déterminent les droits des sujets, déclarant à chaque homme quel est le droit par lequel il acquiert et détient une propriété en terres ou en biens mobiliers, et un droit d'action, ou liberté d'action. Ces lois s'adressent à tous les sujets. Les lois pénales sont celles qui déclarent quelle peine sera infligée à ceux qui violent la loi, et elles s'adressent aux ministres et officiers [145] institués pour les exécuter. Car, quoique chacun doive être informé des châtiments prévus en cas de transgression, cependant le commandement n'est pas adressé à celui qui commet une infraction [146] (on ne peut imaginer qu'il veuille lui-même loyalement [147] se punir), mais aux ministres publics nommés pour veiller à l'exécution de la peine. Et ces lois pénales sont pour la plupart rédigées en même temps que les lois distributives, et elles sont parfois appelées des jugements, car toutes les lois sont des jugements généraux, ou sentences du législateur, de même que chaque jugement particulier est une loi pour celui dont l'affaire est jugée.

 

Les lois divines positives (car les lois naturelles, étant éternelles et universelles, sont toutes divines) sont celles qui, étant les commandements de Dieu, non de toute éternité, ni universellement adressés à tous les hommes, mais seulement à un certain peuple ou à certaines personnes, sont déclarées telles par ceux qui sont autorisés par Dieu à les déclarer. Mais comment peut-on savoir quel est l'homme qui a cette autorité pour déclarer quelles sont ces lois positives de Dieu? Dieu peut commander de façon surnaturelle à un homme de transmettre des lois aux autres hommes. Mais, comme il est de l'essence de la loi que celui qui est obligé soit assuré de l'autorité de celui qui la lui déclare, et comme on ne peut pas naturellement prendre connaissance que cette autorité vient de Dieu, comment peut-on sans révélation surnaturelle être assuré de la révélation reçue par celui qui la déclare? Et comment peut-on être tenu d'obéir à ces lois ? Pour ce qui est de la première question (comment peut-on être assuré de la révélation d'un autre sans qu'on ait eu soi-même une révélation parti­culière?), c'est évidemment impossible. En effet, quoiqu'on puisse être induit à croire une telle révélation, par les miracles qu'on voit faire à un homme, en voyant l'extraor­dinaire sainteté de sa vie, sa sagesse extraordinaire ou la félicité extraordi­naire de ses actions, toutes choses qui sont des signes [148] d'une grâce extraordinaire [149] de Dieu, cependant, ce ne sont pas des preuves certaines d'une révélation particulière. Faire des miracles, c'est faire quelque chose de merveilleux [150], mais ce qui est merveilleux pour l'un ne l'est pas pour l'autre. La sainteté peut être feinte, et les félicités visibles de ce monde sont le plus souvent l'ouvrage de Dieu par des causes naturelles et ordinaires. C'est pourquoi nul homme ne peut infailliblement savoir par raison naturelle qu'un autre a eu une révélation surnaturelle de la volonté de Dieu, ce n'est qu'une croyance, et chacun aura une croyance plus ferme ou plus faible selon que les signes lui appa­raîtront plus ou moins importants.

 

