Récit historique
sur l’hérésie et son châtiment
Traduit de
l'anglais par Philippe Folliot
Professeur de
philosophie au Lycée Jehan Ango de Dieppe (2009)
An
Historical Narration of Heresie, and the Punishement thereof: Corrected by the
true Copy.
In
Tracts
of Mr Thomas Hobbs of Malmsbury – III
London
Printed
for W. Crooke at the Green-Dragon without Temple-Bar
1682.
Dédicace du traducteur
La traduction du Philippe
Folliot.
Dedicace : Cette traduction
est dédiée aux Docteurs Dessogne et Defives de la clinique Saint Antoine de
Rouen, pour les remercier de leur haute compétence. Le contenu du texte traduit
est évidemment indépendant de l’intention de cette dédicace.
Récit historique
sur l’hérésie et son châtiment
Nam veluti pueri trepidant, atque omnia caecis In tenebris metuunt : sic nos in luce timemus Interdum nihilo quae sunt metuenda magis, quam Quae pueri in tenebris pavitant, finguntque futura. Lucretius, II, 54-67. [1]
Londres, imprimé en l’année 1682 HAERESEOS LARVAS, SECTARUM IMMANIA MONSTRA HOBBIUS INVICTO DISPULIT INGENIO. [2]
(135) Le mot hérésie est grec et il signifie le fait de prendre quelque chose et, en particulier, le fait de choisir une opinion. [3] Après que l’étude de la philosophie eut commencé en Grèce et que les philosophes, en désaccord, eurent fait naître de nombreuses questions, aussi bien sur les choses naturelles que sur les choses morales et civiles, comme chacun prit l’opinion qui lui plaisait, chaque opinion distincte fut appelée une hérésie, ce qui ne signifiait rien de plus qu’une opinion privée et cela sans référence à sa vérité ou à sa fausseté. [4] Ceux qui (136) firent naître ces hérésies [5] furent surtout Pythagore, Platon, Aristote, Epicure et Zénon, hommes qui, tout en soutenant de nombreuses erreurs, trouvèrent aussi beaucoup d’idées vraies et utiles dans tous les genres de savoir, ce qui leur valut d’être estimés – ainsi que quelques-uns de leurs disciples - par les plus grands personnages de leurs époques respectives.
Mais les autres, des ignorants et très souvent des fripons nécessiteux, [6] ayant appris par cœur les opinions de ces philosophes admirés et prétendant les suivre [7], les utilisèrent pour gagner leur vie en enseignant aux enfants d’hommes riches qui étaient tombés amoureux de ces grandes renommées. Mais, à cause de leurs discours sans pertinence et de leurs manières sordides et ridicules, ils furent généralement méprisés, de quelque secte ou de quelque hérésie qu’ils fussent, pythagoriciens, académiciens (disciples de Platon), péripatéticiens (disciples d’Aristote), épicuriens ou stoïciens (disciples de Zénon). Ce sont là, en effet, les noms des hérésies ou (comme les Latins les appelèrent) des sectes, a sequendo [8], dont on a tant parlé depuis l’époque d’Alexandre jusqu’à ce jour, qui ont perpétuellement troublé et trompé les gens avec qui ils vécurent et qui ne furent jamais plus nombreux que du temps de l’Eglise primitive.
(137) L’hérésie d’Aristote, par les révolutions du temps, a connu la bonne fortune de prédominer sur toutes les autres mais, à l’origine, le mot hérésie ne signifiait pas une disgrâce et le terme hérétique n’était absolument pas en usage, même si les différentes sectes, surtout les épicuriens et les stoïciens, se détestaient et que les stoïciens, les plus acharnés, avaient coutume d’insulter ceux qui différaient d’eux avec les paroles les plus méprisantes qu’ils pouvaient inventer.
