PHILOTRAHOBBES : LEVIATHAN – Traduction de Philippe Folliot avec notes.

Chapitre 27Chapitre 29 - Sommaire des chapitres traduits avec notes - Index Philotra

 

Chapitre 28 : Des châtiments et des récompenses

 

Un CHÂTIMENT [1] est un mal infligé par l'autorité publique à celui qui a fait ou omis ce qui est jugé par cette autorité être une transgression de la loi, afin que la volonté des hommes soit [2] par là mieux disposée à l'obéissance.

 

Avant que je n'infère quelque chose de cette définition, il faut répondre à une question de grande importance, qui est : par quelle porte le droit ou autorité de punir, quel que soit le cas, s'est-il introduit [3] ? En effet, d'après ce qui a été dit précédem­ment, nul n'est censé être tenu par convention de ne pas résister à la violence, et par conséquent, on ne peut entendre [4] qu'un homme ait donné quelque droit à un autre de lui faire violence en portant la main sur lui [5]. Lors de l'institution de la République, chacun renonce au droit de défendre autrui, mais non au droit de se défendre [lui-même]. De même, il s'oblige à assister celui qui détient la souveraineté pour punir autrui, mais non pour se punir lui-même. Mais convenir [6] d'assister le souverain pour faire du mal à autrui, à moins que celui qui convient ainsi n'ait le droit de le faire lui-même, n'est pas lui donner le droit de punir. Il est donc manifeste que le droit que la République (c'est-à-dire celui ou ceux qui la représentent) a de punir n'est pas fondé sur quelque concession ou don de la part les sujets. Mais comme je l'ai aussi montré précédemment, avant l'institution de la République, chacun avait un droit sur toute chose, et le droit de faire tout ce qu'il jugeait nécessaire à sa propre préservation : soumettre n'importe quel homme, lui faire du mal, ou le tuer, dans ce but. Et c'est là le fondement de ce droit de punir qui est exercé dans toute République. En effet, les sujets n'ont pas donné au souverain ce droit, mais, en se démettant [7] de leurs droits, ils ont fait que le souverain a d'autant plus de force pour user de son propre droit [8] comme il le jugera bon pour la préservation de tous les sujets. Ainsi, ce droit n'a pas été donné au souverain, il lui a été laissé, et à lui seul [9]; et, exception faite des limites imposées par la loi naturelle, il est aussi entier que dans l'état de simple nature, et de guerre de chacun contre son prochain.

 

De cette définition du châtiment, j'infère, premièrement, que ni les vengeances privées ni les torts causés par les particuliers ne peuvent être appelés châtiments, parce qu'ils ne procèdent pas de l'autorité publique.

 

Deuxièmement, si la faveur publique nous manque d'égards ou si elle ne nous élève pas à une dignité, ce n'est pas un châtiment, parce qu'aucun nouveau mal ne nous est par là infligé [10]. Elle nous laisse seulement dans l'état où nous étions aupa­ravant.

 

Troisièmement, si un mal [11] est infligé par l'autorité publique [pour un acte], sans qu'il y ait eu de condamnation publique précédente [de cet acte], on ne doit pas appeler cela un châtiment, mais un acte d'hostilité, parce que l'acte pour lequel un homme est puni doit d'abord être jugé par l'autorité publique être une transgression de la loi.

 

Quatrièmement, tout mal infligé par un pouvoir usurpé [12], ou par des juges à qui le souverain n'a pas donné autorité, n'est pas un châtiment, mais un acte d'hostilité, parce que les actes du pouvoir usurpé n'ont pas pour auteur [13] la personne condamnée, et ne sont donc pas des actes de l'autorité publique.

 

Cinquièmement, tout mal infligé sans intention ou possibilité de disposer celui qui a commis l'infraction [14] ou, par son exemple, les autres hommes, à obéir aux lois n'est pas un châtiment, mais un acte d'hostilité, parce que, sans une telle fin, aucun mal fait [à quelqu'un] ne saurait entrer sous ce nom.

