Réponse à un livre publié par le docteur Bramhall
Intitulé
La capture du Léviathan
Traduit de
l'anglais par Philippe Folliot
Professeur de
philosophie au Lycée Jehan Ango de Dieppe (2009)
An answer to a book published by Dr Bramhall
Late Bishop of Derry
Called
Catching of the Leviathan
Oeuvres complètes de Hobbes, Molesworth, Tome IV, Londres,1811
Œuvre intégrant
La capture du Léviathan
Dans tous mes écrits, et dans
cet écrit aussi, je me suis efforcé, autant que j’ai pu, d’être clair mais
votre attention est cependant nécessaire. Feu Monseigneur l’Évêque [1] de Derry a publié un livre intitulé La Capture du Léviathan, [2] dans lequel il a réuni diverses phrases qu’il a choisies dans mon Léviathan
où elles étaient clairement et solidement prouvées et où il les a
présentées sans leurs preuves et sans l’ordre qui faisait qu’elles dépendaient
les unes des autres. Il les a appelées athéisme, blasphème, impiété, subversion
de la religion et a utilisé d’autres termes de ce genre. La requête que je vous
adresse est de bien vouloir, quand il cite faussement mes paroles, consulter le
passage et voir si elles sont bien prouvées et comment il faut les comprendre.
Monseigneur l’Évêque aurait pu vous épargner cette peine s’il avait daigné
peser mes arguments devant vous et vous montrer mes conclusions. Son livre
contient deux chapitres, l’un sur la Religion, (282) l’autre sur la Politique.
Comme cet ouvrage ne propose même pas de réfutations des choses conclues dans
mon Léviathan, je n’ai pas eu besoin de répondre à l’un ou l’autre des
chapitres. Cependant, je réponds ici au premier parce que les termes athéisme,
impiété et autres termes semblables sont la plus grande diffamation
possible. Je l’aurais fait plus tôt si j’avais su plus tôt que ce livre
existait. Il l’a écrit il y a dix ans et, pourtant, je n’en avais jamais
entendu parler avant ces trois derniers mois. Si le temps vous manque pour
envisager les questions débattues entre nous ou si vous n’y prêtez pas intérêt,
je vous prie de ne pas me condamner sur le rapport de Monseigneur l’Évêque.
Juger et ne pas examiner n’est pas juste.
Adieu
T.
HOBBES
(283)
Réponse,
Etc.
QUE LES PRINCIPES DE HOBBES DETRUISENT LE CHRISTIANISME ET TOUTE RELIGION ;
J.D. [3] L’image de Dieu n’est pas à ce point souillée par la chute
de l’homme qu’il ne demeure pas certaines notions pratiques de Dieu et de la bonté
qui, quand l’esprit est affranchi des désirs inconstants [4] et des passions violentes, brillent aussi clairement dans
le cœur que les notions spéculatives dans l’esprit. [5] De là vient qu’il n’y eut jamais dans le monde entier
aucune nation assez barbare ou sauvage pour ne pas avoir de Dieu. Ceux qui
n’ont jamais porté aucun vêtement, qui n’ont jamais connu d’autres magistrats
que leur père, ont pourtant leur Dieu, leurs rites religieux [6] et leurs dévotions. De la vient que les plus grands
athées, lors d’un soudain danger, jettent involontairement les yeux vers le
ciel comme s’ils imploraient de l’aide ou qu’ils rampent pour se cacher dans un
trou quand le tonnerre gronde. [7] Et ceux qui savent qu’ils ont commis un crime qui est
demeuré secret, bien qu’ils soient suffisamment à l’abri de la justice des
hommes, sentent les coups invisibles d’une conscience coupable [8] et craignent la vengeance Divine. Thomas Hobbes lui-même
le reconnaît dans ses intervalles de lucidité. Afin de savoir quel culte la
raison naturelle prescrit de rendre à la divinité, commençons par ses
attributs. Où d’abord nous découvrirons évidemment (284) qu’il faut lui
attribuer l’existence. [9] A quoi il ajoute l’infinité, l’incompréhensibilité,
l’unité, l’ubiquité. Voilà pour les attributs. Pour ce qui est des actions,
Concernant les actions extérieures par lesquelles il faut rendre un culte à
Dieu, le précepte le plus général de la raison est qu’elles soient des signes
d’honneur qui comprennent les prières, les actions de grâces, les offrandes
et les sacrifices. [10]
T.H. [11] Jusqu’à présent, Monseigneur l’Evêque me disculpe de
l’accusation d’athéisme. Quel besoin a-t-il de dire que toutes les nations,
quelque barbares qu’elles soient, ont cependant leurs Dieux et leurs rites religieux
et que les athées s’effraient du tonnerre et sentent les coups invisibles de la
conscience ? Ce propos pourrait tout aussi bien convenir pour la
préface de n’importe lequel de ses discours. Je m’attends donc à ce que,
ensuite, on me dise que je renie la doctrine présentée ci-dessus.
J.D. Cependant, pour nous
faire voir comme il se contredit et ne parvient pas à se réconcilier avec
lui-même, faisant ailleurs le compte complet de toutes les lois de nature – et
il en trouve même une vingtaine – il n’a pas un mot qui concerne la religion ou
qui ait le moindre rapport du monde avec Dieu ; comme si l’homme était le
petit d’un âne sauvage, dans une contrée désertique, sans aucun propriétaire,
sans aucune obligation. Ainsi, en décrivant les lois de la nature, ce grand
clerc oublie le Dieu de la nature et les lois principales et essentielles de la
nature qui contiennent le devoir de l’homme envers son Dieu et la fin
principale de sa création.
T.H. Quand j’eus fini de
traiter des lois de nature qu’il mentionne, je jugeai qu’il serait bon, pour
terminer, de dire une fois pour toutes quelles étaient les lois de Dieu, quand
elles furent transmises par la parole de Dieu, de dire que, avant, n’étant
connues (285) que par la raison naturelle des hommes, elles n’étaient que des
théorèmes qui tendaient à la paix, qu’elles étaient incertaines, n’étant que
les conclusions d’hommes particuliers, et qu’elles n’étaient donc pas
véritablement des lois. De plus, dans mon De Cive, au chapitre IV, je
les ai antérieurement prouvées séparément, une par une, à partir des Ecritures,
ce que sait et a lu Monseigneur l’Evêque. C’était donc m’accuser injustement
que de dire que je n’avais pas écrit un mot qui concernât la religion ou qui
eût le moindre rapport du monde avec Dieu ; et cela pour la seule raison
que je n’ai pas ajouté pour chaque point cette mention : cette loi est
dans les Ecritures. Mais pourquoi il m’appelle (ironiquement) un grand
clerc, je ne peux le dire. Je suppose qu’il voudrait faire croire aux hommes
que je m’arroge tout le savoir d’un grand clerc, d’un évêque ou d’un autre
ministre subalterne. Un évêque instruit est un évêque qui peut interpréter
toutes les parties des Ecritures avec vérité et conformément à l’harmonie de
l’ensemble, qui a appris l’histoire et les lois de l’Eglise depuis l’époque des
apôtres jusqu’à la sienne, qui sait quelle est la nature d’une loi civile,
d’une loi divine, d’une loi naturelle et d’une loi positive, qui sait comment
gouverner tous les pasteurs des paroisses de son diocèse, de sorte qu’ils
puissent, tant par la doctrine que par l’exemple, garder le peuple dans la
croyance en tous les articles de foi nécessaires au salut et dans l’obéissance
aux lois du pays. C’est cela, un évêque instruit. Un pasteur instruit est celui
qui a appris comment on peut débarrasser les hommes de l’avarice, de l’orgueil,
de la sensualité, des blasphèmes, des principes de rébellion et de tous les
autres vices en leur faisant honte avec force et éloquence, autant par les
Ecritures que par la raison, qui peut terrifier les hommes et les détourner du
vice en leur présentant les châtiments prononcés contre les méchants (286) et
en déduisant rationnellement le mal qu’ils vont finalement recevoir. En un mot,
est un pasteur instruit celui qui peut prêcher des sermons comme ceux que Saint
Chrysostome prêchait aux Antiochiens quand il était prêtre dans cette cité.
Monseigneur l’Evêque pourrait-il trouver dans mon livre que je m’arroge
l’éloquence ou la sagesse de Saint Chrysostome ou la capacité de gouverner l’Eglise ?
C’est une chose de savoir ce qui doit être fait, une autre de savoir comment le
faire. Mais il a plu à Monseigneur l’Evêque d’user de toutes sortes d’artifices
pour me faire honte.
J.D. Peut-être dira-t-il
qu’il ne traite là des lois de nature que dans la mesure où elles peuvent
servir à la constitution ou l’établissement de la république. Admettons pour
l’instant. Il nous a inventé une république bien réglée qui n’est fondée ni sur
la religion envers Dieu, ni sur la justice envers l’homme mais qui se fonde
uniquement sur l’intérêt personnel et le souci personnel de la préservation.
Ces rayons de lumière céleste, ces germes naturels de religion que Dieu
lui-même a imprimés dans le cœur de l’homme sont plus efficaces pour la
préservation d’une société, si nous considérons la nature de la chose ou la
bénédiction de Dieu, que tous ses pactes, ses cessions [12] et ses transferts de pouvoir. [13] Celui qui désapprend aux hommes leur devoir envers Dieu
fait d’eux des serviteurs qui n’obéissent que quand le maître les
surveille [14] et aussi longtemps que leur intérêt les oblige à obéir,
mais il n’est pas le maître qui convient pour apprendre aux hommes la
conscience et la fidélité.
T.H. Il n’a pas encore trouvé
l’endroit où je contredis l’existence, l’infinité, l’incompréhensibilité,
l’unité ou l’ubiquité de Dieu. Je suis donc encore absous d’athéisme. Mais,
dit-il, je me contredis et ne puis me réconcilier avec moi-même, c’est-à-dire
(bien qu’il ne le dise pas ainsi) qu’il pense (287) que je suis un imbécile
sans mémoire. Je n’y peux rien mais mon manque de mémoire n’apparaît pas ici.
Monseigneur l’Evêque lui-même, quand il dit que « les rayons de lumière
céleste, les germes de religion que Dieu a imprimés dans le cœur de l’homme (il
faut entendre ici la raison naturelle) sont plus efficaces pour la préservation
de la société que tous les pactes, cessions, et transferts de
pouvoir, a oublié d’excepter l’ancien pacte des Juifs et le nouveau pacte
des Chrétiens. Mais, en lui pardonnant cela, espérait-il faire croire aux sages
que, quand, très récemment, cette nation fut une anarchie et une multitude
dissolue d’hommes qui faisaient ce que leur propre raison ou leur lumière
imprimée leur suggérait, ils firent appel, par la même lumière, au roi,
demandèrent le retour de la paix et le pardon pour ces fautes où les avait
entraînés leur illumination plutôt que par leur crainte d’un danger permanent
et l’espoir de leur préservation ?
J.D. Sans religion, les
sociétés sont comme des bulles de savon qui se dissolvent rapidement. Ce fut le
jugement d’un homme [15] aussi sage que Thomas Hobbes lui-même (mais peut-être ne
sera-t-il guère convaincu) que Rome devait sa grandeur à la religion plutôt
qu’à sa force ou à ses stratagèmes. Nous n’avons surpassé ni les Espagnols
par le nombre, ni les Gaulois par la force, ni les Carthaginois par l’habileté,
ni les Grecs par l’art, &c., mais nous avons triomphé de toutes les nations
par notre piété et notre religion. [16]
T.H. A cet endroit, Monseigneur l’Evêque ne s’est-il pas oublié de nouveau en approuvant la phrase de Cicéron qui rendait l’idolâtrie des Romains non seulement meilleure que celle des autres nations mais aussi meilleure que la religion des Juifs dont le Christ disait qu’il n’était pas venu détruire la loi mais l’accomplir ? (288) De même, quand il dit que les Romains triomphèrent des Juifs et des autres nations par leur piété alors qu’il est évident que les Romains envahirent le monde grâce à l’injustice et à la cruauté et que leurs victoires ne doivent pas être attribuées à la piété des Romains mais plutôt à l’impiété des Juifs et des autres nations. Mais quel est le sens de ce propos : « Cicéron fut un homme aussi sage que Thomas Hobbes lui-même, même s’il n’en sera pas convaincu » ? Etait-ce une partie de la controverse ? Non, il s’est donc écarté de son chemin. Dieu a promis d’assister les hommes bons dans leur chemin, non hors de leur chemin. Il n’est donc pas le moins du monde étonnant que Monseigneur l’Evêque ait été abandonné par la lumière que Dieu a imprimée dans le cœur des sauvages les plus primitifs.
J.D. Comptant au nombre des
lois la gratitude envers les hommes, il en fait le troisième
précepte de la loi de nature mais il garde un profond silence sur le
gratitude du genre humain envers son Créateur. Si les hommes étaient sortis de
la terre en une nuit comme des champignons ou des excroissances, sans aucun
sens de l’honneur, de la justice, sans conscience ni gratitude, il n’aurait pas
davantage avili la nature humaine.
T.H. Monseigneur l’Evêque révèle ici une ignorance de la méthode qui est nécessaire pour raisonner strictement et légitimement et pour expliquer la vérité dans une controverse. Non seulement, il révèle cela mais, de plus, il montre qu’il n’est pas capable de fixer son esprit sur ce qu’il lit dans les ouvrages d’autrui. Quand j’ai défini l’ingratitude universellement, il trouve que j’ai eu tort de ne pas mentionner l’ingratitude envers Dieu, comme s’il ne savait pas qu’un universel comprend tous les particuliers. Quand j’ai défini l’équité universellement, pourquoi ne m’a-t-il pas aussi blâmé de ne pas dire (289) ce qu’est l’équité en Dieu ? Faire preuve de gratitude envers l’homme, quand on reçoit un bienfait, c’est avouer ou montrer qu’on est content du bienfait que l’on reçoit. De même, faire preuve de gratitude envers Dieu, c’est reconnaître ses bienfaits. De même qu’il y a aussi, dans la gratitude envers les hommes, un désir de faire du bien en retour, de même, notre gratitude envers Dieu, pour rendre les bienfaits, va jusqu’à faire preuve de bonté à l’égard des ministres de Dieu, ce que j’ai reconnu en faisant des sacrifices une partie du culte naturel de Dieu et en admettant que ces sacrifices servent à nourrir les ministres de Dieu. Il apparaît donc que l’attention de l’Evêque, en lisant mes écrits, soit était faible en elle-même, soit était affaiblie par les préjugés.
J.D. Par cette indigne
omission ou [plutôt] prétérition du devoir principal de l’humanité, on pourrait
aisément « mesurer l’élévation » [17] de la religion de Thomas Hobbes. Mais il rend lui-même
obsolètes toutes les conjectures. Ses principes débordent d’une prodigieuse
impiété. C’est – dit-il – dans ces quatre choses [18] que consiste le germe naturel de la religion :
l’opinion sur les fantômes, l’ignorance des causes secondes, la dévotion envers
ce que l’on craint et le fait de prendre des choses fortuites pour des
présages. [19] Il attribue la culture et les progrès de ce germe à la
seule politique. La politique humaine et la politique divine ne sont que
de la politique. D’ailleurs, il écrit que la croyance de la plupart des
hommes en un Dieu invisible qui a créé toutes les choses visibles vient de la
conscience de leur propre faiblesse et de l’admiration des événements naturels. [20] Un peu après, il nous dit que la superstition provient
de la crainte sans la droite raison et que l’athéisme provient de l’opinion de
la raison [21] sans la crainte, faisant ainsi de l’athéisme
quelque chose de plus raisonnable que la superstition. Qu’est désormais devenu
(290) le culte divin que la raison naturelle rendait à Dieu, honorant son
existence, son infinité, son incompréhensibilité, son unité, son
ubiquité ? Qu’est devenu ce précepte de la raison, cette injonction sur les
prières, les actions de grâces, les oblations et les sacrifices si des
opinions incertaines, l’ignorance, la crainte, les erreurs, la conscience de
notre propre faiblesse sont les seuls germes de la religion ?
Il continue et dit que l’athéisme lui-même, bien qu’il soit
une opinion erronée, et donc un péché, doit être compté au nombre des péchés
d’imprudence ou d’ignorance. Il ajoute qu’un athée est puni non comme un sujet
est puni par son roi parce qu’il n’a pas observé les lois mais comme un ennemi
par un ennemi [22] parce qu’il ne veut pas accepter ces lois. La raison
[qu’il donne] est que l’athée n’a jamais soumis sa volonté à la volonté de Dieu
dont il n’a jamais reconnu l’existence. [23] Et il conclut que l’obligation qu’a l’homme d’obéir à Dieu
provient de sa faiblesse, (De Cive, XV.7 : vol.II p.336) : Manifestum
est obligationem ad prestandam ipsi (Deo) obedientiam, incumbere hominibus
propter imbecilitatem. [24] Premièrement, il est impossible qu’il y ait un péché de
simple ignorance ou de simple imprudence quand la chose est directement
contraire à la lumière de la raison naturelle. Les lois de nature n’ont pas
besoin d’une nouvelle promulgation car elles sont imprimées naturellement par
Dieu dans le cœur de l’homme. La loi de nature fut écrite dans nos cœurs par
le doigt de Dieu sans notre assentiment [25] ; ou, plutôt, la loi de nature est l’assentiment
lui-même. [26] Si donc la nature nous dicte qu’existe un Dieu et que ce
Dieu doit être adoré de telle ou telle manière, il n’est pas possible que
l’athéisme soit un péché de simple ignorance.
Deuxièmement, un sujet rebelle est encore un sujet (291) de
jure, même s’il n’est pas un sujet de facto, un sujet de droit mais
pas de fait ; et, ainsi, l’athée le plus maudit qui soit doit être le
sujet de droit de Dieu et doit être puni, non comme un ennemi juste mais comme
un traître déloyal. Thomas Hobbes le reconnaît lui-même : le quatrième
péché (c’est-à-dire le péché de ceux qui, ni en paroles, ni dans les faits,
ne confessent un unique Dieu, le suprême Roi des Rois) dans le royaume
naturel de Dieu est le crime de haute trahison car c’est la négation du pouvoir
Divin, c’est l’athéisme. [27] Un athée est donc un traître à Dieu, punissable comme un
sujet déloyal, non comme un ennemi.
Enfin, c’est une affirmation absurde et déshonorante que de
faire reposer notre obéissance à Dieu sur notre faiblesse - parce que nous n’y
pouvons rien – plutôt que sur notre gratitude, en tant que nous lui devons
notre existence et notre préservation. Qui plante une vigne et n’en mange
pas le fruit ? Qui nourrit un troupeau et ne boit pas le lait de ce
troupeau ? [28] Et, de même : Tu es digne, O Seigneur, de recevoir
la gloire, l’honneur et le pouvoir car tu as créé toutes choses et c’est par ta
volonté qu’elles existent et furent créées. [29] Mais il eût été meilleur, ou du moins moins grave, d’être
franchement un athée plutôt que de faire de Dieu ce qu’il en fait et de lui
imposer finalement la fonction du Diable, être la cause de tout péché.
T.H. Bien que cet Evêque, comme je l’ai dit, soit
faiblement attentif quand il lit et soit peu habile pour examiner un argument,
il connaît cependant les hommes et l’art de gagner leur assentiment en excitant
leurs passions sans troubler leurs jugements. Une règle de son art est de
donner au lecteur ce qu’il veut lui faire avaler, une partie séparée et sous la
forme d’annonces, qu’elles soient vraies ou fausses. Sachant que (292) les gens
non instruits, c’est-à-dire la plupart des hommes, se contentent de croire
plutôt que de se donner la peine d’examiner, il met donc un peu avant ces mots
dans la marge : T.H. ennemi de la religion. [30] Et, à cet endroit, avant de présenter une réfutation, il
dit que mes principes sont pleins d’une prodigieuse impiété. Et, au
paragraphe suivant, il met dans la marge que j’excuse l’athéisme. [31] Cette attitude n’est digne ni d’un évêque, ni d’un
Chrétien, ni d’un homme qui prétend à une bonne éducation. La crainte des
pouvoirs invisibles, qu’est-ce d’autre chez les peuples sauvages que la crainte
de quelque chose qu’ils pensent être un Dieu ? Quel pouvoir invisible la raison
d’un sauvage lui suggère-t-elle sinon ces phantasmes de son sommeil ou de sa
maladie que nous appelons fréquemment fantômes et que les sauvages pensent être
des dieux ; de sorte que la crainte d’un Dieu, bien qu’il ne s’agisse pas
du vrai seul Dieu, fut pour eux le début de la religion, tout comme la crainte
du vrai Dieu fut pour les Juifs et les Chrétiens le début de la sagesse.
L’ignorance des causes secondes les amena vers quelque cause première dont la
crainte fit naître la dévotion et le culte. L’ignorance de ce que ce pouvoir
pouvait faire les fit observer l’ordre de ce qu’il avait fait, cela afin de
deviner par le même ordre ce qu’il devait faire à un autre moment. C’étaient là
leurs pronostics. Quelle prodigieuse impiété y a-t-il là ? Comment réfute-t-il
cela ? Doit-on prendre ce que je dis pour de l’impiété sur sa simple
calomnie. J’ai dit que la superstition était de la crainte sans raison. La
crainte d’un faux Dieu ou d’un démon produit par la fantaisie [32] n’est-elle pas contraire à la droite raison ?
L’athéisme n’est-il pas une audace fondée sur un faux raisonnement, comme
celui-ci : les méchants prospèrent, il n’y a donc pas de Dieu ?
Il ne présente aucune preuve contre cela mais il dit seulement que je rends (293)
l’athéisme plus raisonnable que la superstition, ce qui n’est pas vrai car je
nie qu’il y ait de la raison chez l’athée ou chez le superstitieux. Et, parce
que l’athée pense qu’il a de la raison alors qu’il n’en a aucune, je pense
qu’il est le plus irrationnel des deux. Mais, pendant tout ce temps, il
n’argumente pas contre cela mais recherche uniquement ce que sont devenus mon
culte naturel de Dieu, son existence, son infinité, son incompréhensibilité,
son unité et son ubiquité. Comme si tout ce que la raison suggère devait être
suggéré d’un seul coup entièrement ! D’abord, tous les hommes, par nature,
avaient l’idée de l’existence de Dieu mais ils n’avaient pas aussi tôt une idée
de ses autres attributs, idée qui ne vient que par le raisonnement et par
degrés. Quant aux attributs du vrai Dieu, ils ne furent suggérés que par la
Parole écrite de Dieu. Comme je dis que l’athéisme est un péché d’ignorance, il
dit que je l’excuse. Le prophète David dit : l’insensé a dit dans son
coeur qu’il n’y avait pas de Dieu. [33] N’est-ce donc pas un péché de folie ? Il est convenu
entre nous que la droite raison dicte qu’il y a un Dieu. Ne s’ensuit-il pas que
la négation de Dieu est un péché qui provient d’un mauvais raisonnement ?
Si ce n’est pas un péché d’ignorance, il faut que ce soit un péché de
méchanceté. Un homme peut-il être méchant envers ce qu’il croit ne pas
exister ? Mais peut-être pense-t-on qu’il y a un Dieu en le niant pourtant
par méchanceté. Celui qui pense qu’il y a un Dieu n’est pas athée et, ainsi, la
question devient celle-ci : un homme qui pense qu’il y a un Dieu ose-t-il
délibérément le nier ? Pour ma part, je ne le pense pas. En effet, sur
quelle assurance un homme oserait-il – je dis bien délibérément – s’opposer à
l’Omnipotent ? David dit de lui-même : il s’en est fallu de peu
que mes pas n’aient glissé quand j’ai vu la prospérité des méchants. [34] Il est donc probable que les pieds des hommes moins saints
glissent plus souvent. Mais je pense qu’aucun homme vivant (294) n’est assez
hardi pour soutenir une telle opinion sans être pris par la passion. Ces
méchants hommes qui, pendant longtemps, ont agi avec tant de succès dans
l’horrible rébellion récente ont peut-être pu faire croire à certains qu’ils
étaient des athées constants et résolus mais je pense qu’ils avaient oublié
Dieu plutôt que de croire qu’il n’y en avait aucun. Celui qui croit qu’existe
un tel athée s’approche un peu trop près de l’opinion elle-même. Quoi qu’il en
soit, si des paroles proférées dans la passion signifient une négation de Dieu,
aucun châtiment déjà décrété par la loi ne peut être assez sévère pour une
telle insolence parce qu’il est impossible de vivre dans une république avec
des hommes aux serments desquels nous ne pouvons raisonnablement accorder
crédit. Sur ce que j’ai dit – qu’un athée est puni par Dieu non comme un
sujet par son roi mais comme un ennemi – et sur mon argument – que c’est parce
qu’il ne s’est jamais reconnu comme sujet de Dieu – il objecte que, si la
nature dicte qu’il y a un Dieu et qu’il doit être adoré de telle ou telle
manière, alors l’athéisme n’est pas un péché de simple ignorance ; comme
si lui ou moi soutenions que la nature dicte la manière dont il faut adorer
Dieu, dicte les articles de notre credo et dit s’il faut rendre le culte avec ou
sans surplis. En second lieu, il répond en disant qu’un rebelle est encore un
sujet de jure, même s’il n’est pas sujet de facto et je le lui
accorde. Mais, bien que le roi ne perde rien de son droit par l’acte du
traître, le traître perd cependant le privilège d’être puni par une loi
antérieure, et il peut être puni selon la volonté du roi, comme Ravaillac le
fut pour le meurtre d’Henri IV de France. Un ennemi reconnu et un traître
perfide sont tous les deux des ennemis. Sa Seigneurie n’a-t-elle pas lu dans l’histoire
romaine comment Persée fut puni et comment on avait coutume de punir les autres
ennemis reconnus de l’Etat ? Mais que cela est frivole par rapport à
l’accusation d’excuser l’athéisme ! (295) Dans le septième
paragraphe du chapitre XV de mon livre De Cive, il trouve des mots en
latin qu’il cite à cet endroit. [35] Et, dans le même sens, j’ai dit dans mon Léviathan
que le droit de nature par lequel Dieu règne sur les hommes ne dérive pas du
fait qu’il les a créés, comme s’il exigeait l’obéissance par gratitude, mais
dérive de son pouvoir irrésistible. [36] Ce qui, dit-il, est absurde et déshonorant, alors que tout
pouvoir est honorable et que le plus grand pouvoir est le plus honorable.
N’est-ce pas une plus noble possession pour un roi de tenir son royaume et le
droit de punir ceux qui transgressent ses lois de son pouvoir plutôt que de la
gratitude ou du don des transgresseurs. Il n’y a donc ici rien de déshonorant
pour Dieu Tout-Puissant. Mais voyez la subtilité de sa critique. Il a vu qu’il
ne pourrait pas capturer le Léviathan à cet endroit, il fouille dans mon
livre De Cive, qui est en latin, pour voir ce qu’il pourrait y pêcher et
il dit que je fais dépendre notre obéissance à Dieu de notre faiblesse ;
comme si ces mots signifiaient la dépendance et non la nécessité
de notre soumission et comme si les mots incumbere et dependere
voulaient dire la même chose !
J.D. Le Dieu de Thomas Hobbes n’est ni le Dieu des Chrétiens, ni le Dieu d’hommes ayant une raison. Notre Dieu est partout et, étant donné qu’il n’a pas de parties, il doit être entièrement ici, entièrement là et entièrement partout. La nature dicte cela elle-même. On ne peut dire honorablement de Dieu qu’il est en un lieu car rien ne peut occuper un lieu qui ne reçoive de tous côtés des bornes de sa grandeur. [37] Mais le Dieu de Thomas Hobbes n’est pas entièrement partout. Personne ne peut concevoir que quelque chose soit tout entier en ce lieu et tout entier en un autre lieu en même temps car aucune de ces choses n'a jamais été ou ne peut être présente aux sens. [38] Jusque-là, bien, si, par (296) concevoir, il entend comprendre ; mais suit alors ceci : Ce sont des paroles absurdes, adoptées sans qu'elles aient un sens sur la foi de philosophes trompés et de Scolastiques trompés ou trompeurs. [39] Il nie ainsi l’ubiquité de Dieu. Etre en un lieu de manière circonscriptive, définitive et réplétive, [40] c’est là du langage de païen selon lui.
T.H. Bien que je croie en l’omnipotence de Dieu et que je croie qu’il peut faire ce qu’il veut, je n’ose cependant dire comment toute chose est faite parce que je ne peux ni concevoir, ni comprendre la substance Divine et la façon dont elle opère ; et je pense qu’il est impie de dire de Dieu quelque chose qui sortirait de mon esprit [41] ou qui s’appuierait sur l’autorité des philosophes ou des Scolastiques sans garantie des Ecritures. Et ce que je dis de l’omnipotence, je le dis aussi de l’ubiquité. Mais Monseigneur est plus hardi que moi dans ce passage où il dit que Dieu est entièrement ici, entièrement là et entièrement partout parce qu’il n’a pas de parties. Je ne peux ni comprendre, ni concevoir cela. En effet, il me semble que cela implique que le monde entier soit en Dieu entier et en toute partie de Dieu. Je ne peux non plus concevoir comment quelque chose peut être dit entier et ne pas avoir de parties. Je ne trouve rien de cela dans les Ecritures. Si j’y trouvais une telle chose, je pourrais y croire et, si je trouvais cette idée dans la doctrine publique de l’Eglise, je pourrais facilement m’abstenir de la contredire. Les Scolastiques disent aussi que l’âme de l’homme (il faut entendre son âme supérieure qu’ils appellent l’âme rationnelle) est aussi entièrement dans l’homme entier et entièrement en toute partie de l’homme. Cela revient à faire de l’âme humaine par rapport au corps la même chose que Dieu par rapport au monde. Ce sont là (297) ceux que Monseigneur appelle les hommes rationnels, et certains d’entre eux, qui applaudissent cette doctrine, voudraient voir la haute cour du parlement confirmer de telles doctrines par une loi. Je dis dans mon Léviathan que ce n’est pas donner un attribut honorable à Dieu que de dire qu’il est en un lieu parce que l’infini n’est pas confiné en un lieu. Il réplique à cela que le Dieu de Thomas Hobbes n’est pas entièrement partout. Je reconnais la conséquence car, en anglais, je comprends que celui dit qu’une chose est toute ici veut dire que ni toute la chose, ni une partie de la chose n’est ailleurs. Il dit plus loin que je considère comme un langage de païen le fait de dire qu’une chose est en un lieu de manière circonscriptive, définitive ou réplétive. Vraiment, si la dispute venait à la barre, je ne serais pas loin d’implorer l’assistance de la cour, de peur qu’on me joue quelque tour dans cette obscurité. En effet, bien que je sache ce que ces mots latins signifient séparément, je ne comprends pourtant pas comment une chose est en un lieu définitivement et non circonscriptivement car définitivement vient de definio qui signifie fixer des limites. Et donc, on est en un lieu définitivement quand les limites du lieu sont tracées de tous côtés. Mais une chose est en un lieu circonscriptivement quand les limites sont tracées tout autour. Etre en un lieu réplétivement, c’est remplir le lieu. Qui ne voit pas que cette distinction n’est que jargon et supercherie ? Celui qui appellera cela une pieuse supercherie [42] devra prouver la piété aussi clairement que j’ai ici expliqué la supercherie. En outre, aucune supercherie ne peut être pieuse de la part de quelqu’un sinon de celui qui a un légitime droit de gouverner celui qu’il trompe. Qui l’Evêque prétend gouverner, je ne saurais le dire. De plus, sa Seigneurie devrait avoir songé au fait que tout Evêque fait partie du grand conseil (298) et que le Roi leur a confié la tâche de donner leur avis aux Lords temporels pour faire de bonnes lois civiles et ecclésiastiques et non pour leur présenter ces doctrines obscures comme si, parce qu’ils ne sont pas versés en théologie scolastique, ils n’avaient absolument aucun savoir ni ne comprenaient la langue anglaise. Pourquoi les théologiens d’Angleterre se sont-ils battus dans le passé pour avoir une traduction anglaise de la Bible s’ils entendaient s’en réserver la lecture ? Si un laïc est publiquement encouragé à chercher son salut personnel dans les Ecritures, pourquoi un théologien lui imposerait-il une interprétation bizarre ? A moins qu’il ne veuille, en le faisant se damner par cette erreur, être damné à sa place ?
J.D. Notre Dieu est immuable, sans aucune ombre de changement [43] et toutes les choses lui sont présentes ; rien n’est passé, rien n’est à venir. Mais le Dieu de Thomas Hobbes se mesure par le temps, perdant les choses passées et acquérant les choses qui arrivent à chaque instant. Autant dire que notre Dieu est infini et que son Dieu est fini car, à ce qui est effectivement infini, rien ne peut être ajouté, temps ou parties. Ecoutez-le : Je ne comprends en quoi c’est porter atteinte à la perfection Divine que de lui attribuer la potentialité, c’est-à-dire, en anglais, le pouvoir [44] (si peu comprend-il ce qu’est la potentialité) et la durée successive. [45] Et il nous accuse, comme s’il s’agissait d’une faute, de ne pas vouloir que l’éternité soit une succession de temps sans fin. [46] Comment ! Une durée successive et une succession de temps sans fin en Dieu ! Alors, Dieu n’est pas infini! Alors, Dieu est plus vieux aujourd’hui qu’hier ! Assez de blasphèmes ! Précédemment, il détruisait l’ubiquité de Dieu et, maintenant, il détruit son éternité.
T.H. J’omettrai désormais ses calomnies préliminaires, impertinentes et inciviles. La chose qu’il prétend prouver est celle-ci : que c’est porter atteinte au pouvoir Divin que de lui attribuer une potentialité (c’est-à-dire, en anglais, un pouvoir [47]) et une durée successive. L’une de ses raisons est que Dieu est infini et que rien ne peut être ajouté à l’infini, ni temps ni parties. C’est vrai et c’est pourquoi je dis que Dieu est infini et éternel, sans commencement ni fin, aussi bien dans le temps que dans l’espace ; ce qu’il n’a pas réfuté mais a confirmé. Il nie que la potentialité et le pouvoir soient tout un et il dit que je comprends peu ce qu’est la potentialité. Il devrait donc dans ce passage avoir défini la potentialité car je comprends que ce doit être la même chose que potentia qui veut dire en anglais pouvoir. Ce mot potentialité ne se trouve ni dans les Ecritures, ni chez les auteurs latins. On ne le trouve que dans la théologie scolastique comme un terme technique ou plutôt un terme de métier [48] pour ébahir et rendre perplexes les profanes. A peine l’avais-je lu que je l’ai interprété. Ensuite, il dit, en, s’étonnant : Comment ! Une succession de temps sans fin en Dieu ! Pourquoi pas ? La miséricorde de Dieu dure à jamais [49] et il est certain que Dieu dure aussi longtemps que sa miséricorde. Il y a donc une durée en Dieu et par conséquent une succession de temps sans fin. Dieu qui, à plusieurs reprises et de diverses manières, a parlé dans le temps passé, &c. [50] Mais, dans un débat antérieur que nous avons eu sur le libre arbitre [51], il avait défini l’éternité comme un nunc stans, c’est-à-dire un maintenant toujours permanent ou un instant éternel. Il se juge tenu par l’honneur de défendre cette thèse. Quelle âme raisonnable peut digérer une telle chose ? Nous lisons dans les Ecritures que mille ans sont pour Dieu comme le jour d’hier. [52] Et (300) pourquoi ? Parce qu’il voit la fin de mille ans aussi clairement que la fin d’un jour. Mais Sa Seigneurie affirme que mille ans et un jour ne sont qu’un instant, le même maintenant demeurant ou éternité. S’il avait montré un texte saint en faveur de cette doctrine ou un texte du livre des Prières Publiques [53] (Les Ecritures et le livre des Prières Publiques contiennent toute notre religion) je me serais incliné devant lui mais la théologie scolastique, j’estime qu’elle ne vaut rien ou du moins pas grand chose. Bien que, en cela, il contredise aussi les Scolastiques qui disent que l’âme est éternelle seulement a parte post mais que Dieu est à la fois a parte post et a parte ante. [54] Ainsi, il y a des parties dans l’éternité et l’éternité étant, comme Monseigneur l’Evêque le dit, la substance Divine, la substance Divine a des parties et le nunc stans a des parties. Ce sont là des ténèbres. Je dis que c’est là le royaume des ténèbres [55] et je tiens ceux qui enseignent cette doctrine (spécialement cette idée que Dieu, qui n’est pas seulement optimus mais est aussi maximus [56] n’est pas si grand qu’il ne puisse être contenu dans le plus petit atome de terre ou dans tout autre corps et que toute sa durée n’est qu’un instant du temps) pour des grossiers ignorants ou des trompeurs impies.
J.D. Notre Dieu est une essence parfaite, pure, simple, indivisible, infinie, libre de toute composition de matière et de forme, de substance et d’accidents. Toute matière est finie et celui qui agit par son essence infinie n’a besoin ni d’organes, ni de facultés (donc, pas de pouvoir, notez cela [57]), ni d’accidents pour le rendre plus complet. Mais le Dieu de Thomas Hobbes est un Dieu divisible, un Dieu composé, qui a de la matière, des qualités ou des accidents. Ecoutez-le. J’argumente ainsi [58] : La substance divine est indivisible mais l’éternité est la substance divine. La majeure est évidente (301) parce que Dieu est actus simplicissimus. La mineure est reconnue par tous les hommes, que tout ce qui est attribué à Dieu est Dieu. Maintenant, écoutez sa réponse [59] : la majeure est si loin d’être évidente que actus simplicissimus ne signifie rien. La mineure est dite par certains hommes mais personne n’y croit ; ce que l’on pense, on le comprend. La majeure était que la substance Divine est indivisible. Est-ce loin d’être évident ? Elle est soit indivisible, soit divisible. Si elle n’est pas indivisible, elle est alors divisible, elle est alors matérielle, elle est alors corporelle, elle a alors des parties, elle est alors finie, de son propre aveu. Habere partes, aut esse totum aliquid, sunt attribura finitorum. [60] Après cette remarque stupide, il m’accuse de dire que Dieu n’est pas juste mais la justice même, qu’il n’est pas éternel mais l’éternité même, et il affirme que dire cela de Dieu, c’est proférer des paroles inconvenantes. Et il croit me faire une grande courtoisie en n’ajoutant pas blasphématoires et athées. Mais ses flèches sont si vite tirées, ses raisons sont de si vaines imaginations et de telles rêveries qu’aucun homme sensé [61] ne peut vraiment prêter attention à tout cela. Ainsi, il a déjà détruit l’ubiquité, l’éternité et la simplicité de Dieu. J’aurais souhaité qu’il revînt en lui-même et réfléchît avant de se jeter comme un désespéré sur ces rochers.
T.H. Dieu est en vérité une substance parfaite, pure, simple et infinie et son nom est incommunicable, c’est-à-dire qu’il n’est pas divisible en tel ou tel Dieu individuel comme le nom d’homme est divisible en Pierre et Jean. Dieu est donc individuel, mot qui, chez les Grecs, est exprimé par le mot indivisible. Certains hérétiques de l’Eglise primitive, parce que le singulier et l’individuel sont appelés des particuliers, soutenaient que le Christ était un Dieu particulier, différant en nombre de Dieu le Père. Ce fut cette doctrine qui fut condamnée au premier concile de Nicée [64] par cette formule « Dieu n’a pas de parties [65] ». Et pourtant, de nombreux Pères [66] latins, en expliquant le credo de Nicée [67], ont expliqué le mot consubstantiel par la communauté de nature que différentes espèces ont dans leur genre et différents individus dans leur espèce, comme si Pierre et Jean étaient consubstantiels parce qu’ils s’accordent en une unique nature humaine ; ce qui est contraire, je le reconnais, à ce que voulaient signifier les Pères de Nicée. Mais que, dans une substance infiniment grande, il soit impossible de considérer quelque chose comme non infini, je ne le vois pas condamné à cet endroit. En effet, certainement, celui qui pense que Dieu est en chaque partie de l’Eglise ne l’exclut pas du terrain qui entoure une église. N’est-ce pas là le considérer par ses parties ? Car diviser une chose que (303) nous ne pouvons atteindre et où nous ne pouvons séparer une partie d’une autre n’est rien d’autre que la considérer par parties. Mais en voilà assez sur l’indivisibilité du point de vue de la raison naturelle. Je ne pousserai pas plus loin cette manière de faire et je me fierai uniquement aux Ecritures. Les Ecritures ne disent nulle part que Dieu est indivisible, à moins que Sa Seigneurie ne veuille dire que la division consiste seulement en une séparation de parties, ce que je ne pense pas. D’ailleurs, Saint Paul dit (1.Cor.i.13) : Le Christ est-il divisé ? Non que certains disciples de Paul, d’Apollos et de Céphas aient suivi une partie du Christ et d’autres une autre partie mais, ayant une idée différente de sa nature, ils faisaient comme s’il avait différentes natures. Deuxièmement, Sa Seigneurie expose de manière peu savante la simplicité comme le fait de ne pas être composé de matière et de forme, de substance et d’accidents car rien ne peut être ainsi composé. La matière d’une chaise est le bois. Sa forme est la configuration qu’elle a, adaptée à l’usage prévu. Sa Seigneurie pense-t-elle que la chaise est composée du bois et de la configuration ? Un homme est rationnel. S’ensuit-il que la raison soit une partie de l’homme ? C’est Aristote qui l’a trompé, qui lui a dit que l’homme se définit comme une créature vivante rationnelle et que la définition d’un homme est son essence. Et donc, l’Evêque et les autres Scolastiques, du fait que le mot rationnel est une partie de la proposition l’homme est une créature vivante rationnelle, en concluent que l’essence de l’homme est une partie de l’homme et qu’un homme rationnel est la même chose qu’une âme rationnelle. Je m’étonnerais qu’un homme, et qui plus est un docteur en théologie, puisse être aussi grossièrement trompé si je ne savais que la plupart des hommes emploient naturellement les mots de leurs maîtres qu’ils ont appris par cœur sans avoir aucune idée des (304) choses que ces mots signifient. Enfin, il appelle Dieu une essence. S’il entend par essence la même chose que ens, to on [68], je l’approuve. Sinon, qi’est-ce que l’essence ? Ce mot ne figure pas dans l’Ancien Testament. La langue hébraïque, qui n’a aucun mot qui corresponde à la copule est, ne l’admet pas. Le Nouveau Testament a le mot ousia [69], jamais au sens d’essence ou de substance mais employé seulement pour désigner les richesses. J’en viens maintenant à son argument de mode et de forme qui est celui-ci : la substance Divine est indivisible. C’est la majeure. L’Eternité est la substance Divine. C’est la mineure. Ergo, la substance Divine est indivisible. [70] La majeure, dit-il, est évidente parce que Dieu est actus simplicissimus. La mineure, dit-il, est reconnue par tous les hommes parce que tout ce qui est attribué à Dieu est Dieu. A cela, j’ai répondu que la majeure est si loin d’être évidente que actus simplicissimus ne signifie rien et que la mineure n’est comprise par personne. D’abord, dans la majeure, qu’est qu’actus ? Comprend-on actus comme une substance, c’est-à-dire une chose qui subsiste par elle-même ? En langue anglaise, actus n’est-il pas soit un acte, soit une action, soit rien ? Ou l’une de ces choses est-elle une substance ? Si cela est évident, pourquoi n’a-t-il pas expliqué actus par une définition ? Et, pour ce qui est de la mineure, bien que tous les hommes du monde comprennent que l’Eternel est Dieu, personne ne comprend cependant que l’éternité soit Dieu. Peut-être l’Evêque et les Scolastiques entendent-ils par actus la même chose que par essentia. Qu’est-ce que l’essence d’un homme sinon son humanité, l’essence de Dieu sinon sa Divinité, l’essence du grand sinon sa grandeur, et ainsi de suite pour tous les autres attributs de dénomination ? Les mots Dieu et divinité ont une signification différente. Jean Damascène, un Père de l’Eglise, en expliquant le (305) credo de Nicée, nie très clairement que la Divinité fût incarnée mais tous les vrais Chrétiens soutiennent que Dieu s’est incarné. Dieu et la divinité signifient donc des choses différentes et l’éternel et l’éternité ne sont pas la même chose, pas plus qu’un homme sage et sa sagesse ne sont la même chose, pas plus que Dieu et sa justice ne sont la même chose. Et, universellement, il est faux que l’attribut, dans l’abstrait, soit la même chose que la substance à laquelle on l’attribue. Il est aussi universellement vrai de Dieu que l’attribut, dans le concret, et la substance à laquelle on l’attribue ne sont pas la même chose.
J’en viens maintenant au paragraphe suivant, où il voudrait bien prouver que, en niant la substance incorporelle, je supprime l’existence de Dieu. Les paroles qu’il cite ici sont effectivement miennes : dire qu’un ange [71] ou un esprit est une substance incorporelle est dire en effet qu’il n’y a absolument aucun ange ni aucun esprit. Il est vrai aussi que dire que Dieu est une substance incorporelle est dire qu’il n’existe absolument aucun Dieu. Qu’allègue-t-il contre cela, sinon la théologie scolastique à laquelle j’ai déjà répondu. Il ne peut tirer aucun argument des Ecritures parce que le mot incorporel ne s’y trouve pas. Mais l’Evêque, se fiant à son savoir aristotélicien et scolastique, n’a pas jusqu’ici fait usage des Ecritures, sinon pour ces textes : 1. Cor.ix.7 : Qui plante une vigne et n’en mange pas le fruit ? Qui nourrit un troupeau et n’en boit pas le lait ? Et Rev. iv.11 : Tu es digne, O Seigneur, de recevoir la gloire, l’honneur et le pouvoir car tu as créé toutes choses et c’est par ta volonté qu’elles furent créées. Par ces passages, il veut prouver que le droit de Dieu de gouverner et de châtier les hommes ne dérive pas de son (306) omnipotence. Voyons maintenant comment il prouve l’incorporéité sans les Ecritures, par sa propre raison. Dieu, dit-il, est soit incorporel, soit fini. Il sait que je nie les deux et que je dis qu’il est corporel et infini. Contre cela, il ne présente aucune preuve mais il se contente, comme il en a l’habitude dans la dispute, d’appeler cela la racine de l’athéisme. Et il me demande quelles choses réelles il reste dans le monde si Dieu est corporel, [72] sinon des corps et des accidents. Je dis qu’il ne reste que de la substance corporelle [73] car j’ai nié, comme il le sait, que les accidents aient une réalité et je soutiens néanmoins que Dieu existe, qu’il est l’esprit corporel le plus pur et le plus simple. Ici, Sa Seigneurie, ne capturant rien, quitte cette question et aborde l’éternité de la Trinité qui, dit-il, est détruite par mes arguments. Comment cela ? Je dis que la Trinité et les personnes de la Trinité sont un seul esprit corporel, pur, simple et éternel. Pourquoi cette idée détruit-elle la Trinité plus que si je l’avais appelée incorporelle ? Il peine à cet endroit et cherche à se refaire une santé par le mot personne. Par les mêmes raisons, dit-il, tout roi a autant de personnes qu’il y a de juges de paix dans son royaume et Dieu Tout-Puissant a autant de personnes qu’il y a de rois. Pourquoi pas ? En effet, je n’ai jamais dit que tous ces rois étaient ce Dieu et, pourtant, Dieu donne ce nom aux rois de la Terre. Ce que signifie le mot personne, je l’expliquerai bientôt, à une autre place. Ici se termine l’argument scolastique de Sa Seigneurie. Que j’en vienne maintenant à mon argument tiré des Ecritures. Saint Paul, dit ainsi du Christ (Col.ii.9) : En lui habite toute la plénitude de la divinité corporellement. Ce passage, Athanase (qui fut un grand docteur zélé du concile de Nicée et un ennemi véhément de l’hérétique Arius qui n’admettait (307) pas que le Christ soit Dieu, sinon comme on le dit des hommes d’éminente piété) l’explique ainsi : La plénitude de la divinité habite en lui corporellement (en grec, somatikôs [74]), c’est-à-dire theïkôs [75], c’est-à-dire realiter. Il y a ainsi un Père favorable à la corporalité et à l’idée que ce Dieu était dans le Christ de la même manière qu’un corps est dans un corps. De plus, il y avait dans l’Eglise primitive une sorte d’hérétiques qui soutenaient que Jésus Christ n’avait pas un véritable corps réel mais n’était qu’un phantasme, un esprit, ce que les Latins appellent spectra. Contre le chef de cette secte, dont le nom est – je crois – Apelles, Tertullien écrivit un livre qui existe encore parmi ses œuvres et qui est intitulé : De Carne Christi, où, après avoir parlé de la nature des phantasmes et montré qu’il n’y avait rien de réel en eux, il conclut par ces mots : « tout ce qui n’est pas corps n’est rien ». Ainsi, voilà de mon côté un texte clair des Ecritures et deux anciens Pères savants. Cette doctrine de Tertullien ne fut pas condamnée au concile de Nicée mais ce fut la division de la substance divine en Dieu le Père, Dieu le Fils et Dieu le Saint Esprit qui le fut. Car cette proposition, Dieu n’a pas de parties, fut ajoutée à la demande des Pères qui n’étaient pas d’accord pour expliquer le mot consubstantiel et elle est aussi expliquée autant par Athanase dans son credo – par ces paroles : non trois Dieux mais un unique Dieu – que par l’attribut constant, depuis, de Trinité individuelle. Les mêmes mots, néanmoins, condamnent aussi les anthropomorphites car, bien qu’aucun Chrétien n’ait professé que Dieu avait un corps organique et que, par conséquent, les personnes étaient trois individus, les Gentils étaient pourtant tous anthropomorphites et ils furent alors condamnés par cette expression : Dieu n’a pas de parties.
