PHILOTRAHOBBES : LEVIATHAN – Traduction de Philippe Folliot avec notes.

Chapitre 30Chapitre 32 - Sommaire des chapitres traduits avec notes - Index Philotra

 

Chapitre 31 : Du royaume de Dieu par nature

 

Qu'un état de simple nature, c'est-à-dire d'absolue liberté, tel que celui de ceux qui ne sont ni souverains ni sujets, soit l'anarchie et l'état de guerre [1]; que les préceptes par lesquels les hommes sont conduits à éviter [2] cet état soient les lois de nature; qu'une République sans pouvoir souverain ne soit qu'un mot sans substance et ne puisse se maintenir ; que les sujets doivent une obéissance absolue [3] aux souverains pour ces choses qui ne sont pas incompatibles avec les lois de Dieu : je l'ai suffisam­ment prouvé dans ce que j'ai déjà écrit. Il n'est besoin, pour connaître entièrement le devoir civil, que de savoir quelles sont ces lois de Dieu [4]. En effet, sans cela, on ne sait pas, quand le pouvoir civil nous commande quelque chose, si cette chose est contraire ou non à la loi de Dieu, et ainsi, soit on offense la Majesté Divine par une trop grande obéissance civile, soit on transgresse les commandements de la Répub­lique par crainte d'offenser Dieu. Pour éviter ces deux écueils, il est nécessaire d'avoir connaissance des lois divines. Et vu que la connaissance de toute loi dépend de la connaissance du pouvoir souverain, je parlerai dans la suite du ROYAUME DE DIEU [5].

 

Dieu est roi, que la terre se réjouisse [6], dit le psalmiste [7]. Et aussi : Dieu est roi, même si les nations sont en colère, et il est celui qui siège au-dessus des chérubins, même si la terre tremble [8]  [9]. Que les hommes le veuillent ou non, ils sont nécessai­rement toujours assujettis au pouvoir divin [10]. En niant l'existence ou la providence de Dieu, les hommes peuvent se défaire de leur tranquillité, mais ils ne peuvent s'affranchir de leur joug [11]. Mais appeler ce pouvoir de Dieu, qui s'étend lui-même non seulement à l'homme, mais aussi aux bêtes, aux plantes et aux corps inanimés, du nom de royaume, c'est faire seulement un usage métaphorique du mot. En effet, seul peut être dit proprement régner [12] celui qui gouverne ses sujets par sa parole et par des promesses de récompenses à ceux qui lui obéissent, menaçant de châtiments ceux qui ne lui obéissent pas. Dans le royaume de Dieu, les sujets ne sont donc pas les corps inanimés, ni les créatures sans raison [13], parce qu'ils ne comprennent pas des préceptes comme les siens, ni les athées, ni ceux qui ne croient pas que Dieu fasse attention aux actions de l'humanité, parce qu'ils ne reconnaissent aucune parole comme sienne, n'espèrent pas ses récompenses et ne craignent pas ses menaces. Sont donc sujets de Dieu ceux qui croient qu'il y a un Dieu qui gouverne le monde, qui a donné des préceptes à l'humanité, qui a institué pour elle des récompenses et des châtiments, et tous les autres doivent être considérés comme ses ennemis.

 

Gouverner par des paroles requiert que ces paroles soient portées de façon manifeste à la connaissance des hommes, car autrement ces paroles ne sont pas des lois. Il appartient en effet à la nature des lois d'être promulguées largement et claire­ment, pour pouvoir ôter l'excuse de l'ignorance. Pour les lois humaines, il n'y a qu'une seule façon de faire, c'est de les proclamer et les promulguer par la voix humaine. Mais Dieu fait connaître ses lois de trois manières : par ce que dicte la raison natu­relle, par la révélation, et par la voix de quelque homme [14] à qui, par l'action des miracles, il donne du crédit auprès des autres hommes [15]. De là résulte une triple parole de Dieu, rationnelle, sensible et prophétique, à quoi correspond une triple audition : droite raison, sensation surnaturelle, et foi [16]. En ce qui concerne la sensa­tion surnaturelle, qui consiste en révélation ou inspiration, aucune loi universelle n'a été donnée ainsi, parce que Dieu ne parle de cette manière qu'à des personnes particulières, et dit des choses différentes à des individus différents.

 

À partir de cette différence entre ces deux sortes de parole de Dieu, rationnelle et prophétique, on peut attribuer à Dieu un double royaume, naturel et prophétique : un royaume naturel où il gouverne par les prescriptions naturelles de la droite raison la part de l'humanité qui reconnaît sa providence, et un royaume prophétique, où, ayant choisi comme sujets les hommes d'une nation particulière, les Juifs, il les gouvernait, et personne d'autre, non seulement par la raison naturelle, mais [aussi] par des lois positives qu'il leur donnait par la bouche de ses saints prophètes. J'ai l'intention de parler du royaume naturel de Dieu dans ce chapitre.