Sans aucun doute, grâce à la prédication des apôtres et des disciples du Christ en Grèce et dans les autres parties de l’empire romain où se trouvaient bon nombre de ces philosophes, des milliers d’hommes se convertirent à la foi chrétienne, certains réellement, d’autres en apparence, à des fins factieuses ou par nécessité (car les chrétiens vivaient alors en communauté et étaient charitables) et, comme la plupart de ces philosophes étaient plus habiles que le vulgaire dans la dispute et l’art oratoire et qu’ils étaient par là plus qualifiés pour défendre et propager l’Evangile, il est hors de doute (dis-je) que la plupart des pasteurs de l’Eglise primitive furent pour cette raison choisis parmi eux. Mais, comme ils conservaient de nombreuses doctrines que l’autorité de leurs précédents maîtres et le respect qu’ils avaient pour eux leur avaient fait adopter, ils s’efforcèrent pour la plupart de (138) tirer les Ecritures vers leur hérésie [9] personnelle. [10] C’est ainsi qu’entra d’abord l’hérésie dans l’Eglise du Christ. Pourtant, ces hommes étaient tous chrétiens comme l’étaient ceux qui avaient été baptisés et ils ne niaient pas l’autorité des écrits que les apôtres et les évangélistes leur avaient laissés mais, souvent, ils les interprétaient à la lumière de leur précédente philosophie. Cette dissension parmi eux fit grand scandale chez les incroyants et, non seulement elle empêcha l’Evangile de se répandre, mais elle attira aussi le mépris et fut cause d’une grande persécution de l’Eglise.
Pour
y remédier, les principaux pasteurs des Eglises avaient coutume, dès que
naissait une nouvelle opinion, de s’assembler pour l’examiner et pour prendre
une résolution à son égard. Si l’auteur de l’opinion était convaincu de son
erreur et souscrivait à la sentence de l’Eglise assemblée, alors tout allait
bien de nouveau. Mais, s’il persistait dans son erreur, l’Eglise le mettait de
côté et ne le considérait plus que comme un païen, ce qui, pour un chrétien
sincère, était une grande ignominie, assez grave pour lui faire mieux
reconsidérer sa propre doctrine et, parfois, cela l’amenait à reconnaître la
vérité. Mais l’Eglise ne pouvait pas infliger d’autre châtiment car ce droit
était réservé au pouvoir civil. De sorte que l’Eglise (139) ne pouvait infliger
à cet homme d’autre châtiment que l’ignominie qui, parmi les fidèles,
consistait en ceci que les hommes pieux évitaient sa compagnie et qu’il s’était
lui-même marqué comme au fer rouge du nom d’hérétique, en opposition avec
l’Eglise entière qui condamnait sa doctrine. Ainsi, catholique [11] et hérétique furent des termes
relatifs et c’est alors que le mot hérétique devint en même temps un nom et un
nom désignant la disgrâce.
Les
premières et les plus embarrassantes hérésies de l’Eglise primitive tournèrent
autour de la question de la Trinité. En effet (en accord avec la curiosité
habituelle de ceux qui font de la philosophie naturelle), ils ne purent s’abstenir
de remettre en question les tous premiers principes du christianisme dans
lesquels ils avaient été baptisés, au nom du Père, du Fils et du
Saint-Esprit. Certains dirent que ces expressions étaient
allégoriques. [12] D’autres voulurent qu’il y ait un créateur
du bien et un autre du mal, ce qui, dans les faits, revenait à instituer deux
Dieux contraires. [13] Ils supposaient en effet que la causation du
mal ne pouvait être attribué sans impiété à Dieu. Ne sont pas très éloignés de
cette doctrine ceux qui, aujourd’hui, veulent que la cause première des actions
pécheresses soit chaque homme pour ses propres péchés. [14] Il y en eut d’autres qui auraient voulu que
Dieu fût un corps avec des parties organiques comme le visage, les mains, les
parties avant et les parties arrière. [15] D’autres affirmaient que le Christ n’avait
pas de réel corps mais n’était (140) qu’un simple phantasme [16] (car les phantasmes étaient alors pris – et
le sont depuis – pour des choses réelles et existantes par les hommes
superstitueux et sans instruction). D’autres niaient la divinité du
Christ. [17] D’autres disaient que le Christ, étant Dieu
et homme, était deux personnes. [18] D’autres affirmaient qu’il n’était qu’une
seule personne et ils ajoutaient qu’il n’avait qu’une seule nature. [19] Un grand nombre d’autres hérésies vinrent de
la trop grande adhésion à la philosophie de ces époques. Certaines furent
éclipsées pour un temps par la publication de l’Evangile de Saint Jean
et certaines s’évanouirent à cause de leur caractère déraisonnable. D’autres
durèrent jusqu’à l’époque de Constantin le Grand et après.
