PHILOTRAHOBBES : LEVIATHAN – Traduction de Philippe Folliot avec notes.

Chapitre 44Chapitre 46 - Sommaire des chapitres traduits avec notes - Index Philotra

 

Chapitre 45

De la démonologie et des autres vestiges de la religion des Gentils

            L'impression faite sur les organes de la vue par les corps lumineux, soit selon une seule ligne directe, soit selon plusieurs lignes réfléchies par les corps opaques ou réfractées par les corps transparents qu'elles traversent [1], produit dans les créatures vivantes en qui Dieu a placé de tels organes une imagination [2] de l'objet d'où procède l'impression; laquelle imagination est appelée vue, et qui ne semble pas être une simple imagination, mais le corps lui-même en dehors de nous; de la même manière que, quand un homme presse violemment son oeil, il lui apparaît une lumière au dehors, et devant lui, qu'il est le seul à percevoir, car, en vérité, il n'y a rien de tel en dehors, il n'y a qu'un mouvement dans les organes intérieurs qui, par résistance, exercent une pression à l'extérieur qui lui fait penser cela. Et le mouvement fait par cette pression, continuant après que l'objet qui l'a causé n'est plus là, est ce que nous appelons imagination, et souvenir [3], et, dans le sommeil, et parfois, lors d'un grand dérangement des organes par la maladie ou la violence, un rêve, choses sont j'ai déjà brièvement parlé aux chapitres II et III.

 

            Cette nature de la vue n'ayant jamais été découverte par les anciens qui prétendaient à la connaissance naturelle, encore moins par ceux qui ne considèrent par des choses si éloignées (comme l'est cette connaissance) de l'utilité immédiate, il était difficile aux hommes de concevoir ces images de la fantaisie [4] et de la sensation autrement que comme des choses existant réellement en dehors de nous, que certains qui, parce, quand elles s'évanouissent, ne savent pas où elles sont passées, ni comment, veulent qu'elles soient absolument incorporelles, c'est-à-dire immatérielles, des formes sans matière (une couleur ou une figure, sans aucun corps coloré ou aucun corps avec une figure). Ils veulent qu'elles puissent se revêtir de corps aériens, comme un vêtement, pour se rendre visibles à nos yeux corporels quand elles le veulent, et d'autres disent que ce sont des corps et des créatures vivantes, mais faites d'air ou d'une autre matière plus subtile et plus éthérée, qui, quand elles veulent être vues, se condensent alors. Mais les uns et les autres s'accordent sur une seule appellation générale, celle de DEMONS; comme si les morts dont ils ont rêvé n'étaient pas les habitants de leur propre cerveau mais ceux de l'air, du ciel, ou de l'enfer; non des phantasmes, mais des spectres, avec exactement autant de raison que celui qui dirait qu'il a vu son propre spectre dans un miroir, ou les spectres des étoiles dans une rivière, ou celui qui appellerait l'apparition ordinaire du soleil, grande environ d'un pied, le démon ou le spectre de ce grand soleil qui illumine tout le monde visible. Et par ce moyen, ils ont craint ces choses, comme si c'étaient des choses possédant un pouvoir inconnu, c'est-à-dire un pouvoir illimité de leur faire du bien ou du mal, et, en conséquence, ils ont ainsi donné occasion aux gouvernants des Républiques païennes de réglementer cette crainte en établissant cette DEMONOLOGIE [5] (dans laquelle les poètes, en tant que principaux prêtres de la religion païenne, furent spécialement employés et honorés) nécessaire à la paix publique et à l'obéissance des sujets, et de faire de certains démons des bons démons et d'autres de mauvais démons, les uns comme un éperon [6] pour l'obéissance aux lois, les autres comme des brides pour les empêcher de les violer.

 

            Mais quelles étaient ces choses auxquelles ils attribuaient le nom de démons, cela apparaît en partie dans la généalogie de leurs dieux, écrite par Hésiode, l'un des plus anciens poètes grecs, et en partie dans d'autres histoires, dont certaines ont été signalées précédemment, au chapitre XII de ce traité.

 

            Les Grecs, par leurs colonies et leurs conquêtes, introduisirent leur langue et leurs écrits en Asie, en Egypte, et en Italie, et par là, par une conséquence nécessaire, leur démonologie, ou, comme saint Paul le dit, leurs doctrines des diables [7], et de cette façon, la contagion atteignit aussi les Juifs, ceux de Judée comme ceux d'Alexandrie, et les autres régions dans lesquelles ils étaient dispersés. Mais le nom de démons, les Juifs ne l'attribuèrent pas comme les Grecs à la fois aux bons et aux mauvais démons, mais seulement aux mauvais; et, aux bons démons, ils donnèrent le nom d'esprit de Dieu, et ils considérèrent comme prophètes ceux dans le corps desquels ces bons démons entraient. En somme, toute singularité, si elle était bonne, ils l'attribuaient à l'esprit de Dieu, et si elle était mauvaise à quelque démon, mais un kakodaimôn [8], un mauvais démon, c'est-à-dire un diable. Et donc, ils appelaient démoniaques, c'est-à-dire possédés par le diable, ceux que nous appelons fous ou lunatiques, ou ceux qui avaient le mal caduc [9], ou ceux qui disaient des choses qu'on jugeait absurdes parce qu'on ne les comprenait pas. De même, d'une personne impure à un degré notoire, ils avaient coutume de dire qu'elle avait un esprit impur, d'un muet qu'il avait un diable muet, et de Jean Baptiste, à cause de la singularité de son jeûne, qu'il avait un diable (Matthieu, XI, 18 [10]); et de notre Sauveur, parce qu'il disait que celui qui gardait sa parole ne verrait pas la mort in aeternum : maintenant, nous savons que tu as un diable : Abraham est mort, et les prophètes sont morts [11] [12]. Et de même, parce qu'il dit, en Jean, VII, 20, qu'ils cherchaient à le tuer, le peuple répondit : tu as un diable qui cherche à te tuer [13]. Il est manifeste par là que les Juifs avaient les mêmes opinions sur les phantasmes, à savoir qu'ils n'étaient pas des phantasmes, c'est-à-dire des idoles du cerveau, mais des choses réelles, et indépendantes de la fantaisie.

 

            Si cette doctrine n'est pas vraie, pourquoi, pourront dire certains, notre Sauveur ne la contredit-il pas et n'enseigna-t-il pas le contraire? Mieux : pourquoi, en diverses occasions, emploie-t-il des façons de parler qui semblent la confirmer? A cela, je réponds que, premièrement, là où le Christ dit : un esprit n'a pas de chair et d'os [14], quoiqu'il montre qu'il existe des esprits, il ne nie cependant pas qu'ils soient des corps. Et là où saint Paul dit : nous ressusciterons corps spirituels [15], il reconnaît la nature des esprits, que ce ne sont que des esprits corporels, ce qu'il n'est pas difficile de comprendre; car l'air et beaucoup d'autres choses sont des corps, mais pas de chair et d'os, ou quelque autre corps grossier que l'oeil peut discerner. Mais quand notre Sauveur parle au diable, et lui ordonne de sortir d'un homme, si, par diable, on doit entendre une maladie (comme le fait d'être frénétique ou lunatique), ou un esprit corporel, n'est-ce pas là une discours impropre? Une maladie peut-elle entendre? Peut-il y avoir un esprit corporel dans un corps de chair et d'os, déjà plein d'esprits vitaux et animaux? Ne sont-ce donc pas des esprits qui n'ont pas de corps et qui ne sont pas des imaginations? A la première question, je réponds que l'ordre adressé par notre Sauveur au fou ou au lunatique qu'il guérit n'est pas plus impropre que sa réprimande [16] à la fièvre [17], au vent [18] ou à la mer [19], car ces derniers n'entendent pas non plus, ou que l'ordre que Dieu adressa à la lumière, au firmament, au soleil, et aux étoiles, quand il leur ordonna d'être [20], car ces ils ne pouvaient pas l'entendre avant d'avoir une existence. Mais ces façons de parler ne sont pas impropres, parce qu'elles expriment le pouvoir de la parole de Dieu. Il n'est donc pas plus impropre de commander à la folie et à la maladie des lunatiques, en les appelant des diables, comme on les appelait à l'époque, de sortir du corps d'un homme. A la seconde, qui concerne leur être incorporel, je n'ai encore remarqué aucun passage de l'Ecriture d'où il ressort qu'un homme ait jamais été possédé par un autre esprit corporel que le sien, par lequel le corps est naturellement mu.