 

Le droit de nature par lequel Dieu règne sur les hommes, et punit ceux qui enfrei­gnent ses lois, ne vient pas du fait qu'il les a créés, comme s'il exigeait une obéissance en reconnaissance de ses bienfaits, mais vient de son pouvoir irrésistible [17]. J'ai précédemment montré comment le droit souverain naît d'un pacte. Pour montrer comment le même droit peut naître de la nature, il suffit de montrer en quel cas ce droit ne peut jamais être ôté. Attendu que tous les hommes, par nature, avaient droit sur toute chose, ils avaient chacun le droit de régner sur tous les autres. Mais comme ce droit ne pouvait s'obtenir par la force [18], il importait à la sécurité de chacun de mettre de côté ce droit [19], pour établir, par un consentement commun, des hommes possédant l'autorité souveraine, pour gouverner et défendre les autres ; tandis que s'il y avait eu un homme d'un pouvoir irrésistible, il n'y aurait eu aucune raison pour qu'il ne dût pas, par ce pouvoir, gouverner et défendre, aussi bien lui-même que les autres, à sa propre discrétion [20]. Donc, à ceux dont le pouvoir est irrésistible, l'empire sur tous les hommes est naturellement attaché, par l'excellence de leur pouvoir, et par conséquent, c'est en vertu de ce pouvoir que le royaume sur les hommes et le droit de les affliger comme il lui plaît appartiennent naturellement à Dieu tout-puissant ; non en tant que Créateur et miséricordieux, mais en tant qu'omnipotent [21]. Et quoique le châtiment ne soit dû qu'au péché [22], parce que, par ce mot, on entend une affliction à cause du péché, cependant le droit d'affliger ne vient pas toujours du péché des hommes, mais du pouvoir de Dieu.

 

Pourquoi, souvent, les méchants prospèrent-ils et les bons souffrent-ils [23] l'adver­sité ? Cette question a été largement débattue par les anciens [24], et elle est la même que celle qui est la nôtre [aujourd'hui] : en vertu de quel droit Dieu dispense-t-il les prospérités et les adversités de cette vie? Question d'une telle difficulté qu'elle a ébranlé la foi en la divine providence, non seulement du vulgaire, mais aussi des philosophes, et, qui plus est, des saints. Que le Dieu d'Israël, dit David, est bon pour ceux qui ont le cœur droit, et pourtant j'ai perdu pied et j'ai bien failli tomber [25], car je souffrais de voir les méchants et les impies dans une telle prospérité [26]  [27]. Et Job, avec quelle conviction se plaint-il [28] à Dieu des nombreuses afflictions qu'il a subies malgré sa droiture [29] ? Dans le cas de Job, cette question est décidée par Dieu lui-même, non par des arguments tirés du péché de Job, mais des arguments tirés de son propre pouvoir. En effet, alors que les amis de Job tiraient argument de son affliction pour [montrer] son péché, et qu'il se défendait par la conscience de son innocence, Dieu lui-même prend la question en main et, ayant justifié l'affliction par des arguments tirés de son pouvoir, tels que : où étais-tu quand je posais les fondations de la terre [30]  [31] et par d'autres arguments semblables [32], il reconnaît l'innocence de Job et condamne la doctrine erronée de ses amis [33]. Conforme à cette doctrine [34] est la phrase de notre Seigneur qui concerne l'aveugle-né : ni cet homme, si ses parents n'ont péché, mais c'est pour que les oeuvres de Dieu se manifestent en lui [35]. Et bien qu'il soit dit que la mort est entrée dans le monde par le péché [36] (ce qui signifie que si Adam n'avait jamais péché, il ne serait jamais mort, c'est-à-dire qu'il n'aurait jamais souffert la séparation de son âme d'avec son corps), il ne s'ensuit pas que Dieu ne pouvait pas justement l'affliger, même s'il n'avait pas péché, tout comme il afflige les autres créatures vivantes qui ne peuvent pas pécher.

 

Ayant parlé du droit de la souveraineté de Dieu en tant que fondé seulement sur la nature, nous devons considérer maintenant quelles sont les lois divines, ou prescrip­tions de la raison naturelle, lois qui concernent soit les devoirs naturels d'un homme envers un autre, soit l'honneur naturellement dû à notre divin Souverain. Les premières sont les lois de nature dont j'ai déjà parlé aux chapitres XIV et XV de ce traité, à savoir l'équité, la justice, la pitié, l'humilité, et les autres vertus morales [37]. Il reste donc à considérer quels préceptes sont dictés aux hommes par leur seule raison naturelle, sans autre parole de Dieu, touchant l'honneur et le culte dus à la Majesté Divine.