Mais la seconde question (comment peut-on être tenu d'obéir à ces lois?) n'est pas aussi difficile. En effet, si la loi déclarée n'est pas contraire à la loi de nature, qui est indubitablement une loi de Dieu, et si l'on s'engage à lui obéir, on est tenu par son propre acte; tenu, dis-je, de lui obéir, non tenu d'y croire, car la croyance des hommes et les pensées intérieures ne sont pas assujetties aux commandements de Dieu, mais seulement à son action [151], ordinaire ou extraordinaire. Avoir foi en une loi surnaturelle n'est pas lui obéir dans les faits [152], mais lui donner seulement son assentiment, et ce n'est pas un devoir dont nous faisons preuve à l'égard de Dieu [153], mais un don que Dieu donne gratuitement à qui lui plaît, de même que ne pas y croire n'est pas faire une infraction à l'une quelconque de ses lois, c'est les rejeter toutes, à l'exception des lois naturelles [154]. Mais ce que je dis sera rendu encore plus clair par les exemples et témoignages qui concernent cette question dans l’Écriture Sainte. La convention que Dieu fit avec Abraham était celle-ci : Ceci est la convention que tu observeras entre moi et toi, et ta descendance après toi[155] Les descendants d'Abraham n'ont pas eu cette révélation, ils n'existaient pas encore. Pourtant ils étaient une partie de la convention et étaient tenus d'obéir à ce qu'Abraham leur déclarerait être la loi de Dieu, ce qu'ils ne pouvaient être qu'en vertu de l'obéissance qu'ils devaient à leurs parents qui (s'ils ne sont pas assujettis à un autre pouvoir terrestre, comme ici dans le cas d'Abraham) détiennent le pouvoir souverain sur leurs enfants et leurs serviteurs. De même, quand Dieu dit à Abraham, En toi, toutes les nations de la terre seront bénies, car je sais que ordonneras à tes enfants et à ta maison de garder après toi la voie du Seigneur, et d'observer la justice et les décisions judiciaires [156], il est manifeste que l'obéissance de sa famille, qui n'avait pas eu de révélation, dépendait de la précédente obligation d'obéir à leur souverain. Au mont Sinaï, Moïse monta seul [157] vers Dieu. Il était interdit au peuple d'approcher sous peine de mort [158]. Cependant, le peuple était tenu d'obéir à tout ce que Moïse lui déclarait être la loi de Dieu. Pour quelle raison, sinon leur propre soumission : parle-nous et nous t'entendrons; mais que Dieu ne nous parle pas, de peur que nous ne mourrions [159]. Ces deux passages mon­trent de façon suffisante que, dans une République, un sujet qui n'a pas en particulier une révélation certaine et assurée quant à la volonté de Dieu doit obéir aux com­mandements de la République comme s'il s'agissait de cette volonté [160]; car si les hommes avaient la liberté de prendre comme commandements de Dieu leurs propres rêves et phantasmes, ou les rêves et phantasmes [161] des particuliers, c'est à peine si deux hommes s'accorderaient sur ce que sont les commandements de Dieu, et cependant chacun, par égard à ces songes et phantasmes, mépriserait les commandements de la République. Je conclus donc que, pour toutes les choses qui ne sont pas contraires à la loi morale (c'est-à-dire à la loi de nature), tous les sujets sont tenus d'obéir à ce que les lois de la République déclarent être la loi divine; ce qui est aussi évident à la raison de tout homme, car tout ce qui n'est pas contraire à la loi de nature peut être fait loi au nom de ceux qui détiennent le pouvoir souverain, et il n'y a aucune raison pour que les hommes soient moins obligés par cette loi quand elle est faite [162] au nom de Dieu. D'ailleurs, il n'existe aucun endroit dans le monde où les hommes aient la permission d'alléguer [163] d'autres commandements de Dieu que ceux qui sont déclarés tels par la République. Les États chrétiens punissent ceux qui se révoltent contre la religion chrétienne, et tous les autres États ceux qui établissent une religion qu'ils interdisent. En effet, dans tout ce qui n'est pas réglementé par la République, c'est l'équité (qui est la loi de nature, et donc une loi éternelle de Dieu) que tout homme jouisse également de sa liberté [164].

 

Il y a aussi une autre distinction entre les lois fondamentales et les lois non fondamentales. Mais je n'ai jamais pu trouver chez un auteur ce que signifie loi fondamentale. Néanmoins, on peut très raisonnablement distinguer les lois de cette manière.

 

En effet, une loi fondamentale, dans toute République, est celle dont la disparition provoque la ruine et la dissolution complète de la République, comme un immeuble dont les fondations sont détruites. Et c'est pourquoi une loi fondamentale est celle par laquelle les sujets sont tenus de soutenir tout pouvoir donné au souverain, qu'il s'agisse d'un monarque ou d'une assemblée souveraine, pouvoir sans lequel [165] la Répu­blique ne peut se maintenir, comme le pouvoir de guerre et de paix, de judicature, de choix des officiers [166], et tout ce que le souverain jugera nécessaire pour le bien public. Une loi non fondamentale est celle dont l'abrogation n'entraîne pas avec elle la dissolution de la République, comme sont les lois qui concernent les litiges de sujet à sujet. C'est assez pour la classification des lois.

 

Je trouve les expressions lex civilis et jus civile, c'est-à-dire loi civile et droit civil employées indifféremment [pour désigner] la même chose, même chez les auteurs les plus savants, ce qui, pourtant, ne devrait pas être. En effet, le droit est liberté, à savoir cette liberté que la loi civile nous accorde, mais la loi civile est une obligation qui nous ôte la liberté que la loi de nature nous a donnée. La nature a donné à tout homme le droit d'assurer sa sécurité par sa propre force et d'attaquer préventivement son prochain s'il le suspecte; mais la loi civile nous ôte cette liberté dans tous les cas où l'on peut attendre sans danger [167] la protection de la loi, de sorte que lex et jus diffèrent autant que l'obligation et la liberté.

 

De même les mots lois et chartes sont employées indifféremment [pour désigner] la même chose. Pourtant, les chartes sont des donations du souverain, et ne sont pas des lois, mais des exemptions de la loi. La formule d'une loi est jubeo, injungo, [c'est-à-dire] je commande, j'enjoins, la formule d'une charte est dedi, concessi, [c'est-à-dire] j'ai donné, j'ai concédé. Mais ce qui est donné ou concédé à un homme ne lui est pas imposé de force par une loi. Une loi peut être faite pour obliger tous les sujets d'une République; une liberté, une charte est faite pour un seul homme ou une seule partie du peuple. En effet, dire que le peuple entier de la République dispose de liberté en tel ou tel cas, c'est dire que, dans un tel cas, aucune loi n'a été faite [168], ou, si une loi a été faite, qu'elle est désormais abrogée.