 

Sixièmement, quoiqu'à certaines actions soient attachées par nature diverses conséquences fâcheuses, comme quand un homme qui en agresse un autre est lui-même blessé ou tué, ou quand quelqu'un tombe malade en faisant quelque acte illégal, et quoiqu'au regard de Dieu, qui est l'auteur de la nature, ces maux puissent être considérés comme infligés et donc comme des châtiments divins, cependant on ne fait pas entrer ces maux sous le nom de châtiment au regard des hommes, parce qu'ils ne sont pas infligés par l'autorité de l'homme.

 

Septièmement, si le mal infligé est moindre que l'avantage ou la satisfaction qui accompagnent naturellement l'infraction commise, ce mal n'entre pas dans la définition du châtiment, et il est le prix, la rançon [15] de l'infraction, plutôt que son châtiment, parce qu'il est de la nature du châtiment d'avoir pour fin de disposer les hommes à obéir à la loi, laquelle fin n'est pas atteinte si le mal est moindre que l'avantage [qui résulte] de la transgression, et c'est l'effet inverse qui est causé.

 

Huitièmement, si le châtiment est fixé et prescrit par la loi elle-même, et qu'après l'infraction commise, on inflige un châtiment plus sévère, l'excès n'est pas un châti­ment, mais un acte d'hostilité. En effet, vu que le but visé par le châtiment n'est pas la vengeance, mais la terreur [qu'il inspire], et vu que la terreur qu'inspire un châtiment inconnu est supprimée par l'annonce d'un châtiment moindre, le supplément inattendu [16] ne fait pas partie du châtiment. Mais quand la loi n'a fixé aucun châtiment, tout ce qui est infligé a la nature d'un châtiment. En effet, celui qui entreprend de violer la loi [17], quand aucune peine [18] n'est fixée, doit s'attendre à un châtiment indé­terminé, c'est-à-dire discrétionnaire [19].

 

Neuvièmement, un mal infligé pour un acte commis avant qu'il n'y ait une loi qui l'interdise n'est pas un châtiment, mais un acte d'hostilité, car, avant la loi, il n'y a nulle transgression de la loi. Or, le châtiment suppose qu'un acte est jugé avoir été une transgression de la loi. Le mal infligé avant que la loi ne soit faite n'est donc pas un châtiment, mais un acte d'hostilité.

 

Dixièmement, un mal infligé au représentant de la République n'est pas un châtiment, mais un acte d'hostilité, parce que il est de la nature du châtiment d'être infligé par l'autorité publique, qui est uniquement l'autorité de son représentant lui-même.

 

Enfin, le mal infligé à un ennemi déclaré ne tombe pas sous le nom de châtiment, parce que, vu que cet ennemi, soit n'a jamais été assujetti à la loi et ne peut donc la transgresser, soit a été sujet à cette loi, mais déclare qu'il ne l'est plus, et par conséquent nie qu'il puisse la transgresser, tous les maux qui peuvent lui être faits doivent être pris pour des actes d'hostilité. Mais quand l'hostilité est déclarée, tout le mal infligé est légal. De là, il s'ensuit que si un sujet renie [20] sciemment et délibérément [21], par des paroles ou des actes, l'autorité du représentant de la République (quelle que soit la peine précédemment prévue pour la trahison), il peut légalement avoir à subir  tout ce que le représentant voudra, car, en reniant la sujétion, il nie le châtiment prévu par la loi, et subit donc un châtiment en tant qu'ennemi de la République, c'est-à-dire comme il plaît à la volonté du représentant. En effet, les châtiments institués par la loi sont destinés aux sujets, non aux ennemis, et sont ennemis ceux qui, ayant été sujets par leur propre acte [22], se révoltant délibérément [23], renient le pouvoir souverain.

 

La première et la plus générale classification des châtiments [sépare] les châti­ments divins et les châtiments humains. J'aurai l'occasion ci-dessous de parler des premiers, à un endroit qui convient mieux.

 

Les châtiments humains sont ceux qui sont infligés par le commandement d'un homme, et ils sont ou corporels, ou pécuniaires, ou infamants [24], ou ce sont des peines d'emprisonnement ou d'exil, ou des peines mixtes [25].

 

Le châtiment corporel est celui qui est infligé directement sur le corps, confor­mément à l'intention de celui qui l'inflige : les coups de fouet [26], les blessures, la privation de certains plaisirs du corps dont l'on jouissait légalement [27] avant.