 

L'honneur consiste dans la pensée et l'opinion intérieures [38] que l'on a du pouvoir et de la bonté d'autrui; et, par conséquent, honorer Dieu est avoir une pensée aussi élevée que possible de son pouvoir et de sa bonté. Et les signes extérieurs de cette opinion, qui apparaissent dans les paroles et les actions des hommes, sont appelées culte, qui est une partie de ce que les Latins entendent par le mot cultus ; car cultus signifie, au sens propre et invariable, la peine [39] qu'on se donne pour quelque chose dans le but d'en tirer avantage. Or, ces choses dont nous tirons avantage, soit nous sont assujetties, et le profit qu'elles rapportent vient comme un effet naturel de la peine que nous nous donnons, soit ne nous sont pas assujetties, et elles répondent à notre peine selon leur volonté propre. Dans le premier sens, la peine que l'on se donne pour la terre s'appelle culture, et l'éducation des enfants, une culture de leurs esprits. Dans le second sens, quand on façonne la volonté des hommes pour atteindre son but [40], non par la force, mais en se montrant obligeant, cela équivaut à courtiser, c'est-à-dire gagner les faveurs de quelqu'un par de bons offices : par exemple, par des louanges, par la reconnaissance de son pouvoir, et par tout ce qui plaît à celui dont on attend un avantage. Et c'est cela qui est à proprement parler le culte : c'est en ce sens qu'on entend par publicola [41] celui qui a le culte du peuple, et par cultus Dei, le culte de Dieu.

 

De l'honneur interne, qui consiste en l'opinion [42] que l'on a du pouvoir et de la bonté [d'autrui] naissent trois passions : l'amour qui renvoie à la bonté, l'espoir et la crainte, qui se rapportent au pouvoir; et trois parties du culte extérieur : la louange, la glorification [43], et la bénédiction; le sujet de la louange étant la bonté, le sujet de la glorification et de la bénédiction étant le pouvoir, et leur effet, la félicité. La louange et la glorification sont signifiées aussi bien par des paroles que par des actions : par des paroles, quand nous disons qu'un homme est bon ou grand ; et par des actions, quand nous le remercions pour sa bonté, et obéissons à son pouvoir. L'opinion [44] que l'on a du bonheur d'autrui ne peut être exprimée que par des paroles.

 

Il existe des signes d'honneur, qui consistent aussi bien en attributs qu'en actions, qui sont naturellement tels : parmi les attributs, ceux de bon, juste, généreux [45], et les attributs semblables, et parmi les actions, les prières, les remerciements et l'obéissan­ce. Les autres signes le sont par institution, ou par la coutume des hommes, et, à certaines époques et en certains lieux, ils sont signes qu'on honore [46], à d'autres, qu'on déshonore, et à d'autres, ils sont indifférents. Tels sont les gestes de salutation, de prière, ou d'action de grâces [47], dont l'usage [48] diffère selon les époques et les lieux. Les premiers signes constituent le culte naturel, les deuxièmes le culte [49] con­ventionnel [50].

 

Il existe deux sortes de cultes conventionnels : tantôt, le culte est ordonné [51], tantôt il est volontaire. Il est ordonné quand il est tel que l'exige celui à qui l'on rend un culte, il est libre, quand il est tel que celui qui rend le culte le juge bon. Quand le culte est ordonné, il consiste en l'obéissance, non en paroles et gestes. Mais quand il est libre, il consiste en l'opinion de ceux qui le voient [52], car si les paroles et les actions par lesquelles nous entendons les honorer leur semblent  être ridicules et tendre à l'outrage, elles ne forment pas un culte, car elles ne sont pas des signes d'honneur; et elles ne sont pas des signes d'honneur parce qu'un signe n'est pas un signe pour celui qui le fait, mais pour celui pour qui il est fait, c'est-à-dire le spectateur.

 

De même, il y a un culte public et un culte privé. Le culte public est celui que la République célèbre, comme une seule personne. Le culte privé est celui dont fait preuve [53] une personne privée. Le culte public est libre par rapport à la République prise comme un tout [54], mais il ne l'est pas par rapport aux particuliers [55]. Le culte privé est libre dans le secret, mais à la vue de la multitude il n'existe jamais sans certaines contraintes, venant soit des lois, soit de l'opinion des hommes; ce qui est contraire à la nature de la liberté.

 

Chez les hommes, la fin du culte est le pouvoir, car quand un homme voit un autre homme recevoir un culte, il le suppose puissant, et il est d'autant plus disposé à lui obéir [56], ce qui rend le pouvoir de cet autre plus important.  Mais Dieu ne vise aucune fin [57] : le culte que nous lui rendons procède de notre devoir et est régi, conformément à notre capacité, par ces règles de l'honneur que la raison dicte [58] aux faibles dans leurs rapports aux plus puissants, dans l'espoir d'un avantage, ou dans la crainte d'un dommage, ou en remerciement du bien qu'ils ont déjà reçu d'eux.