 

 

Traduction Philippe Folliot
 

 

Version téléchargée en août 2003.

 

 

 

 



[1]              "civil laws". (NdT)

 

[2]              Hobbes a déjà signalé dans le chapitre XVIII que la loi civile désignait le droit romain. (NdT)

 

[3]              "without taking upon them" : sans prendre sur eux, sans prétendre. (NdT)

 

[4]              Le texte dit "quant à la loi civile" (And as for civil law). (NdT)

 

[5]              Il serait maladroit de traduire ici littéralement "it addeth only the name of the person com­manding", la question n'étant évidemment pas de donner un nom (puisque le souverain peut être une assemblée), mais de préciser qui détient la souveraineté. (NdT)

 

[6]              Ou "le bien et le mal", ou "le droit et le tort", ou encore "le juste et l'injuste". (NdT)

 

[7]              "the rules of just and unjust". (NdT)

 

[8]              "abrogate". (NdT)

 

[9]              "For having power to make and repeal laws". (NdT)

 

[10]             "bound". "to bind" : lier, attacher. Par extension, astreindre, contraindre, obliger (je préfère éviter ce dernier terme, ne serait que pour éviter à un lecteur inattentif de faire de malheureux rapprochements entre Rousseau et Hobbes).

 

[11]             "release" : libérer, décharger, acquitter.

 

[12]             "for silence is sometimes an argument of consent". (NdT)

 

[13]             "if the sovereign shall have a question of right grounded". (NdT)

 

[14]             Hobbes oppose ici un droit élaboré et systématique du souverain à un droit jurisprudentiel et casuiste. La suite indique que les "sentences injustes" n'ont, face au droit du souverain, qu'une valeur de coutume. (NdT)

 

[15]             "other moral virtues". (NdT)

 

[16]             "qualities". (NdT)

 

[17]             "differences" : signifie ou "différences" ou "différends". G. Mairet choisit "différences", ce qui ne semble pas, vu l'ordre des idées, pertinent. (NdT)

 

[18]             On retrouve assez souvent chez Hobbes des verbes qui montrent l'absolue nécessité d'une publicité de la loi. (NdT)

 

[19]             "to be ordained". La traduction "soient destinés" est possible. (NdT)

 

[20]             "the dictates of nature": intraduisible, évidemment, par diktats. Le verbe latin "dicto" a d'abord le sens de dire en répétant (comme on le fait justement pour une "dictée"). C'est de façon plus large ce qu'on precsrit, ce qu'on ordonne, ce qu'on impose (mais aussi ce qu'on conseille). F. Tricaud a traduit par préceptes, ce qui est très correct, si l'on songe au rapport du précepte (selon son étymologie - la saisie devant) et de la ratiocination (qui suppose qu'on envisage les conséquences futures). (NdT)

 

[21]             "hath covenanted to obey the civil law". (NdT)

 

[22]             "the right of nature, that is, the natural liberty of man". (NdT)

 

[23]             "in such manner as they might not hurt, but assist one another, and join together against a common enemy". (NdT)

 

[24]             "the constitutions and statutes". "Arrêts'" au sens de décisions du souverain. "statuts" : ce qui a été statué par le législateur. F. Tricaud nous rappelle que "Statute est un terme technique très employé dans les pays anglo-saxons pour désigner une loi écrite émanée du législateur. En ce sens, la statute law est traditionnellement opposée à la common law." (Ndt)

 

[25]             "iniquity". (NdT)

 

[26]             La loi commune. Je pense comme Tricaud qu'il est préférable de conserver l'expression anglaise, utilisée habituellement sans traduction. (NdT)

 

[27]             "that the common law hath no controller but the Parliament". "to control" : diriger, régler, commander, réprimer, maîtriser. (NdT)

 

[28]             "by their own discretion". (NdT)

 

[29]             Il faut avouer que la suite des idées est loin d'être évidente :  quel est ce droit? 1) Admettons qu'il s'agisse du droit du Parlement de réglementer la common law. La phrase serait acceptable, bien que l'on puisse s'interroger sur l'usage de l'expression "roi en son parlement", qui indique une limitation du pouvoir royal, peu compatible avec l'intention hobbesienne du passage. 2) Si ce droit est le droit de contrôler le parlement, la phrase est totalement incohérente. La difficulté fait que F. Tricaud a considéré la négation comme une erreur matérielle. On notera que la suppression de la négation ne permet pas non plus d'expliquer l'utilisation de l'expression "roi en son parlement". (NdT)

 

[30]             F. Tricaud omet de traduire "to themselves" qui renvoie aux membres du Parlement. La traduction de G. Mairet ("pour elle-même") me paraît incorrecte. Que la pensée de Hobbes soit claire : une assemblée d'hommes ou de sages convoqués par le parlement souverain est simplement consultée par ce parlement, elle n'acquiert aucun pouvoir législatif, ce qui serait diviser la souveraineté. (NdT)

