PHILOTRAHOBBES : LEVIATHAN – Traduction de Philippe Folliot avec notes.

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4ème partie : Du royaume des ténèbres

Chapitre 44 : Des ténèbres spirituelles venant d'une mauvaise interprétation de l'Ecriture.

 

            Outre ces pouvoirs souverains, le pouvoir divin et le pouvoir humain, dont j'ai parlé jusqu'ici, l'Ecriture mentionne un autre pouvoir, à savoir celui des chefs [1] des ténèbres de ce monde [2] [3], le royaume de Satan [4] [5], la principauté de béelzébub sur les démons [6] [7], c'est-à-dire sur les phantasmes [8] qui apparaissent dans l'air (et c'est pour cette raison que Satan est aussi appelé le prince du pouvoir de l'air [9] [10]), et, comme il gouverne dans les ténèbres de ce monde, il est aussi appelé le prince de ce monde [11] [12]. Et, en conséquence de cela, ceux qui sont sous son empire, par opposition aux fidèles, qui sont les enfants de la lumière [13], sont appelés les enfants des ténèbres [14]. Car étant donné que Béelzébub est le prince des phantasmes, habitants de son empire de l'air et des ténèbres, les dénominations enfants des ténèbres, démons, phantasmes, ou esprits d'illusion [15] signifient allégoriquement la même chose. Cela considéré, le royaume des ténèbres, tel qu'il est présenté dans ces passages de l'Ecriture, et dans d'autres, n'est rien d'autre qu'une confédération de trompeurs qui, pour obtenir l'empire sur les hommes dans ce monde présent, s'efforcent, par des doctrines ténébreuses et erronées [16], d'éteindre en eux la lumière, aussi bien celle de la nature que celle de l'Evangile, et ainsi de les empêcher d'être prêts pour le royaume de Dieu à venir [17].

 

            De même que ceux qui sont entièrement privés depuis leur naissance de la lumière de l'oeil du corps n'ont aucune idée d'une telle lumière, et que personne ne conçoit dans son imagination une lumière plus grande que celle qu'il a perçue à un moment où à un autre par ses sens externes, de même, pour ce qui est de la lumière de l'Evangile, et de la lumière de l'entendement [18], personne ne peut concevoir qu'il existe un plus haut degré de lumière que celui qu'il a déjà atteint; et de là vient que les hommes n'ont pas d'autre moyen, pour reconnaître leurs propres ténèbres, que de raisonner à partir des malchances imprévues qu'il leur est arrivé sur leur chemin. La partie la plus ténébreuse du royaume de Satan est ce qui est extérieur à l'Eglise de Dieu, c'est-à-dire, parmi ceux qui ne croient pas en Jésus-Christ. Mais nous ne pouvons pas dire que l'Eglise jouit pour cela, comme le pays de Gessen [19], de toute la lumière qui est nécessaire à l'accomplissement de l'oeuvre que Dieu nous a enjoint d'accomplir. D'où vient que, dans la Chrétienté, quasiment depuis le temps des apôtres, les uns et les autres se chassent des lieux où ils se trouvent, tant par la guerre civile que par la guerre avec un ennemi étranger, qu'ils trébuchent dès qu'ils connaissent le moindre problème dans le cours de leur propre fortune, ou que les autres bénéficient d'une meilleure fortune, et qu'il y ait une telle diversité de chemins pour courir au même but, la félicité, s'il n'existe pas de nuit parmi nous, ou du moins un brouillard? Nous sommes donc encore dans les ténèbres [20].

 

            L'ennemi s'est trouvé ici [21] dans la nuit de notre ignorance naturelle, et il a semé l'ivraie des erreurs spirituelles, et cela, d'abord, en abusant des Ecritures et en éteignant leur lumière, car nous nous trompons, ne connaissant pas les Ecritures; deuxièmement, en introduisant la démonologie des poètes païens, c'est-à-dire leur doctrine fabuleuse sur les démons, qui ne sont que des idoles, des phantasmes de notre cerveau, qui, par eux-mêmes, n'ont aucune nature réelle distincte de l'imagination humaine, comme les fantômes des morts, les sylphes, et tout ce qui est matière à contes de bonnes femmes; troisièmement, en mêlant aux Ecritures différents vestiges de la religion des Grecs, et plus encore de leur vaine et fausse philosophie, surtout celle d'Aristote; quatrièmement, en mêlant à ces vestiges des traditions fausses ou incertaines, ou une histoire imaginée ou incertaine. C'est ainsi que nous en venons à nous tromper, en prêtant attention aux esprits séducteurs, et à la démonologie de ceux qui disent hypocritement des mensonges (ou comme on le lit dans le texte original, en 1.Timothée, IV, 1-2, de ceux qui jouent le rôle de menteurs) avec une conscience endurcie, c'est-à-dire contrairement à leur propre connaissance [22]. J'ai l'intention de parler brièvement dans ce chapitre de la première cause des ténèbres, la séduction des hommes qui se fait en abusant des Ecritures.

 

            Le plus grand et le principal abus de l'Ecriture, et dont presque tous les autres abus sont des conséquences ou des abus subordonnés [23], est de tordre le sens de l'Ecriture [24] afin de prouver que le royaume de Dieu, qui y est si souvent mentionné, est l'Eglise actuelle, ou la multitude des Chrétiens vivant aujourd'hui, ou ceux qui, morts, doivent ressusciter au dernier jour, alors que le royaume de Dieu fut d'abord institué par le ministère de Moïse, sur les seuls Juifs, qui étaient pour cela appelés son peuple particulier, que ce royaume se termina par l'élection de Saül, quand les Juifs refusèrent d'être gouvernés plus longtemps par Dieu, qu'ils réclamèrent un roi à la manière des nations, et que Dieu y consentit lui-même, comme je l'ai largement prouvé  précédemment, au chapitre XXXV. Après cette époque, il n'y eut aucun autre royaume de Dieu dans le monde, que ce soit par pacte ou autrement, si ce n'est que Dieu a toujours été, est, et sera toujours roi de tous les hommes et de toutes les créatures, en tant qu'il les gouverne selon sa volonté, par son pouvoir infini. Néanmoins, il promit par ses prophètes de leur restaurer ce gouvernement sien, quand le temps qu'il a arrêté dans son dessein secret serait accompli, et que les hommes se tourneraient vers lui en se repentant et en amendant leur vie. Non seulement cela, mais, [de plus], il invita aussi les Gentils à entrer dans ce royaume, et à jouir du bonheur de son règne, dans les mêmes conditions de conversion et de repentir. Et il promit aussi d'envoyer son fils dans le monde, pour expier par sa mort leurs péchés à tous, et les préparer par sa doctrine [25] à le recevoir lors de sa seconde venue; et comme il n'est toujours pas revenu, le royaume de Dieu n'est pas encore venu, et nous ne sommes pas, par pacte, sous [l'autorité] d'autres rois que nos souverains civils; à ceci près que les Chrétiens sont déjà dans le royaume de la grâce, pour autant qu'ils ont déjà la promesse d'être reçus lors de son retour.

 

            La conséquence de cette erreur (que l'Eglise actuelle est le royaume de Dieu) est [d'affirmer] qu'il doit exister un certain homme, ou une assemblée, par la bouche duquel notre Sauveur, désormais dans le ciel, parle, donne des lois, et qui représente sa personne pour tous les Chrétiens, ou différentes assemblées qui font la même chose dans les différentes parties de la Chrétienté. Ce pouvoir royal sous le Christ étant revendiqué par le pape, d'une manière universelle, et dans les Républiques particulières par les assemblées locales de pasteurs (alors que l'Ecriture ne le donne à personne d'autre qu'aux souverains civils), il vient à être si passionnément disputé qu'il éteint la lumière naturelle, et provoque dans l'entendement des hommes des ténèbres si profondes qu'ils ne voient pas à qui ils ont engagé leur obéissance.

 

            La conséquence de cette revendication du pape à être le vicaire général du Christ dans l'Eglise actuelle (supposée être ce royaume du Christ dont nous parle l'Evangile) est cette doctrine : il est nécessaire qu'un roi chrétien reçoive sa couronne d'un évêque (comme si c'était de cette cérémonie que venait la clause Dei gratia dans son titre [royal]), et c'est alors seulement qu'il est fait roi par la grâce de Dieu, quand il est couronné par l'autorité du vicaire universel de Dieu sur terre, et que tout évêque, quel que soit son souverain, prête, lors de sa consécration, un serment d'absolue obéissance au pape. Une autre conséquence de la même revendication est la doctrine du quatrième concile de Latran, tenu sous le pape Innocent III (ch.III : de haereticis) : Si un roi, sur l'avertissement du pape, ne purge pas son royaume des hérésies, et si, excommunié pour cela, il ne répare pas sa faute dans l'année qui suit, ses sujets sont affranchis de leur obéissance [26]; et il faut ici entendre par hérésies toutes les opinions que l'Eglise de Rome a interdit de soutenir. Par ce moyen, aussi souvent qu'il y a incompatibilité entre les desseins politiques du pape et ceux des autres princes chrétiens, comme c'est souvent le cas, il s'élève un tel brouillard parmi leurs sujets qu'ils ne font plus la différence entre un étranger qui s'est emparé du trône de leur prince légitime et celui qu'ils avaient eux-mêmes placé sur ce trône. Et, dans ces ténèbres de l'esprit, les hommes sont amenés se combattre les uns les autres, sans discerner leurs ennemis de leurs amis, sous la conduite de l'ambition d'un autre homme.

 

            De la même opinion (que l'Eglise actuelle est le royaume de Dieu) vient que les pasteurs, les diacres, et tous les autres ministres de l'Eglise se donnent le nom de clergé, donnant aux autres Chrétiens le nom de laïcs, c'est-à-dire le simple peuple. En effet clergé signifie ceux dont l'entretien est assuré par ce revenu que Dieu, se l'étant réservé durant son règne sur les Israélites, assigna à la tribu de Lévi (dont les membres devaient être ses ministres publics, et qui n'avaient pas eu comme leurs frères un lot de terre pour en vivre) pour qu'il soit leur héritage [27]. Par conséquent, le pape (prétendant que l'Eglise actuelle est le royaume de Dieu, comme le royaume d'Israël) revendique pour lui-même et pour ses ministres subordonnés le même revenu comme héritage de Dieu, le nom de clergé convenant à cette revendication. Et de là, les dîmes et les autres tributs qui étaient payés aux Lévites, en tant que droit de Dieu, parmi les Israélites, ont depuis longtemps été réclamés et pris chez les Chrétiens par les ecclésiastiques, jure divino, c'est-à-dire en vertu du droit de Dieu. Par ce moyen, le peuple, partout, était obligé à un double tribut, l'un pour l'Etat, l'autre pour le clergé, et ce dernier, étant le dixième du revenu du peuple, est le double de ce qu'un roi d'Athènes (qu'on estimait être un tyran) exigeait de ses sujets pour couvrir toutes les charges publiques; car il ne demandait pas plus que le vingtième, et pourtant, avec cela, il maintenait la République dans l'abondance. Et, dans le royaume des Juifs, durant le règne sacerdotal de Dieu, les dîmes et offrandes constituaient tout le revenu public.