 

Afin que nous puissions savoir quel culte de Dieu nous est enseigné par la lumière naturelle, je commencerai par ses attributs [59]. Où, premièrement, il est évident que nous devons lui attribuer l'existence [60], car nul ne saurait avoir la volonté d'honorer ce qu'il croit n'avoir aucun être [61].

 

Deuxièmement, que ces philosophes qui disaient que le monde, ou l'âme du monde, était Dieu, en parlaient d'une manière indigne, et niaient son existence, car, par Dieu, il faut entendre la cause du monde, et dire que le monde est Dieu est dire qu'il n'a pas de cause, c'est-à-dire qu'il n'existe aucun Dieu.

 

Troisièmement, que dire que le monde n'a pas été créé, mais est éternel, c'est nier qu'il y ait un Dieu, vu que ce qui est éternel n'a pas de cause.

 

Quatrièmement, que ceux qui, attribuant à Dieu, comme ils le croient, la quiétude [62], lui ôtent le souci de l'humanité, et lui ôtent [donc] son honneur, car ils suppriment l'amour et la crainte que les hommes éprouvent envers lui, qui forment la racine de l'honneur.

 

Cinquièmement, que dire, pour les choses qui expriment la grandeur et le pouvoir, que Dieu est fini n'est pas l'honorer, car ce n'est pas le signe d'une volonté d'honorer Dieu que de lui attribuer moins que ce que nous pouvons : et fini est moins que ce que nous pouvons, parce qu'il est facile d'ajouter quelque chose au fini.

 

Par conséquent, lui attribuer une figure [63] n'est pas l'honorer, car toute figure est finie.

 

Ni dire que nous le concevons, l'imaginons, ou avons une idée de lui dans notre esprit, car tout ce que nous concevons est fini.

 

Ni de lui attribuer des parties ou un tout, qui sont seulement des attributs des choses finies.

 

Ni de dire qu'il est en ce lieu-ci ou en ce lieu-là, car tout ce qui est en un lieu est limité et fini.

 

Ni qu'il est en mouvement ou en repos, car ces deux attributs lui attribuent un lieu.

 

Ni qu'il y a plusieurs dieux [64] au lieu d'un Dieu unique, parce que cela implique qu'ils soient tous finis, car il ne peut pas y avoir plus d'un seul Dieu infini.

 

Ni lui attribuer (à moins que ce ne soit métaphoriquement, pour signifier non la passion, mais l'effet) des passions qui participent de l'affliction, comme le repentir, la colère, la pitié, ou du manque, comme l'appétit, l'espoir, le désir, ou de quelque faculté passive [65], car la passion est un pouvoir limité par quelque chose d'autre.

 

Et donc, quand nous attribuons à Dieu une volonté [66], il ne faut pas entendre, com­me pour l'homme, un appétit rationnel [67], mais un pouvoir par lequel il effectue toute chose.

 

De même, quand nous attribuons à Dieu la vision, et d'autres actes de la sensation, et aussi la connaissance et la compréhension [68], qui, en nous, ne sont rien d'autre qu'un tumulte de l'esprit [69] produit par les choses extérieures qui font pression sur les parties organiques du corps humain, car il n'y rien de tel en Dieu, et ces choses, dépendant de causes naturelles, ne sauraient lui être attribuées.

 

Celui qui ne veut attribuer à Dieu que ce qui est garanti [70] par la raison naturelle doit ou user d'attributs négatifs tels que infini, éternel, incompréhensible, ou super­latifs, tels que le plus haut [71], le plus grand, etc., ou indéfinis, tels que bon, juste, saint, créateur, et en user dans un sens tel qu'il n'entend pas déclarer ce qu'il est (car ce serait le circonscrire à l'intérieur des limites de notre imagination), mais combien nous l'admirons et sommes disposés à lui obéir : ce qui est un signe d'humilité, et de notre volonté de l'honorer autant que nous le pouvons. En effet, il n'y a qu'une dénomination pour signifier notre conception de sa nature, et c'est JE SUIS [72], et qu'une seule dénomination pour signifier sa relation aux hommes, et c'est Dieu, mot qui englobe père, roi et seigneur.

 

Pour ce qui est des actions du culte divin, c'est un précepte des plus généraux de la raison qu'elles soient des signes de notre intention d'honorer Dieu. Telles sont, premièrement, les prières, car on ne croyait pas que c'étaient les sculpteurs qui, quand ils fabriquaient les images, en faisaient des dieux, mais on croyait que c'était le peuple qui adressaient des prières à ces images [73].

 

Deuxièmement, l'action de grâces, qui diffère de la prière, dans le culte divin, seulement en ceci que les prières précèdent le bienfait [74], alors que les remerciements lui font suite, le but des unes et des autres étant de reconnaître Dieu comme auteur de tous les bienfaits, aussi bien passés que futurs.

 

Troisièmement, les dons, c'est-à-dire les sacrifices et les oblations qui, s'ils portent sur les meilleures choses [75], sont des signes d'honneur, car ce sont des actions de grâces.