 

Et parmi ces châtiments, certains sont capitaux, d'autres d'un degré moindre [28]. Le châtiment capital consiste à infliger la mort, et cela soit simplement, soit avec des supplices. Le châtiment d'un degré moindre consiste en coups de fouet, blessures, ou enchaînement, et en d'autres souffrances corporelles qui ne sont pas mortelles par nature. En effet, si l'application du châtiment entraîne la mort, et que ce n'était pas l'intention de celui qui l'a infligé, le châtiment ne doit pas être estimé capital, même si le mal qui se révèle mortel accidentellement n'a pas été prévu. Dans ce cas, la mort n'a pas été infligée, mais hâtée [29].

 

Le châtiment pécuniaire consiste non seulement en la privation d'argent, mais aussi en la privation de terres, ou d'autres biens qui sont habituellement achetés et vendus avec de l'argent. Et, au cas où la loi qui prévoit un tel châtiment est faite avec le dessein de tirer de l'argent de ceux qui la transgresseront, ce n'est pas proprement un châtiment, mais le prix d'un privilège et d'une exemption de la loi [30], qui, [alors], n'interdit pas absolument l'acte, mais l'interdit seulement à ceux qui ne peuvent pas payer la somme, sauf s'il s'agit d'une loi naturelle, ou qui fait partie de la religion, auquel cas ce n'est pas une exemption de la loi, mais sa transgression. Par exemple, quand la loi impose une amende [31] à ceux qui prennent le nom de Dieu en vain [32], le paiement de l'amende n'est le prix d'une dispense qui permettrait de jurer, mais le châtiment de la transgression d'une loi dont personne ne peut être dispensé. De la même manière, si la loi impose qu'on paye une somme d'argent à celui qui a subi un tort, ce n'est qu'une satisfaction pour le tort qui lui est fait, qui éteint l'accusation de la partie qui a subi le tort, mais pas l'infraction de l'offenseur.

 

Le châtiment infamant consiste à infliger un mal que la République rend désho­norant, ou à priver de biens que la République a rendu honorables. En effet, certaines choses sont honorables par nature, comme les effets du courage, de la magnanimité, de la force, de la sagesse, et des autres aptitudes du corps et de l'esprit, et d'autres sont rendues honorables par la République, comme les insignes [33], les titres, les charges [34], et les autres marques de la faveur du souverain. Les premières, quoiqu'elles puissent faire défaut par nature ou par accident, ne peuvent pas être supprimées par une loi, et c'est pourquoi leur perte n'est pas un châtiment; mais les deuxièmes peuvent être supprimées par l'autorité publique qui les a rendues honorables, et cette suppression est proprement un châtiment, par exemple quand on destitue des hommes condamnés de leurs insignes, titres et charges, ou qu'on les déclare incapables d'avoir ces marques d'honneur dans l'avenir.

 

Il y a emprisonnement [35] quand un homme est privé de sa liberté par l'autorité publique, et cela peut arriver en vue de deux fins différentes : le premier type d'em­prisonnement est la détention préventive [36] d'un homme accusé, le deuxième est l'in­fliction d'une souffrance [37] à un homme condamné. Dans le premier cas, il ne s'agit pas d'un châtiment, parce que nul n'est censé être puni avant qu'il ne soit entendu en justice et déclaré coupable. Et c'est pourquoi tout mal qu'on fait subir à un homme, en l'attachant ou en restreignant sa liberté, avant que sa cause ne soit entendue, au-delà de ce qui est nécessaire pour assurer sa détention préventive, est contraire à la loi de nature. Dans le deuxième cas, il s'agit d'un châtiment, parce c'est un mal infligé par l'autorité publique pour quelque chose qui a été jugé, par la même autorité, être une transgression de la loi. Sous ce mot emprisonnement, j'englobe toute restriction du mouvement causée par un obstacle extérieur, que ce soit une maison, qui est appelée généralement prison, une île, comme quand on dit que les hommes y sont relégués [38], ou un lieu où les hommes sont assignés au travail (les hommes étaient condamnés aux carrières dans l'antiquité, et sont condamnés aux galères à notre époque), des fers, ou toute autre entrave.