 

[31]             "Artificial perfection of reason". (NdT)

 

[32]             Ici, compétence juridique, qui n'est évidemment pas ici la simple connaissance et application d'un droit systématique, mais la capacité de juger des cas. Hobbes s'en prend ici assez directement au droit anglais, essentiellement jurisprudentiel. L'allusion à Coke n'a pas ici d'autre raison. (NdT)

 

[33]             " In all courts of justice". (NdT)

 

[34]             "consisteth in declaration or manifestation of the will of him that commandeth". (NdT)

 

[35]             "Over natural fools, children, or madmen there is no law, no more than over brute beasts". (NdT)

 

[36]             Traduction libre de "nor are they capable of the title of just or unjust". Je pense que F. Tricaud et G. Mairet ont minimisé la portée du mot "title". Rappelons que le terme, quand il ne désigne pas simplement l'intitulé d'un écrit, désigne une qualification, un titre (par exemple de noblesse) ou un droit. Ici, il me semble que Hobbes veut tout simplement désigner les êtres qui n'ont pas le titre de personnes, au sens juridique du terme, c'est-à-dire les êtres qui ne peuvent pas être déterminés par la publicité de la loi. (NdT)

 

[37]             "all laws in general". (NdT)

 

[38]             "what arguments and signs be sufficient". (NdT)

 

[39]             "Do not that to another which thou thinkest unreasonable to be done by another to thyself". (NdT)

 

[40]             "by him that makes it law". La traduction de G. Mairet ("par celui qui la fait") n'est pas fidèle. F. Tricaud traduit "par le législateur". (NdT)

 

[41]             "the dictates of reason". F. Tricaud : "les préceptes". (NdT)

 

[42]             " being always understood to be equity". la traduction de F. Tricaud ("coïncider avec l'équité") n'est pas justifiée. (NdT)

 

[43]             "the dictates of reason". (NdT)

 

[44]             "fidelity, which is a branch of natural justice". (NdT)

 

[45]             "consonant to equity and reason". (NdT)

 

[46]             Proverbes, VII, 3 (Note de Hobbes). La King James version donne : "My son, keep my words, and lay up my commandments with thee. Keep my commandments, and live; and my law as the apple of thine eye. Bind them upon thy fingers, write them upon the table of thine heart."(versets 1,2,3) (NdT)

 

[47]             "the people of Israël". On comprend que l'ensemble de la phrase fasse traduire par un pluriel, mais la traduction de G. Mairet "habitants d'Israël" laisse perplexe, si l'on situe le passage exactement dans l'Ancien Testatement! F. Tricaud traduit "Israélites". Je choisis "enfants d'Israël". (NdT)

 

[48]             Hobbes dit simplement "convention" ("Covenant"). (NdT)

 

[49]             Deutéronome, XI, 19 (Note de Hobbes). La King James version donne : "Therefore shall ye lay up these my words in your heart and in your soul, and bind them for a sign upon your hand, that they may be as frontlets between your eyes. And ye shall teach them your children, speaking of them when thou sittest in thine house, and when thou walkest by the way, when thou liest down, and when thou risest up. And thou shalt write them upon the door posts of thine house, and upon thy gates: That your days may be multiplied, and the days of your children, in the land which the LORD sware unto your fathers to give them, as the days of heaven upon the earth."(versets 18-21). (NdT)

 

[50]             Deutéronome, XXXI,12 (Note de Hobbes). La King James version donne : "Gather the people together, men, and women, and children, and thy stranger that [is] within thy gates, that they may hear, and that they may learn, and fear the LORD your God, and observe to do all the words of this law:" (NdT)

 

[51]             "to secure their unjust designs, and convoy them safely to their ambitious ends". (NdT)

 

[52]             "The author or legislator is supposed in every Commonwealth to be evident". Il paraît bien difficile de conserver la forme de la proposition, comme le ferait pourtant G. Mairet. (NdT)

 

[53]             "security". J'ai ajouté "sentiment" pour rendre l'idée hobbesienne : la paix et la sécurité font oublier que la société politique est un corps artificiel dont la tête est le souverain. F. Tricaud, qui traduit par "insouciance", n'est pas assez près de l'idée. Il s'agit certes d'insouciance, mais encore faut-il préciser son origine. G. Mairet traduit par "sûreté". (NdT)

 

[54]             Traduction assez libre de "when the memory of the first constitution of their Commonwealth is worn out" : littéralement "quand la mémoire de la première institution de leur République est usée". (NdT)

 

[55]             "yet because no man that considers can make question of it". (NdT)

 

[56]             "wittingly". Tricaud traduit "consciemment". La traduction de G. Mairet ("opportunément") étonne. (NdT)

 

[57]             "but by his own fault". (NdT)

 

[58]             Le De Cive dit que celui qui a la volonté d'obéir doit se souvenir du droit du souverain et de la loi elle-même (II,XIV,11)