 

            De la même erreur (qui consiste à dire que l'Eglise actuelle est le royaume de Dieu) vient la distinction entre les lois civiles et les lois canoniques, la loi civile étant l'ensemble des actes [28] des souverains dans leurs propres empires, et la loi canonique étant l'ensemble des actes du pape dans les mêmes empires; lesquels canons, quoiqu'ils ne fussent que des canons, c'est-à-dire des règles proposées et que des règles volontairement reçues par les princes chrétiens, jusqu'à la transmission de l'empire à Charlemagne, ensuite, pourtant, comme le pouvoir du pape devenait plus important, devinrent des règles ordonnées, et les empereurs eux-mêmes, pour éviter de plus grands méfaits auquel le peuple aveuglé aurait pu être conduit, furent forcés de les accepter comme lois.

 

            De là vient que dans tous les empires où le pouvoir ecclésiastique du pape est entièrement accepté, les Juifs, les Turcs et les Gentils sont tolérés avec leur religion dans l'Eglise romaine, dans la mesure ou l'exercice et la profession de leur religion ne constituent pas une infraction contre le pouvoir civil, alors que pour un Chrétien, même étranger, ne pas être de la religion romaine est [un crime] capital, parce que le pape prétend que tous les Chrétiens sont ses sujets. En effet, autrement, il serait aussi contraire au droit des gens [29] de persécuter un étranger chrétien qu'un infidèle pour avoir professé la religion dans son propre pays, ou plutôt davantage, attendu que ceux qui ne sont pas contre le Christ sont avec lui.

 

            De là vient aussi que dans tout Etat chrétien, certains hommes, en vertu de la liberté ecclésiastique [30], sont exemptés des tributs et ne relèvent pas des tribunaux de l'Etat civil, et ainsi sont les membres du clergé séculier, outre les moines et les frères, qui, en certains endroits, sont si nombreux par rapport au petit peuple qu'en cas de besoin, on pourrait lever parmi eux seuls une armée suffisante si, pour une guerre, l'Eglise militante voulait les employer contre leur propre prince ou contre d'autres.

 

            Un second abus général de l'Ecriture est la transformation de la consécration en conjuration ou enchantement [31]. Dans l'Ecriture, consacrer, c'est, dans un langage et avec des gestes pieux et qui conviennent, offrir, donner ou dédier à Dieu un homme ou autre chose, en le séparant de l'usage commun, c'est-à-dire que c'est sanctifier, en faire quelque chose qui est à Dieu et qui ne sera utilisé que par ceux que Dieu a désignés pour être ses ministres publics (comme je l'ai déjà largement prouvé dans le chapitre XXXV), et, de cette façon, c'est changer, non la chose consacrée, mais seulement son usage qui, de profane et commun, devient saint et particulier au service de Dieu. Mais, quand par de telles paroles, on prétend changer la nature ou qualité de la chose elle-même [32], ce n'est pas une consécration, mais c'est soit une oeuvre extraordinaire de Dieu, soit une conjuration vaine et impie. Mais, étant donné la fréquence de cette prétention de certains à changer la nature par leurs consécrations, on ne peut estimer qu'il s'agit d'une oeuvre extraordinaire, et ce n'est rien d'autre qu'une conjuration, une incantation, par laquelle ils voudraient faire croire aux hommes à une altération de la nature (qui n'existe pas [en fait]) contrairement au témoignage de la vue de l'homme et de tous ses autres sens. Ainsi, par exemple, quand le prêtre, au lieu de consacrer le pain et le vin pour le service particulier de Dieu dans le sacrement de la Cène du Seigneur (qui n'est que la séparation du pain et du vin de l'usage commun pour signifier, pour rappeler aux hommes leur Rédemption par la Passion du Christ, dont le corps fut brisé [33] et le sang répandu sur la croix à cause de nos transgressions), prétend que, par le fait de dire les paroles de notre Seigneur, ceci est mon corps, et ceci est mon sang [34], la nature du pain n'est plus là, mais que c'est son corps même, néanmoins il n'apparaît pas à la vue ou aux autres sens de celui qui reçoit quelque chose qui n'apparaissait pas avant la consécration. Les Egyptiens qui faisaient des conjurations, et qui sont dits avoir transformé leurs bâtons en serpents [35] et l'eau en sang [36] n'avaient fait - pense-t-on - qu'abuser les sens des spectateurs, en montrant les choses faussement, et on estime pourtant qu'ils étaient des enchanteurs. Mais qu'aurions-nous pensé d'eux s'il n'était apparu à la place de leurs bâtons rien de semblable à un serpent, et rien de semblable à du sang à la place de l'eau enchantée, ou à quelque chose d'autre que de l'eau, et qu'ils avaient eu le front de dire au roi que c'étaient des serpents qui ressemblaient à des bâtons, et du sang qui semblait être de l'eau? Qu'il y avait eu à la fois enchantement et mensonge. Et pourtant, les prêtres, dans cet acte quotidien, font exactement la même chose, transformant les paroles saintes en une sorte de charme, charme qui ne produit rien de nouveau aux sens, mais ils ont le front de nous dire qu'il ont changé le pain en un homme. Mieux! encore plus, en un Dieu! Et ils exigent que les hommes l'adorent comme si c'était notre Sauveur lui-même qui était présent, Dieu et homme, et par là, ils commettent l'idolâtrie la plus grossière. Car s'il est suffisant de s'excuser d'idolâtrie en disant que ce n'est plus du pain, mais Dieu, pourquoi la même excuse n'aurait pas été utilisée par les Egyptiens, au cas où ils auraient eu le front de dire que les poireaux et les oignons qu'ils adoraient n'étaient pas en vérité des poireaux et des oignons, mais une divinité sous leurs espèces, sous leur apparence? Les paroles ceci est mon corps équivalent aux paroles ceci signifie, ou représente mon corps, et c'est une figure habituelle du discours, mais prendre l'expression au sens littéral est un abus, et même en la prenant en ce sens, on ne saurait l'appliquer à autre chose qu'au pain que le Christ lui-même consacra de ses propres mains. En effet, il n'a jamais dit que n'importe quel pain, dont n'importe quel prêtre dirait ceci est mon corps, ou ceci est le corps du Christ, serait aussitôt transsubstantié. L'Eglise de Rome n'a jamais non plus institué cette transsubstantiation avant l'époque d'Innocent III, ce qui ne remonte pas au-delà de cinq cents ans, quand le pouvoir des papes fut au plus haut, et que les ténèbres de l'époque devinrent si profondes que les hommes ne discernaient plus le pain qui leur était donné à manger, surtout si l'image du Christ sur la croix y était marquée, comme si l'on avait voulu faire croire aux hommes qu'il était transsubstantié en corps du Christ, mais aussi en bois de sa croix, et qu'ils mangeaient les deux ensemble par le sacrement.

 

            La même incantation, au lieu de la consécration, est aussi utilisée dans le sacrement du baptême, où l'abus du nom de Dieu, pour chacune des personnes en particulier, et pour la Trinité entière, avec le signe de croix à chaque nom, compose le charme. Par exemple, premièrement, quand il veut sanctifier l'eau, le prêtre dit : je te conjure, toi, créature de l'eau, au nom de Dieu le Père tout-puissant, et au nom de Jésus-Christ, son fils unique, notre Seigneur, et en vertu du Saint-Esprit, que tu deviennes de l'eau conjurée, pour chasser toutes les puissances de l'ennemi, pour déraciner et supplanter l'ennemi, etc. C'est la même chose dans la bénédiction du sel qu'il faut mélanger à l'eau : que tu deviennes du sel conjuré, que tous les phantasmes et toutes les fourberies de la tromperie diabolique s'enfuient et s'éloignent de l'endroit où tu es répandu, et que tout esprit impur soit conjuré par celui qui viendra juger les vivants et les morts. Et c'est la même chose dans la bénédiction de l'huile : que tout le pouvoir de l'ennemi, toute l'armée du diable, tous les assauts et phantasmes de Satan soient chassés par cette créature de l'huile. Et quant à l'enfant qui doit être baptisé, il est assujetti à de nombreux charmes. D'abord, à la porte de l'Eglise, le prêtre souffle trois fois sur le visage de l'enfant, et dit : sors de lui, esprit impur, et laisse la place au Saint-Esprit consolateur; comme si tous les enfants étaient des démoniaques jusqu'à ce que le prêtre ait soufflé sur eux. De plus, avant d'entrer dans l'Eglise, il dit comme précédemment : je te conjure, etc., de sortir et de t'éloigner de ce serviteur de Dieu; et de nouveau, l'exorcisme est répété une fois de plus avant le baptême. Ces incantations, et certaines autres, sont celles qui sont utilisées au lieu des bénédictions et des consécrations dans l'administration des sacrements du baptême et de la cène du Seigneur, où toute chose qui sert à ces saints usages, à l'exception de la salive profane du prêtre, reçoit une certaine formule d'exorcisme.

 

            Les autres rites, comme ceux du mariage, de l'extrême-onction, de la visitation des malades, de la consécration des Eglises et des cimetières, ainsi de suite, ne sont pas non plus exempts de charmes, vu que l'on utilise dans ces cas de l'huile et de l'eau enchantées, avec un abus de la croix et de la sainte parole de David : Asperge me Domine hyssopo [37], comme des choses efficaces pour chasser les phantasmes et les esprits imaginaires.

 

            Une autre erreur générale vient de la mauvaise interprétation des expressions vie éternelle, mort éternelle, et seconde mort [38]. Car, quoique nous lisions clairement dans la Sainte Ecriture que Dieu créa Adam dans un état tel qu'il vive à jamais (mais conditionnellement, c'est-à-dire s'il ne désobéissait pas à son commandement), que cela n'était pas essentiel à la nature humaine, mais n'était qu'une conséquence de la vertu de l'arbre de vie (qu'il avait la liberté de manger, tant qu'il n'avait pas péché), qu'il fut chassé du Paradis après avoir péché, de peur qu'il ne mange de l'arbre de vie et vive à jamais, que la Passion du Christ libère du fardeau du péché tous ceux qui croient en lui, et en conséquence, qu'elle restitue la vie éternelle à tous les fidèles, et à eux-seuls, cependant, la doctrine est aujourd'hui (et cela depuis longtemps) tout autre, à savoir que tout homme a par nature une vie éternelle en tant que son âme est immortelle; de sorte que l'épée flamboyante [39], à l'entrée du Paradis, quoiqu'elle empêche l'homme d'atteindre l'arbre de vie, ne l'empêche pas d'avoir l'immortalité que Dieu lui ôta à cause de son péché, et fait de lui un être qui n'a pas besoin du sacrifice du Christ pour la recouvrer. Et ainsi, ce ne sont pas seulement les fidèles et les justes, mais aussi les méchants et les païens, qui jouiront de la vie éternelle, sans aucunement mourir, encore moins [souffrir] une seconde et éternelle mort. Pour sauver cette doctrine, on dit que par seconde et éternelle mort, il faut entendre une seconde et éternelle vie, mais dans les tourments : une tournure qui n'est jamais utilisée, sinon dans ce cas précis.