 

Il y a exil (bannissement) [39] quand un homme est condamné pour une infraction à quitter l'empire de la République, ou une partie de l'empire, et à ne pas y retourner, pour un temps fixé à l'avance, ou pour toujours, et il ne semble pas que, par sa propre nature, et sans d'autres circonstances, ce soit un châtiment : c'est plutôt une fuite [40], ou un commandement public d'éviter le châtiment par la fuite. Et Cicéron dit qu'un tel châtiment n'a jamais été prévu dans la cité de Rome [41], et il l'appelle le refuge des hommes en danger. En effet, si on bannit un homme et qu'on lui permet cependant de jouir de ses biens et du revenu de ses terres, le simple changement d'air n'est pas un châtiment, et, pour la République, il ne tend pas à l'avantage pour lequel tous les châtiments ont été prévus, c'est-à-dire former la volonté des hommes à l'observation des lois, mais tend souvent à son préjudice. En effet, l'homme qui est banni est légalement un ennemi de la République qui le bannit, en tant qu'il n'en est plus membre. Mais si, en même temps, il est privé de ses terres ou de ses biens, alors le châtiment ne consiste pas dans l'exil, mais doit être compté parmi les châtiments pécuniaires.

 

Tous les châtiments de sujets innocents, qu'ils soient lourds ou légers, sont contraires à la loi de nature, car on ne punit que quand la loi est transgressée. C'est pourquoi il ne peut exister aucun châtiment [prévu] pour l'innocent [42]. Un tel châti­ment est donc une violation, premièrement, de cette loi de nature qui interdit aux hommes, dans leurs vengeances, de considérer autre chose que quelque bien futur, car aucun bien ne peut résulter pour la République du châtiment de l'innocent. Deuxième­ment, c'est une violation de cette loi de nature qui interdit l'ingratitude car, vu que tout pouvoir souverain est originellement donné par le consentement de chacun des sujets pour qu'ils soient de cette façon protégés aussi longtemps qu'ils obéissent, punir l'innocent est rendre le mal pour le bien. Et troisièmement, c'est une violation de cette loi de nature qui commande l'équité, c'est-à-dire une égale distri­bution de la justice, qu'on n'observe pas en punissant l'innocent [43].

 

Mais si l'on inflige un mal, quel qu'il soit, à un homme innocent qui n'est pas un sujet, si c'est pour l'avantage de la République, et sans violation de quelque conven­tion antérieure, ce n'est pas une infraction à la loi de nature. En effet, tous les hommes qui ne sont pas sujets, soit sont ennemis, soit ont cessé de l'être par certaines conventions antérieures. Mais il est légitime, en vertu du droit originel de nature, de faire la guerre aux ennemis que la République juge susceptibles de lui nuire, et alors, l'épée ne juge pas, et le vainqueur ne fait pas de distinction entre coupable [44] et inno­cent en tenant compte du passé [45], et il n'use de pitié qu'en tant qu'elle conduit au bien de son propre peuple. Sur ce principe [46], c'est légitimement que la vengeance s'étend aux sujets qui renient délibérément l'autorité de la République établie, non seulement aux pères, mais aussi à la troisième et à la quatrième générations [47], qui n'existent pas encore, et qui sont par conséquent innocents de l'acte pour lequel ils sont punis, parce que la nature de cette infraction [48] consiste à renoncer à la sujétion, ce qui est une rechute [49] dans l'état de guerre communément appelé rébellion; et ceux qui commettent cette infraction ne subissent pas [un mal] en tant que sujets, mais en tant qu'ennemis, car la rébellion n'est qu'une reprise de la guerre [50].

 

Une RÉCOMPENSE est obtenue par don ou par contrat [51]. Quand c'est par con­trat, on l'appelle un salaire ou des gages [52], c'est-à-dire un profit dû pour un service rendu ou promis. Quand c'est par un don, c'est un profit qui procède de la faveur de ceux qui l'accordent pour encourager des hommes à leur rendre un service ou pour leur permettre de le faire. Et c'est pourquoi, quand le souverain d'une République fixe un salaire pour quelque fonction publique, celui qui le reçoit est tenu en justice de s'acquitter de sa fonction. Sinon, il est seulement tenu par l'honneur à la reconnais­sance, et il doit s'efforcer de le payer en retour [53]. En effet, quoique les hommes n'aient aucun recours légal [54] quand on leur commande de quitter leurs affaires privées pour servir la République sans récompense ni salaire, ils n'y sont cependant pas tenus par la loi de nature, ni par l'institution de la République, à moins que le service ne puisse être accompli autrement, parce que le souverain est censé pouvoir faire usage de toutes les ressources [55] des sujets, de telle sorte que le soldat le plus ordinaire puisse réclamer comme un dû la solde gagnée à la guerre.