Quand
Constantin le Grand (grand grâce à l’aide et à la bravoure des soldats
chrétiens) eut réussi à être le seul empereur romain, il se fit aussi
chrétien, [20] fit démolir les temples des dieux païens et
permit à la religion chrétienne d’être la seule religion publique. Mais, vers
la fin de son règne, naquit une dispute dans la cité d’Alexandrie entre
l’évêque Alexandre et Arius, [21] un prêtre de la même cité. Arius soutenait
d’abord que le Christ était inférieur à son Père [22] et, ensuite, qu’il n’était pas Dieu,
alléguant les paroles du Christ : Mon père est plus grand que moi. [23] L’évêque, au contraire, alléguait les
paroles (141) de Saint Jean : Et la parole fut Dieu ; [24] et les paroles de Saint Thomas : Mon
Seigneur et mon Dieu. [25] Parmi les habitants et les soldats d’Alexandrie,
cette controverse devint bientôt une querelle et fut la cause de nombreux
massacres [26] dans et autour de la ville et il était alors
probable que cette querelle allait s’étendre, comme la suite le montra. Le
gouvernement civil de l’empereur fut si inquiet qu’il jugea nécessaire de
convoquer un concile général [27] de tous les évêques et de tous les autres
théologiens éminents. Ils vinrent de tout l’empire romain pour s’assembler
en la ville de Nicée. Quand ils furent assemblés, ils présentèrent à l’empereur
les libelles où ils s’accusaient les uns les autres. [28] Quand l’empereur eut ces libelles en main,
il fit un discours [29] où il exhorta les Pères assemblés à
s’entendre et à se mettre d’accord sur le règlement de la question des articles
de foi, raison pour laquelle ils étaient réunis. Quoi que vous décrétiez, leur
dit-il, je ferai en sorte que ce soit observé. [30] Il est possible que cela semble une
indifférence plus grande que celle qu’on approuverait aujourd’hui mais
l’histoire est ainsi faite et, à cette époque, on ne jugeait pas le nombre des
articles de foi nécessaires au salut aussi élevé que celui qui fut établi
ensuite par l’Eglise de Rome.
(142)
Quand Constantin eut terminé son discours, il ordonna qu’on jetât les
susdits [31] libelles au feu, ce qui convenait à un roi
sage et à un chrétien charitable. Quand ce fut fait, les Pères se mirent
d’accord sur l’affaire [32] et, suivant la méthode d’un Credo antérieur
qu’on appelle couramment aujourd’hui le Symbole des Apôtres, ils firent
cette confession [33] de foi [34] : Je crois en un seul Dieu, le Père
tout-Puissant, créateur du Ciel et de la Terre et de tous les choses visibles
et invisibles (ce qui condamne le polythéisme des Gentils). Et en un
unique Seigneur Jésus-Christ, le seul Fils engendré de Dieu (cela contre
les nombreux fils des nombreux Dieux des Païens). Engendré de son Père avant
tous les mondes, Dieu [né de] de Dieu (contre les ariens). Vrai Dieu [né
du] du vrai Dieu (contre les valentiniens [35] et contre l’hérésie d’Apelles [36] et d’autres qui firent du Christ un simple
phantasme). Lumière [née de] de la lumière (expression mise là à titre
d’explication et qui fut utilisée antérieurement dans ce dessein par Tertullien [37]). Pas fait mais engendré, [38] qui est d’une même substance que le Père. [39] Par cette formule, ils condamnaient la
Doctrine d’Arius. En effet, cette expression d’une même substance, en
latin consubstantialis, mais en grec omoousios [40], c’est-à-dire d’une même essence, fut mise
pour donner une pierre de touche qui permettait de distinguer un arien d’un
catholique. Il y eut beaucoup d’agitation autour de cette expression. Constantin
lui-même, lors de l’approbation du Credo, fit remarquer que c’était un mot
difficile à comprendre. Il (143) l’approuva cependant, disant que, dans un
mystère divin, il convenait d’utiliser divina & arcana verba, [41] c’est-à-dire des mots divins, cachés à
l’entendement humain. Il appela ce mot omoousios [42] un mot divin, non parce qu’il était dans les
Ecritures divines (car il n’y est pas) mais parce qu’il était selon lui arcanum,