Et ainsi, j’ai répondu à son accusation concernant l’éternité et l’existence de la substance Divine et j’ai fait apparaître que la question de notre débat, en vérité, est de savoir si Dieu est un phantasme (c’est-à-dire une idole de la fantaisie [76] que Saint Paul dit n’être rien) ou un esprit corporel, c’est-à-dire quelque chose qui a une grandeur.
Ici, je pense qu’il serait bon de quitter un peu cette dispute théologique pour examiner la signification de ces mots qui ont occasionné tant d’opinions différentes sur le sujet.
Les mots substance, upostasis, upostan, upostamenon (en grec), [77] signifient la même chose, à savoir un fondement, une base, une chose qui existe ou subsiste en elle-même, une chose qui soutient ce qui, autrement, tomberait, et c’est en ce sens que Dieu est proprement l’hypostase, la base et la substance qui soutient le monde entier, qui subsiste non seulement en lui-même, mais aussi par lui-même, alors que les autres substances n’existent qu’en elles-mêmes, non par elles-mêmes. Mais, métaphoriquement, la foi est appelée (Heb.xi.1) une susbtance parce que c’est le fondement, la base de notre espérance car, si la foi fait défaut, l’espérance s’écroule. Et (2 Cor.ix.4) Saint Paul, s’étant glorifié de la promesse de libéralité des Corinthiens envers les Macédoniens, appelle cette promesse l’hypostase [78] de sa glorification. Et (Heb.i.3) le Christ est appelé l’image de la substance (de l’hypostase) de son Père. [79] Pour montrer la signification propre et adéquate du mot hypostase, les Pères grecs l’opposaient toujours à l’apparition ou au phantasme, comme quand un homme voit son visage dans l’eau, son visage réel est appelé l’hypostase du visage phantastique dans l’eau. De même (309), en parlant, la chose entendue ou nommée est dite hypostase par rapport au nom. De même un corps coloré est l’hypostase, la substance est le sujet de la couleur. C’est la même chose pour tous les autres accidents. Le mot essence et tous les autres termes abstraits sont des mots artificiels qui appartiennent à l’art de la logique et qui signifient seulement la manière dont nous considérons la substance elle-même. [80] J’ai déjà suffisamment parlé de cela dans mon Léviathan (vol.III.page 672). Le corps (en latin corpus, en grec sôma [81]) est cette substance qui a une grandeur indéterminée et qui est la même chose que la substance corporelle mais un corps est ce qui a une grandeur déterminée et qui doit être compris comme étant totum or integrum aliquid. [82] Un corps pur et simple est un corps d’un seul et même genre dans toutes ses parties et, s’il est mélangé avec un corps d’un autre genre, bien que le total soit composé ou mixte, les parties conservent néanmoins leur simplicité, comme quand l’eau et le vin sont mélangés et que les parties des deux genres conservent leur simplicité. En effet, l’eau et le vin ne sauraient tous les deux être en un seul et même lieu à la fois.
La matière est la même chose que le corps mais on ne la trouve jamais sans le corps qui en est formé. La forme est l’agrégat de tous les accidents ensemble, ce qui fait que nous donnons à la matière un nouveau nom. Ainsi albedo, la blancheur, est la forme d’album ou corps blanc. De même, l’humanité est l’essence de l’homme et la Divinité l’essence de Deus.
L’esprit est un corps fin, fluide, transparent,
invisible. Le mot, en latin, signifie souffle, air, vent et autres termes
semblables. En grec, nous avons pneuma [83] qui vient de pneô (en latin spiro, flo). [84]
J’ai vu, comme beaucoup d’autres, deux eaux, l’eau de la rivière et l’eau minérale, aussi semblables que personne ne pouvait les distinguer l’une de l’autre (310) par la vue. Pourtant, quand elles ont été mises ensemble, la substance entière ne pouvait pas être distinguée du lait par l’œil. Cependant, nous savons que l’une n’était pas mélangée avec l’autre de telle sorte que chaque partie de l’une se serait trouvée dans chaque partie de l’autre car c’est impossible, à moins que deux corps puissent être au même endroit. Comment le changement put-il se faire en chaque partie, sinon seulement par l’activité de l’eau minérale, changeant la substance partout pour les sens mais cependant n’étant pas partout et dans chaque partie de l’eau. Si donc des corps aussi grossiers ont une aussi grande activité, que penserons-nous des esprits dont les genres sont aussi nombreux que les genres d’alcools et dont l’activité est plus importante. Peut-on alors douter que Dieu, qui est un Esprit infiniment subtil et, de plus, infiniment intelligent, puisse faire et changer toutes les espèces et tous les genres de corps comme il lui plaît. Mais je n’ose dire que c’est la manière dont Dieu Tout-Puissant agit parce que cela passe ma compréhension. Pourtant, cela sert très bien à démontrer que l’omnipotence de Dieu n’implique aucune contradiction et qu’il vaut mieux soutenir cette doctrine que de réduire Dieu, sous prétexte de glorifier la finesse de la substance Divine, à un esprit ou un phantasme, c’est-à-dire rien.
Une personne [85] (en latin, persona) est une substance intelligente qui fait quelque chose en son propre nom ou au nom de quelqu’un d’autre, de sa propre autorité ou par l’autorité de quelqu’un d’autre. De cette définition, il n’y a pas de meilleure preuve que l’usage de ce mot par les auteurs latins réputés pour leur habileté dans leur propre langue, au nombre desquels on compte Cicéron. Cicéron, dans une lettre à Atticus, dit : Unus sustineo tres personas, mei, adversarii, et judicis, c’est-à-dire : « moi, qui ne suis qu’un seul homme, je tiens le rôle [86] de trois personnes, ma propre personne, la personne de mon (311) adversaire et la personne du juge. » Cicéron était la substance intelligente, un seul homme et, parce qu’il plaidait pour lui-même, il se nomme sa propre personne ; de même, parce qu’il plaidait pour son adversaire, il dit qu’il tient le rôle de [87] la personne de son adversaire ; et enfin, comme il donnait lui-même la sentence, il dit qu’il tient le rôle de la personne du juge. En anglais courant, nous utilisons le mot dans le même sens en disant que celui qui agit de sa propre autorité agit de sa propre personne et que celui qui agit par l’autorité d’un autre est la personne de cet autre. Ainsi, nous avons le sens exact du mot personne. La langue grecque ne peut pas rendre ce mot car prosôpon [88] est, à proprement parler, un visage et, métaphoriquement, le masque d’un acteur sur la scène. Alors, comment les Pères grecs rendirent-ils le mot personne dans la sainte Trinité ? Pas bien du tout. A la place du mot personne, ils mirent hypostasis qui signifie substance, et on aurait pu inférer de là que les trois personnes de la Trinité sont trois substances Divines, c’est-à-dire trois Dieux. Le mot prosôpon [89], ils ne pouvaient pas l’utiliser parce que le visage et le masque ne sont pas des attributs honorables pour Dieu et parce qu’il n’explique pas ce que voulait dire l’Eglise grecque. C’est pourquoi l’Eglise latine (et par conséquent, l’Eglise anglaise) rendit le mot hypostasis par le mot personne dans tout le credo d’Athanase. Mais l’expression union hypostatique est correctement retenue et utilisée par les théologiens pour désigner l’union de deux hypostases, c’est-à-dire de deux substances ou natures dans la personne du Christ. Mais, vu qu’ils soutiennent aussi que l’âme de notre Sauveur est une substance qui, bien que séparée de son corps, subsistait cependant en elle-même et était, avant d’être (312) séparée du corps sur la croix, une nature distincte de son corps, comment éviteront-ils cette objection que, dans ce cas, le Christ avait trois natures, trois hypostases s’ils n’accordent que sa résurrection fut une nouvelle vivification et non un retour du Ciel dans la tombe ? L’Eglise n’a pas dit le contraire. En voilà assez pour l’explication des mots dont on se sert dans cette controverse. Je reviens maintenant au discours de Monseigneur l’Evêque.
J.D. Quand ils auront supprimé tous les esprits incorporels, quel sera l’être de Dieu selon eux ? Celui qui est la source de tout être, de qui et en qui toutes les créatures ont leur être, doit nécessairement avoir un être réel qui lui soit propre. Et quel être réel Dieu peut-il avoir parmi les corps et les accidents, puisqu’ils n’ont rien laissé d’autre dans l’univers ? Thomas hobbes pourrait transférer à Dieu la question qu’il posait pour les démons. Je serais content de savoir dans quelle classe [90] d’entités l’Evêque range Dieu. [91] L’être infini et l’être par participation ne sont pas de même nature. Pourtant, pour parler selon l’appréhension humaine (appréhension et compréhension diffèrent beaucoup. Thomas Hobbes avoue que la raison naturelle nous dicte que Dieu est infini et que, cependant, la raison naturelle ne peut pas comprendre l’infinité de Dieu), je le place parmi les substances ou esprits incorporels parce qu’il lui a plu de se placer lui-même en ce rang : Dieu est esprit [92]. Sur ce passage, Thomas Hobbes donne son opinion et dit qu’il est inintelligible comme tous les autres de même nature et n’est pas du ressort de l’entendement humain. [93]
Ceux qui nient toutes les substances incorporelles ne peuvent, par Dieu, rien entendre, sinon soit la nature ( non (313) naturam naturantem, c’est-à-dire un auteur réel de la nature, mais naturam naturatam, [94] c’est-à-dire le concours ordonné des causes naturelles, ce que Thomas Hobbes semble insinuer), soit une fiction du cerveau, sans être réel, entretenue pour ses avantages et des fins politiques, comme une erreur profitable, quelque dignité qu’on lui donne avec le glorieux titre de cause éternelle de toutes les choses.
T.H. A la question de Sa Seigneurie – ce que je laisse pour l’être de Dieu – je réponds que j’en fais un esprit corporel très pur, simple et invisible. Par corporel, j’entends une substance qui a une grandeur et c’est ainsi que l’entendent tous les hommes instruits, théologiens ou autres, même s’il existe peut-être des personnes communes assez grossières pour n’appeler corps que ce qu’elles voient et touchent. A la seconde question – Quel être réel Il a parmi les corps et les accidents – je réponds l’être d’un esprit, non d’un fantôme [95]. Si je demandais à celui qui ferait les plus subtiles distinctions quelle nature intermédiaire il y aurait entre une substance infiniment subtile et une simple pensée, un simple phantasme, quel mot utiliserait-il pour la nommer ? Il pourrait peut-être l’appeler une substance incorporelle et, ainsi, incorporelle passerait pour une nature intermédiaire entre infiniment subtile et rien et serait moins subtile que l’infiniment subtil mais pourtant plus subtile qu’une pensée. Il est accordé, dit-il, que la nature de Dieu est incompréhensible. S’ensuit-il donc que nous puissions donner à la susbtance Divine le nom négatif qui nous plaît ? Parce qu’il dit que toute la substance divine est ici et là et partout à travers le monde et que l’âme d’un homme est ici et là et partout à travers son corps, devons-nous donc prendre cela pour un mystère de la religion Chrétienne sur sa parole ou la parole d’un autre Scolastique, sans l’autorité des (314) Ecritures qui n’appelle mystère que l’incarnation du Dieu éternel ? Ou l’incorporel est-il un mystère alors qu’il n’est pas du tout mentionné dans la Bible et que c’est le contraire qui y est écrit ? Que la plénitude de la Divinité était corporellement dans le Christ. [96] Quand la nature d’une chose est incompréhensible, je peux accepter l’autorité des Ecritures mais quand la signification des mots est incompréhensible, je ne saurais accepter l’autorité d’un Scolastique.
J.D.
Nous avons vu quels sont ses principes sur la Divinité. Ils sont aussi mauvais
et même pire sur la Trinité. Ecoutez-le : une
personne est celui qui est représenté, aussi souvent qu'il est représenté, et
Dieu, qui a été représenté, c'est-à-dire personnifié trois fois, peut donc être
dit, assez proprement, être trois personnes, quoique ni le mot personne, ni le
mot trinité ne lui soient attribués dans la Bible. [97] Et un peu après : Pour conclure, la doctrine de la
Trinité, pour autant qu'elle puisse être tirée directement des Ecritures, est
en substance celle-ci : Dieu, qui est toujours un et le même, était la personne
représentée par Moïse, la personne représentée par son Fils incarné, et la
personne représentée par les apôtres. En tant que Dieu est représenté par les
apôtres, le Saint-Esprit par lequel ils parlaient est Dieu; en tant que
représenté par son Fils, qui était Dieu et homme, le Fils est ce Dieu; en tant
que représenté par Moïse et les grands prêtres, le Père, c'est-à-dire le père
de notre Seigneur Jésus-Christ, est ce Dieu. De là, on peut tirer la raison
pour laquelle ces dénominations Père, Fils, et Saint-Esprit ne sont jamais
utilisées dans l'Ancien Testament au sens de Divinité : en effet, ce sont des
personnes, c'est-à-dire qu'elles tiennent leur nom (315) du fait de
représenter, ce qui ne pouvait pas être avant que divers hommes n'aient
représenté la personne de Dieu en gouvernant ou en dirigeant sous lui.
Qui est aussi intrépide que Bayard l’aveugle ? [98] Le symbole d’un petit garçon tentant de vider la mer de
toute son eau avec une coque convient à Thomas Hobbes aussi exactement que s’il
avait été inventé pour lui, lui qui pense mesurer les mystères profonds et
impénétrables de la religion avec ses idées personnelles, idées stupides et
futiles. Qu’est devenu le grand mystère adorable de la sainte Trinité
indivise ? Il s’est rétréci jusqu’à n’être plus rien. D’après ses raisons,
il y eut un temps où il n’y avait pas de Trinité [99] et nous devons donc effacer de notre credo ces
expressions, le Père éternel, le Fils éternel et le
Saint-Esprit éternel, [100] et effacer aussi de nos bibles cette formule : faisons
l’homme à notre image [101] A moins que nous n’entendions que ce fut là une
consultation de Dieu avec Moïse et les apôtres. Qu’est devenu l’éternelle
génération du Fils de Dieu si cette parenté ne commença pas avant environ
quatre mille ans après la fin de la création ? D’après ces raisons, tout
roi a autant de personnes que de juges de paix et d’agents de police.
D’après cette explication, Dieu Tout-Puissant a autant de personnes
qu’il y a eu de princes souverains dans le monde depuis Adam. Selon ce compte,
chacun de nous, comme autant de Géryons, [102] peut avoir autant de personnes qu’il nous plaît de
faire des procurations. Cette présomption hardie requiert un autre type de
réfutation.
T.H. Pour ce qui est des
paroles rapportées, je reconnais qu’il y a une faute dans la ratiocination,
faute qui, cependant, n’a pas été découverte par Sa Seigneurie et qui n’est pas
de l’impiété. (316) Tout ce qu’il objecte, c’est qu’il suit de mes affirmations
qu’un roi a autant de personnes qu’il y a d’agents de police dans son royaume.
Il en est ainsi, sinon, il ne saurait être obéi. Mais je n’ai jamais dit qu’un
roi et chacune de ses personnes étaient la même substance. La faute que j’ai
faite ici et que je n’ai pas vue est que je devais prouver qu’il n’y avait
aucune contradiction, comme Lucien et les railleurs païens le voudraient, à
dire de Dieu qu’il est un et trois. J’ai vu que la véritable définition du mot personne
servirait mon affaire de cette manière : Dieu, en sa propre personne, créa
le monde et institua une Eglise en Israël, utilisant pour cela le ministère de
Moïse. Le même Dieu, en la personne de son Fils Dieu et homme racheta le même
monde et la même Eglise. Le même Dieu, en la personne du Saint-Esprit,
sanctifia la même Eglise et tous les hommes de foi du monde. N’est-ce pas la
preuve claire qu’il n’y aucune contradiction à dire que Dieu est trois
personnes et une seule substance ? Et l’Eglise ne distingue-t-elle les
personnes de la même manière ? Voyez les paroles de notre catéchisme.
Question. Qu’apprenez-vous principalement dans les articles de votre
foi ? Réponse. D’abord, j’apprends à croire en Dieu le Père qui m’a
fait et a fait le monde entier; en second lieu, en Dieu le Fils qui m’a racheté
et a racheté toute l’humanité ; en troisième lieu, en Dieu le Saint-esprit
qui m’a sanctifié et a sanctifié tout le peuple élu. Mais à quelle époque
l’Eglise fut-elle sanctifiée ? Ne fut-ce pas le jour de la Pentecôte, lors
de la descente du Saint-Esprit sur les apôtres ? Pendant tout ce temps, Sa
Seigneurie n’a rien capturé. C’est moi qui me suis capturé moi-même en disant
« en la personne de Moïse » au lieu de « par le
ministère de Moïse. » Mais (317) cette erreur, à peine l’ai-je vue que
je l’ai corrigée aussi publiquement que je l’avais commise dans mon Léviathan
en latin qui, je pense, est désormais imprimé au-delà des mers avec ce
changement et aussi avec l’omission de certaines passages qui ne concernent pas
les étrangers. Et j’aurais corrigé cette erreur plus tôt si je l’avais trouvée
plus tôt. En effet, bien que le Dr Cosins, maintenant Evêque de Durham, m’ait
dit qu’il ne valait mieux pas appliquer le passage cité plus haut à la doctrine
de la Trinité, je ne pus cependant pas, en le relisant, distinguer la faute
jusqu’à une date récente quand, sollicité au-delà des mers pour traduire le
livre en latin et craignant que d’autres puissent faire une traduction qui ne
m’agréerait pas, j’ai examiné ce passage et d’autres qui avaient le même sens
plus étroitement. Mais comment Monseigneur conclut-il de là que je supprime du
credo ces expressions, le Père éternel, le Fils éternel, le Saint-Esprit
éternel, ou que je supprime de la Bible cette phrase : faisons
l’homme à notre image ? Ces derniers mots, ni moi, ni Bellarmin ne les
supprimons de la Bible mais nous ne les comptons pas au nombre des bons
arguments qui prouvent la Trinité. En effet, il n’est pas inhabituel aux
Hébreux, comme on peut le voir par les citations de Bellarmin, de joindre un
nom au pluriel à un verbe au singulier. Et nous pouvons aussi voir que de
nombreux autres textes des Ecritures allégués pour prouver la Trinité ne sont
pas aussi solides que le requiert un sujet d’un niveau aussi élevé. Mais
remarquez la charité scolastique de Sa Seigneurie dans les derniers mots de son
cours : cette présomption hardie requiert un autre type de réfutation.
Cet évêque et d’autres qui sont de son opinion auraient été dans leur élément
s’ils avaient été évêques à l’époque de la Reine Marie. [103]
J.D. Concernant Dieu le Fils,
oubliant ce qu’il avait dit ailleurs, où il l’appelait Dieu et homme et
le Fils de Dieu incarné, [104] il n’hesite pas à dire que le mot hypostatique est
du jargon [105] ; comme si la même personne pouvait être à la fois
Dieu et homme sans une union personnelle, c’est-à-dire une union hypostatique
des deux natures de Dieu et de l’homme.
T.H. Si la profession de foi
chrétienne est (comme c’est assurément le cas en Angleterre) une loi et si la
nature d’une loi est d’être connue de tous les hommes qui doivent y obéir de sorte
qu’ils ne peuvent pas utiliser l’excuse d’ignorance quand ils désobéissent,
alors, sans aucun doute, tous les mots inconnus du peuple et qui n’ont pas de
sens selon lui sont du jargon. Le mot substance est assez bien compris
par le vulgaire quand on utilise le mot pour un corps mais il n’est pas compris
du tout dans un autre sens, sauf pour les richesses. Mais le mot hypostatique
est seulement compris par ceux – et ils sont peu nombreux – qui ont appris la
langue grecque et il est utilisé correctement, comme je l’ai déjà dit, pour
l’union des deux natures du Christ en une seule personne. De même, le mot consusbtantiel,
dans le credo de Nicée, s’applique très correctement à la Trinité. Mais, pour
un Anglais qui n’entend ni le grec, ni le latin et que cette question concerne
tout autant que Monseigneur l’Evêque, le mot hypostatique n’est pas
moins du jargon que l’expression présent éternel.
J.D. Il autorise tout homme
qui en reçoit l’ordre par son souverain légitime à renier le Christ en
paroles devant les hommes. [106]
T.H. Je l’autorise dans
certains cas et pour certaines personnes, [107] chose que Monseigneur sait bien mais qu’il ne mentionne
pas. Pour cela, dans le passage cité, j’allègue aussi bien la raison que les
Ecritures, bien que Monseigneur (319) ne juge pas utile de signaler les deux.
Si ce que je dis est vrai, pourquoi le blâmer ? Si c’est faux, pourquoi ne
présente-t-il pas d’arguments contre mon propos, aussi bien ceux tirés de la
raison que ceux tirés des Ecritures ? Pourquoi ne montre-t-il pas que le
texte que je cite ne s’applique pas à la question ou n’est pas bien compris par
moi ? D’abord, il le cite à peine parce qu’il pense que les mots seraient
durs à entendre et que le lecteur y verrait une impiété. Mais j’espère que
j’instruirai suffisamment le lecteur avant de quitter la place pour que ses
artifices mesquins n’aient pas d’effet. Deuxièmement, la raison pour laquelle
il omet mes arguments est qu’il n’est pas capable de leur répondre. Enfin, la
raison pour laquelle il n’utilise ni la raison, ni les Ecritures contre mon
opinion est qu’il voit bien qu’elles ne suffiraient pas. Mon argument tiré des
Ecritures était celui-ci (Léviathan, vol.III. P.493), pris en 2.Rois.
v.17-19, quand Naaman le Syrien dit à Elisée : Ton serviteur n'offrira plus à l'avenir d'holocauste ni de sacrifices à
d'autres dieux que le Seigneur. Pour cela, que le Seigneur pardonne à son
serviteur, car quand mon maître va dans la maison de Remmon pour y rendre le
culte, et qu'il s'appuie sur ma main, je me prosterne dans la maison de Remmon;
quand je me prosterne dans la maison de Remmon, que le Seigneur pardonne à ton
serviteur pour cet acte. Le prophète accepta et lui dit d'aller en paix. Que peut-on dire contre
cela ? Ce que dit Elisée ne vient-il pas de Dieu ? Ou cette réponse
du prophète n’est-elle pas une permission ? Quand Saint Paul et Saint
Pierre ordonnèrent aux Chrétiens de leur époque d’obéir à leurs princes [108] qui étaient alors païens et ennemis du Christ,
voulaient-ils dire qu’ils devaient perdre la vie pour désobéissance ? Ne
voulaient-ils pas plutôt dire qu’ils devaient préserver leur vie (320) et leur
foi, croire au Christ et le renier en paroles, n’ayant pas d’ordre du
contraire ? Si, dans ce royaume, un Mahométan devait, par la terreur,
renier Mahomet et aller à l’église avec nous, le condamnerait-on ? Renier
en paroles peut peut-être porter préjudice au pouvoir de l’Eglise mais
conserver fermement dans son cœur la foi dans le Christ ne peut porter
préjudice à l’âme de celui qui n’a pas choisi de se charger de prêcher aux
loups [109] qui, on le sait, vont le tuer. Environ à l’époque du
concile de Nicée, on fit un canon (qui existe encore dans l’histoire du concile
de Nicée) concernant les chrétiens qui avaient été séduits – et non mus par la
terreur – par un reniement du Christ et qui, s’étant repentis, désiraient être
réintégrés dans l’Eglise. Ce canon ordonna que ces hommes ne pourraient être
réintégrés que s’ils acceptaient d’être catéchisés et qu’ils ne seraient admis
à la communion qu’après un grand nombre d’années de pénitence. L’Eglise,
certainement, se serait montrée plus clémente pour ceux qui renièrent le Christ
par peur de mort ou de tourments immédiats.
Voyons maintenant ce que Monseigneur
pourrait, quoique de façon spécieuse, avoir allégué contre mon propos à partir
des Ecritures. Il n’y a que trois passages qui semblent favoriser son opinion.
Le premier est celui où Pierre renie le Christ et pleure. Le second est en Actes,
V, 29. Alors, Pierre et les autres apôtres répondirent et dirent qu’ils
devaient obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Le troisième se trouve en Luc,
XII, 9 : Mais celui qui me reniera devant les hommes sera renié devant
les anges de Dieu.
Pour répondre à ces trois passages, je dois répéter ce (321) que j’ai écrit et ce que Monseigneur a lu dans mon Léviathan, p.656. Si un homme ignorant, au pouvoir d'un roi ou d'un Etat idolâtre reçoit l'ordre, sous peine de mort, d'adorer une idole, et déteste l'idole dans son cœur, il fait bien, mais il ferait mieux, s'il en avait le courage, de souffrir la mort plutôt que de rendre ce culte. Mais si un pasteur qui, en tant que messager du Christ, s'est chargé d'enseigner la doctrine du Christ à toutes les nations, faisait la même chose, ce ne serait pas seulement un scandale coupable à l'égard des consciences des autres Chrétiens, mais aussi un abandon de poste déloyal. [110] Dans ce passage, je faisais la distinction entre un pasteur et l’un des moutons de son troupeau. Saint Pierre pécha en reniant le Christ car il avait assumé la charge de prêcher l’Evangile dans le royaume d’un infidèle où il ne pouvait pas attendre moins de sa charge que la mort. Et pourquoi, sinon parce qu’il viole son serment en ne remplissant pas sa mission. Saint Pierre fut un apôtre du Christ et il était tenu, par le choix volontaire de sa charge, de confesser le Christ [111] mais aussi de le prêcher à ces infidèles qui – il le savait – voudraient le dévorer comme des loups. Et donc, quand Paul et les autres apôtres se virent interdire de prêcher le Christ, ils donnèrent cette réponse : Nous devons obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Et ce fut seulement à ses disciples qui avaient pris cette charge que le Christ dit : celui qui me reniera devant les hommes sera renié devant les anges de Dieu. Et ainsi, je pense avoir suffisamment répondu sur ce passage et avoir montré que je n’autorise, sous prétexte de tourments, ni Monseigneur, ni tout autre homme qui (322) se serait chargé de la fonction de prédicateur, à renier le Christ. S’il réfléchit bien à cela, il voudra peut-être se mettre au nombre de ceux qu’il appelle les docteurs miséricordieux [112] alors que, maintenant, il étend sa sévérité au-delà des limites de la commune équité. Il a lu Cicéron et peut-être cette histoire sur lui. Le sénat de Rome aurait voulu envoyer Cicéron faire la paix avec Marc Antoine mais, quand Cicéron eut manifesté la juste crainte qu’il avait d’être tué par lui, il fut excusé. S’ils l’avaient forcé et qu’ils avaient fait de lui un ennemi par la terreur, il aurait été en équité excusable. Mais je crois que Monseigneur est plus courageux dans ses écrits qu’il ne le serait dans ses actes.
J.D. Il démet le Christ de sa véritable fonction
royale, disant que son royaume ne commence pas avant le jour du jugement [113] et ajoutant que le régime par
lequel le Christ gouverne ses fidèles en cette vie n’est pas, à proprement
parler, un royaume mais une fonction pastorale ou un droit d’enseigner; [114] et, un peu après : le
Christ ne reçut pas une autorité royale de son Père en ce monde mais seulement
une autorité de doctrine et de conseil. [115]
T.H.
Comment puis-je ôter au Christ sa fonction royale? Il ne tire pas cela comme
conséquence de ce que j’ai écrit et il ne présente absolument aucun argument
contre ma doctrine. Les mots qu’il cite sont dans la table des matières du
chapitre XVII du De Cive (vol.II) Dans le corps du chapitre, on trouve
ceci : Le temps où le Christ fut sur la Terre est souvent appelé, dans
les Ecritures, le temps de la régénération, jamais le temps du royaume. Quand
le Fils de Dieu viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, il
s’assiéra sur le siège de la gloire. [116] Mon royaume n’est pas de ce
monde. [117] Dieu n’a pas envoyé son
(323) Fils pour qu’il juge le monde. [118] Je ne suis pas venu pour juger
le monde mais pour sauver le monde. [119] Homme, qui est-ce qui m’a établi
sur vous pour être votre juge et pour faire vos partages? [120] Que ton règne [121] arrive. [122] Suivent d’autres passages qui ont
le même sens. Par là, il est clair que le Christ n’assuma pas un pouvoir royal sur
la terre avant son Ascension. [123] Mais, lors de cette Ascension, ses
Apôtres lui demandèrent s’il restaurerait le royaume d’Israël et il répondit
que ce n’était pas à eux de le savoir. [124] De sorte que, jusqu’à présent, le
Christ n’a pas assumé cette fonction, à moins que Monseigneur pense que le
royaume de Dieu et le royaume du Christ sont deux royaumes distincts. Depuis
l’Ascension, tous les vrais Chrétiens disent chaque jour dans leurs
prières : que ton règne arrive. Mais Sa Seigneurie a peut-être
oublié cela. Mais alors, quand le Christ commencera-t-il à être roi? Je dis que
ce sera quand il reviendra en majesté avec tous les anges. Et, même alors, il
règnera (comme il est homme) sous son Père. Car Saint Paul (1. Cor. XV.
25,26) dit : Il faut qu’il règne jusqu’à ce qu’il ait mis tous les
ennemis sous ses pieds. Le dernier ennemi qui sera détruit est la mort.
Mais quand Dieu le Père régnera-t-il de nouveau? Saint Paul dit dans le même
chapitre, au verset 28 : Quand toutes choses lui seront assujetties,
alors le fils aussi lui-même sera assujetti à celui qui lui a assujetti toutes
choses, afin que Dieu soit tout en tous. Et on lit au verset 24 : Alors
viendra la fin, quand il aura remis le royaume au Dieu et Père, quand il aura
aboli toute règle, toute autorité et tout pouvoir. C’est lors de la
résurrection. Et, par cela, il est manifeste que Monseigneur n’est pas aussi
versé dans les Ecritures qu’il devrait l’être.
J.D. Il supprime l’office sacerdotal et propritiatoire du Christ. Et quoique cet acte de notre rédemption ne soit pas toujours appelé dans les Ecritures un sacrifice et une oblation, mais un prix, pourtant, par prix, nous ne devons pas entendre quelque chose par la valeur de laquelle il pourrait réclamer notre pardon à son père offensé, mais le prix qu'il a plu à Dieu le Père, en sa miséricorde, de réclamer. [125] Et encore : Non que la mort d'un seul homme, même sans péché, puisse acquitter tous les hommes de leurs péchés, selon la rigueur de la justice, mais elle le peut selon la miséricorde de Dieu qui a décrété, pour les péchés, les sacrifices qu'il lui a plu d'agréer en sa miséricorde. [126] Il ne connaît aucune différence entre celui qui n’est qu’un homme et celui qui est à la fois Dieu et homme, entre un sacrifice lévitique et le sacrifice de la croix qui suffit à tout, entre le sang d’un veau et le précieux sang du Fils de Dieu.
T.H. Oui, je sais qu’il y a une différence entre sang et sang mais elle n’est pas telle qu’elle puisse faire vraiment une différence dans le cas en question. Le sang de notre Sauveur était très précieux mais c’est toujours du sang. J’espère que Monseigneur ne pense pas autrement car, sinon, ce sang n’aurait pas été accepté par son Père pour notre rédemption.
J.D. Quant à la fonction prophétique du Christ, je doute fort qu’il croie sérieusement qu’il y a dans le monde des choses telles que les prophéties. Il fait une très petite différence entre un prophète, un fou et un démoniaque. [127] Et s'il n'y avait rien d'autre qui trahisse leur folie, le fait même de s'arroger une telle inspiration constitue une preuve suffisante. [128] Prétendre être inspiré (325) est et a toujours été une opinion pernicieuse pour la paix et tendant à la dissolution de tout gouvernement civil. [129] Il soumet toutes les révélations prophétiques venant de Dieu au seul plaisir et à la seule censure du prince souverain, soit pour les autoriser, soit pour les rejeter. De sorte que, de deux prophètes, prophétisant la même chose au même moment dans les empires de deux princes différents, l’un sera un vrai prophète, l’autre un faux prophète. Avec ce raisonnement, le Christ, qui n’a eu l’approbation d’aucun prince souverain, devait être réputé partout être un faux prophète. Tout homme doit donc considérer qui est le prophète souverain, c'est-à-dire qui est le vicaire de Dieu sur terre, qui a, juste au-dessous de Dieu, l'autorité de gouverner les chrétiens, et il doit observer comme une règle qu'il ne faut suivre que ce que ce vicaire a ordonné d'enseigner au nom de Dieu, et, de cette façon, il doit faire l'examen de la vérité de ces doctrines, éprouver la vérité de ces doctrines que de prétendus prophètes, avec ou sans miracles, avanceront à tout moment; &c. S'il désavoue ces hommes, il ne faut plus obéir à leurs ordres, mais s'il les approuve, il faut leur obéir comme à des hommes à qui Dieu a donné une partie de l'esprit à leur souverain. [130] D’après ses principes, c’est aussi valable chez les Juifs, les Turcs et les païens que chez les Chrétiens. Alors, celui qui enseigne la transubtantiation en France est un vrai prophète, celui qui l’enseigne en Angleterre un faux prophète ; celui qui blasphème le Christ à Constantinople est un vrai prophète, celui le fait en Italie est un faux prophète. Alors, Samuel, qui se disputa avec Saül, un prophète souverain, était un faux prophète. [131] C’est la même chose pour l’homme de Dieu qui ne se soumit pas à l’esprit plus divin et plus (326) prophétique de Jéroboam [132] et pour Elie qui réprimanda Achab. [133] Alors, Michée n’eut que ce qu’il méritait, être mis en prison et nourri avec le pain de l’affliction et l’eau de l’affliction pour avoir osé contredire le vicaire de Dieu sur terre. [134] Et Jérémie fut justement jeté dans une fosse pour avoir prophétisé contre son seigneur Sédécias. [135] Si ses principes étaient vrais, il serait étrange, en vérité, qu’aucun de tous ces princes, ni aucun autre ayant existé, n’ait compris ses propres privilèges. Et il est encore plus étrange que Dieu Tout-Puissant ait pris le parti de ces prophètes rebelles et ait justifié leurs prophéties par les événements s’il est vrai que personne, sinon le souverain d’une république chrétienne (la raison est la même pour les Juifs) ne peut savoir ce qu’est ou ce que n’est pas la parole de Dieu. [136]
T.H.
Pour lever les doutes de Monseigneur, en premier lieu, je reconnais qu’il y eut
de vraies prophéties et de vrais prophètes dans l’Eglise de Dieu depuis Abraham
jusqu’à notre Sauveur, le plus grand prophète de tous, le dernier de l’Ancien
Testament et le Premier du Nouveau Testament. Après l’époque de notre Sauveur
jusqu’à la mort de Saint Jean l’apôtre, il y eut de vrais prophètes dans
l’Eglise du Christ. Dieu leur parla de manière surnaturelle et attesta leur
mission par des miracles. De ceux qui, dans les Ecritures, sont appelés
prophètes sans miracles [137]
(et pour cette seule raison qu’ils parlèrent aux hommes au nom de Dieu et à
Dieu au nom des hommes), ils sont, ont été et seront innombrables. Monseigneur
est un tel prophète et tels sont les pasteurs de l’Eglise Chrétienne. Mais la
question, ici, est celle des prophètes qui, à partir de la parole de (327)
Dieu, prédisent des choses futures ou font d’autres miracles. De ce genre, je
nie qu’il y en ait eu depuis la mort de Saint Jean l’Evangéliste. Si quelqu’un
pense que je me trompe, il doit en nommer un pour lequel nous serions tenus de
reconnaître qu’il ait fait un miracle, chassé un démon ou soigné une maladie
par la seule invocation de la Majesté Divine. Nous ne sommes pas tenus de
croire à la légende des saints romains, à la vie de Saint Martin écrite par
Sulpice Sévère, aux fables du clergé romain ni à ces choses que certains
théologiens prétendent avoir faites ici à l’époque du roi Jacques [138].
En second lieu, il dit que je fais peu de différence entre un prophète,
un fou et un démoniaque ; à quoi je réponds qu’il m’accuse
faussement. Je ne dis rien de plus que ceci, que je ne vois rien du tout
dans les Ecritures qui exige qu’on croie que les démoniaques étaient autre
chose que des fous. [139]
Et un théologien de valeur, M. Mede, a tiré des arguments très probables
des Ecritures. Mais, concernant les prophètes, je dis seulement que les Juifs,
aussi bien dans l’Ancien Testament que dans le Nouveau, considéraient que
c’était tout un d’être fou ou démoniaque, et je le prouve par de
nombreux passages des Ecritures, pris dans l’Ancien et le Nouveau Testaments.
En troisième lieu, c’est mon opinion que la prétention à l’inspiration Divine
ou le fait de se l’arroger suffit à montrer qu’on est fou ; mais
Monseigneur n’entend pas le mot inspiration dans le même sens que moi. A
proprement parler, il entend par ce mot le souffle de Dieu en l’homme ou
l’afflux en lui de la substance et des grâces divines. Et, en ce sens, celui
qui s’arroge l’inspiration, qui ne comprend pas ce qu’il dit et qui n’est pas
compris par les autres (328) est proprement fou à un certain degré. Mais je
comprends le mot inspiration métaphoriquement en voulant dire que Dieu
guide nos esprits vers la vérité et la piété. En quatrième lieu, alors qu’il
dit que je considère que la prétention à l’inspiration est pernicieuse
pour la paix, je réponds que je pensais que Monseigneur était de mon opinion
car ces hommes qui, lors de la récente guerre civile, prétendaient être
inspirés et avoir reçu une nouvelle lumière et être les seuls à avoir la foi,
il les a appelés fanatiques. Il les a appelés fanatiques dans son
livre et pendant toute sa vie. Et qu’est-ce qu’un fanatique, sinon un fou ?
Et qu’est-ce qui peut être plus pernicieux pour la paix que les révélations que
prétendaient faire ces fanatiques ? Je ne dis pas qu’il n’y eut pas d’autres
doctrines d’hommes qui ne furent pas appelés des fanatiques et qui furent
pourtant en grande partie la cause de ces troubles. En cinquième lieu, du fait
que, selon moi, les révélations prophétiques doivent être soumises à
l’approbation du souverain légitime, il infère que, de deux prophètes
prophétisant la même chose en même temps dans les empires de deux princes
différents, l’un sera un vrai prophète, l’autre un faux. La conséquence n’est
pas bonne car, vu qu’ils enseignent des doctrines différentes, ils ne sauraient
tous les deux les confirmer par des miracles. Mais ce que je prouve dans ce
passage (vol. iii, p.426) qu’il cite [140],
c’est qu’il est au pouvoir du souverain de l’endroit de décider si l’une ou
l’autre des doctrines sera ou non enseignée publiquement. Mieux ! je dis
désormais : si un prophète vient voir un particulier au nom de Dieu, ce
particulier pourra juger, avant de lui obéir, s’il est ou non un vrai prophète.
Voyez 1.Jean, iv.1. [141]
En sixième lieu, alors qu’il dit que, d’après mon raisonnement, le Christ
devait être réputé faux prophète partout parce que sa (329) doctrine n’était
reçue nulle part, [142]
Sa Seigneurie a lu mon livre avec une plus grande négligence qu’il ne convient
à quelqu’un qui voudrait me réfuter. Mon raisonnement est celui-ci : le
Christ, par le droit de son Père, était roi des Juifs et, par conséquent,
prophète suprême et juge de tous les prophètes. Ce que les autres princes
pensaient de ses prophéties, ce n’est pas le sujet. Je n’ai jamais dit que les
princes pouvaient rendre les doctrines et les prophéties vraies ou fausses mais
je dis que tout souverain a le droit d’interdire l’enseignement public des
doctrines, qu’elles soient vraies ou fausses. Mais quel oubli, chez un
théologien, que de dire que le Christ n’eut l’approbation d’aucun souverain
alors qu’il avait l’approbation de Dieu qui était le Dieu des Juifs et le
Christ son vice-roi, alors que toute la bible fut écrite (Jean,
XX.31) [143]
pour le prouver ; quand les miracles le révélèrent, quand Pilate le
reconnut et quand la fonction des apôtres fut de le proclamer ! En
septième lieu, si nous ne devons pas considérer, sur les points de la foi
Chrétienne, qui est le prophète souverain, c’est-à-dire celui qui est juste
sous le Christ notre chef et gouverneur suprême, j’aurais souhaité que
Monseigneur, avant sa mort, ait pu éclaircir ces quelques questions.
N’avons-nous pas besoin d’un juge des doctrines controversées ? Je pense
que ceux qui ont vu la rébellion qui suivit la controverse entre Gomar et
Arminius ici ne le nieront pas. Il faut donc un juge des doctrines. Mais, dit
l’Evêque, pas le roi. Qui alors ? Le docteur Bramhall sera-t-il ce
juge ? Aussi profitable que soit cette fonction, il ne manquait pas assez
de modestie pour dire cela. Sera-ce un laïque ? Non, personne n’a jamais
pensé cela. Donnera-t-on cette focntion à un pasteur presbytérien ? Non,
ce serait déraisonnable. Un synode de presbytériens aurait-il cette
fonction ? Non, car la plupart des (330) pasteurs de l’Eglise primitive
étaient indubitablement subordonnés aux evêques et les autres étaient évêques.
Qui alors ? Un synode d’évêques ? Très bien. Sa Seigneurie, trop
modeste pour prendre tout le pouvoir, se serait contentée de la vingt-sixième
part. Mais, en supposant que la fonction soit détenue par un synode d’évêques,
qui le convoquera ? Le
roi. Et s’il ne le veut pas ? Qui l’excommuniera ou, s’il dédaigne votre
excommunication, qui lui enverra un bref de significavit? [144] Non, tout cela était loin des
pensées de Monseigneur. Le pouvoir du clergé, à moins d’être soutenu légalement
par le roi ou illégalement par la multitude, n’est plus rien. Mais Suarez et
les Scolastiques ne se gagneront jamais la multitude qui ne les comprend pas.
En outre, il est peu d’évêques capables de jouer un sermon [145] – qui est une puissante partie de
la rhétorique – aussi bien que différents presbytériens et prédicateurs
fanatiques. Je conclus donc qu’il est impossible que Monseigneur ait cru que la
juridiction suprême en matière de religion pourrait être aussi bien placée
ailleurs qu’à la tête de l’Eglise qui est le roi. Ainsi, Sa Seigneurie et
moi-même pensons la même chose; mais, comme Monseigneur ne savait pas comment
déduire cette opinion, il était en colère contre moi qui ai su le faire. Il dit
ensuite que, par mes principes, celui qui blasphème le Christ à
Constantinople est un vrai prophète; comme si un homme qui blasphème le
Christ pouvait produire un miracle pour légitimer son blasphème. En effet,
selon mes principes, aucun homme n’est un prophète si Dieu ne confirme pas sa prophétie
par un miracle. [146] En dernier lieu, de ce que le
souverain légitime est le juge des prophéties, il déduit que (331) Samuel et
les autres prophètes étaient de faux prophètes qui se disputèrent avec leurs
souverains. Pour ce qui est de Samuel, il était à cette époque le juge,
c’est-à-dire le prince souverain d’Israël et il fut reconnu par Saül. En effet,
Saül reçut, par les mains de Samuel, [147] le royaume de Dieu lui-même qui
avait le droit de le donner et de le prendre. Et Dieu le lui donna à lui seul et
pas à ses descendants bien que, si Saül avait obéi à Dieu, il aurait aussi
choisi ses descendants. Le commandement de Dieu était qu’il n’épargnât pas
Agag. Saül n’obéit pas. [148] Dieu envoya donc Samuel lui
dire [149] qu’il était rejeté. [150] Pour autant, Samuel ne résista pas
à Saül. S’il fut la cause de la mort d’Agag, [151] ce fut avec le consentement de
Saül. Enfin, Saül avoua son péché. Où est cette contestation avec Saül? Après
cela, Dieu envoya Samuel oindre David, non pour qu’il dépose Saül mais pour qu’il
lui succède, les fils de Saül n’ayant jamais eu un droit de succession. David
ne fit jamais la guerre à Saül, sans même lui résister mais il fuit sa
persécution. Mais, quand Saül mourut, il revendiqua alors son droit contre la
maison de Saül. Quelle rébellion ou résistance Monseigneur a-t-il pu trouver
ici, soit en Samuel, soit en David? De plus, toutes ces actions sont
surnaturelles et n’obligent pas à l’imitation. Y a-t-il aujourd’hui un prophète
ou un prêtre qui puisse installer un autre roi en Angleterre, en Ecosse ou en
Irlande sous prétexte de prophétie ou de religion? Que fit Jéroboam à l’homme
de Dieu (1. Rois xiii.) qui, à Béthel, prophétisa contre l’autel sans
d’abord faire de miracle, sinon essayer de se saisir de lui pour avoir parlé
témérairement de l’acte du roi et, après le desséchement miraculeux de sa
main [152], désirer que (332) le prophète
priât pour lui? [153] Le péché de Jéroboam n’était pas sa
défiance à l’égard du prophète mais son idolâtrie. Il était seul juge de la
vérité de ce que disait l’homme de Dieu contre l’autel et des actions conformes
à l’équité. Qu’est-ce que l’histoire d’Elie et d’Achab (1. Rois xviii.)
sinon une confirmation du droit même d’Achab de juger des prophéties? Elie dit
à Achab qu’il avait transgressé le commandement de Dieu. Un ministre [de Dieu]
peut aujourd’hui dire la même chose à son souverain s’il le fait avec sincérité
et discernement. Achab dit à Elie qu’il troublait Israël. [154] Pour trancher la controverse, Elie
désira qu’il y ait une épreuve. [155] Envoie, dit-il, et assemble tout
Israël. Assemble aussi tous les prophètes de Baal, quatre cent cinquante. Achab
le fit. La question fut ainsi présentée au peuple : si le Seigneur est
Dieu, suivez-le; si c’est Baal, suivez-le. Alors, on déposa sur les autels de Dieu
et de Baal le bois et les taureaux et la cause devait être jugée par le feu
venu du ciel pour brûler les sacrifices. Ce qu’Elie obtint, les prophètes de
Baal ne purent l’obtenir. Cette cause n’était-elle pas plaidée ici devant
Achab. La sentence d’Achab n’était pas nécessaire car Elie, à partir de ce
moment, ne fut plus persécuté par Achab mais par sa femme Jezabel. L’histoire
de Michée (2 Chron. Xviii) est celle-ci. Achab, roi d’Israël, consulta
les prophètes, au nombre de quatre cents, pour savoir s’il remporterait ou non
la victoire au cas où il irait se battre avec Josaphat, roi de Juda, contre les
Syrians à Ramoth de Galaad. Le prophète Michée fut aussi appelé et les deux
rois, Achab et Josaphat, s’assirent pour écouter les prophéties. Il n’y eut
aucun miracle. Les quatre cents annoncèrent la victoire. Michée seul annonça le
contraire. Le roi était (333) juge et très concerné par l’événement. Il n’avait
reçu aucune révélation sur l’affaire. Que pouvait-il faire de plus sensé que de
suivre le conseil des quatre cents plutôt que celui d’un seul homme? Mais il
arriva le contraire car il fut tué, non pour avoir suivi le conseil des quatre
cents mais à cause de son meurtre de Naboth et à cause de son idolâtrie. Il
pécha aussi en affligeant Michée de l’emprisonnement. Mais un jugement injuste
n’ôte pas à un roi son droit de juridiction. De plus, que vient faire ici tout
cela et Jérémie qu’il cite à la fin alors que la question est de savoir qui est
juge de la doctrine Chrétienne.
J.D. Il ne considère pas le Saint-Esprit plus favorablement que Dieu le Fils. Quand Saint Pierre dit que les esprits saints parlèrent comme s’ils étaient mus par le Saint-Esprit [156], il dit : Par l’esprit, il faut entendre la voix de Dieu dans un rêve ou dans une vision surnaturelle [157] et il ne fait de ces rêves et de ces visions rien de plus que des imaginations qu’ils avaient dans leur sommeil ou dans une extase qui, en tout vrai prophète, étaient surnaturelles mais qui, chez les faux prophètes, étaient soit naturelles, soit feintes [158] et plus vraisemblablement fausses que vraies. Dire que Dieu lui a parlé dans un rêve n'est rien de plus que dire qu'il a rêvé que Dieu lui parlait; &c. Dire qu'il a eu une vision, ou entendu une voix, est dire qu'il a rêvé, entre le sommeil et la veille. [159] Ainsi, le Saint-Esprit de Saint Pierre en vient à être leurs propres imaginations qui pouvaient être feintes, erronées ou vraies. Comme si le Saint-Esprit n’entrait que dans leurs yeux et leurs oreilles et pas dans leur entendement et leur esprit ; ou comme si le Saint-Esprit ne gravait pas dans leur cœur la vérité et l’assurance de leurs prophéties. Qu’une nouvelle lumière (334) soit infusée dans leur entendement ou que de nouvelles grâces soient inspirées dans leur cœur, tout cela est fait, causé ou créé immédiatement par le Saint-Esprit et c’est la même chose pour ses [160] imaginations si elles surnaturelles.