 

Les avantages qu'un souverain accorde à un sujet par crainte de son pouvoir ou de sa capacité de nuire à la République ne sont pas proprement des récompenses, car ce ne sont pas des salaires, parce que dans ce cas, nul contrat n'est censé avoir eu lieu, tout homme étant déjà obligé de ne pas desservir la République. Ce ne sont pas non plus des faveurs parce qu'ils [56] ont été extorqués par la crainte, ce qui ne doit pas arriver au pouvoir souverain. Ce sont plutôt des sacrifices que le souverain, considéré dans sa personne personnelle, et non dans la personne de la République, fait pour apaiser le mécontentement de celui qu'il juge plus puissant que lui, sacrifices qui n'en­couragent pas à l'obéissance, mais encouragent au contraire à poursuivre et augmenter à l'avenir les extorsions [57].

 

Alors que certains salaires sont constants [58] et procèdent du trésor public, certains sont variables et casuels [59], procédant de l'exécution d'une charge pour laquelle le salaire est prévu, et ces derniers sont dans certains cas nuisibles à la République, comme dans le cas de la judicature. En effet, quand les profits des juges et des magistrats d'une cour de justice viennent du nombre de causes qui sont portées à leur connaissance, il doit nécessairement s'ensuivre deux inconvénients : l'un est d'ali­menter le nombre de procès [60], car plus il y a de procès, plus le profit est grand. Un autre, qui dépend du premier, est le conflit de juridiction, chaque cour tirant à elle autant de causes qu'elle le peut. Mais dans les charges d'exécution, ces inconvénients n'existent pas, parce qu'il y est impossible d'accroître l'activité de son propre chef. Et cela suffira pour ce qui est de la nature du châtiment et de la récompense qui sont, pour ainsi dire, les nerfs et les tendons qui meuvent les membres et les articulations d'une République.

 

Jusqu'ici, j'ai montré la nature de l'homme, que l'orgueil et les autres passions ont contraint à se soumettre au gouvernement, ainsi que le grand pouvoir de son gouver­nant, que j'ai comparé au Léviathan, tirant cette comparaison des deux derniers versets du chapitre 41 du livre de Job, où Dieu, après avoir montré le grand pouvoir du Léviathan, l'appelle le roi des orgueilleux : Il n'existe rien sur terre, dit-il, qui peut lui être comparé. Il est fait tel que rien ne l'effraie. Il considère toute chose élevée comme inférieure à lui, et il est le roi de tous les enfants de l'orgueil [61]. Mais parce qu'il est mortel, et sujet à la corruption, comme toutes les créatures terrestres le sont, et parce qu'il y a au ciel, mais pas sur terre, ce qu'il doit craindre, et aux lois de qui il doit obéir, je parlerai dans les prochains chapitres de ses maladies et des causes de sa mort, et des lois de nature auxquelles il est tenu d'obéir.

 

 

 

Traduction Philippe Folliot
 

 

Version téléchargée en août 2003.

 

 

 

 



[1]              "a punishement" : un châtiment, une punition. Le verbe est "to punish", que je traduis indifférem­ment par châtier ou punir. (NdT)

 

[2]              "to the end that the will of men may thereby the better be disposed to obedience". "may" (que G. Mairet traduit par "puisse") ne nécessite pas une traduction, il donne simplement au subjonctif une valeur de futur (ainsi, en négligeant "to the end", on eût pu traduire : "et la volonté des hommes sera par là mieux disposée à l'obéissance".). (NdT)

 

[3]              "by what door the right or authority of punishing, in any case, came in". On peut traduire "by what door (...) came in" : "comment a été possible ...". On notera que F. Tricaud ne tient pas compte du  temps passé ("came"), qui renvoie à la sortie de l'état de nature et à l'origine de la République.  Le verbe "habiliter" a été ajouté par F. Tricaud. (NdT)