c’est-à-dire insuffisamment compris. Et, en cela encore, apparaît
l’indifférence de l’empereur et le fait que ce qu’il visait, en convoquant le
synode, n’était pas tant la vérité que l’uniformité de la doctrine et la paix
de son peuple qui en dépendait. La cause de l’obscurité de ce mot omoousios [43] est surtout la différence entre les parlers grec
et romain dans la philosophie des péripatéticiens. Le premier
principe de la religion, dans toutes les nations, est que Dieu est,
c’est-à-dire que Dieu est réellement quelque chose et non une simple
fantaisie. [44] Mais ce qui est réellement quelque chose est
à considérer seul, par lui-même, comme étant quelque part. En ce sens,
un homme est une chose réelle car je peux considérer qu’il est sans
considérer les autres choses qui sont en plus de lui. Et, pour la même
raison, la Terre, l’air, les étoiles, le ciel et leurs parties sont tous des
choses réelles. Et, parce que tout ce qui est réel ici, ou là, ou n’importe où,
a des dimensions, c’est-à-dire une grandeur, et que tout ce qui a une grandeur,
qu’elle soit visible ou invisible, finie ou infinie, (144) est appelé par les
savants un corps, il s’ensuit que toutes les choses réelles, en ce
qu’elles sont quelque part, sont corporelles. Au contraire, essence,
divinité, humanité et termes semblables ne signifient rien qui puisse être
considéré sans d’abord considérer qu’il y a un ens, un Dieu, un homme,
&c. De même, s’il y a une chose réelle qui est blanche ou noire,
chaude ou froide, cette chose peut être considérée par elle-même
mais la blancheur, la noirceur, la chaleur et le froid ne peuvent pas être
considérés, à moins qu’on ne suppose d’abord qu’il y a une chose réelle à
laquelle ils sont attribués. Ces choses réelles sont appelées par les
philosophes latins entia, subjecta, substantiae et par les philosophes
grecs ta onta, upokeimena, upostamena [45]. Les autres, qui sont incorporelles, sont appelées
par les philosophes grecs ousia, sumbébèkota, phantasmata [46] ; mais la plupart des philosophes
latins avaient coutume de traduire ousia [47] par substantia et ils confondaient
ainsi les choses réelles et corporelles avec les incorporelles, ce qui n’est
pas bien car [les mots] essence et substance signifient des choses différentes.
Et cette erreur s’est transmise et perdure, dans ces parties du monde, dans
toutes les disputes de philosophie et de théologie. En effet, en vérité, [le
mot] essentia n’a pas plus de sens que le mot estité [48] si nous l’utilisions de façon ridicule pour
désigner le fait qu’une chose est. Par qui toutes choses furent faites.
Cela est prouvé en Saint Jean, chapitre I, versets 1,2 et 3, en Hébreux,
chapitre I, verset 3 et encore en (145) Genèse, I. où l’on dit que Dieu
a créé toutes choses par son seul Verbe et quand il dit : Que la
lumière soit, et la lumière fut. Et, ensuite, que le Christ fût ce Verbe,
et au début avec Dieu, on peut le trouver dans plusieurs passages de Moïse, David
et d’autres prophètes. Les chrétiens n’ont jamais douté (à l’exception des
ariens) que le Christ fût Dieu éternel et que son incarnation fût décrétée
éternellement. Mais tous les Pères qui ont écrit des commentaires sur ce Credo
ne purent s’empêcher de philosopher sur son contenu et la plupart d’entre eux à
partir des principes d’Aristote qui sont les mêmes que ceux qu’utilisent
aujourd’hui les Scolastiques, comme il apparaît en partie par le fait que
beaucoup d’entre eux, parmi leurs traités de religion, ont voulu publier des
principes logiques et physiques en accord avec les idées d’Aristote,
comme Athanase et Damascène. Certains théologiens ultérieurs de
renommée confondent encore le concret et l’abstrait, Deus avec Deitas,
Ens avec Essentia, Sapiens avec Sapientia, Aeternus
avec Aeternitas. Si c’est par souci de l’exacte et stricte vérité,
pourquoi ne disent-ils pas aussi que la sainteté est un saint homme, la
cupidité un homme cupide, l’hypocrisie un hypocrite, l’ivresse un ivrogne, et