 

            Notre Sauveur, dit saint Matthieu en IV, 1, immédiatement après que le Saint-Esprit fut descendu sur lui sous la forme d'une colombe, fut conduit par l'esprit dans le désert [21], et la même chose est exposée en Luc, IV, 1, en ces termes : Jésus, étant rempli du Saint-Esprit, fut conduit dans l'esprit dans le désert [22]. Par là, il est évident que par esprit, il faut entendre le Saint-Esprit. Cela ne peut pas être interprété comme une possession, car le Christ et le Saint-Esprit ne sont qu'une seule et même substance, ce qui n'est pas la possession d'une substance, ou d'un corps, par une autre substance. En lisant les versets suivants, où il est dit que le Christ fut enlevé par le diable pour être amené dans la cité sainte et fut déposé sur un pinacle du temple [23], conclurons-nous de là qu'il était possédé par le diable ou emporté là par violence? De même, en lisant que le Christ fut emporté de là sur une montagne extrêmement haute par le diable qui lui montra de là tous les royaumes du monde [24], nous ne devons pas croire qu'il fut ou possédé ou forcé par le diable, ni qu'une montagne était assez haute (c'est le sens littéral) pour que le diable lui montrât un hémisphère entier. Quel peut être alors  le sens de ce passage, sinon qu'il alla de lui-même dans le désert, et que son transport en haut et en bas, du désert à la ville, et de là sur une montagne, fut une vision? La formule utilisée par saint Luc s'accorde aussi avec cela : il fut conduit dans le désert, dit-il, non par l'esprit, mais dans l'esprit, tandis que, pour son enlèvement sur la montagne et sur le pinacle du temple, il parle comme saint Matthieu, ce qui est adapté à la nature d'une vision.

 

            De même, quand saint Luc dit de Judas Iscariote que Satan entra en lui, et qu'alors il alla et s'entretint avec les principaux prêtres et les capitaines sur la façon dont il leur livrerait le Christ [25], on peut répondre que par l'entrée de Satan (c'est-à-dire l'ennemi) en lui, il faut entendre l'intention hostile et traîtresse de vendre son Seigneur et Maître; car, tout comme il faut fréquemment comprendre par Saint-Esprit les grâces et les bonnes inclinations données par le Saint-Esprit, par l'entrée de Satan, on peut entendre les mauvaises pensées et les mauvais desseins des adversaires du Christ et de ses disciples. En effet, de même qu'il est difficile de dire que le diable était entré en Judas avant qu'il n'eût ce dessein hostile, de même, il n'est pas pertinent de dire qu'il fut d'abord dans son coeur l'ennemi du Christ, et que le diable est entré en lui ensuite. Donc, l'entrée de Satan et la mauvaise intention n'étaient qu'une seule et même chose.

 

            Mais, peut-on à nouveau demander, s'il n'existe ni esprit immatériel, ni possession des corps humains par quelque esprit corporel, pourquoi notre Sauveur et ses apôtres ne l'ont-ils pas enseigné au peuple, et dans des paroles si claires qu'elles ne puissent plus permettre le doute à ce sujet? Mais de telles questions relèvent d'une curiosité qui n'est pas nécessaire au salut d'un Chrétien. Les hommes peuvent aussi bien demander pourquoi le Christ, qui pouvait donner à tous les hommes la foi, la piété, et toutes sortes de vertus morales, les a données seulement à certains, et pas à tous, et pourquoi il laissa la recherche des causes naturelles et des sciences à la raison naturelle et à l'industrie des hommes au lieu de révéler ces connaissances de façon surnaturelle à tous, ou à certains. Il existe de nombreuses pareilles questions; cependant on peut alléguer des raisons pieuses et vraisemblables. En effet, de même que Dieu, quand il conduisit les Israélites dans la terre promise, ne les mit pas en sécurité en soumettant toutes les nations qui se trouvaient autour, mais qu'il en laissa subsister plusieurs, comme des épines dans leurs côtés, pour réveiller de temps en temps leur piété et leur industrie, de même, notre Sauveur, en nous conduisant vers son royaume céleste, ne détruisit pas toutes les difficultés des questions naturelles, mais les laissa pour exercer notre industrie et notre raison, le but de sa prédication étant seulement de nous montrer le chemin clair et direct vers le salut, à savoir la croyance en cet article, qu'il était le Christ, le fils du Dieu vivant, envoyé dans le monde pour se sacrifier pour nos péchés, et, à son retour, pour régner glorieusement sur ses élus, et pour les sauver éternellement de leurs ennemis. L'opinion qu'il existe des possessions par des esprits ou phantasmes n'est pas un obstacle sur le chemin, quoique ce soit pour certains une occasion de sortir du chemin et de suivre leurs propres inventions. Si nous exigeons de l'Ecriture qu'elle rende compte de toutes les questions qui peuvent s'élever pour nous perturber dans l'exécution des commandements de Dieu, nous pouvons aussi bien nous plaindre de ce que Moïse n'ait pas consigné l'époque de la création de ces esprits aussi bien que celle de la création de la terre et de la mer, des hommes et des bêtes. Pour conclure, je trouve dans l'Ecriture qu'il y a des anges et des esprits, bons et mauvais; mais non qu'ils sont incorporels, comme sont les apparitions que les hommes voient dans les ténèbres, ou dans un rêve ou une vision, ce que les Latins appelaient spectra et qu'ils prenaient pour des démons. Et je trouve qu'il y a des esprits corporels, quoique subtils et invisibles, non que le corps humain était possédé ou habité par eux, et que les corps des saints seront tels, à savoir des corps spirituels, pour reprendre l'expression de saint Paul [26].

 

            Cependant, la doctrine contraire, à savoir qu'il existe des esprits incorporels, a jusqu'ici prévalu à un point tel dans l'Eglise que l'usage de l'exorcisme (c'est-à-dire le fait de chasser les diables par des conjurations) est bâtie sur elle, et quoique ces exorcismes soient rarement et timidement pratiqués, cette doctrine n'est pas encore totalement abandonnée. Qu'il y ait eu dans l'Eglise primitive de nombreux démoniaques, peu de fous, et d'autres maladies singulières semblables, tandis qu'à notre époque nous entendons parler (et voyons) de nombreux fous et peu de démoniaques, cela ne vient pas d'un changement de nature, mais d'un changement de noms. Mais comment se fait-il que jadis les apôtres, et après eux, pour un temps, les pasteurs de l'Eglise, guérissaient ces maladies singulières,  alors qu'on ne voit pas les pasteurs le faire aujourd'hui? Pourquoi n'est-il pas au pouvoir de chaque vrai croyant aujourd'hui de faire tout ce sur les fidèles faisaient alors, c'est-à-dire, comme nous le lisons en Marc, XVI, 17, au nom de Dieu, de chasser les diables, de parler de nouvelles langues, de ramasser des serpents, de boire des poisons mortels sans danger, et de guérir les malades en leur imposant les mains [27], et tout cela sans autres paroles que au nom de Jésus, c'est une autre question. Et il est probable que ces dons extraordinaires ne furent pas donnés à l'Eglise pour une période plus longue que celle où les hommes se fieraient totalement au Christ et rechercheraient leur félicité seulement dans son royaume à venir, et que, en conséquence, quand ils recherchèrent l'autorité et les richesses, et ne se fièrent qu'à leur propre subtilité pour [acquérir] un royaume ici-bas, ces dons surnaturels de Dieu leur furent repris.