T.H. Les passages de mon Léviathan qu’il cite sont tous, tels qu’il sont, à la fois vrais et clairement prouvés. En coucher des fragments par écrit n’est pas les réfuter ni présenter des arguments contre eux. Ses conclusions ne sont pas déduites. Je n’ai jamais dit que le Saint-Esprit était une imagination, un rêve ou une vision mais j’ai dit que le Saint-Esprit parlait le plus souvent dans les Ecritures par rêves et visions surnaturelles. Ce qu’il dit ensuite, comme si le Saint-Esprit n’entrait que dans leurs yeux et leurs oreilles et pas dans leur entendement et leur esprit, je le laisse passer parce que je saurais comprendre cette phrase. Ses derniers mots, qu’une nouvelle lumière, &c., je les comprends et les approuve.
J.D. Mais il doit nécessairement tomber dans ces absurdités, lui qui fait de l’inspiration une plaisanterie. Ceux qui prétendent que l'inspiration divine est l'entrée surnaturelle du Saint-Esprit dans un homme se trouvent, pense-t-il, dans un dangereux dilemme : s'ils ne rendent pas un culte aux hommes qu'ils croient ainsi inspirés, ils tombent dans l'impiété ; et s'ils leur rendent un culte, ils commettent l'idolâtrie. [161] C’est ainsi qu’on se trompe quand on fait du Saint-Esprit quelque chose de corporel, quelque chose qui est soufflé en l’homme et quand on fait des grâces du Saint-Esprit des grâces corporelles. Et, dit-il, les expressions vertu versée ou infuse, vertu insufflée ou inspirée sont aussi absurdes et dénuées de signification que l’expression quadrilatère rond. [162] Il compte au nombre des erreurs courantes que la foi et la sainteté ne sont pas atteintes par l’étude et la raison, mais par l’inspiration ou l’infusion surnaturelles. Et il donne ceci pour une solide raison : La foi (335) et la sainteté ne sont en vérité pas très fréquentes, mais elles ne sont cependant pas des miracles : elles viennent de l'éducation, de la discipline, du redressement, et des autres voies naturelles. [163] Je voudrais voir le plus grand de tous les Pélagiens voler plus haut. [164]
T.H. Je ne fais pas ici de l’inspiration une plaisanterie. Sérieusement, je dis que, dans la signification propre des mots inspiration et infusion, dire que la vertu est inspirée ou infusée est aussi absurde que de dire qu’un quadrilatère est rond. Mais, métaphoriquement, pour signifier le don divin de la foi, de la grâce ou d’une autre vertu, ces mots sont assez intelligibles.
J.D. Pourquoi se soucie-t-il du Saint-Esprit, lui qui ne reconnaît aucun esprit, sinon un corps fluide subtil, un fantôme, une idole ou un phantasme de l’imagination, [165] qui ne connaît ni la grâce intérieure, ni la sainteté intrinsèque ? Le mot saint est un mot qui, dans le royaume de Dieu, correspond à ce que les hommes, dans leurs royaumes, appellent public ou royal. [166] Et encore partout où le mot saint est pris au sens propre, il signifie toujours quelque chose d'acquis en propriété par consentement. [167] Sa sainteté est une relation, non une qualité car la sanctification intérieure ou la réelle sainteté infusée (ce pourquoi la troisième personne est appelée le Saint-Esprit, parce qu’il n’est pas seulement saint en lui-même mais qu’il nous rend aussi saints) lui est si étrangère qu’il la nie entièrement et la rejette.
T.H. J’ai défini le mot saint dans les passages que cite ici Monseigneur et l’usage qu’en font les Ecritures montre manifestement que c’était la véritable signification du mot. Il n’y a rien de plus difficile dans la science que de déterminer la signification des mots. Cette difficulté (336) l’excuse. Il dit que la sainteté, selon le sens que je donne à ce mot, est une relation, non une qualité. Tous les savants accordent que la qualité est un accident, de sorte que, en attribuant à Dieu la sainteté comme une qualité, il se contredit car, au début de son discours, il a nié, et justement, qu’il y ait quelque accident en Dieu, disant que tout ce qui est en Dieu est la substance Divine. Il affirme aussi qu’attribuer un accident à Dieu est nier la simplicité de la substance Divine. Et ainsi, Monseigneur fait de Dieu un esprit corporel, comme moi. Ici et partout dans son propos, il révèle tant d’ignorance que, s’il m’avait seulement accusé d’erreur, et non d’athéisme, je n’aurais pas jugé nécessaire de lui répondre.
J.D. On nous apprend dans notre credo à croire en l’Eglise catholique ou universelle. [168] Mais Thomas Hobbes nous apprend le contraire : que, s’il existe plus d’une seule Eglise Chrétienne, toutes ensemble ne constituent pas une seule Eglise personnellement. [169] Et plus clairement encore : or, si le nombre total de Chrétiens n’est pas contenu en une seule république, ils ne sont pas une seule personne et il n’existe pas une Eglise universelle qui ait autorité sur eux. [170] Et encore : L’Eglise universelle n’est pas une seule personne dont on puisse dire qu’elle a agi ou décrété ou ordonné ou excommunié ou absous. [171] Cela réduit totalement à néant toute l’autorité des conciles généraux.
Tous les hommes font une distinction entre l’Eglise et la république. Seul Thomas Hobbes en fait une seule et même chose. La république des Chrétiens et l’Eglise des Chrétiens sont tout à fait la même chose, avec deux noms pour deux raisons. En effet, la matière de l’Eglise et celle de la république sont la même, (337) à savoir les mêmes Chrétiens, et la forme est la même, elle consiste dans le pouvoir loyal de les convoquer. [172] Et, de là, il conclut que toute république Chrétienne est une Eglise dotée de toute l’autorité spirituelle. [173] Et encore plus largement : l’Eglise, si elle est une unique personne, est la même chose qu’une république de Chrétiens, appelée une république parce qu’elle est composée d’hommes unis en une unique personne, leur souverain ; et une Eglise parce qu’elle est composée de Chrétiens unis en un unique souverain Chrétien. [174] A ce compte-là, il n’y eut aucune Eglise Chrétienne dans ces parties du monde pendant plusieurs centaines d’années après la mort du Christ parce qu’il n’y avait aucun souverain Chrétien.
T.H. Pour répondre à ce passage, je dis seulement ceci, que je prends l’Eglise, comme dans tous ces passages, pour une assemblée de Chrétiens sur la Terre, incorporés en une unique personne qui peut prendre la parole, ordonner, faire tout acte d’une personne et tout ce qu’il cite de mes écrits est exact. Je dis aussi que toutes les assemblées privées, même si leurs croyance sont vraies, ne sont pas à proprement parler des Eglises. Il n’y a aucune unique Eglise universelle ici sur la Terre qui soit une personne dotée d’une autorité universelle pour gouverner tous les Chrétiens de la Terre, pas plus qu’il n’existe un seul prince ou Etat souverain universel sur la Terre qui ait le droit de gouverner tous les hommes. Je nie aussi que le clergé entier d’un royaume ou d’un Etat Chrétien, assemblé, soit le représentant de cette Eglise au-delà de ce que les lois civiles permettent ou qu’il puisse s’assembler sans l’ordre ou l’autorisation du pouvoir civil souverain. Je dis encore que la négation de ce point tend en Angleterre (338) à ôter au Roi sa suprématie dans les causes ecclésiastiques. Mais Sa Seigneurie n’a pas ici nié ce que j’ai dit, elle s’est contentée de citer mes paroles. Monseigneur dit aussi que cette doctrine détruit l’autorité de tous les conciles généraux, ce que je reconnais. Aucun concile général, à ce jour en Angleterre, n’a ou n’a eu force de loi sans l’autorité du roi.
J.D.
Il n’est pas plus orthodoxe sur les Saintes Ecritures. Jusqu’alors
(c’est-à-dire pour les livres de Moïse) le pouvoir de rendre les Ecritures
canoniques appartenait au souverain civil. [175]
Il dit la même chose de l’Ancien Testament, rendu canonique par Esdras. [176]
Pour le Nouveau Testament, il dit que ce n'étaient
pas les apôtres qui rendaient leurs propres écrits canoniques, mais que chaque
converti les considérait comme tels pour lui-même. [177] Avec cette restriction néanmoins que, tant que le
gouverneur souverain ne les avait pas precrits, ils n’étaient que des conseils
et des recommandations et, qu’ils fussent bons ou mauvais, celui qui était
conseillé pouvait sans injustice refuser de les observer et, si ces conseils et
recommandations étaient contraires aux lois établies, il ne pouvait sans
injustice les observer. [178] Selon lui, les premiers Chrétiens étaient dans une belle
situation ! Il est certain que les Evangiles étaient contraires aux lois
alors établies. Mais, plus clairement, il dit : la parole de
l’interprète des Ecritures est la parole de Dieu. [179] C’est le même qui est interprète des Ecritures et qui
est le juge souverain de toutes les doctrines, c’est-à-dire le magistrat
souverain, celui à l’autorité duquel il ne faut pas moins se tenir qu’à
celle des premiers fidèles qui nous ont recommandé les Ecritures comme canon de
la foi. [180] Ainsi, si des souverains Chrétiens qui interprètent
différemment les textes [181] (339) se heurtent l’un à l’autre dans leur bonne ou
mauvaise interprétation des Ecritures, comme ils le font chaque jour, la parole
de Dieu se contredit alors. Ce qui est la parole de Dieu dans une république
est la parole du Diable dans une autre république. La même chose peut être
vraie et fausse en même temps. C’est là le privilège de Thomas Hobbes :
faire que des doctrines contradictoires soient toutes les deux vraies en même
temps.
T.H. Sans aucun doute,
l’autorité qui fait des Ecritures ou de tout autre écrit une loi doit être la
même que celle qui interprète les Ecritures ou, autrement, ces lois sont faites
en vain. Mais obéir est une chose, croire en est une autre, laquelle distinction
n’est peut-être jamais venue aux oreilles de Monseigneur. Obéir est faire ou
s’abstenir de faire quelque chose selon qu’on nous l’ordonne et cela dépend de
la volonté mais la croyance ne dépend pas de la volonté mais de la providence
et de la façon dont nos cœurs sont guidés, choses qui sont dans les mains de
Dieu Tout-Puissant. Les lois n’exigent que de l’obéissance mais la croyance
requiert des professeurs et des arguments tirés de la raison ou d’une chose à
laquelle on croit déjà. Quand il n’y a aucune raison de croire, il n’y a aucune
raison d’être obligé de croire. La raison pour laquelle les hommes croient est
tirée de l’autorité des hommes dont nous n’avons aucune raison légitime de nous
méfier, c’est-à-dire d’hommes qui ne tirent pas un profit du fait de nous
tromper et d’hommes qui n’ont pas l’habitude de mentir, ou, autrement, de
l’autorité d’hommes dont les promesses, les menaces et les affirmations ont été
confirmées par Dieu avec des miracles que nous avons vus. Si ce n’est pas par
l’autorité du roi que les Ecritures sont une loi, par quelle autre autorité
est-ce ? Ici, quelqu’un qui serait de l’avis de Monseigneur, pourrait
peut-être rire et (340) dire que c’est l’autorité de Dieu qui en fait une loi.
J’accorde cela mais ma question est : par quelle autorité les hommes
vont-ils croire que Dieu est l’auteur des Ecritures ? Alors, Monseigneur,
déconcerté, se serait retourné [182] et aurait dit [183] que l’autorité des Ecritures montrait bien que Dieu en est
l’auteur. Si l’on dit que nous devons croire aux Ecritures sur l’autorité de
l’Eglise universelle, pourquoi les livres dits Apocryphes ne sont-ils pas la
parole de Dieu au même titre que les autres livres ? Si cette autorité est
dans l’Eglise d’Angleterre, elle n’est alors autre que l’autorité du chef de
l’Eglise, le roi. En effet, sans chef, l’Eglise est muette. L’autorité est donc
dans le roi et c’est tout ce que je me contente de dire sur ce point. Pour ce
qui est des lois des Gentils [184] concernant la religion aux premiers temps de l’Eglise, je
reconnais qu’elles étaient contraires à la foi Chrétienne. Mais aucune de ces
lois, ni la terreur, ni la volonté d’un homme ne peuvent ôter la foi, même si
elles peuvent contraindre à une obéissance extérieure. Et, bien que je puisse
blâmer les princes païens d’avoir contraint des hommes à dire ce qu’ils ne
pensaient pas, je n’absous pourtant pas tous ceux qui ont eu le pouvoir dans
les Eglises Chrétiennes en commettant la même faute. En effet, je crois que,
depuis l’époque des quatre premiers conciles généraux, il y a eu plus de
Chrétiens tués et brûlés dans l’Eglise Chrétienne par l’autorité ecclésiastique
– à cause de la seule religion et non pour cause de sédition – que par les lois
des empereurs païens. Tout ce que l’Evêque fait dans cet argument, c’est de supprimer
la suprématie du roi. Ah ! Mais, dit-il, si deux rois interprètent un
passage des Ecritures en deux sens contraires, il s’ensuivra que les deux
auront raison. Non, il ne s’ensuit pas cela. En effet, (341) l’interprétation,
même si elle est faite par une autorité légitime, n’est pas pour cela toujours
vraie. Si la doctrine qui interprète dans un sens est nécessaire au salut,
alors ceux qui soutiennent l’autre sens mourront dans leurs péchés et seront
damnés. Mais si la doctrine, interprétant dans un sens ou dans le sens
contaire, n’est pas nécessaire au salut, alors tout est bien, excepté que,
peut-être, les deux partis se traiteront réciproquement d’athées et se feront
la guerre.
J.D. Tout le pouvoir, la
vertu, l’utilité et l’efficacité qu’il attribue aux Saints sacrements, c’est
d’être des signes ou des commémorations. [185] Pour ce qui est de sceller, de confirmer, de conférer la
grâce, il ne reconnaît rien. Il dit la même chose en particulier du
baptême. [186] Selon ses arguments, le chapeau rouge d’un cardinal ou la
masse d’un sergent d’armes peuvent être appelés des sacrements aussi bien que
le baptême ou la sainte eucharistie s’ils sont seulement des signes et des
commémorations d’un bénéfice. S’il objecte que le baptême et l’eucharistie sont
d’institution divine mais que le chapeau rouge d’un cardinal ou la masse d’un
sergent d’armes ne le sont pas, il dit la vérité mais cela ne l’avantage pas et
ne sert pas son propos, vu qu’il dérive toute l’autorité de la Parole et des
sacrements, par rapport aux sujets, et toutes nos obligations envers eux, de
l’autorité du magistrat souverain sans lequel ces mots Repentez-vous et
soyez baptisés au nom de Jésus ne sont que des conseils et non des
ordres. [187] Et la masse d’un sergent d’armes et le baptême procèdent
aussi de la même autorité. Et cela, il le dit d’après cette raison stupide, que
rien n’est un commandement dont l’accomplissement tend à notre propre bénéfice. [188] Il pourrait tout aussi bien nier que les dix commandements
soient des commandements parce qu’une promesse avantageuse leur est annexée. Fais
cela et tu vivras ; [189] Maudit (342) qui n’accomplit pas les paroles de
cette loi en les pratiquant. [190]
T.H. Des sacrements, je ne
dis rien de plus que ceci : que ce sont des signes ou des commémorations.
Il trouve que je suis fautif de ne pas ajouter les sceaux, les confirmations
et le fait que les sacrements confèrent la grâce. D’abord, je voudrais
lui demander si un sceau est autre chose qu’un signe par lequel nous nous
souvenons de quelque chose que nous avons promis, accepté, reconnu, donné ou
entrepris. Les autres signes, même sans un sceau, n’ont-ils pas
une force suffisante pour me convaincre ou m’obliger ? Un écrit qui crée
une obligation ou qui décharge, [191] simplement signé du nom d’une personne, est aussi obligatoire
qu’un contrat signé et scellé s’il est suffisamment prouvé, bien que,
d’aventure, il faille une plus longue procédure pour obtenir justice. Mais
Monseigneur, je pense, connaît mieux que moi la force des contrats et des
billets [192]. Je sais pourtant que, au tribunal céleste, cette
différence entre dire, signer et sceller, à laquelle Monseigneur semble
prétendre, n’existe pas. Je suis baptisé pour commémorer que je me suis engagé.
Je reçois le sacrement de la Sainte Cène pour commémorer que le corps du Christ
fut rompu et que son sang fut versé pour ma rédemption. Que peut-on trouver de
plus précis sur la nature de ces sacrements dans les Ecritures ou dans le livre
des prières publiques ? Le pain, le vin et l’eau ont-ils dans leur propre
nature une autre qualité qu’ils n’avaient pas avant la consécration ? Il
est vrai que la consécration donne à ces corps une nouvelle relation en tant
qu’ils sont donnés et dédiés à Dieu, c’est-à-dire qu’elle les rend saints mais
elle ne change pas leurs qualités. Mais, de même que certains jeunes gens
stupides, revenant de France, affectent de parler un mauvais anglais (343) pour
qu’on pense qu’ils maîtrisent parfairement la langue française, de même Sa
Seigneurie, je pense, pour sembler comprendre parfaitement le langage
inintelligible des Scolastiques, prétend ignorer sa langue maternelle. Il parle
ici d’ordre et de conseil comme s’il n’était pas anglais et comme
s’il ne connaissait pas la différence de sens de ces mots. Quel Anglais, quand
il commande, dit plus que Fais ceci, s’attendant pourtant à être obéi si
l’obéissance lui est due ? Mais, quand il dit Fais ceci et tu auras
telle ou telle récompense, il encourage l’autre individu, le conseille ou
négocie avec lui mais il n’ordonne pas. Ah ! L’entendement d’un Scolastique !
J.D. Parfois, il est pour les
saints ordres et donne aux pasteurs de l’Eglise le droit d’ordination et
d’absolution et l’infaillibilité, ce qui est trop pour un pasteur particulier
ou pour les pasteurs d’une seule Eglise particulière. Il est manifeste que
la consécration des principaux docteurs de chaque Eglise et l’imposition des
mains dépendent des docteurs de la même Eglise. [193] Et : On ne peut douter que le pouvoir de lier et
de délier fut donné par le Christ aux futurs pasteurs de la même manière qu’aux
apôtres présents. [194] Et : Notre Sauveur a promis à ses apôtres cette
infaillibilité dans les choses qui sont nécessaires au salut jusqu’au jour du
jugement, c’est-à-dire aux apôtres et aux pasteurs qui seraient consacrés
successivement par les apôtres par l’imposition des mains. [195]
Mais, à d’autres moments, il donne
un coup de pied dans l’ensemble. [196] Les souverains chrétiens sont donc les
pasteurs suprêmes et les seules personnes que les Chrétiens entendent
aujourd'hui transmettre la parole de Dieu, à l'exception de ceux auxquels Dieu,
de nos jours, parle de façon surnaturelle. [197]
Qu’en est-il de l’infaillibilité promise ? Et : C'est du souverain civil que tous les autres pasteurs tirent
leur droit d'enseigner, de prêcher, et d'exercer toutes les autres fonctions en
rapport avec cette fonction, et ils ne sont que ses ministres, de la même
manière que les magistrats des villes, les juges des cours de justice, et les
chefs d'armées. [198] Qu’en est-il désormais de leur ordination ? Les magistrats,
les juges et les généraux n’ont pas besoin de qualifications antérieures. Il
fait de l’autorité pastorale des souverains une autorité jure divino et
de l’autorité de tous les autres pasteurs une autorité jure civili. Il
ajoute : Seul le souverain civil est juge de l’hérésie chez ses
sujets. [199]
Enfin, l’Eglise n’excommunie
personne, sinon par l’autorité du prince. Et : L’excommunication ne
produit aucun effet, aucun dommage dans ce monde, aucune terreur sur un apostat
si le pouvoir persécute ou n’assiste pas l’Eglise, et, dans le monde à venir,
elle ne met pas les apostats dans une situation pire que celle des hommes qui
n’ont jamais cru. Le dommage retombe plutôt sur l’Eglise. L’excommunication
d’un sujet Chrétien qui obéit aux lois de son propre souverain n’a aucun effet. [200] Qu’en est-il maintenant du pouvoir de lier et de
délier ?
T.H. D’abord, Monseigneur
condamne ici ma trop grande bonté à l’égard des pasteurs de l’Eglise, comme si
j’attribuais l’infaillibilité à chaque ministre particulier ou, du moins, à
l’assemblée des pasteurs d’une Eglise particulière. Mais il se trompe. Je n’ai
jamais eu l’intention de les flatter tant. Je dis seulement que (345) la
cérémonie de la consécration et de l’imposition des mains leur appartient, et
cela d’aucune autre manière que celle donnée par les lois de la république.
L’evêque consacre mais le roi, à la fois, le fait evêque et lui donne son
autorité. Le chef de l’Eglise, non seulement donne le pouvoir de consécration,
de dédicace et de bénédiction, mais exerce aussi l’acte lui-même s’il le veut.
Salomon le fit, et le livre des canons dit que le Roi d’Angleterre a tout le
droit qu’avait un bon Roi d’Israël ; on aurait pu ajouter que tout autre
roi souverain ou assemblée souveraine avait dans son empire. Je nie qu’un
pasteur, une assemblée de pasteurs d’une Eglise particulière ou toutes les
Eglises de la Terre, même unies, soient infaillibles. Cependant, je dis que les
pasteurs assemblés d’une Eglise Chrétienne le sont, sur tous les points nécessaires
au salut. Sur le fait de savoir quels points sont nécessaires au salut,
nous différons car, au quarante-troisième chapitre de mon Léviathan,
j’ai prouvé que cet article, Jésus est le Christ, est l’unum
necessarium, le seul article nécessaire au salut, [201] ce contre quoi Monseigneur n’a présenté aucune objection.
Lui, semble-t-il, voudrait que soit nécessaire au salut toute doctrine qu’il
juge telle. Sans aucun doute, sur cet article, Jésus est le Christ,
chaque Eglise est infaillible car, autrement, il n’y aurait pas d’Eglise. Puis
il dit que je renverse encore cela en disant que les souverains Chrétiens sont
les pasteurs suprêmes, c’est-à-dire les chefs de leur propre Eglise, qu’ils
ont leur autorité jure divino et que tous les autres pasteurs l’ont civili.
Comment un évêque en vient-il à avoir autorité sur moi, sinon par des lettres
patentes du Roi ? Je me souviens d’un parlement où un (346) évêque, grand
prédicateur et homme bon, avait été blâmé pour un livre qu’il venait de publier
où il soutenait le jus divinum des évêques, une chose qui, ici, avant la
Réforme, n’avait jamais été acceptée par le pape. Deux jus divinums [202] ne peuvent coexister dans un royaume. Dans le dernier
passage, il n’apprécie pas que l’Eglise excommunie par l’autorité du roi,
c’est-à-dire par l’autorité du chef de l’Eglise. Mais il ne dit pas pourquoi.
Il pourrait tout aussi bien ne pas apprécier que les magistrats d’un royaume
remplissent leur fonction par l’autorité du chef du royaume. Sa Seigneurie se
trompait largement si elle pensait que de tels empiétements n’ajouteraient rien
à la richesse, à la dignité, à l’honneur ou à la durée de cet ordre. Ils sont
des pasteurs de pasteurs mais ils sont aussi les brebis de celui qui est sur
terre leur pasteur souverain qui, lui-même, est une brebis de ce pasteur
suprême qui est dans le ciel. Et s’ils remplissaient leur fonction pastorale,
tant dans la vie que par la doctrine, comme ils devraient le faire, une
rébellion dangereuse ne pourrait jamais naître dans ce pays. Mais, si le
peuple, un jour, voit l’ambition de ceux qui les enseignent, il aura vite fait
d’en tirer la leçon plutôt que d’apprendre une autre doctrine ; et, de
l’ambition, naît la rébellion.
J.D. Peut-être certains disciples de Thomas Hobbes désirent-ils savoir quels espoirs de joies célestes ils peuvent nourrir selon les principes de leur maître. Sans grand plaisir, ils peuvent lire ceci : On ne trouve aucune mention dans les Ecritures du coelum empyraeum (et cette idée n’est pas fondée en raison), [203] c’est-à-dire d’un paradis des bienheureux où les saints vivront éternellement avec Dieu. Je n'ai trouvé aucun texte qui puisse avec vraisemblance être utilisé pour prouver une ascension (347) des saints au ciel, c'est-à-dire en un coelum empyreum. [204] Mais il conclut positivement que le Salut sera sur Terre, quand Dieu règnera à la venue du Christ en Jérusalem. [205] Il dit aussi : Bref, le royaume de Dieu est un royaume civil, aussi appelé le royaume du ciel ou le royaume de gloire. [206] Tous les disciples de Hobbes ne peuvent espérer qu’une chose, retrouver la condition d’Adam avant sa chute. C’est ce qu’il dit lui-même : De là, on peut inférer que les élus, après la résurrection, seront restaurés dans l'état en lequel Adam était avant de pécher. [207] Quant à la vision béatifique, il la définit comme une expression inintelligible.
T.H. Ce coelum empyraeum pour lequel il feint tant de zèle, où est-il dans les Ecritures, dans le livre des prières publiques, dans les canons, dans les homélies de l’Eglise d’Angleterre ou dans un autre texte de notre religion ? Qu’un Chrétien a-t-il à faire d’un tel langage ? Je ne me souviens pas d’avoir vu l’expression chez Aristote. Peut-être est-elle dans les écrits de quelque Scolastique ou quelque commentateur d’Aristote et Monseigneur en fait en anglais le paradis des bienheureux comme si l’empyraeum signifiait ce qui appartient aux bienheureux. Saint Augustin dit plus justement que, après le jour du jugement dernier, tout ce qui ne sera pas paradis sera enfer. Sinon, pour la vision béatifique, comment peut-on comprendre l’expression quand on sait par les Ecritures que personne n’a jamais vu ni ne peut voir Dieu ? Peut-être Monseigneur pense-t-il que le bonheur de la vie à venir n’est pas réel mais n’est qu’une vision. Pour ce que j’en dis, j’ai déjà répondu. Voyez mon Léviathan p.625.
J.D. Mais, quand je considère ses autres principes, je ne m’étonne (348) pas non plus de son extravagance sur ce point. Que ferait-il d’un coelum empyraeum ou d’un paradis des bienheureux, lui qui fait des anges bienheureux qui habitent cette heureuse résidence soit des idoles du cerveau, [208] c’est-à-dire en anglais clair rien, soit des corps fins, subtils et fluides, [209] détruisant ainsi leur nature angélique. L’univers étant l’agrégat de tous les corps, il n’existe aucune partie qui ne soit pas corps. [210] Et ailleurs : Toute partie de l’univers est corps et ce qui n’est pas corps n’est pas une partie de l’univers. Et, parce que l’univers est tout, ce qui n’est pas une partie de l’univers n’est rien et par conséquent, nulle part. [211] Comment? Par cette doctrine, ce ne sont pas seulement les anges qui ne sont rien mais c’est Dieu lui-même. Il ne sauve pas du tout cette doctrine en supposant de façon erronée que les anges sont des esprits corporels et en attribuant à Dieu l’expression esprit incorporel, [212] ce qui est un terme plus honorable pour Dieu, pour lequel nous ne considérons pas quel attribut exprime le mieux sa nature, qui est incompréhensible, mais quel attribut exprime le mieux notre désir de l'honorer. [213] Bien que nous ne soyons pas capables de comprendre parfaitement ce qu’est Dieu, nous sommes pourtant capables de comprendre parfaitement ce que Dieu n’est pas, c’est-à-dire qu’il n’est pas imparfait et qu’il n’est donc pas fini et qu’il n’est, par conséquent, pas corporel. Ce serait en vérité une belle façon de l’honorer que de l’honorer avec un mensonge. Si ce qu’il dit est vrai, que chaque partie de l’univers est un corps et que tout ce qui n’est pas corps n’est rien, alors, par cette doctrine, si Dieu n’est pas un corps, Dieu n’est rien ; non un esprit incorporel mais l’une des idoles du cerveau, un pur rien, bien que ceux qui pensent cela croient danser sous un voile et ne pas pouvoir être découverts, dissimulés qu’ils sont (349) par l’argument de l’incompréhensibilité de Dieu.
T.H. Cette idée de substance incorporelle, il en a déjà parlé et j’ai alors répondu. Je m’étonne qu’il roule aussi souvent la même pierre. Il est semblable à Sisyphe dans l’enfer du poète [214], qui roule une lourde pierre jusqu’au sommet d’une colline, pierre qui, à peine hissée à la lumière du jour, retombe au fond et lui sert indéfiniment. En effet, Monseigneur roule cette question et d’autres questions en s’excitant sur des détails jusqu’à ce qu’elles viennent à la lumière des Ecritures où elles s’évanouissent aussitôt. Lui, contrarié, suant et pestant, recommence avec aussi peu d’effet qu’auparavant. De ce que je dis de l’univers, il infère que je fais de Dieu un rien mais son inférence est absurde. Il aurait pu en vérité inférer que j’en fais un esprit corporel, mais encore un esprit pur. J’entends par univers l’agrégat de toutes les choses qui ont l’être en elles-mêmes et c’est ainsi que pensent tous les autres hommes. Et, parce que Dieu a un être, il s’ensuit qu’il est soit l’univers entier, soit une partie de l’univers. Monseigneur n’entreprend pas de réfuter cela mais il semble seulement s’en émerveiller.
J.D. Que ferait d’un coelum empyraeum celui qui nie l’immortalité de l’âme? La doctrine [215] est aujourd'hui, et cela depuis longtemps, tout autre, à savoir que tout homme a par nature une vie éternelle en tant que son âme est immortelle. [216] Qu’en ferait celui qui dit que quand un homme meurt, il ne reste de lui que son cadavre [217], qui affirme que le mot âme, dans les Saintes Ecritures, signifie toujours soit la vie, soit la créature vivante et qui explique que jeter le corps et l’âme dans le feu de l’enfer, c’est jeter le corps et la vie dans le feu de l’enfer [218], qui dit que cette (350) vérité orthodoxe, que les âmes des hommes sont des substances distinctes de leurs corps, est une erreur contractée par la contagion de la démonologie des Grecs [219] et une fenêtre qui donne accès à la ténébreuse doctrine des tourments éternels [220], qui explique ces paroles de Salomon – Alors, la poussière retournera à la terre comme elle y était et l’esprit retournera à Dieu qui l’a donné [221] - ainsi : Dieu seul sait ce que devient l'esprit d'un homme quand il expire. [222] Il ne veut pas reconnaître qu’il existe un esprit ou une substance distincte du corps. Je me demande comment ceux qui croient cela gardent leur corps de la puanteur.
T.H. Il en vient à ce qui est un grand paradoxe dans la théologie Scolastique. Les fondements de mon opinion sont les Ecritures canoniques et les textes que j’ai cités, il me faut les réciter de nouveau avec aussi quelques autres textes. Ma doctrine est celle-ci : premièrement, que les élus en Christ, à partir du jour du jugement, en vertu de la passion du Christ et de sa victoire sur la mort, jouiront de la vie éternelle, c’est-à-dire qu’ils seront immortels. Deuxièmement, qu’il n’existe pas plus d’âme vivante séparée du corps en un lieu qu’il n’existe de corps vivant séparé de l’âme. Troisièmement, que les réprouvés seront ressuscités pour le jugement et mourront une seconde mort dans les tourments, laquelle mort sera éternelle. [223] Considérons maintenant ce que les Ecritures disent sur ces points et comment on peut harmoniser l’Ancien et le Nouveau Testaments.
Et d’abord, parce que l’expression âme immortelle ne se trouve pas dans les Ecritures, la question doit être décidée par des conclusions évidentes à partir des Ecritures. On y dit expressément de Dieu (1 Tim.vi. 16) qu’il a seul l’immortalité et qu’il habite (351) la lumière inaccessible. Il s’ensuit que l’âme de l’homme n’est pas immortelle par sa propre nature mais qu’elle l’est par grâce, c’est-à-dire par le don de Dieu. La question est alors de savoir si cette grâce ou ce don de Dieu fut octroyé à l’âme lors de la création et de la conception de l’homme ou plus tard, par sa rédemption. Une autre question est de savoir en quel sens l’immortalité de tourments peut être appelée un don quand on sait que tous les dons supposent que la chose donnée est agréable à celui qui la reçoit. Pour la première de ces questions, le Christ lui-même dit (Luc xiv. 13 ,14) : Quand tu fais un festin, convie les pauvres, les estropiés, les boîteux, les aveugles ; et tu seras bienheureux car ils n’ont pas de quoi te rendre la pareille ; car la pareille te sera rendue en la résurrection des justes. Il s’ensuit que la récompense des élus ne se fera pas avant la résurrection. De quelle récompense jouit alors une âme séparée dans le ciel ou ailleurs jusqu’à ce que ce jour vienne. Qu’a-t-elle à faire dans cet endroit jusqu’à la renaissance du corps ? Saint Paul dit (Rom. Ii. 6-8) : Dieu rendra à chacun selon ses œuvres ; à ceux qui, persévérant dans les bonnes œuvres, cherchent la gloire, l’honneur et l’immortalité, la vie éternelle. Mais à ceux qui sont disputeurs et qui n’obéissent pas à la vérité mais obéissent à l’iniquité, l’indignation et la colère. Il est ici évident que Dieu ne donne la vie éternelle qu’aux bons et à ceux qui cherchent, non à ceux qui ont déjà l’immortalité. De même, on lit, en 2. Tim. I. 10 : Le Christ a aboli la mort et a amené à la lumière la vie et l’immortalité par l’Evangile. Donc, avant l’Evangile du Christ, rien n’est immortel, sinon Dieu. Et Saint Paul, parlant du jour du jugement (1. Cor. xv. 54), dit que ce mortel (352) revêtira l’immortalité et qu’alors la mort sera engloutie dans la victoire. Aucune chose mortelle n’était immortelle avant que la mort fût vaincue, c’est-à-dire à la résurrection. Et on lit, en Jean, viii, 51 : En vérité, en vérité, si un homme garde mes paroles, il ne verra jamais la mort, c’est-à-dire qu’il sera immortel. Mais il n’est dit nulle part que celui qui ne garde pas les paroles du Christ ne verra jamais la mort ou sera immortel. Et pourtant, ceux qui disent que les méchants, corps et âme, seront tourmentés à jamais disent par là qu’ils sont immortels. On lit, en Matth. X, 28 : Ne craignez pas ceux qui peuvent tuer le corps mais qui ne sont pas capables de tuer l’âme mais craignez celui qui est capable de détruire à la fois le corps et l’âme en enfer. On ne peut tuer une âme car l’homme tué ressuscitera. Mais Dieu peut détruire l’âme et le corps en enfer et ils ne reviendront jamais à la vie. Dans l’Ancien Testament (Gen. vii. 4), nous lisons : J’exterminerai de la surface de la Terre toutes les substances vivantes que j’ai faites. Donc, si les âmes de ceux qui périrent dans le Déluge étaient des substances, elles furent aussi détruites dans le Déluge et n’étaient pas immortelles. On lit, en Matth. xxv.41 : Allez-vous en loin de moi, maudits, dans le feu éternel préparé pour le diable et ses anges. Il s’agit là du jour du jugement qui doit se faire dans les nuages ; et il y aura les réprouvés, vivants, dont les âmes, selon la doctrine de Monseigneur, auront été envoyées en enfer depuis longtemps. Donc, au jour du jugement, ils auront une âme par laquelle ils seront vivants au lieu du jugement et une autre âme en enfer. Comment Monseigneur a-t-il pu soutenir cela, je ne le comprends pas. Mais, avec ma doctrine qui dit que l’âme n’est pas une substance (353) séparée, que l’homme, lors de la résurrection, sera ressuscité par Dieu et renaîtra pour le jugement et qu’ensuite le corps et l’âme seront détruits dans le feu de l’enfer, ce qui est une seconde mort, on ne peut inférer de telles conséquences et de telles difficultés. De plus, cela permet d’éviter les disputes inutiles pour savoir où était l’âme de Lazare pendant les quatre jours où il était mort ; et l’ordre du procès divin est correct puisqu’on n’inflige pas de tourments avant de prononcer la condamnation.
Maintenant, pour ce qui est de l’harmonie entre les deux Testaments, il est dit dans l’Ancien Testament (Gen.ii.17) : Au jour où tu mangeras de l’arbre de la connaissance, en mourant, tu mourras ; moriendo morieris, [224] c’est-à-dire : quand tu seras mort, tu ne revivras pas. C’est ainsi qu’Anathase a expliqué ce passage. Adam et Eve n’étaient donc pas immortels du fait de la création. Puis, on lit, en Gen.iii.22 : Voici que l’homme est devenu comme l’un de nous. Et maintenant, afin qu’il n’avance pas sa main et ne prenne aussi de l’arbre de vie, n’en mange et ne vive à jamais, &c. Selon ce passage, ils auraient eu l’immortalité par le don de Dieu s’ils n’avaient pas péché. Ce fut donc le péché qui leur fit perdre la vie éternelle. Donc, celui qui les racheta du péché était l’auteur de leur immortalité qui, par conséquent, commença au jour du jugement, quand Adam et Eve furent ressuscités par admission au nouvel arbre de vie, le Christ.
Maintenant, comparons cela avec le Nouveau Testament où nous trouvons ces paroles (1. Cor.xv.21) : Puisque, par l’homme, la mort est venue, par l’homme, viendra aussi la résurrection des morts. Donc, toute l’immortalité que l’âme aura après la résurrection vient du Christ et non de la nature de l’âme. On lit au verset 22 : Comme dans Adam, tous meurent, de même aussi (354) tous revivront dans le Christ. Donc, nous sommes morts par le péché d’Adam et nous vivrons grâce à notre rédemption par le Christ, c’est-à-dire après la résurrection. On lit encore au verset 23 : Mais tout homme dans son propre rang ; le christ étant les prémices, ensuite ceux qui sont du Christ à sa venue. Donc, personne ne revivra avant la venue du Christ. Enfin, de même que, quand Dieu a dit Au jour où tu mangeras de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tu mourras, bien qu’il l’ait condamné, il a souffert qu’il vive encore longtemps, de même, quand le Christ a dit sur la croix au voleur Aujourd’hui, tu seras avec moi au Paradis, il a souffert qu’il reste mort jusqu’à la résurrection générale car aucun homme ne renaît de la mort avant la venue de notre Sauveur et sa victoire sur la mort.
Si Dieu a donné l’immortalité à tous les hommes qu’il a créés et s’il a créé beaucoup d’hommes à qui il n’avait pas l’intention de donner sa grâce salvatrice, Monseigneur pense-t-il que Dieu a donné à certains hommes l’immortalité avec le seul dessein de les rendre capables de subir des tourments éternels ? C’est une affirmation bien dure à laquelle on ne peut croire avec piété. Je suis certain qu’on ne saurait la prouver par les Ecritures canoniques.
Mais, bien que j’aie clairement montré qu’on ne peut, par des conclusions légitimes faites à partir des Ecritures, tirer l’idée que l’homme a été créé avec une âme immortelle et que seuls les élus, par la grâce de Dieu dans le Christ, auront à la fois un corps et une âme immortels après la résurrection, pourtant, on peut tirer correctement une conclusion de certaines paroles du rituel des morts [225] qui prouvent le contraire, comme par exemple : Comme il a plu à Dieu Tout-Puissant, dans sa grande miséricorde, de faire venir jusqu’à lui l’âme de notre (355) cher frère disparu, [226] &c. Et aussi : Dieu Tout-Puissant, avec qui vivent les esprits de ceux qui partent d’ici vers le Seigneur. [227] Ce sont des paroles autorisées par l’Eglise. Je m’étonne que Monseigneur, qui les a si souvent prononcées, n’en tienne pas compte ici. Mais il arrive souvent que des hommes pensent le moins à ce qu’ils ont appris parfaitement par cœur. Je suis désolé de ne pouvoir, sans trahir le sens des Ecritures et ma propre conscience, dire la même chose de moi. Mais je ne vois pas de juste raison pour laquelle l’Eglise serait offensée par ce que je dis car l’Eglise d’Angleterre ne prétend pas, comme le prétend l’Eglise de Rome, être au-dessus des Ecritures ou interdire aux hommes de les lire. On ne m’a pas interdit, quand j’ai écrit mon Léviathan, de publier ce que les Ecritures me suggéraient. En effet, quand je l’ai écrit, je puis sans me tromper dire qu’il n’y avait pas d’Eglise légitime en Angleterre qui aurait pu m’appuyer ou m’interdire d’écrire quelque chose. Il n’y avait pas d’évêque et, quoi qu’on prêchât (si on peut le dire ainsi), il n’y avait cependant pas de prière commune. En effet, une prière improvisée, même faite en chaire, n’est pas une prière commune. Il n’y avait alors aucune Eglise en Angleterre à laquelle un homme vivant était tenu d’obéir. Ce que j’écris ici et maintenant, je suis forcé de l’écrire pour ma défense, non contre l’Eglise mais contre les accusations et les arguments de mes adversaires. En effet, l’Eglise, bien qu’elle excommunie ceux qui mènent une vie scandaleuse ou qui enseignent de fausses doctrines, ne prétend cependant pas imposer de croire à quelque chose qui ne serait pas garanti par les Ecritures et c’est l’Eglise elle-même qui le dit dans le vingtième [228] des Trente-neuf Articles de la religion. J’ai donc la (356) permission d’alléguer les Ecritures à tout moment pour défendre ma croyance.
J.D. Mais ceux qui sont peinés dans un cas doivent
être soulagés dans un autre. Si, par hasard, Thomas Hobbes a mécontenté ses
disciples par sa doctrine du ciel, des anges saints et des âmes
glorifiées des saints, il les dédommagera par sa doctrine de l’enfer,
des démons et des esprits damnés. D’abord les démons. Il
s’imagine que tous les démons que notre Sauveur a chassés étaient des
frénétiques et que tous les démoniaques ou personnes possédées n’étaient
que des fous; et, pour justifier que notre Sauveur ait parlé à une
maladie comme à une personne, il produit l’exemple des guérisseurs. [229] Il s’explique plus clairement sur
ce sujet quand il critique [230] ma réplique à sa défense du destin
fatal. Il y a dans les Ecritures deux sortes de choses qu’on exprime en
anglais par le mot démons. L’une est ce que l’on appelle Satan, Diabolus,
Abaddon, [231] ce qui signifie en anglais un
ennemi, un accusateur et un destructeur de l’Eglise de Dieu. En ce sens, les
démons ne sont que des hommes méchants. L’autre sorte de démons est appelée
Daemonia. Ce sont les pseudo dieux des païens qui ne sont ni corps ni
substances spirituelles mais sont simplement des fantaisies et des fictions des
cœurs terrifiés. Ils ont été inventés par les Grecs et les autres peuples
païens et Saint Paul les appelle des riens. [232] Ainsi, Thomas Hobbes a tué le grand
Diable infernal et tous ses anges noirs et n’a laissé comme démons à craindre
que des démons incarnés, c’est-à-dire des hommes méchants.
T.H. Pour les premiers mots cités, [233] je renvoie le lecteur au passage
lui-même (357) et, pour les passages sur Satan, [234] je les laisse au jugement des
savants.
J.D.
Pour ce qui est de l’enfer, il décrit le royaume de Satan ou le royaume
des ténèbres comme une confédération de trompeurs. [235] Il nous dit que les passages des
Saintes Ecritures qui parlent des tourments de l’enfer désignent
métaphoriquement un chagrin ou un mécontentement de l’esprit à la vue de la
félicité éternelle des autres, félicité qu’ils ont eux-mêmes perdue à cause de
leur incrédulité et de leur désobéissance. [236] Comme si des descriptions métaphoriques
ne portaient pas en elles-mêmes de tristes vérités aussi bien que les
descriptions littérales; comme si le désespoir final n’était rien de plus qu’un
petit accès de chagrin ou de mécontentement et comme si une conscience coupable
n’était rien de plus qu’une passion temporaire; comme si c’était une perte
assez facile à supporter que d’être privé à jamais de la vision béatifique; et,
enfin, comme si les damnés, outre leur perte indicible, ne souffraient pas
également des tourments réels en proportion, dans une certaine mesure, avec
leurs péchés et la justice de Dieu.
T.H.
Que les métaphores portent en elles-mêmes de tristes vérités, je ne le nie pas.
C’est une triste chose que de quitter la présente vie prématurément. N’est-ce
donc pas une chose plus triste encore que de perdre une vie éternelle et
heureuse? Avec un tel risque, je crois que celui qui voudra s’aventurer dans le
péché ne s’obstinera pas en ignorant la doctrine de la torture éternelle.
N’est-ce pas aussi une triste vérité que le royaume des ténèbres soit une
confédération de trompeurs?
J.D. Enfin, pour ce qui est des esprits damnés, il déclare lui-même partout que leurs souffrances ne seront pas éternelles. [237] Le feu (…) sera inextinguible, et les supplices seront éternels. Mais on ne peut inférer de là que celui qui sera jeté dans ce feu et souffrira ces supplices, les endurera, leur résistera, étant éternellement brûlé et torturé, et cependant jamais détruit, ne mourant jamais. Et même s'il y a de nombreux passages qui affirment qu'il y a un feu et des supplices éternels, dans lesquels les hommes, l'un après l'autre, peuvent être successivement jetés, pourtant, je n'en trouve aucun qui affirme que chaque personne individuelle, dans ces supplices, connaîtra une vie éternelle. [238] S’il avait dit et seulement dit que les souffrances des damnés peuvent être atténuées, pour ce qui est de leurs degrés, ou s’il avait dit qu’ils ne les endurent pas à jamais mais que, après avoir été purgés par de longs tourments de leur impureté et de leur corruption, comme l’or dans le feu, les esprits damnés et mêmes les démons seraient restaurés dans une meilleure condition, il aurait pu trouver certains anciens (qui sont pour cela appelés les docteurs miséricordieux) pour se joindre à lui mais il lui aurait encore manqué le suffrage de l’Eglise Catholique.
T.H. Pourquoi Monseigneur ne cite-t-il pas ici certains passages des Ecritures pour prouver que tous les réprouvés qui sont morts vivent éternellement dans les tourments ? En vérité, nous lisons que des tourments éternels ont été préparés pour le Diable et ses anges dont les natures sont aussi éternelles et que la Bête et le faux prophète [239] seront tourmentés éternellement, mais pas qu’il en sera ainsi de tous les réprouvés. Ils seront, il est vrai, jetés dans le même feu mais les Ecritures disent assez clairement qu’ils seront détruits là corps et âme. Si j’avais dit que les démons eux-mêmes devaient être restaurés dans une meilleure condition, Monseigneur aurait été assez bon pour me compter au nombre des docteurs miséricordieux. Si j’avais vraiment eu la garantie qu’ils pussent être moins ennemis de l’Eglise (359) de Dieu qu’ils ne l’ont été, j’aurais été aussi miséricordieux pour eux qu’aucun de tous ces docteurs. Quoi qu’il en soit, je suis plus miséricordieux que l’Evêque.
J.D. Il ne tire pas en lobe vers une cible éloignée [240] mais complètement au hasard, sans précédent ni partenaire. Tout ce feu éternel, tous ces tourments qu’il reconnaît ne sont que ceci : Après la résurrection, les réprouvés seront dans l'état dans lequel Adam et ses descendants étaient après que le péché eut été commis; sauf que Dieu a promis un rédempteur à Adam mais pas aux réprouvés. [241] Il ajoute : Ils vivront comme ils vivaient avant, se marieront et se donneront en mariage et, par conséquent, ils engendreront des enfants perpétuellement après la résurrection comme ils le faisaient avant. [242] C’est ce qu’il appelle une immortalité de l’espèce, non de la personne des hommes. [243] Il faut présumer que, dans cette seconde vie, sachant avec certitude par Thomas Hobbes qu’il n’y a pas à espérer de rédemption de la mort corporelle par les bonnes actions et à craindre de tourments après la mort à cause des mauvaises actions, ils passeront dans cet endroit leur temps aussi plaisamment qu’ils le pourront. C’est là toute la damnation qu’imagine Thomas Hobbes.
T.H. Il en a déjà parlé et j’ai répondu que tout le paragraphe devait prouver – car aucun texte des Ecritures ne dit le contraire – que les hommes pourraient, après la résurrection, vivre comme Adam le fit sur Terre, et cela malgré le texte de Saint Luc (chap.xx.34-36) qui parle de mariage et de descendance. [244] Mais, qu’ils seront ainsi, ce n’est pas moi qui l’ai affirmé. Monseigneur savait que je soutenais que, après la résurrection, il n’y aurait plus de méchants mais que les élus (toux ceux qui sont, ont été set seront) vivraient sur la Terre. Mais Saint Pierre (2. Epî. iii, 13) dit qu’il y aura alors un nouveau ciel et une nouvelle Terre.
(360) J.D. En somme, je laisse le lecteur instruit juger librement, par les quelques exemples qui suivent, de ce que sont les principes de Hobbes en matière de religion. Ex ungue leonem. [245]
Premièrement, on n’a pas besoin de s’exposer à des dangers pour sa foi mais on doit en toute sécurité se conformer à son époque. Quant à leur foi, elle est intérieure et invisible, ils ont la liberté que Naaman avait, et n'ont pas besoin de se mettre en danger pour elle. [246]
Deuxièmement,
il autorise les sujets à renier le Christ si leur souverain leur en donne
l’ordre. Professer par la langue n'est qu'une
chose extérieure, ce n'est rien de plus qu'un geste par lequel nous signifions
notre obéissance, et en cela, un Chrétien qui possède la foi du Christ
fermement dans son coeur a la même liberté que celle que le prophète Elisée
accorda à Naaman (…) qui, en se
prosternant devant l'idole Remmon, renia le vrai Dieu dans les faits autant
qu'il l'aurait fait avec ses lèvres. [247] Hélas ! Pourquoi Saint Pierre pleura-t-il aussi
amèrement d’avoir renié son maître en dehors de la crainte de perdre sa vie ou
ses membres ? Il semble qu’il ne connaissait pas les principes de Hobbes.