ainsi de suite, sinon parce que c’est une erreur ? Les Pères reconnaissent
que la sagesse de Dieu est le fils éternel de Dieu, par qui (146) toutes choses
furent faites et qu’il fut incarné par le Saint-Esprit, s’ils l’entendent dans
l’abstrait. [49] En effet, si la Deitas abstraite est Deus,
nous faisons deux Dieux d’un seul Dieu. Cela fut bien compris par Damascène
dans son traité De Fide Orthodoxa (qui est un commentaire du Credo de
Nicée), où il nie absolument que la Deitas soit Deus, de peur
(voyant que Dieu fut fait homme) qu’on en déduise que la Divinité fut faite
homme, ce qui est contraire à la doctrine de tous les pères de Nicée. [50] Donc, les attributs de Dieu, dans
l’abstrait, quand ils sont mis pour Dieu, le sont métonymiquement, ce
qui est une chose courante dans les Ecritures, par exemple en Proverbes,
VIII, 28 [51], où il est dit : Avant que les
montagnes ne fussent établies, avant les collines, j’ai été enfanté. La
sagesse dont on parle ici, étant la sagesse de Dieu, signifie la même chose que
le Dieu sage. Cette façon de parler est aussi ordinaire dans toutes les
langues. Cela dit, de telles dénominations abstraites ne doivent pas être
utilisées en argumentant et surtout en déduisant les articles de notre foi bien
que, dans la langue du culte éternel de Dieu et dans tous les pieux discours,
elles ne puissent être évitées. Il est moins difficile de donner son accord aux
dénominations du Credo qu’à celles que l’on trouve dans les commentaires des
Pères. Qui, pour nous, hommes, et pour notre salut, est descendu des cieux
et fut incarné par le Saint-Esprit (147) de la Vierge Marie et fut fait
homme. Je n’ai pas lu d’exeptions à cela car, quand Athanase, dans son
Credo dit du fils qu’il n’a pas été fait mais engendré, [52] il faut l’entendre du fils en tant qu’il
était Dieu éternel, alors qu’ici on parle du fils en tant qu’homme. Et aussi,
du fils en tant qu’il était homme, on peut dire qu’il fut engendré par le
Saint-Esprit car une femme ne conçoit que par celui qui engendre, ce qui est
aussi confirmé en Matthieu, I, 20 : Ce qui est engendré en elle
(to genèthén [53]) vient du Saint-Esprit. Il a été
aussi crucifié pour nous sous Ponce Pilate, il a souffert et a été mis au
tombeau. Et, le troisième jour, il est ressuscité, conformément aux Ecritures
et il est monté au ciel ; il siège à la droite du Père ; et il
reviendra avec gloire pour juger les vivants et les morts. Son royaume n’aura
pas de fin (Je n’ai jamais rencontré un chrétien doutant de cette partie du
Credo). Le concile de Nicée, dans sa confession générale de foi, est
allé jusqu’ici, pas plus loin.
Quand
ce fut fini, certains des évêques présents (dix-sept ou dix-huit, dont Eusèbe,
évêque de Césarée), qui n’étaient pas suffisamment satisfaits,
refusèrent de souscrire tant que la doctrine de l’omoousios [54] ne serait pas mieux expliquée. Là-dessus, le
concile décréta (148) que quiconque dirait que Dieu a des parties serait
anathématisé ; ce à quoi lesdits évêques souscrivirent. Et Eusèbe,
par ordre du Concile, écrivit une lettre dont les copies furent envoyées aux
évêques absents, lettre dans laquelle les évêques déclaraient qu’ils étaient
satisfaits de la raison qui les avait fait souscrire et que les absents
devaient aussi souscrire. La raison qu’ils donnaient de leur souscription était
celle-ci : qu’on leur avait désormais prescrit une formulation qu’ils
pouvaient utiliser comme règle pour se guider afin de ne pas troubler la paix
de l’Eglise. Par là, il est manifeste que n’était hérétique que celui qui,
en termes clairs et directs, contredisait cette formulation prescrite par
l’Eglise et que personne ne pouvait être rendu hérétique par conséquence. [55] Et, parce que ladite formulation n’avait pas
été mise dans le corps du Credo mais qu’elle n’était qu’une règle pour les
évêques, il n’y avait aucune raison de punir une personne laïque qui dirait le
contraire.