 

Quatrièmement, ne jurer par nul autre que Dieu est naturellement un signe d'honneur, car c'est avouer que Dieu seul connaît le cœur et qu'aucune intelligence ou force humaine ne peut protéger un homme contre la vengeance de Dieu quand cet homme fait un parjure.

 

Cinquièmement, c'est une partie du culte rationnel de parler de Dieu avec des égards [76], car cela prouve qu'on le craint, et le craindre est avouer son pouvoir. Il s'ensuit que le nom de Dieu ne doit pas être utilisé à la légère [77] et sans motif, car cela équivaut à l'utiliser en vain; et il n'y a de motif que si l'on prête serment, ou si la République nous le commande, pour rendre les décisions judiciaires certaines, ou, entre les Républiques, pour éviter la guerre. Et disputer de la nature de Dieu est contraire à son honneur, car c'est supposer que, dans le royaume naturel de Dieu, il n'y a pas d'autre moyen pour connaître quelque chose que la raison naturelle [78], c'est-à-dire les principes de la science naturelle, qui sont si loin de nous enseigner quelque chose de la nature de Dieu qu'ils ne peuvent nous enseigner notre propre nature, ni la nature de la plus petite créature vivante. Et donc, quand les hommes, à partir des principes de la raison naturelle, disputent des attributs de Dieu, ils ne font que le déshonorer, car, dans les attributs que nous donnons à Dieu, nous ne devons pas considérer ce qu'ils expriment de vérité philosophique, mais ce qu'ils expriment de pieuse intention de lui rendre le plus grand honneur possible. C'est faute d'avoir considéré cela qu'on a produit des volumes de disputes au sujet de la nature de Dieu, qui ne tendent pas à son honneur, mais à l'honneur de notre propre intelligence et de notre propre savoir [79], et qui ne sont rien d'autre qu'un emploi abusif, inconsidéré et vain, de son nom sacré.

 

Sixièmement, pour les prières, les actions de grâces [80], les offrandes et les sacrifices, la raison naturelle nous dicte que chacune de ces choses soit la meilleure en son genre et la plus susceptible d'exprimer l'honneur [81]; par exemple, que les prières et les actions de grâce soient faites avec des mots et des formules qui ne soient ni improvisés, ni frivoles, ni plébéiens [82], mais que ces formules soient joliment et bien com­posées; sinon, nous ne rendons pas à Dieu tout l'honneur dont nous sommes capables. Et c'est pourquoi les païens qui agissaient de manière absurde en adorant des images comme des dieux, mais qui le faisaient en vers, et avec de la musique, tant vocale qu'instrumentale, agissaient raisonnablement. De même, les bêtes qu'ils offraient en sacrifices, les dons qu'ils offraient, les actions du culte, tout cela, plein de soumission et de commémoration des bienfaits reçus, était conforme à la raison, en tant que procédant d'une intention d'honorer leur dieu [83].

 

Septièmement, la raison ordonne de rendre un culte à Dieu non seulement en secret, mais surtout en public et à la vue des hommes, car sans cela, ce qui, quand on rend honneur, est le plus agréable, obtenir des autres qu'ils l'honorent, est perdu [84].

 

Enfin, l'obéissance à ses lois (c'est-à-dire, dans ce cas, aux lois de nature) est le culte le plus important [85]. En effet, tout comme l'obéissance est plus agréable à Dieu que le sacrifice, prendre à la légère [86] ses commandements est le plus grand de tous les outrages. Et telles sont les lois de ce culte divin que la raison naturelle dicte aux particuliers.

 

Mais étant donné qu'une République n'est qu'une seule personne, elle doit aussi rendre à Dieu un seul culte, ce qu'elle fait quand elle ordonne que ce culte soit rendu publi­quement par les particuliers. Tel est le culte public [87], dont la particularité est d'être uniforme, car des actions qui sont faites de façon différente par des hommes différents ne peuvent pas être considérées comme un culte public. Et c'est pourquoi, quand on autorise de nombreuses sortes de culte, procédant des différentes religions des parti­culiers, on ne peut absolument pas dire qu'il y a un culte public, ni que la République est d'une religion particulière.

 

Et parce que les mots (et par conséquent les attributs de Dieu) tirent leur signi­fication de l'accord et de l'institution [88] des hommes, il faut tenir ces attributs comme significatifs de l'honneur que les hommes entendent exprimer par ces mots, et tout ce qui peut être fait par la volonté des particuliers, là où n'existe pas d'autre loi que la raison, peut être fait [89] selon la volonté de la République par des lois civiles. Et parce qu'une République n'a pas de volonté, ni ne fait de lois, si ce n'est par la volonté de celui ou de ceux qui détiennent le pouvoir souverain, il s'ensuit que ces attributs que le souverain, pour le culte de Dieu, fixe comme signes d'honneur, doivent être pris et utilisés comme tels par les particuliers dans leur culte public.