 

[59]             Le sens est clair. Nul n'est censé ignorer qu'existe un souverain, mais encore faut-il pouvoir s'assurer que les lois, les fonctions ministérielles diverses, etc., sont voulues par le souverain. (NdT)

 

[60]             "The difficulty consisteth in the evidence of the authority derived from him". (NdT)

 

[61]             "verified". La traduction "vérifiées" est insuffisante. Que vérifie-t-on? La suite indique le sens du mot ("verified, I say, not authorized: for the verification is but the testimony and record; not the authority of the law, which consisteth in the command of the sovereign only."). The record : l'enregistrement. The testimony : l'attestation, le témoignage (car Hobbes va jusqu'à envisager le cas de témoins auditifs accrédités de la décision du souverain - voir le De Cive, II,XIV,13). La pensée de Hobbes est ainsi celle-ci : il faut distinguer  l'authentification de la loi comme émanant du souverain (enregistrement, témoignages, attestation) et la promulgation exécutoire, "the authority". (NdT)

 

[62]             "that by commission hath authority to take cognizance of such causes". (NdT)

 

[63]             Dans ce cas, on ne ramène évidemment pas la loi au souverain, mais à la raison. (NdT)

 

[64]             "crime" : peut aussi bien renvoyer à certains délits (un "petty criminal" est un délinquant) qu'à certains crimes, ce dernier mot étant entendu selon le droit français. Le chapitre XXVII montre très clairement que "a crime" est une infraction à la loi, non ce que nous appelons en France un crime. On retiendra par exemple : "A crime is a sin consisting in the committing by deed or word of that which the law forbiddeth, or the omission of what it hath commanded." ou : "Therefore into what place soever a man shall come, if he do anything contrary to that law, it is a crime."(NdT)

 

[65]             "crime". Voir l'une des notes précédentes. (NdT)

 

[66]             "the doing is unlawful". (NdT)

 

[67]             "bewrayeth a disposition rather to vex other men than to demand his own right". Traduction peu fidèle de G. Mairet : "il se prépare à frustrer autrui plutôt qu'à requérir le respect de son droit". (NdT)

 

[68]             "commission". (NdT)

 

[69]             La traduction de G. Mairet ("un détail très important") est assez malheureuse. F. Tricaud a trouvé la traduction qui convient ici pour "circumstance". (NdT)

 

[70]             "the intendment". La traduction de F. Tricaud ("ce qu'elle contient") paraît insuffisante. (NdT)

 

[71]             "which is the sense of the legislator". Il est peu probable que la construction de la proposition permette de traduire ici "sense" par "sens", comme l'a fait G. Mairet. F. Tricaud a traduit par "pensée". La véritable traduction serait proche du mot "sentiment", mais ce choix est évidemment difficile pour des Français rationalistes. (NdT)

 

[72]             "by the craft of an interpreter" : l'habileté, l'adresse, la ruse. (NdT)

 

[73]             "self-love". (NdT)

 

[74]             "the final causes". (NdT)

 

[75]             F. Tricaud et G. Mairet n'osent pas ici traduire par "fins" ou "buts", mais le paragraphe précédent a pourtant clairement dit que l'interprétation se faisait à partir de la fin visée par la loi. Je ne pense comme F. Tricaud pas que ce sens ne soit présent qu'à l'arrière-plan. (NdT)

 

[76]             Il s'agit en fait de plusieurs noeuds qui se mêlaient sur le joug du char de Gordios, roi légendaire de Phrygie. Ayant entendu dire que celui qui "dénouerait le lien inextricable serait le maître de l'Asie", Alexandre eut le désir de réaliser la prédiction, mais il ne put y parvenir et rompit toutes les courroies (Quinte-Curce, Histoires, III, 1,14-18).

 

[77]             "part of the civil law". Erreur de F. Tricaud qui traduit par "loi de nature". (NdT)

 

[78]             G. Mairet a totalement négligé "whereof". (NdT)

 

[79]             Le sens de ce paragraphe est clair : dans l'idéal, chacun devrait pouvoir connaître la loi de nature par une bonne ratiocination. Or, les contradictions des auteurs sur ce sujet, qui s'expliquent en partie par les passions humaines, et en partie par les limites de la compréhension humaine, mon­trent qu'il n'en est pas ainsi. On comprend donc que le seul souverain puisse décider de ce qui est loi de nature, même si parfois il tranche en ne sachant pas opérer humainement une parfaite ratiocination. Le problème fondamental est ici, bien évidemment, celui du refus, au nom de la paix, d'une transcendance de la loi naturelle par rapport au pouvoir souverain. (NdT)

 

[80]             G. Mairet a ignoré "like". (NdT)

 

[81]             Ici entendue comme texte jurisprudentiel. (NdT)

 

[82]             Hobbes dit plus simplement "yet in laws immutable, such as are the laws of nature, they are no laws to the same or other judges in the like cases for ever after". (NdT)