 

            Un autre vestige du paganisme est le culte des images, qui ni ne fut institué par Moïse dans l'Ancien testament,  ou par le Christ dans le Nouveau Testament, ni ne fut emprunté aux Gentils, mais qui fut laissé parmi eux après qu'ils se furent convertis au Christ. Avant la prédication de notre Sauveur, c'était la religion répandue des Gentils d'adorer comme dieux les apparences qui demeurent dans le cerveau et qui viennent de l'impression des corps extérieurs sur les organes des sens, qui sont couramment appelées idées, idoles, phantasmes, conceptions, en tant qu'elles sont des représentations des corps extérieurs qui les causent, qui n'ont en elles-mêmes pas plus de réalité que les choses qui semblent se trouver devant nous dans un rêve. Et c'est la raison pour laquelle saint Paul dit : nous savons qu'une idole n'est rien [28]; non qu'il pensait qu'une image de métal, de pierre, ou de bois n'était rien, mais il voulait dire que la chose qu'ils honoraient ou craignaient dans l'image, et tenaient pour un dieu, n'était qu'une simple fiction, sans lieu, sans habitation, sans mouvement ou existence, sinon par les mouvements du cerveau. Et le culte de ces idoles avec les honneurs divins est ce que l'Ecriture appelle idolâtrie et rébellion contre Dieu; car Dieu étant le roi des Juifs, et Moïse, puis ensuite les grands prêtres étant ses lieutenants, si le peuple avait été autorisé à adorer et prier des images (qui sont les représentations de leur propre fantaisie), il n'aurait plus dépendu du vrai Dieu, auquel rien ne peut ressembler, ni de ses premiers ministres, Moïse et les grands prêtres; mais chacun se serait gouverné lui-même selon son propre appétit, jusqu'au complet renversement de la République, et les sujets se seraient détruits, faute d'union. C'est pourquoi la première loi de Dieu était qu'ils ne prennent pas pour dieux ALIENOS DEOS, c'est-à-dire les dieux des autres nations, mais le seul vrai Dieu, qui daignait s'entretenir avec Moïse, et qui leur donnait par lui des lois et des directives pour leur paix et pour les sauver de leurs ennemis. Et la seconde était qu'ils ne se fassent aucune image à adorer, de leur propre invention. En effet, c'est déposer un roi que de se soumettre à un autre roi, qu'il soit institué par une nation voisine ou par ses propres sujets.

 

            Les passages de l'Ecriture qu'on allègue pour soutenir la fabrication d'images à adorer, ou leur érection dans tous les endroits où l'on rend un culte à Dieu, portent, d'abord, sur deux exemples : celui des chérubins au-dessus de l'arche de Dieu, et celui du serpent d'airain. Deuxièmement, on allègue aussi certains textes qui nous commandent d'adorer certaines créatures à cause de leur relation à Dieu, comme adorer l'escabeau de ses pieds, et enfin certains autres textes qui autorisent [de rendre] un honneur religieux à des choses saintes. Mais, avant d'examiner la valeur de ces passages, pour prouver ce qu'on prétend, je dois d'abord expliquer ce qu'il faut entendre par rendre un culte, par images, et par idoles.

 

            J'ai déjà montré, au chapitre XX de ce traité, qu'honorer est estimer hautement la puissance [29] d'une personne, et que la valeur [ainsi accordée] est mesurée par la comparaison que nous faisons de cette personne avec les autres. Mais comme rien ne peut être, pour ce qui est du pouvoir, comparé à Dieu, nous ne l'honorons pas, mais nous l'outrageons [30] si nous lui accordons une valeur moins qu'infinie. Et ainsi, l'honneur est proprement, par sa nature, quelque chose de secret et d'intérieur au coeur. Mais les pensées extérieures des hommes, qui apparaissent extérieurement dans leurs paroles et leurs actions, sont les signes de l'honneur [qu'ils rendent] et on appelle ces signes CULTE [31], en latin CULTUS. Donc, prier quelqu'un, jurer par lui, lui obéir, être diligent et zélé en le servant, bref, toutes les paroles et les actions qui révèlent la crainte de l'offenser, ou le désir de lui plaire, constituent le culte, que ces paroles et actions soient sincères ou qu'elles soient feintes; et comme elles apparaissent comme le signe que nous honorons, on les appelle habituellement aussi honneur.

 

            Le culte que nous rendons à ceux que nous estimons n'être que des hommes, comme les rois et les hommes d'autorité, est le culte civil [32]; mais le culte que nous rendons à ce que nous jugeons être Dieu, quels que soient les paroles, les cérémonies, les gestes ou autres actions, est le culte divin [33]. Se prosterner devant un roi, pour celui qui pense qu'il n'est qu'un homme, n'est qu'un culte civil, et celui qui ôte son chapeau dans l'église, parce qu'il pense que c'est la maison de Dieu, rend un culte divin. Ceux qui cherchent cette distinction entre culte divin et culte civil, non dans l'intention de celui qui rend le culte, mais dans les mots douleia et latreia [34], se trompent. Car, il y a en effet deux sortes de serviteurs, ceux qui sont absolument au pouvoir de leurs maîtres, comme les esclaves pris à la guerre, et leurs descendants, dont les corps ne sont plus en leur propre pouvoir (leur vie dépendant de la volonté de leurs maîtres, de telle manière qu'ils la perdent à la moindre désobéissance), et qui sont achetés et vendus comme des bêtes, étaient appelés douloi [35], ce qui veut dire proprement esclaves, et leur service s'appelait douleia [36], et il y a les autres qui servaient volontairement pour des gages, ou dans l'espoir d'un avantage donné par leurs maîtres, et qui étaient appelés thètes [37], c'est-à-dire serviteurs domestiques, dont le service ne pouvait excéder ce qui était contenu dans les conventions faites entre eux. Ces deux sortes de serviteurs ont ceci en commun que leur travail leur est fixé par quelqu'un d'autre; et le mot latris [38] est le terme général qui désigne les deux, signifiant celui qui travaille pour un autre, qu'il soit esclave ou serviteur volontaire. Ainsi latreia [39] signifie généralement tout service, mais douleia [40] le service de ceux qui sont asservis, et la condition d'esclave. Les deux expressions sont utilisées indifféremment dans l'Ecriture [41], pour signifier notre service de Dieu : douleia [42], parce que nous sommes les esclaves de Dieu, et latreia [43], parce que nous le servons, et dans toutes sortes de service est contenu, non seulement l'obéissance, mais aussi le culte, c'est-à-dire des actions, gestes et paroles tels qu'ils expriment l'honneur.

 

            Une IMAGE, au sens le plus strict du mot, est la ressemblance avec quelque chose de visible [44]. En ce sens, les formes fantastiques, les apparitions ou semblants des corps que nous pouvons voir [45] ne sont que des images. C'est le cas de l'apparence d'un homme ou d'autre chose dans l'eau, par réflexion ou par réfraction, ou celle du soleil ou des étoiles par vision directe dans l'air, qui ne sont rien de réel dans les choses vues, ou dans le lieu ou elles semblent être, pas plus que leur grandeur et leur figure ne sont les mêmes que celles de l'objet : elles peuvent changer, par la variation des organes de la vue ou par des verres, et sont souvent présentes dans notre imagination, et dans nos rêves, quand l'objet est absent, et peuvent aussi changer de couleurs et de formes, en tant que ces choses ne dépendent que de la fantaisie. Et ce sont là les images qui sont originellement et le plus proprement appelées idées et IDOLES [46], termes dérivés de la langue des Grecs, où eidô [47] signifie voir. On les nomme aussi des PHANTASMES [48], ce qui signifie apparitions [49] dans la même langue. Et c'est de ces images que vient que l'une des facultés de la nature humaine est appelée imagination. De là, il est manifeste qu'on ne forme, et qu'on ne saurait former, aucune image d'une chose invisible.