Dans le même passage, il tire cette conclusion générale : Nous pouvons
dire ceci : si quiconque, en tant que sujet est contraint d'obéir à son
souverain, et obéit, non selon son état d'esprit privé, mais conformément aux
lois de son pays, cette action n'est pas son action, mais celle du souverain,
et dans ce cas, ce n’est pas lui qui renie le Christ devant les hommes, mais
son gouverneur et les lois de son pays. [248] Son exemple du Mahométan à qui un prince Chrétien donne
l’ordre d’être présent au service divin est faible et erroné, exemple qui a sa
source dans sa grossière ignorance de la casuistique car il ne sait pas
distinguer (361) une conscience abusée, comme celle du Mahométan, et une
conscience correctement informée.
T.H. Dans ses deux premiers
exemples, j’avoue que Monseigneur ne me trahit pas beaucoup. Mais il ne me réfute
pas non plus. J’avoue aussi mon ignorance de la casuistique qui est fondée sur
la doctrine des Scolastiques, casuistique qui décide des cas de conscience en
s’inspirant non seulement des Ecritures, mais aussi des décrets des papes de
Rome, ceci pour accroître l’empire de l’Eglise Romaine sur les consciences
alors que la véritable décision, dans les cas de conscience, devrait être
seulement fondée sur les Ecritures ou l’équité naturelle. Je n’ai jamais
autorisé tous les hommes à renier le Christ en paroles mais j’ai expressément
dit le contraire (Léviathan, vol.iii p.656) : En effet,
si un homme ignorant, au pouvoir d'un roi ou d'un Etat idolâtre reçoit l'ordre,
sous peine de mort, d'adorer une idole, et déteste l'idole dans son coeur, il
fait bien, mais il ferait mieux, s'il en avait le courage, de souffrir la mort
plutôt que de rendre ce culte. Mais si un pasteur qui, en tant que messager du
Christ, s'est chargé d'enseigner la doctrine du Christ à toutes les nations,
faisait la même chose, ce ne serait pas seulement un scandale coupable à
l'égard des consciences des autres Chrétiens, mais aussi un abandon de poste
déloyal. [249]
Saint Pierre, en reniant le Christ, a donc péché car c’était un apôtre. Et
c’est péché en tout homme qui a entrepris de prêcher contre le pouvoir du Pape
de ne pas exécuter sa mission par peur du bûcher. Pour un simple voyageur, il
n’en est pas ainsi. Daniel et les trois enfants étaient de valeureux champions
de la véritable religion mais Dieu n’exige pas que tout homme soit un champion.
Quant à l’expression de Monseigneur, (362) se conformer à son époque,
elle n’est pas mienne, elle est une paraphrase malveillante de son cru.
J.D. Troisièmement, si cela ne suffit pas, il donne à un Chrétien la liberté de commettre l’idolâtrie ou, du moins, de faire un acte idolâtre par crainte de la mort ou d’un danger corporel. Prier volontairement un roi pour qu'il nous donne du beau temps, ou quelque autre chose que Dieu seul peut faire pour nous, c'est là un culte divin et de l'idolâtrie. D'un autre côté, si un roi contraint un homme à de telles choses par la terreur de la mort, ou par un autre grand châtiment corporel, ce n'est pas de l'idolâtrie. [250] La raison qu’il donne est que ce n'est pas le signe que celui qui lui obéit l'honore intérieurement comme un dieu, c'est le signe qu'il désire échapper à la mort ou à une vie misérable. [251] Il semble que Thomas Hobbes pense qu’il n’y a de culte Divin qu’intérieur et qu’il est légitime qu’un homme accorde plus de valeur à sa propre vie ou à ses membres qu’à son Dieu. Comme il est plus sage que les trois enfants et que Daniel lui-même qui furent jetés, les premiers dans une fournaise ardente, le dernier dans la fosse aux lions, parce qu’ils refusèrent de se conformer au décret idolâtre de leur prince souverain !
T.H. Ici aussi, mes paroles sont correctement citées mais Monseigneur ne comprend pas ce que le mot culte signifie. Pourtant, il savait quel sens je donnais à ce mot. Avoir une haute idée de Dieu, selon ma définition, c’est l’honorer. Mais la pensée est intérieure. Rendre un culte, c’est signifier cet honneur que nous lui donnons intérieurement par des signes extérieurs. Cela compris – et Monseigneur l’avait compris – tout ce qu’il dit n’est que chicane.
J.D. Un quatrième aphorisme peut être celui-ci, que ce qui est dit dans l’Écriture, « il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes » [252] a sa place dans le royaume de Dieu par pacte, et non par nature. [253] Pourquoi ? La nature elle-même (363) nous enseigne qu’il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes. Il ne peut pas dire qu’il entendait cela seulement de l’obéissance dans l’usage des actions et gestes indifférents dans le service de Dieu ordonné par la république car c’est obéir à la fois à Dieu et à l’homme. Mais si la loi Divine et la loi humaine se heurtent l’une à l’autre, il est sans aucun doute toujours meilleur d’obéir à Dieu qu’à l’homme.
T.H. Ici encore se révèle son manque d’habileté
pour raisonner. Qui nie qu’il est toujours préférable, et dans tous les cas,
d’obéir à Dieu qu’à l’homme? Mais il n’existe aucune loi, ni Divine, ni
humaine, que nous devions considérer comme une loi tant que nous ne savons pas
ce qu’elle est et, si c’est une loi Divine, tant que nous ne savons pas si Dieu
nous ordonne de lui obéir. Nous convenons que les Ecritures sont la parole de
Dieu. Mais elles forment une loi par pacte, c’est-à-dire pour nous qui sommes
entrés dans l’alliance par le baptême. Pour tous les autres, elles sont
seulement une invitation pour leur propre avantage. Il est vrai que même la
nature nous suggère qu’il vaut mieux obéir à la loi de Dieu qu’à la loi de
l’homme. Mais la nature ne nous suggère pas que les Ecritures sont la loi de
Dieu, encore moins comment chaque texte doit être interprété. Qui donc
nous le suggérera? Le Dr Bramhall. Je le nie. Qui alors? Le flot des
théologiens? Pourquoi donc? Suis-je, moi qui ai les Ecritures sous les yeux,
obligé de risquer ma vie éternelle sur leur interprétation, quelques savants
qu’ils prétendent être, alors qu’il n’existe aucune contre-sécurité donnée par
eux qui puisse me mettre à l’abri. Si ce n’est pas le flot des théologiens, qui
alors? L’assemblée légale des pasteurs ou des évêques? Mais il ne saurait y
avoir une assemblée légale en Angleterre sans l’autorité du Roi. (364) Ce que
sont les Ecritures et comment il faut les interpréter, nous ne pouvons le
savoir que d’une façon, par l’autorité de notre seigneur souverain dans les
questions temporelles et spirituelles, sa Majesté le Roi. Et quand il n’a
établi aucune interprétation, j’ai alors la permission de suivre ma propre
interprétation ou celle de quelqu’un d’autre, évêque ou non. Pour ma part, tous
ceux qui me connaissent savent aussi que je suis d’opinion que le meilleur
gouvernement, en matière de religion, est l’épiscopat mais par le droit du Roi,
non par son propre droit. Mais Monseigneur de Derry, qui ne se satisfait pas de
cette solution, voudrait que les décisions ultimes concernant notre foi soient
dans la doctrine des Scolastiques. Je ne crois pas que tous les évêques soient
de cet avis. S’ils l’étaient, je souhaiterais qu’ils considèrent avec crainte
ce redoutable proverbe : A tout convoiter, on laisse tout échapper. [254] Je ne dois pas laisser passer ces
paroles de Monseigneur : si la loi Divine et la loi humaine se heurtent
l’une à l’autre, il est sans aucun doute toujours meilleur d’obéir à Dieu qu’à
l’homme. Là où le roi est Chrétien, croit aux Ecritures, a le pouvoir
législatif dans l’Eglise et l’Etat, là où il ne fait de lois sur la foi
Chrétienne et le culte Divin que sur le conseil de ses évêques à qui il a
confié cette fonction, si les évêques le conseillent correctement, quel heurt
peut-il y avoir entre les lois Divines et les lois humaines? En effet, si la
loi civile va contre la loi de Dieu et que les évêques montrent clairement au roi
qu’elle entre en conflit avec la loi Divine, il la rectitifera sans aucun doute
lui-même ou la fera rectifier par le parlement – sinon, il ne professe pas la
doctrine du Christ – et le conflit cessera. Mais si les évêques pensent que
toutes les opinions qu’ils soutiennent, même obscures et non nécessaires au
salut, doivent immédiatement devenir (365) lois, il y aura alors des conflits
innombrables, non seulement entre les lois mais aussi entre les épées, ce qui
n’est que trop vrai, l’expérience récente nous l’ayant revélé. Mais Monseigneur
en est encore à croire qu’il devrait exister, pour les lois Divines,
c’est-à-dire pour l’interprétation des Ecritures, un pouvoir législatif dans
l’Eglise qui serait distinct du pouvoir du Roi, pouvoir dont ils jouissent déjà
sous son autorité. Cela, je le nie. Ensuite, pour ce qui est du conflit entre
les lois civiles des infidèles et les lois de Dieu, les apôtres nous enseignent
qu’il faut obéir à ces lois civiles mais de façon à conserver une foi entière
dans le Christ en nos cœurs, principe auquel il est facile d’obéir. Mais je ne
crois pas que César Auguste et Néron étaient tenus de faire des saintes
Ecritures une loi et, pourtant, à moins de le faire, ils ne pouvaient gagner la
vie éternelle.
J.D. Sa cinquième conclusion peut être que l’épée la plus tranchante et la plus victorieuse, dans quelque guerre que ce soit, donne le pouvoir souverain et l’autorité souveraine a celui qui la possède pour approuver ou rejeter toutes sortes de doctrines théologiques concernant le royaume de Dieu, non selon leur vérité ou leur fausseté mais selon leur influence dans les affaires politiques. Ecoutez-le : Mais parce que cette doctrine (…) apparaîtra nouvelle à la plupart des hommes, je ne fais que la proposer, ne soutenant rien sur ce paradoxe ou sur d'autres paradoxes religieux, mais attendant la fin de cette dispute par l'épée, qui porte sur l'autorité (dispute qui n'est pas encore tranchée parmi mes compatriotes) par laquelle toutes sortes de doctrines doivent être approuvées ou rejetées, [255] &c. En effet, les points de doctrine concernant le royaume de Dieu ont une si grande influence sur le royaume de l'homme qu'ils (366) ne doivent être déterminés que par ceux qui détiennent le pouvoir souverain au-dessous de Dieu. [256]
«
(…) Careat successibus opto,
Quisquis ab eventu facta notanda
putat. » [257]
Que le succès échappe
toujours à celui qui pense que les actions doivent être jugées par leur issue.
Peuvent croire à ce proverbe ceux qui désirent pêcher en eaux troubles mais cette
doctrine est à juste titre haïe par ceux qui détiennent une autorité et par
tous ceux qui aiment la paix et la tranquillité.
La dernière partie de
sa conclusion a des relents fétides de Jéroboam (1. Rois xii.
26-28) : Maintenant, le royaume retournera à la maison de David si ce
peuple monte pour offrir des sacrifices dans la maison du Seigneur à Jérusalem
(…). Et le roi prit conseil et fit deux veaux d’or et dit au peuple :
c’est trop pour vous de monter à Jérusalem; voici tes Dieux, Israël, qui t’ont
fait monter du pays d’Egypte. Mais, par la juste disposition de Dieu
Tout-Puissant, cette politique tourna au péché et ce fut la complète
destruction de Jéroboam et de sa famille. Il ne fait pas bon s’amuser avec des
outils tranchants ou jouer avec des choses sacrées. C’est souvent quand les
hommes croient avoir le repaire le plus sûr qu’ils s’exposent au plus grand
danger.
T.H. Monseigneur
soit a une étrange conscience, soit ne comprend pas l’anglais. Me trouvant à
Paris quand il n’y avait ni évêques, ni Eglise en Angleterre et que tout homme
écrivait ce qui lui plaisait, je résolus (quand il plairait à Dieu de restaurer
l’autorité ecclésiastique) de me soumettre à cette autorité en tout ce qu’elle
déterminerait. Monseigneur interprète cela comme une temporisation et une trop
grande (367) indifférence pour la religion et, de plus, il dit que la dernière
partie de mon propos a des relents de Jéroboam. Au contraire, je dis que mon
propos est modeste et tel que je dois en user pour remplir mon devoir. Et je
professe encore que tout ce que l’Eglise d’Angleterre (je dis l’Eglise, pas
n’importe quel docteur) m’interdira de dire en matière de foi, je m’abstiendrai
de le dire, à l’exception de ce point : que Jésus Christ, le Fils de
Dieu, est mort pour mes péchés. Quant aux autres doctrines, si l’Eglise les
soutient, un membre de l’Eglise n’a pas le droit de les contredire.
J.D. Son sixième
paradoxe est un mensonge éhonté. Les lois civiles sont les règles du bien et
du mal, du juste et de l’injuste, de l’honnête et du malhonnête et, donc, ce
que le législateur ordonne doit être tenu pour bon et ce qu’il interdit doit
être tenu pour mauvais. [258] Et, un peu
après : Avant qu’il n’y ait des royaumes, le juste et l’injuste
n’existaient pas car leur nature est relative à un commandement, toute action
étant, par sa propre nature, indifférente. [259] C’est-à-dire que le
juste et l’injuste procèdent du droit de celui qui commande. Donc, les rois
légitimes font que les choses qu’ils ordonnent sont justes parce qu’ils les
ordonnent et que les choses qu’ils interdisent sont injustes parce qu’ils les
interdisent. [260] Il ajoute à cela
sa définition du péché, ce que l’on fait ou omet, ce que l’on dit ou veut
contrairement à la raison de la république, c’est-à-dire contrairement aux lois
(civiles). [261] Il entend par là,
non les lois écrites, choisies et approuvées par la république entière mais les
injonctions et ordres verbaux de celui qui a le pouvoir souverain, comme nous
le voyons dans de nombreux passages de ses écrits. Les lois civiles ne sont
rien d’autre que les commandements de celui qui est doté du pouvoir souverain
de la république concernant (368) les actions futures de ses sujets. [262] Et les lois
civiles sont attachées aux lèvres de l’homme qui a le pouvoir souverain. [263]
Où sommes-nous? En
Angleterre? Ou en Asie où l’on avait attribué la divinité aux rois et, pour
utiliser sa propre expression, où l’on avait fait des rois des dieux mortels? [264] O roi, vis à
jamais. [265] Les flatteurs sont
les papillons habituels des grands palais où les amis d’Alexandre sont plus
nombreux que les amis du roi. [266] Mais une flatterie
aussi grossière, aussi visible et pernicieuse, qui nuit tant à la piété et à la
politique, je n’en ai jamais rencontrée. Que mérite celui qui s’efforce autant
qu’il peut d’empoisonner la fontaine commune à laquelle doit boire toute la
république? Mérite la même chose celui qui empoisonne l’esprit d’un prince
souverain.
Les lois civiles sont-elles
les règles du bien et du mal, du juste et de l’injuste, de l’honnête et du malhonnête?
Et quelles sont, je vous prie, les règles de la loi civile elle-même? En
vérité, c’est la loi de Dieu et de la nature. Si les lois civiles dévient de
ces lois plus authentiques, elles sont des règles de Lesbos. [267] Ce que le
législateur ordonne doit être tenu pour bon, ce qu’il interdit pour
mauvais. C’était justement le costume des sophistes athéniens tel que les
décrit Platon. [268] Tout ce qui
faisait plaisir à la grande bête, la multitude, ils l’appelaient saint, juste
et bon et tout ce que n’aimait pas la grande bête, ils l’appelaient mal,
injuste, sacrilège. Mais il n’est pas encore arrivé au sommet de sa flatterie. Les
rois légitimes rendent justes les choses qu’ils ordonnent parce qu’ils les
ordonnent. A d’autres moments, il retrouve ses esprits et parle de
souffrance, d’espoir de récompense dans le ciel [269] et d’aller au
Christ par le martyre, [270] de celui qui
ferait mieux de souffrir la mort s’il en avait le courage. [271] Mais (369) je crains
que tout cela n’ait été dit que pour plaisanter. Comment les hommes
pourrait-ils espérer une récompense dans le ciel si sa doctrine est vraie, qu’il
n’y a aucune récompense dans le ciel? Comment seraient-ils martyrs [272] si sa doctrine est
vraie, que seuls sont martyrs ceux qui ont vu le Christ sur la terre? Il
ajoute : Avant qu’il y ait des Royaumes, le juste et l’injuste
n’existaient pas. Au sens où il l’entend, on ne peut rien écrire de plus
faux, de plus déshonorant pour Dieu, de plus indigne pour la nature humaine que
ceci : que Dieu crée l’homme et le laisse juste après sans aucune règle
pour qu’il s’organise, comme l’autruche laisse ses œufs dans le sable. Mais, en
vérité, il y a des royaumes dans le monde depuis Adam et Adam avait une loi écrite
dans son cœur par le doigt de Dieu avant qu’il y ait de lois civiles. Ainsi, il
s’efforce [273] de faire de la
bonté, de la justice, de l’honnêteté, de la conscience et même de Dieu des mots
vides, sans aucune réalité, ne signifiant rien au-delà du fait que ces choses
servent l’intérêt de l’homme. Sinon, il ne dirait pas, ne pourrait pas dire que
toute action, même envisagée avec ses détails, est indifférente par sa
propre nature. [274]
T.H. Mon sixième
paradoxe est ce qu’il appelle un mensonge éhonté, une énormité, et il utilise
d’autres expressions du même genre qui révèlent son élégance. Mais voyons ce
qu’est ce mensonge éhonté. Il est celui-ci : les lois civiles sont les
règles du bien et du mal, du juste et de l’injuste, de l’honnête et du
malhonnête. En vérité, je ne vois pas quelles autres lois ont les hommes. Les
Ecritures elle-mêmes sont devenues lois chez nous par l’autorité de la
république et elle forment donc une partie de la loi civile. Si les Ecritures
étaient lois en vertu de leur propre nature, elle seraient lois pour le monde
entier et les hommes seraient obligés de leur obéir en Amérique dès (370) qu’un
missionnaire les exhiberait, et sans cela même sans aucun miracle. Qu’est-ce
qui est injuste, sinon la transgression d’une loi? La loi existait donc
avant l’injuste et le pouvoir souverain l’a fait connaître avant qu’elle fût
loi. Par conséquent, le pouvoir souverain fut antérieur à la loi
et à l’injustice. Mais qui donc
a fait l’injuste, sinon les rois souverains ou les assemblées souveraines? En quoi
est-ce un mensonge éhonté que de dire que les rois légitimes rendent justes
les choses qu’ils commandent parce qu’ils les commandent et injustes les choses
qu’ils interdisent parce qu’ils les interdisent? Il est certain que le
juste et l’injuste ont été créés. Si le roi ne les a pas créés, qui donc
d’autre les a créés? En effet, l’infraction à la loi civile est, c’est certain,
un péché contre Dieu. Une autre calomnie qu’il voudrait m’attribuer est que je
fais des commandements verbaux du roi des lois. Comment cela? Parce que je dis que
les lois civiles ne sont rien d’autre que les ordres de celui qui a le pouvoir
souverain sur les futures actions de ses sujets. Quel commandement verbal
d’un roi peut arriver aux oreilles de tous ses sujets – ce qu’il faut pour que
ce soit une loi – sans le sceau de la personne de la république qui est ici le
Grand Sceau d’Angleterre? Qui, sinon Monseigneur, a jamais nié que le
commandement de l’Angleterre fût une loi pour les Anglais? Qui d’autre que le
Roi avait autorité pour apposer le Grand Sceau d’Angleterre sur un écrit? Qui a
jamais hésité à appeler nos lois les lois du Roi, même si elles étaient faites
au Parlement? A-t-on appelé loi ce à quoi le Roi n’avait pas donné son
assentiment? Parce que le roi a garanti que, dans certains cas, on ne ferait
pas de loi sans l’avis et l’assentiment des Lords et des Communes, (371) le
Grand Sceau d’Angleterre ne serait-il plus valable quand aucun parlement ne
siège? Qu’est-ce qui fut plus injustement soutenu durant le Long Parlement,
outre l’idée de résister au roi et de le tuer, que cette doctrine de
Monseigneur? Mais l’Evêque s’efforce ici de faire croire à la multitude que je
soutiens que le Roi ne pèche pas, même s’il ordonne qu’on pende un homme parce
que son habit est différent de celui qu’il avait fixé ou un serviteur pour son
manque d’assiduité. Et pourtant, il savait que j’avais fait une distinction
entre la capacité naturelle du Roi et sa capacité politique. [275] Quel nom
devrais-je donner à cette calomnie délibérée? Mais alors, Monseigneur est pris
de passion et il s’exclame : Où sommes-nous, en Europe ou en Asie? (…)
flatterie grossière, visible et pernicieuse (…) empoisonner la république (…)
empoisonner l’esprit du Roi. Mais où donc était Monseigneur quand il
écrivit cela? On ne penserait pas qu’il était en France et que cette opinion
fut écrite, non en l’année 1658, mais plutôt en l’année 1648 dans quelque
cabale des ennemis du Roi. Mais qu’est-ce qui l’a mis dans un tel accès de
colère? C’est en partie parce qu’il n’était pas capable de répondre à mes
arguments et surtout parce qu’il avait gaspillé trop d’érudition scolastique
dans notre controverse sur la Liberté et la Nécessité [276], alors qu’il eût
dû se blâmer d’avoir cru que le langage obscur et barbare de la théologie scolastique
pourrait satisfaire un lecteur intelligent autant que de l’anglais clair et
simple. Est-ce que je flatte le Roi? Pourquoi ne suis-je pas riche? J’avoue que
Monseigneur ne l’a pas flatté ici.
J.D. Il y a quelque
chose dont il a une perception confuse – comme l’aveugle qui voyait des
hommes marcher comme des arbres [277] – qu’il n’est pas
capable de (372) comprendre et d’exprimer clairement. Nous reconnaissons que,
même si les lois ou ordres d’un prince souverain sont si erronés, injustes ou
préjudiciables qu’un sujet ne saurait les approuver et les juger bons en
eux-mêmes, il est pourtant tenu d’obéir et ne peut pas s’opposer ou résister
autrement que par des prières et des pleurs, tout au plus par la fuite. Nous
reconnaissons que les lois civiles ont le pouvoir d’obliger la conscience d’un
Chrétien en elles-mêmes mais pas par elles-mêmes mais par celui qui a
dit : que toute âme se soumette aux autorités qui sont au-dessus d’elle. [278] Elles obligent les sujets Chrétiens à faire ce que
leur souverain ordonne ou à souffrir pour témoigner de leur bonne conscience.
Nous reconnaissons que, dans les cas douteux, semper praesumitur pro rege et
lege, le souverain et la loi sont toujours présumés être dans le vrai.
Mais, dans les cas clairs et évidents, qui n’admettent aucun doute, il est
toujours meilleur d’obéir à Dieu qu’à l’homme. Les maladroits, alors qu’il
pensent réparer un trou imaginaire, en font deux ou trois qui, eux, sont réels.
Ceux qui font dériver l’autorité des Ecritures ou la loi de Dieu des lois
civiles des hommes sont comme ceux qui cherchent à empêcher les cieux de tomber
avec un jonc. Que dis-je ! Ce n’est pas seulement l’autorité des Ecritures
qu’ils font dériver de la loi civile, c’est même la loi de nature elle-même. Les
lois de nature (qui n’ont pas besoin de promulgation), dans la condition de
nature, ne sont pas à proprement parler des lois mais des qualités qui
disposent les hommes à la paix et à l’obéissance. Une fois qu’une république
est établie, elles sont effectivement des lois, mais pas avant. [279] Que Dieu nous vienne en aide ! Dans quelle
époque sommes-nous tombés ? On fait dépendre les lois immuables de Dieu et
de la nature des lois changeantes des mortels ! C’est comme si on
entreprenait (373) de régler le soleil par l’autorité de l’horloge.
T.H. Jusque-là, il n’a jamais offert de rectifier
les doctrines qu’il invective ; mais, ici, il le fait. Il dit que j’ai la
perception de quelque chose que je ne suis pas capable de comprendre et
d’exprimer clairement. Voyons plus clairement ce que dit Monseigneur. Nous reconnaissons, dit-il, que,
même si les lois ou ordres d’un prince souverain sont si erronés, injustes ou
préjudiciables qu’un sujet ne saurait les approuver et les juger bons en
eux-mêmes, il est pourtant tenu d’obéir et ne peut pas s’opposer ou résister
autrement que par des prières et des pleurs, tout au plus par la fuite. Il
s’ensuit clairement que, quand un souverain a fait une loi, même erronée,
alors, si son sujet s’y oppose, c’est un péché. J’aimerais donc savoir si, quand
un homme a commis une infraction à la loi en faisant ce qui était interdit ou
en refusant de faire ce qui était ordonné, il s’est opposé ou non à la loi. Si
commettre une infraction à la loi, c’est s’y opposer, il est d’accord.
Monseigneur ne s’est donc pas exprimé assez clairement pour faire comprendre
aux hommes la différence entre commettre une infraction à la loi et s’y
opposer. Bien qu’il y ait une différence entre commettre une infraction à la
loi et s’opposer à ceux qui sont envoyés, munis de la force, pour voir si elle
est exécutée, il n’y a pourtant aucune différence entre l’infraction et
l’opposition à la loi elle-même. Aussi, même si le sujet pense que la loi est
juste, comme quand un voleur est condamné à mort par la loi, il peut pourtant
légitimement, s’il a commis cette infraction, s’opposer à son exécution, non
seulement par des prières, des pleurs et par la fuite mais aussi (je pense) par
tous les moyens possibles car, si grande que soit sa faute, s’efforcer de
sauver sa propre vie n’est pas une faute. D’ailleurs, la loi s’y attend (374)
et c’est pour cette raison qu’elle ordonne que les criminels soient amenés
jusqu’au lieu d’exécution attachés et entourés d’hommes armés. Rien ne s’oppose
à la loi que le péché, rien ne s’oppose au policier que la force. De sorte que
Monseigneur n’avait pas la vue assez perçante pour saisir la différence entre
la loi et le policier. Nous reconnaissons, dit-il, que les lois ont
le pouvoir d’obliger la conscience d’un Chrétien en elles-mêmes mais non par
elles-mêmes. Les Ecritures n’obligent pas non plus la conscience parce
qu’elles sont les Ecritures mais parce qu’elles viennent de Dieu. De même, le
livre des Statuts Anglais oblige notre conscience en lui-même, non par lui-même
mais par l’autorité du roi qui, par le droit de Dieu, possède seul le pouvoir
législatif. De plus, il dit : nous reconnaissons que, dans les cas
douteux, on présume toujours que le souverain et la loi sont dans le vrai.
S’il présume qu’ils sont dans le vrai, comment ose-t-il présumer que les cas
qu’ils déterminent sont douteux? Mais, dit-il, dans les cas évidents
qui n’admettent aucun doute, il est toujours meilleur d’obéir à Dieu qu’à
l’homme. Oui, et dans les cas douteux aussi, dis-je. Mais il n’est pas toujours
meilleur d’obéir aux pasteurs inférieurs qu’au pasteur suprême, le roi. Mais
quels sont ces cas qui n’admettent aucun doute? Je n’en connais que très peu et
de ceux qui ne doivent pas être très familiers à Monseigneur.
J.D. Mais il
n’est pas digne de mes efforts et il n’est pas non plus dans mes intentions de
poursuivre chaque ombre de question qu’il fait surgir. Il suffira de cueillir
dans ses écrits un petit bouquet de fleurs (où plutôt une botte de mauvaises
herbes) et de les présenter au lecteur qui pourra facilement les distinguer des
plantes saines par leur puanteur. En voici quelques-unes.
(375) T.H. Pour
ce qui est du bouquet de fleurs qui suit, il ne faut, pour qu’elles sentent
bon, qu’essuyer le venin craché par l’haleine de Monseigneur sur certaines
d’entre elles.
J.D. 1. Se délecter, en imagination seulement, à l'idée de posséder les biens d'un autre homme, ses serviteurs, ou sa femme, sans aucune intention de les lui prendre par la force ou la ruse, ce n'est pas une violation de la loi qui dit : Tu ne convoiteras pas. [280]
T.H. Quel homme ne s’est jamais délecté en
imagination en pensant à quelque chose de désirable ? Quel péché y a-t-il
là où il n’y a même pas une intention de commettre une injustice. Mais
Monseigneur ne voulait pas faire une distinction entre plaisir et intention, ni
entre un souhait et une volition. [281] Là était le venin. Je crois que Monseigneur lui-même,
avant son mariage, a du prendre un certain plaisir en y pensant et, pourtant,
la femme n’était pas encore la sienne. Tout amour est plaisir mais tout amour
n’est pas péché. Sans cet amour de ce qui n’est pas encore à nous, le monde
n’eût pas été peuplé.
J.D. 2. Si un homme, effrayé par la menace d'une mort immédiate, est contraint de faire quelque chose de contraire à la loi, il est totalement excusé, parce qu'aucune loi ne peut obliger un homme à renoncer à sa propre préservation. La nature le contraint donc à commettre l'acte. [282] Il dit la même chose ailleurs : Quand l'acteur fait quelque chose de contraire à la loi de nature par ordre de l'auteur, s'il est obligé par des conventions antérieures [283] de lui obéir, ce n'est pas lui, mais l'auteur qui enfreint la loi de nature. [284]
T.H. La seconde fleur est saine et elle sent bon.
J.D.
3. Une autre doctrine incompatible avec la société civile est que tout ce
que fait un homme contre sa conscience
est un péché. [285]
T.H. Il est
évident que faire ce que l’on pense en conscience être un péché est un péché
car c’est là mépriser la loi elle-même. De là vient que les ignorants, qui ont
une conscience faussée, désobéissent à la loi, ce qui est mauvais pour tout
gouvernement.
J.D. 4. Le
royaume de Dieu n’est fermé qu’aux pécheurs, c’est-à-dire à ceux qui ne rendent
pas aux lois de Dieu l’obéissance qui leur est due; et il ne leur est pas fermé
s’ils croient aux articles nécessaires de la foi Chrétienne. [286]
5. Nous devons savoir que la véritable
reconnaissance du péché est le repentir. [287]
6. Une opinion désignée officiellement pour être enseignée
ne peut pas être une hérésie, et le prince souverain qui l'autorise ne peut pas
non plus être un hérétique. [288]
T.H. La quatrième, cinquième et sixième fleurs
sentent bon. Mais dire que le prince souverain d’Angleterre est un hérétique ou
qu’un acte du parlement est hérétique empeste abominablement ; comme on le
pensa primo Elizabethae. [289]
J.D. 7. Gouvernement
temporel, gouvernement spirituel, ce ne sont que deux expressions introduites
dans le monde pour faire que les hommes voient double et se trompent sur leur
souverain légitime, &c. Il n'y a pas en cette vie d'autre gouvernement, que
ce soit de l'Etat ou de la religion, que le gouvernement temporel. [290]
8. Il est manifeste que ceux qui autorisent [291] une doctrine contraire à ce qu’ils croient eux-mêmes et jugent nécessaire (au salut) [292] trahissent leur conscience et veulent, pour autant que cela dépend d’eux, la destruction éternelle de leurs sujets. [293]
T.H. La septième et la huitième fleurs sont rose
et (377) jasmin mais son omission des mots au salut était du venin.
J.D. 9. Les sujets pèchent s’ils ne rendent pas
un culte à Dieu conformément aux lois de la république.
T.H. La neuvième fleur, il l’a empoisonnée et, de
ce fait, elle n’est plus mienne. Il cite mon livre De Cive, chapitre XV,
paragraphe 19, où je dis : regnante Deo per solam rationem naturalem, [294] c’est-à-dire avant le don des Ecritures,
péchaient ceux qui refusaient de rendre un culte à Dieu selon les rites et les
cérémonies du pays, ce qui n’a une mauvaise odeur que pour les sujets
désobéissants.
J.D.10. Croire en Jésus (in Jesum) est la même
chose que croire que Jésus est le Christ. [295]
T.H. Et il en est toujours ainsi dans les
Ecritures.
J.D.11. Il ne peut pas y avoir de contradiction
entre les lois de Dieu et les lois d’une république Chrétienne. [296] Pourtant, nous voyons chaque jour des républiques se
contredire l’une l’autre.
T.H. La onzième est bonne, aussi, mais l’exemple
de Monseigneur des républiques Chrétiennes qui se contredisent l’une l’autre
n’a rien à faire ici. Il est vrai que leurs lois se contredisent mais elles ne
contredisent pas la loi de Dieu car Dieu ordonne aux sujets d’obéir aux
républiques en toutes choses et Monseigneur lui-même reconnaît que leurs lois,
même erronées, obligent la conscience. Mais les républiques Chrétiennes se
contrediraient rarement si elles ne faisaient lois que les doctrines
nécessaires au salut.
J.D.12. Personne ne fait un don, sinon avec
l'intention d'un bien pour soi-même, et l'objet de tous les actes volontaires
de tout homme est son propre bien. [297] Moïse, Saint Paul et les Decii [298] n’étaient pas de cet avis.
T.H. Ce que Monseigneur ajoute à la douzième, à
savoir que Moïse, Saint Paul et les Decii n’étaient pas de mon avis, est faux
car les deux premiers firent ce qu’ils firent dans l’espoir d’un bien pour
eux-mêmes, la vie éternelle, et les Decii pour avoir une grande renommée après
leur mort. Et Monseigneur aussi, s’il avait cru à un bonheur éternel à venir ou
s’il avait pensé qu’une bonne renommée après la mort a quelque valeur,
aurait dirigé toutes ses actions en ces directions et aurait méprisé la
richesse et les titres du monde présent.
J.D. 13. Il n'existe aucune connaissance
naturelle de la condition de l'homme après la mort, encore moins de la
récompense qui sera alors donnée pour avoir violé sa parole, mais seulement une
croyance fondée sur d'autres hommes qui disent qu'ils en ont une connaissance
surnaturelle, ou qu'ils connaissent ceux qui connaissent ceux qui en
connaissaient d'autres qui en avaient une connaissance surnaturelle. [299]
T.H. La treizième est bonne et fraîche.
J.D. 14. Le meurtre d’Urie par David ne fut pas
un tort causé à Urie parce que le droit de faire ce qui lui plaisait lui avait
été donné par Urie lui-même. [300]
T.H. David lui-même montre que cela est vrai en
disant : Contre toi seulement j’ai péché.
J.D. 15. Celui à qui il appartient de trancher
les controverses qui peuvent naître des diverses interprétations des Ecritures a
un pouvoir impérial sur tous les hommes qui reconnaissent que les Ecritures
sont la parole de Dieu. [301]
16. Ce qu’est un vol, ce qu’est un meurtre, ce qu’est un
adultère et ce qu’est universellement un tort, on le sait par la loi civile,
c’est-à-dire par les commandements du souverain. [302]
T.H. Pour la quinzième, il aurait dû en débattre
(379) avec le chef de l’Eglise. Pour ce qui est de la seizième, je lui aurais
demandé par quelles autres lois que les lois faites au parlement ou les lois
qui distinguent entre meum et tuum il aurait déterminé ce qu’est
un vol ou ce qu’est un tort. L’ignorance de Monseigneur a les relents fétides
(c’est sa propre expression ici et en d’autres endroits, expression que j’ai
laissé passer) de son intérêt personnel. Le roi nous dit ce qu’est le péché en
ce qu’il nous dit ce qui est loi. Il a autorisé le clergé à détourner le peuple
du péché et à l’exhorter, par de bons motifs tirés des Ecritures et de la
raison, à obéir aux lois et il suppose que ses membres (même de moins de quarante
ans), avec l’assistance de l’université, sont capables, dans les cas non prévus
par la loi écrite, d’apprendre aux sujets, jeunes et vieux, les préceptes
qu’ils doivent suivre dans les cas de conscience douteux ; c’est-à-dire
qu’on les autorise à exposer les lois de nature mais sans introduire de doute
sur l’obéissance aux lois du Roi. Tout ce qu’ils devraient faire vient de
l’autorité du Roi. Par conséquent, ma doctrine n’est pas une mauvaise
herbe. [303]
J.D. 17. Il admet que les copulations
incestueuses des païens conformes aux lois païennes ont été des mariages
légitimes [304] alors que les Ecritures nous apprennent (Lévit.
xviii.28) expressément que, pour ces abominations, le pays de Canaan vomit ses
habitants.
T.H. La dix-septième, il l’a corrompue avec une
fausse interprétation du texte. En effet, dans ce chapitre, du début jusqu’au
verset vingt, sont interdits les mariages dans certains degrés de parenté. Du
verset vingt, qui commence par De plus, jusqu’au vingt-huitième, sont
interdits les sacrifices (380) d’enfants à Moloc, la profanation du nom de
Dieu, la sodomie entre un être humain et une bête et la raison est
celle-ci : Car les hommes du pays qui y ont été avant vous ont pratiqué
toutes ces abominations et le pays en a été rendu impur ; afin que le pays
ne vous vomisse pas…Pour ce qui est des mariages dans des degrés prohibés,
ils ne concernent pas les abominations des païens et, en outre, après Adam,
pendant un certain temps, de tels mariages furent nécessaires.
J.D.18. Je dis que nul autre article de foi que
celui-ci – que Jésus est le Christ – n’est nécessaire à un Chrétien pour son
salut. [305]
19. Le royaume du Christ
n'est pas de ce monde et, par conséquent, ses ministres ne peuvent pas, à moins
d'être rois, exiger l'obéissance en son nom. Ils n’ont aucun droit de
commander, aucun pouvoir de faire des lois. [306]
T.H. Ces deux
fleurs ont une odeur agréable et elles sentent bon les Ecritures. La doctrine
contraire sent l’ambition, l’usurpation de juridiction ou le croupion de la
tyrannie Romaine.
J.D.20. Je passe sur ses erreurs concernant les
serments, les vœux, la résurrection, le royaume du Christ, le pouvoir des
clefs, le pouvoir de lier et de délier, l’excommunication, &c. et sur son
ignorance quand il confond le meritum congrui et le meritum condigni,
l’obéissance passive et l’obéissance active, et je passe sur d’autres sujets
afin de ne pas ennuyer le lecteur.
T.H. Les expressions de la théologie scolastique,
au nombre desquelles figurent meritum congrui, meritum condigni, [307] et obéissance passive, [308] sont si obscures qu’aucun homme vivant ne peut dire
ce qu’elles signifient ; de sorte que celui qui les utilise peut admettre
ou nier leur sens selon que cela est utile à son dessein. Je n’ai pas dit que
je donnais (381) leur sens mais ce que je pensais être leur sens. En effet,
aucun homme vivant ne peut dire ce qu’un Scolastique entend par ces
expressions. Je les ai donc exposées selon leur véritable signification. Le
mérite est ex condigno quand une chose se mérite par pacte, comme quand le
travailleur est digne de son salaire ; il s’agit là d’un meritum ex
condigno. Mais, quand un homme, à titre gracieux, jette de l’argent au
peuple avec l’intention que chaque homme conserve ce qu’il peut attraper, celui
qui attrape de l’argent le mérite mais non par pacte ni par un mérite antérieur
comme dans le cas du travailleur mais parce que cela s’accorde avec l’intention
de celui qui jette l’argent. Dans tous les autre sens, ces expressions ne sont
que du jargon que Monseigneur a appris par cœur. De même, l’expression obéissance
passive ne signifie rien, sauf si l’on appelle obéissance passive le
fait qu’un homme s’abstient de faire ce que la loi a interdit. En effet, au
sens où l’entend Monseigneur, le voleur qui est pendu pour avoir volé a obéi à
la loi, ce qui me semble absurde. [309]
J.D. Toutes ses œuvres sont un amas d’erreurs
monstrueuses et de paradoxe absurdes qu’il laisse échapper avec l’assurance
d’un tricheur, les vantardises d’un charlatan et l’autorité de quelque
Pythagore ou de quelque troisième Caton récemment tombé du ciel. [310]
Ainsi nous avons vu comment les principes de Hobbes
détruisent l’existence, la simplicité, l’ubiquité, l’éternité et l’infinité de
Dieu, la doctrine de la Sainte Trinité, l’union hypostatique, l’office royal,
sacerdotal et prophétique du Christ, l’être et l’opération du Saint-Esprit, le
paradis, l’enfer, les anges, les démons, l’immortalité de l’âme, l’Eglise
Catholique et toutes les Eglises nationales, les saintes Ecritures, les saints
ordres, les saints sacrements (382), toute la structure de la religion et
du culte de Dieu, les lois de nature, la réalité de la bonté, de la justice, de
la piété, de l’honnêteté, de la conscience et de tout ce qui est sacré. Si ses
disciples ont une foi implicite [311] telle qu’ils peuvent digérer toutes ces choses, ils
peuvent se nourrir avec les autruches.
T.H. Il conclut ici son premier chapitre avec des
reproches amers, pour laisser, pense-t-il, un dard chez ses lecteurs, supposant
peut-être qu’on ne lira que le début et la fin de son livre, comme beaucoup
d’hommes en ont l’habitude. Mais, pour lui faire perdre l’avantage de cette
petite astuce, il me faut désirer du lecteur l’une de ces deux choses. Soit
qu’il lise le propos de Bramhall en
envisageant les passages du Léviathan qu’il cite et qu’il ne considère
pas seulement comment il répond à mes arguments mais aussi quels sont les
arguments qu’il produit contre eux, soit qu’il s’abstienne de me condamner,
même en pensée, car, autrement, ce serait injuste. Le nom d’Evêque est d’une
grande autorité mais les formules qu’il emploie ne sont pas celles d’un évêque
mais celles d’un Scolastique pris par la passion, formules féroces et
inconvenantes pour un homme, quel qu’il soit. De plus, ce qu’il dit est faux.
Ceux qui me connaissent diront-ils que j’ai l’assurance d’un tricheur, que j’ai
l’habitude de me vanter de quelque chose ou que je me comporte comme un
charlatan ? Pour apprécier la valeur de mes œuvres, il n’était pas le juge
qui convenait. Mais, maintenant qu’il m’a provoqué, j’en dirai plus : ni
lui (s’il avait vécu), ni moi, si je le voulais, ne pourrions éteindre la
lumière qui s’est éclairée dans le monde par la plus grande partie de ces
œuvres. Quant aux doctrines qu’il critique, peu s’y opposent, sinon ceux dont
le profit ou la réputation d’érudition y est concerné. Il m’accuse d’abord de
détruire (383) l’existence de Dieu, c’est-à-dire qu’il voudrait faire croire au
monde que je suis athée. Mais sur quel fondement ? Parce que je dis que
Dieu est un esprit mais corporel. Saint Paul me permet de dire cela, lui
qui dit (1. Cor. xv.44) qu’il existe un corps spirituel et qu’il
existe un corps animal. Celui qui soutient qu’il y a un Dieu et que Dieu
est réellement quelque chose (car le corps est indubitablement une substance
réelle) est aussi loin d’être athée qu’il est possible de l’être. Mais
celui qui dit que Dieu est une substance incorporelle, personne ne peut
savoir avec certitude s’il est ou non athée. En effet, aucune homme vivant ne
peut dire s’il existe la moindre substance qui ne soit pas aussi corporelle
car ni le mot incorporelle, ni le mot immatérielle, ni des
synonymes ne peuvent être trouvés dans les Ecritures ou dans la raison. Au
contraire, on trouve, en Colossiens. ii. 9. que la divinité habite
corporellement dans le Christ ; [312] et Tertullien soutient que Dieu est soit une
substance corporelle, soit rien. Il ne fut jamais condamné par
l’Eglise pour cela. Pour quelle raison ? Non seulement Tertullien mais
aussi tous les savants appellent corps non seulement ce qu’on peut voir
mais aussi tout ce qui a une grandeur ou qui se trouve quelque part car ils
avaient un plus grand respect pour la substance divine que ceux qui osent
penser qu’elle n’a pas de grandeur et qu’elle n’est nulle part.
Mais ceux qui soutiennent que Dieu est un phantasme, comme le faisaient les
exorcistes de l’Eglise de Rome - c’est-à-dire qu’on jugeait à l’époque qu’il y
avait des esprits [313] déambulant dans les cimetières, les âmes des hommes
enterrés – le réduisent à n’être rien du tout. Mais comment ?
Etaient-ils athées ? Non car, bien qu’ils ignorassent que la conséquence
de ce qu’ils disaient équivalait à de l’athéisme, dans leurs cœurs, pourtant,
(384) ils pensaient que Dieu était une substance et, s’ils avaient connu le
sens des mots substance et corporelle, ils auraient dit que Dieu
était une substance corporelle. De sorte qu’il est très facile, même pour les
hommes les plus pieux de l’Eglise, de tomber dans cet athéisme par
conséquence. De même, celui qui dit que Dieu est entièrement ici et entièrement
là et entièrement partout détruit par conséquence l’unité de Dieu,
son infinité et sa simplicité. C’est ce que font les Scolastiques et ils sont
donc athées par conséquence bien qu’ils ne disent pas tous dans leur
cœur qu’il n’y a pas de Dieu. De même, Monseigneur, en exemptant la volonté
humaine de l’assujettissement à la nécessité de la volonté et des décrets de
Dieu, nie par conséquence la prescience divine, ce qui revient aussi à
l’athéisme par conséquence. Mais, de cette idée, que Dieu est un esprit
corporel infiniment pur, on ne peut tirer aucune conséquence indigne ou
déshonorante.
Voilà pour le premier
chapitre de Monseigneur, cela afin de justifier mon Léviathan en matière
de religion et surtout pour effacer l’injuste diffamation jetée sur moi par
l’Evêque de Derry. Pour ce qui est du second chapitre, qui concerne mes
doctrines civiles, puisque mes erreurs, s’il y en a, ne tendront pas beaucoup à
ma disgrâce, je ne prendrai pas la peine de répondre.
Vu que Monseigneur, ici
et là dans son discours, a parlé avec ignorance de l’hérésie et que certains
autres n’ont pas hésité à dire publiquement qu’il y avait de nombreuses
hérésies dans mon Léviathan, j’ajouterai, en guise de réponse générale,
un récit historique concernant le mot hérésie, du premier emploi de ce mot chez
les Grecs jusqu’à l’époque actuelle.
Fin de la réponse à la Capture
du Léviathan.
2009
Remerciements à Isabelle pour sa patiente relecture.
AN
ANSWER TO A BOOK PUBLISHED BY
DR.
BRAMHALL, LATE BISHOP OF DERBY;
CALLED
THE " CATCHING OF THE LEVIATHAN."
In
The
english Works of Thomas Hobbes of Malmesbury
Now
first collected and edited
By
Sir
William Molesworth, Bart
Vol. IV
London
John
Bohn
Henrietta
street, covent garden.
MDCCCXL
(281)
TO THE READER.
As in all things which I have
written, so also in this piece, I have endeavoured all I can to be perspicuous
; but yet your own attention is always necessary. The late Lord Bishop of Derry
published a book called The Catching of the Leviathan, in which he hath put
together divers sentences picked out of my Leviathan, which stand there plainly
and firmly proved, and sets them down without their proofs, and without the
order of their dependance one upon another; and calls them atheism, blasphemy,
impiety, subversion of religion, and by other names of that kind. My request
unto you is, that when he cites my words for erroneous, you will be pleased to
turn to the place itself, and see whether they be well proved, and how to be
understood. Which labour his Lordship might have saved you, if he would have
vouchsafed as well to have weighed my arguments before you, as to have shown
you my conclusions. His book containeth two chapters, the one concerning
Religion, (282) the other concerning Politics. Because he does not so much as
offer any refutation of any thing in my Leviathan concluded, I needed not to
have answered either of them. Yet to the first I here answer, because the words
atheism, impiety, and the like, are words of the greatest defamation possible.
And this I had done sooner, if I had sooner known that such a book was extant.
He wrote it ten years since, and yet I never heard of it till about three
months since ; so little talk there was of his Lordship's writings. If you want
leisure or care of the questions between us, I pray you condemn me not upon
report. To judge and not examine is not just.
Farewell.
T.
HOBBES.
(283) AN
ANSWER,
ETC.
THAT
THE HOBBIAN PRINCIPLES ARE DESTRUCTIVE TO
CHRISTIANITY
AND ALL RELIGION.
J. D. THE image of God is not
altogether defaced by the fall of man, but that there will remain some
practical notions of God and goodness; which when the mind is free from vagrant
desires, and violent passions, do shine as clearly in the heart, as other
speculative notions do in the head. Hence it is, that there was never any
nation so barbarous or savage throughout the whole world, which had not their
God. They who did never wear clothes upon their backs, who did never know
magistrate but their father, yet have their God, and their religious rights and
devotions to him. Hence it is, that the greatest atheists in any sudden danger
do unwittingly cast their eyes up to heaven, as craving aid from thence, and in
a thunder creep into some hole to hide themselves. And they who are conscious
to themselves of any secret crimes, though they be secure enough from the
justice of men, do yet feel the blind blows of a guilty conscience, arid fear
Divine vengeance. This is acknowledged by T. H. himself in his lucid intervals.
That we may know what worship of God natural reason doth assign, let us begin
with his attributes, where it is manifest (284) in the first place, that
existency is to be attributed to him. To which he addeth, infiniteness,
incomprehensibility, unity, ubiquity. Thus for attributes; next for actions.