 

            Toute cette doctrine est fondée seulement sur certains des passages les plus obscurs du Nouveau Testament qui, cependant, si l'on considère le but général de l'Ecriture, sont assez clairs quand ils sont pris dans un autre sens, et ne sont pas nécessaires à la foi chrétienne. En effet, en supposant que, quand un homme meurt, il ne demeure rien d'autre que son cadavre, Dieu, qui, de la poussière et de l'argile inanimées, a fait surgir une créature vivante pas sa parole, ne peut-il pas aussi aisément ramener à la vie un cadavre, et le faire vivre à jamais, ou le faire mourir à nouveau par une autre parole? Le mot âme [40], dans l'Ecriture, signifie toujours ou la vie, ou la créature vivante, et les mots corps et âme réunis signifient le corps vivant. Au cinquième jour de la création, Dieu dit : que les eaux produisent reptile animae viventis [41], la chose rampante qui a en elle une âme vivante. La traduction anglaise donne qui a la vie [42]. De même, Dieu créa les baleines et omnem animam viventem [43], ce qui en anglais donne toute créature vivante [44]. Et c'est la même chose pour l'homme, Dieu le fit de la poussière de la terre, et souffla sur son visage le souffle de vie, et factus est homo in animam viventem [45], c'est-à-dire : et l'homme fut fait créature vivante [46]. Et après que Noé fut sorti de l'arche, Dieu dit qu'il ne frapperait plus omnem animam viventem [47], c'est-à-dire toute créature vivante [48]. En Deutéronome, XII, 23, on trouve : ne mangez pas le sang car le sang est l'âme [49], c'est-à-dire la vie. De ces passages, si le mot âme signifiait une substance incorporelle, avec une existence séparée du corps, on pourrait tout autant l'inférer de l'homme que de toute autre créature vivante. Mais que les âmes des fidèles doivent demeurer dans leurs corps de toute éternité, à partir de la résurrection, non en vertu de leur propre nature, mais en vertu de la grâce spéciale de Dieu, je l'ai déjà - je pense - suffisamment prouvé à partir des Ecritures, au chapitre XXXVIII. Et pour ce qui est des passages du Nouveau Testament où il est dit qu'un homme sera jeté corps et âme dans le feu de l'enfer, il ne s'agit que du corps et de la vie; c'est-à-dire que ces hommes seront jetés vivants dans le feu perpétuel de la Géhenne.

 

            Cette fenêtre est celle qui donne accès à la doctrine des ténèbres, d'abord la doctrine des tourments éternels, et ensuite celle du purgatoire, et, par conséquent, celle de la déambulation outre-tombe des fantômes des défunts, surtout dans les lieux consacrés, solitaires ou ténébreux, et on en vient de cette façon aux prétendus exorcismes et conjurations de phantasmes, et aussi aux invocations des défunts, et à la doctrine des indulgences, c'est-à-dire l'exemption temporaire ou définitive du feu du purgatoire, feu dans lequel, prétend-on, ces substances incorporelles sont purifiées par le feu, et rendues dignes d'aller au ciel. Car avant le temps de notre Sauveur, les hommes étant généralement possédés (à cause de la contagion de la démonologie des Grecs) par l'opinion que les âmes des hommes étaient des substances distinctes des corps, et donc par l'idée que, quand le corps était mort, l'âme de tout homme, pieux ou méchant, devait subsister quelque part en vertu de sa propre nature (sans que l'on reconnût dans ce fait quelque don surnaturel de Dieu). Les docteurs de l'Eglise hésitèrent longtemps pour dire en quel lieu les âmes devaient séjourner, avant d'être réunies à leur corps lors de la résurrection, supposant, à une époque, qu'elles gisaient sous les autels; mais ensuite, l'Eglise de Rome trouva plus profitable de bâtir pour elles ce lieu du purgatoire qui, à une époque récente, a été démoli par certaines autres Eglises.

 

            Considérons maintenant quels sont les textes de l'Ecriture qui semblent le mieux confirmer ces trois erreurs générales que j'ai ici indiquées. Pour ceux que le cardinal Bellarmin a allégués pour le royaume présent de Dieu administré par le pape (et il n'en est aucun qui n'offre une meilleure apparence de preuve), j'ai déjà répondu, et j'ai rendu manifeste que le royaume de Dieu, institué par Moïse, prit fin par l'élection de Saül, temps après lequel le prêtre, de sa propre autorité, ne déposa jamais un roi. Ce que le grand prêtre fit à Athalie ne fut pas fait en vertu de son propre droit, mais en vertu du droit du jeune roi Joas, son fils. Mais Salomon, en vertu de son propre droit, déposa le grand prêtre Abiathar, et en institua un autre à sa place. De tous les passages qui peuvent être invoqués pour prouver que le royaume de Dieu par le Christ est déjà dans ce monde, celui auquel il est le plus difficile de répondre n'est pas allégué par Bellarmin, ni par quelque autre membre de l'Eglise de Rome, mais par Bèze [50], qui dit que ce royaume commence à la résurrection du Christ. Mais s'il entend de cette façon conférer au collège presbytéral le pouvoir ecclésiastique suprême dans la République de Genève, et par conséquent à chaque collège presbytéral dans toute autre République, ou le conférer aux princes et aux autres souverains civils, je n'en sais rien. En effet, le collègue presbytéral a revendiqué le pouvoir d'excommunier son propre roi, et d'être le modérateur suprême en matière de religion [51], dans les lieux où existe cette forme de gouvernement de l'Eglise, tout comme le pape le revendique universellement.

 

            Ces paroles sont en Marc, IX, 1 : En vérité, je vous dis que, parmi ceux qui se trouvent ici, certains ne goûteront pas de la mort avant d'avoir vu le royaume de Dieu venir avec puissance [52]. Ces paroles, si elles sont prises grammaticalement, rendent assuré soit que certains de ceux qui se trouvaient avec le Christ à ce moment sont encore vivants, soit que le royaume de Dieu doit exister maintenant dans le monde présent. Il y a aussi un autre passage plus difficile : en effet, quand les apôtres, après la résurrection de notre Sauveur, et immédiatement avant son ascension, lui demandèrent, en Actes, I, 6 : vas-tu maintenant restituer le royaume à Israël? [53] il leur répondit : vous n'avez pas à connaître les temps et les périodes que le Père a fixés dans sa puissance, mais vous recevrez un pouvoir par la venue du Saint-Esprit sur vous, et vous serez mes témoins (martyrs), aussi bien à Jérusalem que dans toute la Judée, et en Samarie, et jusqu'aux parties extrêmes de la terre [54]; ce qui a le même sens que : mon royaume n'est pas encore venu, et vous ne prévoirez pas quand il va venir, car il viendra comme un voleur dans la nuit; mais je vous enverrai le Saint-Esprit, et par lui vous aurez le pouvoir de porter témoignage au monde entier, par votre prédication, de ma résurrection, des oeuvres que j'ai faites, et de la doctrine que j'ai enseignée, afin que les hommes croient en moi, et attendent la vie éternelle à mon retour. Comment cela s'accorde-t-il avec la venue du royaume de Dieu à la résurrection? Il y a aussi ce que dit saint Paul, en 1.Thessaloniciens, I, 9-10 : qu'ils se sont détournés des idoles, pour servir le Dieu vivant et véritable, et pour attendre son Fils qui viendra du ciel [55], où "pour attendre son Fils qui viendra du ciel" signifie attendre sa venue pour être roi exerçant son pouvoir, ce qui n'était pas nécessaire si son royaume avait alors été présent. De plus, si le royaume de Dieu avait commencé (comme Bèze le voudrait en s'appuyant sur Marc, IX, 1) à la résurrection, pour quelle raison les Chrétiens, depuis la résurrection, diraient dans leurs prières : que ton royaume arrive [56]? Il est donc manifeste que les paroles de saint Marc ne doivent pas être interprétées ainsi. Parmi ceux qui se trouvent ici, dit notre Sauveur, certains ne goûteront pas de la mort avant d'avoir vu le royaume de Dieu venir avec puissance. Si donc ce royaume devait arriver à la résurrection du Christ, pourquoi est-il dit certains d'entre eux, plutôt que tous? Car ils vécurent tous jusqu'après la résurrection du Christ.

 

            Mais ceux qui exigent une interprétation exacte de ce texte, qu'ils interprètent d'abord les paroles semblables de notre Sauveur à saint Pierre, qui concernent Jean, en Jean XXI, 22 : Si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne, que t'importe? [57] paroles sur lesquelles fut fondée une rumeur selon laquelle il ne devait pas mourir. Cependant, la vérité de cette rumeur ne fut jamais confirmée en tant que rumeur bien fondée sur ces paroles, ni ne fut réfutée en tant que rumeur mal fondée. Ces paroles furent mises de côté, comme un propos mal compris. La même difficulté se trouve aussi dans le passage de saint Marc. Et s'il est légitime de faire une conjecture sur son sens, par ce qui suit immédiatement, aussi bien dans ce texte que dans saint Luc, où la même chose est répétée, c'est avec vraisemblance qu'on peut dire que ces passages ont un rapport avec la transfiguration, qui est décrite dans les versets qui suivent immédiatement, où il est dit qu'après six jours, Jésus prit avec lui Pierre, et Jacques, et Jean (pas tous les disciples, mais certains) et les conduisit seuls, à l'écart, sur une haute montagne, et fut transfiguré devant eux. Et son vêtement devint brillant, extrêmement blanc, comme de la neige, à un point tel qu'aucun foulon sur terre ne saurait blanchir ainsi. Et Elie et Moïse leur apparurent, et ils parlaient avec Jésus, etc. [58] De sorte qu'ils virent le Christ dans sa gloire et sa majesté, comme il doit venir, à tel point qu'ils furent fort effrayés [59]. Et ainsi, la promesse de notre Sauveur fut accomplie au moyen d'une vision; car c'était une vision, comme on peut l'inférer avec vraisemblance de saint Luc, IX, 28, qui raconte la même histoire, et dit que Pierre et les autres étaient alourdis par le sommeil [60], et de la façon la plus certaine de Matthieu, XVII, 9, où la même chose est relatée. En effet, notre Sauveur leur ordonne ceci : ne dites à personne la vision jusqu'à ce que le Fils de l'homme soit ressuscité d'entre les morts [61]. Quoi qu'il en soit, on ne peut malgré tout tirer de ce texte aucun argument pour prouver que le royaume de Dieu commence avant le jour du jugement.