 

            Il est aussi évident qu'il ne peut exister aucune image d'une chose infinie, car toutes les images et tous les phantasmes formés par l'impression des choses visibles ont une figure. Or, une figure est une quantité déterminée de tous côtés, et il ne peut donc exister aucune image de Dieu, ni de l'âme de l'homme, ni des esprits. Il n'existe que des images des corps visibles, c'est-à-dire des corps qui ont de la lumière en eux-mêmes, ou  des corps qui sont éclairés par ces derniers.

 

            Et de même qu'un homme peut imaginer des formes qu'il n'a jamais vues, composant une figure à partir des parties de diverses créatures, comme les poètes forment leurs centaures, leurs chimères, et d'autres monstres jamais vus, de même peut-il aussi donner une matière à ces formes, et les faire en bois, en argile ou en métal. Et on les appelle aussi des images, non à cause de leur ressemblance avec une chose corporelle, mais à cause de leur ressemblance avec certains habitants fantastiques du cerveau de celui qui les fabrique. Mais entre ces idoles, telles qu'elles sont originellement dans le cerveau, et telles qu'elles sont peintes, sculptées, pétries, ou fondues dans la matière, il existe une similitude de l'une avec l'autre, de telle façon que le corps matériel fait par l'art peut être dit être une image de l'idole fantastique faite par la nature.

 

            Mais dans un emploi plus large du mot image est aussi comprise n'importe quelle représentation d'une chose par une autre. Ainsi, un souverain terrestre peut être appelé l'image de Dieu, et un magistrat subordonné l'image d'un souverain terrestre. Et souvent, dans l'idolâtrie des Gentils, on tenait peu compte de la ressemblance entre l'idole matérielle et l'idole de la fantaisie, et pourtant, elle était appelée son image. En effet, une pierre non taillée avait été dressée pour Neptune, et diverses autres formes très différentes des formes de leurs dieux, selon leur conception. Et à ce jour, nous voyons de nombreuses images de la Vierge Marie, et d'autres saints, différentes les unes des autres, ne correspondant à la fantaisie de personne; et pourtant, elles servent assez bien la fin pour laquelle elles ont été érigées, tout comme, par de simples noms, nous nous représentons les personnes mentionnées dans une histoire, auxquelles chacun applique une image mentale de son propre cru, ou pas du tout d'image.  Et ainsi, une image, au sens le plus large, est soit ce qui ressemble à quelque objet visible, soit ce qui le représente, ou les deux ensemble, comme c'est le plus souvent le cas.

 

            Mais le nom d'idole prend un sens encore plus étendu dans l'Ecriture, pour signifier aussi le soleil, ou une étoile, ou quelque autre créature, visible ou invisible, quand ces idoles sont adorées comme des dieux.

 

            Ayant montré ce qu'est le culte et ce qu'est une image, je veux maintenant les relier et examiner  ce qu'est cette IDOLATRIE qui est interdite au second commandement, et dans d'autres passages de l'Ecriture.

 

            Rendre un culte à une image, c'est volontairement faire ces actes externes qui sont les signes qu'on honore soit la matière de l'image (du bois, de la pierre, du métal, ou quelque autre créature visible), soit le phantasme du cerveau à partir duquel, par ressemblance ou par représentation, la matière a été formée et dotée d'une figure, soit les deux réunis en un seul corps animé composé de la matière et du phantasme, comme d'un corps et d'une âme.

 

            Se découvrir devant un homme de pouvoir et d'autorité, ou devant le trône d'un prince, ou d'autres lieux qu'il a prévus à dessein en son absence, c'est rendre à cet homme, ou ce prince, un culte civil, en tant qu'il s'agit là du signe, non pas qu'on honore le siège ou le lieu, mais qu'on honore la personne, ce qui n'est pas de l'idolâtrie. Mais si celui qui fait cela supposait que l'âme du prince est dans le siège, ou s'il présentait une pétition au siège, ce serait un culte divin, et de l'idolâtrie.

 

            Prier un roi de faire les choses qu'il est capable de faire pour nous, même si nous nous prosternons devant lui, ce n'est là qu'un culte civil, parce que nous ne lui reconnaissons pas d'autre pouvoir qu'humain; mais le prier volontairement pour qu'il nous donne du beau temps, ou quelque autre chose que Dieu seul peut faire pour nous, c'est là un culte divin et de l'idolâtrie. D'un autre côté, si un roi contraint un homme à de telles choses par la terreur de la mort, ou par un autre grand châtiment corporel, ce n'est pas de l'idolâtrie, car le culte que le souverain ordonne de lui rendre par la terreur de ses lois n'est pas le signe que celui qui lui obéit l'honore intérieurement comme un dieu, c'est le signe qu'il désire échapper à la mort ou à une vie misérable; et ce qui n'est pas le signe d'un honneur intérieur n'est pas un culte, et n'est donc pas de l'idolâtrie. Et on ne peut pas dire non plus que celui qui fait cela fait honte à ses frères ou qu'il place devant eux une pierre d'achoppement, car, quelque sage et instruit que soit celui qui rend un culte de cette manière, un autre homme ne peut pas de là prouver que ce premier homme l'approuve, il ne peut prouver qu'une chose, c'est qu'il le fait par crainte, et que ce n'est pas son acte, mais l'acte de son souverain.

 

            Rendre un culte à Dieu en quelque endroit particulier, ou tourner son visage vers une image ou un lieu déterminé, ce n'est pas rendre un culte au lieu ou à l'image, ou les honorer, mais c'est reconnaître qu'ils sont saints, c'est-à-dire reconnaître que l'image ou le lieu ont été séparés de l'usage commun, car c'est là le sens du mot saint, qui n'implique aucune nouvelle qualité du lieu ou de l'image, mais seulement une nouvelle relation que s'est appropriée Dieu, et ce n'est donc pas de l'idolâtrie, pas plus que ce ne fut de l'idolâtrie de rendre un culte à Dieu devant le serpent d'airain, ou, pour les Juifs, quand ils étaient hors de leur propre pays, de tourner leurs visages vers le temple de Jérusalem pour prier; ou, pour Moïse, d'enlever ses chaussures quand il était devant le buisson ardent, le sol appartenant au Mont Sinaï, lieu que Dieu avait choisi pour y apparaître et pour donner ses lois au peuple d'Israël, et étant donc un sol saint, non par une sainteté inhérente au sol, mais parce que ce sol était réservé à l'usage de Dieu; ou, pour les Chrétiens, de rendre un culte dans les églises qui ont été jadis dédicacées solennellement à Dieu à cette intention, par l'autorité du roi ou d'un autre véritable représentant de l'Eglise. Mais rendre un culte à Dieu comme s'il animait ou habitait telle image ou tel lieu, c'est-à-dire rendre un culte à une substance infinie dans un lieu fini, c'est de l'idolâtrie, car ces dieux finis ne sont que des idoles du cerveau, rien de réel, et, dans l'Ecriture sont habituellement nommés vanité, mensonges et néant. De même, rendre un culte à Dieu, non comme s'il animait un lieu ou une image, ou y était présent, mais afin de se souvenir de lui, ou de certaines de ses oeuvres, quand le lieu ou l'image est dédicacé ou institué par une autorité privée, et non par l'autorité de ceux qui sont nos pasteurs souverains, c'est de l'idolâtrie. En effet, le commandement est : tu ne te feras pas d'image sculptée [50]. Dieu commanda à Moïse d'installer le serpent d'airain. Moïse ne le fabriqua pas pour lui-même, ce n'était donc pas contraire au commandement. Mais la fabrication du veau d'or par Aaron et le peuple, étant faite sans l'autorité divine, c'était de l'idolâtrie, non seulement parce qu'ils le considéraient comme Dieu, mais aussi parce qu'ils le firent pour un usage religieux, sans autorisation, que ce soit de Dieu leur souverain, ou de Moïse qui était son lieutenant.