 

[4]              "it cannot be intended". F. Tricaud interprète plus qu'il ne traduit : "rien ne saurait permettre de conclure". (NdT)

 

[5]              "to lay violent hands upon his person". Je reprends l'excellente traduction de F. Tricaud. (NdT)

 

[6]              Le verbe utilisé deux fois dans cette phrase ("to convenant") doit bien sûr été pris au sens fort de s'engager par convention. (NdT)

 

[7]              C'est-à-dire ici en abandonnant sans transférer. (NdT)

 

[8]              Traduction libre de "strengthened him to use his own". La traduction littérale du texte anglais peut en effet aboutir à des formules qui, sans véritablement produire un contresens, ne sont pas loin de le suggérer. La traduction de G. Mairet ("ont donné la force") est à cet égard spectaculaire. La traduction littérale de F. Tricaud ("ont fortifié"), quoique correcte, introduit le même inconvénient (même si F. Tricaud a évidemment parfaitement saisi l'enjeu). En effet, il faut bien comprendre que les sujets ne transfèrent aucune force, ne donnent aucune force au souverain, ils ne font que renoncer à leurs droits, ce qui fait que seule la force du souverain peut s'exercer. Il est donc préférable d'éviter une traduction qui suggère un transfert de force. (NdT)

 

[9]              "but left to him, and to him only". (NdT)

 

[10]             "that to be neglected and unpreferred by the public favour is not a punishment, because no new evil is thereby on any man inflicted". (NdT)

 

[11]             "evil". (NdT)

 

[12]             "usurped power". (NdT)

 

[13]             N'oublions pas que, si le souverain est acteur, le sujet, par la convention originelle, est auteur. Hobbes est très clair à ce sujet au chapitre XVI. (NdT)

 

[14]             "the délinquent". Pour le refus de traduire par "delinquant", voir les notes des deux chapitres précédents. (NdT)

 

[15]             "redemption", du latin "redemptio" qui a lui-même donné "raençon", et donc "rançon". (NdT)

 

[16]             "the unexpected addition". G. Mairet ne tient pas compte de "unexpected". (NdT)

 

[17]             "he that goes about the violation of a law". La traduction de G. Mairet ("qui agit en violation de la loi") n'est pas assez fidèle. Quand "to go about" ne signifie pas circuler, il signifie se mettre à la tâche, entreprendre. (NdT)

 

[18]             "penalty". (NdT)

 

[19]             Pour la traduction de "arbitrary" par "discrétionnaire", voir note du chapitre XXIV. (NdT)

 

[20]             "deny". (NdT)

 

[21]             "wittingly and deliberately". (NdT)

 

[22]             C'est-à-dire par une convention, au moins tacite. (NdT)

 

[23]             "deliberately revolting". F. Tricaud traduit "rompent délibérément cette allégeance". (NdT)

 

[24]             Comme la dégradation, par exemple. (NdT)

 

[25]             Qui mêlent les différentes peines. (NdT)

 

[26]             "stripes". La traduction de F. Tricaud ("coups") n'est pas suffisante. Dans les bibles anglaises, le mot "stripes" est même utilisé pour la flagellation avant crucifixion, que les romains pratiquaient avec des lanières munies de pointes. (NdT)

 

[27]             On pense évidemment à l'émasculation. (NdT)

 

[28]             Littéralement "d'autres moins que capitaux" ("some less than capital"). (NdT)

 

[29]             L'explication peut paraître sèche. Hobbes peut vouloir dire qu'un homme en bonne santé doit pouvoir résister à une peine non capitale.  S'il ne résiste pas, c'est qu'il souffrait d'une pathologie que le châtiment n'a fait que révéler, mais qui aurait finalement emporté l'individu. (NdT)

 

[30]             "but the price of privilege and exemption from the law". (NdT)

 

[31]             "a pecuniary mulct". Il ne semble pas nécessaire d'ajouter "pécuniaire", puisque, sauf dans le cas de l'amende honorable, il s'agit toujours d'une somme à payer. L'expression utilisée par G. Mairet ("amende financière") est pour le moins inhabituelle. (NdT)