Concerning external actions, wherewith God is to be worshipped, the most
general precept of reason is, that they be signs of honour ; under which are
contained prayers, thanksgivings, oblations, and sacrifices.
T. H. Hitherto his Lordship
discharges me of atheism. What need he to say that all nations, how barbarous
soever, yet have their Gods and religious rites, and atheists are frighted,
with thunder, and feel the blind blows of conscience ? It might have been as
apt a preface to any other of his discourses as this. I expect therefore in the
next place to be told, that I deny again my aforerecited doctrine.
J. D. Yet, to let us see how
inconsistent and irreconcileable he is with himself, elsewhere reckoning up all
the laws of nature at large, even twenty in number, he hath not one word that
concerneth religion, or hath the least relation in the world to God. As if a
man were like the colt of a wild ass in the wilderness, without any owner or
obligation. Thus in describing the laws of nature, this great clerk forgetteth
the God of nature, and the main and principal laws of nature, which contain a
man's duty to his God, and the principal end of his creation.
T. H. After I had ended the
discourse he mentions of the laws of nature, I thought it fittest in the last
place, once for all, to say they were the laws of God, then when they were
delivered in the word of God ; but before, being not known by men (285) for any
thing but their own natural reason, they were but theorems, tending to peace,
and those uncertain, as being but conclusions of particular men, and therefore
not properly laws. Besides, I had formerly in my book De Cive, cap. iv, proved
them severally, one by one, out of the Scriptures : which his Lordship had read
and knew. It was therefore an unjust charge of his to say, I had not one word
in them that concerns religion, or that hath the least relation in the world to
God ; and this upon no other ground than that I added not to every article,
this law is in the Scripture. But why he should call me (ironically) a great
clerk, I cannot tell. I suppose he would make men believe, I arrogated to
myself all the learning of a great clerk, bishop, or other inferior minister. A
learned bishop, is that bishop that can interpret all parts of Scripture truly,
and congruently to the harmony of the whole ; that has learnt the history and
laws of the Church, down from the apostles' time to his own ; and knows what is
the nature of a law civil, divine, natural, and positive ; and how to govern
well the parochial ministers of his diocese, so that they may both by doctrine
and example keep the people in the belief of all articles of faith necessary to
salvation, and in obedience to the laws of their country. This is a learned
bishop. A learned minister, is he that hath learned the way by which men may be
drawn from avarice, pride, sensuality, profaneness, rebellious principles, and
all other vices, by eloquent and powerful disgracing of them, both from
Scripture and from reason ; and can terrify men from vice, by discreet uttering
of the punishments denounced against wicked men, (286) and by deducing,
rationally, the damage they receive by it in the end. In one word, he is a
learned minister that can preach such sermons as St. Chrysostom preached to the
Antiochians, when he was presbyter in that city. Could his Lordship find in my
book, that I arrogated to myself the eloquence or wisdom of St. Chrysostom, or
the ability of governing the church ? It is one thing to know what is to be
done, another thing to know how to do it. But his Lordship was pleased to use
any artifice to disgrace me in any kind whatsoever.
J. D. Perhaps he will say that he handleth
the laws of nature there, only so far as may serve to the constitxition or
settlement of a commonwealth. In good time, let it be so. He hath devised us a
trim commonwealth, which is founded neither upon religion towards God, nor
justice towards man ; but merely upon self-interest, and self-preservation.
Those rays of heavenly light, those natural seeds of religion, which God
himself hath imprinted in the heart of man, are more efficacious towards
preservation of a society, whether we regard the nature of the thing, or the
blessing of God, than all his pacts, and surrenders, and translations of power.
He who unteacheth men their duty to God, may make them eye-servants, so long as
their interest doth oblige them to obey ; but is no fit master to teach men
conscience and fidelity.
T. H. He has not yet found the place
where I contradict either the existence, or infiniteness, or
incomprehensibility, or unity, or ubiquity of God. I am therefore yet absolved
of atheism. But I am, he says, inconsistent and irreconcileable with myself;
that is, I am (though he says not so) he thinks, (287) a forgetful blockhead. I
cannot help that : but my forgetfulness appears not here. Even his Lordship,
where he says, " those rays of heavenly light, those seeds of religion,
which God himself hath imprinted in the heart of man (meaning natural reason),
are more efficacious to the preservation of society, than all the pacts,
surrenders, and translating of power" had forgotten to except the old pact
of the Jews, and the new pact of Christians. But pardoning that, did he hope to
make any wise man believe, that when this nation very lately was an anarchy,
and dissolute multitude of men, doing every one what his own reason or
imprinted light suggested, they did again out of the same light call in the
king, and peace again, and ask pardon for the faults, which that their
illumination had brought them into, rather than out of fear of perpetual danger
and hope of preservation ?
J.D. Without religion, societies are
like but soapy bubbles, quickly dissolved. It was the judgment of as wise a man
as T. H. himself, though perhaps he will hardly be persuaded to it, that Rome
owed more of its grandeur to religion, than either to strength or stratagems.
We have not exceeded the Spaniards in number, nor the Gauls in strength, nor
the Carthaginians in craft, nor the Grecians in art, &c. but we have
overcome all nations by our piety and religion.
T. H. Did not his Lordship forget
himself here again, in approving this sentence of Tully, which makes the
idolatry of the Romans, not only better than the idolatry of other nations ;
but also better than the religion of the Jews, whose law Christ himself says he
came not to destroy but to fulfil ? (288) And that the Romans overcame both
them and other nations by their piety, when it is manifest that the Romans
overran the world by injustice and cruelty, and that their victories ought not
to be ascribed to the piety of the Romans, but to the impiety as well of the
Jews as of other nations ? But what meant he by saying "Tully was as wise
a man as T. H. himself, though perhaps he will hardly be persuaded to it
?" Was that any part of the controversy? No : then it was out of his way.
God promiseth to assist good men in their way, but not out of their way. It is
therefore the less wonder that his Lordship was in this place deserted of the
light, which God imprints in the hearts of rudest savages.
J. D. Among his laws he inserteth
gratitude to men as the third precept of the law of nature ; but of the gratitude
of mankind to their Creator, there is a deep silence. If men had sprung up from
the earth in a night, like mushrooms or excrescences, without all sense of
honour, justice, conscience, or gratitude, he could not have vilified the human
nature more than he doth.
T. H. My Lord discovers here an
ignorance of such method as is necessary for lawful and strict reasoning, and
explication of the truth in controversy. And not only that, but also how little
able he is to fix his mind upon what he reads in other men's writings. When I
had defined ingratitude universally, he finds fault that I do not mention
ingratitude towards God, as if his Lordship knew not that an universal
comprehends all the particulars. When I had defined equity universally, why did
he not as well blame me for not telling (289) what that equity is in God ? He
is grateful to the man of whom he receives a good turn, that confesseth, or
maketh appear he is pleased with the benefit he receiveth. So also gratitude
towards God is to confess his benefits. There is also, in gratitude towards
men, a desire to requite their benefits ; so there is in our gratitude towards
God, so far to requite them, as to be kind to God's ministers, which I
acknowledged in making sacrifices a part of natural divine worship ; and the
benefit of those sacrifices is the nourishment of God's ministers. It appears
therefore, that the bishop's attention in reading iny writings, was either weak
in itself, or weakened by prejudice.
J. D. From this shameful omission or
preterition of the main duty of mankind, a man might easily take the height of
T. H. his religion. But he himself putteth it past all conjectures. His
principles are brim full of prodigious impiety. In these four things, opinions
of ghosts, ignorance of second causes, devotion to what men fear, and taking of
things casual for prognostics, consisteth the natural seed of religion ; the
culture and improvement whereof, he referreth only to policy. Human and divine
politics, are but politics. And again, mankind hath this from the conscience of
their own weakness, and the admiration of natural events, that the most part of
men believe that there is an invisible God, the maker of all visible things.
And a little after he telleth us, that superstition proceedeth from fear
without right reason, and atheism from an opinion of reason without fear ;
making atheism to be more reasonable than superstition. What is now become of
that divine (290) worship which natural reason did assign unto God, the honour
of existence, infiniteness, incomprehensibility, unity, ubiquity ? What is now
become of that dictate or precept of reason, concerning prayers, thanksgivings,
oblations, sacrifices, if uncertain opinions, ignorance, fear, mistakes, the
conscience of our own weakness, and the admiration of natural events, be the
only seeds of religion ?
He proceedeth further, that atheism
itself, though it be an erroneous opinion, and therefore a sin, yet it ought to
be numbered among the sins of imprudence or ignorance. He addeth, that an
atheist is punished not as a subject is punished by his king, because he did
not observe laws : but as an enemy, by an enemy, because he would not accept
laws. His reason is, because the atheist never submitted his will to the will
of God, whom he never thought to be. And he concludeth that man's obligation to
obey God proceedeth from his weakness, (De Cive, xv. 7 : vol. II. p. 336):
Manifestum est obligationem ad prestandam ipsi (Deo} obedientiam, incumbere
hominibus propter imbecilitatem. First, it is impossible that should be a sin
of mere ignorance or imprudence, which is directly contrary to the light of
natural reason. The laws of nature need no new promulgation, being imprinted
naturally by God in the heart of man. The law of nature was written in our
hearts by the finger of God, without our assent ; or rather, the law of nature
is the assent itself. Then if nature dictate to us that there is a God, and
that this God is to be worshipped in such and such a manner, it is not possible
that atheism should be a sin of mere ignorance.
Secondly, a rebellious subject is
still a subject (291) de jure, though not de facto; by right, though not by
deed : and so the most cursed atheist that is, ought by right to be the subject
of God, and ought to be punished not as a just enemy, but as a disloyal
traitor. Which is confessed by himself : this fourth sin (that is, of those who
do not by word and deed confess one God, the supreme King of Kings) in the
natural kingdom of God is the crime of high treason, for it is a denial of
Divine power, or atheism. Then an atheist is a traitor to God, and punishable
as a disloyal subject, not as an enemy.
Lastly, it is an absurd and
dishonourable assertion, to make our obedience to God to depend upon our
weakness, because we cannot help it, and not upon our gratitude, because we owe
our being and preservation to him. Who planteth a vineyard, and eateth not of
the fruit thereof? And who feedeth a flock, and eateth not of the milk of the
flock ? And again, Thou art worthy, O Lord, to receive glory, and honour and
power ; for thou hast created all things, and for thy pleasure they are and
were created. But it were much better, or at least not so ill, to be a
downright atheist, than to make God to be such a thing as he doth, and at last
thrust him into the Devil's office, to be the cause of all sin.
T. H. Though this bishop, as I said,
had but a weak attention in reading, and little skill in examining the force of
an argument, yet he knew men, and the art, without troubling their judgments,
to win their assents by exciting their passions. One rule of his art was to
give his reader what he would have him swallow, a part by itself, and in the
nature of news, whether true or not. Knowing that the (292) unlearned, that is
most men, are content to believe, rather than be troubled with examining,
therefore, a little before, he put these words, T. H. no friend to religion, in
the margin. And in this place, before he offer at any confutation, he says my
principles are brim full of prodigious impieties. And at the next paragraph, in
the margin, he puts that I excuse atheism. This behaviour becomes neither a
bishop, nor a Christian, nor any man that pretends to good education. Fear of
invisible powers, what is it else in savage people, but the fear of somewhat
they think a God ? What invisible power does the reason of a savage man suggest
unto him, but those phantasms of his sleep, or his distemper, which we
frequently call ghosts, and the savages thought gods ; so that the fear of a
God, though not of the true one, to them was the beginning of religion, as the
fear of the true God was the beginning of wisdom to the Jews and Christians ?
Ignorance of second causes made men fly to some first cause, the fear of which
bred devotion and worship. The ignorance of what that power might do, made them
observe the order of what he had done ; that they might guess by the like
order, what he was to do another time. This was their prognostication. What
prodigious impiety is here? How confutes he it ? Must it be taken for impiety
upon his bare calumny ? I said superstition was fear without reason. Is not the
fear of a false God, or fancied demon, contrary to right reason ? And is not
atheism boldness grounded on false reasoning, such as is this, the wicked prosper,
therefore there is no God? He offers no proof against any of this ; but says
only I make atheism (293) to be more reasonable than superstition ; which is
not true : for I deny that there is any reason either in the atheist or in the
superstitious. And because the atheist thinks he has reason, where he has none,
I think him the more irrational of the two. But all this while he argues not
against any of this ; but enquires only, what is become of my natural worship
of God, and of his existency ; infiniteness, incomprehensibility, unity, and
ubiquity. As if whatsoever reason can suggest, must be suggested all at once.
First, all men by nature had an opinion of God's existency ; but of his other
attributes not so soon, but by reasoning, and by degrees. And for the
attributes of the true God, they were never suggested but by the Word of God
written. In that I say atheism is a sin of ignorance, he says I excuse it. The
prophet David says, the fool hath said in his heart, there is no God. Is it not
then a sin of folly? It is agreed between us, that right reason dictates, there
is a God. Does it not follow, that denying of God is a sin proceeding from
misreasoning. If it be not a sin of ignorance, it must be a sin of malice. Can
a man malice that which he thinks has no being ? But may not one think there is
a God, and yet maliciously deny him ? If he think there is a God, he is no
atheist ; and so the question is changed into this, whether any man that thinks
there is a God, dares deliberately deny it ? For my part I think not. For upon
what confidence dares any man, deliberately I say, oppose the Omnipotent ?
David saith of himself, My feet were ready to slip when I saw the prosperity of
the wicked. Therefore it is likely the feet of men less holy slip oftener. But
I think no man living (294) is so daring, being out of passion, as to hold it
as his opinion. Those wicked men that for a long time proceeded so successfully
in the late horrid rebellion, may perhaps make some think they were constant
and resolved atheists : but I think rather that they forgot God, than believed
there was none. He that believes there is such an atheist, comes a little too
near that opinion himself ; nevertheless if words spoken in passion signify a
denial of a God, no punishment preordained by law, can be too great for such an
insolence ; because there is no living in a commonwealth with men, to whose
oaths we cannot reasonably give credit. As to that I say, an atheist is
punished by God not as a subject by his king, but as an enemy ; and to my
argument for it, namely, because he never acknowleged himself God's subject, he
opposeth, that if nature dictate that there is a God, and to be worshipped in
such and such manner, then atheism is not a sin of mere ignorance : as if
either I or he did hold that nature dictates the manner of God's worship, or
any article of our creed, or whether to worship with or without a surplice.
Secondly, he answers that a rebel is still a subject de jure, though not de
facto : and it is granted. But though the king lose none of his right by the
traitor's act, yet the traitor loseth the privilege of being punished by a
precedent law; and therefore may be punished at the king's will, as Ravaillac
was for murdering Henry IV of France. An open enemy and a perfidious traitor
are both enemies. Had not his Lordship read in the Roman story, how Perseus and
other just enemies of that state were wont to be punished ? But what is this
trifling question to my excusing of atheism ? In the seventh paragraph of
chapter xv. of my book De Give, he found the words in Latin, which he here
citeth. And to the same sense I have said in my Leviathan, that the right of
nature whereby God reigneth over men, is to be derived not from his creating
them, as if he required obedience, as of gratitude ; but from his irresistible
power. This he says is absurd and dishonourable. Whereas first all power is
honourable, and the greatest power is most honourable. Is it not a more noble
tenure for a king to hold his kingdom, and the right to punish those that
transgress his laws, from his power, than from the gratitude or gift of the
transgressor. There is nothing therefore here of dishonour to God Almighty. But
see the subtilty of his disputing. He saw he could not catch Leviathan in this
place, he looks for him in my book De Cive, which is Latin, to try what he
could fish out of that: and says I make our obedience to God, depend upon our
weakness ; as if these words signified the dependence, and not the necessity of
our submission, or that incumbere and dependere were all one.
J. D. For T. H. his God is not the
God of Christians, nor of any rational men. Our God is every where, and seeing
he hath no parts, he must be wholly here, and wholly there, and wholly every
where. So nature itself dictateth. It cannot be said honourably of God that he
is in a place ; for nothing is in a place, but that which hath proper bounds of
its greatness. But T. H. his God is not wholly every where. No man can conceive
that any thing is all in this place, and all in another place at the same time,
for none of these things ever have or can be incident to sense. So far well,
(296) if by conceiving he mean comprehending; but then follows, That these are
absurd speeches taken upon credit, without any signification at all, from deceived
philosophers, and deceived or deceiving Schoolmen. Thus he denieth the ubiquity
of God. A circumscriptive, a definitive, and a repletive being in a place, is
some heathen language to him.
T. H. Though I believe the
omnipotence of God, and that he can do what he will, yet I dare not say how
every thing is done, because I cannot conceive nor comprehend either the Divine
substance, or the way of its operation. And I think it impiety to speak
concerning God any thing of my own head, or upon the authority of philosophers
or Schoolmen, which I understand not, without warrant in the Scripture : and
what I say of omnipotence, I say also of ubiquity. But his Lordship is more
valiant in this place, telling us that God is wholly here, and wholly there,
and wholly every where ; because he has no parts. I cannot comprehend nor
conceive this. For methinks it implies also that the whole world is also in the
whole God, and in every part of God. Nor can I conceive how any thing can be
called whole, which has no parts, nor can I find anything of this in the
Scripture. If I could find it there, I could believe it ; and if I could find
it in the public doctrine of the Church, I could easily abstain from
contradicting it. The Schoolmen say also, that the soul of man (meaning his
upper soul, which they call the rational soul) is also wholly in the whole man,
and wholly in every part of the man. What is this, but to make the human soul
the same thing in respect of man's body, that God is in respect of the world ?
These (297) his Lordship calls here rational men, and some of them which
applaud this doctrine, would have the high court of parliament corroborate such
doctrines with a law. I said in my Leviathan, that it is no honourable
attribute to God, to say he is in a place, because infinite is not confined
within a place. To which he replies, T. H. his God is not wholly every where. I
confess the consequence. For I understand in English, he that says any thing to
be all here, means that neither all nor any of the same thing is elsewhere. He
says further, I take a circumscriptive, a definitive, and a repletive being in
a place to be heathen language. Truly, if this dispute were at the bar, I
should go near to crave the assistance of the court, lest some trick might be
put upon me in such obscurity. For though I know what these Latin words singly
signify, yet I understand not how any thing is in a place definitively and not
circumscrlptively. For definitively comes from definio, which is to set bounds.
And therefore to be in a place definitively, is when the bounds of the place
are every way marked out. But to be in a place circumscriptively, is when the
bounds of the place are described round about. To be in a place repletively, is
to fill a place. Who does not see that this distinction is canting and fraud ?
If any man will call it pious fraud, he is to prove the piety as clearly as I
have here explained the fraud. Besides, no fraud can be pious in any man, but
him that hath a lawful right to govern him whom he beguileth; whom the Bishop
pretends to govern, I cannot tell. Besides, his Lordship ought to have
considered, that every Bishop is one of the great Council, trusted (298) by the
King to give their advice with the Lords temporal, for the making of good laws,
civil and ecclesiastical, and not to offer them such obscure doctrines, as if,
because they are not versed in School-divinity, therefore they had no learning
at all, nor understood the English tongue. Why did the divines of England
contend so much heretofore to have the Bible translated into English, if they
never meant any but themselves should read it ? If a lay-man be publicly
encouraged to search the Scriptures for his own salvation, what has a divine to
do to impose upon him any strange interpretation, unless, if he make him err to
damnation, he will be damned in his stead ?
J. D. Our God is immutable without
any shadow of turning by change, to whom all things are present, nothing past,
nothing to come. But T. H. his God is measured by time, losing something that
is past, and acquiring something that doth come every minute. That is as much
as to say, that our God is infinite, and his God is finite ; for unto that
which is actually infinite, nothing can be added, neither time nor parts. Hear
himself: Nor do I understand what derogation it can be to the Divine
perfection, to attribute to it potentiality, that is in English, power (so
little doth he understand what potentiality is) and successive duration. And he
chargeth it upon us as a fault, that we will not have eternity to be an endless
succession of time. How, successive duration, and an endless succession of time
in God ? Then God is not infinite, then God is older to-day than he was
yesterday. Away with blasphemies ! Before, he destroyed the ubiquity of God,
and now he destroyeth his eternity.
T. H. I shall omit both here and
henceforth his preambulatory, impertinent, and uncivil calumnies. The thing he
pretends to prove is this. That it is a derogation to the Divine power to
attribute to it potentiality (that is in English power) and successive
duration. One of his reasons is, God is infinite, and nothing can be added to
infinite, neither of time nor of parts : it is true. And therefore I said, God
is infinite and eternal, without beginning or end, either of time or place ;
which he has not here confuted, but confirmed. He denies potentiality and power
to be all one, and says I little understand what potentiality is. He ought
therefore in this place to have defined what potentiality is : for I understand
it to be the same with potentia, which is in English power. There is no such
word as potentiality in the Scriptures, nor in any author of the Latin tongue.
It is found only in Schooldivinity, as a word of art, or rather as a word of
craft, to amaze and puzzle the laity. And therefore I no sooner read than
interpreted it. In the next place he says, as wondering : How, an endless
succession of time in God ! Why not ? God's mercy endurethfor ever, and surely
God endureth as long as his mercy ; therefore there is duration in God, and
consequently endless succession of time. God who in sundry times and divers
manners spake in time past, &c. But in a former dispute with me about
free-will, he hath defined eternity to be nunc stans, that is an ever standing
now, or everlasting instant. This he thinks himself bound in honour to defend.
What reasonable soul can digest this ? We read in Scripture, that a thousand
years with God, is but as yesterday. And (300) why ? but because he sees as
clearly to the end of a thousand years, as to the end of a day. But his
Lordship affirms, that both a thousand years and a day are but one instant, the
same standing now or eternity. If he had showed an holy text for this doctrine,
or any text of the book of Common Prayer (in the Scripture and book of Common
Prayer is contained all our religion), I had yielded to him ; but
School-divinity I value little or nothing at all. Though in this he contradict
also the School-men, who say the soul is eternal only a parte post, but God is
eternal both a parte post and a parte ante. Thus there are parts in eternity;
and eternity being, as his Lordship says, the Divine substance, the Divine
substance has parts, and nunc stans has parts. Is not this darkness ? I take it
to be the kingdom of darkness, and the teachers of it (especially of this
doctrine, that God, who is not only optimus, but also maximus, is no greater
than to be wholly contained in the least atom of earth, or other body, and that
his whole duration is but an instant of time) to be either grossly ignorant or
ungodly deceivers.
J. D. Our God is a perfect, pure,
simple, indivisible, infinite essence ; free from all composition of matter and
form, of substance and accidents. All matter is finite, and he who acteth by
his infinite essence, needeth neither organs nor faculties (id est, no power,
note that)., nor accidents, to render him more complete. But T. H. his God is a
divisible God, a compounded God, that hath matter, or qualities, or accidents.
Hear himself. I argue thus: The Divine substance is indivisible; but eternity
is the Divine substance. The major is evident, (301) because God is actus
simplicissimus ; the minor is confessed by all men, that whatsoever is
attributed to God, is God. Now listen to his answer : The major is so far from being
evident, that actus simplicissimus signifieth nothing. The minor is said by
some men, thought by no man ; whatsoever is thought is understood. The major
was this, the Divine substance is indivisible. Is this far from being evident?
Either it is indivisible, or divisible. If it be not indivisible, then it is
divisible, then it is materiate, then it is corporeal, then it hath parts, then
it is finite by his own confession. Habere partes, aut esse totum aliquid, sunt attributa finitorum.
Upon this silly conceit he chargeth me for saying,
that God is not just, but justice itself; not eternal, but eternity itself;
which he calleth unseemly words to he said of God. And he thinketh he doth me a
great courtesy in not adding blasphemous and atheistical. But his bolts are so
soon shot, and his reasons are such vain imaginations, and such drowsy
phantasies, that no sober man doth much regard them. Thus he hath already
destroyed the ubiquity, the eter nity, and the simplicity of God. I wish he had
considered better with himself, before he had desperately cast himself upon
these rocks.
But
paulo major a canamus. My next charge is, that he destroys the very being of
God, and leaves nothing in his place, but an empty name. For by taking away all
incorporeal substances, he taketh away God himself. The very name, saith he, of
an incorporeal substance, is a contradiction. And to say that an angel or
spirit, is an incorporeal substance, is to say in effect, that there is no
(302) angel or spirit at all. By the same reason to say, that God is an
incorporeal substance, is to say there is no God at all. Either God is
incorporeal ; or he is finite, and consists of parts, and consequently is no
God. This, that there is no incorporeal spirit, is that main root of atheism,
from which so many lesser branches are daily sprouting up.
T. H. God is indeed a perfect, pure,
simple, infinite substance ; and his name incommunicable, that is to say, not
divisible into this and that individual God, in such manner as the name of man is
divisible into Peter and John. And therefore God is individual ; which word
amongst the Greeks is expressed by the word indivisible. Certain heretics in
the primitive church, because special and individual are called particulars,
maintained that Christ was a particular God, differing in number from God the
Father. And this was the doctrine that was condemned for heresy in the first
council of Nice, by these words, God hath no parts. And yet many of the Latin
fathers, in their explications of the Nicene creed, have expounded the word
consubstantial, by the community of nature, which different species have in
their genus, and different individuals in the species; as if Peter and John
were consubstantial, because they agree in one human nature ; which is contrary,
I confess, to the meaning of the Nice fathers. But that in a substance
infinitely great, it should be impossible to consider any thing as not
infinite, I do not see it there condemned. For certainly he that thinks God is
in every part of the church, does not exclude him out of the churchyard. And is
not this a considering of him by parts ? For dividing a thing which (303) we
cannot reach nor separate one part thereof from another, is nothing else but
considering of the same by parts. So much concerning indivisibility from
natural reason ; for I will wade no further, but rely upon the Scriptures. God
is nowhere said in the Scriptures to be indivisible, unless his Lordship meant
division to consist only in separation of parts, which I think he did not. St.
Paul indeed saith (1 Cor. i. 13) : Is Christ divided? Not that the followers of
Paul, Apollos, and Cephas, followed some one part, some another of Christ ; but
that thinking differently of his nature, they made as it were different kinds
of him. Secondly, his Lordship expounds simplicity, by not being compounded of
matter and form, or of substance and accidents, unlearnedly. For nothing can be
so compounded. The matter of a chair is wood ; the form is the figure it hath,
apt for the intended use. Does his Lordship think the chair compounded of the
wood and the figure ? A man is rational : does it therefore follow that reason
is a part of the man ? It was Aristotle deceived him, who told him that a
rational living creature, is the definition of a man, and that the definition
of a man was his essence ; and therefore the Bishop and other Schoolmen, from
this that the word rational is a part of these words, man is a rational living
creature, concluded that the essence of man was a part of the man, and a rational
man the same thing with a rational soul. I should wonder how any man, much more
a doctor of divinity, should be so grossly deceived, but that I know naturally
the generality of men speak the words of their masters by rote, without having
any ideas of the (304) things, which the words signify. Lastly, he calls God an
essence. If he mean by essence the same with ens, to on, I approve it.
Otherwise, what is essence ? There is no such word in the Old Testament. The
Hebrew language, which has no word answerable to the copulative est, will not
bear it. The New Testament hath ousia,but never for essence nor for substance,
but only for riches. I come to his argument in mood and figure, which is the
Divine substance is indivisible. That is major. Eternity is the Diane
substance. That is the minor. Ergo, the Divine substance is indivisible. The
major, he says, is evident, because God is actus simplicissimus. The minor is
confessed, he thinks, by all men, because whatsoever is attributed to God, is
God. To this I answered, that the major was so far from being evident, that
actus simplicissimus signifieth nothing, and that the minor was understood by
no man. First, what is actus in the major ? Does any man understand actus for a
substance, that is, for a thing subsisting by itself? Is not actus, in English,
either an act or an action, or nothing : Or is any of these substance? If it be
evident, why did he not explain actus by a definition? And as to the minor,
though all men in the world understand that the Eternal is God, yet no man can
understand that the eternity is God. Perhaps he and the Schoolmen mean by
actus, the same that they do by essentia. What is the essence of a man, but his
humanity; or of God, but his Deity ; of great, but greatness ; and so of all
other denominating attributes ? And the words, God and Deity, are of different
signification. John Damascene, a father of the church, expounding the (305)
Nicene creed, denies plainly that the Deity was incarnate ; but all true
Christians hold that God was incarnate. Therefore God and the Deity signify
divers things ; and therefore eternal and eternity are not the same, no more
than a wise man and his wisdom are the same ; nor God and his justice the same
thing: and universally it is false, that the attribute in the abstract is the
same with the substance, to which it is attributed. Also it is universally true
of God, that the attribute in the concrete, and the substance to which it is
attributed, is not the same thing.
I come now to his next period or
paragraph, wherein he would fain prove, that by denying incorporeal substance,
I take away God's existence. The words he cites here are mine : to say an angel
or spirit is an incorporeal substance, is to say in effect there is no angel
nor spirit at all. It is true also, that to say that God is an incorporeal
substance, is to say in effect there is no God at all. What alleges he against
it, but the School-divinity which I have already answered? Scripture he can
bring none, because the word incorporeal is not found in Scripture. But the
Bishop, trusting to his Aristotelian and Scholastic learning, hath hitherto
made no use of Scripture, save only of these texts : 1 Cor. ix. 7 : Who hath
planted a vineyard, and ffiteth not of the fruit thereof; or who feedeth a flock,
and eatetk not of the milk of the flock ? and Rev. iv. 11 : Thou art worthy, O
Lord, to receive glory, honour, and power : for thou hast created all things,
and for thy pleasure they were created: thereby to prove that the right of God
to govern and punish mankind is not derived from his omnipotence. (306) Let us
now see how he proves incorporeity by his own reason without Scripture. Either
God, he saith, is incorporeal or finite. He knows I deny both, and say he is
corporeal and infinite: against which he offers no proof, but only, according
to his custom of disputing, calls it the root of atheism ; and interrogates me,
what real thing is left in the world, if God be incorporeal [P. Folliot : we
must read "corporeal"], but body and accidents ? I say there is
nothing left but corporeal substance. For I have denied, as he knew, that there
is any reality in accidents ; and nevertheless maintain God's existence, and
that he is a most pure, and most simple corporeal spirit. Here his Lordship
catching nothing, removes to the eternity of the Trinity, which these my
grounds, he says, destroy. How so? I say the Trinity, and the persons thereof,
are that one pure, simple, and eternal corporeal spirit ; and why does this
destroy the Trinity, more than if I had called it incorporeal? He labours here
and seeketh somewhat to refresh himself in the word person; by the same ground,
he saith, every king hath as many persons as there be justices of peace in his
kingdom, and God Almighty hath as many persons as there be kings. Why not? For
I never said that all those kings were that God ; and yet God giveth that name
to the kings of the earth. For the signification of the word person, I shall
expound it by and by in another place. Here ends his Lordship's
School-argument; now let me come with my Scripture-argument. St. Paul,
concerning Christ (Col. ii. 9) saith thus : In him dwelleth all the fulness of
the Godhead bodily. This place Athanasius, a gre and zealous doctor in the
Nicene Council, and vehement enemy of Arius the heretic, who allowed (307)
Christ to be no otherwise God, than as men of excellent piety were so called,
expoundeth thus : The fulness of the Godhead dwelleth in him bodily, (Greek
somatikôs), id est theïkôs, id est, realiter. So there is one Father for corporality,
and that God was in Christ in such manner as body is in body. Again, there were
in the primitive church a sort of heretics who maintained that Jesus Christ had
not a true real body, but was only a phantasm or spright, such as the Latins
call spectra. Against the head of this sect, whose name I think was Apelles,
Tertullian wrote a book, now extant amongst his other works, intituled De Carne
Christi ; wherein after he had spoken of the nature of phantasms, and showed
that they had nothing of reality in them, he concludeth with these words,
" whatsoever is not body, is nothing." So here is on my side a plain
text of Scripture, and two ancient and learned Fathers. Nor was this doctrine
of Tertullian condemned in the Council of Nice ; but the division of the divine
substance into God the Father, God the Son, and God the Holy Ghost. For these
words, God has no parts, were added, for explication of the word
consubstantial, at the request of the dissenting Fathers, and are further
explained both in Athanasius his creed, in these words, not three Gods but one
God, and by the constant attribute ever since of the individual Trinity. The
same words nevertheless do condemn the Anthropomorphites also ; for though
there appeared no Christians that professed that God had an organical body, and
consequently that the persons were three individuals, yet the Gentiles were all
Anthropomorphites, and there condemned by these words, God has no parts.
(308) And thus I have answered his
accusation concerning the eternity and existence of the Divine substance, and
made it appear that in truth, the question between us, is whether God be a
phantasm (id est, an idol of the fancy, which St. Paul saith is nothing) or a
corporeal spirit, that is to say, something that has magnitude.
In this place I think it not amiss,
leaving for a little while this theological dispute, to examine the
signification of those words which have occasioned so much diversity of opinion
in this kind of doctrine.
The word substance, in Greek
upostasis, upostan, upostamenon, signify the same thing, namely, a ground, a
base, any thing that has existence or subsistence in itself, anything that
upholdeth that which else would fall, in which sense God is properly the
hypostasis, base, and substance that upholdeth all the world, having
subsistence not only in himself, but from himself; whereas other substances
have their subsistence only in themselves, not from themselves. But
metaphorically, faith is called (Heb, xi. 1) a substance, because it is the
foundation or base of our hope ; for faith failing, our hope falls. And (2 Cor.
ix. 4 ) St. Paul having boasted of the liberal promise of the Corinthians
towards the Macedonians, calls that promise the ground, the hypostasis of that
his boasting. And (Heb. i. 3) Christ is called the image of the substance (the
hypostasis) of his Father, and for the proper and adequate signification of the
word hypostasis, the Greek Fathers did always oppose it to apparition or
phantasm ; as when a man seeth his face in the water, his real face is called
the hypostasis of the phantastic face in the water. So (309) also in speaking,
the thing understood or named is called hypostasis, in respect of the name ; so
also a body coloured is the hypostasis, substance and subject of the colour ; and
in like manner of all its other accidents. Essence and all other abstract
names, are words artificial belonging to the art of logic, and signify only the
manner how we consider the substance itself. And of this I have spoken
sufficiently in my Leviathan (vol. III. page 672). Body (Latin, corpus, Greek,
sôma) is that substance which hath magnitude indeterminate, and is the same
with corporeal substance ; but a body is that which hath magnitude determinate,
and consequently is understood to be totum or integrum aliquid. Pure and simple
body, is body of one and the same kind, in every part throughout; and if
mingled with body of another kind, though the total be compounded or mixed, the
parts nevertheless retain their simplicity, as when water and wine are mixed,
the parts of both kinds retain their simplicity. For water and wine can not
both be in one and the same place at once.
Matter is the same with body ; but
never without respect to a body which is made thereof. Form is the aggregate of
all accidents together, for which we give the matter a new name ; so albedo,
whiteness, is the form of album, or white body. So also humanity is the essence
of man, and Deity the essence of Deus.
Spirit is thin, fluid, transparent,
invisible body. The word in Latin signifies breath, air, wind, and the like. In
Greek pneuma from pneuo, spiro, flo.
I have seen, and so have many more,
two waters, one of the river, the other a mineral water, so like no man could
discern the one from the other (310) by his sight ; yet when they have been
both put together, the whole substance could not by the eye be distinguished
from milk. Yet we know that the one was not mixed with the other, so as every
part of the one to be in every part of the other, for that is impossible,
unless two bodies can be in the same place. How then could the change be made
in every part, but only by the activity of the mineral water, changing it every
where to the sense, and yet not being every where, and in every part of the
water ? If then such gross bodies have so great activity, what shall we think
of spirits, whose kinds be as many as there be kinds of liquor, and activity
greater ? Can it then be doubted, but that God, who is an infinitely fine
Spirit, and withal intelligent, can make and change all species and kinds of
body as he pleaseth ? But I dare not say, that this is the way by which God
Almighty worketh, because it is past my apprehension : yet it serves very well
to demonstrate, that the omnipotence of God implieth no contradiction ; and is
better than by pretence of magnifying the fineness of the Divine substance, to
reduce it to a sprigkt or phantasm, which is nothing.
A person {Latin, persona) signifies
an intelligent substance, that acteth any thing in his own or another's name,
or by his own or another's authority. Of this definition there can be no other
proof than from the use of that word, in such Latin authors as were esteemed
the most skilful in their own language, of which number was Cicero. But Cicero,
in an epistle to Atticus, saith thus : Unus sustineo tres personas, mei,
adversarii, et judicis : that is, "I that am but one man, sustain three
persons ; mine own person, the person of my (311) adversary, and the person of
the judge." Cicero was here the substance intelligent, one man; and
because he pleaded for himself, he calls himself his own person : and again,
because he pleaded for his adversary, he says, he sustained the person of his
adversary : and lastly, because he himself gave the sentence, he says, he
sustained the person of the judge. In the same sense we use the word in English
vulgarly, calling him that acteth by his own authority, his own person, and him
that acteth by the authority of another, the person of that other. And thus we
have the exact meaning of the word person. The Greek tongue cannot render it ;
for prosôpon is properly a face, and, metaphorically, a vizard of an actor upon
the stage. How then did the Greek Fathers render the word person, as it is in
the blessed Trinity ? Not well. Instead of the word person they put hypostasis,
which signifies substance ; from whence it might be inferred, that the three
persons in the Trinity are three Divine substances, that is, three Gods. The
word prosôpon they could not use, because face and vizard are neither of them honourable
attributes of God, nor explicative of the meaning of the Greck church.
Therefore the Latin (and consequently the English) church, renders hypostasis
every where in Athanasius his creed by person. But the word hypostatical union
is rightly retained and used by divines, as being the union of two hypostases,
that is, of two substances or natures in the person of Christ. But seeing they
also hold the soul of our Saviour to be a substance, which, though separated
from his body, subsisted nevertheless in itself, and consequently, before it
was (312) separated from his body upon the cross, was a distinct nature from
his body, how will they avoid this objection, that then Christ had three
natures, three hypostases, without granting, that his resurrection was a new
vindication, and not a return of his soul out of Heaven into the grave ? The
contrary is not determined by the church. Thus far in explication of the words
that occur in this controversy. Now I return again to his Lordship's discourse.
J. D. When they have taken away all
incorporeal spirits, what do they leave God himself to be ? He who is the
fountain of all being, from whom and in whom all creatures have their being,
must needs have a real being of his own. And what real being can God have among
bodies and accidents ? For they have left nothing else in the universe. Then T.
H. may move the same question of God, which he did of devils. I would gladly
know in what classes [Bramhall : classis] of entities, the Bishop ranketh God?
Infinite being and participated being are not of the same nature. Yet to speak
according to human apprehension, (apprehension and comprehension differ much :
T. H. confesseth that natural reason doth dictate to us, that God is infinite,
yet natural reason cannot comprehend the infiniteness of God) I place him among
incorporeal substances or spirits, because he hath been pleased to place
himself in that rank, God is a Spirit. Of which place T. H. giveth his opinion,
that it is unintelligible, and all others of the same nature, and fall not
under human understanding.
They who deny all incorporeal
substances, can understand nothing by God, but either nature, (not (313)
naturam naturantem, that is, a real author of na ture, but naturam naturatam,
that is, the orderly concourse of natural causes, as T. H. seemeth to
intimate,) or a fiction of the brain, without real being, cherished for
advantage and politic ends, as a profitable error, howsoever dignified with the
glorious title of the eternal cause of all things.
T.H. To his Lordship's question here
: What I leave God to be? I answer, I leave him to be a most pure, simple,
invisible spirit corporeal. By corporeal I mean a substance that has magnitude,
and so mean all learned men, divines and others, though perhaps there be some
common people so rude as to call nothing body, but what they can see and feel.
To his second question : What real being He can have amongst bodies and
accidents ? I answer, the being of a spirit, not of a spright. If I should ask
any the most subtile distinguisher, what middle nature there were between an
infinitely subtile substance, and a mere thought or phantasm, by what name
could he call it ? He might call it perhaps an incorporeal substance; and so
incorporeal shall pass for a middle nature between infinitely subtile and
nothing, and be less subtile than infinitely subtile, and yet more subtile than
a thought. It is granted, he says, that the nature of God is incomprehensible.
Doth it therefore follow, that we may give to the Divine substance what negative
name we please ? Because he says, the whole Divine substance is here and there
and every where throughout the world, and that the soul of a man is here and
there and every where throughout man's body ; must we therefore take it for a
mystery of Christian religion, upon his or any other Schoolman's word, without
the (314) Scripture, which calls nothing a mystery but the incarnation of the
eternal God ? Or is incorporeal a mystery, when not at all mentioned in the
Bible, but to the contrary it is written, That the fulness of the Deity was
bodily in Christ ? When the nature of the thing is incomprehensible, I can
acquiesce in the Scripture : but when the signification of words is
incomprehensible, I cannot acquiesce in the authority of a Schoolman.
J. D. We have seen what his
principles are concerning the Deity, they are full as bad or worse concerning
the Trinity. Hear himself : A person is he that is represented as often as he
is represented. And therefore God who has been represented, that is personated
thrice, may properly enough be said to be three persons, though neither the
word Person nor Trinity be ascribed to him hi the Bible. And a little after :
To conclude, the doctrine of the Trinity, as far as can be gathered directhj
from the Scripture, is in substance this, that the God who is always one and
the same, was the person represented by Moses, the person represented by his
Son incarnate, ami the person represented by the apostles. As represented by
the apostles, the holy spirit by which they spake is God. As represented by his
Son, that was God and man, the Son is that God. As represented by Moses and the
High-priests, the Father, that is to say, the Father of our Lord Jesus Christ,
is that God. From whence we may gather the reason vhy those names, Father, Son,
and Holy Ghost, in the signification of the Godhead, are never used in the Old
Testament. For they are persons, that is, they have their names (315) from
representing, which could not be till divers persons had represented God, in
ruling or in directing under him.
Who is so bold as blind Bayard ? The
emblem of a little boy attempting to lade all the water out of the sea with a
cockle-shell, doth fit T. H. as exactly as if it had been shaped for him, who
thinketh to measure the profound and inscrutable mysteries of religion, by his
own silly, shallow conceits. What is now become of the great adorable mystery
of the blessed undivided Trinity ? It is shrunk into nothing. Upon his grounds
there was a time when there was no Trinity : and we must blot these words out
of our creed, the Father eternal, the Son eternal, and the Holy Ghost eternal;
and these other words out of our Bibles, Let us make man after our image:
unless we mean that this was a consultation of God with Moses and the apostles.
What is now become of the eternal generation of the Son of God, if this sonship
did not begin until about four thousand years after the creation were expired?
Upon these grounds every king hath as many persons, as there be justices of
peace and petty constables in his kingdom. Upon this account God Almighty hath
as many persons, as there have been sovereign princes in the world since Adam.
According to this reckoning each one of us, like so many Geryons, may have as
many persons as we please to make procurations. Such bold presumption requireth
another manner of confutation.
T. H. As for the words recited, I
confess there is a fault in the ratiocination, which nevertheless his Lordship
hath not discovered, but no impiety. (136) All that he objecteth is, that it
followeth hereupon, that there be as many persons of a king, as there be petty
constables in his kingdom. And so there are, or else he cannot be obeyed. But I
never said that a king, and every one of his persons, are the same substance.
The fault I here made, and saw not, was this ; I was to prove that it is no
contradiction, as Lucian and heathen scoffers would have it, to say of God, he
was one and three. I saw the true definition of the word person would serve my
turn in this manner ; God, in his own person, both created the world, and
instituted a church in Israel, using therein the ministry of Moses : the same
God, in the person of his Son God and man, redeemed the same world, and the
same church ; the same God, in the person of the Holy Ghost, sanctified the
same church, and all the faithful men in the world. Is not this a clear proof
that it is no contradiction to say that God is three persons and one substance
? And doth not the church distinguish the persons in the same manner ? See the
words of our catechism. Question. What dost thou chiefly learn in these
articles of thy belief? Answer. First, I learn to believe in God the Father,
that hath made me and all the world; Secondly, in God the Son, who hath
redeemed me and all mankind ; Thirdly, in God the Holy Ghost, that hath
sanctified me and all the elect people of God. But at what time was the church
sanctified ? Was it not on the day of Pentecost, in the descending of the Holy
Ghost upon the apostles ? His Lordship all this while hath catched nothing. It
is I that catched myself, for saying, instead of by the ministry of Moses, in
the person of Moses. But (317) this error I no sooner saw, than I no less
publicly corrected than I had committed it, in my Leviathan converted into
Latin, which by this time I think is printed beyond the seas with this
alteration, and also with the omission of some such passages as strangers are
not concerned in. And I had corrected this error sooner, if I had sooner found
it. For though I was told by Dr. Cosins, now Bishop of Durham, that the place
above-cited was not applicable enough to the doctrine of the Trinity, yet I
could not in reviewing the same espy the defect, till of late, when being
solicited from beyond sea, to translate the book into Latin, and fearing some
other man might do it not to my liking, I examined this passage and others of
the like sense more narrowly. But how concludes his Lordship out of this, that
I put out of the creed these words, the Father eternal, the Son eternal, the
Holy Ghost eternal? Or these words, let us make man after our image, out of the
Bible? Which last words neither I nor
Bellarmine put out of the Bible, but we both put them out of the number of good
arguments to prove the Trinity ; for it is no unusual thing in the Hebrew, as
may be seen, by Bellarmine's quotations, to join a noun of the plural number
with a verb of the singular. And we may say also of many other texts of
Scripture alleged to prove the Trinity, that they are not so firm as that high
article requireth. But mark bis Lordship's Scholastic charity in the last words
of this period: such bold presumption requireth another manner of confutation.
This bishop, and others of his opinion, had been in their element, if they had
been bishops in Queen Mary's time.
J. D. Concerning God the Son,
forgetting what he had said elsewhere, where he calleth him God and man, and
the Son of God incarnate, he doubteth not to say, that the word hypostatieal is
canting. As if the same person could be both God and man without a personal,
that is, an hypostatieal union of the two natures of God and man.
T. H. If Christian profession be (as
certainly it is in England) a law ; and if it be of the nature of a law to be
made known to all men that are to obey it, in such manner as they may have no
excuse for disobedience from their ignorance; then, without doubt, all words
unknown to the people, and as to them insignificant, are canting. The word
substance is understood by the vulgar well enough, when it is said of a body,
but in other sense not at all, except for their riches. But the word
hypostatical is understood only by those, and but few of those that are learned
in the Greek tongue, and is properly used, as I have said before, of the union
of the two natures of Christ in one person. So likewise consubstantial in the
Nicene creed, is properly said of the Trinity. But to an Englishman that
understands neither Greek nor Latin, and yet is as much concerned as his
Lordship was, the word hypostatical is no less canting than eternal now.
J. D. He alloweth every man who is
commands by his lawful sovereign, to deny Christ with his tongue before men.
T. H. I allow it in some cases, and
to some men, which his Lordship knew well enough, but would not mention. I
alleged for it, in the place cited, both reason and Scripture, though his
Lordship (319) thought it not expedient to take notice of either. If it be true
that I have said, why does he blame it? If false, why offers he no argument
against it, neither from Scripture nor from reason ? Or why does he not show
that the text I cite is not applicable to the question, or not well interpreted
by me ? First, he barely cites it, because he thought the words would sound
harshly, and make a reader admire them for impiety. But I hope I shall so well
instruct my reader ere I leave this place, that this his petty art will have no
effect. Secondly, the cause why he omitted my arguments was, that he could not
answer them. Lastly, the cause why he urgeth neither Scripture nor reason
against it was, that he saw none sufficient. My argument from Scripture was
this, (Leviathan, vol. III. p. 493) taken out of 2 Kings v. 17-19, where Naaman
the Syrian saith to Elisha the prophet: Thy servant will henceforth offer
neither burnt-offering nor sacrifice to other Gods, but unto the Lord. In this
thing the Lord pardon thy servant, that when my master goeth into the house of
Rimmon to worship there, and he leaneth on my hand, and I bow myself in the
house of Rimmon : when I bow myself in the house of Rimmon, the Lord pardon thy
servant in this thing. And he said unto him, Go in peace. What can be said to
this? Did not Elisha say it from God ? Or is not this answer of the prophet a
permission ? When St. Paul and St. Peter commanded the Christians of their time
to obey their princes, which then were heathens and enemies of Christ, did they
mean they should lose their lives for disobedience ? Did they not rather mean
they should preserve both their lives (320) and their faith, believing in
Christ as they did, by this denial of the tongue, having no command to the
contrary ? If in this kingdom a Mahometan should be made by terror to deny
Mahomet and go to church with us, would any man condemn this Mahometan? A
denial with the mouth may perhaps be prejudicial to the power of the church ;
but to retain the faith of Christ stedfastly in his heart, cannot be
prejudicial to his soul that hath undertaken no charge to preach to wolves,
whom they know will destroy them. About the time of the Council of Nice, there
was a canon made (which is extant in the history of the Nicene Council)
concerning those that being Christians had been seduced, not terrified, to a
denial of Christ, and again repenting, desired to be readmitted into the church
; in which canon it was ordained, that those men should be no otherwise
readmitted than to be in the number of the cathechised, and not to be admitted
to the communion till a great many years penitence. Surely the church then
would have been more merciful to them that did the same upon terror of present
death and torments.