 

            Les Gentils adoraient [51] comme dieux Jupiter et d'autres qui, pendant leur vie, étaient peut-être des hommes qui avaient accompli des actes glorieux, et ils adoraient comme enfants de Dieu divers hommes et femmes, les supposant les fruits de l'union d'une divinité immortelle et d'un homme mortel. C'était de l'idolâtrie, car ils se les étaient faits ainsi sans aucune autorité de Dieu, cette autorité n'étant [dans ce cas] présente ni dans sa loi éternelle de raison [52], ni dans sa volonté positive et révélée. Mais, quoique notre Sauveur soit un homme, que nous croyons être Dieu immortel et le Fils de Dieu, ce n'est cependant pas de l'idolâtrie, parce que nous ne construisons pas cette croyance sur notre propre fantaisie, notre propre jugement, mais sur la parole de Dieu révélée dans les Ecritures. Et pour ce qui est de l'adoration de l'Eucharistie, si les paroles du Christ ceci est mon corps [53] signifient que lui-même, et le soi-disant pain [54] dans sa main, et pas seulement ce pain, mais aussi tous les soi-disant morceaux de pain qui, depuis, ont été, et seront à l'avenir consacrés par des prêtres, sont autant de corps du Christ, formant cependant tous un seul corps, ce n'est pas alors de l'idolâtrie, parce que cette croyance est autorisée par notre Sauveur [55]. Mais si ce texte ne signifie pas cela (car n'existe aucune autre passage qui peut être allégué en faveur de cette interprétation), alors, comme c'est un culte d'institution humaine, c'est de l'idolâtrie. Il n'est en effet pas suffisant de dire que Dieu peut transubstantier le pain en corps du Christ [56], car les Gentils aussi considéraient Dieu comme tout-puissant, et ils pouvaient sur ce fondement tout aussi bien excuser leur idolâtrie en prétendant, aussi bien que les autres, qu'il y avait une transubstantiation de leur bois et de leur pierre en Dieu tout-puissant.

 

            Je pense que ceux qui prétendent que l'inspiration divine est l'entrée surnaturelle du Saint-Esprit dans un homme, et non une acquisition des grâces divines par l'enseignement et l'étude, se trouvent dans un dangereux dilemme : s'ils ne rendent pas un culte aux hommes qu'ils croient ainsi inspirés, ils tombent dans l'impiété, en tant qu'ils n'adorent pas la présence surnaturelle de Dieu. De même, s'ils leur rendent un culte, ils commettent l'idolâtrie, car les apôtres ne se seraient jamais permis d'être les objets d'un tel culte. Par conséquent, le chemin le plus sûr est de croire que, par la descente de la colombe sur les apôtres, par le souffle du Christ sur eux quand il leur donna le Saint-Esprit, par le don du Saint-Esprit par l'imposition des mains, il faut entendre les signes, qu'il a plu à Dieu d'utiliser, ou dont il a ordonné l'usage, de sa promesse d'assister ces personnes dans leur soin à prêcher son royaume, et dans leurs relations aux hommes, afin qu'elles ne soient pas scandaleuses aux yeux d'autrui, mais qu'elles les édifient.

 

            Outre le culte idolâtre des images, il existe aussi un culte scandaleux rendu à ces images, qui est aussi un péché, mais qui n'est pas de l'idolâtrie, car l'idolâtrie est un culte par des signes d'un honneur rendu intérieurement et réellement, mais le culte scandaleux n'est qu'un culte apparent qui peut être parfois lié au fait de détester intérieurement et sincèrement [57] l'idole ou le démon fantastique auxquels ce culte est consacré, et qui procède seulement de la crainte de la mort ou d'autres châtiments rigoureux. C'est néanmoins un péché chez ceux qui rendent ce culte au cas où ce sont des hommes dont les actions sont considérées par les autres comme des lumières pour les guider, parce ce que, suivant leur voie, les autres ne peuvent que trébucher et chuter sur le voie de la religion, alors que l'exemple de ceux auxquels nous ne faisons pas attention n'exerce aucune action sur nous, nous laisse à notre propre diligence et à notre propre prudence [58], et, en conséquence, n'est pas la cause de notre chute.

 

            Donc, si un pasteur légitimement appelé à enseigner et à diriger les autres, ou quelque autre de ceux dont on a une haute opinion quant au savoir, rend extérieurement honneur à une idole par crainte, à moins qu'il ne rende sa crainte et sa mauvaise volonté à rendre le culte aussi évidentes que le culte lui-même, il scandalise son frère en semblant approuver l'idolâtrie. En effet, son frère, tirant argument de l'action de son professeur, ou de ceux dont il estime que le savoir est grand, conclut que ce culte est légitime en lui-même. Et ce scandale est un péché, et un scandale donné [en exemple]. Mais si quelqu'un, n'étant ni pasteur, ni d'une réputation éminente en connaissance de la doctrine chrétienne, fait la même chose, et si un autre le suit, ce n'est pas un scandale donné [en exemple] (car cet autre n'avait aucune raison de suivre cet exemple), mais c'est un prétendu scandale qu'il prend de lui-même comme excuse devant les gens [59]. En effet, si un homme ignorant, au pouvoir d'un roi ou d'un Etat idolâtre reçoit l'ordre, sous peine de mort, d'adorer une idole, et déteste l'idole dans son coeur, il fait bien, mais il ferait mieux, s'il en avait le courage, de souffrir la mort plutôt que de rendre ce culte. Mais si un pasteur qui, en tant que messager du Christ, s'est chargé d'enseigner la doctrine du Christ à toutes les nations, faisait la même chose, ce ne serait pas seulement un scandale coupable [60] à l'égard des consciences des autres Chrétiens, mais aussi un abandon de poste déloyal.

 

            Voici le résumé de ce que j'ai dit jusqu'alors sur le culte des images  : celui qui adore, dans une image, ou en quelque créature, soit sa matière, soit quelque fantaisie de son propre cru qu'il pense résider en elle, soit les deux, ou qui croit que ces choses entendent ses prières, ou voient ses dévotions, sans oreilles et sans yeux, commet l'idolâtrie. Et celui qui feint de rendre un tel culte par peur du châtiment, s'il est un homme dont l'exemple a un pouvoir parmi ses frères, commet un péché. Mais celui qui adore le créateur du monde devant une telle image, ou dans un lieu qu'il n'a pas édifié ou qu'il n'a pas choisi par lui-même, mais qui vient du commandement de la parole de Dieu, comme le firent les Juifs en adorant Dieu devant les Chérubins, et devant le serpent d'airain pour un temps, et dans le temple de Jérusalem (ou le visage tourné vers ce temple), ce qui ne dura qu'un temps, celui-là ne commet pas d'idolâtrie.

 

            Maintenant, en ce qui concerne le culte des saints, des images et des reliques, et d'autres choses qu'on pratique aujourd'hui dans l'Eglise de Rome, je dis que ces choses ne sont pas permises par la parole de Dieu, et ne sont pas non plus introduites dans l'Eglise de Rome à partir de la doctrine qui y est enseignée. D'une part, on les a laissé subsister [61] en elle lors de la première conversion des Gentils, et par la suite, elles ont été approuvées, homologuées, et développées par les évêques de Rome [62].