 

[83]             G. Mairet, qui traduit par "titre", confond bizarrement "title"(titre, droit) et "tittle" (point, moindre partie). (NdT)

 

[84]             Ce "all together" peut avoir deux sens : 1) La pluralité des sentences n'est d'aucun poids face à la loi naturelle. Le nombre n'y fait rien. 2) Toute tentative de synthétiser des éléments épars de jurisprudence est vouée à l'échec si le résultat est contraire à la loi naturelle. (NdT)

 

[85]             "warrant" : justifier, garantir, autoriser. (NdT)

 

[86]             La traduction de G. Mairet ("dispenser le juge actuel d'une discorde d'étudier ..." ( souligné par nous)) nous laisse sans voix. (NdT)

 

[87]             Je suis d'accord avec F. Tricaud pour penser que la forme pronominale ("he that acquitteth himself judicially") oblige à une telle traduction. D'autre part, la traduction par "être acquitté"(G. Mairet) rend la phrase assez peu cohérente, puisqu'on attendrait que le juge reconnaisse d'abord innocent pour ensuite acquitter. D'autre part, il n'est pas totalement exclu que le verbe signifie que l'individu s'acquitte de ses devoirs de sujet (se présente, se soumet aux questions du juge, etc.), auquel cas on pourrait approximativement traduire : "l'innocent est celui qui se soumet à la justice et ...". (NdT)

 

[88]             "crime". Voir note à ce sujet. (NdT)

 

[89]             "a pattern of judgement". (NdT)

 

[90]             "to fly". (NdT)

 

[91]             "crime". Voir note à ce sujet. (NdT)

 

[92]             "a great lawyer" : un grand juriste, jurisconsulte. (NdT)

 

[93]             "felony". Il est presque impossible, dans le droit postféodal, de traduire ce terme (que l'on traduit très souvent par "crime"), le droit anglais ne correspondant pas au droit français et la distinction entre "misdemeanor" et "felony" ne correspondant pas à la distinction entre "délit" et "crime". Une certitude est que la "felony" est souvent  une infraction grave (c'est la raison pour laquelle je tra­duis par "crime"). F. Tricaud a préféré, avec sagesse, traduire par "félonie" en adoptant une typographie spéciale (ce choix signifiant alors que le mot est intraduisible). G. Mairet a traduit par "crime". Coke, dans ses Institutes of the Laws of England cite par exemple comme félonies, le vol (larceny), le vol avec effraction (burglary), le viol (rape), ce qui complique singulièrement la question. (NdT)

 

[94]             "notwithstanding" : expression assez courante du droit anglais qui signifie ici que l'innocence ne prévaut pas, qu'elle n'empêche pas la condamnation. (NdT)

 

[95]             "all his goods, chattels, debts, and duties". (NdT)

 

[96]             Sir Edward Coke : the firts Institutes of law. Coke fut un célèbre juriste du XVIIème, dont certains jugements firent jurisprudence Sa conception du droit, fondée sur des droits immémoriaux, ne peut guère s'accorder avec la conception que Hobbes se fait du pouvoir souverain. Il est connu pour son attachement à la common law et son opposition aux prérogatives de la Couronne britannique. (NdT)

 

[97]             Je suis la traduction de F. Tricaud : on voit assez mal comment "which was capital" pourrait se rapporter à "fait". (NdT)

 

[98]             "refuse to do justice". (NdT)

 

[99]             "prejudice" : ici, prévention, préjugé. (NdT)

 

[100]            La traduction de G. Mairet ("loi du plaideur") est maladroite. (NdT)

 

[101]            "more subject to cavil". (NdT)

 

[102]            "sentence". Le mot désigne habituellement soit une sentence, soit une phrase, un énoncé. Ici le mot renvoie au sens de la loi. A bien y regarder, le jugement rendu doit toujours, dans l'idéal, corres­pondre au sens de la loi, c'est-à-dire à l'intention du législateur. L'exemple de l'homme qui voit sa maison occupée, plus bas, encourage largement à traduire par "esprit".  (NdT)

 

[103]            "bare words" : littéralement, les mots nus, c'est-à-dire non interprétés, le signifiant, en quelque sorte. F. Tricaud a selon moi raison de traduire par "texte tel qu'il se présente matériellement". (NdT)

 

[104]            "the word of the law. (NdT)

 

[105]            "more ample authority" : plus large mandat, qui lui permette de juger le cas. (NdT)

 

[106]            "prévoit" est une traduction possible. "to ordain" peut avoir le sens de "destiner". (NdT)

 

[107]            Car selon la lettre de la loi, il n'a pas été chassé. Evidemment, ici, le juge tiendra compte de l'esprit d'une loi qui vise à défendre la propriété. (NdT)

 

[108]            "according to the évidence" : selon les preuves, les témoignages, les dépositions, bref ce qui doit convaincre le juge. La traduction "d'après" de F. Tricaud n'est pas entièrement fidèle. (NdT)