 

Mais parce que toutes les actions ne sont pas des signes par institution, mais que certaines sont naturellement des signes d'honneur, d'autres des signes d'outrage, un pouvoir humain ne peut pas faire de ces dernières actions, qui sont celles que les hommes ont honte de faire en présence de ceux qu'ils respectent, une partie du culte divin, ni jamais séparer de ce culte les premières actions, telles qu'une conduite décente, modeste et humble. Mais alors qu'il existe un nombre infini d'actions et de gestes d'une nature indifférente, ceux, parmi eux, que la République prévoira comme signes d'honneur et comme partie du culte divin pour l'usage public et universel devront être pris et utilisés comme tels par les sujets. Et ce qui est dit dans l’Écriture, il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes [90] a sa place dans le royaume de Dieu par pacte, et non par nature.

 

Ayant ainsi brièvement parlé du royaume naturel de Dieu, et de ses lois naturelles, j'ajouterai seulement à ce chapitre une courte présentation de ses châtiments naturels. Il n'existe pas d'action humaine, en cette vie, qui ne soit le début d'une chaîne de conséquences si longue qu'aucune prévision humaine n'est assez étendue pour permettre à l'homme d'en percevoir l'issue [91]. Et dans cette chaîne sont reliés des événements à la fois plaisants et déplaisants, de telle manière que celui qui veut faire quelque chose pour son plaisir, doit s'engager à subir toutes les souffrances attachées à cette chose, et ces souffrances sont les châtiments naturels de ces actions qui sont le commencement de plus de mal que de bien [92]. Il arrive ainsi que l'intempérance soit naturellement punie par des maladies, l'imprudence par la malchance, l'injustice par la violence des ennemis, l'orgueil par la ruine, la lâcheté par l'oppression, le gouverne­ment négligent des princes par la rébellion, et la rébellion par le massacre. En effet, étant donné que les châtiments résultent des infractions aux lois, les châtiments naturels doivent résulter naturellement des infractions aux lois de nature, et donc les suivre comme leurs effets naturels, et non arbitraires.

 

Et voilà pour ce qui concerne la constitution, la nature, et le droit des souverains, et ce qui concerne les devoir des sujets, [tout cela] tiré des principes de la raison naturelle. Et maintenant, considérant comme cette doctrine est différente de la prati­que de la plus grande partie du monde, surtout dans ces pays occidentaux qui ont reçu de Rome et d'Athènes leur enseignement moral [93], et quelle profondeur, en matière de philosophie morale, est exigée chez ceux qui détiennent l'administration du pouvoir souverain, je suis sur le point de croire que ce travail, mon travail, est aussi inutile que la République de Platon [94]; car lui aussi est d'avis qu'il est impossible de jamais faire disparaître les désordres de l’État et les changements de gouvernements par la guerre civile, tant que les souverains ne seront pas philosophes. En outre, quand je considère que cette science de justice naturelle est la seule science nécessaire aux souverains et à leurs principaux ministres, et qu'il n'est nul besoin de les charger avec les sciences mathématiques, comme ils le sont par Platon, au-delà de ce qui encou­rage, par de bonnes lois, les hommes à les étudier ; et que ni Platon, ni aucun autre philosophe, n'ont jusqu'ici mis en ordre, et prouvé de façon suffisante ou probable [95] tous les théorèmes de la doctrine morale par lesquels les hommes puissent apprendre à la fois à gouverner et à obéir, je retrouve quelque espoir qu'un jour ou l'autre, cet écrit, mon écrit, puisse tomber entre les mains d'un souverain qui l'étudiera par lui-même (car il est court [96], et, je pense, clair), sans l'aide de quelque interprète intéressé ou envieux, et qui, par l'exercice de l'entière souveraineté, en protégeant l'enseigne­ment public de cet écrit, convertira cette vérité spéculative en utilité pratique.

 

 

 

Traduction Philippe Folliot
 

 

Version téléchargée en août 2003.

 

 

 

 



[1]              "is anarchy and the condition of war". (NdT)

 

[2]              "by which men are guided to avoid". (NdT)

 

[3]              "simple obedience". (NdT)

 

[4]              "those laws of God". (NdT)

 

[5]              "the KINGDOM OF GOD". (NdT)

 

[6]              Note de Hobbes : Psaumes, XCVI,1.

 

[7]              "God is King, let the earth rejoice." La King James version donne en XCVII : "The LORD reigneth; let the earth rejoice". A noter que la formule "God is king" est absente de la King James version. On rappellera que le verbe grec de la Septante ("basileuô") signifie autant régner qu'être roi." (NdT)

 

[8]              Note de Hobbes : Psaumes, XCVIII,1.