 

            Quant à certains autres textes [qu'on utilise] pour prouver le pouvoir du pape sur les souverains civils (outre ceux de Bellarmin), comme [ceux qui prétendent] que les deux épées que le Christ et ses apôtres avaient avec eux étaient l'épée spirituelle et l'épée temporelle, que le Christ, disent-ils, les aurait données à saint Pierre, que des deux luminaires, le plus grand signifie le pape, et le plus petit le roi, on pourrait aussi bien inférer du premier verset de la Bible que ciel signifie pape et que terre signifie roi; ce qui n'est pas là prouver à partir de l'Ecriture, mais insulter ouvertement les princes, façon de faire qui devint à la mode après l'époque où les papes étaient devenus si sûrs de leur importance qu'ils méprisaient tous les rois chrétiens, et, en écrasant la nuque des empereurs, les tournaient en dérision, ainsi que l'Ecriture, en s'appuyant sur les paroles du psaume 91 : tu écraseras le lion et l'aspic, tu fouleras aux pieds le lionceau et le dragon [62].

 

            Pour ce qui est des rites de consécration, quoiqu'ils dépendent pour la plupart de la discrétion et du jugement des gouverneurs de l'Eglise, et non des Ecritures, pourtant certains gouvernants sont obligés de suivre la direction que la nature de l'action elle-même requiert, et il faut que les cérémonies, les paroles, les gestes soient à la fois décents et significatifs, ou du moins adaptés à l'action. Quand Moïse consacra le tabernacle, l'autel, et les vases qui leur étaient affectés (Exode XL [63]), il les oignit avec l'huile que Dieu avait ordonné de faire dans ce but, et ces objets étaient [alors] saints. Rien ne fut exorcisé, afin de chasser les phantasmes. Le même Moïse (le souverain civil d'Israël), quand il  consacra Aaron (le grand prêtre) et ses fils, les lava avec de l'eau (de l'eau qui n'était pas exorcisée), leur mit leurs vêtements et les oignit avec de l'huile; et ils furent sanctifiés pour servir le Seigneur dans la fonction de prêtre, ce qui fut une purification [64] simple et décente, et, il les para avant de les présenter à Dieu pour qu'ils soient ses serviteurs. Quand le roi Salomon (Le souverain civil d'Israël)(1 [65]. Rois, VIII) consacra le temple qu'il avait bâti, il se tint devant toute l'assemblée d'Israël, et, les ayant bénis, il rendit grâce à Dieu d'avoir mis dans le coeur de son père l'idée de construire ce temple, et de lui avoir donné à lui-même la grâce d'accomplir cette oeuvre; et alors, il le pria, d'abord, d'agréer cette maison, quoiqu'elle ne fût pas adaptée à sa grandeur infinie, puis d'écouter les prières de ses serviteurs qui prieraient dans cette maison, ou (s'ils étaient absents) en direction de cette maison, et enfin, il offrit en sacrifice l'offrande de paix, et la maison fut consacrée. Il n'y eut pas de procession. Le roi demeura à la même place : pas d'eau exorcisée, pas d'Asperges me, pas d'application impertinente de paroles prononcées en d'autres occasions, mais un discours décent et raisonnable [66], adapté à la circonstance, faire à Dieu le présent de sa maison nouvellement construite.

 

            Nous ne lisons pas que saint Jean ait exorcisé l'eau du Jourdain, ni Philippe l'eau de la rivière où il baptisa l'eunuque, ni qu'aucun pasteur du temps des apôtres n'ait pris de sa salive pour la mettre sur le nez de la personne à baptiser, et dit in odorem suavitatis, c'est-à-dire pour une odeur agréable au Seigneur. Dans ces pratiques, ni la cérémonie de la salive, à cause de son impureté, ni l'application de cette Ecriture, à cause du manque de sérieux, ne saurait être justifié par aucune autorité humaine.

 

            Pour prouver que les âmes, séparées des corps, vivent éternellement, pas seulement les âmes des élus, par une grâce spéciale et par la restauration de la vie éternelle perdue par le péché d'Adam, et que notre Sauveur restaura par son sacrifice pour les fidèles, mais aussi les âmes des réprouvés, en tant que c'est une propriété naturelle inhérente à l'essence de l'humanité, sans autre grâce de Dieu que celle qui est universellement donnée à toute l'humanité, il existe différents passages qui, à première vue, paraissent suffisants pour servir cette intention, mais ces passages, si je les compare avec ceux que j'ai déjà (chapitre XXXVIII) allégués à partir de Job, XIV, me semblent beaucoup plus sujets à différentes interprétations que les paroles de Job.

 

            Et d'abord, il y a les paroles de Salomon (Ecclésiaste, XII, 7) : alors la poussière retournera à la poussière, et l'esprit retournera à Dieu qui l'a donné [67], paroles qui, s'il n'existe pas d'autre texte qui le contredise, peuvent assez bien supporter cette interprétation : Dieu seul sait, mais pas l'homme, ce que devient l'esprit d'un homme quand il expire; et le même Salomon, dans le même livre (III, 20-21), exprime le même jugement, selon le sens que je lui donne. Ses paroles sont : tout (homme et bête) va dans un même lieu, tout est de poussière et tout retourne à la poussière. Qui sait que l'esprit de l'homme va vers le haut, et que l'esprit des bêtes va vers le bas, dans la terre? [68] Ce qui veut dire que personne ne le sait, sinon Dieu. Ce n'est pas une formule inhabituelle que de dire des choses que nous ne comprenons pas Dieu seul sait ce que, et Dieu sait ou. On lit en Genèse, V, 24 : Enoch marcha avec Dieu, et il ne fut plus, car Dieu le prit [69], ce qui est ainsi exposé en Hébreux, XI, 5 : il fut enlevé, pour qu'il ne meure pas, et on ne le trouva pas, parce que Dieu l'avait enlevé; car avant son enlèvement, il avait reçu ce témoignage qu'il plaisait à Dieu [70], et ce texte est autant pour l'immortalité du corps que pour celle de l'âme, et prouve que cet enlèvement était réservée à ceux qui plaisaient à Dieu, et pas ordinairement aux méchants, et qu'il dépendait de la grâce, non de la nature. Mais au contraire, quelle interprétation donnerons-nous, sinon celle du sens littéral, de ces paroles de Salomon (Ecclésiaste, III, 19)? Ce qui arrive aux fils des hommes arrive aux bêtes, c'est la même chose qui leur arrive : comme l'un meurt, l'autre meurt aussi. En vérité, ils ont tous un même souffle (un même esprit), de sorte qu'un homme n'est pas supérieur à une bête, car tout est vanité [71]. En suivant le sens littéral, il n'y a pas ici d'immortalité naturelle de l'âme, mais rien, cependant, qui contredise la vie éternelle, dont les élus jouiront par grâce. Et (IV, 3) et plus heureux encore que tous les deux celui qui n'a pas encore été [72], les deux étant ceux qui vivent ou ont vécu, et si l'âme de tous ceux qui ont vécu était immortelle, ce serait difficile de dire cela, car alors, avoir une âme immortelle serait pire que de ne pas avoir d'âme du tout. De même, on lit en IX, 5 : les vivants savent qu'ils mourront, mais les morts ne savent rien [73], c'est-à-dire naturellement, et avant la résurrection du corps.

 

            Un autre passage qui semble favorable à l'idée de l'immortalité naturelle de l'âme est celui où notre Sauveur dit qu'Abraham , Isaac et Jacob sont vivants [74]; mais il s'agit de la promesse de Dieu et de leur certitude de ressusciter, non de la vie alors présente; et c'est dans le même sens que Dieu dit à Adam que le jour où il mangerait du fruit interdit, il est certain qu'il mourrait, et pendant les mille ans qui suivirent, il fut condamné à mourir, mais la sentence n'était pas [encore] exécutée. Ainsi, Abraham, Issac et Jacob étaient vivants en promesse, alors, quand le Christ parlait, mais il ne l'étaient pas effectivement jusqu'à la résurrection. Et l'histoire de Dives et de Lazare [75] ne fait rien contre cela, si nous la considérons pour ce qu'elle est, une parabole.

 

            Mais il existe d'autres passages du Nouveau Testament où une immortalité semble être effectivement attribuée aux méchants. En effet, il est évident qu'ils ressusciteront tous pour le jugement. D'ailleurs, il est dit, en de nombreux passages, qu'ils iront dans le feu éternel, dans les tourments éternels, dans les châtiments éternels, et que le ver de la conscience [76] ne meurt jamais [77]; et tout cela est englobé par l'expression mort éternelle, qu'on interprète habituellement au sens de vie éternelle dans les tourments. Et pourtant, je ne trouve nulle part qu'un homme vivra éternellement dans les tourments. Aussi, il semble difficile de dire que Dieu, qui est le Père des miséricordes, et qui fait dans le ciel et sur terre tout ce qu'il veut, qui dispose du coeur de tous les hommes, qui opère chez les hommes aussi bien le faire que le vouloir [78], et sans le don gratuit de qui un homme n'a ni inclination au bien, ni repentir du mal, punisse les transgressions des hommes sans aucune limite temporelle, et avec les tortures les plus extrêmes que les hommes puissent imaginer, et [même] davantage. Nous devons donc considérer quelle est la signification du feu éternel, et des autres formules semblables de l'Ecriture.

 

            J'ai déjà montré que le royaume de Dieu par le Christ commence au jour du jugement, qu'à ce jour, le fidèles ressusciteront avec des corps glorieux et spirituels et seront ses sujets dans ce royaume qui sera éternel; qu'ils ne seront pas mariés, ni donnés en mariage, qu'ils ne mangeront ni ne boiront, comme ils faisaient dans leurs corps naturels, mais vivront à jamais dans leurs personnes individuelles, sans l'éternité spécifique de la génération; et que les réprouvés ressusciteront aussi, pour recevoir les châtiments de leurs péchés; tout comme ceux parmi les élus qui seront vivants dans leurs corps terrestres à ce jour auront leurs corps soudainement changés et rendus spirituels et immortels. Mais que les corps des réprouvés, qui constituent le royaume de Satan, soient aussi des corps glorieux et spirituels, ou qu'ils soient comme les anges de Dieu, ne mangeant ni ne buvant, et n'engendrant pas, ou que leur vie soit éternelle dans leurs personnes individuelles, comme est la vie de tout fidèle, ou comme la vie d'Adam aurait été s'il n'avait pas péché, il n'existe aucun passage de l'Ecriture pour le prouver, à l'exception de ces passages qui concernent les tourments éternels, qui peuvent être interprétés autrement.

 

            De là, nous pouvons inférer que, de même que les élus, après la résurrection, seront restaurés dans l'état dans lequel Adam était avant de pécher, de même les réprouvés seront dans l'état dans lequel Adam et ses descendants  étaient après que le péché eut été commis; sauf que Dieu a promis un rédempteur à Adam et à ceux de ses descendants qui se fieraient à lui et se repentiraient, mais pas à ceux qui mourraient dans leurs péchés, comme le font les réprouvés.