Mais
quel était le sens de cette doctrine, que Dieu n’a pas de parties ? [56] Etait-ce une hérésie que de dire que, de
Dieu, qui est une substance réelle, qu’on ne peut considérer ou dire qu’il est ici
ou là ou quelque part, qui sont des parties de lieux ? Ou qu’il
existe une chose réelle sans longueur dans aucune direction, c’est-à-dire qui
n’a absolument aucune grandeur, finie ou infinie ? Ou existe-t-il une
substance entière dont les deux parties ou les trois tiers ne soient pas (149)
semblables au tout ? Ou entendaient-ils condamner comme hérétique
l’argument par lequel Tertullien réfuta Apelles et d’autres
hérétiques de son époque, à savoir que tout ce qui n’est pas corporel n’est
rien qu’un phantasme non corporel ? [57] Non ! Assurément, aucun théologien ne
dit cela. Ils en vinrent à établir la doctrine d’un unique Dieu individuel en
Trinité [58] pour abolir la diversité des espèces en Dieu
mais non la distinction de ici et là dans la substance. Quand Saint
Paul demanda aux Corinthiens [59] Le Christ est-il divisé ? il ne
pensait pas qu’ils jugeaient impossible qu’il eût des mains et des pieds mais
il pensait qu’ils pouvaient croire (conformément à la manière des Gentils) que
le Christ était l’un des Fils de Dieu, comme Arius le crut, et non le
seul Fils engendré de Dieu. C’est aussi de cette façon que la chose est exposée
dans le Credo d’Athanase (présent au concile) par cette formule : sans
confondre les personnes ni diviser les substances, [60] c’est-à-dire que Dieu n’est pas divisé en
trois personnes comme un homme est divisé en Pierre, Jacques et Jean
car, dans ce dernier cas, les trois personnes ne sont pas une seule et même
personne. Mais Aristote et, après lui, tous les Pères grecs et
d’autres savants, quand ils distinguent l’extension générale d’un mot,
l’appellent une Division. Par exemple, quand ils divisent animal en
homme et en bête, ils les appellent eidè, [61] species et, quand (150) ils divisent de
nouveau l’espèce homme en Pierre et Jean, ils les appellent
mérè [62], partes individuae. Et, à cause de cette
confusion entre la division de la substance et la distinction des mots,
différents hommes ont été induits en erreur en attribuant à Dieu un nom qui
n’est pas le nom d’une substance, à savoir incorporelle.
Mais,
par cette formule, Dieu n’a pas de parties, ainsi expliquée et par la
partie du Credo sur laquelle les évêques s’accordèrent à cette époque, de
nombreuses hérésies antérieures à ce premier concile général furent condamnées,
comme celle de Manès, [63] qui apparut environ trente ans avant le
règne de Constantin et qui fut condamnée par le premier article, je crois en
un seul Dieu. Pourtant, dans d’autres formulations, cette hérésie semble
demeurer dans la Doctrine de l’Eglise de Rome qui attribue aussi une liberté de
la volonté aux hommes, comme si leur volonté et leur désir de commettre le
péché ne procédait pas de la cause de toutes choses, Dieu, [64] mais procédait à l’origine d’eux-mêmes ou du
Diable. Peut-être certains penseront-ils aussi que la même formulation condamna
aussi les Anthropomorphites et, assurément, si, par parties, on n’entend
pas des personnes individuelles mais qu’on entend des morceaux comme le visage,
les bras, les pieds et choses semblables, alors ils furent condamnés. Mais cela
ne se peut pas car les Anthropomorphites n’apparurent pas avant le règne
de l’empereur (151) Valens, c’est-à-dire quarante ou cinquante ans après
le concile de Nicée et cette hérésie ne fut pas condamnée avant le
second concile général de Constantinople.
Maintenant,
sur le châtiment des hérétiques ordonné par Constantin, nous ne trouvons
rien, sinon que ceux qui avaient un office ecclésiastique, évêques et autres
prêtres, s’ils refusaient de souscrire à cette foi ou enseignaient la doctrine
contraire, étaient, à cause de la première faute, privés de leur office et, à
cause de la deuxième, bannis. Et, ainsi, l’hérésie, qui n’était à l’origine
qu’un terme désignant une opinion personnelle, et non un crime, en vertu de la
loi de l’empereur faite uniquement pour la paix de l’Eglise, devint un crime
chez un pasteur, punissable d’abord de la privation de l’office et ensuite du
bannissement.