 

[109]            "against the evidence of the witnesses". (NdT)

 

[110]            "can warrant". (NdT)

 

[111]            "what is commodious or incommodious to the Commonwealth". (NdT)

 

[112]            "from nothing but the statutes and constitutions of the sovereign". (NdT)

 

[113]            "alleged". (NdT)

 

[114]            Ce passage est très délicat. Si le juge a toute autorité pour dire la loi, comment peut-il être subordonné aux témoins, aux avocats et ou spécialistes juridiques autres que lui? Peut-être Hobbes veut-il simplement dire que le juge rend sa sentence finale à partir de la loi naturelle (la conscience pour un jury populaire, comme il est dit plus bas) après avoir pris connaissance des faits et des lois civiles pouvant s'appliquer aux faits. Il n'en reste pas moins que l'ordre des idées est assez difficile à saisir. Le passage est d'autant plus obscur que la construction de la phrase ("from those that shall in their pleadings show it, and by authority interpret it upon the place") suggère que les parties ou avocats ont le rôle d'interprètes de la loi. Je pense qu'il ne faut pas faire la confusion, et l'allusion, plus bas, aux lords qui consultent les légistes, donne du poids à cette hypothèse. (NdT)

 

[115]            G. Mairet ignore "much". (NdT)

 

[116]            "in the ordinary trials of right". Une question peut se poser : "of right" ajoute-t-il ici quelque chose? Cette question semble d'autant plus se justifier que Hobbes précise ensuite que les jurés jugent non seulement le fait, mais aussi le droit. (NdT)

 

[117]            "twelve men of the common people". (NdT)

 

[118]            "crime": Voir note à ce sujet. (NdT)

 

[119]            Il y a meurtre (murder), selon Coke, quand il y a préméditation ("Murder is when a man of sound memory and of the age of discretion, unlawfully killeth within any County of the Realm any reasonnable creature in rerum natura under the King's peace, with malice forethought (...)." The Third Part of the Institutes of the Laws of England, vol.2, New York, Garland Publishing, 1979, p.47). (NdT)

 

[120]            "homicide": peut être involontaire. La légitime défense entre dans le cadre des homicides. Hobbes envisage le cas de la légitime défense au chapitre XXVII. (NdT)

 

[121]            "felony". Voir plus haut note sur cette question. Que G. Mairet traduise par "trahison" laisse perplexe, d'autant plus qu'il a traduit précédemment par "crime". Une note eût été nécessaire pour justifier ce choix. (NdT)

 

[122]            "assault" : il s'agit aussi bien de coups et blessures que de menaces verbales. (NdT)

 

[123]            Vu l'étymologie, la meilleure traduction de "corrupted by reward". (NdT)

 

[124]            "the goodness of a man's own natural reason". (NdT)

 

[125]            "scope". (NdT)

 

[126]            L'ensemble des textes publiés par Justinien (Corpus iuris Civilis) comprend : 1) Le Code (codex Justinianus). 2) le Digeste (Digesta). 3) Les Institutes (Institutiones Justiniani). 4) Les Novelles (Novellae). (NdT)

 

[127]            "constitutions". Puisqu'il s'agit de droit romain, on peut traduire par "constitutions". (NdT)

 

[128]            La traduction littérale de "epistles" est "épîtres", mais il s'agit ici des lettres (epistulae) du souve­rain aux réponses de magistrats ou de particuliers sur des question de droit. Alors que les magistrats recevaient de simples lettres, les particuliers pouvaient lire la réponse au bas de leur lettre (suscriptio), pour que la réponse ne soit pas séparée de la question (puisque la réponse avait valeur de loi). (NdT)

 

[129]            En latin "imperator", celui qui commande. (NdT)

 

[130]            Le texte latin de Justinien que F. Tricaud cite dans la traduction française est celui-ci : "Sed et quod principi placuit legis habet vigorem, cum lege regia, quae de imperio eius lata est, populus ei et in eum omne suum imperium et potestatem concessit. quodcumque igitur imperator per epistulam constituit vel cognoscens decrevit vel edicto praecepit, legem esse constat: hae sunt quae constitutiones appellantur." (Institutiones Justiniani, Lib. I, Tit. II. De iure naturali, gentium et civili). (NdT)

 

[131]            Le texte latin de Justinien que cite F. Tricaud dans sa traduction française est : "Lex est quod populus Romanus senatorio magistratu interrogante, veluti consule, constituebat." (ibid.) (NdT)

 

[132]            G. Mairet ne tient pas compte de cette phrase. (NdT)

 

[133]            "the common people". G. Mairet ne fait pas de distinction entre "people" et "common people", en quoi il a tort : "plebiscitum est, quod plebs plebeio magistratu interrogante, veluti tribuno, consti­tuebat. plebs autem a populo eo differt quo species a genere: nam appellatione populi universi cives significantur, connumeratis etiam patriciis et senatoribus: plebis autem appellatione sine patriciis et senatoribus ceteri cives significantur. " (ibid.) (NdT)