 

            Cela considéré, les textes qui mentionnent le feu éternel, les tourments éternels, ou le ver qui ne meurt jamais, ne contredisent pas la doctrine d'une mort seconde et éternelle, au sens propre et naturel du mot mort. Le feu, les tourments préparés pour les méchants dans la Géhenne [79], à Tophet [80] ou quel que soit le lieu, peuvent durer à jamais, et il y a aura toujours des méchants à tourmenter, même si tous les méchants ne sont pas tourmentés éternellement ou même si aucun d'eux ne l'est éternellement, car les méchants, restant dans l'état où ils étaient après le péché d'Adam, à la résurrection, peuvent vivre comme ils le faisaient, se marier, se donner en mariage, et avoir des corps grossiers et corruptibles, comme en a le genre humain actuellement; et par conséquent ils peuvent engendrer perpétuellement, après la résurrection, comme ils le faisaient avant. En effet, aucun passage de l'Ecriture ne dit le contraire, car saint Paul, parlant de la résurrection (1.Corinthiens, XV), l'entend seulement de la résurrection pour la vie éternelle, et non de la résurrection pour le châtiment. Et de la première, il dit que le corps est semé dans la corruption, ressuscité dans l'incorruption, semé dans le déshonneur, ressuscité dans l'honneur, semé dans la faiblesse, ressuscité dans la puissance, semé corps naturel, ressuscité corps spirituel [81]. On ne peut rien dire de tel des corps de ceux qui ressuscitent pour le châtiment. Ainsi, quand notre Sauveur parle aussi de la nature de l'homme après la résurrection, il veut dire la résurrection pour la vie éternelle, non pour le châtiment. Le texte se trouve en Luc, XX, 34-36, un texte fécond : les enfants de ce monde se marient, et sont donnés en mariage, mais ceux qui seront jugés dignes de gagner ce monde, et la résurrection d'entre les morts, ne se marient pas et ne sont pas donnés en mariage, et ils ne peuvent plus mourir car ils sont égaux aux anges, et sont les enfants de Dieu, étant les enfants de la résurrection [82]. Les enfants de ce monde, qui sont dans l'état où Adam les a laissés, se marieront et seront donnés en mariage, c'est-à-dire qu'ils se corrompront et s'engendreront successivement, ce qui est une immortalité du genre humain, non des individus. Ils ne sont pas dignes d'être comptés parmi ceux qui gagneront le prochain monde, une résurrection absolue d'entre les morts, ils n'habiteront ce monde que peu de temps, à la seule fin de recevoir le juste châtiment de leur entêtement. Les élus sont les seuls enfants de la résurrection, c'est-à-dire les seuls héritiers de la vie éternelle; eux-seuls ne sauraient mourir. Ce sont eux qui sont égaux aux anges et qui sont les enfants de Dieu, non les réprouvés. Pour les réprouvés, après la résurrection, reste une seconde mort, une mort éternelle, et entre cette résurrection et leur second mort éternelle, il n'y a pour eux qu'un temps de châtiment et de tourments, qui durera par la succession des pécheurs qui y viendront, aussi longtemps que durera le genre humain en se reproduisant, c'est-à-dire éternellement.

 

            Sur cette doctrine de l'éternité naturelle des âmes séparées, comme je l'a dit, est fondée la doctrine du purgatoire. En effet, si nous supposons que la vie éternelle s'obtient seulement par la grâce, il n'existe aucune vie autre que la vie du corps, et aucune immortalité jusqu'à la résurrection. Les textes que Bellarmin allègue en faveur de la thèse du purgatoire, extraits des écrits canoniques de l'Ancien Testament, sont, premièrement, le jeûne de David à la mémoire de Saül et de Jonathan (2.Samuel, I, 12 [83]), et aussi pour la mort d'Abner (2.Samuel III, 35 [84]). Ce jeûne de David, dit-il, était destiné à obtenir de Dieu quelque chose pour eux après leur mort, car après avoir jeûné pour que son enfant recouvre la santé, aussitôt qu'il sut qu'il était mort, il demanda à manger. Etant donné, alors, que l'âme a une existence séparée du corps, et que rien ne peut être obtenu par le jeûne des hommes pour les âmes de ceux qui sont déjà au ciel ou en enfer, il s'ensuit, [dit-il], que certaines âmes des défunts ne sont ni au ciel ni en enfer, et donc, il faut qu'elles soient en un troisième lieu, qui est nécessairement le purgatoire. Et ainsi, en forçant rudement les textes, il leur fait violence pour prouver l'existence du purgatoire, alors qu'il est manifeste que les cérémonies du deuil et du jeûne, quand elles sont pratiquées pour la mort d'hommes dont la vie ne peut pas profiter à ceux qui prennent le deuil, ne le sont que pour rendre honneur à leurs personnes; et quand elles sont pratiquées pour la mort de ceux dont la vue était avantageuse à ceux qui prennent le deuil, cette attitude résulte de leur préjudice particulier. C'est ainsi que David honora Saül et Abner par son jeûne, et que, lors de la mort de son propre enfant, il se réconforta en prenant son repas habituel.

 

            Dans les autres passages de l'Ancien Testament qu'il allègue, il n'y a même pas l'exposition ou l'apparence d'une preuve. Il se sert de tous les textes où l'on trouve les mots colère, feu, brûlure, épuration, purification, au cas où l'un des pères de l'Eglise, dans un sermon, a appliqué ces termes à la doctrine alors acceptée du purgatoire, mais [pourtant] seulement de façon rhétorique. Le premier verset du psaume XXXVII est : ô Seigneur, ne me blâmes pas dans ton courroux, ne me châtie pas dans la chaleur de ton déplaisir [85]. Quel rapport ce verset aurait-il avec le purgatoire si Augustin n'avait pas appliqué le mot courroux au feu de l'enfer, et celui de déplaisir à celui du purgatoire? Quel rapport le psaume LXVI (verset 12) a-t-il avec le purgatoire : nous sommes entrés dans le feu et dans l'eau, et tu nous as conduits vers un lieu humide [86], et aussi d'autres textes semblables, avec lesquels les docteurs de ces époques comptaient orner leurs sermons ou leurs commentaires et leur donner de l'ampleur, textes tirés de force ou utilisés avec finesse pour servir leurs desseins [87]?

 

            Mais il allègue d'autres passages de l'Ancien Testament, auxquels il n'est pas aussi facile de répondre; et d'abord un passage de Matthieu, en XII, 32 : quiconque prononce un mot contre le Fils de l'Homme, il lui sera pardonné; mais quiconque parle contre le Saint-Esprit, il ne lui sera pas pardonné, ni dans ce monde, ni dans le monde à venir [88]. Il veut que le purgatoire soit le monde à venir, où seront pardonnés certains péchés qui ne sont pas pardonnés en ce monde, bien qu'il soit manifeste qu'il n'existe que trois mondes : l'un qui va de la création au déluge, qui fut détruit par l'eau, et qui est appelé dans l'Ecriture le vieux monde, un autre qui va du déluge jusqu'au jour du jugement, qui est le monde actuel, qui sera détruit par le feu; et le troisième, qui commencera au jour du jugement, à jamais, qui est appelé le monde à venir, et tous s'accordent pour dire qu'il n'y aura pas de purgatoire. Par conséquent, monde à venir et purgatoire sont incompatibles. Mais alors, quel peut être le sens de ces paroles de notre sauveur? J'avoue qu'il est très difficile de les concilier avec toutes les doctrines aujourd'hui unanimement reconnues, et il n'y a pas de honte à avouer que l'Ecriture est d'une trop grande profondeur pour être sondée par la petitesse de l'entendement humain. Cependant, je peux proposer à l'attention des théologiens les plus instruits certaines choses que le texte lui-même suggère. Et d'abord, étant donné que parler contre le Saint-Esprit, qui est la troisième personne de la trinité, c'est parler contre l'Eglise, en qui le Saint-Esprit réside, il semble que la comparaison soit faite entre la facilité avec laquelle notre Sauveur supportait les offenses qui lui étaient faites pendant qu'il enseignait lui-même le monde, c'est-à-dire pendant qu'il était sur terre et la sévérité des pasteurs après lui contre ceux qui remettraient en cause leur autorité qui vient du Saint-Esprit. Comme s'il avait dit : vous qui niez mon pouvoir, vous qui allez me crucifier, je vous pardonnerai aussi souvent que vous revenez à moi dans le repentir; mais si vous remettez en question le pouvoir de ceux qui vous enseigneront par la suite en vertu du Saint-Esprit, ils seront inexorables et ne vous pardonneront pas, mais vous persécuteront dans ce monde, et vous abandonneront sans absolution (même si vous revenez à moi, à moins que vous ne reveniez aussi à eux) aux châtiments, pour autant que cela relève de leur pouvoir, dans le monde à venir. Ainsi, ces paroles peuvent être prises comme une prophétie, une prédiction concernant les temps qui se sont écoulés dans l'Eglise chrétienne; ou, si ce n'est pas le sens (car je ne suis pas péremptoire pour des passages aussi difficiles), peut-être, après la résurrection, certains pécheurs pourront-ils se repentir. Il existe un autre passage qui semble s'accorder avec cela, car, en considérant les paroles de saint Paul en 1.Corinthiens, XV, 29 : que feront ceux qui sont baptisés pour les morts, si les morts ne ressuscitent pas du tout? Pourquoi sont-ils aussi baptisés pour les morts? [89] On peut avec vraisemblance inférer, comme certains l'ont fait, qu'à l'époque de saint Paul, c'était une coutume de recevoir le baptême pour les morts (comme ceux qui, aujourd'hui, croient, sont les cautions et les garants de la foi des enfants qui ne sont pas capables de croire [90]) pour se porter garants de la personne de leurs amis décédés, [déclarant ainsi] qu'ils seraient disposés à obéir à notre Sauveur et à le recevoir comme leur roi lors de son retour; et alors, les péchés sont pardonnés sans qu'il soit besoin d'un purgatoire. Mais dans ces deux interprétations, il y a trop de paradoxes pour que je m'y fie, je me contente de les proposer à ceux qui sont parfaitement versés dans l'Ecriture, pour rechercher s'il n'existe pas de passages plus clairs qui les contrediraient. En tout cas, de tout cela, je vois avec évidence que l'Ecriture me persuade que ni le mot purgatoire, ni la réalité du fait, n'apparaissent dans ce texte et dans les autres textes, et il n'y a rien qui peut prouver la nécessité d'un lieu où irait l'âme sans le corps, et où se serait trouvé l'âme de Lazare pendant les quatre jours où il fut mort, où les âmes de ceux qui sont aujourd'hui, selon l'Eglise romaine, tourmentés dans le purgatoire. En effet, Dieu, qui pourrait donner vie à un morceau d'argile, a le même pouvoir de redonner vie à un homme mort, et de transformer son cadavre inanimé et pourri en un corps glorieux, spirituel et immortel.