Après
que cette partie du Credo eut été ainsi établie, naquirent bientôt de
nombreuses hérésies nouvelles, en partie autour de son interprétation, en
partie autour de la question du Saint-Esprit qui n’avait pas été déterminée par
le concile de Nicée. Concernant la partie établie, naquirent des
disputes sur la nature du Christ et sur le mot hypostasis, c’est-à-dire
substance car, des personnes, on n’en avait fait aucune mention, le Credo étant
écrit en grec, langue dans laquelle il n’y a aucun mot qui corresponde
au mot latin Persona. [65] Et l’union de la nature humaine et de la
nature divine, que les Pères appelèrent union hypostatique, (152)
conduisit Eutychès et, après lui, Dioscore, à affirmer que le
Christ n’avait qu’une seule nature, pensant que, quand deux choses sont unies,
elles n’en forment qu’une. Cette hérésie fut condamnée comme arianisme
aux conciles de Constantinople et d’Ephèse. D’autres, parce
qu’ils pensaient que deux substances vivantes et rationnelles, comme sont Dieu
et l’homme, doivent nécessairement être aussi deux hypostases,
soutenaient que le Christ avait aussi deux hypostases. Mais ces
deux hérésies furent condamnées ensemble. Ensuite, concernant le Saint-Esprit, Nestor,
évêque de Constantinople, et certains autres nièrent sa divinité. Et,
alors que, environ soixante-dix ans avant le concile de Nicée, s’était
tenu un concile provincial à Carthage où il avait été décrété que tous
les chrétiens qui, pendant les persécutions, avaient renié la foi du Christ ne
seraient réintégrés dans l’Eglise que s’ils se faisaient baptiser de nouveau,
cela fut aussi condamné, quoique le président du concile fût le plus sincère et
pieux des chrétiens, Cyprien. Et, enfin, au concile de Chalcédoine,
le Credo fut établi dans les termes définitifs que nous connaissons par ajout
de ce qui suit : Et je crois au Saint-Esprit, le seigneur qui donne la
vie, qui procède du Père et du Fils, qui, avec le Père et le Fils, est adoré et
glorifié. Qui a parlé par les prophètes (153). Et je crois à une seule
Eglise catholique et apostolique. Je reconnais un seul baptême pour la
rémission des péchés. Et j’attends la résurrection des morts et la vie du monde
à venir. Cet ajout condamna en premier lieu les nestoriens et
d’autres par ces paroles - qui, avec le Père et le Fils, est adoré et
glorifié – et, en second lieu, la doctrine du concile de Carthage
par les paroles suivantes : Je crois en un seul baptême pour la
rémission des péchés. En effet, l’expression « un seul baptême »
n’est pas mise ici pour s’opposer à différentes sortes de baptêmes ou à
différentes manières de baptiser mais pour s’opposer à sa répétition. Saint Cyprien
fut un trop bon chrétien pour permettre qu’un baptème ne fût pas fait au nom du
Père, du Fils et du Saint-Esprit. Dans la confession de foi générale contenue
dans le Credo appelé Credo de Nicée, il n’est nullement fait mention d’hypostasis,
d’union hypostatique, de corporel, d’incorporel ou de parties, la compréhension
de ces mots n’étant pas exigée du vulgaire mais des seuls pasteurs dont le
désaccord pouvait troubler l’Eglise. Ce n’étaient pas non plus des points
nécessaires au salut mais ils furent diffusés par ostentation d’érudition ou,
sinon, pour éblouir les hommes avec le dessein de les conduire vers certaines
fins personnelles. Je passe sur les changements de prédominance dans l’empire
entre catholiques et ariens et sur le fait que (154) le grand Athanase,
le plus féroce des catholiques, fut banni par Constantin et ensuite
rétabli et de nouveau banni. Il suffit de se rappeler qu’Athanase est
supposé avoir fait son Credo alors qu’il était (banni) à Rome et que le
pape était Libère, pape à qui, c’est très vraisemblable, le mot hypostasis
avait autant déplu qu’il avait déplu à Athanase dans son Credo. [66] En effet, l’Eglise romaine ne parvint
jamais à accepter ce mot mais, à sa place, elle utilisa son propre mot, persona.
Mais la première [67] et la dernière [68] phrases de ce Credo, l’Eglise de Rome ne les
refusa pas car ces phrases font que tous les articles, non seulement ceux du
corps du Credo mais aussi toutes les définitions des Pères de Nicée, sont tels
qu’on ne peut être sauvé qu’en y croyant fermement, bien qu’ils ne fussent
faits que par souci de la paix et pour unir les esprits du clergé dont les
disputes risquaient de troubler la paix de l’empire. Après ces quatre premiers
conciles généraux, le pouvoir de l’Eglise romaine crut rapidement et, soit par la
négligence, soit par la faiblesse des empereurs qui se succédaient, le pape
faisait ce qu’il voulait dans le domaine de la religion. Les doctrines qui
contredisaient l’orthodoxie en matière de pouvoir ecclésiastique ou de respect
dû au clergé n’étaient déclarées hérésies par aucun concile et elles n’étaient
pas punies de bannissement ou de mort par le pouvoir discrétionnaire des
empereurs. Et, enfin, les rois eux-mêmes et les (155) républiques, s’ils ne
purgeaient pas leurs territoires des hérétiques, étaient excommuniés, interdits
et le pape autorisait leurs sujets à se révolter. De telle sorte que, pour un
chrétien sincère et sérieux, il n’y avait rien de plus dangereux que de
chercher à tirer son propre salut des Saintes Ecritures alors que le chrétien
indifférent et froid était à l’abri et que l’hypocrite habile était un saint.