 

[134]            "the orders of the House of Commons". (NdT)

 

[135]            "Senatusconsultum est quod senatus iubet atque constituit. nam cum auctus est populus Romanus in eum modum ut difficile sit in unum eum convocari legis sanciendae causa, aequum visum est senatum vice populi consuli." (ibid.). F. Tricaud  a traduit en adoptant l'expression juridique française "sénatus-consultes". (NdT)

 

[136]            ibid. (NdT)

 

[137]            « responsa prudentum » là où on attendait et "responsa prudentium" (génitif pluriel). Les réponses des sages, des compétents, des avisés. Je fais la correction. Néanmoins existe une forme (surtout poétique) rare du génitif pluriel en tum. (NdT)

 

[138]            "constitutions". (NdT)

 

[139]            "Responsa prudentium sunt sententiae et opiniones eorum quibus permissum erat iura condere. nam antiquitus institutum erat ut essent qui iura publice interpretarentur, quibus a Caesare ius respondendi datum est, qui iurisconsulti appellabantur. quorum omnium sententiae et opiniones eam auctoritatem tenebant ut iudici recedere a responso eorum non liceret, ut est constitutum." (Institutiones Justiniani, Lib. I, Tit. II. De iure naturali, gentium et civili) (NdT)

 

[140]            "bound". (NdT)

 

[141]            jurisconsultes. (NdT)

 

[142]            "Ex non scripto ius venit quod usus comprobavit. nam diuturni mores consensu utentium comprobati legem imitantur." (ibid.) (NdT)

 

[143]            "all habits of the mind". F. Tricaud : "toutes les dispositions d'esprit". (NdT)

 

[144]            "and are either written or made known to men by some other argument of the will of their legislator". La traduction de "argument" par "moyen" (G. Mairet) est trop faible. F. Tricaud traduit par "indice". (NdT)

 

[145]            "officers" : fonctionnaires. (NdT)

 

[146]            "to the delinquent". Vu les différences qui existent entre le droit français et le droit anglais, il est impossible de traduire ici par "délinquant", ce qui limiterait le propos de Hobbes aux seuls délits. (NdT)

 

[147]            L'utilisation de l'adverbe "consciemment" (F. Tricaud) est inadaptée. (NdT)

 

[148]            "marks". (NdT)

 

[149]            "God's extraordinary favour". (NdT)

 

[150]            "marvellous". (NdT)

 

[151]            "operation". F. Tricaud : "intervention". (NdT)

 

[152]            "Faith of supernatural law is not a fulfilling". (NdT)

 

[153]            "and not a duty that we exhibit to God". (NdT)

 

[154]            Contresens étrange de G. Mairet qui traduit : "de même aussi, l'incroyance ne consiste pas à contrevenir à l'une quelconque de ses lois, à les rejeter toutes, à l'exception des lois naturelles." (Souligné par nous) (NdT)

 

[155]            Genèse, XVII, 10 (Note de Hobbes) : "This is the covenant which thou shalt observe between me and thee and thy seed after thee". La King James version donne : "This [is] my covenant, which ye shall keep, between me and you and thy seed after thee". Voir aussi 7 et 9. Rappelons que G. Mairet ne traduit jamais le texte même de Hobbes en ce qui concerne les citations bibliques. (NdT)

 

[156]            "In thee shall all nations of the earth be blessed: for I know thou wilt command thy children and thy house after thee to keep the way of the Lord, and to observe righteousness and judgement" (Genèse, XVIII, 18 et 19) La King James version donne : " Seeing that Abraham shall surely become a great and mighty nation, and all the nations of the earth shall be blessed in him? For I know him, that he will command his children and his household after him, and they shall keep the way of the LORD, to do justice and judgment".  (NdT)

 

[157]            Exode, XIX, 3. (NdT)

 

[158]            Exode, XIX, 12,13. (NdT)

 

[159]            "Speak thou to us, and we will hear thee; but let not God speak to us, lest we die". Conforme à la King James version. (Exode, XX,19) (NdT)

 

[160]            L'anglais dit plus simplement : "is to obey for such the command of the Commonwealth". (NdT)

 

[161]            "dreams and fancies". (NdT)

 

[162]            Plus exactement "propounded", qu'il est difficile de traduire fidèlement ici : soumise, proposée. (NdT)

 

[163]            "to pretend". Je reprends l'excellente traduction de F. Tricaud. (NdT)

 

[164]            "that every man equally enjoy his liberty". (NdT)

 

[165]            G. Mairet, en considérant la suite ("such as is the power of war and peace (...)"), aurait dû penser que le pronom relatif "which"  ne pouvait renvoyer à "loi". Il renvoie en effet à "pouvoir". (NdT)

 

[166]            Fonctionnaires. (NdT)

 

[167]            Cette restriction est un lieu commun. (NdT)

 

[168]    Voir chapitre XXI. (NdT)