Let us now see what his Lordship
might, though but colourably, have alleged from Scripture against it. There be
three places only that seem to favour his Lordship's opinion. The first is where
Peter denied Christ, and weepeth. The second is, Acts v. 29 : Then Peter and
the other Apostles answered and said, we ought to obey God rather than men. The
third is, Luke xii. 9 : But he that denieth me before men, shall be denied
before the angels of God.
For answer to these texts, I must
repeat what (321) what I have written, and his Lordship read in my Leviathan,
p. 656. For an unlearned man that is in the power of an idolatrous king, or
state, if commanded on pain of death to worship before an idol, doing it, he
detesteth the idol in his heart, he doth well ; though if he had the fortitude
to suffer death, rather than worship it, he should do better. But if a pastor,
who, as Christ's messenger, has undertaken to teach Christ's doctrine to idl nations,
should do the same, it were not only a sinful scandal in respect of other
Christian men's consciences, but a perfidious forsaking of his charge. In which
words I distinguish between a pastor and one of the sheep of his flock. St.
Peter sinned in denying Christ ; and so does every pastor, that denieth Christ,
having undertaken the charge of preaching the gospel in the kingdom of an
infidel, where he could expect at the undertaking of his charge no less than
death. And why, but because he violates his trust in doing contrary to his
commission. St. Peter was an apostle of Christ, and bound by his voluntary
undertaking of that office not only to confess Christ, hut also to preach him
before those infidels who, he knew, would like wolves devour him. And therefore,
when Paul and the rest of the apostles were forbidden to preach Christ, they
gave this answer, We ought to obey God rather than men. And it was to his
disciples only which had undertaken that office, that Christ saith, he that
renieth me before men, shall he denied before the angels of God. And so I think
I have sufficiently answered this place, and showed that I do not allow the
denying of Christ, upon any colour of torments, to his Lordship, nor to any
other that (322) has undertaken the office of a preacher. Which if he think
right, he will perhaps in this case put himself iuto the number of those whom
he calls merciful doctors: whereas now he extends his severity beyond the
bounds of common equity. He has read Cicero, and perhaps this story in him. The
senate of Rome would have sent Cicero to treat of peace with Marcus Antonius ;
but when Cicero had showed them the just fear he had of being killed by him, he
was excused ; and if they had forced him to it, and he by terror turned enemy
to them, he had in equity been excusable. But his Lordship, I believe, did
write this more valiantly than he would have acted it.
J. D. He deposeth Christ from his
true kingly office, making his kingdom not to commence or begin before the day
of judgment. And the regimen, wherewith Christ governeth his faithful in this
life, is not properly a kingdom, but a pastoral office, or a right to teach.
And a little after, Christ had not kingly authority committed to him by his
Father in this world, but only consiliary and doctrinal.
T. H. How do I take away Christ's
kingly office? He neither draws it by consequence from my words, nor offers auy
argument at all against my doctrine. The words he cites are in the contents of
chap. xvii. De Cive (vol. II). In the body of
the chapter it is thus : The time of Christ's being upon the earth is called,
in Scripture, the regeneration often, but the kingdom never. When the Son of
God comes in majesty, and all the angels with him, then he shall sit on the
seat of majesty. My kingdom is not of this world. God sent not his (323) Son
that he should judge the world. I came not to judge the world, but to save the
world. Man, who made me a judge or divider amongst you? Let thy kingdom come.
And other words to the same purpose. Out of which it is clear that Christ took
upon him no regal power upon earth before his assumption. But at his assumption
his Apostles asked him if he would then restore the kingdom to Israel, and he
answered, it was not for them to know. So that hitherto Christ had not taken
that office upon him, unless his Lordship think that the kingdom of God, and
the kingdom of Christ, be two distinct kingdoms. From the Assumption ever
since, all true Christians say daily in their prayers, Thy kingdom come. But
his Lordship had perhaps forgot that. But when then beginneth Christ to be a
king ? I say it shall be then, when he comes again in majesty with all the
augels. And even then he shall reign (as he is man) under his Father, For St.
Paul saith (1 Cor. xv. 25, 26) : He must reign till he hath put all enemies
under his feet ; the last enemy that shall be destroyed, is death. But when
shall God the Father reign again ? St. Paul saith in the same chapter, verse 28
: When all things shall be subdued unto him, then shall the Son also himself be
subject unto him that put all things under him, that God may be all in all. And
verse 24 : Then cometh the end, when he shall have delivered up the kingdom to
God, even the Father; when he shall have put down all rule, authority, and
power. This is at the resurrection. And by this it is manifest, that his
Lordship was not so well versed in Scripture as he ought to have been.
J. D. He taketh away his priestly or
propitiatory office. And although this act of our redemption be not always in
Scripture called a sacrifice and oblation, but sometimes a price ; yet by price
we are not to understand anything, by the value whereof he could claim right to
a pardon for us from his offended Father, but that price which God the Father
was pleased in mercy to demand. And again : Not that the death of one man,
though without sin, can satisfy for the offences of all men in the rigour of
justice, but in the mercy of God, that ordained such sacrifices for sin, as he
was pleased in mercy to accept. He knoweth no difference between one who is
mere man, and one who was both God and man; between a Levitical sacrifice, and
the all-sufficient sacrifice of the cross ; between the blood of a calf, and
the precious blood of the Son of God.
T. H. Yes, I know there is a difference
between blood and blood, but not any such as can make a difference in the case
here questioned. Our Saviour's blood was most precious, but still it was human
blood ; and I hope his Lordship did never think otherwise, or that it was not
accepted by his Father for our redemption.
J. D. And touching the prophetical
office of Christ, I do much doubt whether he do believe in earnest, that there
is any such thing as prophecy in the world. He maketh very little difference
between a prophet and a madman, and a demoniac. And if there were nothing else,
says he, that bewrayed their madness, yet that very arrogating such inspiration
to themselves is argument enough. He maketh the pretence of inspiration in any
man (325) to be, and always to have been, an opinion pernicious to peace, and
tending to the dissolution of all civil government. He subjecteth all
prophetical revelations from God, to the sole pleasure and censure of the
sovereign prince, either to authorize them, or to exauctorate them. So as two
prophets prophecying the same thing at the same time, in the dominions of two
different princes, the one shall be a true prophet, the other a false. And
Christ, who had the approbation of no sovereign prince, upon his grounds, was
to be reputed a false prophet everywhere. Every man therefore ought to consider
who is the sovereign prophet; that is to say, who it is that is God's
vicegerent upon earth, and hath next under God the authority of governing
Christian men; and to observe for a rule that doctrine, which in the name of
God he hath commanded to be taught, and thereby to examine and try out the
truth of those doctrimes which pretended prophets, with miracle or without,
shall at any time advance, &c. And if he disavow them, then no more to obey
their voice ; or if he approve them, then to obey them as men, to whom God hath
given a part of the Spirit of their sovereign. Upon his principles the case
holdeth as well among Jews and Turks and Heathens, as Christians. Then he that
teacheth transubstantiation in France, is a true prophet ; he that teacheth it
in England, a false prophet; he that blasphemeth Christ in Constantinople, a
true prophet ; he that doth the same in Italy, a false prophet. Then Samuel was
a false prophet to contest with Saul, a sovereign prophet : so was the man of
God, who submitted not to the more Divine and (326) prophetic spirit of
Jeroboam. And Elijah reproving Aliab. Then Micaiah had but his deserts, to be
clapped up in prison, and fed with bread of affliction, and water of
affliction, for daring to contradict God's vicegerent upon earth. And Jeremiah
was justly thrown into a dungeon, for prophecying against Zedekiah his liege
lord. If his principles were true, it were strange indeed, that none of all
these princes, nor any other that ever was in the world, should understand
their own privileges. And yet more strange, that God Almighty should take the
part of such rebellious prophets, and justify their prophesies by the event, if
it were true that none but the sovereign in a Christian (the reason is the same
for Jewish) commonwealth, can take notice, what is or what it not the word of
God.
T. H. To remove his Lordship's doubt
in the first place, I confess there was true prophesy and true prophets in the
church of God, from Abraham down to our Saviour, the greatest prophet of all,
and the last of the Old Testament, and first of the New. After our Saviour's
time, till the death of St. John the apostle, there were true prophets in the
church of Christ, prophets to whom God spake superuaturally, and testified the
truth of their mission by miracles. Of those that in the Scripture are called
prophets without miracles, (and for this cause only, that they spake in the
name of God to men, and in the name of men to God), there are, have been, and shall
be in the church, innumerable. Such a prophet was his Lordship, and such are
all pastors in the Christian church. But the question here is of those prophets
that from the mouth of (327) God foretell things future, or do other miracle.
Of this kind I deny there has been any since the death of St. John the
Evangelist. If any man find fault with this, he ought to name some man or
other, whom we are bound to acknowledge that they have done a miracle, cast out
a devil, or cured any disease by the sole invocation of the Divine Majesty. We
are not bound to trust to the legend of the Roman saints, nor to the history
written by Sulpitius of the life of St. Martin, or to any other fables of the
Roman clergy, nor to such things as were pretended to be done by some divines
here in the time of king James. Secondly, he says I make little difference
between a prophet, and a madman or demoniac ; to which I say, he accuses me
falsely. I say only thus much, that I see nothing at all in the Scripture that
requireth a belief, that demoniacs were any other thing than madmen. And this
is also made very probable out of Scripture, by a worthy divine, Mr. Mede. But
concerning prophets, I say only that the Jews, both under the Old Testament and
under the New, took them to be all one with madmen and demoniacs ; and prove it
out of Scripture by many places, both of the Old and New Testament. Thirdly,
that the pretence or arrogating to one's-self Divine inspiration, is argument
enough to show a man is mad, is my opinion ; but his Lordship understands not
inspiration in the same sense that I do. He understands it properly of God's
breathing into a man, or pouring into him the Divine substance, or Divine
graces. And in that sense, he that arrogateth inspiration unto himself, neither
understands what he saith, nor makes others to understand him: (328) which is
properly madness in some degree. But I understand inspiration in the Scripture
metaphorically, for God's guidance of our minds to truth and piety. Fourthly,
whereas he says, I make the pretence of inspiration to be pernicious to peace ;
I answer, that I think his Lordship was of my opinion ; for he called those
men, which in the late civil war pretended the spirit, and new light, and to be
the only faithful men, fanatics ; for he called them in his book, and did call
them in his life-time, fanatics. And what is a fanatic but a madman ? And what
can be more pernicious to peace, than the revelations that were by these
fanatics pretended ? I do not say there were not doctrines of other men, not
called fanatics, as pernicious to peace as their's were, and in great part a
cause of those troubles. Fifthly, from that I make prophetical revelations
subject to the examination of the lawful sovereign, he inferreth, that two
prophets prophecying the same thing at the same time, in the dominions of two
different princes, the one shall be a true prophet, the other a false. This
consequence is not good : for seeing they teach different doctrines, they
cannot both of them confirm their doctrine with miracles. But this I prove, in
the place (vol.iii.p.426) he citeth, that whether either of their doctrines
shall be taught publicly or not, it is in the power of the sovereign of the
place only to determine. Nay, I say now further, if a prophet come to any private
man in the name of God, that man shall be judge whether he be a true prophet or
not, before he obey him. See 1 John, iv. 1. Sixthly, whereas he says that, upon
my grounds, Christ was to be reputed a false prophet every where, because his
(329) doctrine was received no where ; his Lordship had read my book more
negligently, than was fit for one that would confute it. My ground is this ;
that Christ in right of his Father was king of the Jews, and consequently
supreme prophet, and judge of all prophets. What other princes thought of his
prophesies, is nothing to the purpose. I never said that princes can make
doctrines or prophesies true or false ; but I say every sovereign prince has a
right to prohibit the public teaching of them, whether false or true. But what
an oversight is it in a divine, to say that Christ had the approbation of no
sovereign prince, when he had the approbation of God, who was king of the Jews,
and Christ his viceroy, and the whole Scripture written (John, xx. 31) to prove
it; when his miracles declared it ; when Pilate confessed it ; and when the
apostles office was to proclaim it? Seventhly, if we must not consider, in
points of Christian faith, who is the sovereign prophet, that is, who is next
under Christ our supreme head and governor, I wish his Lordship would have
cleared, ere he died, these few questions. Is there not need of some judge of
controverted doctrines ? I think no man can deny it, that has seen the
rebellion that followed the controversy here between Gomar and Arminius. There
must therefore be a judge of doctrines. But, says the Bishop, not the king. Who
then ? Shall Dr. Brimhall be this judge ? As profitable an office as it is, he
was more modest than to say that. Shall a private layman have it ? No man ever
thought that. Shall it be given to a Presbyterian minister ? No ; it is
unreasonable. Shall a synod of Presbyterians have it ? No ; for most of the the
(330) Presbyters in the primitive church were indoubtedly subordinate to
bishops, and the rest were bishops. Who then? A synod of bishops? Very well.
His Lorship beeing too modest to undertake the whole power, would habe been
contented with the six-and-twentieth part. But, suppose it un a synod of
bishops, who shall call them together? The king. What if he will not? Who
should excommunicate him, or if he despise your excommunication, who shall send
forth a writ of significavit? No; all this was far from his Lordship's
thoughts. The power of the clergy, unless it be upheld legally by the king, or
illegally by the multitude, amounts to nothing. But for the multitude, Suarez
and the Schoolmen will never gain them, because they are not understood.
Besides there be very few bishops that can act a sermon, which is a puissant
part of rhetoric, so well as divers Presbyterians, and fanatic preachers can
do. I conclude therefore, that his Lordship could not possibly believe that the
supreme judicature in matter of religion could any where be so well placed as
in the head of the church, which is the king. And so his Lordship and I think
the same thing; but because his Lordship knew not how to deduce it, he was
angry with me because I did it. He says, further, that by my principles, he
that blasphemeth Christ at Constantinople, is a true prophet : as if a men that
blasphemeth Christ, to approve his blasphemy can procure a miracle. Fot by my
principles, no man is a prophet whose prophesy is not confirmed by God with a
miracle. In the last place, out of this, that the lawful sovereign is the judge
of prophesy, he deduces that (331) then Samuel and other prophets were false
prophets, that contested with their sovereigns. As for Samuel, he was at that
time the judge, that is to say, the sovereign prince in Israel, and so
acknowledged by Saul. For Saul received the kingdom from God himself, who had
right to give and take it, by the hands of Samuel. And God gave it to himself
only, and not to his seed ; though if he had obeyed God, he would have settled
it also upon his seed. The commandment of God was, that he should not spare
Agag. Saul obeyed not. God therefore sent to Samuel to tell him that he was
rejected. For all this, Samuel went not about to resist Saul. That he caused
Agag to be slain, was with Saul's consent. Lastly, Saul confesses his sin.
Where is this contesting with Saul? After this God sent Samuel to anoint David,
not that he should depose Saul, but succeed him, the sons of Saul having never
had a right of succession. Nor did ever David make war on Saul, or so much as
resist him, but fled from his persecution. But when Saul was dead, then indeed
he claimed his right against the house of Saul. What rebellion or resistance
could his Lordship find here, either in Samuel or in David ? Besides, all these
transactions are supernatural, and oblige not to imitation. Is there any prophet
or priest now, that can set up in England, Scotland, or Ireland, another king
by pretence of prophecy or religion ? What did Jeroboam to the man of God (1
Kings xiii.) that prophesied against the altar in Bethel without first doing a
miracle, but offer to seize him for speaking, as he thought, rashly of the
king's act ; and after the miraculous withering of his hand, desire the (332)
prophet to pray for him ? The sin of Jeroboai was not his distrust of the
prophet, but his idolatry. He was the sole judge of the truth which the man of
God uttered against the altar, and the process agreeable to equity. What is the
story of Elijah and Ahab ( 1 Kings xviii.), but a confirmation of the right
even of Ahab to be judge of prophecy? Elijah told Ahab, he had transgressed the
commandment of God. So may any minister now tell his sovereign, so he do it
with sincerity and discretion. Ahab told Elijah he troubled Israel. Upon this
controversy Elijah desired trial. Send, saith he, and assemble all Israel;
assemble also the prophets of Baal, four hundred and fifty. Ahab did so. The
question is stated before the people thus: if the Lord be God, follow him ; but
if Baal, follow him. Then upon the altars of God and Baal were laid the wood
and the bullocks ; and the cause was to be judged by fire from heaven, to burn
the sacrifices ; which Elijah procured, the prophets of Baal could not procure.
Was not this cause here pleaded before Ahab? The sentence of Ahab is not
required ; for Elijah from that time forward was no more persecuted by Ahab,
but only by his wife, Jezabel. The story of Micaiah (2 Chron. xviii.) is this.
Ahab King of Israel consulted the prophets, four hundred in number, whether he
should prosper or not, in case he went with Jehoshaphat, king of Judah, to
fight against the Syrians at Ramoth-gilead. The prophet Micaiah was also
called, and both the kings, Ahab and Jehoshaphat, sat together to hear what
they should prophecy. There was no miracle done. The four hundred pronounced
victory ; Micaiah alone the contrary. The king was (33) judge, and most
concerned in the event ; nor had he he received any revelation in the business.
What could he do more discreetly than to follow the counsel of four hundred,
rather than of one man? But the event was contrary ; for he was slain ; but not
for following the counsel of the four hundred, but for his murder of Naboth,
and his idolatry. It was also a sin in him, that he afflicted Micaiah in
prison. But an unjust judgment does not take away from any king his right of
judicature. Besides, what is all this, or that of Jeremiah which he cites last,
to the question of who is judge of Christian doctrine ?
J. D. Neither doth he use God the
Holy Ghost, more favourably than God the Son. Where St. Peter saith, holy men
of God spake as they were moved by the Holy Spirit ; he saith, By the spirit,
is meant the voice of God in a dream or vision supernatural ; which dreams or
visions, he maketh to be no more than imaginations which they had in their
sleep, or in an extasy, which in every true prophet were supernatural, but in
false prophets were either natural or feigned, and more likely to be false than
true. To say, God hath spoken to him in a dream, is no more than to say, he
dreamed that God spake to him, &c. To say, he hath seen a vision or heard a
voice, is to say, that he hath dreamed between sleeping and waking. So St.
Peter's Holy Ghost, is come to be their own imaginations, which might be either
feigned, or mistaken, or true. As if the Holy Ghost did enter only at their
eyes, and at their ears, not into their understandings, nor into their minds ;
or as if the Holy Ghost did not seal unto their hearts the truth and assurance
of their prophecies. Whether a new light (334) be infused into their
understandings, or new graces be inspired into their heart, they are wrought,
or caused, or created immediately by the Holy Ghost ; and so are his
imaginations, if they be supernatural.
T. H. For the places of my Leviathan
he cites, they are all, as they stand, both true and clearly proved. The setting
of them down by fragments is no refutation ; nor offers he any arguments
against them. His consequences are not deduced. I never said that the Holy
Ghost was an imagination, or a dream, or a vision, but that the Holy Ghost
spake most often in the Scripture by dreams and visions supernatural. The next
words of his, as if the Holy Ghost did enter only at their eyes, and at their
ears, not into their understandings, nor into their minds, I let pass, because
I cannot understand them. His last words, Whether new light, &c. I
understand and approve.
J. D. But he must needs fall into
these absurdities, who maketh but a jest of inspiration. They who pretend
Divine inspiration to be a supernatural entering of the Holy Ghost into a man,
are, as he thinks, in a very dangerous dilemma ; for if they worship not the
men whom they conceive to be inspired, they fall into impiety ; and if they
worship them, they commit idolatry. So mistaking the Holy Ghost to be
corporeal, something that is blown into a man, and the graces of the Holy Ghost
to be corporeal graces. And the words, inpoured or infused virtue, and, inblown
or inspired virtue, are as absurd and as insignificant, as a round quadrangle.
He reckons it as a common error, faith and sanctity are not attained by study
reason, but by supernatural inspiration or infusion. And layeth this for a firm
ground ; faith (335) and sanctity are indeed not very frequent, but yet they
are not miracles, but brought to pass by education, discipline, correction, and
other natural ways. I would see the greatest Pelagian of them all, fly higher.
T. H. I make here no jest of
inspiration. Seriously, I say, that in the proper signification of the words
inspiration and infusion, to say virtue is inspired, or infused, is as absurd as
to say a quadrangle is round. But metaphorically, for God's bestowing of faith,
grace, or other virtue, those words are intelligible enough.
J. D. Why should he trouble himself
about the Holy Spirit, who acknowledged no spirit, but either a subtle fluid
body, or a ghost, or other idol or phantasm of the imagination; who knoweth no
inward grace or intrinsical holiness ? Holy is a word which in God's kingdom
answereth to that, which men in their kingdoms use to call public, or the
king's. And again, wheresoever the word, holy, is taken properly, there is
still something signified of propriety gotten by consent. His holiness is a
relation, not a quality ; for inward sanctification, or real infused holiness,
(in respect whereof the third person is called the Holy Ghost, because he is
not only holy in himself, but also maketh us holy), he is so great a stranger
to it, that he doth altogether deny it, and disclaim it.
T. H. The word holy I had defined in
the words which his Lordship here sets down, and by the use thereof in the
Scripture made it manifest, that that was the true signification of the word.
There is nothing in learning more difficult than to determine the signification
of words. Tliat difficulty excuses (336) him. He says that holiness, in my sense,
is a relation, not a quality. All the learned agree that quality is an accident
: so that in attributing to God holiness, as a quality, he contradicts himself.
For he has in the beginning of this his discourse denied, and rightly, that any
accident is in God; saying, whatsoever is in God is the Divine substance. He
affirms also, that to attribute any accident to God, is to deny the simplicity
of the Divine substance. And thus his Lordship makes God, as I do, a corporeal
spirit. Both here, and throughout, he discovers so much ignorance, as had he
charged me with error only, and not with atheism, I should not have thought it
necessary to answer him.
J. D. We are taught in our creed to
believe the catholic or universal church. But T. H. teacheth us the contrary:
That if there be more Christian churches than one, all of them together are not
one church personally. And more plainly : Now if the whole number of Christians
be not contained in one commonwealth, they are not one person, nor is there an
universal church, that hath any authority over them. And again : The universal
church is not one person, of which it can be said, that it hath done, or
decreed, or ordained, or excommunicated, or absolved. This doth quite overthrow
all the authority of general councils.
All other men distinguish between
the church and the commonwealth; only T. H. maketh them to be one and the same
thing. The commonwealth of Christian men, and the church of the same,
altogether the same thing, called by two tames for two reasons. For the matter
of the church and of the commonwealth is the same (337) namely, the same
Christian men ; and the form is the same, which consisteth in the lawful power
of convocating them. And hence he concludeth, that every Christian commonwealth
is a church endowed with all spiritual authority. And yet more fully : The
church if it be one person, is the same thing with the commonwealth of
Christians ; called a commonwealth, because it consisteth of men united in one
person their sovereign ; and a church, because if. consisteth in Christian men
united in one Christian sovereign. Upon which account there was no Christian
church in these parts of the world, for some hundreds of years after Christ,
because there was no Christian sovereign.
T.H. For answer to this period, I
say only this ; that taking the church, as I do, in all those places, for a
company of Christian men on earth incorporated into one person, that can speak,
command, or do any act of a person, all that he citeth out of what I have
written is true ; and that all private conventicles, though their belief be
right, are not properly called churches ; and that there is not any one
universal church here on earth, which is a person indued with authority
universal to govern all Christian men on earth, no more than there is one
universal sovereign prince or state on earth, that hath right to govern all
mankind. I deny also that the whole clergy of a Christian kingdom or state
being assembled, are the representative of that church further than the civil
laws permit ; or can lawfully assemble themselves, unless by the command or by
the leave of the sovereign civil power. I say further, that the denial of this
point tendeth in England towards –338) the taking away of the king's supremacy in
causes ecclesiastical. But his Lordship has not here denied any thing of mine,
because he has done no more but set down my words. He says further, that this
doctrine destroys the authority of all general councils; which I confess. Nor
hath any general council at this day in this kingdom the force of a law, nor
ever had, but by the authority of the king.
J. D. Neither is he more orthodox
concerning the holy Scriptures: hitherto, that is, for the books of Moses, the
power of making the Scripture canonical, was in the civil sovereign. The like
he saith of the Old Testament, made canonical by Esdras. And of the New
Testament, that it was not the apostles which made their own writings
canonical, but every convert made them so to himself: yet with this restriction,
that until the sovereign ruler had prescribed them, they were but counsel and
advice, which whether good or bad, he that was counselled might without
injustice refuse to observe, and being contrary to the laws established, could
not without injustice observe. He maketh the primitive Christians to have been
in a pretty condition. Certainly the gospel was contrary to the laws then
established. But most plainly, The word of the interpreter of the Scripture is
the word of God. And the same is the interpreter of the Scripture, and the
sovereign judge of all doctrines, that is, the sovereign magistrate, to whose
authority we must stand no less, than to theirs, who at first did commend the
Scripture to us for the canon of faith. Thus if Christian sovereigns, of
different communications, (339) clash one with another, in their
interpretation, or misinterpretation of Scripture, as they do daily, then the
word of God is contradictory to itself; or that is the word of God in one
commonwealth, which is the word of the Devil in another commonwealth. And the
same thing may be true, and not true at the same time : which is the peculiar
privilege of T. H. to make contradictories to be true together.
T. H. There is no doubt but by what
authority the Scripture or any other writing is made a law, by the same
authority the Scriptures are to be interpreted, or else they are made law in
vain. But to obey is one thing, to believe is another ; which distinction
perhaps his Lordship never heard of. To obey is to do or forbear as one is
commanded, and depends on the will ; but to believe, depends not on the will,
but on the providence and guidance of our hearts that are in the hands of God
Almighty. Laws only require obedience; belief requires teachers and arguments
drawn either from reason, or from some thing already believed. Where there is
no reason for our belief, there is no reason we should believe. The reason why
men believe, is drawn from the authority of those men whom we have no just
cause to mistrust, that is, of such men to whom no profit accrues by their
deceiving us, and of such men as never used to lie, or else from the authority
of such men whose promises, threats, and affirmations, we have seen confirmed
by God with miracles. If it be not from the king's authority that the Scripture
is law, what other authority makes it law? Here some man being of his
Lordship's judgment, will perhaps laugh and (340) say, it is the authority of
God that makes them law. I grant that. But my question is, on what authority
they believe that God is the author of them ? Here his Lordship would have been
at a nonplus, and turning round, would have said the authority of the Scripture
makes good that God is their author. If it be said we are to believe the
Scripture upon the authority of the universal church, why are not the books we
call Apocrypha the word of God as well as the rest ? If this authority be in
the church of England, then it is not any other than the authority of the head
of the church, which is the king. For without the head the church is mute. The
authority therefore is in the king ; which is all that I contended for in this
point. As to the laws of the Gentiles, concerning religion in the primitive
times of the church, I confess they were contrary to Christian faith. But none
of their laws, nor terrors, nor a man's own will, are able to take away faith,
though they can compel to an external obedience ; and though I may blame the
Ethnic princes for compelling men to speak what they thought not, yet I absolve
not all those that have had the power in Christian churches from the same
fault. For I believe, since the time of the first four general councils, there
have been more Christians burnt and killed in the Christian church by
ecclesiastical authority, than by the heathen emperors' laws, for religion only
without sedition. All that the Bishop does in this argument is but a heaving at
the King's supremacy. Oh, but, says he, if two kings interpret a place of
Scripture in contrary senses, it will follow that both senses are true. It does
not follow. For the (341) interpretation, though it be made by just authority,
must not therefore always be true. If the doctrine in the one sense be
necessary to salvation, then they that hold the other must die in their sins,
and be damned. But if the doctrine in neither sense be necessary to salvation,
then all is well, except perhaps that they will call one another atheists, and
fight about it.
J. D. All the power, virtue, use,
and efficacy, which he ascribeth to the holy sacraments, is to be signs or
commemorations. As for any sealing, or confirming, or conferring of grace, he
acknowledgeth nothing. The same he saith particularly of baptism : upon which
grounds a cardinal's red hat, or a serjeant-at-arms his mace, may be called
sacraments as well as baptism, or the holy eucharist, if they be only signs and
commemorations of a benefit. If he except, that baptism and the eucharist are
of Divine institution ; but a cardinal's red hat or a serjeant-at-arms his mace
are not : he saith truly, but nothing to his advantage or purpose, seeing he
deriveth all the authority of the word and sacraments, in respect of subjects,
and all our obligation to them, from the authority of the sovereign magistrate,
without which these words, Repent and be baptized in the name of Jesus, are but
counsel, no command. And so a serjeant-at-arms his mace, and baptism, proceed
both from the same authority. And this he saith upon this silly ground, that
nothing is a command, the performance whereof tendeth to our own benefit. He
might as well deny the Ten Commandments to be commands, because they have an
advantageous promise annexed to them, Do this and thou shall live ; and cursed
is every one that continueth not in all the words of this law to do them.
T. H. Of the sacraments I said no
more, than that they are signs or commemorations. He finds fault that I add not
seals, confirmations, and that they confer grace. First, I would have asked
him, if a seal be any thing else besides a sign, whereby to remember somewhat,
as that we have promised, accepted, acknowledged, given, undertaken somewhat.
Are not other signs, though without a seal, of force sufficient to convince me
or oblige me ? A writing obligatory, or release, signed only with a man's name,
is as obligatory as a bond signed and sealed, if it be sufficiently proved,
though peradventure it may require a longer process to obtain a sentence ; but
his Lordship I think knew better than I do the force of bonds and bills ; yet I
know this, that in the court of heaven there is no such difference between
saying, signing, and sealing, as his Lordship seemeth here to pretend. I am
baptized for a commemoration that I have enrolled myself. I take the sacrament
of the Lord's Supper to commemorate that Christ's body was broken, and his
blood shed for my redemption. What is there more intimated concerning the
nature of these sacraments, either in the Scripture or in the book of Common
Prayer? Have bread and wine and water in their own nature, any other quality
than they had before the consecration ? It is true that the consecration gives
these bodies a new relation, as being a giving and dedicating of them to God,
that is to say a making of them holy, not a changing of their quality. But as
some silly young en returning from France affect a broken English, (343) to be
thought perfect in the French language ; so his Lordship, I think, to seem a
perfect understander of the unintelligible language of the School- men,
pretends an ignorance of his mother-tongue. He talks here of command and counsel,
as if he were no Englishman, nor knew any difference between their
significations. What Englishman, when he commandeth, says more than, Do this ;
yet he looks to be obeyed, if obedience be due unto him. But when he says, Do
this, and thou shall have such or such a reward, he encourages him, or advises
him, or bargains with him ; but commands him not. Oh, the understanding of a
Schoolman !
J. D. Sometimes he is for holy
orders, and giveth to the pastors of the church the right of ordination and absolution,
and infallibility, too much for a particular pastor, or the pastors of one
particular church. It is manifest, that the consecration of the chiefest
doctors in every church, and imposition of hands, doth pertain to the doctors
of the same church. And, it cannot be doubted of, but the power of binding and
loosing was given by Christ to the future pastors, after the same manner as to
his present apostles. And, our Saviour hath promised this infallibility in
those things which are necessary to salvation, to his apostles, until the day
of judgment, that is to say, to the apostles, and pastors to be consecrated by
the apostles, successively, by the imposition of hands.
But at other times he casteth all
this meal down with his foot. Christian sovereigns are the supreme pastors, and
the only persons whom Christians now hear speak from God, except such as God
speaketh to in these days supernaturally. What is now become of the promised
infallibility? And, it is from the civil sovereign that all other pastors
derive their right of teaching, preaching, and all other functions pertaining
to that office ; and they are but his ministers in the same manner as the
magistrates of towns, or judges in courts of justice, and commanders of armies.
What is now become of their ordination? Magistrates, judges, and generals, need
no precedent qualifications. He maketh the pastoral authority of sovereigns to
be jure divino, of all other pastors jure civili : he addeth, neither is there
any judge of heresy among subjects, but their own civil sovereign.
Lastly, the church excommunicateth
no man but whom she excommunicateth by the authority of the prince. And, the
effect of excommunication hath nothing in it, neither of damage in this world,
nor terror upon an apostate, if the civil power did persecute or not assist the
church: and in the world to come, leaves them in no worse estate, than those
who never believed. The damage rather redoundeth to the church. Neither is the
excommunication of a Christian subject, that obeyeth the laws of his own
sovereign, of any effect. Where is now their power of binding and loosing ?
T. H. Here his Lordship coudemneth,
first my too much kindness to the pastors of the church ; as if I ascribed
infallibility to every particular minister, or at least to the assembly of the
pastors of a particular church. But he mistakes me ; I never meant to flatter
them so much. I say only that (345) the ceremony of consecration, and
imposition of hands, belongs to them ; and that also no otherwise than as given
them by the laws of the commonwealth. The bishop consecrates, but the king both
makes him bishop and gives him his authority. The head of the church not only
gives the power of consecration, dedication, and benediction, but may also
exercise the act himself if he please. Solomon did it ; and the book of canons
says, that the King of England has all the right that any good king of Israel
had; it might have added, that any other king or sovereign assembly had in
their own dominions. I deny that any pastor or any assembly of pastors in any
particular church, or all the churches on earth though united, are infallible :
yet I say, the pastors of a Christian church assembled are, in all such points
as are necessary to salvation. But about what points are necessary to
salvation, he and I differ. For I, in the fortythird chapter of my Leviathan,
have proved that this article, Jesus is the Christ, is the unum necessarium,
the only article necessary to salvation ; to which his Lordship hath not
offered any objection. And he, it seems, would have necessary to salvation
every doctrine he himself thought so. Doubtless in this article, Jesus is the
Christ, every church is infallible ; for else it were no church. Then he says,
I overthrow this again by saying that Christian sovereigns are the supreme
pastors, that is, heads of their own churches; That they have their authority
jure divino ; that all other pastors have it jure civili. How came any Bishop
to have authority over me, but by letters patent from the king ? I remember a
parliament wherein (346) a bishop, who was both a good preacher and good man,
was blamed for a book he had a little before published in maintenance of the
jus divinum of bishops ; a thing which before the reformation here, was never
allowed them by the pope. Two jus divinums cannot stand together in one
kingdom. In the last place he mislikes that the church should excommunicate by
authority of the king, that is to say, by authority of the head of the church.
But he tells not why. He might as well mislike that the magistrates of the
realm should execute their offices by the authority of the head of the realm.
His Lordship was in a great error, if he thought such encroachments would add
any thing to the wealth, dignity, reverence, or continuance of his order. They
are pastors of pastors, but yet they are the sheep of him that is on earth
their sovereign pastor, and he again a sheep of that supreme, pastor which is
in heaven. And if they did their pastoral office, both by life and doctrine, as
they ought to do, there could never arise any dangerous rebellion in the land.
But if the people see once any ambition in their teachers, they will sooner
learn that, than any other doctrine ; and from ambition proceeds rebellion.
J. D. It may be some of T. H. his
disciples desire to know what hopes of heavenly joys they have upon their
master's principles. They may hear them without any great contentment : There
is no mention in Scripture, nor ground in reason, of the caelum empyraeum, that
is, the heaven of the blessed, where the saints shall live eternally with God,
And again, I have not found any text that can probably be drawn to prove any
ascension (347) of the saints into heaven, that is to say, into any caelum
empyraeum. But he concludeth positively, that Saltation shall be upon earth,
when God shall reign at the coming of Christ in Jerusalem. And again, In short,
the kingdom of God is a civil kingdom, &c. called also the kingdom of
heaven, and the kingdom of glory. All the Hobbians can hope for, is, to be restored
to the same condition which Adam was in before his fall. So saith T. H.
himself: From whence may be inferred, that the elect, after the resurrection,
shall be restored to the estate wherein Adam was before he had sinned. As for
the beatifical vision, he defineth it to be a word unintelligible.
T. H. This coelum empyraeum for
which he pretendeth so much zeal, where is it in the Scripture, where in the
book of Common Prayer, where in the canons, where in the homilies of the church
of England, or in any part of our religion ? What has a Christian to do with
such language ? Nor do I remember it in Aristotle. Perhaps it may be in some
Schoolman or commentator on Aristotle, and his Lordship makes it in English the
heaven of the blessed, as if empyraeum signified that which belongs to the
blessed. St. Austin says better; that after the day of judgment all that is not
heaven shall be hell. Then for beatifical vision, how can any man understand
it, that knows from the Scripture that no man ever saw or can see God. Perhaps
his Lordship thinks that the happiness of the life to come is not real, but a
vision. As for that which 1 say (Leviathan, p. 625), I have answered to it
already.
J. D. But considering his other
principles, I do (348) not marvel much at his extravagance in this point. To
what purpose should a coelum empyraeum, or heaven of the blessed, serve in his
judgment, who maketh the blessed angels that are the inhabitants of that happy
mansion, to be either idols of the brain, that is in plain English, nothing, or
thin, subtile, fluid bodies, destroying the angelical nature. The universe
being the aggregate of all bodies, there is no real part thereof that is not
also body. And elsewhere, Every part of the universe is body, and that which is
not body, is no part of the universe. And because the universe is all, that
which is no part of it is nothing, and consequently nowhere. How ? By this
doctrine he maketh not only the angels, but God himself to be nothing. Neither
doth he salve it at all, by supposing erroneously angels to be corporeal
spirits, and by attributing the name of incorporeal spirit to God, as being a
name of more honour, in whom we consider not what attribute best expresseth his
nature, which is incomprehensible, but what best expresseth our desire to
honour him. Though we be not able to comprehend perfectly what God is, yet we
are able perfectly to comprehend what God is not, that is, he is not imperfect,
and therefore he is not finite, and consequently he is not corporeal. This were
a trim way to honour God indeed, to honour him with a lie. If this that he says
here be true, that every part of the universe is a body, and whatsoever is not
a body is nothing, then, by this doctrine, if God be not a body, God is nothing
: not an incorporeal spirit, but one of the idols of the brain, a mere nothing,
though they think they dance under a net, and have the blind (349) of God's
incomprehensibility between them and discovery.
T. H. This of incorporeal substance
he urged before, and there I answered it. I wonder he so often rolls the same
stone. He is like Sisyphus in the poet's hell, that there rolls a heavy stone
up a hill, which no sooner he brings to day-light, than it slips down again to
the bottom, and serves him so perpetually. For so his Lordship rolls this and
other questions with much ado, till they come to the light of Scripture, and
then they vanish ; and he vexing, sweating, and railing, goes to it again, to
as little purpose as before. From that I say of the universe, he infers, that I
make God to be nothing : but infers it absurdly. He might indeed have inferred
that I make him a corporeal, but yet a pure spirit. I mean by the universe, the
aggregate of all things that have being in themselves ; and so do all men else.
And because God has a being, it follows that he is either the whole universe,
or part of it. Nor does his Lordship go about to disprove it, but only seems to
wonder at it.
J. D. To what purpose should a
coelum empyraeum serve in his judgment, who denieth the immortality of the soul
? The doctrine is now, and hath been a long time, far otherwise; namely, that
every man hath eternity of life by nature, inasmuch as his soul is immortal.
Who supposeth that when a man dieth, there remaineth nothing of him but his
carcase? Who maketh the word soul in Holy Scripture to signify always either
the life, or the living creature ; and expoundeth the casting of body and soul
into hell-fire, to be the casting of body and life into hell-fire ? Who maketh
this (350) orthodox truth, that the souls of men are substances distinct from
their bodies, to be an error contracted by the contagion of the demonology of
the Greeks, and a window that gives entrance to the dark doctrine of eternal
torments? Who expoundeth these words of Solomon (Then shall the dust return to
the earth as it was, and the spirit shall return to God that gave it) thus, God
only knows what becometh of a mans spirit when he expireth? He will not
acknowledge that there is a spirit, or any substance distinct from the body. I wonder
what they think doth keep their bodies from stinking.
T. H. He comes here to that which is
a great paradox in School-divinity. The grounds of my opinion are the canonical
Scripture, and the texts which I cited I must again recite, to which I shall
also add some others. My doctrine is this : first, that the elect in Christ,
from the day of judgment forward, by virtue of Christ's passion and victory
over death, shall enjoy eternal life, that is, they shall be immortal.
Secondly, that there is no living soul separated in place from the body, more
than there is a living body separated from the soul. Thirdly, that the
reprobate shall be revived to judgment, and shall die a second death in
torments, which death shall be everlasting. Now let us consider what is said to
this points in the Scripture, and what is the harmorny therein of the Old and
New Testament.
And first, because the word immortal
soul, is not found in the Scriptures, the question is to be decided by evident
consequences from the Scripture. The Scripture saith of God expressly (1
Tim.vi. 16) that He only hath immortality, and dwelleth (351) inaccessible
light. Hence it followeth that the soul of man is not of its own nature
immortal, but by grace, that is to say, by the gift of God. And then the
question will be, whether this grace or gift of God were bestowed on the soul
in the creation and conception of the man, or afterwards by his redemption.
Another question will be, in what sense immortality of torments can be called a
gift, when all gifts suppose the thing given to be grateful to the receiver. To
the first of these, Christ himself saith (Luke xiv. 13, 14): When thou makest a
feast, call the poor, the maimed, the lame, the blind: and thou shall he
blessed, for they cannot recompense thee : for thou shall be recompensed at the
resurrection of them that be just. It follows hence that the reward of the
elect is not before the resurrection. What reward then enjoys a separated soul
in heaven, or any where else, till that day come, or what has he to do there
till the body rise again? Again, St. Paul says (Rom. ii. 6-8) : God will render
to every man according to his works. To them, who by patient continuance in
well doing seek for honour, glory, and immortality, eternal life. But unto them
that be contentious, and do not obey the truth, but obey unrighteousness,
indignation and wrath. Here it is plain that God gives eternal life only to
well doers, and to them that seek, not to them that have already, immortality.
Again (2 Tim. i. 10) : Christ hath abolished death, and brought life and
immortality to light, through the Gospel. Therefore before the Gospel of
Christ, nothing was immortal but God. And St. Paul, speaking of the day of
judgment (1 Cor. xv. 54), saith, that this mortal (352) shall put on
immortality, and that then death is swallowed up in victory. There was no
immortality of any thing mortal till death was overcome and that was at the
resurrection. And John, viii. 51 ; Verily, verily, if a man keep my sayings he
shall never see death ; that is to say, he shall be immortal. But it is nowhere
said, that he which keeps not Christ's sayings shall never see death, nor be
immortal : and yet they that say that the wicked, body and soul, shall be
tormented everlastingly, do therein say they are immortal. Matth. x. 28 : Fear
not them that can kill the body, but are not able to kill the soul ; but fear
him that is able to destroy both soul and body in hell. Man cannot kill a soul
; for the man killed shall revive again. But God can destroy the soul and body
in hell, as that it shall never return to life. In the Old Testament (Gen. vii.
4) we read : I will destroy every living substance that I have made, from off
the face of the earth ; therefore, if the souls of them that perished in the
Flood were substances, they were also destroyed in the Flood, and were not
immortal. Matth. xxv. 41 : Depart from me, ye cursed, into everlasting fire,
prepared for the devil and his angels. These words are to be spoken in the day
of judgment, which judgment is to be in the clouds. And there shall stand the
men that are reprobated alive, where souls, according to his Lordship's
doctrine, were sent long before to hell. Therefore at that present day of
judgment they had one soul by which they were there alive, and another soul in
hell. How his Lordship could have maintained this, I understand not. But by my
doctrine, that the soul is not a separated (353) substance, but that the man at
his resurrection shall be revived by God, and raised to judgment, and
afterwards body and soul destroyed in hell-fire, which is the second death,
there is no such consequence or difficulty to be inferred. Besides, it avoids
the unnecessary disputes about where the soul of Lazarus was for four days he
lay dead. And the order of the divine process is made good, of not inflicting
torments before the condemnation pronounced.
Now as to the harmony of the two
Testaments, it is said in the Old (Gen. ii. 17) : In the day that thou eatest of
the tree of knowledge, dying thou shalt die : moriendo morieris : that is, when
thou art dead thou shalt not revive ; for so hath Athanasius expounded it.
Therefore Adam and Eve were not immortal by their creation. Then (Gen. iii. 22)
: Behold the man is become as one of us : now lest he put forth his hand and
take also of the tree of life, and eat, and live for ever, &c. Here they
had had an immortality by the gift of God if they had not sinned. It was
therefore sin that lost them eternal life. He therefore that redeemed them from
sin was the author of their immortality, which consequently began in the day of
judgment, when Adam and Eve were again made alive by admission to the new tree
of life, which was Christ.
Now let us compare this with the New
Testament ; where we find these words (1 Cor. xv. 21) : since by man came
death, by man came also the resurrection of the dead. Therefore all the
immortality of the soul, that shall be after the resurrection, is by Christ,
and not by the nature of the soul. Verse 22 : As by Adam all die, even so in
(354) Christ shall all be made alive. Therefore since we died by Adam's sin, so
we shall live by Christ's redemption of us, that is, after the resurrection.
Again (verse 23) : But every man in his own order; Christ the first-fruits,
afterwards they that are Christ's, at his coming. Therefore none shall be made
alive till the coming of Christ. Lastly, as when God had said, that day that
thou eatest of the tree of knowledge of good and evil, thou shalt die, though he
condemned him then, yet he suffered him to live a long time after ; so when
Christ had said to the thief on the cross, this day thou shall he with me in
Paradise, yet he suffered him to lie dead till the general resurrection, for no
man rose again from the dead before our Saviour's coming, and conquering death.
If God bestowed immortality on every
man then when he made him, and he made many to whom he never purposed to give
his saving grace, what did his Lordship think that God gave any man immortality
with purpose only to make him capable of immortal torments ? It is a hard
saying, and I think cannot piously be believed. I am sure it can never be
proved by the canonical Scripture. But
though I have made it clear that it cannot be drawn by lawful consequence from
Scripture, that man was created with a soul immortal, and that the elect only,
by the grace of God in Christ, shall both bodies and souls from the
resurrection forward be immortal ; yet there may be a consequence well drawn
from some words in the rites of burial, that prove the contrary, as these :
Forasmuch as it hath pleased Almighty God of his great mercy, to take unto
himself the soul of our (355) fear brother here departed, &c. And these:
Almighty God, with whom do live the spirits of them that depart hence in the
Lord : which are words authorised by the church. I wonder his Lordship, that
had so often pronounced them, took no notice of them here. But it often happens
that men think of those things least, which they have most perfectly learnt by
rote. I am sorry I could not, without deserting the sense of Scripture and mine
own conscience, say the same. But I see no just cause yet, why the church
should be offended at it. For the church of England pretendeth not, as doth the
church of Rome, to be above the Scripture; nor forbiddeth any man to read the
Scripture ; nor was I forbidden, when I wrote my Leviathan, to publish anything
which the Scriptures suggested. For when I wrote it, I may safely say there was
no lawful church in England, that could have maintained me in, or prohibited me
from writing anything. There was no bishop; and though there was preaching,
such as it was, yet no common prayer. For extemporary prayer, though made in
the pulpit, is not common prayer. There was then no church in England, that any
man living was bound to obey. What I write here at this present time I am
forced to in my defence, not against the church, but against the accusations
and arguments of my adversaries. For the church, though it excommunicates for
scandalous life, and for teaching false doctrines, yet it professeth to impose
nothing to be held as faith, but what may be warranted by Scripture : and this
the church itself saith in the twentieth of the Thirty-nine Articles of
religion. And therefore I (356) am permitted to allege Scripture at any time in
the defence of my belief.
J.D. But they that in one case are
grieved, in another must be relieved. If perchance T. H. hath given his
disciples any discontent in his doctrine of heaven and the holy angels, and the
glorified souls of the saints, he will make them amends in his doctrine of
hell, and the devils, and the damned spirits. First of the devils ; he fancieth
that all those devils which our Saviour did cast out, were phrenzies ; and all
demoniacs, or persons possessed, no other than madmen : and to justify our
Saviour's speaking to a disease as to a person, produceth the example of
enchanters. But he declareth himself most clearly upon this subject, in his
animadversions upon my reply to his defence of fata! destiny. There are in the
Scripture two sorts of things which are in English translated devils. One is
that which is called Satan, Diabolus Abaddon, which signifieth in English an
enemy, an accuser, and a destroyer of the church of God ; in which sense the
devils are but wicked men. The other sort of devils are called in the Scripture
Daemonia, which are the feigned Gods of the heathen, and are neither bodies nor
spiritual substances, but mere fancies, and fictions of terrified hearts,
feigned by the Greeks, and other heathen people, which St. Paul calleth
nothings. So T. H. hath killed the great infernal Devil, and all his black
angels, and left no devils to be feared, but devils incarnate, that is, wicked
men.
T. H. As for the first words cited
(Leviathan. vol. iii. p. 68) I refer the reader to the place itself; and for
the words concerning Satan, I leave them to the judgment of the learned.
J. D. And for hell, he describeth
the kingdom of Satan, or the kingdom of darkness, to be a confederacy of deceivers.
He telleth us that the places, which set forth the torments of hell in holy
Scripture, do design metaphorically a grief and discontent of mind, from the
sight of that, eternal felicity in others, which they themselves, through their
own incredulity and disobedience, have lost. As if metaphorical descriptions
did not bear sad truths in them, as well as literal ; as if final desperation
were no more than a little fit of grief or discontent ; and a guilty conscience
were no more than a transitory passion ; as if it were a loss so easily to be
borne, to be deprived for evermore of the beatifical vision ; and lastly, as if
the damned, besides that unspeakable loss, did not likewise suffer actual
torments, proportionable in some measure to their own sins, and God's justice.
T. H. That metaphors bear sad truths
in them, I deny not. It is a sad thing to lose this present life untimely. Is
it not therefore much more a sad thing to lose an eternal happy life : And I
believe that be which will venture upon sin, with such danger, will not stick
to do the same notwithstanding the doctrine of eternal torture. Is it not also
a sad truth, that the kingdom of darkness should be a confederacy of deceivers
?