 

[9]              "God is King though the nations be angry; and he that sitteth on the cherubim, though the earth be moved." La King James version donne : "The LORD reigneth; let the people tremble: he sitteth between the cherubims; let the earth be moved". (NdT)

 

[10]             "divine power". Il est bon de rappeler que les distinctions que nous pouvons faire entre "pouvoir" et "puissance" ne correspondent à rien dans le texte anglais qui utilise invariablement le mot "power". (NdT)

 

[11]             "By denying the existence or providence of God, men may shake off their ease, but not their yoke". (NdT)

 

[12]             "to reign". (NdT)

 

[13]             "nor creatures irrational". La traduction de G. Mairet ("créatures irrationnelles") est peu adroite. (NdT)

 

[14]             "But God declareth his laws three ways; by the dictates of natural reason, by revelation, and by the voice of some man". (NdT)

 

[15]             G. Mairet ne tient pas compte de "to whom, by the operation of miracles, he procureth credit with the rest". (NdT)

 

[16]             "From hence there ariseth a triple word of God, rational, sensible, and prophetic ; to which correspondeth a triple hearing: right reason, sense supernatural, and faith". (NdT)

 

[17]             "but from His irresistible power". (NdT)

 

[18]             "not be obtained by force". (NdT)

 

[19]             "laying by that right". (NdT)

 

[20]             "to his own discretion" : autrement dit, comme il l'aurait entendu, à sa guise. (NdT)

 

[21]             "not as Creator and gracious, but as omnipotent". (NdT)

 

[22]             "sin". F. Tricaud et G. Mairet traduisent par "faute". (NdT)

 

[23]             G. Mairet utilise très maladroitement le verbe "supporter". (NdT)

 

[24]             Allusion aux stoïciens. (NdT)

 

[25]             Littéralement : "mes pieds étaient presque partis, et mes pas avaient presque glissé" ("my feet were almost gone, my treadings had well-nigh slipped"). (NdT)

 

[26]             Note de Hobbes : Psaumes, LXXII, 1-3.

 

[27]             "How good (...)"is the God of Israel to those that are upright in heart; and yet my feet were almost gone, my treadings had well-nigh slipped; for I was grieved at the wicked, when I saw the ungodly in such prosperity." La King James version donne : "Truly God is good to Israel, even to such as are of a clean heart. But as for me, my feet were almost gone; my steps had well nigh slipped. For I was envious at the foolish, when I saw the prosperity of the wicked.". (NdT)

 

[28]             "expostulate" (voir le latin expotulare) : réclamer, exposer ses plaintes, demander, adresser des réclamations. La T.O.B. utilise le mot "plainte" (XXIII,2) mais aussi le verbe "exposer" (XXIII,4). La traduction de F. Tricaud ("ne représente-t-il pas") est insuffisante. La traduction de G. Mairet ("des remontrances"), si le mot est utilisé dans son sens commun, est excessive. (NdT)

 

[29]             "notwithstanding his righteousness". Voir Job, I, 1. (NdT)

 

[30]             Note de Hobbes : Job, XXXVIII, 4.

 

[31]             "Where wast thou when I laid the foundations of the earth." Conforme à la King James version. (NdT)

 

[32]             Job, XXXVIII et XXXIX. (NdT)

 

[33]             Job, XLII, 7. (NdT)

 

[34]             Il ne s'agit évidemment pas de la doctrine erronée dont il vient d'être question. (NdT)

 

[35]             "Neither hath this man sinned, nor his fathers; but that the works of God might be made manifest in him." (Jean, IX, 3) Conforme à la King James version. (NdT)

 

[36]             "that death entered into the world by sin." (Romains, V, 12) Le verset complet, dans la King James version, est : "Wherefore, as by one man sin entered into the world, and death by sin; and so death passed upon all men, for that all have sinned:". (NdT)

 

[37]             "namely, equity, justice, mercy, humility, and the rest of the moral virtues". (NdT)

 

[38]             "in the inward thought and opinion". F. Tricaud rend compte de "thought" par le verbe "concevoir" et d' "opinion" par le verbe "croire". (NdT)

 

[39]             "labour". F. Tricaud traduit par "efforts". G. Mairet traduit trop étroitement par "travail". (NdT)

 

[40]             "where men's wills are to be wrought to our purpose". (NdT)

 

[41]             publicola ou poplicola : surnom de P. Valérius qui succéda à Tarquin Collatin. (NdT)

 

[42]             F. Tricaud continue à traduire le mot "opinion" par le verbe "croire". (NdT)

 

[43]             "magnifying". To magnify : magnifier, exalter (F. Tricaud), glorifier (G. Mairet). Le dernier verbe est le plus couramment utilisé quand il s'agit de Dieu. (NdT)

 

[44]             "opinion". (NdT)

 

[45]             "liberal". (NdT)

 

[46]             "and in some times and places are honourable; in others, dishonourable". F. Tricaud traduit : "sont des marques d'honneur (...) sont des marques de mépris".  (NdT)

 