 

            Un autre passage se trouve en 1.Corinthiens, III, où il est dit que ceux qui ont construit de la paille, du foin, etc., sur le vrai fondement, verront leur ouvrage périr, mais qu'eux-mêmes seront sauvés, mais comme à travers le feu [91]. Il veut que ce feu soit celui du purgatoire. Ces paroles, comme je l'ai dit précédemment [92], sont une allusion aux paroles de Zacharie, XIII, 9, où il dit : j'amènerai la troisième partie à travers le feu et les raffinerai [93] comme l'argent est raffiné, et les éprouverai [94] comme l'or est éprouvé [95]. Ce passage parle de la venue du Messie dans la puissance et la gloire, c'est-à-dire au jour du jugement et de la conflagration du monde actuel, où les élus ne seront pas consumés, mais raffinés, c'est-à-dire débarrassés de leurs doctrines et traditions erronées, comme purifiés par le feu, et où ils invoqueront ensuite le nom du vrai Dieu. De la même manière, l'apôtre dit de ceux qui, soutenant ce fondement, que Jésus est le Christ, construiront dessus d'autres doctrines erronées, qu'ils ne seront pas consumés dans le feu qui renouvelle le monde, mais qu'ils passeront au travers pour être sauvés, mais de telle sorte qu'ils voient leurs erreurs passées et y renoncent. Ceux qui construisent sont les pasteurs; le fondement, c'est que Jésus est le Christ; la paille et le foin, ce sont les fausses conséquences tirés de ce fondement par ignorance ou par faiblesse; l'or, l'argent, et les pierres précieuses sont leurs vraies doctrines, leur raffinement ou purification, le renoncement à leurs erreurs. En tout cela, il n'est nullement question de brûler les âmes incorporelles, c'est-à-dire impassibles.

 

            Un troisième passage, déjà mentionné, se trouve en 1.Corinthiens, XV, et il concerne le baptême pour les morts. Il conclut de ce passage que les prières pour les morts ne sont pas inutiles, et de cela, qu'il y a un feu du purgatoire, mais ces deux conclusions ne sont pas correctes. En effet, des nombreuses interprétations du mot baptême, il privilégie ce sens : que le mot signifie, métaphoriquement, un baptême de pénitence, et que c'est en ce sens que sont baptisés ceux qui jeûnent, prient, et font l'aumône; et ainsi le baptême pour les morts et la prière pour les morts sont [pour lui] la même chose. Mais c'est là une métaphore dont on ne trouve aucun exemple, ni dans l'Ecriture, ni dans aucun autre utilisation du langage, et qui ne s'accorde pas avec l'harmonie et le dessein de l'Ecriture. Le mot baptême est utilisé en Marc, X, 38 [96] et Luc, XII, 50 [97], au sens de baigner dans son propre sang, comme le Christ sur la croix, et comme la plupart des apôtres qui donnèrent témoignage du Christ. Mais il est difficile de dire que la prière, le jeûne et l'aumône ont quelque similitude avec un bain. Le mot est aussi utilisé en Matthieu, III, 11 [98] (passage qui semble quelque peu favorable à la thèse du purgatoire) pour désigner un purification par le feu. Mais il est évident que le feu et la purification ici mentionnés sont les mêmes que ceux dont parle le prophète Zacharie, en XIII, 9 : j'amènerai la troisième partie à travers le feu et les raffinerai [99], etc. Et saint Pierre, après lui, dit dans sa première épître, I, 7 que l'épreuve de votre foi, qui est bien plus précieuse que celle de l'or qui périt, quoiqu'il soit éprouvé avec le feu, aboutisse [100]  à la louange, à l'honneur et à la gloire lors de l'apparition de Jésus-Christ [101]. Et saint Paul dit, en 1.Corinthiens, III, 13 : le feu éprouvera l'ouvrage de chacun pour savoir de quelle sorte est cet ouvrage [102]. Mais saint Pierre et saint Paul parlent du feu qui existera lors de la seconde apparition du Christ, et le prophète Zacharie parle du jour du jugement. Par conséquent, ce passage de saint Matthieu peut être interprété de la même façon, et alors, le feu du purgatoire ne sera d'aucune nécessité.

 

            Une autre interprétation du baptême pour les morts est celle que j'ai précédemment mentionnée, qu'il place au second rang quant à la probabilité : et il en infère aussi l'utilité de la prière pour les morts. Car, si après la résurrection, ceux qui n'ont pas entendu parler du Christ, ou n'ont pas cru en lui, peuvent être reçus en son royaume, ce n'est pas en vain, après leur mort, que leurs amis prieraient pour eux jusqu'à la résurrection. Mais en accordant que Dieu, grâce aux prières des fidèles, puissent convertir à lui certains de ceux à qui le Christ n'a pas été prêché, et qui, en conséquence, ne peuvent l'avoir rejeté, et que la charité des hommes sur ce point ne puisse pas être blâmée, cependant, cela ne permet pas de conclure quelque chose quant au purgatoire, parce que ressusciter de la mort à la vie est une chose, ressusciter du purgatoire à la vie une autre, car c'est ressusciter de la vie à la vie, d'une vie de tourments à une vie de joie.

 

            Un quatrième passage se trouve en Matthieu, V, 25 : accorde-toi promptement avec ton adversaire, pendant que tu es en chemin avec lui, de peur que ton adversaire, à un moment quelconque, ne te livre au juge, et que le juge ne te livre à l'officier, et que tu sois jeté en prison. En vérité, je te dis : tu ne t'en sortiras par aucun moyen tant tu n'auras pas payé le dernier sou [103]. Dans cette allégorie, l'offenseur est le pécheur, et Dieu est à la fois l'adversaire et le juge; le chemin est cette vie, la prison est la tombe, l'officier, c'est la mort, de laquelle le pécheur ne ressuscitera pas à la vie éternelle, mais ressuscitera pour une seconde mort, tant qu'il n'aura pas payé le dernier sou, ou tant que le Christ n'aura pas payé pour lui par sa Passion, qui est une rançon suffisante pour toutes les sortes de péché, aussi bien les plus petits péchés que les plus grand crimes, que la Passion du Christ rend aussi véniels.

 

            Le cinquième passage se trouve en Matthieu, V, 22 : Quiconque est en colère contre son frère sans raison sera passible du jugement, et quiconque dira à son frère "pauvre idiot" [104] sera passible du conseil. Mais quiconque dira "tu es fou" sera passible du feu de l'enfer [105]. De ces paroles, il infère trois sortes de péchés, et trois sortes de châtiments, et [il prétend] qu'aucun de ces péchés, sinon le dernier, ne sera puni par le feu de l'enfer; et que, par conséquent, après cette vie, on punit les petits péchés dans le purgatoire. Or, on ne trouve pas l'apparence d'une telle inférence dans les interprétations qui ont été données de ces paroles. Y aura-t-il après cette vie différentes cours de justice, comme il en existait parmi les Juifs au temps de notre Sauveur, pour entendre et déterminer différentes sortes de crimes, comme les juges et le conseil? Toute judicature n'appartiendra-t-elle pas au Christ et à ses apôtres? Donc, pour comprendre ce texte, nous ne devons le considérer seul, mais en le liant aux paroles qui précèdent et qui suivent. Dans ce chapitre, notre Sauveur interprète la loi de Moïse, que les Juifs pensaient avoir accomplie quand ils n'avaient pas transgressé sa lettre, quelque transgression qu'ils aient faite de l'esprit de cette loi et de l'intention du législateur. C'est pourquoi, alors qu'ils pensaient que le sixième commandement n'était transgressé que par le meurtre d'un homme, et que le septième ne l'était que quand un homme couchait avec une femme qui n'était pas la sienne, notre Sauveur leur dit que la colère intérieure d'un homme contre son frère, si elle n'est pas justement motivée, est un homicide. Vous avez entendu, dit-il, la loi de Moïse : tu ne tueras pas; et quiconque tuera sera condamné devant les juges, ou devant la session du tribunal des Soixante-Dix [106]; mais je vous dis qu'être en colère contre son frère sans motif, ou lui dire pauvre idiot ou fou, c'est un homicide qui sera puni par le feu de l'enfer le jour du jugement, et lors de la session [107] du tribunal du Christ et de ses apôtres. Si bien que ces paroles n'ont pas été utilisées pour faire la distinction entre des crimes différents, des cours de justice différentes, et des châtiments différents, mais pour remettre en question la distinction entre péché et péché, que les Juifs ne tiraient pas de la différence dans la volonté [intérieure] d'obéir à Dieu, mais de la différence [extérieure] établie par leurs cours temporelles de justice, et pour leur montrer que celui qui a la volonté de nuire à son frère, même si l'effet visible n'est qu'une insulte, ou même s'l n'y a pas d'effet visible, sera jeté dans le feu de l'enfer par les juges et par le tribunal qui, le jour du jugement, ne seront pas des cours différentes, mais une seule et même cour. Ceci considéré, je ne saurais imaginer ce qu'on peut tirer de ce texte pour soutenir la thèse du purgatoire.

 

            Le sixième passage se trouve en Luc, XVI, 9 : faites-vous des amis avec Mammon [108] l'injuste, pour que, quand vous faillirez, ils vous reçoivent dans les tabernacles éternels [109]. Il allègue ce passage pour justifier l'invocation des saints défunts [110]. Mais le sens est clair : que nous nous fassions des pauvres des amis avec nos richesses, et que nous obtenions ainsi leurs prières pendant leur vie : celui qui donne aux pauvres prêtre au Seigneur [111].

 

            Le septième passage se trouve en Luc, XXIII, 42 : Seigneur, souviens-toi de moi quand tu arriveras dans ton royaume [112]. Donc, dit-il, il y a une rémission des péchés après cette vie. Mais la déduction n'est pas correcte. Notre Sauveur, alors, lui pardonnera, et, à son retour dans la gloire, se souviendra de lui pour le ressusciter pour la vie éternelle.

 

            Le huitième passage se trouve en Actes, II, 24. Saint Pierre y dit du Christ que Dieu l'a ressuscité et a délié les douleurs de la mort, parce qu'il n'était pas possible qu'il fût retenu par elle [113]. Il interprète ce passage comme la descente du Christ au purgatoire pour y délier certaines âmes de leurs tourments, alors qu'il est manifeste que c'était le Christ qui était délié. Ce fut lui, et non les âmes du purgatoire, qui ne pouvait pas être retenu par la mort ou la tombe. Mais si l'on regarde bien ce que Bèze dit dans ses notes sur ce passage, il n'est personne qui ne voie qu'au lieu de douleurs, il devrait y avoir liens; et donc, il n'y a plus aucune raison de chercher le purgatoire dans ce texte.

 

 

 

Traduction Philippe Folliot
 

 

Version téléchargée en octobre 2003.

 

 

 

 



[1]              "rectores" (chefs, maîtres, ceux qui dirigent), dit la Vulgate. (NdT)

 

[2]              Ephésiens, VI, 12 (Note de Hobbes).

 

[3]              "the rulers of the darkness of this world". Conforme à la King Jame version. (NdT)

 

[4]              Matthieu, XII, 26 (Note de Hobbes).

 

[5]              "the kingdom of Satan". Le verset complet est : "And if Satan cast out Satan, he is divided against himself; how shall then his kingdom stand?" (NdT)

 

[6]              Matthieu, IX, 34 (Note de Hobbes).