J. D. Lastly, for the damned
spirits, he declareth himself every where, that their sufferings are not
eternal. The fire shall be unquenchable, and the torments everlasting ; but it
cannot be thence inferred, that he who shall be cast into that fire, or (358)
be tormented with those torments, shall endure and resist them, so as to be
eternally burnt and tortured, and yet never be destroyed nor die. And though
there be many places, that affirm everlasting fire, into which men may be cast
successively one after another for ever ; yet I find none that affirm that there
shall be an everlasting life therein of any individual person. If he had said,
and said only, that the pains of the damned may be lessened, as to the degree
of them, or that they endure not for ever, but that after they are purged by
long torments from their dross and corruptions, as gold in the fire, both the
damned spirits and the devils themselves should be restored to a better
condition; he might have found some ancients (who are therefore called the
merciful doctors) to have joined with him ; though still he should have wanted
the suffrage of the Catholic church.
T. H. Why does not his Lordship cite
some place of Scripture here to prove, that all the reprobates which are dead,
live eternally in torment? We read indeed, that everlasting torments were
prepared for the Devil and his angels, whose natures also are everlasting ; and
that the Beast and the false prophet shall be tormented everlastingly ; but not
that every reprobate shall be so. They shall indeed be cast into the same fire
; but the Scripture says plainly enough, that they shall be both body and soul
destroyed there. If I had said that the devils themselves should be restored to
a better condition, his Lordship would have been so kind as to have put me into
the number of the merciful doctors. Truly, if I had had any warrant for the
possibility of their being less enemies to the church (359) of God than they
have been, I would have been as merciful to them as any doctor of them all. As
it is, I am more merciful than the Bishop.
J. D. But his shooting is not at
rovers, but altogether at random, without either precedent or partner. All that
eternal fire, all those torments which he acknowledged, is but this, that after
the resurrection, the reprobate shall be in the estate that Adam and his
posterity were in, after the sin committed, saving that God promised a redeemer
to Adam and not to them : adding, that they shall live as they did formerly,
marry and give in marriage ; and consequently engender children perpetually
after the resurrection, as they did before : which he calleth an immortality of
the kind, but not of the persons of men. It is to be presumed, that in those
their second lives, knowing certainly from T. H. that there is no hope of
redemption for them from corporal death upon their well-doing, nor fear of any
torments after death for their ill-doing, they will pass their times here as
pleasantly as they can. This is all the damnation which T. H. fancieth.
T. H. This he has urged once before,
and I answered to it, that the whole paragraph was to prove, that for any text
of Scripture to the contrary, men might, after the resurrection, live as Adam
did on earth ; and that, notwithstanding the text of St. Luke, (chap. xx.
34-36), Marry and propagate. But that they shall do so, is no assertion of
mine. His Lordship knew I held, that after the resurrection there shall be at
all no wicked men ; but the elect (all that are, have been, and hereafter shall
be) shall live on earth. But St. Peter (2 Epist. Hi. 13) says, there shall then
be a new heaven and a new earth.
J. D. In sum I leave it to the free
judgment of the understanding reader, by these few instances which follow, to
judge what the Hobbian principles are in point of religion. Ex ungue leonem.
First,
that no man needs to put himself to any hazard for his faith, but may safely
comply with the times. And for their faith it it internal and invisible. They
have the licence that Naaman had, and need not put themselves into danger for
it.
Secondly, he alloweth subjects,
being commanded by their sovereign, to deny Christ. Profession with the tongue
is but an external thing, and no more than any other gesture, whereby we
signify our obedience : and wherein a Christian, holding firmly in his heart
the faith of Christ, hath the same liberty which the prophet Elisha allowed to
Naaman, &c. who by bowing before the idol Wmmon, denied the true God as
much in effect, as if he had done it with his lips. Alas, why did St. Peter
weep so bitterly for denying his master, out of fear of his life or members ?
It seems he was not acquainted with these Hobbian principles. And in the same
place he layeth down this general conclusion : This we may say, that whatsoever
a subject is compelled to, in obedience to his sovereign, and doth it, not in order
to his own mind, but in order to the laws of his country, that action is not
his, but his sovereign's ; nor is it he, that in this case denieth Christ
before men, but his governor and the law of his country. His instance, in a
Mahometan commanded by a Christian prince to be present at divine service, is a
weak mistake, springing from his gross ignorance in case-divinity, not knowing
to distinguish (361) between au erroneous conscience, as the Mahometan's is,
and a conscience rightly informed.
T. H. In these his two first
instances, I confess his Lordship does not much belie me. But neither does he
confute me. Also I confess my ignorance in his case-divinity, winch is grounded
upon the doctrine of the Schoolmen ; who to decide cases of conscience, take in,
not only the Scriptures, but also the decrees of the popes of Rome, for the
advancing of the dominion of the Roman church over consciences; whereas the
true decision of cases of consciences ought to be grounded only on Scripture,
or natural equity. I never allowed the denying of Christ with the tongue in all
men, but expressly say the contrary (Leviathan, vol. iii. p. 656) in these
words : For an unlearned man that is in the power of an idolatrous king or
state, if commanded on pain of death to worship before an idol, he detesteth
the idol in his heart, he doth well; though if he had the fortitude to suffer
death rather than worship it, he should do better. But if a pastor, who as
Christ's messenger has undertaken to teach Christ's doctrine to all nations,
should do the same, it were not only a sinful scandal in respect of other
Christian men's consciences, but a perfidious forsaking of his charge.
Therefore St. Peter, in denying Christ, sinned, as being an apostle. And it is
sin in every man that should now take upon him to preach against the power of
the Pope, to leave his commission unexecuted for fear of the fire ; but in a
mere traveller, not so. The three children and Daniel were worthy champions of
the true religion. But God requireth not of every man to be a champion. As for
his Lordship's words of (362) complying with the times, they are not mine, but
his own spiteful paraphrase.
J. D. Thirdly, if this be not
enough, he give licence to a Christian to commit idolatry, or at least to do an
idolatrous act, for fear of death or corporal danger. To pray unto a king
voluntarily for fair weather, or for anything which God only can do for us, is
Divine worship, and idolatry. On the other side, if a king compel a man to it
by the terror of death, or other great corporal punishment, it is not idolatry.
Hi reason is, because it is not a sign, that he doth inwardly honour him as a
God, but that he in desirous to save himself from death, or from a miserable
life. It seemeth T. H. thinketh there is no Divine worship but internal : and
that it is lawful for a man to value his own life or his limbs more than his
God. How much is he wiser than the three children, or Daniel himself, who were
thrown, the first into a fiery furnace, the last into the lions' den, because
they refused to comply with the idolatrous decree of their sovereign prince ?
T. H. Here also my words are truly
cited. But his Lordship understood not what the word worship signifies ; and
yet he knew what I meant by it. To think highly of God, as I had defined it, is
to honour him. But to think is internal. To worship, is to signify that honour,
which we inwardly give, by signs external. This understood, as by his Lordship
it was, all he says to it, is but a cavil.
J. D. A fourth aphorism may be this,
that, which is said in the Scripture, it is better to obey God than man, hath
place in the kingdom of God by part, and not by nature. Why? Nature itself
(363) doth teach us it is better to obey God than men. Neither can he say that
he intended this only of obedience in the use of indifferent actions and
gestures, in the service of God, commanded by the commonweal : for that is to
obey both God and man. But if Divine law and human law clash one with another,
without doubt it is evermore better to obey God than man.
T. H. Here again appears his
unskilfulness in reasoning;. Who denies, but it is always, and in all cases,
better to obey God than man ? But there is no law, neither Divine nor human,
that ought to be taken for a law, till we know what it is ; and if a Divine
law, till we know that God hath commanded it to be kept. We agree that the
Scriptures are the word of God. But they are a law by pact, that is, to us who
have been baptized into the covenant. To all others it is an invitation only to
their own benefit. It is true that even nature suggesteth to us that the law of
God is to be obeyed rather than the law of man. But nature does not suggest to
us that the Scripture is the law of God, much less how every text of it ought
to be interpreted. But who then shall suggest this ? Dr. Bramhall? I deny it.
Who then? The stream of divines? Why so? Am I, that have the Scripture itself
before my eyes, obliged to venture my eternal life upon their interpretation,
how learned soever they pretend to be, when no counter-security, that they can
give me, will save me harmless ? If not the stream of divines, who then ? The
lawful assembly of pastors, or of bishops ? But there can be no lawful assembly
in England without the authority of the King. The Scripture, therefore, (364)
what it is, and how to be interpreted, is made us known unto us here, by no
other way than the authority of our sovereign lord both in temporals and
spirituals, the King's Majesty. And where he has set forth no interpretation,
there I am allowed to follow my own, as well as any other man, bishop or not
bishop. For my own part, all that know me, know also it is my opinion, that the
best government in religion is by episcopacy, but in the King's right, not in their
own. But my Lord Deny, not contented with this, would have the utmost
resolution of our faith to be into the doctrine of the Schools. I do not think
that all the bishops be of his mind. If they were, I would wish them to stand
in fear of that dreadful sentence, all covet, all lose. I must not let pass
these words of his Lordship, if Divine law and human law clash one with
another, without doubt it is better evermore to obey God than man. Where the
king is a Christian, believes the Scripture, and hath the legislative power
both in church and state, and maketh no laws concerning Christian faith, or
Divine worship, but by the counsel of his bishops whom he trusteth in that
behalf; if the bishops counsel him aright, what clashing can there be between
the Divine and human laws? For if the civil law be against God's law, and
bishops make it clearly appear to the king that it clasheth with Divine law, no
doubt he will mend it by himself, or by the advice of his parliament for else
he is no professor of Christ's doctrim and so the clashing is at an end. But if
they think that every opinion they hold, though obscure unnecessary to
salvation, ought presently to be (365)
law, then there will be clashing innumerable, not only of laws, but also of
swords, as we have found it too true by late experience. But his Lordship is
still at this, that there ought to be, for the Divine laws, that is to say for
the interpretation of Scripture, a legislative power in the church, distinct
from that of the King, which under him they enjoy already. This I deny. Then
for clashing between the civil laws of infidels with the law of God, the
apostles teach that those their civil laws are to be obeyed, but so as to keep
their faith in Christ entirety in their hearts ; which is an obedience easily
performed. But I do not believe that Augustus Cesar or Nero was bound to make
the holy Scripture law ; and yet unless they did so, they could not attain to
eternal life.
J. D. His fifth conclusion may be,
that the sharpest and most successful sword, in any war whatsoever, doth give
sovereign power and authority to him that hath it, to approve or reject all
sorts of theological doctrines, concerning the kingdom of God, not according to
their truth or falsehood, but according to that influence which they have upon
political affairs. Hear him : but because this doctrine will appear to most men
a novelty, I do but propound it, maintaining nothting in this or any other
paradox of religion, but attending the end of that dispute of the sword
concerning the authority (not yet amongst my countrymen decided) by which all
sorts of doctrine are to be approved or rejected, &c. For, the points of
doctrine concerning the kingdom of God, have so great influence upon the
kingdom of man, as (366) not to be determined, but by them that under God have
the sovereign power.
"--------- Careat successibus
opto,
Quisquis ab eventu facta notanda putat."
Let him
evermore want success who thinketh actions are to be judged by their events.
This doctrine may be plausible to those who desire fish in troubled waters. But
it is justly hated those which are in authority, and all those who are lovers
of peace and tranquillity.
The last part of this conclusion
smelleth rankly of Jeroboam (1 Kings xii. 26-28): Now shall the kingdom return
to the house of David, if this people go up to do sacrifice in the house of the
Lord at Jerusalem ; whereupon the king took counsel, and made two calves of
gold, and said unto them, it is too much for you to go up to Jerusalem, behold
thy Gods, O Israel, which brought thee out the land of Egypt. But by the just
disposition of Almighty God, this policy turned to a sin, and was the utter
destruction of Jeroboam and his family. It is not good jesting with edge-tools,
nor playing with holy things : where men make tin greatest fastness, many times
they find most danger.
T. H. His Lordship either had a
strange conscience, or understood not English. Being at Paris when there was no
bishop nor church in England. and every man writ what he pleased, I resolved
(when it should please God to restore the authority ecclesiastical) to submit
to that authority, whatsoever it should determine. This his Lordship construes
for a temporizing and too much (367) indifferency in religion ; and says
further, that the last part of my words do smell of Jeroboam. To the contrary,
I say my words were modest, and such as in duty I ought to use. And I profess
still, that whatsoever the church of England (the church, I say, not every
doctor) shall forbid me to say in matter of faith, I shall abstain from saying
it, excepting this point, that Jesus Christ, the Son of God, died for my sins.
As for other doctrines, I think it unlawful, if the church define them, for any
member of the church to contradict them.
J. D. His sixth paradox is a rapper
: The civil laws are the rules of good and evil, just and unjust, honest and
dishonest ; and therefore what the lawgiver commands, that is to be accounted
good, what he forbids, bad. And a little after : Before empires were, just and unjust
were not, as whose nature is relative to a command, every action in its own
nature is indifferent. That is, just or unjust proceedeth from the right of him
that commandeth. Therefore lawful kings make those things which they command
just, by commanding them, and those things which they forbid, unjust by
forbidding them. To this add his definition of a sin, that which one doth, or
omitteth, saith, or willeth, contrary to the reason of the commonwealth, that
is, the (civil) laws. Where by the laws he doth not understand the written
laws, elected and approved by the whole commonwealth, but the verbal commands
or mandates of him that hath the sovereign power, as we find in many places of
his writings. The civil laws are nothing else but the commands of him, that is
endowed with sovereign power in the commonwealth, concerning the future actions
of his subjects. And the civil laws are fastened to the lips of that man who
hath the sovereign
power.
Where are we? In Europe ? or in
Asia, where they ascribed a divinity to their kings, and, to use his own
phrase, made them mortal gods ; O king, live for ever ? Flatterers are the
common moths of great palaces, where Alexander's friends are more numerous than
the king's friends. But such gross, palpable, pernicious flattery as this is, I
did never meet with, so derogatory both to piety and policy. What deserveth he
who should do his uttermost endeavour to poison a common fountain, whereof all
the commonwealth must drink ? He doth the same who poisoneth the mind of a sovereign
prince.
Are the civil laws the rules of good
and bad, just and unjust, honest and dishonest ? And what, I pray you, are the
rules of the civil law itself? Even the law of God and Nature. If the civil
laws swerve from these more authentic laws, they are Lesbian rules. What the
lawgiver commands is to be accounted good, what he forbids, bad. This was just
the garb of the Athenian sophisters, as they are described by Plato. Whatsoever
pleased the great beast, the multitude, they call holy, and just, and good. And
whatsoever the great beast disliked, they called evil, unjust, profane. But he
is not yet arrived at the height of his flattery. Lawful kings make those
things, which they command, just by commanding them. At other times, when he is
in his right wits, he talketh of sufferings, and expecting their reward in
heaven. And going to Christ by martyrdom. And if he had the fortitude to suffer
death he should do better. But (369) I fear all this was but said in jest. How
should they expect their reward in heaven, if his doctrine be true, that there
is no reward in heaven ? Or how should they be martyrs, if his doctrine be
true, that none can be martyrs, but those who conversed with Christ upon earth
? He addeth, before empires were, just and unjust were not. Nothing could be
written more false in his sense, more dishonourable to God, more inglorious to
the human nature; than that God should create man, and leave him presently
without any rules, to his own ordering of himself, as the ostrich leaveth her
eggs in the sand. But in truth there have been empires iu the world ever since
Adam. And Adam had a law written in his heart by the finger of God, before
there was any civil law. Thus they do endeavour to make goodness, and justice,
and honesty, and conscience, and God himself, to be empty names, without any
reality, which signify nothing, further than they conduce to a man's interest.
Otherwise he would not, he could not, say, that every action as it is invested
with its circumstances, is indifferent in its own nature.
T. H. My sixth paradox he calls a
rapper. A rapper, a swapper, and such like terms, are his Lordship's
elegancies. But let us see what this rapper is : it is this ; the civil laws
are the rules of good and evil, just and unjust, honest and dishonest. Truly, I
see no other rules they have. The Scriptures themselves were made law to us
here, by the authority of the commonwealth, and are therefore part of the law
civil. If they were laws in their own nature, then were they laws over all the
world, and men were obliged to obey them in America, as (370) soon as they
should be shown there, though without a miracle, by a friar. What is unjust,
but the transgression of a law? Law
therefore was before unjust : and the law was made known by sovereign power
before it was a law : therefore sovereign power was antecedent both to law and
injustice. Who then made unjust but sovereign kings or sovereign assemblies ?
Where is now the wonder of this rapper, that lawful king make those things
which they command just, by commanding them, and those things which they forbid
unjust, by forbidding them ? Just and unjust were surely made. If the king made
them not, who made them else ? For certainly the breach of a civil law is a sin
against God. Another calumny which he would fix upon me, is, that the King's
verbal commands to be laws. How so? Because I say, the civil laws are nothing
else but the commands of him that hath the sovereign power, concerning the
future actions of his subjects. What verbal command of a king arrive at the
ears of all his subjects, which it must do ere it be a law, without the seal of
the person of the commonwealth, which is here the Great Seal of England ? Who,
but his Lordship, ever denied that the command of England was a law to Englishmen?
Or that any but the King had authority to affix the Great Seal of England to
any writing? And who did ever doubt to call our laws, though made in
Parliament, the King's laws ? What was ever called a law, which the King did
not assent to? Because the King has granted in divers cases not to make a law
without the advice and assent of of the lords and commons, therefor when there
(371) is no parliament in being, shall the Great Seal of England stand for
nothing? What was more injustly maintained during the Long Parliament, besides
the resisting and murdering of the King, than this doctrine of his Lordship's ?
But the Bishop endeavoured here to make the multitude believe I maintain, that
the King sinneth not, though he bid hang a man for making his apparel otherwise
than he appointed, or his servant for negligent attendance. And yet he knew I
distinguished always between the King's natural and politic capacity. What name
should I give to this wilful slander ? But here his Lordship enters into
passion, and exclaims : Where are we, in Europe or in Asia ? Gross, palpable,
pernicious flattery, poisoning of a commonwealth, poisoning the King's mind.
But where was his Lordship when he wrote this ? One would not think he was in
France, nor that this doctrine was written in the year 1658, but rather in the
year 1648, in some cabal of the King's enemies. But what did put him into this
fit of choler? Partly, this very thing, that he could not answer my reasons;
but chiefly, that he had lost upon me so much School-learning in our
controversy touching Liberty and Necessity: wherein he was to blame himself,
for believing that the obscure and barbarous language of School-divinity, could
satisfy an ingenuous reader, as well as plain and perspicuous English. Do I
flatter the King ? Why am I not rich ? I confess his Lordship has not flattered
him here.
J. D. Something there is which he
hath a confused glimmering of, as the blind man sees men walking like trees,
which he is not able to (372) apprehend and express clearly. We acknowledge,
that though the laws or commands of a sovereign prince be erroneous, or unjust,
or injurious, such as a subject cannot approve for good in themselves ; yet he
is bound to acquiesce, and may not oppose or resist, otherwise than by prayers
and tears, and at the most by flight. We acknowledge that the civil laws have
power to bind the conscience of a Christian, in themselves, but not from
themselves, but from him who hath said, Let every soul be subject to the higher
powers. Either they bind Christian subjects to do their sovereign's commands,
or to suffer for the testimony of a good conscience. We acknowledge that in
doubtful cases, semper praesumitur pro rege et lege, the sovereign and the law
are always presumed to be in the right. But in plain evident cases, which admit
no doubt, it is always better to obey God than man. Blunderers, whilst they
think to mend one imaginary hole, make two or three real ones. They who derive
the authority of the Scriptures or God's law from the civil laws of men, are
like those who seek to underprop the heavens from falling, with a bulrush. Nay,
they derive not only the authority of the Scripture, but even the law of nature
itself, from the civil law. The laws of nature (which need no promulgation) in
the condition of nature are not properly laws, but qualities which dispose men
to peace and obedience. When a. commonwealth is once settled, then are they
actually laws, and not before. God help us, into what times are we fallen, when
the immutable laws of God and nature are made to depend upon the mutable laws
of mortal men, just as one should (373) about to control the sun by the
authority of the clock.
T. H. Hitherto he never offered to
mend any of the doctrines he inveighs against ; but here he does. He says I
have a glimmering of something I was not able to apprehend and express clearly.
Let us see his Lordship's more clear expression. We acknowledge, saith he, that
though the laws or commands of a sovereign prince be erroneous, or unjust, or
injurious, such as a subject cannot approve for good in themselves, yet he is
bound to acquiesce, and may not oppose or resist otherwise than by prayers and
tears, and at the most by flight. Hence it follows clearly, that when a
sovereign has made a law, though erroneous, then, if his subject oppose' it, it
is a sin. Therefore. I would fain know, when a man has broken that law by doing
what it forbad, or by refusing to do what it commanded, whether he have opposed
this law or not. If to break the law be to oppose it, he granteth it. Therefore
his Lordship has not here expressed himself so clearly, as to make men
understand the difference between breaking a law and opposing it. Though there
be some difference between breaking of a law, and opposing those that are sent
with force to see it executed; yet between breaking and opposing the law
itself, there is no difference. Also, though the subject think the law just, as
when a thief is by law condemned to die, yet he may lawfully oppose the
execution, not only by prayers, tears, and flight, but also (as I think) any
way he can. For though his fault were never so great, yet his endeavour to save
his own life is not a fault. For the law expects it, (374) and for that cause
appointeth felons to be carried bound and encompassed with armed men to
execution. Nothing is opposite to law, but sin : nothing opposite to the
sheriff, but force. So that his Lordship's sight was not sharp enough to see
the difference between the law and the officer. Again, We acknowledge, says he,
that the laws have power to bind the conscience of a Christian in themselves,
but not from themselves. Neither do the Scriptures bind the conscience because
they are Scriptures, but because they were from God. So also the book of
English Statutes bindeth our consciences in itself, but not from itself, but
from the authority of the king, who only in the right of God has the
legislative powers. Again he saith, We acknowledge that in doubtful cases, the
sovereign and the law are always presumed to be in the right. If he presume they
are in the right, how dare he presume that the cases they determine are
doubtful ? But, saith he, in evident rases which admit no doubt, it is always
better to obey God than man. Yes, and in doubtful cases also, say I. But not
always better to obey the inferior pastors than the supreme pastor, which is
the king. But what are those cases that admit no doubt ? I know but very few,
and those are such as his Lordship was not much acquainted with.
J. D. But it is not worthy of my
labour, nor any part of my intention, to pursue every shadow of a question
which he springeth. It shall suffice to gather a posy of flowers {or rather a
bundle of weeds) out of his writings, and present them to the reader, who will
easily distinguish them from healthful plants by the rankness of their smell.
Such are these which follow.
(375) T. H. As for the following
posy of flowers, there wants no more to make them sweet, than to wipe off the
venom blown upon some of them by his Lordship's breath.
J. D. 1. To be delighted in the
imagination only of being possessed of another man's goods, servants, or wife,
without any intention to take them from him by force or fraud, is no breach of
the law which faith : Thou shaft not covet.
T. H. What man was there ever, whose
imagination of anything he thought would please him, was not some delight? Or what sin is there, where there is not so
much as an intention to do injustice? But his Lordship would not distinguish between
delight and purpose, nor between a wish and a will. This was venom. I believe
that his Lordship himself, even before he was married, took some delight in the
thought of it, and yet the woman then was not his own. All love is delight, but
all love is not sin. Without this love of that which is not yet a man's own,
the world had not been peopled.
J. D. 2. If a man by the terror of
present death be compelled to do a fact against the law, he is totally excused,
because no law can oblige a man to abandon his own preservation; nature
compelleth him to the fact. The like doctrine he hath elsewhere. When the actor
doth anything against the law of nature by the command of the author, if he be
obliged by former covenants to obey him, not he, but the author breaketh the
law of nature.
T. H. The second flower is both
sweet and wholesome.
J. D. 3. It is a doctrine repugnant
to civil society, that whatsoever a man does against his conscience, is sin.
T. H. It is plain, that to do what a
man thinks in his own conscience to be sin, is sin ; for it is a contempt of
the law itself ; and from thence ignorant men, out of an erroneous conscience,
disobey the law, which is pernicious to all government.
J.D. 4. The kingdom of God is not
shut but to them that sin, that is, to them who have not performed due
obedience to the laws of God ; nor to them, if they believe the necessary
articles of the Christian faith.
5. We must know that the true
acknowledging of sin is repentance itself.
6. An opinion publicly appointed to
be taught cannot be heresy ; nor the sovereign princes that authorized the
same, heretics.
T. H. The fourth, fifth, and sixth
smell well. But to say, that the sovereign prince in England is a heretic, or
that an act of parliament is heretical, stinks abominably ; as it was thought
primo Elizabethae.
J. D. 7. Temporal and spiritual
government are but two words to make men see double, and mistake their lawful
sovereign, &c. There is no other government in this life, neither of state
nor religion, but temporal.
8. It is manifest, that they, who
permit a contrary doctrine to that which themselves believe and think necessary
(to salvation), do against their consciences, and will, as much as in them
lieth, the eternal destruction of their subjects.
T. H. The seventh and eighth are
roses and (377) jessamine. But his leaving out the words (to salvation) was
venom.
J. D. 9. Subjects sin if they do not
worship God according to the laws of the commonwealth.
T. H. The ninth he hath poisoned,
and made it not mine. He quotes my book De Cive, cap. xv. 19, where I say,
regnante Deo per solam rationem naturalem, that is, before the Scripture was
given, they sinned that refused to worship God, according to the rites and
ceremonies of the country ; which hath no ill scent, but to undutiful subjects.
J. D. 10. To believe in Jesus (in
Jesum), is the same as to believe that Jesus is Christ.
T. H. And so it is always in the
Scripture.
J. D. 11. There can be no
contradiction between the laws of God, and the laws of a Christian commonwealth.
Yet, we see Christian commonwealths daily contradict one another.
T. H. The eleventh is also good. But
his Lordship's instance, that Christian commonwealths contradict one another,
has nothing to do here. Their laws do indeed contradict one another, but
contradict not the law of God. For God commands their subjects to obey them in
all things, and his Lordship himself confesseth that their laws, though
erroneous, bind the conscience. But Christian commonwealths would seldom
contradict one another, if they made no doctrine law, but such as were
necessary to salvation.
J. D. 12. No man giveth but with
intention of some good to himself. Of all voluntary acts, the object is to
every man his own good. St. Paul, and the Decii were not of his mind.
T. H. That which his Lordship adds
to the twelfth, namely, that Moses, St. Paul, and the Decii were not of my
mind, is false. For the two former did what they did for a good to themselves,
which was eternal life ; and the Decii for a good fame after death. And his
Lordship also, if he had believed there is an eternal happiness to come, or
thought a good fame after death to be anything worth, would have directed all
his actions towards them, and have despised the wealth and titles of the
present world,
J. D. 13. There is no natural
knowledge of man's estate after death, much less of reward which is then to be
given to breach of faith, but only a belief grounded upon other mens saying,
that they know it supernaturally, or that they know those that knew them that
knew others that knew it supernaturally.
T. H. The thirteenth is good and
fresh.
J. D. 14. David's killing of Uriah
was no injury to Uriah ; because the right to do what he pleased, was given him
by Uriah himself.
T. H. David himself makes this good,
in saying, to thee only have I sinned.
J. D. 15. To whom it belongeth to
determine controversies which may arise from the divers interpretations of
Scripture, he hath an imperial power over all men, which acknowledge the
Scripture to be the word of God.
16. What is theft, what is murder,
what is adultery, and universally what is an injury,
is
known by the civil law, that is, by the commands of the sovereign.
T. H. For the fifteenth, he should
have disputed (379) it with the head of the church. And as to the sixteenth, I
would have asked him by what other law his Lordship would have it determined
what is theft, or what is injury, than by the laws made in parliament, or by
the laws which distinguish between meum and tuum ? His Lordship's ignorance
smells rankly ('tis his own phrase in this and many other places, which I have
let pass) of his own interest. The King tells us what is sin, in that he tells
us what is law. He hath authorized the clergy to dehort the people from sin,
and to exhort them, by good motives both from Scripture and reason, to obey the
laws; and supposeth them (though under forty years old), by the help they have
in the university, able, in case the law be not written, to teach the people,
old and young, what they ought to follow in doubtful cases of conscience; that
is to say, they are authorized to expound the laws of nature ; but not so as to
make it a doubtful case, whether the King's laws be to he obeyed or not. All
they ought to do, is from the King's authority. And therefore this my doctrine
is no weed.
J. D. 17. He admitteth incestuous
copulations of the heathens, according to their heathenish laws, to have been
lawful marriages. Though the Scripture teach us (Levit. xviii. 28) expressly,
that for those abominations the land of Canaan spued out her inhabitants.
T. H. The seventeenth he hath
corrupted with a false interpretation of the text. For in that chapter, from
the beginning to verse twenty, are forbidden marriages in certain degrees of kindred.
From verse twenty, which begins with Moreover, to the twenty-eighth, are
forbidden sacrificing of (380) children to Moloch, and profaning of God's name,
and buggery with man and beast, with this cause expressed, (For all these
abominations have the men of the land done which were before you, and the land
is defiled,) that the land spue not you out also. As for marriages within the
degrees prohibited, they are not referred to the abominations of the heathen.
Besides, for some time after Adam, such marriages were necessary.
J. D.18. I say that no other article
of faith besides this, that Jesus is Christ, is necessary to a Christian man
for salvation.
19. Because Christ's kingdom is not
of this world, therefore neither can his ministers, unless they be kings,
require obedience in his name. They have no right of commanding, no power to
make laws.
T. H. These two smell comfortably,
and of Scripture. The contrary doctrine smells of ambition and encroachment of
jurisdiction, or rump of the Roman tyranny.
J. D. 20. I pass by his errors about
oaths, about vows, about the resurrection, about the kingdom of Christ, about
the power of the keys, binding, loosing, excommunication, &c, his ignorant
mistakes of meritum congrui and condigni, active and passive obedience, and
many more, for fear of being tedious to the reader.
T. H. The terms of School divinity,
of which number are meritum congrui, meritum condigni, and passive obedience,
are so obscure, as no man living can tell what they mean; so that they that use
them may admit or deny their meaning, as it shall serve their turns. I said not
that this was (381) their meaning, but that I thought it was so. For no man
living can tell what a Schoolman means by his words. Therefore I expounded them
according to their true signification. Merit ex condigno, is when a thing is
deserved by pact ; as when I say the labourer is worthy of his hire, I mean
meritum ex condigno. But when a man of his own grace throweth money among the
people, with an intention that what part soever of it any of them could catch
he should have, he that catcheth merits it, not by pact, nor by precedent
merit, as a labourer, but because it was congruent to the purpose of him that
cast it amongst them. In all other meaning these words are but jargon, which
his Lordship had learnt by rote. Also passive obedience signifies nothing,
except it may be called passive obedience when a man refraineth himself from
doing what the law hath forbidden. For in his Lordship's sense, the thief that
is hanged for stealing, hath fulfilled the law ; which I think is absurd.
J. D. His whole works are a heap of
mis-shapen errors, and absurd paradoxes, vented with the confidence of a
juggler, the brags of a mountebank, and the authority of some Pythagoras, or third
Cato, lately dropped down from heaven.
Thus we have seen how the Hobbian
principles do destroy the existence, the simplicity, the ubiquity, the
eternity, and infiniteness of God, the doctrine of the Blessed Trinity, the
hypostatical union, the kingly, sacerdotal, and prophetical office of Christ,
the being and operation of the Holy Ghost, heaven, hell, angels, devils, the
immortality of the soul, the Catholic and all national churches ; the holy
Scriptures, holy orders, the holy sacraments, (382) the whole frame of
religion, and the worship of God ; the laws of nature, the reality of goodness,
justice, piety, honesty, conscience, and all that is sacred. If his disciples
have such implicit faith, that they can digest all these things, they may feed with
ostriches.
T.H. He here concludes his first
chapter with bitter reproaches, to leave in his reader, as he thought, a sting;
supposing perhaps that he will read nothing but the beginning and end of his
book, as is the custom of many men. But to make him lose that petty piece of
cunning, I must desire of the reader one of these two things. Either that he
would read with it the places of my Leviathan which he cites, and see not only
how he answers my arguments, but also what the arguments are which produceth
against them; or else, that he would forbear to condemn me, so much as in his
thought : for otherwise he is unjust. The name of Bishop is of great authority
; but these words are not the words of a bishop, but of a passionate Schoolman,
too fierce and unseemly in any man whatsoever. Besides, they are untrue. Who
that knows will say that I have the confidence of a juggler, that I use to brag
of anything, much less that I play the mountebank ? What my works are, he was
no fit judge. But now he has provoked me, I will say thus much of them, that
neither he, (if he had lived), nor I, if I would, could extinguish the light
which is set up in the world by the greatest part of them : and for these
doctrines which he impugneth, I have few opposers, but such whose profit, or
whose fame in learning is concerned them. He accuses me first of destroying the
(383) existence of God ; that is to say, he would make the world believe I were
an atheist. But upon what ground? Because I say, that God is a spirit, but
corporeal. But to say that, is allowed me by St. Paul, that says (1 Cor. xv.
44): There is a spiritual body, and there is an animal body. He that holds
there is a God, and that God is really somewhat, (for body is doubtlessly a
real substance), is as far from being an atheist, as it is possible to be. But
he that says God is an incorporeal substance, no man can be sure whether he be
an atheist or not. For no man living can tell whether there be any substance at
all, that is not also corporeal. For neither the word incorporeal, nor
immaterial, nor any word equivalent to it, is to be found in Scripture, or in
reason. But on the contrary, that the Godhead dwelleth bodily in Christ, is
found in Colos. ii. 9 ; and Tertullian maintains that God is either a corporeal
substance or nothing. Nor was he ever condemned for it by the church. For why ?
Not only Tertullian, but all the learned, call body, not ouly that which one
can see, but also whatsoever has magnitude, or that is somewhere; for they had
greater reverence for the divine substance, than that they durst think it had
no magnitude, or was nowhere. But they that hold God to be a phantasm, as did
the exorcists in the Church of Rome, that is, such a thing as were at that time
thought to be the sprights, that were said to walk in churchyards and to be the
souls of men buried, do absolutely make God to be nothing at all. But how ?
Were they atheists? No. For though by
ignorance of the consequence they said that which was equivalent to atheism,
yet in their hearts (384) they thought God a substance, and would also, if they
had known what substance and what corporeal meant, have said he was a corporeal
substance. So that this atheism by consequence is a very easy thing to be
fallen into, even by the most godly men of the church. He also that says that
God is wholly here, and wholly there, and wholly erery where, destroys by
consequence the unity of God, and the infiniteness of God, and the simplicity
of God. And this the Schoolmen do, and are therefore atheists by consequence,
and yet they do not all say in their hearts that there is no God. So also his
Lordship by exempting the will of man from being subject to the necessity of
God's will or decree, denies by consequence the Divine prescience, which also
will amount to atheism by consequence. But out of this, that God is a spirit
corporeal and infinitely pure, there can no unworthy or dishonourable
consequence be drawn.
Thus far to his Lordship's first
chapter, in justification of my Leviathan as to matter of religion; and especially
to wipe off that unjust slander cast upon me by the Bishop of Derry. As for the
second chapter, which concerns my civil doctrines, since my errors there, if
there be any, will not tend very much to my disgrace, I will not take the pains
to answer it.
Whereas his Lordship has talked in
his discourse here and there ignorantly of heresy, and some others have not
doubted to say publicly, that there be many heresies in my Leviathan ; I will
add hereunto, for a general answer, an historical relation concerning the word
Heresy, from the first use of it amongst the Grecians till this present time.
End of
the answer.
[1] Je conserve les majuscules de l’édition Molesworth. (NdT)
[2] Dans les œuvres complètes de Bramhall, le titre complet est : Capture du Léviathan ou de la grande baleine, qui démontre, à partir des propres œuvres de M. Hobbes, qu’aucun partisan de Hobbes ne peut être un bon chrétien ou un bon sujet ou se réconcilier avec lui-même parce que ses principes détruisent non seulement toute la religion mais aussi toutes les sociétés, supprimant les relations entre prince et sujet, entre maître et serviteur, entre parents et enfants, entre femme et mari, et parce qu’ils abondent en contradictions manifestes. Première impression : 1658. (NdT)
[3] L’édition Molesworth reproduit le texte de la Capture avant la réponse de Hobbes. J.D. signifie « John of Derry, John Bramhall. (NdT)
[4] « vagrant desires ». (NdT)
[5] Précisément, dans la tête : « in the head ». (NdT)
[6] Je suis ici l’édition des œuvres complètes de Bramhall (tome IV, page 519, édition de 1844, Oxford, John Henry Parker) qui donne « religious rites ». Molesworth donne « religious rights », ce qui est évidemment une erreur. (NdT)
[7] «Voilà les gens qui pâlissent de peur chaque fois qu'il éclaire et qu'il tonne ; ils restent sans le souffle au premier grondement dans le ciel : car ce n'est pas pour eux un phénomène naturel, ce n'est pas l'effet du vent furieux, c'est le feu céleste irrité qui frappe la Terre en justicier. » Juvénal : Satire XIII. (NdT)
[8] « Et puis, pourquoi t'imaginer que les criminels vivent heureux ? La conscience de leur cruauté les consterne ; ils sentent les coups sourds du remords, leur secret bourreau » Juvénal, satire XIII. (NdT)
[9] De Cive, III, XV, 14. (NdT)
[10] De Cive, III, XV, 15. (NdT)
[11] Réponse de Thomas Hobbes. (NdT)
[12] L’édition des œuvres complètes de Bramhall nous rappelle que le terme employé par Hobbes dans le De Cive est « donatio », que Sorbière traduit par « donation » (I, II, 8). (NdT)
[13] L’édition des œuvres complètes de Bramhall nous rappelle que Hobbes, dans le De Cive, parle de « translationes juris », que Sorbière traduit par « transports du droit » (I, II, 4). (NdT)
[14] « eye-servants ». L’édition des œuvres complètes de Bramhall nous rappelle en marge que cette expression a une origine biblique. Voir Epître aux Ephésiens, VI, 6 et Epître aux Colossiens, III, 22. (NdT)
[15] Cicéron. (NdT)
[16] L’édition des œuvres complètes de Bramhall renvoie à De
la réponse des Haruspices de Cicéron. Le passage complet, qui se trouve au
chapitre IX est : « Nous avons
beau nous flatter, pères conscrits, nous ne l'avons emporté ni sur les
Espagnols par le nombre, ni sur les Gaulois par la force, ni sur les
Carthaginois par la ruse, ni sur les Grecs par les arts, ni sur les Latins
eux-mêmes et les Italiens par ce sens exquis, fruit du climat sous lequel nous
vivons. Mais la piété, mais la religion, mais surtout cette sagesse qui nous a
fait reconnaître que tout est réglé et gouverné par la puissance des dieux immortels
: voilà, pères conscrits, ce qui nous distingue des autres nations; c'est à ce
titre que nous l'avons emporté sur tous les peuples de l'univers. » Oeuvres complètes de
Cicéron. Collection des auteurs latins publiés sous la direction de M. NISARD,
t. III, Paris, Dubochet, 1840) (NdT)
[17] L’édition des Œuvres complètes de Bramhall précise en note la raison de ces guillemets. Hobbes, dans Questions concerning liberty…, écrivait : « Par cet argument, on peut facilement mesurer l’élévation de la logique de Monseigneur l’Evêque. » (NdT)
[18]
« Et c'est en ces
quatre choses, l'opinion sur les spectres, l'ignorance des causes secondes, la
dévotion envers ce que les hommes
craignent, et le fait de considérer les choses fortuites comme permettant des pronostics,
que consiste le germe naturel de la religion » (Léviathan, XII, traduction de Philippe Folliot, les Classiques des Sciences Sociales, 2003) (NdT)
[19] Voir Léviathan, XII : «habitués à conjecturer le futur par le passé, ils sont très portés, non seulement à considérer des choses fortuites, après une ou deux expériences, comme permettant toujours désormais des pronostics pour une expérience semblable, mais aussi à croire les mêmes pronostics qui viennent d'autres hommes dont ils ont conçu une fois une bonne opinion. » (Traduction de Philippe Folliot, Les Classiques des Sciences Sociales, 2003) (NdT)
[20] De Cive, XV, 1 : « Presque tous les hommes sont portés par le sentiment de leur propre faiblesse et par l’admiration, en laquelle ils se trouvent ravis des effets de la nature, à croire qu’il y a un Dieu, auteur invisible de toutes les choses que nous voyons (…). » (Traduction Sorbière) (NdT)
[21] Le texte latin du De Cive dit en effet « a rationis opinione ». La traduction de Sorbière (pourtant revue par Hobbes) tend à réduire le sens du passage. Le texte de l’édition Molesworth donne même : « an opinion of right* reason, without fear”. * : souligné par nous. (NdT)
[22] « Sont donc sujets de Dieu ceux qui croient qu'il y a un Dieu qui gouverne le monde, qui a donné des préceptes à l'humanité, qui a institué pour elle des récompenses et des châtiments, et tous les autres doivent être considérés comme ses ennemis. » Léviathan, XXXI, Traduction de Philippe Folliot, Les Classiques des Sciences Sociales, 2003. (NdT)
[23] De Cive, XIV, 19. (NdT)
[24] « Il est évident que l’obligation de faire preuve d’obéissance incombe aux hommes du fait de leur faiblesse. » (NdT)
[25]
L’édition des O.C. de
Bramhall renvoie en note aux animadversions upon the Bishop’s reply number
XIV de Questions concerning Liberty, Necessity and chance. P.136. (NdT)
[26] Ibid.
p.137. (Molesworth
p.180) (NdT)
[27]
De Cive, XV, 19. (NdT)
[28] 1.