[47]             "thanksgiving". La traduction de G. Mairet ("remercier") est insuffisante. (NdT)

 

[48]             F. Tricaud ne tient pas compte de "used". (NdT)

 

[49]             G. Mairet ne tient pas compte du mot "worship". (NdT)

 

[50]             "arbitrary worship". Je suis ici la traduction de F. Tricaud, "culte arbitraire" étant assez maladroit. (NdT)

 

[51]             "commanded". (NdT)

 

[52]             "the beholders" (et plus loin "the spectator") : il s'agit ici de ceux qui sont les objets du culte, non de ceux qui assistent à un culte sans en être les objets. (NdT)

 

[53]             "exhibiteth". Traduction maladroite de G. Mairet : "montre". (NdT)

 

[54]             "in respect of the whole Commonwealth". (NdT)

 

[55]             En ce sens, le rapport du souverain et des sujets au culte est du même type que leur rapport à la loi. (NdT)

 

[56]             "is the readier to obey him". Erreur de traduction de G. Mairet : "et l'on est prêt à lui obéir". (NdT)

 

[57]             Cette formule ("But God has no ends") est beaucoup plus violente que la phrase latine qui parle explicitement des fins du culte voulues par Dieu. (NdT)

 

[58]             J'ai négligé "to be done". (NdT)

 

[59]             "His attributes". (NdT)

 

[60]             "existence". (NdT)

 

[61]             "which he thinks not to have any being". (NdT)

 

[62]             "ease". Le mot a autant le sens de tranquillité que d'indifférence. C'est l'autarkeia des épicuriens. (NdT)

 

[63]             "figure". (NdT)

 

[64]             Littéralement, ni qu'il y a plus de dieux qu'un seul. (NdT)

 

[65]             "passions that partake of grief; as repentance, anger, mercy: or of want; as appetite, hope, desire; or of any passive faculty". (NdT)

 

[66]             "will". (NdT)

 

[67]             "a rational appetite". (NdT)

 

[68]             "knowledge and understanding". (NdT)

 

[69]             "a tumult of the mind". (NdT)

 

[70]             "warranted". "justifié", "autorisé", sont des traductions possibles. (NdT)

 

[71]             Les traductions de F. Tricaud ("très haut") et de G. Mairet ("plus haut") ne rendent pas le superlatif. (NdT)

 

[72]             On pense au "ego sum qui sum " de l'Exode, III, 14. (NdT)

 

[73]             F. Tricaud nous rappelle que la source est certainement Martial (Epigrammes, VIII, 24) : "Qui fingit sacros auro vel marmore vultus, Non facit ille deos : qui rogat ille facit."(NdT)

 

[74]             "benefice". (NdT)

 

[75]             Allusion à de nombreux passages de l'Ancien Testament où Dieu ordonne aux hommes de choisir les meilleures bêtes pour les sacrifier. La traduction de G. Mairet ("s'ils sont les meilleurs") est infidèle. (NdT)

 

[76]             "Fifthly, it is a part of rational worship to speak considerately of God". (NdT)

 

[77]             "rashly". (NdT)

 

[78]             "natural reason". (NdT)

 

[79]             "but to the honour of our own wits and learning". (NdT)

 

[80]             F. Tricaud et G. Mairet négligent "thanksgiving". (NdT)

 

[81]             "and most significant of honour". (NdT)

 

[82]             "nor light, nor plebeian". Traduire "plebeian" par "vulgaire" (F. Tricaud) est évidemment (étymologiquement) satisfaisant. (NdT)

 

[83]             L'anglais, ici, se contente de "him". (NdT)

 

[84]             "that which in honour is most acceptable, the procuring others to honour Him is lost". Le mot "pouvoir" est ajouté mal à propos par G. Mairet. (NdT)

 

[85]             "the greatest worship". F. Tricaud traduit "le meilleur des cultes". (NdT)

 

[86]             "to set light". F. Tricaud : "mépriser". (NdT)

 

[87]             "public worship" : culte public, officiel. (NdT)

 

[88]             "constitution" : voir les différents sens du latin "constituo". (NdT)

 

[89]             "aussi" est ajouté par F. Tricaud. (NdT)

 

[90]             C'est la réponse de Pierre et des Apôtres au grand prêtre du Sanhédrin : Actes, V, 29. (NdT)

 

[91]             "There is no action of man in this life that is not the beginning of so long a chain of consequences as no human providence is high enough to give a man a prospect to the end". (NdT)

 

[92]             "which are the beginning of more harm than good". (NdT)

 

[93]             G. Mairet ne tient pas compte de "moral". (NdT)

 

[94]             Le texte latin ajoute L'Utopie de T. More et la Nouvelle Atlantide de F. Bacon. (NdT)

 

[95]             "sufficiently or probably proved". Le mot "seulement" est ajouté par F. Tricaud. (NdT)

 

[96]     ??? (NdT)