 

[32]             "that take the name of God in vain". La traduction choisie est la traduction courante. Sur ce com­mandement, voir Exode, XX, 7 et Deutéronome, V, 11. Dans l'Ancien Testament, cette interdiction vise essentiellement le mensonge : "Ne prononcez pas de faux serment sous le couvert de mon nom." (Lévitique, XIX, 12) (NdT)

 

[33]             "badges". F. Tricaud et G. Mairet traduisent par "décorations". Il semble ici surtout d'agir des signes extérieurs et vestimentaires d'une charge, d'un titre, etc.. (NdT)

 

[34]             ou "fonctions" (offices). (NdT)

 

[35]             "imprisonment". (NdT)

 

[36]             "the safe custody". (NdT)

 

[37]             "pain". (NdT)

 

[38]             "confined". Le mot français a l'avantage de porter une tradition, la "relegatio" étant déjà présente dans le Droit romain. (NdT)

 

[39]             "Exile (banishment)". (NdT)

 

[40]             "an escape", et plus loin, "to avoid punishment by flight". (NdT)

 

[41]             L'exil ( aquae et ignis interdictio ) était en fait une peine sévère. Hobbes eût du faire une distinction entre ce qui dit Cicéron dans les oeuvres de façon stoïcienne et la souffrance qu'il exprime dans ses lettres d'exil. F. Tricaud a raison d'indiquer le Pro Coecina, où l'exil est présenté comme un port, comme un refuge ("Exsilium non supplicium est, sed perfugium portusque supplicii." Orat. pro Coecina ; 100, 34). On pourra aussi retenir : "Iam vero exilium, si rerum naturam, non ignominiam nominis quaerimus, quantum tandem a perpetua peregrinatione differt ?" (Tusculanes, 5, 106). On a parfois distingué l'exil, sortie volontaire (et souvent préférable pour l'individu) du pays, et le bannissement, sortie forcée à la suite d'une action judiciaire. (NdT)

 

[42]             La traduction de G. Mairet ("on ne peut donc pas punir un innocent") est maladroite. (NdT)

 

[43]             La traduction de G. Mairet est grammaticalement incorrecte : "loi, qui, en punissant un innocent, n'est pas observée." (NdT)

 

[44]             "nocent" : apparemment rare. Voir le latin "noceo" : causer un tort, nuire, commettre une faute. La "nocentia" est la culpabilité. (NdT)

 

[45]             La guerre s'exerçant ici dans le cadre de la loi naturelle, la République n'applique pas un droit positif qui tiendrait compte des éléments d'un dossier qu'il faut instruire en justice, elle se comporte comme se comporterait un homme dans l'état de nature. (NdT)

 

[46]             "upon this ground". (NdT)

 

[47]             Expression d’origine biblique. Voir Exode, XX,5, Deutéronome, V, 9. (NdT)

 

[48]             "offence". (NdT)

 

[49]             "relapse". (NdT)

 

[50]             Littéralement "n'est que la guerre renouvelée".

 

[51]             "Reward is either of gift or by contract". (NdT)

 

[52]             "it is called salary and wages". (NdT)

 

[53]             "he is bound only in honour to acknowledgement and an endeavour of requital". (NdT)

 

[54]             "lawful". La traduction "légal" s'impose absolument ici, vu la distinction entre loi civile et loi de nature. (NdT)

 

[55]             "means". (NdT)

 

[56]             Les avantages. Le pronom "elles " employé par G. Mairet est soit une incorrection, soit le résultat d'une mauvaise compréhension. (NdT)

 

[57]             Un puriste pourra faire remarquer l'incorrection grammaticale de F. Tricaud : "n'encouragent pas à l'obéissance, mais plutôt à poursuivre (...);" (NdT)

 

[58]             "certain" : sûrs, assurés. (NdT)

 

[59]             "uncertain and casual". (NdT)

 

[60]             "one is the nourishing of suits". (NdT)

 

[61]     "There is nothing (...) on earth to be compared with him. He is made so as not to be afraid. He seeth every high thing below him; and is king of all the children of pride."La King James version donne : "Upon earth there is not his like, who is made without fear. He beholdeth all high things: he is a king over all the children of pride." (NdT)