 

            Pour ce qui est des preuves alléguées à partir de l'Ecriture, à savoir ces exemples d'images qui ont été érigées à la demande de Dieu, ces images ne furent pas érigées par le peuple ou par quelqu'un d'autre pour être adorées, mais pour que les Juifs pussent rendre leur culte à Dieu devant ces images, devant les Chérubins qui se trouvaient sur l'arche, et devant le serpent d'airain. En effet, on ne lit pas que le prêtre ou quelqu'un d'autre rendait un culte aux Chérubins. Au contraire, on lit, en 2. Rois, XVIII, 4 [63], qu'Ezéchias mit en pièces le serpent d'airain que Moïse avait érigé, parce que le peuple brûlait de l'encens pour lui [64]. D'ailleurs, ces exemples ne nous sont pas donnés pour que nous les imitions, pour que nous érigions aussi des images, sous prétexte d'adorer Dieu devant elles, car les paroles du second commandement tu ne te feras pas d'image sculptée [65] distinguent entre les images que Dieu a ordonné d'ériger et celles que nous érigeons pour nous-mêmes. Par conséquent, des Chérubins ou du serpent d'airain jusqu'aux images inventées par l'homme, et du culte ordonné par Dieu jusqu'au culte qui vient de la volonté des hommes, l'argument n'est pas bon. Il faut aussi considérer qu'Ezéchias mit en pièces le serpent d'Airain parce que les Juifs lui rendaient un culte, pour qu'ils ne pussent plus le faire. Les souverains chrétiens devraient aussi, de cette façon, abattre les images que leurs sujets ont coutume d'adorer, pour qu'il n'y ait plus d'occasion à une telle idolâtrie; car, de nos jours, le peuple ignorant, quand il adore des images, croit réellement qu'il y a un pouvoir divin en ces images, et comme leurs pasteurs disent à ces gens que certaines de ces images ont parlé, et ont saigné, ces gens comprennent que ces choses ont été faites par le saint, et ils pensent que ce saint est l'image elle-même, ou se trouve en elle. Les Israélites, quand ils adoraient le veau [d'or], pensaient rendre un culte au Dieu qui les avait sortis d'Egypte, et cependant c'était de l'idolâtrie parce qu'ils croyaient soit que le veau était ce Dieu, soit que ce veau avait Dieu en son sein. Et quoiqu'on puisse penser impossible qu'un peuple soit assez stupide pour croire que l'image est Dieu, ou un saint, ou pour l'adorer dans cette idée, le contraire est pourtant évident dans l'Ecriture, quand le veau d'or fut fabriqué et que le peuple dit : ce sont tes dieux, ô Israël [66] [67], et quand les images de Laban sont appelés ses dieux [68] [69]. Et nous voyons quotidiennement par expérience chez toutes sortes de gens, que les hommes qui ne se soucient de rien d'autre que de leur nourriture et de leur bien-être se satisfont de croire n'importe quelle absurdité, plutôt que de prendre la peine de l'examiner, tenant à leur foi comme si elle était un bien rendu inaliénable par substitution, qu'on ne pourrait aliéner que par une loi nouvelle et expresse [70].

 

            De certains autres passages, ceux [qui soutiennent le culte des images [71]] infèrent qu'il est légitime de peindre des anges, et aussi Dieu lui-même, par exemple à partir du passage où Dieu se promène dans le jardin [72] , ou du passage où Jacob voit Dieu en haut de l'échelle [73], ou à partir d'autres visions et rêves. Mais des visions et des rêves, qu'ils soient naturels ou surnaturels, ne sont que des phantasmes, et celui qui peint une image de l'un d'entre eux, ne fait pas une image de Dieu, mais de son propre phantasme, et c'est [là] fabriquer une idole. Je ne dis pas que tirer une image d'une fantaisie [74] soit un péché; mais une fois faite, la tenir pour une représentation de Dieu est contraire au second commandement, et elle ne peut être d'aucune utilité, sinon pour rendre un culte. Et on peut dire la même chose des images d'anges, et de défunts, à moins qu'il ne s'agisse de monuments dédiés à des amis ou à des hommes estimables, car un tel usage d'une image n'est pas l'adoration d'une image, mais un honneur civil rendu à une personne qui existait, non qui existe. Mais quand cet honneur est rendu à une image que nous faisons d'un saint, pour la seule raison que nous croyons qu'il entend nos prières, et qu'il apprécie cet honneur, alors qu'il est mort et qu'il n'a pas de sensations, nous lui attribuons un pouvoir plus qu'humain, et c'est donc de l'idolâtrie.

 

            Etant donné, donc que rien, ni dans la loi de Moïse, ni dans l'Evangile, n'autorise le culte religieux d'images ou d'autres représentations de Dieu que les hommes s'érigent pour eux-mêmes, ou le culte de l'image de créatures dans le ciel, sur la terre, sous la terre, et étant donné que les rois chrétiens, qui sont les représentants vivants de Dieu, n'ont pas à être adorés par leurs sujets, par un acte qui révèle qu'ils considèrent qu'il possède un pouvoir supérieur à celui dont la nature mortelle d'un homme est capable, on ne peut pas imaginer que le culte religieux actuellement en usage ait été introduit dans l'Eglise à cause d'une mauvaise compréhension de l'Ecriture. Il reste donc que ce culte a été laissé en l'Eglise parce que les images elles-mêmes n'ont pas été détruites lors de la conversion des Gentils qui les adoraient.

 

            La cause de cela était l'estime et le prix démesurés accordés à l'exécution de ces oeuvres, ce qui fit que leurs propriétaires, quoiqu'ayant abandonné par leur conversion le culte qu'ils leur avaient rendu comme à des démons, les conservèrent dans leurs maisons, sous prétexte de faire cela en l'honneur du Christ, de la Vierge Marie, des apôtres, et d'autres pasteurs de l'Eglise primitive. Il était en effet facile, en leur donnant de nouveaux noms, de faire une image de la Vierge Marie et de son fils notre Sauveur de ce qui, peut-être, avant, était appelé l'image de Vénus et de Cupidon, et, de la même façon, faire de Jupiter un Barnabé ou de Mercure un Paul, etc. Et comme l'ambition mondaine se glissa par degrés chez les pasteurs, elle les amena à s'efforcer de plaire aux nouveaux Chrétiens, et aussi à aimer cette sorte d'honneur qu'ils pouvaient aussi espérer après leur mort, aussi bien que ceux qui l'avaient déjà obtenu, le culte des images du Christ et de ses apôtres devint de plus en plus idolâtre, si ce n'est peu après l'époque de Constantin, où divers empereurs, évêques, et conciles généraux remarquèrent que ce culte était illégitime, et s'y opposèrent, mais trop tard et trop faiblement.

 

            La canonisation des saints est un autre vestige du paganisme : ce n'est ni une mauvaise compréhension de l'Ecriture, ni une nouvelle invention de l'Eglise de Rome, mais une coutume aussi ancienne que la République de Rome elle-même. Le premier qui fut canonisé à Rome fut Romulus, et cela d'après le récit de Julius Proclus, qui jura devant le Sénat qu'il lui avait parlé après sa mort, et que Romulus lui avait assuré qu'il résidait au ciel, était en ce lieu nommé Quirinus, et qu'il serait favorable à l'Etat de leur nouvelle cité. Là-dessus, le Sénat attesta publiquement de sa sainteté. Jules César et d'autres empereurs après lui bénéficièrent de la même attestation, c'est-à-dire furent canonisés comme saints; car une telle attestation est la CANONISATION, ce mot étant désormais défini, et c'est la même chose que l'apothèôsis [75] des païens.