 

[7]              "the principality of Beelzebub over demons". Ce verset ne parle nullement de principauté. Dans la King James version, on lit : "But the Pharisees said, He casteth out devils through the prince of the devils" : ", mais les pharisiens dirent :il chasse les démons par le prince des démons", ce qui est conforme à la Vulgate : "Pharisaei autem dicebant in principe daemoniorum eicit daemones". L'expression "the principality of Beelzebub over demons" est d'ailleurs absente de la King James version. et de la Douay/Rheims. Il semble que Hobbes confonde Matthieu et Ephésiens (VI, 12) qui utilise le mot "principalities". D'autre part, le mot Béelzébub (ou Belzebul ou Béelzéboul), n'apparaît en Matthieu qu'au chapitre XII, aux versets 24 et 27. La Vulgate dit "Beelzebub", la version grecque de Stephanus "Beelzéboul". (NdT)

 

[8]              "over phantasmes". (NdT)

 

[9]              Ephésiens, II, 2 (Note de Hobbes).

 

[10]             "the prince of the power of the air". Conforme à la King James version. (NdT)

 

[11]             Jean, XVI, 11 (Note de Hobbes).

 

[12]             "the prince of this world". Conforme à la King James version. (NdT)

 

[13]             "children of the light". On trouve dans la King James version l'expression "children of light" (Luc, XVI, 8, Jean, XII, 36, Ephésiens, V, 8, 1.Thessaloniciens, V, 5). On trouve l'expression "children of the light" dans la version Douay/Rheims, en Ephésiens, V, 8. On trouve aussi souvent, évidemment, dans le Nouveau Testament l'expression "children of God". (NdT)

 

[14]             L'expression, sous cette forme, est introuvable dans la King James version. Hobbes fait certainement allusion à Ephésiens, V, 5 : "Ye are all the children of light, and the children of the day: we are not of the night, nor of darkness". (NdT)

 

[15]             "spirits of illusions", et non "or", comme semble le croire G. Mairet. (NdT)

 

[16]             "by dark and erroneous doctrines". (NdT)

 

[17]             "and so to disprepare them for the kingdom of God to come". (NdT)

 

[18]             "understanding". (NdT)

 

[19]             C'est la partie de l'Egypte habitée par les Hébreux qui furent épargnées par les fléaux. Pour la lumière, voir le chapitre X de l'Exode. Le verset 23 dit : "They saw not one another, neither rose any from his place for three days: but all the children of Israel had light in their dwellings".

 

[20]             "We are therefore yet in the dark". (NdT)

 

[21]             Hobbes dit simplement "has been here". (NdT)

 

[22]             "by giving heed to seducing spirits, and the demonology of such as speak lies in hypocrisy, or, as it is in the original, "of those that play the part of liars,"* with a seared conscience, that is, contrary to their own knowledge". La King James version donne : "Now the Spirit speaketh expressly, that in the latter times some shall depart from the faith, giving heed to seducing spirits, and doctrines of devils; Speaking lies in hypocrisy; having their conscience seared with a hot iron". (NdT)

 

[23]             "and to which almost all the rest are either consequent or subservient". (NdT)

 

[24]             "is the wresting". (NdT)

 

[25]             Son enseignement. (NdT)

 

[26]             Déjà cité au chapitre XLII : "If a king, at the Pope's admonition, do not purge his kingdom of heretics, and being excommunicate for the same, make not satisfaction within a year, his subjects are absolved of their obedience." (NdT)

 

[27]             Les références bibliques ont déjà été données. (NdT)

 

[28]             Hobbes dit "the civil law being the acts". (NdT)

 

[29]             "the law of nations". (NdT)

 

[30]             "by ecclesiastical liberty". (NdT)

 

[31]             "A second general abuse of Scripture is the turning of consecration into conjuration, or enchantment". (NdT)

 

[32]             On sent évidemment venir la question de la transsubstantiation. (NdT)

 

[33]             "And when he had given thanks, he brake it, and said, Take, eat: this is my body, which is broken for you: this do in remembrance of me" (King James version, 1.Corinthiens, XI, 24). (NdT)

 

[34]             Matthieu, XXVI, 26-28. (NdT)

 

[35]             Exode, VII, 10,11 : "And Moses and Aaron went in unto Pharaoh, and they did so as the LORD had commanded: and Aaron cast down his rod before Pharaoh, and before his servants, and it became a serpent. Then Pharaoh also called the wise men and the sorcerers: now the magicians of Egypt, they also did in like manner with their enchantments." (King James version) (NdT)

 

[36]             Exode, VII, 19-22 : "And the LORD spake unto Moses, Say unto Aaron, Take thy rod, and stretch out thine hand upon the waters of Egypt, upon their streams, upon their rivers, and upon their ponds, and upon all their pools of water, that they may become blood; and that there may be blood throughout all the land of Egypt, both in vessels of wood, and in vessels of stone. And Moses and Aaron did so, as the LORD commanded; and he lifted up the rod, and smote the waters that were in the river, in the sight of Pharaoh, and in the sight of his servants; and all the waters that were in the river were turned to blood. And the fish that was in the river died; and the river stank, and the Egyptians could not drink of the water of the river; and there was blood throughout all the land of Egypt. And the magicians of Egypt did so with their enchantments." (King James version) (NdT)

 

[37]             La Vulgate donne : "asparges me hysopo et mundabor lavabis me et super nivem dealbabor" (psaume 50, verset 9), et la King James version : "Purge me with hyssop, and I shall be clean: wash me, and I shall be whiter than snow". (NdT)

 

[38]             "Another general error is from the misinterpretation of the words eternal life, everlasting death, and the second death." (NdT)

 

[39]             Genèse, III, 24. La King James version donne : "So he drove out the man; and he placed at the east of the garden of Eden Cherubims, and a flaming sword which turned every way, to keep the way of the tree of life.". (NdT)

 

[40]             "soul" (NdT)

 

[41]             Le verset complet, dans la Vulgate, est : "dixit etiam Deus producant aquae reptile animae viventis et volatile super terram sub firmamento caeli" (Genèse, I, 20) (NdT)

 

[42]             Le verset entier, dans la King James versioin, est : "And God said, Let the waters bring forth abundantly the moving creature that hath life, and fowl that may fly above the earth in the open firmament of heaven."(Genèse, I, 20) (NdT)

 

[43]             Dans la Vulgate, le verset complet est : "creavitque Deus cete grandia et omnem animam viventem atque motabilem quam produxerant aquae in species suas et omne volatile secundum genus suum et vidit Deus quod esset bonum" (Genèse, I, 21) (NdT)

 

[44]             Le verset complet, dans la King James version, est : "And God created great whales, and every living creature that moveth, which the waters brought forth abundantly, after their kind, and every winged fowl after his kind: and God saw that it was good." (Genèse, I, 21) (NdT)

 

[45]             Dans la Vulgate, le verset complet est : "formavit igitur Dominus Deus hominem de limo terrae et inspiravit in faciem eius spiraculum vitae et factus est homo in animam viventem" (Genèse, II, 7) (NdT)

 

[46]             La King James version ne donne pas "and man was made", mais "and man became" : "And the LORD God formed man of the dust of the ground, and breathed into his nostrils the breath of life; and man became a living soul." (Genèse, II, 7) Même chose dans la version Douay/Rheims. (NdT)

 

[47]             Le verset complet, dans la Vulgate, est : "odoratusque est Dominus odorem suavitatis et ait ad eum nequaquam ultra maledicam terrae propter homines sensus enim et cogitatio humani cordis in malum prona sunt ab adulescentia sua non igitur ultra percutiam omnem animantem sicut feci" (Genèse, VIII, 21) (NdT)

 

[48]             Dans la King James version, le verset complet est : "And the LORD smelled a sweet savour; and the LORD said in his heart, I will not again curse the ground any more for man's sake; for the imagination of man's heart [is] evil from his youth; neither will I again smite any more every thing living, as I have done." (Genèse, VIII, 21) (NdT)

 

[49]             "Eat not the blood, for the blood is the soul". La King James version donne : "for the blood is the life". La version Douay/Rheims donne "for the blood is for the soul". La différence n'étonne guère quand on voit que la Vulgate utilise le mot "anima". La Septante utilise le mot "psukhè", ce qui n'éclaire guère la question, puisque le mot grec a autant le sens de souffle, souffle de vie, vie, que d'âme.(NdT)

 

[50]             Théodore de Bèze (1519-1604), disciple de Calvin. (NdT)

 

[51]             "and to be the supreme moderators in religion". (NdT)

 

[52]             "Verily I say unto you, that there be some of them that stand here, which shall not taste of death, till they have seen the kingdom of God come with power". Conforma à la King James version. (NdT)

 

[53]             "Wilt thou at this time restore again the kingdom to Israel?" Conforme à la King James version. (NdT)

 

[54]             "It is not for you to know the times and the seasons, which the Father hath put in His own power; but ye shall receive power by the coming of the Holy Ghost upon you, and ye shall be my witnesses* both in Jerusalem, and in all Judaea, and in Samaria, and unto the uttermost part of the earth". * : "ye shall be witnesses unto me", dit la King James version. (NdT)

 

[55]             "That they turned from idols, to serve the living and true God, and to wait for His Son from heaven". Conforme à la King James version. (NdT)

 

[56]             Matthieu, VI, 10, Luc, XI, 2. (NdT)

 

[57]             "If I will that he tarry till I come, what is that to thee?". Conforme à la King James version. (NdT)

 

[58]             Luc, IX, 28-30 : "After six days Jesus taketh with him Peter, and James, and John" (not all, but some of his Disciples), "and leadeth them up into an high mountain apart by themselves, and was transfigured before them. And his raiment became shining, exceeding white as snow; so as no fuller on earth can white them. And there appeared unto them Elias with Moses, and they were talking with Jesus". La King James version donne : "And it came to pass about an eight days after these sayings, he took Peter and John and James, and went up into a mountain to pray. And as he prayed, the fashion of his countenance was altered, and his raiment was white and glistering. And, behold, there talked with him two men, which were Moses and Elias." (NdT)

 

[59]             "they were sore afraid". "they feared", dit la King James version en IX, 34. L'expression "sore afraid" est assez fréquemment utilisée dans les traductions anglaises du Nouveau Testament. (NdT)

 

[60]             Dans le texte biblique, cette remarque vient après la transfiguration, en IX, 32. (NdT)

 

[61]             "Tell no man the vision until the Son of Man be risen from the dead". Conforme à la King James version. (NdT)

 

[62]             "Thou shalt tread upon the lion and the adder; the young lion and the dragon thou shalt trample under thy feet." (verset 13) Conforme à la King James version. (NdT)

 