Corinthiens, IX,7. Conforme à la King James Version. (NdT)
[29] Apocalypse, IV,11. Conforme à la King James version. (NdT)
[30]
Dans les O.C. de Bramhall,
on trouve effectivement à la page 520 du tome IV, à gauche et dans la
marge : « T.H. no friend to religion ». (NdT)
[31] Ibid. page 522. (NdT)
[32] L’imagination. (NdT)
[33] Psaumes, XIV, 1. Texte conforme à la King James Version. (NdT)
[34] Psaumes,
LXXIII,2,3. Le texte complet de la King James Version est : « 2. But as for me, my feet were almost gone; my steps had well
nigh slipped. 3. For I was envious at the foolish, when I saw the prosperity of
the wicked.” (NdT)
[35] « Manifestum est obligationem ad prestandam ipsi (Deo) obedientiam, incumbere hominibus propter imbecilitatem. » De Cive, XV, 7. (NdT)
[36] « Le droit de nature par lequel Dieu règne sur les hommes, et punit ceux qui enfreignent ses lois, ne vient pas du fait qu'il les a créés, comme s'il exigeait une obéissance en reconnaissance de ses bienfaits, mais vient de son pouvoir irrésistible. » Léviathan, XXXI (Traduction de Philippe Folliot, Les Classiques des Sciences Sociales, 2003) (NdT)
[37] De Cive, XV, 14. J’ai repris en partie la traduction de Sorbière. (NdT)
[38] Bramhall cite de façon incomplète un passage du chapitre III du Léviathan : «concevoir que quelque chose soit tout entier en ce lieu et tout entier en un autre lieu, que deux choses, ou plus, soient en un seul et même lieu à la fois, car aucune de ces choses n'a jamais été ou ne peut être présente aux sens. » (Traduction de Philippe Folliot, Les Classiques des Sciences Sociales, 2003) (NdT)
[39] Ibid. (NdT)
[40] « Les écoles ont trois sortes d’ubiété, ou
de manières d’exister quelque part. La première s’appelle circonscriptive,
qu’on attribue aux corps qui sont dans l’espace, qui y sont punctatim,
en sorte qu’ils sont mesurés selon qu’on peut assigner des points de la chose
située, répondant aux points de l’espace. La seconde est la définitive,
où l’on peut définir, c’est-à-dire déterminer que la chose située est dans un
tel espace, sans pouvoir assigner des points précis ou des lieux propres
exclusivement à ce qui y est. C’est ainsi qu’on a jugé que l’âme est dans le
corps, ne croyant point qu’il soit possible d’assigner un point précis où soit
l’âme ou quelque chose de l’âme, sans qu’elle soit aussi dans quelque autre
point. (…) La troisième ubiété est la réplétive, qu’on attribue à Dieu,
qui remplit tout l’univers encore plus éminemment que les esprits ne sont dans
les corps, car il opère immédiatement sur toutes les créatures en les
produisant continuellement, au lieu que les esprits finis n’y sauraient exercer
aucune influence ou opération immédiate. » Leibniz : Nouveaux
essais sur l’entendement humain, II, XXIII, 21. (NdT)
[41] Exactement « de ma tête ». (NdT)
[42]
En français, on dit plus
volontiers « pieux mensonge ». (NdT)
[43] « without any shadow of turning by change ». Les mots turning et change sont ici quasiment synonymes. (NdT)
[44] Je traduis systématiquement « power » par pouvoir. La distinction pouvoir/puissance n’a aucun sens dans la philosophie de Hobbes. (NdT)
[45] L’édition des O.C. de Bramhall renvoie en note aux animadversions upon the Bishop’s reply number XXIV de Questions concerning Liberty, Necessity and chance. P.266. (NdT)
[46] «Pour ce qui est sens du mot éternité, ils ne veulent pas qu'elle soit une succession de temps sans fin (…). » Léviathan, XLVI (Traduction de Philippe Folliot, Les Classiques des Sciences Sociales, 2003) (NdT)
[47]
Je rappelle que je traduis
« power » par « pouvoir » et que la distinction
pouvoir/puissance ne fait pas sens dans la philosophie de Hobbes. (NdT)
[48] « a word of craft ». Rappelons que le mot “craft” peut aussi désigner la ruse. (NdT)
[49] 1. Chroniques, XVI, 34, XVI, 41, 2. Chroniques, VII, 6, XX, 21, Esdras, III, 11, etc. (NdT)
[50] Epître
aux Hébreux, I, 1. Dans la King James Version, le verset complet
est : « God, who at sundry times and in divers manners spake in time past
unto the fathers by the prophets” : “Dieu qui, à plusieurs reprises et de
diverses manières, parla dans le temps passé aux pères par les prophètes. (NdT)
[51] Voir Le traité sur la liberté et la nécessité de Hobbes, le Discours sur la liberté et la nécessité de Bramhall et sa Défense de la véritable liberté, traduction de Philippe Folliot, Les Classiques des Sciences Sociales, 2009) (NdT)
[52] Psaumes,
90,4. (NdT)
[53] « the book of Common Prayer ». (NdT)
[54] A partir de n’importe quel moment du temps, Dieu est infini dans le passé et dans l’avenir. L’âme n’est éternelle qu’à partir d’un moment du temps (sa création) et après ce moment du temps mais pas avant. (NdT)
[55] « (…) le royaume des ténèbres, tel qu'il est présenté dans ces passages de l'Ecriture, et dans d'autres, n'est rien d'autre qu'une confédération de trompeurs qui, pour obtenir l'empire sur les hommes dans ce monde présent, s'efforcent, par des doctrines ténébreuses et erronées, d'éteindre en eux la lumière, aussi bien celle de la nature que celle de l'Evangile, et ainsi de les empêcher d'être prêts pour le royaume de Dieu à venir. » Léviathan, XLIV, traduction de Philippe Folliot, Les Classiques des Sciences Sociales, 2003) (NdT)
[56] « Deus optimus maximus », christianisation de la formule « Iuppiter optimus maximus ». (NdT)
[57] Cette parenthèse n’est pas présente dans les publications de Bramhall. C’est un ajout de Hobbes. (NdT)
[58] Ce qui suit est pris dans la Defence of true liberty de Bramhall. Voyez la note 198 de ma traduction du Traité de Hobbes sur la liberté et la nécessité (Les Classiques des Sciences Sociales, 2009). Le « je » de « j’argumente ainsi » renvoie évidemment à Bramhall. (NdT)
[59] Ce » qui suit se trouve dans les animadversions upon the Bishop’s reply number XXIV de Questions concerning Liberty, Necessity and chance. P.267. (NdT)
[60] Avoir des parties ou être un tout, ce sont [là] des attributs de choses finies. (De Cive, XV, 14) (NdT)
[61] Bramhall écrit « sad man », que l’édition Molesworth remplace par « sober man ». Le sens est le même, homme sensé, sérieux, posé, etc. (NdT)
[62] « Chantons des choses un peu plus relevées. » Virgile : Bucoliques, IV, 1. (NdT)
[63] « Pour ceux qui comprennent la signification de ces mots substance et incorporelle (incorporelle étant pris non au sens de corps subtil, mais au sens non-corps), ils impliquent contradiction : de sorte que dire qu'un ange ou un esprit est en ce sens une substance incorporelle est dire, en effet, qu'il n'y a absolument aucun ange ni aucun esprit. Considérant donc la signification du mot ange dans l'Ancien Testament, et la nature des rêves et des visions qui arrivent aux hommes par le cours ordinaire de la nature, je penchais [avant] vers l'opinion que les anges ne sont rien que des apparitions surnaturelles de l'imagination, produites par l'opération spéciale et extraordinaire de Dieu, faisant connaître de cette façon à l'humanité, et principalement à son propre peuple, sa présence et des commandements, mais les nombreux passages du Nouveau Testament et les paroles propres de notre Sauveur, dans des textes tels qu'on ne peut soupçonner aucune corruption de l’Écriture, ont arraché à ma faible raison l'aveu et la croyance qu'il existe aussi des anges substantiels et permanents. Mais croire qu'ils ne sont en aucun lieu, c'est-à-dire nulle part, c'est-à-dire qu'ils ne sont rien, comme le disent, même indirectement, ceux pour qui ils sont incorporels, on ne peut le démontrer par l’Écriture. » Léviathan, XXXIV, traduction de Philippe Folliot, Les Classiques des Sciences Sociales, 2003) (NdT)
[64] Dont l’objet était essentiellement le danger de l’arianisme, doctrine qui affirmait que le Père et le Fils ne sont pas de la même substance. Le concile affirma l’unité et la consubstantialité des trois personnes de la sainte trinité. Le symbole de Nicée dit très clairement que le fils de Dieu est « engendré, non pas créé, consubstantiel au père » et il affirme catégoriquement l’incarnation. (NdT)
[65] Le symbole de Nicée n’affirme pas en ces mêmes termes l’unité de Dieu. Hobbes résume là « Nous croyons en un seul Dieu (…) et en un seul Seigneur Jésus-Christ (…) consubstantiel au Père. » Hobbes précise d’ailleurs plus loin que sa formule figure dans les explications ultérieures qui avaient pour but d’expliquer le mot « consubstantiel » et cela à la demande des Pères qui n’étaient pas d’accord. (NdT)
[66] Sans majuscule. (NdT)
[67] Ou « Confession » ou « Symbole ». (NdT)
[68] En caractères grecs dans le texte. (NdT)
[69] En caractères grecs dans le texte. (NdT)
[70] Il est étrange que la conclusion reprenne la majeure. Erreur d’impression ? (NdT)
[71] Sur la question des anges, voir Léviathan, Chapitre XXXIV. (NdT)
[72] Molesworth donne « incorporel », ce qui est évidemment une erreur. (NdT)
[73] « Le mot corps, dans son acception la plus générale, signifie ce qui emplit ou occupe un espace déterminé, ou un lieu imaginé, et qui ne dépend pas de notre imagination, mais est une partie réelle de ce que nous appelons l'univers. En effet, l'univers, étant l'agrégat de tous les corps, il ne peut exister aucune partie réelle de cet univers qui ne soit aussi un corps, et aucune chose n'est proprement un corps sans être aussi une partie de cet agrégat de tous les corps, l'univers. De même, comme les corps sont sujets à changer, c'est-à-dire, à varier leur apparence aux sens des créatures vivantes, on les nomme aussi substance, c'est-à-dire sujet à des accidents variés, par exemple être tantôt mu, être tantôt immobile, et sembler à nos sens tantôt chaud, tantôt froid, tantôt d'une couleur, d'une odeur, d'un goût, d'un son, tantôt autrement. Et cette diversité de semblance, produite par la diversité de l'opération des corps sur les organes des sens, nous l'attribuons aux altérations des corps qui opèrent, et nous les nommons accidents de ces corps. Et, selon cette acception du mot, substance et corps signifient la même chose, et c'est pourquoi les mots substance incorporelle, quand ils sont réunis, se détruisent l'un l'autre, comme si l'on disait un corps incorporel. » Léviathan, XXXIV (traduction de Philippe Folliot, Les Classiques des Sciences Sociales, 2003) (NdT)
[74] En caractères grecs dans le texte. (NdT)
[75] En caractères grecs dans le texte. (NdT)
[76] De l’imagination. (NdT)
[77] Ces trois mots en caractères grecs dans le texte. (NdT)
[78] Il
n’y a pas trace d’hypostase dans la King James Version. On y
lit : « Lest haply if they
of Macedonia come with me, and find you unprepared, we (that we say not, ye)
should be ashamed in this same confident boasting.” La vulgate utilise le mot “substantia”. La Stephanus
grecque utilise le terme « upostasis ». (NdT)
[79] La
King James Version dit : « the express
image of his person”. La Vulgate donne “figura
substantia”. La Stephanus grecque donne « l’empreinte (ou figure)
de l’hypostase » (karaktèr tes upostaseos) (NdT)
[80] Voir la critique des « essences séparées » au chapitre XLVI du Léviathan. (NdT)
[81] En caractères grecs dans le texte. (NdT)
[82] Une chose totale ou entière. (NdT)
[83] Souffle mais aussi esprit. Le Nouveau Testament utilise ce terme ainsi que « psukhè ». (NdT)
[84] Ces trois verbes, le premier grec et les deux autres latins, signifient « souffler ». (NdT)
[85] Voir Léviathan, XVI. (NdT)
[86] “sustain” : soutenir (NdT)
[87] « sustain ». (NdT)
[88] En caractères grecs dans le texte. (NdT)
[89]
En caractères grecs dans le
texte. (NdT)
[90] Molesworth : classes. O.C. de bramhall : classis. (NdT)
[91] L’édition des O.C. de Bramhall renvoie aux animadversions upon the Bishop’s reply number XV de Questions concerning Liberty, Necessity and chance. P.160. (NdT)
[92]
Jean, IV, 24. (NdT)
[93] Léviathan, XXXIV. (NdT)
[94]
Natura naturans = nature
naturante (ici le créateur). Natura naturata : nature naturée (ici
l’ensemble des créatures). (NdT)
[95] « the
being of a spirit, non of a spright ». On rappellera que “esprit”
est aussi une traduction possible de “spright”. (NdT)
[96] Colossiens,
II, 9. (NdT)
[97] Je reprends des extraits de ma traduction du Léviathan. (NdT)
[98] Geoffrey Chaucer : Contes de Canterbury – Le conte du valet du chanoine, vers 1413 : « vous êtes aussi aventureux que Bayard l’aveugle. » Bayard (il ne s’agit pas ici du célèbre chevalier) était un nom souvent donné aux chevaux. La suite est « qui s’en va au hasard sans considérer nul péril ; il est aussi hardi pour courir contre une pierre que pour passer à côté sur la route. » (NdT)
[99] Accusation évidente d’arianisme. (NdT)
[100]
« Comme est le Père, tel
est le Fils, tel est aussi le Saint-Esprit : incréé est le Père, incréé le
Fils, incréé le Saint-Esprit ; infini est le Père, infini le Fils, infini
le Saint-Esprit ; éternel est le Père, éternel le Fils, éternel le
Saint-Esprit ; et cependant, ils ne sont pas trois éternels, mais un
éternel ; tout comme ils ne sont pas trois incréés, ni trois infinis, mais
un incréé et un infini. De même, tout-puissant est le Père, tout-puissant le
Fils, tout-puissant le Saint-Esprit ; et cependant ils ne sont pas trois
tout-puissants, mais un tout-puissant. Ainsi le Père est Dieu, le Fils est
Dieu, le Saint-Esprit est Dieu ; et cependant ils ne sont pas trois Dieux,
mais un Dieu. Ainsi le Père est Seigneur, le Fils est Seigneur, le Saint-Esprit
est Seigneur ; et cependant ils ne sont pas trois Seigneurs, mais un
Seigneur ; car, de même que la vérité chrétienne nous oblige à confesser
que chacune des personnes en particulier est Dieu et Seigneur, de même la
religion catholique nous interdit de dire qu'il y a trois Dieux ou trois Seigneurs. »
(Symbole d’Athanase). (NdT)
[101] Genèse, I, 26, 27. (NdT)
[102] Géant à trois têtes. (NdT)
[103] Ce n’est pas un hasard si Thomas Hobbes fait ici allusion à la reine sanglante, catholique, qui fit exécuter de nombreux protestants. (NdT)
[104] Les deux expressions figurent au chapitre XLII du Léviathan. (NdT)
[105] On rappelera que le mot « canting » signifie aussi bien jargon qu’hypocrisie. (NdT)
[106] « Et si l'on va plus loin et qu'on demande : et si notre
prince légitime nous ordonne de dire avec la langue que nous ne croyons pas,
devons-nous obéir à son ordre? Professer par la langue n'est qu'une chose
extérieure, ce n'est rien de plus qu'un geste par lequel nous signifions notre
obéissance, et en cela, un Chrétien qui possède la foi du Christ fermement dans
son coeur a la même liberté que celle que le prophète Elisée accorda à Naaman
le Syrien. Naaman était converti dans son coeur au Dieu d'Israël, car il dit,
en 2. Rois, V, 17 : Ton serviteur n'offrira plus à l'avenir
d'holocauste ni de sacrifices à d'autres dieux que le Seigneur. Pour cela, que
le Seigneur pardonne à son serviteur, car quand mon maître va dans la maison de
Remmon pour y rendre le culte, et qu'il s'appuie sur ma main, je me prosterne
dans la maison de Remmon; quand je me prosterne dans la maison de Remmon, que
le Seigneur pardonne à ton serviteur pour cet acte. Le prophète accepta et
lui dit d'aller en paix. Ici, Naaman
croyait dans son coeur, mais en se prosternant devant l'idole Remmon, il
reniait le vrai Dieu dans les faits autant qu'il l'aurait fait avec ses lèvres.
Mais alors, que répondrons-nous à notre Sauveur qui dit : Quiconque me renie devant les hommes, je le renierai devant mon Père
qui est dans le ciel. Nous pouvons dire ceci : si quiconque, en tant que
sujet, comme l'était Naaman, est contraint d'obéir à son souverain, et obéit,
non selon son état d'esprit privé, mais conformément aux lois de son pays,
cette action n'est pas son action, mais celle du souverain, et dans ce cas, il
ne renie pas le Christ devant les hommes, mais devant son gouverneur et les
lois de son pays. » Léviathan, XLII, traduction de Philippe
Folliot, Les Classiques des Sciences Sociales, 2003. (NdT)
[107]
Les simples fidèles qui n’ont
pas reçu le mandat de prêcher le Christ. Ibid. (NdT)
[108] Romains,
XIII. (NdT)
[109] Matthieu,
X, 16. (NdT)
[110] Léviathan, XLV, traduction de Philippe Folliot, Les Classiques des Sciences Sociales, 2003. (NdT)
[111] « confesser le Christ », c’est-à-dire reconnaître cet homme comme le Christ. (NdT)
[112] Saint Augustin : La cité de Dieu, XXI, 17. (NdT)
[113]
De Cive, XVII, 5. Voir
aussi Léviathan, XLIV. (NdT)
[114] De
Cive, XVII, 6. (NdT)
[115] Ibid.
(NdT)
[116] Matthieu,
XXV, 31. (NdT)
[117] Jean, XVIII, 36. (NdT)
[118] Jean, III, 7. (NdT)
[119] Jean, XII, 47. (NdT)
[120] Luc,
XII, 14. (NdT)
[121] Ou royaume. (NdT)
[122] Matthieu, VI, 10. (NdT)
[123]
Le terme anglais
« assumption » ne doit nous tromper. Il s’agit bien évidemment de
l’Ascension et non de l’Assomption. (NdT)
[124] Actes, I, 7. (NdT)
[125] Léviathan, XXXVIII. Traduction de Philippe Folliot, Les Classiques des Sciences sociales, 2003. (NdT)
[126] Ibid. XLI. (NdT)
[127]
« Les Juifs aussi, car
ils appelaient les fous des prophètes ou, selon qu'ils pensaient que les
esprits étaient bons ou mauvais, des démoniaques; et certains appelaient les
fous en même temps prophètes et démoniaques, tandis que d'autres appelaient le
même homme démoniaque et fou. » Léviathan, VIII, Traduction de
Philippe Folliot, Les Classiques des Sciences Sociales, 2003. (NdT)
[128] Ibid.
(NdT)
[129] « Il a aussi été couramment enseigné que la foi et la sainteté ne sauraient être atteintes par l'étude et la raison, mais par l'inspiration surnaturelle ou la grâce infuse. Si l'on accorde cela, je ne vois ni pourquoi un homme devrait rendre raison de sa foi, ni pourquoi chaque chrétien ne serait pas aussi un prophète, ni pourquoi un homme devrait prendre la loi de son pays plutôt que sa propre inspiration comme règle de son action. Et ainsi, nous tombons de nouveau dans la faute qui consiste à se permettre de juger du bon et du mauvais, ou d'en faire juges des particuliers qui prétendent être inspirés de façon surnaturelle, ce qui mène à la dissolution de tout gouvernement civil. » Ibid. XXIX. Voir aussi De Cive, XXII, 6. (NdT)
[130] Ibid. XXXVI. (NdT)
[131] 1.Samuel. XV. (NdT)
[132] 1.Rois, XIII, 7-9. (NdT)
[133] 1. Rois, XVIII, 17. (NdT)
[134] 2. Chroniques, XVIII, 26. (NdT)
[135]
Jérémie, XXXVIII, 1-6.
(NdT)
[136] Léviathan, XL. (NdT)
[137] L’expression « prophets without miracles » n’est présente dans aucune version de la Bible. On y trouve en revanche l’idée que le miracle n’est qu’une des diverses manifestations de l’Esprit (NdT)
[138]
Peut-être est-ce là une
allusion aux traducteurs de la King James Version qui ont été parfois dits
« inspirés ». (NdT)
[139] Léviathan,
VIII. (NdT)
[140] Ibid. XXXVI. (NdT)
[141] « Bien-aimés, ne croyez pas tout esprit mais éprouvez les esprits pour voir s’ils sont de Dieu car beaucoup de faux prophètes sont sortis dans le monde. (NdT)
[142] Au sens de : par aucun souverain. (NdT)
[143] « Mais ces choses sont écrites afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu et qu’en croyant vous ayez la vie par son nom. » (NdT)
[144] “de
excommunicato sapiendo » dont les premiers mots étaient
« Significavit nobis venerabilis pater », d’où le nom habituel. (Ndt)
[145] « act a sermon ». (NdT)
[146] Cette définition est beaucoup plus étroite que celle qu’il a donnée précédemment. (NdT)
[147] 1. Samuel, XV, 1. (NdT)
[148]
1. Samuel, XV, 9. (NdT)
[149] Molesworth
donne : « sent to Samuel to tell him ». Il faut bien sûr lire « sent Samuel to
tell him ». (NdT)
[150] 1. Samuel, XV, 10,11 et 23. (NdT)
[151] 1. Samuel, XV, 33. (NdT)
[152]
1. Rois. XIII, 4. (NdT)
[153] ibid. XIII,6. (NdT)
[154]
1. Rois. XVIII, 17. (NdT)
[155] Ibid.
22-24. (NdT)
[156] 2.
Pierre, I, 21. (NdT)
[157] Léviathan,
XXXIV. (NdT)
[158] Ibid.
XXXVI. (NdT)
[159] Ibid. XXXII. (NdT)
[160]
Celles dont parle Hobbes. (NdT)
[161] Léviathan,
XLV. Le passage
complet est : « Je pense que ceux qui prétendent que l'inspiration
divine est l'entrée surnaturelle du Saint-Esprit dans un homme, et non une
acquisition des grâces divines par l'enseignement et l'étude, se trouvent dans
un dangereux dilemme : s'ils ne rendent pas un culte aux hommes qu'ils croient
ainsi inspirés, ils tombent dans l'impiété, en tant qu'ils n'adorent pas la
présence surnaturelle de Dieu. De même, s'ils leur rendent un culte, ils
commettent l'idolâtrie, car les apôtres ne se seraient jamais permis d'être les
objets d'un tel culte. » Traduction de Philippe Folliot, Les Classiques
des Sciences Sociales, 2003. (NdT)
[162]
La phrase de Hobbes, en Léviathan,
IV, est exactement : « De même, s’il est faux de dire que la vertu
peut être versée, ou soufflée vers le haut et vers le bas, les mots vertu infuse, vertu insufflée sont aussi
absurdes et dénués de signification qu'un quadrilatère
circulaire ». Traduction de
Philippe Folliot, Les Classiques
des Sciences Sociales, 2003. (NdT)
[163] Léviathan, XXIX. La citation de Bramhall est incomplète. La phrase entière est : « La foi et la sainteté ne sont en vérité pas très fréquentes, mais elles ne sont cependant pas des miracles : elles viennent de l'éducation, de la discipline, du redressement, et des autres voies naturelles par lesquelles Dieu les fait naître en ceux qu'il a élus, quand il le juge bon. ». Traduction de Philippe Folliot, Les Classiques des Sciences Sociales, 2003. (NdT)
[164]
Cette allusion à Pélage se
comprend par l’importance que les Pélagiens donnaient aux oeuvres et à la
volonté humaine (l’âme n’étant pas salie par le péché originel) mais elle fait
sourire quand on songe à l’anti-nécessitarisme de Pélage. (NdT)
[165] Léviathan, XXXIV. Hobbes ajoutait « invisible » et il précisait qu’il donnait le sens courant du mot esprit. (NdT)
[166]
Ibid. XXXV. (NdT)
[167] Ibid.
(NdT)
[168] N’oublions pas que ces deux adjectifs ont le même sens. (NdT)
[169] De Cive, XVII, 22. (NdT)
[170] Léviathan, XXXVIII. (NdT)
[171] De Cive, XVII, 26. (NdT)
[172] De Cive, XVII, 21. (NdT)
[173] Ibid. XVII, 1. (NdT)
[174] Léviathan, XXXIII. (NdT)
[175] Ibid. XLII. (NdT)
[176] Ibid. XLII. (NdT)
[177] Ibid. XLII. (NdT)
[178]
Ibid. XLII. (NdT)
[179] De
Cive, XVII, 17. (NdT)
[180] Ibid.
XVII, 18. (NdT)
[181] Bramhall utilise le mot habituel « communion ». Le mot utilisé par Hobbes, « communication », étonne au premier abord mais se comprend quand on sait que le mot, en anglais, peut désigner un échange d’informations ou un débat dans une même langue, avec les mêmes signes et à partir d’un même texte. Hobbes veut donc ici parler d’interprétations différentes de la Bible. (NdT)
[182] Le verbe « to turn round » signifie « se retourner » mais aussi « tourner en rond », ce qui est bien ici l’avis de Hobbes. (NdT)
[183]
N’oublions pas que Bramhall
est mort quand Hobbes écrit ce livre, d’où le temps grammatical employé. (NdT)
[184] Païens.
(NdT)
[185] « Un SACREMENT est le fait de séparer une certaine chose visible de l'usage commun, et de la consacrer au service de Dieu, soit comme signe de notre admission au sein du royaume de Dieu pour être membre de son peuple particulier, soit pour commémorer cette admission. Dans l'Ancien Testament, le signe de l'admission était la circoncision, dans le Nouveau Testament, le baptême. La commémoration de l'admission, dans l'Ancien Testament, était la manducation de l'agneau pascal (à une date déterminée, qui était l'anniversaire), qui remettait en l'esprit la nuit où ils furent délivrés de leur servage d'Egypte, et dans le Nouveau Testament, c'est la célébration de la Cène du Seigneur, qui nous remet en l'esprit que nous fûmes délivrés du servage du péché par la mort de notre Sauveur béni sur la croix. Les sacrements de l'admission ne doivent être utilisés qu'une fois, parce qu'il n'est besoin que d'une seule admission; mais parce que nous avons besoin qu'on nous remette souvent à l'esprit notre délivrance et notre allégeance, il est nécessaire que les sacrements de commémoration soient répétés. Ce sont là les principaux sacrements et, en quelque sorte, les serments solennels que nous faisons de notre allégeance. Il y a d'autres consécrations qui peuvent être appelées sacrements si le mot renvoie à la seule consécration au service de Dieu; mais s'il implique un serment, une promesse d'allégeance, il n'y en a pas d'autres, dans l'Ancien Testament, que la circoncision et la Pâque, ni d'autres, dans le Nouveau Testament, que le baptême et la Cène du Seigneur. » Léviathan, XXXV, Traduction de Philippe Folliot, Les Classiques des Sciences Sociales, 2003. (NdT)
[186] « Quant à ce qu’aux deux passages que je viens d’alléguer & et en quelques autres, le baptême est requis, il le faut entendre de la même façon qu’il a été dit de la circoncision, qui était à l’égard de l’ancienne alliance ce qu’est le baptême à l’égard de la nouvelle. Or, comme la circoncision n’était pas de l’essence, mais servait à garder la mémoire de l’ancienne alliance, dont elle était un signe & une cérémonie, que les juifs même ont interrompue dans le désert ; le baptême non plus n’est pas essentiel à la nouvelle alliance, mais est un mémorial & y est employé comme un signe. » De Cive, XVII, 7, traduction Sorbière. (NdT)
[187] « Repentez-vous
et soyez baptisés au nom de Jésus sont des conseils, parce que la
raison pour laquelle nous agirions ainsi ne tend pas à l'avantage de Dieu
tout-puissant, qui sera toujours le roi, de quelque manière que nous nous
rébellions, mais à notre avantage, nous qui n'avons pas d'autre moyen d'éviter
le châtiment suspendu au-dessus de nous à cause de nos péchés. » Léviathan, XXV. Traduction de Philippe Folliot, Les
Classiques des Sciences Sociales, 2003. (NdT)
[188] Ibid.
XXV. (NdT)
[189] Luc,
X, 28. (NdT)
[190] Deutéronome, XXVII, 26. (NdT)
[191] Le terme « release » renvoie ici à de nombreux
actes juridiques dont le point commun est qu’on est libéré ou déchargé d’une
obligation, d’un droit, d’une responsabilité, etc. (NdT)
[192] Ici au sens d’obligation souscrite par une personne. (NdT)
[193] De Cive, XVII, 24 : « De sorte qu’il est certain, par la pratique et par la coutume de l’église, du siècle des apôtres, que tous les ecclésiastiques recevaient bien les ordres, & étaient consacrés par les apôtres & par les docteurs qui priaient sur eux, & leur imposaient les mains, mais que l’élection aux charges sacrées appartenait à l’église. » (Traduction Sorbière). (NdT)
[194] Ibid. XVII, 25 : « Il n’y a point de doute que la puissance de lier & de délier, c’est-à-dire, celle de remettre & de retenir les péchés, n’ait été donnée de notre Seigneur Jésus-Christ, à ceux qui seraient ses pasteurs & ses ministres, comme elle était dès-lors conférée aux apôtres qu’il voyait auprès de sa personne. » (Traduction Sorbière) (NdT)
[195] Ibid. XVII, 28 : « Aussi notre Sauveur a promis à ses apôtres l’infaillibilité (en ce qui est nécessaire au salut) jusqu’au jour du jugement, c’est-à-dire, il ne l’a pas promis à eux seuls, mais par même moyen aux pasteurs, qui seraient successivement consacrés par eux, & sur lesquels l’imposition des mains serait pratiquée. » (Traduction Sorbière) (NdT)
[196] Exactement : « il renverse d’un coup de pied tout ce repas. » (NdT)
[197] Léviathan, XLIII, Traduction de Philippe Folliot, Les Classiques des Sciences Sociales, 2003. (NdT)
[198]
Ibid. La citation
complète et exacte est : Etant donné que dans toute
République chrétienne, le souverain civil est le pasteur suprême, à la charge
duquel est confié tout le troupeau de ses sujets, et que par conséquent, c'est
en vertu de son autorité que les autres pasteurs sont faits pasteurs et ont le
pouvoir d'enseigner et de remplir toutes les autres fonctions pastorales, il
s'ensuit aussi que c'est du souverain civil que tous les autres pasteurs tirent
leur droit d'enseigner, de prêcher, et d'exercer toutes les autres fonctions en
rapport avec cette fonction, et qu'ils ne sont que ses ministres, de la même
manière que les magistrats des villes, les juges des cours de justice, et les
chefs d'armées ne sont que des ministres de celui qui est le magistrat de la
République entière, juge de toutes les causes, chef de toute l'armée, et ce
magistrat est toujours le souverain civil. » Traduction de Philippe
Folliot, Les Classiques des Sciences Sociales, 2003. (NdT)
[199] Ibid.
(NdT)
[200] Bramhall ne reproduit pas correctement le texte de Hobbes. Il est bon de signaler que Hobbes parle de l’Eglise chrétienne primitive en employant un temps grammatical passé. (NdT)
[201] Léviathan, XVIII. « L'unum necessarium, le seul article de foi que l'Ecriture rend absolument nécessaire au salut est que Jésus est le Christ. » Traduction de Philippe Folliot, Les Classiques des Sciences Sociales, 2003. (NdT)
[202] Sic.
On attendait « jura divina ». (NdT)
[203] Léviathan, XXXVIII. (NdT)
[204] Ibid.
(NdT)
[205] Ibid.
(NdT)
[206] Ibid.
XXXV. (NdT)
[207] Ibid.
XLIV. (NdT)
[208] Ibid.
XXXIV. (NdT)
[209] Ibid.
(NdT)
[210] Ibid.
(NdT)
[211] Ibid. XLVI. (NdT)
[212] Bramhall prête à Hobbes (ou le feint du moins) une expression qu’il utilise pour parler de la théologie scolastique. La note suivante, qui donne le passage entier, est éclairante. (NdT)
[213] Ibid. XLVI. Le passage complet est : « A partir de cette métaphysique, mêlée avec l'Ecriture pour en faire la théologie scolastique, certains disent qu'il y a dans le monde certaines essences séparées des corps qu'ils appellent essences abstraites, et formes substantielles; et, pour interpréter ce jargon, on a besoin ici de quelque chose de plus que l'attention ordinaire. Aussi, je demande pardon à ceux qui ne sont pas habitués à ce genre de discours de m'adresser à ceux qui le sont. Le monde (je n'entends pas par ce mot la terre seulement, comme quand on appelle ceux qui l'aiment des hommes mondains, mais l'univers, c'est-à-dire la masse entière de toutes les choses qui sont) est corporel, c'est-à-dire corps, et il a des dimensions, à savoir longueur, largeur et profondeur. De plus, chaque partie d'un corps est également corps, et elle a des dimensions de même type, et, en conséquence, chaque partie de l'univers est corps, et ce qui n'est pas corps n'est pas une partie de l'univers, et, comme l'univers est tout, ce qui n'en fait pas partie n'est rien, et n'est par conséquent nulle part. Il ne s'ensuit pas de là que les esprits ne soient rien, car ils ont des dimensions et sont donc réellement des corps; quoique, dans le langage courant, le mot soit donné aux seuls corps visibles ou palpables, c'est-à-dire ceux qui ont un certain degré d'opacité, mais les esprits, ils les appellent incorporels, ce qui est un terme plus honorable, qui peut donc être avec plus de piété attribué à Dieu lui-même, pour lequel nous ne considérons pas quel attribut exprime le mieux sa nature, qui est incompréhensible, mais quel attribut exprime le mieux notre désir de l'honorer. » (Traduction de Philippe Folliot, Les Classiques des Sciences Sociales, 2003).
[214] Homère. (NdT)
[215] Evidemment pas celle de Hobbes. (NdT)
[216]
Léviathan, XLIV.
(Traduction de Philippe Folliot, Les Classiques des Sciences Sociales,
2003). (NdT)
[217] Ibid.
(NdT)
[218] Ibid.
(NdT)
[219] Ibid.
(NdT)
[220] Ibid.
(NdT)
[221] Ecclésiaste,
XII, 7. (NdT)
[222] Léviathan,
XLIV. (NdT)
[223] Ibid.
XXXVIII. (NdT)
[224] Dans le Léviathan latin, au chapitre XXXVIII, Hobbes avait suivi la Vulgate (« morte morieris »). Ici, il suit la traduction de Santes Pagnino revue par Arias Montano, traduction littérale de l’hébreu. (NdT)
[225] Dans
le livre des prières publiques. (NdT)
[226] Le passage complet est : “For asmuche as it hath
pleased almightie God of his great mercy to take unto hym selfe the Soule of
oure deare brother, here departed, we therfore committe hys bodye to the
grounde, earthe, to earthe ashes, to ashes, dust, to dust, in sure, and certein
hope of resurrection to eternall lyfe, throughe oure Lorde Jesus Christe, who
shall change oure vyle body that it may be lyke to his glorious body, according
to the mighty workynge whereby he is able to subdue al thynges to hym selfe.” The
book of commun prayer, 1559.
[227] Le passage complet est : “Almightie God, with whome do live the spirites of them
that depart hence in the lorde and in whome the soules of them that be elected,
after they be delivered from the burthen of the flesh, be in joye and
felicitie. We geve the hearty thankes for that it hath pleased the to deliver
this N. oure brother, out of the miseries of thys synneful worlde
beseching the that it may please the of thy gracious goodnes, shortelye to
accomplishe the numbre of thyne electe, and to haste thy kyngedome, that we
with thys oure brother, and all other departed in the true fayth of thy holy
name, may have our perfect consummacion and blisse, both in bodye and soule in
thy eternall and everlastynge glorie. Amen. » The book of commun prayer,
1559.
[228] Son
contenu est : « Of the Authority of the Church : The Church hath
power to decree rites or ceremonies and authority in controversies of faith;
and yet it is not lawful for the Church to ordain anything contrary to God's
word written, neither may it so expound one place of Scripture, that it be
repugnant to another. Wherefore, although the Church be a witness and a keeper
of Holy Writ: yet, as it ought not to decree anything against the same, so
besides the same ought it not to enforce anything to be believed for necessity
of salvation.” (NdT)
[229] « Quant au fait que notre Sauveur parle à la maladie comme à une personne, c'est là le mode d'expression habituel de tous ceux qui guérissent simplement par les mots, comme le Christ le fit, et comme les guérisseurs prétendent le faire, qu'ils parlent ou non à un démon. » Léviathan, VIII, traduction de Philippe Folliot, Les Classiques des Sciences Sociales, 2003. (NdT)
[230]
L’édition des O.C. de
Bramhall renvoie aux animadversions upon the Bishop’s reply number XV de
Questions concerning Liberty, Necessity and chance. P.160. (NdT)
[231] Apocalypse,
IX, 11. (NdT)
[232] 1.Cor.
X, 19. Voir aussi psaume 96, 5. (NdT)
[233] Léviathan,
VIII. (NdT)
[234] Ibid. XLV. (NdT)
[235] «(…) le royaume des ténèbres, tel qu'il est présenté dans ces passages de l'Ecriture, et dans d'autres, n'est rien d'autre qu'une confédération de trompeurs qui, pour obtenir l'empire sur les hommes dans ce monde présent, s'efforcent, par des doctrines ténébreuses et erronées, d'éteindre en eux la lumière, aussi bien celle de la nature que celle de l'Evangile, et ainsi de les empêcher d'être prêts pour le royaume de Dieu à venir. » Léviathan, XLIV, traduction de Philippe Folliot, Les Classiques des Sciences Sociales, 2003. (NdT)
[236] Ibid. XXXVIII. (NdT)
[237]
Rappelons que
l’annihilationisme (destruction définitive de l’âme des réprouvés) a été
considéré par l’Eglise chrétienne comme une hérésie bien que de nombreux textes
bibliques aillent en ce sens. (NdT)
[238] Ibid.
(NdT)
[239] Apocalypse,
XIX, 20. (NdT)
[240] « to shoot at rovers ». Cette image est un double reproche : vue courte et manque d’élévation. (NdT)
[241] Léviathan, XLIV. (NdT)
[242] Ibid. Notons que Hobbes se fondait sur Luc, XX, 34-36. (NdT)
[243] Ibid. Le passage complet est : « « Ainsi, quand notre Sauveur parle aussi de la nature de l'homme après la résurrection, il veut dire la résurrection pour la vie éternelle, non pour le châtiment. Le texte se trouve en Luc, XX, 34-36, un texte fécond : les enfants de ce monde se marient, et sont donnés en mariage, mais ceux qui seront jugés dignes de gagner ce monde, et la résurrection d'entre les morts, ne se marient pas et ne sont pas donnés en mariage, et ils ne peuvent plus mourir car ils sont égaux aux anges, et sont les enfants de Dieu, étant les enfants de la résurrection. Les enfants de ce monde, qui sont dans l'état où Adam les a laissés, se marieront et seront donnés en mariage, c'est-à-dire qu'ils se corrompront et s'engendreront successivement, ce qui est une immortalité du genre humain, non des individus. Ils ne sont pas dignes d'être comptés parmi ceux qui gagneront le prochain monde, une résurrection absolue d'entre les morts, ils n'habiteront ce monde que peu de temps, à la seule fin de recevoir le juste châtiment de leur entêtement. » Traduction de Philippe Folliot, Les Classiques des Sciences Sociales, 2003 (NdT)
[244]
Le passage est :
« 34 Et Jésus leur dit : Les fils de ce siècle se marient et sont
donnés en mariage ; 35 mais ceux qui seront estimés dignes d’avoir part à
ce siècle-là et à la résurrection d’entre les morts, ne se marient ni ne sont
donnés en mariage, 36 car aussi ils ne peuvent plus mourir ; car ils sont
semblables aux anges, et ils sont fils de Dieu, étant fils de la
résurrection. » Luc, XX. (NdT)
[245]
Le lion se reconnaît à ses
griffes. Traduction latine d’un proverbe grec. (NdT)
[246] Léviathan,
XLII. (NdT)
[247] Ibid.
(NdT)
[248] Ibid.
(NdT)
[249] Ibid. XLV. Traduction de Philippe
Folliot, Les Classiques des Sciences Sociales, 2003 (NdT)
[250]
Ibid. Traduction de
Philippe Folliot, Les Classiques des Sciences Sociales, 2003 (NdT)
[251] Ibid. Traduction de Philippe Folliot, Les Classiques des Sciences Sociales, 2003 (NdT)
[252] Actes, V, 29. (NdT)
[253] Léviathan.
XXXI. (NdT)
[254] Proverbe
anglais : “all covet, all lose”. (NdT)
[255] Léviathan, XXXVIII, Traduction de Philippe Folliot, Les Classiques des Sciences Sociales, 2003 (NdT)
[256] Ibid. (NdT)
[257] « Puisse le succès manquer à quiconque veut qu’on
juge une action par l'issue qu'elle a ! » Ovide. Les Héroïdes,
II, (NdT)
[258]
De Cive, XII, 1. (NdT)
[259] Ibid.
(NdT)
[260] Ibid.
(NdT)
[261] Ibid.
XIV, 17. (NdT)
[262] De Cive, VI, 9. (NdT)
[263] « Mais
de même que les hommes, pour parvenir à la paix et par là se conserver
eux-mêmes, ont fabriqué un homme artificiel, que nous appelons une République,
ils ont aussi fabriqué des chaînes artificielles, appelés lois civiles, qu'ils ont eux-mêmes, par des conventions mutuelles,
attachées à une extrémité aux lèvres de cet homme, ou de cette assemblée, à qui
ils ont donné le pouvoir souverain, et à l'autre extrémité à leurs propres
oreilles. » Léviathan, XXI. Traduction de Philippe
Folliot, Les Classiques des Sciences Sociales, 2003. (NdT)
[264]
« Cela fait, la
multitude ainsi unie en une seule personne est appelée une RÉPUBLIQUE, en latin
CIVITAS. C'est là la génération de ce grand LÉVIATHAN, ou plutôt, pour parler
avec plus de déférence, de ce dieu mortel
à qui nous devons, sous le Dieu immortel,
notre paix et notre protection. » Léviathan,
XVII. Traduction de Philippe Folliot, Les Classiques des Sciences Sociales,
2003. (NdT)
[265] Daniel, II, 4. (NdT)
[266] L’édition des O.C. de Bramhall renvoie en note à
Plutarque : Apophthegmes de rois et de généraux, 29, œuvres morales,
tome I, p.505, édition Wyttenb. Le texte visé est : « Entre les courtisans qui avaient le plus de part à sa
familiarité, Cratère était celui qu'il estimait le plus, et Héphestion, celui
qu'il aimait davantage. Il disait : « Cratère aime son roi ; Héphestion aime
Alexandre. » » (Traduction Richard, Lefèvre, 1844)
[267] Btramhall avait déjà parlé de la règle de Lesbos dans Defence of true liberty, O.C., tome IV, p.80, Oxford, 1844. (NdT)
[268]
Platon, République,
livre 6. (NdT)
[269] Léviathan,
XLIII. (NdT)
[270]
De Cive, XVIII, 13. (NdT)
[271] Léviathan, XLV. (NdT)
[272] « Mais alors, que dirons-nous de tous ces martyrs dont l'histoire de l'Eglise nous dit qu'ils ont sans nécessité renoncé à leur vie? Pour répondre à cette question, nous devons faire une distinction entre les personnes qui ont été mises à mort pour ce motif : certains ont reçu la vocation de prêcher et de professer ouvertement le royaume du Christ; d'autres n'avaient pas une telle vocation, et d'eux, il n'a rien été exigé d'autre que leur foi personnelle. Ceux de la première sorte, s'ils ont été mis à mort pour avoir porté témoignage que Jésus-Christ était ressuscité d'entre les morts, furent de vrais martyrs, car un martyr (si l'on veut donner la véritable définition du mot) est un témoin de la résurrection de Jésus le Messie, et l'on ne peut être tel qu'en ayant vécu avec lui sur terre, et en l'ayant vu ressuscité. » Léviathan, XLII, Traduction de Philippe Folliot, Les Classiques des Sciences Sociales, 2003. (NdT)
[273] Hobbes utilise ici un pluriel pour désigner les partisans de Hobbes. (NdT)
[274] Seule la fin de cette phrase figure dans le De Cive, XII, 1. (NdT)
[275]
« Un ministre public
est celui qui est employé par le souverain, qu'il soit un monarque ou une
assemblée, avec autorité de représenter dans cet emploi la personne de la
République. Et, étant donné que chaque homme ou chaque assemblée qui détient la
souveraineté représente deux personnes, ou, pour utiliser la formule
habituelle, a deux capacités, l'une naturelle et l'autre politique (un monarque
a non seulement la personne de la République, mais aussi celle d'un homme, une
assemblée souveraine a la personne non seulement de la République, mais aussi
celle de l'assemblée), ceux qui sont les serviteurs de ce monarque ou de cette
assemblée dans leur capacité naturelle ne sont pas des ministres publics. Seuls
le sont ceux qui les servent dans l'administration des affaires publiques.
C'est pourquoi, dans une aristocratie ou une démocratie, ni les huissiers, ni
les sergents d'armes, ni les autres officiers, qui ne sont au service de
l'assemblée que pour le confort des hommes assemblés, pas plus que, dans une
monarchie, les majordomes, chambellans, trésoriers, ou autres officiers de la
Maison du roi, ne sont des ministres publics. » Léviathan, XXIII, Traduction de Philippe Folliot, Les
Classiques des Sciences Sociales, 2003. (NdT)
[276]
Voir ma traduction du Discours
de Bramhall et du Traité de Hobbes. Les Classiques des Sciences
Sociales, 2009. (NdT)
[277] Marc, VIII, 24. (NdT)
[278]
Epître aux Romains,
XIII, 1. Dans The serpent
salve (O.C. volume III, Oxford, 1844), Bramhall cite plus longuement le
texte de l’Epître aux Romains. (NdT)
[279] « La loi de nature et la loi civile se contiennent l'une l'autre et sont d'égale étendue. En effet, les lois de nature, qui consistent dans l'équité, la justice, la gratitude et les autres vertus morales qui en dépendent, dans l'état de simple nature (comme je l'ai dit précédemment à la fin du chapitre XV), ne sont pas, à proprement parler, des lois, mais [plutôt] des qualités qui disposent les hommes à la paix et à l'obéissance. Une fois qu'une République est établie, elles sont effectivement des lois, mais pas avant, car elles sont alors les commandements de la République et sont donc aussi les lois civiles, le pouvoir souverain obligeant les hommes à leur obéir. »
[280] Léviathan, XXVII, Traduction de Philippe Folliot, Les Classiques des Sciences Sociales, 2003. (NdT)
[281] « a will » : une volonté ou une volition. Rappelons que la distinction n’a aucun sens chez notre auteur qui refuse de substantialiser les facultés. (NdT)
[282]
Le passage complet (Léviathan,
XXVII) est : « Si un homme, effrayé par [la menace d'] une mort
immédiate, est contraint de faire quelque chose de contraire à la loi, il est
totalement excusé, parce qu'aucune loi ne peut obliger un homme à renoncer à sa
propre préservation. En supposant qu'une telle loi soit obligatoire, un homme,
cependant, raisonnerait ainsi : "si je ne le fais pas, je meurs
immédiatement, si je le fais, je meurs plus tard. Donc, en le faisant, je gagne
du temps de vie." La nature le contraint donc à commettre l'acte. » Traduction de Philippe Folliot, Les
Classiques des Sciences Sociales, 2003. (NdT)
[283] Au singulier dans le Léviathan. (NdT)
[284] Léviathan, XVI, Traduction de Philippe Folliot, Les Classiques des Sciences Sociales, 2003. (NdT)
[285]
Léviathan, XXIX, Traduction de Philippe Folliot, Les
Classiques des Sciences Sociales, 2003. (NdT)
[286] De
Cive, XVIII, 2. (NdT)
[287] Ibid.
XVII, 25. (NdT)
[288] Léviathan, XLII. Le passage complet est : « Il n'existe aucun juge de l'hérésie parmi les sujets, seul leur propre souverain civil est ce juge. Car l'hérésie n'est rien d'autre qu'une opinion privée, soutenue obstinément, contrairement à l'opinion que la personne publique (c'est-à-dire le représentant de la République) a commandé d'enseigner. Par là, il est manifeste qu'une opinion désignée officiellement pour être enseignée ne peut pas être une hérésie, et le prince souverain qui l'autorise ne peut pas non plus être un hérétique, car les hérétiques ne sont que des particuliers qui défendent avec entêtement une doctrine prohibée par leur souverain légitime. » Traduction de Philippe Folliot, Les Classiques des Sciences Sociales, 2003. (NdT)
[289] « avant Elisabeth ». (NdT)
[290] Léviathan, XXXIX. Traduction de Philippe Folliot, Les Classiques des Sciences Sociales, 2003. (NdT)
[291] L’édition des O.C. de Bramhall ajoute entre parenthèses « ou tolèrent ». (NdT)
[292] « au salut » est absent des O.C. de Bramhall. (NdT)
[293] De Cive, XIII, 5. (NdT)
[294] Sous le règne de Dieu par la seule raison naturelle. (NdT)
[295] De Cive, XVIII, 10. (NdT)
[296]
Léviathan, XLIII. (NdT)
[297] Ibid. XV. La phrase complète est :« Personne ne fait un don, sinon avec l'intention d'un bien pour soi-même, parce que le don est volontaire, et l'objet de tous les actes volontaires de tout homme est son propre bien. » Traduction de Philippe Folliot, Les Classiques des Sciences Sociales, 2003. (NdT)
[298]
Les deux Publius Decius
Mus (père et fils), consuls romains. (NdT)
[299] Léviathan,
XV. Traduction de
Philippe Folliot, Les Classiques des Sciences Sociales, 2003. (NdT)
[300] Ibid.
XXI. Le passage complet est : « Cependant, il ne faut pas
comprendre que le pouvoir souverain de vie est de mort est ou aboli, ou limité
par une telle liberté. En effet, il a déjà été montré que le représentant
souverain ne peut rien faire à un sujet, sous quelque prétexte que ce soit, qui
puisse être appelé injustice ou tort, parce que chaque sujet est auteur de
chaque acte accompli par le souverain, de sorte que le droit à une chose
quelconque ne lui fait jamais défaut, sinon en tant qu'il est lui-même le sujet
de Dieu, et est tenu par là d'observer les lois de nature. Et donc, il peut
arriver, et il arrive souvent, dans les Républiques, qu'un sujet puisse être
mis à mort par ordre du pouvoir souverain, et que cependant aucun des deux
n'ait causé un tort à l'autre, comme quand Jephté
fit sacrifier sa fille, cas où, comme dans des cas semblables, celui qui meurt
ainsi avait la liberté de faire l'action pour laquelle il est mis à mort, sans
qu'un tort lui soit néanmoins causé. Et cela est aussi valable dans le cas d'un
prince souverain qui met à mort un sujet innocent. Car quoique l'action soit
contraire à la loi de nature, comme dans le cas du meurtre d'Urie par David, en tant que contraire à l'équité, elle n'est cependant pas
un tort causé à Urie mais un tort
causé à Dieu. Pas à Urie, parce que
le droit de faire ce qui lui plaisait lui fut donné par Urie lui-même, mais cependant à Dieu, parce que David était sujet de Dieu qui interdit
toute iniquité par la loi de nature; laquelle distinction David lui-même confirma manifestement en se repentant, quand il dit
: Contre toi seulement j'ai péché. »
Traduction de Philippe
Folliot, Les Classiques des Sciences Sociales, 2003. (NdT)
[301] De
Cive, XVIII, 14. (NdT)
[302] Ibid.
VI, 16. (NdT)
[303]
Voir ce qu’avait dit
précédemment Bramhall : « Mais
il n’est pas digne de mes efforts et il n’est pas non plus dans mes intentions
de poursuivre chaque ombre de question qu’il fait surgir. Il suffira de
cueillir dans ses écrits un petit bouquet de fleurs (où plutôt une botte de
mauvaises herbes) et de les présenter au lecteur qui pourra facilement les
distinguer des plantes saines par leur puanteur. » (NdT)
[304] De
Cive, XIV, 10. (NdT)
[305] Ibid.
XVIII, 6. (NdT)
[306] Léviathan,
XLII. (NdT)
[307] « il y a entre ces deux sortes de mérite cette différence que, dans un contrat, je mérite en vertu de mon propre pouvoir et du besoin de [l'autre] contractant, tandis que dans le cas d'un don gracieux, je suis habilité à mériter seulement par la bonté du donateur. Dans un contrat, je mérite, par ce que me transmet [l'autre] contractant, qu'il se départisse de son droit. Dans le cas d'un don, je ne mérite pas que le donateur se départisse de son droit, mais que, quand il s'en est départi, ce droit m'appartienne plutôt qu'aux autres. Et je pense que c'est là le sens de cette distinction des scolastiques entre meritum congrui et meritum condigni. Car Dieu Tout-Puissant, ayant promis le paradis à ces hommes, soumis à la séduction des désirs charnels, qui sauront traverser ce monde selon les préceptes et les limites qu'il a prescrits, ils disent que ceux qui suivront ce chemin mériteront le paradis ex congruo. Mais parce qu'aucun homme ne peut revendiquer un droit au paradis par sa propre droiture, ou par quelque autre puissance en lui-même, sinon par la seule grâce gratuite de Dieu, ils disent qu'aucun homme ne mérite le paradis ex condigno. Je pense, dis-je, que c'est le sens de cette distinction; mais parce que les disputeurs ne s'accordent pas sur la signification de leurs propres termes techniques aussi longtemps que cela sert leur position, je n'affirmerai rien sur le sens qu'ils donnent à ces mots. Je dis seulement ceci : quand un don est fait sans qu'on détermine le bénéficiaire, par exemple pour un prix pour lequel il faut se battre, celui qui gagne le mérite, et peut le réclamer comme son dû. » Léviathan XIV. Traduction de Philippe Folliot, Les Classiques des Sciences Sociales, 2003. (NdT)
[308] Voir De Cive, XIV, 23. (NdT)
[309] « Quand un voleur a commis une infraction aux lois et qu’il est par conséquent exécuté selon la loi, peut-on comprendre que la peine qu’il endure est une obéissance à la loi ? Toute loi ordonne de faire ou de s’abstenir. On ne peut obéir à cela en subissant une peine. Si le fait de subir une peine peut être appelé obéissance, il faut que ce soit volontaire car aucune action involontaire ne peut être comptée comme une soumission à la loi. Celui qui entend que la peine qu’il subit soit considérée comme une obéissance doit non seulement ne pas résister mais aussi ne pas fuir ni se cacher pour éviter sa punition. Qui, parmi ceux qui discourent sur l’obéissance passive, quand sa vie est en danger extrême, se présentera de lui-même aux officiers de justice ? Ne voyons-nous pas que tous les hommes, quand ils sont menés au lieu d’exécution, sont attachés et gardés et qu’ils briseraient leur liens s’ils le pouvaient et se sauveraient ? Telle est leur obéissance passive. » Hobbes : Béhémot, p.226 du tome VI de l’édition Molesworth de 1840 (Traduction de Philippe Folliot, 2009).
[310] “Tertius e caelo cecidit
Cato » Juvénal : Satires, II.40. Traduction Henri Clouard.
« Heureux sont nos temps qui te font censeur des moeurs. Que Rome dès
maintenant se résigne à la pudeur, car un troisième Caton lui est tombé du
ciel. » (NdT)
[311] « (…) nous ne devons pas renoncer à nos sens et à notre
expérience, ni à ce qui est la parole indubitable de Dieu, notre raison
naturelle, car ce sont des talents qu'il a mis entre nos mains pour négocier,
jusqu'au retour de notre Sauveur béni, et donc, non pour être enveloppés dans
le linge d'une foi implicite, mais pour
être employés à acheter la justice, la paix et la vraie religion. En effet,
quoiqu'il y ait beaucoup de choses qui dépassent la raison dans la parole de
Dieu, c'est-à-dire qui ne peuvent être, soit démontrées soit réfutées par la
raison naturelle, cependant, il n'y a rien qui ne lui soit contraire. Quand il
semble en être ainsi, la faute en revient, soit à notre interprétation
maladroite, soit à notre ratiocination erronée. » Léviathan, XXXII,
Traduction de Philippe Folliot, Les Classiques des Sciences Sociales,
2003. (NdT)
[312] La King James Version donne : “For in him
dwelleth all the fulness of the Godhead bodily.” Hobbes néglige ici “all the fulness”, “toute la
plénitude”. Idem dans les « tracts »
de 1682. (NdT)
[313] Ou fantômes. (NdT)