 

            C'est aussi des Païens de Rome que les papes ont reçu le nom de PONTIFEX MAXIMUS [76] et son pouvoir. C'était le nom de celui qui, dans l'ancienne République de Rome, avait l'autorité suprême, sous le Sénat et le peuple, de régler toutes les cérémonies et doctrines concernant leur religion. Et quand César Auguste changea l'Etat en monarchie, il ne prit pour lui-même que cette fonction, et celle de tribun du peuple (c'est-à-dire le pouvoir suprême, aussi bien pour l'Etat que pour la religion); et les empereurs qui suivirent jouirent du même pouvoir. Mais à l'époque de l'empereur Constantin, qui fut le premier à s'affirmer Chrétien et à autoriser la religion chrétienne, il s'accordait avec sa profession de foi de faire régler les affaires religieuses, sous son autorité, par l'évêque de Rome; quoiqu'il ne semble pas que ces évêques aient dès cette époque reçu le nom de pontifex. Il semble plutôt que les évêques suivants prirent eux-mêmes cette dénomination pour justifier le pouvoir qu'ils exerçaient sur les évêques des provinces romaines. En effet, ce n'est pas un privilège de saint Pierre, mais le privilège de la cité de Rome, que les empereurs furent toujours prêts à soutenir, qui leur donna cette autorité sur les autres évêques, comme on peut le voir avec évidence par le fait que l'évêque de Constantinople, quand l'empereur fit de cette cité le siège de l'empire, prétendit être l'égal de l'évêque de Rome; quoique, finalement, non sans dispute, le pape l'emportât et devînt le Pontifex Maximus, mais seulement en vertu du droit de l'empereur, et non au-delà des frontières de l'empire, et il ne le fut plus nulle part quand l'empereur eut perdu son pouvoir à Rome, quoique ce fût le pape lui-même qui lui prît le pouvoir. De là, nous pouvons remarquer, en passant, qu'il n'est nullement question d'une supériorité du pape sur les autres évêques, excepté dans les territoires où il est lui-même le souverain civil, et là où l'empereur, ayant le pouvoir civil souverain, l'a expressément choisi comme le pasteur principal (sous lui) de ses sujets chrétiens.

 

            Porter des images en procession est un autre vestige de la religion des Grecs et des Romains, car eux aussi portaient leur idoles de lieu en lieu dans une sorte de chariot qui était spécialement consracré à cet usage, que les Latins appelaient thensa [77] ou vehiculum deorum; l'image étant placée dans un cadre, une châsse, que les Latins appelaient ferculum [78]. Et ce qu'ils appelaient pompa, c'est ce qu'on appelle aujourd'hui procession, et ainsi, parmi les honneurs divins qui étaient rendus à Jules César par le sénat, il y en avait un, celui de la pompe ou procession, lors des jeux circéens, où il devait avoir thensam et ferculum, un chariot sacré et une châsse, ce qui revenait à être porté ça et là [79] comme un Dieu, exactement comme, de nos jours, les papes sont portés par des Suisses sous un dais.

 

            Dans ces processions, on portait aussi des torches et des cierges allumés devant les images des dieux, autant chez les Grecs que chez les Romains. En effet, par la suite, les empereurs de Rome reçurent le même honneur, et on lit que Caligula, quand il fut élevé au titre d'empereur, fut porté de Misène à Rome, au milieu de la foule [qui se pressait], avec, sur les côtés de la route, des autels, des bêtes à sacrifier, et des torches allumées, et on lit que Caracalla fut reçu à Alexandrie avec de l'encens, des jets de fleurs et des dadoukhiai [80], c'est-à-dire avec des torches, car les dadoukhoï [81] étaient ceux qui, chez les Grecs, portaient des torches allumées dans les processions de leurs dieux. Et, au cours du temps, le peuple dévot mais ignorant honora souvent ses évêques par une pompe semblable de bougies, d'images de notre Sauveur et des saints dans l'église elle-même. Et ainsi apparut l'usage des bougies, qui fut également établi par des anciens conciles.

 

            Les païens avaient aussi leur aqua lustralis [82], c'est-à-dire leur eau bénite. L'Eglise de Rome les imite aussi par leurs jours saints. Ils avaient leurs Bacchanales, nous avons nos veilles [83], qui leur correspondent. Ils avaient leurs Saturnales, nous avons nos carnavals et la liberté des serviteurs lors du Mardi-Gras, ils avaient leurs processions de Priape, nous avons cette fête où nous allons chercher les mâts de mai, les érigeons [84] et dansons autour, danser étant une sorte de culte. Ils avaient les processions appelées ambarvalia [85], nous avons nos processions dans les champs lors de la semaine des rogations. Je ne crois pas que ce soient toutes les cérémonies qui ont subsisté dans l'Eglise depuis la première conversion des Gentils, mais ce sont les seules qui me reviennent à l'esprit pour l'instant. Et si on voulait bien remarquer ce qui nous est transmis par les livres d'histoires sur les rites religieux des Grecs et des Romains, je ne doute pas qu'on y trouverait encore davantage de ces vieilles bouteilles vides du paganisme que les docteurs de L'Eglise romaine, soit par négligence, soit par ambition, ont remplies avec le vin nouveau du Christianisme, ce qui ne manquera pas, avec le temps, de les faire éclater.

 

 

 

Traduction Philippe Folliot
 

 

Version téléchargée en novembre 2003.

 

 

 

 



[1]              "either in one direct line or in many lines, reflected from opaque, or refracted in the passage through diaphanous bodies" (NdT)

 

[2]              "imagination" (NdT)

 

[3]              G. Mairet traduit maladroitement "memory" par "mémoire", mot qui peut suggèrer une substantialisation des facultés, et qu'il est préférable d'éviter. (NdT)

 

[4]              Très mauvaise traduction de G. Mairet ("images produites par l'imagination"), qui tombe dans la fameuse substantialisation signalée dans la note précédente. (NdT)

 

[5]              "demonology" (NdT)

 

[6]              "a spur". (NdT)

 

[7]              "their doctrines of devils". 1.Timothée, IV, 1. (NdT)

 

[8]              En caractères grecs. (NdT)

 

[9]              "the falling-sickness" : mal caduc, épilepsie. (NdT)

 

[10]             "Car Jean est venu ne mangeant ni ne buvant, et ils disent: Il a un démon." (Darby) "For John came neither eating nor drinking, and they say, He hath a devil." (King James version) (NdT)

 

[11]             "Now we know thou hast a devil; Abraham is dead, and the prophets are dead." La King James version n'ajoute pas "are dead". (NdT)

 

[12]             Jean, VIII, 52 (Note de Hobbes)

 

[13]             "Thou hast a devil: who goeth about to kill thee". Conforme à la King James version. (NdT)

 

[14]             Luc, XXIV, 39 : "A spirit hath not flesh and bone". La King James version met le mot "bone" au pluriel. (NdT)

 

[15]             1. Corinthiens, XV, 44 : "We shall rise spiritual bodies". Exactement, la King James version dit : "It is sown a natural body; it is raised a spiritual body". (NdT)

 

[16]             "rebuked". C'est le verbe utilisé par la King James version. La vulgate utilise le verbe "imperare", ordonner, commander., la Septante se sert du verbe "epitimaô", qui signifie faire des reproches, mais aussi commander. (NdT)

 

[17]             Luc, IV, 39. (NdT)

 

[18]             Mathieu, VIII, 26 (NdT)

 

[19]             Matthieu, VIII, 26 (NdT)

 

[20]             Genèse. (NdT)

 

[21]             "led up by the Spirit into the wilderness". Conforme à la King James version. (NdT)

 

[22]             "Jesus being full of the Holy Ghost, was led in the Spirit into the wilderness". Conforme à la King James version. (NdT)

 

[23]             "to have been taken up by the devil into the holy city, and set upon a pinnacle of the temple" La King James version donne, en Luc, IV, 9 : "And he brought him to Jerusalem, and set him on a pinnacle of the temple". (NdT)

 

[24]             "carried thence by the devil into an exceeding high mountain, who showed him thence all the kingdoms of the world". (Luc, IV, 5). Dans la King James version, le verset est : "And the devil, taking him up into an high mountain, shewed unto him all the kingdoms of the world in a moment of time." (NdT)

 

[25]             "Satan entered into him, and thereupon that he went and communed with the chief priests, and captains, how he might betray Christ unto them". (Luc, XXII, 4). La king James version dit "he wen hisway". (NdT)

 