[63]             "Et Moïse fit selon tout ce que l'Éternel lui avait commandé; il fit ainsi. Et il arriva, le premier mois, en la seconde année, le premier jour du mois, que le tabernacle fut dressé. Et Moïse dressa le tabernacle, et mit ses bases, et plaça ses ais, et mit ses traverses, et dressa ses piliers. Et il étendit la tente sur le tabernacle, et mit la couverture de la tente sur elle, par-dessus, comme l'Éternel l'avait commandé à Moïse. Et il prit et mit le témoignage dans l'arche; et il plaça les barres à l'arche; et il mit le propitiatoire sur l'arche, par-dessus. Et il apporta l'arche dans le tabernacle, et plaça le voile qui sert de rideau, et en couvrit l'arche du témoignage, comme l'Éternel l'avait commandé à Moïse. Et il mit la table dans la tente d'assignation, sur le côté du tabernacle, vers le nord, en dehors du voile; et il rangea sur elle, en ordre, le pain devant l'Éternel, comme l'Éternel l'avait commandé à Moïse. Et il plaça le chandelier dans la tente d'assignation, vis-à-vis de la table, sur le côté du tabernacle, vers le midi; et il alluma les lampes devant l'Éternel comme l'Éternel l'avait commandé à Moïse. Et il plaça l'autel d'or dans la tente d'assignation, devant le voile; et il fit fumer dessus l'encens des drogues odoriférantes, comme l'Éternel l'avait commandé à Moïse. Et il plaça le rideau de l'entrée du tabernacle. Et il plaça l'autel de l'holocauste à l'entrée du tabernacle de la tente d'assignation, et il offrit sur lui l'holocauste et l'offrande de gâteau, comme l'Éternel l'avait commandé à Moïse. Et il plaça la cuve entre la tente d'assignation et l'autel, et y mit de l'eau pour se laver. Et Moïse, et Aaron et ses fils, s'y lavèrent les mains et les pieds; lorsqu'ils entraient dans la tente d'assignation, et qu'ils s'approchaient de l'autel, ils se lavaient, comme l'Éternel l'avait commandé à Moïse. Et il dressa le parvis tout autour du tabernacle et de l'autel, et mit le rideau à la porte du parvis. Et Moïse acheva l'oeuvre.  Et la nuée couvrit la tente d'assignation, et la gloire de l'Éternel remplit le tabernacle." (Darby) (NdT)

 

[64]             "cleansing". (NdT)

 

[65]             Et non 2. Rois, comme l'indique Hobbes. NdT)

 

[66]             "but a decent and rational speech". (NdT)

 

[67]             "Then shall the dust return to dust, as it was, and the spirit shall return to God that gave it". La King James version donne "Then shall the dust return to the earth as it was: and the spirit shall return unto God who gave it". (NdT)

 

[68]             "All go to the same place; all are of the dust, and all turn to dust again; who knoweth that the spirit of man goeth upward, and that the spirit of the beast goeth downward to the earth?" Conforme à la King James version. (NdT)

 

[69]             "Enoch walked with God, and he was not; for God took him". Conforme à la King James version. (NdT)

 

[70]             "He was translated, that he should not die*; and was not found, because God had translated him. For before his translation, he had this testimony, that he pleased God". * : la King James version dit "that he should not see death". (NdT)

 

[71]             "That which befalleth the sons of men befalleth beasts, even one thing befalleth them; as the one dieth, so doth the other; yea, they have all one breath; so that a man hath no pre-eminence above a beast, for all is vanity". Conforme à la King James version. (NdT)

 

[72]             "Better is he that hath not yet been than both they". Conforme à la King James version. (NdT)

 

[73]             "The living know they shall die, but the dead know not anything". Conforme à la King James version. (NdT)

 

[74]             Matthieu, XXII, 32; Marc, XII, 27;

 

[75]             Luc, XVI, 19. (NdT)

 

[76]             "the worm of conscience". La King James version n'utilise pas cette expression, elle se contente de "worm". Elle est aussi absente de la version Douay/Rheims. Elle n'apparaît pas dans la vulgate qui se contente de parler du ver qui ne meurt pas ("ubi vermis eorum non moritur"), ni dan le Nouveau Testament grec ("opou o skôles autôn ou teleuta), ni dans la bible de Luther ("da ihr Wurm nicht stirbt"). On trouve l'expression "ver de la conscience" dans la somme théologique de Thomas d'Aquin (primas pars, question 64, article 3). On la trouve aussi dans l'Institution de la Religion chrétienne de Calvin, Livre I, chapitre 3. Shakespeare, dans Richard II, dit : "The worm of conscience still begnaw thy soul!". (NdT)

 

[77]             "everlasting fire, everlasting torments, everlasting punishments; and that the worm of conscience never dieth". (NdT)

 

[78]             "that worketh in men both to do and to will". Traduction catastrophique de G. Mairet : "qui est l'instrument (?????) de ce qu'ils font et veulent". (NdT)

 

[79]             Matthieu, V, 22,29,30; X, 28; XVIII, 10, XXIII, 15,33; Marc, IX, 43,45,47; Luc, XII, 5; Jacques, III, 6. (NdT)

 

[80]             2.Rois, XXIII, 10; Esaïe, XXX, 33; Jérémie, VII, 31;XIX, 6-14. (NdT)

 

[81]             "sown in corruption, raised in incorruption; sown in dishonour, raised in honour*; sown in weakness, raised in power; sown a natural body, raised a spiritual body" (1. Corinthiens, XV, 42-44) * : "in glory", dit la King James version. (NdT)

 

[82]             "The children of this world marry, and are given in marriage; but they that shall be counted* worthy to obtain that world, and the resurrection from the dead, neither marry, nor are given in marriage: neither can they die any more; for they are equal to the angels, and are the children of God, being the children of the resurrection". * : "accounted", dit la King James version. (NdT)

 

[83]             "And they mourned, and wept, and fasted until even, for Saul, and for Jonathan his son, and for the people of the LORD, and for the house of Israel; because they were fallen by the sword." (King James version) (NdT)

 

[84]             "And when all the people came to cause David to eat meat while it was yet day, David sware, saying, So do God to me, and more also, if I taste bread, or ought else, till the sun be down." (King James version) (NdT)

 

[85]             "O Lord, rebuke me not in thy wrath, nor chasten me in thy hot displeasure". Conforme à la King James version. (NdT)

 

[86]             "We went through fire and water, and thou broughtest us to a moist place". La king James version donne "but thou broughtest us out into a wealthy place". La vulgate donne "lieu rafraîchissant". (NdT)

 

[87]             "and other the like texts, with which the doctors of those times intended to adorn or extend their sermons or commentaries, haled to their purposes by force of wit". (NdT)

 

[88]             "Whosoever speaketh a word against the Son of Man, it shall be forgiven him; but whosoever speaketh against the Holy Ghost, it shall not be forgiven him neither in this world, nor in the world to come". Conforme à la King James version. (NdT)

 

[89]             "What shall they do which are baptized for the dead, if the dead rise not at all? Why also* are they baptized for the dead?" * : "then", dit la King James version. (NdT)

 

[90]             "as men that now believe are sureties and undertakers for the faith of infants that are not capable of believing". (NdT)

 

[91]             "they themselves shall be saved; but as through fire". La King James version donne, au verset 15 : "but he himself shall be saved; yet so as by fire". (NdT)

 

[92]             Chapitre 43. (NdT)

 

[93]             La Vulgate utilise le verbe "urere", brûler, faire souffrir, torturer. Le texte grec utilise le verbe "puroô", de même sens. On notera que la Douay/Rheims catholique utilise aussi le verbe "to refine". (NdT)

 

[94]             La vulgate utilise le verbe "probo", faire l'essai, éprouver, vérifier. Le texte grec utilise le verbe "dokimazô", qui a le même sens. (NdT)

 

[95]             "I will bring the third part through the fire, and refine them as silver is refined, and will try them as gold is tried". Conforme à la King James version. (NdT)

 

[96]             "Et Jésus leur dit: Vous ne savez ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que moi je bois, ou être baptisés du baptême dont moi je serai baptisé?" (Darby)(NdT)

 

[97]             "Mais j'ai à être baptisé d'un baptême; et combien suis-je à l'étroit jusqu'à ce qu'il soit accompli!" (Darby)(NdT)

 

[98]             "Moi, je vous baptise d'eau pour la repentance; mais celui qui vient après moi est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de porter ses sandales: lui vous baptisera de l'Esprit Saint et de feu." (Darby)(NdT)

 

[99]             La Vulgate utilise le verbe "urere", brûler, faire souffrir, torturer. Le texte grec utilise le verbe "puroô", de même sens. On notera que la Douay/Rheims catholique utilise aussi le verbe "to refine". (NdT)

 

[100]            "inveniatur", dit la Vulgate. (NdT)

 

[101]            "That the trial of your faith, which is much more precious than of gold that perisheth, though it be tried with fire, might be found unto praise, and honour, and glory at the appearing of Jesus Christ." Conforme à la King James version. (NdT)

 

[102]            "opus quale" dans la Vulgate. (NdT)

 

[103]            "Agree with thine adversary quickly, whilst thou art in the way with him, lest at any time the adversary deliver thee to the judge, and the judge deliver thee to the officer, and thou be cast into prison. Verily I say unto thee, Thou shalt by no means come out thence, till thou hast paid the uttermost farthing." Conforme à la King James version. (NdT)

 

[104]            Le mot "raca" a le sens d'imbécile, d'idiot, de pauvre type. (NdT)

 

[105]            "Whosoever is angry with his brother without a cause shall be guilty in judgement. And whosoever shall say to his brother, Raca, shall be guilty in the council. But whosoever shall say, Thou fool, shall be guilty to hell fire." La King James version (comme la version Douay/Rheims) ne dit pas "shall be guilty" mais "shall be in danger". (NdT)

 

[106]            Voir Nombres, chapitre XI. (NdT)

 

[107]            Le mot anglais "session" est, à ma connaissance, absent des bibles anglaises. (NdT)

 

[108]            Terme araméen désignant les biens, et le Christ l'emploie pour désigner le mode de vie intéressé  de ceux qui n'ont pas la foi et qui ne connaissent pas la pauvreté et la charité. Le terme est absent de l'Ancien Testament, mais il n'était pourtant pas inconnu des Juifs. Dans le Nouveau Testament, on le trouve en Matthieu et en Luc. (NdT)

 

[109]            "Make ye friends of the unrighteous mammon, that when ye fail, they may receive you into everlasting tabernacles." La King James version donne : "Make to yourselves friends of the mammon of unrighteousness; that, when ye fail, they may receive you into everlasting habitations." (NdT)

 

[110]            "This he alleges to prove invocation of saints departed". La traduction de G. Mairet ("pour prouver l'invocation des saints défunts") n'a absolument aucun sens, cette invocation étant un fait de la pratique catholique, fait présenté ici dans une perspective anglicane critique. (NdT)

 

[111]            Cette formule est absente du texte biblique. Peut-être Hobbes fait-il ici allusion au célèbre passage qui se trouve en Matthieu XIX, : "give to the poor, and thou shalt have treasure in heaven", lit-on au verset 21 de la King James version. (NdT)

 

[112]            "Lord, remember me when thou comest into thy kingdom." Conforme à la King James version. (NdT)

 

[113]    "that God had raised him up, and loosed the pains of death, because it was not possible he should be holden of it." Conforme à la King James version. (NdT)