[26]             "And I find that there are spirits corporeal, though subtle and invisible; but not that any man's body was possessed or inhabited by them, and that the bodies of the saints shall be such, namely, spiritual bodies, as St. Paul calls them." (NdT)

 

[27]             "in Christ's name to cast out devils, to speak with new tongues, to take up serpents, to drink deadly poison without harm taking, and to cure the sick by the laying on of their hands". La King James version donne, aux versets 17 et 18 : "And these signs shall follow them that believe; In my name shall they cast out devils; they shall speak with new tongues; They shall take up serpents; and if they drink any deadly thing, it shall not hurt them; they shall lay hands on the sick, and they shall recover." (NdT)

 

[28]             "We know that an idol is nothing". Conformément à la Vulgate ("scimus quia nihil est idolum in mundo"), la King James version ajoute "in the world" (1. Corinthiens, VIII, 4). (NdT)

 

[29]             "the power". La traduction de F. Tricaud ("la valeur") n'est pas justifiée. (NdT)

 

[30]             J'emprunte cette bonne traduction de "but dishonour Him" à F. Tricaud. (NdT)

 

[31]             "worship". (NdT)

 

[32]             "civil worship". (NdT)

 

[33]             "divine worship". (NdT)

 

[34]             Les deux mots sont en caractères grecs. La "douleia" est l'esclavage, la servitude, l'état du "doulos", la "latreia" désigne le service de gens payés, et de façon plus générale le service (y compris celui d'un esclave) mais aussi le culte, le service des dieux. (NdT)

 

[35]             En caractères grecs : pluriel de doulos, esclave. (NdT)

 

[36]             En caractères grecs. Le mot est utilisé par exemple dans la Septante pour désigner la servitude des fils d'Israël en Egypte. (NdT)

 

[37]             En caractères grecs dans le texte. Le mot signifie "salariés". (NdT)

 

[38]             En caractères grecs dans le texte. Le mot signifie "serviteur". (NdT)

 

[39]             En caractères grecs dans le texte. (NdT)

 

[40]             En caractères grecs dans le texte. (NdT)

 

[41]             Les références de la Septante sont ici trop nombreuses pour que nous puissions les donner. (NdT)

 

[42]             En caractères grecs dans le texte. (NdT)

 

[43]             En caractères grecs dans le texte. (NdT)

 

[44]             "is the resemblance of something visible". (NdT)

 

[45]             "or seemings of visible bodies". J'emprunte à F. Tricaud sa traduction de "ssemings". (NdT)

 

[46]             "ideas and idols". (NdT)

 

[47]             En caractères grecs dans le texte. (NdT)

 

[48]             "phantasms". (NdT)

 

[49]             "apparitions". (NdT)

 

[50]             "Thou shalt not make to thyself any graven image" (Deutéronome, V, 8). On trouve aussi, dans la King James version "Thou shalt not make unto thee any graven image" en Exode, XX, 4 et "Ye shall make you no idols nor graven image" en Lévitique, XXVI, 1. (NdT)

 

[51]             J'utilise indifféremment "adorer" et "rendre un culte" pour traduire "to worship". (NdT)

 

[52]             " neither in His eternal law of reason". F. Tricaud Tricaud n'est pas fidèle en traduisant par "la loi éternelle" au lieu de "sa loi éternelle". Il faut bien sûr entendre : la loi éternelle de raison donnée aux hommes par Dieu. (NdT)

 

[53]             Matthieu, XXVI, 26, Marc, XIV, 22, Luc, XXII, 19, et 1.Corinthiens, XI, 24. (NdT)

 

[54]             the seeming bread". (NdT)

 

[55]             Concession simplement apparente, ce que montre bien l'utilisation de "seeming". (NdT)

 

[56]             "God can transubstantiate the bread into Christ's body". La traduction de F. Tricaud "dans le corps du Christ" étonne. (NdT)

 

[57]             "hearty" : F. Tricaud traduit "cordialement", ce qui est, sans être faux, est ambigu. (NdT)

 

[58]             "but leaves us to our own diligence and caution". (NdT)

 

[59]             "but is a pretence of scandal which he taketh of himself for an excuse before men". (NdT)

 

[60]             "it were not only a sinful scandal". (NdT)

 

[61]             Je reprends ici la traduction qui s'impose, celle de F. Tricaud. (NdT)

 

[62]             "and afterwards countenanced, and confirmed, and augmented by the bishops of Rome". (NdT)

 

[63]             "He removed the high places, and brake the images, and cut down the groves, and brake in pieces the brasen serpent that Moses had made: for unto those days the children of Israel did burn incense to it: and he called it Nehushtan." (King James version). "Il ôta les hauts lieux, et brisa les statues, et coupa les ashères, et mit en pièces le serpent d'airain que Moïse avait fait, car jusqu'à ces jours-là les fils d'Israël lui brûlaient de l'encens; et il l'appela: Nehushtan." (Darby)

 

[64]             "to it". La traduction de F. Tricaud ("devant lui") est un contresens. (NdT)

 

[65]             "Thou shalt not make to thyself any graven image" (Deutéronome, V, 8). On trouve aussi, dans la King James version "Thou shalt not make unto thee any graven image" en Exode, XX, 4 et "Ye shall make you no idols nor graven image" en Lévitique, XXVI, 1. (NdT)

 

[66]             Exode, XXXII, 2*. (Note de Hobbes) * : il s'agit en fait du verset 4. (NdT)

 

[67]             "These are thy gods, O Israel". On lit, au verset 4 de la King James version : "These be thy gods, O Israel". (NdT)

 

[68]             Genèse, XXXI, 30. (Note de Hobbes)

 

[69]             "And now, though thou wouldest needs be gone, because thou sore longedst after thy father's house, yet wherefore hast thou stolen my gods?" (King James version) "Et maintenant que tu t'en es allé, parce que tu languissais tant après la maison de ton père, pourquoi as-tu volé mes dieux?" (Darby)

 

[70]             "holding their faith as it were by entail unalienable, except by an express and new law.". (NdT)

 

[71]             Hobbes dit simplement "they". (NdT)

 

[72]             Genèse, III, 8 : "And they heard the voice of the LORD God walking in the garden in the cool of the day: and Adam and his wife hid themselves from the presence of the LORD God amongst the trees of the garden." (King James version) (NdT)

 

[73]             Genèse,XXVIII, 12,13 : "And he dreamed, and behold a ladder set up on the earth, and the top of it reached to heaven: and behold the angels of God ascending and descending on it. And, behold, the LORD stood above it, and said, I [am] the LORD God of Abraham thy father, and the God of Isaac: the land whereon thou liest, to thee will I give it, and to thy seed." (King James version) (NdT)

 

[74]             "to draw a picture after a fancy". (NdT)

 

[75]             En caractères grecs dans le texte. C'est l'apothèose, action d'élever au rang des dieux. (NdT)

 

[76]             Pontife le plus grand, souverain pontife. (NdT)

 

[77]             Ou tensa, char sacré utilisé pour promener les images des dieux lors des jeux du cirque. (NdT)

 

[78]             Sorte de brancard rigide, où l'on pouvait porter des dépouilles ou des objets sacrés, mais aussi des mets lors des fêtes. (NdT)

 

[79]             Exactement, "up and down" (en haut et en bas). (NdT)

 

[80]             En caractères grecs dans le texte : ports de torches. Le porteur de torches est le dadoukhos (employé juste après au pluriel). (NdT)

 

[81]             En caractères grecs dans le texte. Ce sont les porteurs de torches. (NdT)

 

[82]             Eau lustrale. (NdT)

 

[83]             Ou vigiles (wakes). (NdT)

 

[84]             G. Mairet passe à côté de l'essentiel en utilisant le verbe "dresser". G. Mairet, pour des raisons obscures, aura assez systématiquement évité de traduite littéralement le substantif "erection" et le verbe "to erect". (NdT)

 

[85]     Les Ambarvales, en l'honneur de Cérès. (NdT)