Mais c’est là une histoire si bien connue que je n’insisterai pas plus
longtemps. Je vais maintenant m’occuper des hérétiques d’ici, en Angleterre, et
voir quels châtiments furent ordonnés pour eux par les actes du parlement.
Pendant ce temps, les lois pénales contre les hérétiques furent celles que les
différents princes et Etats, sur leurs propres territoires, jugèrent bon de
promulguer. Les édits des Empereurs décidèrent du châtiment capital mais les
détails de l’exécution étaient laissés aux préfets des provinces ; et,
quand d’autres rois et Etats entendirent (conformément aux lois de l’Eglise romaine)
extirper les hérétiques, ils ordonnèrent des châtiments de leur choix. La première
loi qui fut faite ici pour punir les hérétiques appelés Lollards et qui
est mentionnée dans les Statuts fut faite dans la cinquième année du règne de Richard
II, occasionnée par la doctrine de John Wyclif [69] et de ses partisans, lequel Wyclif,
comme aucune loi n’avait été encore ordonnée pour le punir par le parlement,
avait échappé au châtiment grâce (156) à la faveur de Jean de Gand,
le fils du roi, sous le règne d’Edouard III. Mais, dans la cinquième
année du règne du roi suivant, Richard II, il y eut un acte du parlement [70] qui eut cet effet : que les
shérifs [71] et certains autres aient des commissions
pour appréhender ceux qui seront déclarés par les prélats prédicateurs
d’hérésie, les fautifs, leurs protecteurs et leurs complices, et qu’ils les tiennent
dans une solide prison jusqu’à ce qu’ils se soient justifiés selon la loi de la
Sainte Eglise. [72] Ainsi, jusque-là, il n’y avait aucune loi en
Angleterre par laquelle un hérétique pouvait être mis à mort ou puni par
d’autres moyens que l’emprisonnement jusqu’à ce qu’il se réconcilie avec
l’Eglise. Après cela, pendant le règne du roi suivant, Henri IV, fils de
Jean de Gand – qui aida Wicklif et qui, aspirant à la
Couronne, avait eu besoin de la bonne volonté des évêques - fut faite, en la seconde année de son
règne, [73] une loi qui stipulait que tout homme
ordinaire pouvait être convoqué devant un évêque et emprisonné s’il était
suspect d’hérésie et qu’un hérétique qui s’obstinait serait brûlé devant le
peuple. [74]
Sous
le règne du roi suivant, Henri V, pendant la seconde année, [75] fut fait un acte du Parlement qui déclarait
que l’intention des hérétiques appelés Lollards était de subvertir la
foi chrétienne, la loi de Dieu, l’Eglise et le royaume et qu’il fallait, (157)
en plus du châtiment du bûcher, confisquer toutes les terres en pleine
propriété, [76] tous les biens et effets d’un hérétique
reconnu coupable. [77] De nouveau, dans la vingt-cinquième
année [78] du règne d’Henri VIII, un acte
établit qu’un hérétique déclaré coupable devait abjurer ses hérésies et, s’il
refusait de le faire ou devenait relaps, serait brûlé en place publique pour
servir d’exemple. [79] Cet acte fut fait après le refus de
l’autorité du pape. [80] Et, par cela, il apparaît que le roi Henri
VIII n’entendait pas faire d’autres changements dans la religion mais qu’il
voulait surtout recouvrer son propre droit ecclésiastique. Mais, en la première
année du règne de son fils Edouard VI, fut fait un acte [81] qui abrogeait non seulement l’acte précédent
mais aussi tous les actes antérieurs concernant les doctrines et les questions
religieuses, de sorte qu’à cette époque, il n’y eut plus aucune loi pour punir
les hérétiques.
De
plus, au parlement, en la première et deuxième années du règne de la reine Marie,
l’acte d’Edouard VI ne fut pas abrogé mais rendu inutile par la remise
en vigueur du statut de la vingt-cinquième année du règne d’Henri VIII [82] qui fut appliqué sans retenue, à tel point
qu’on débattit pour savoir si, selon ce statut, il ne fallait pas poursuivre la
princesse Elisabeth, la sœur de la reine. [83]
La
princesse Elisabeth, ayant accédé au trône [84] peu après la mort de la reine Marie,
dans la cinquième [85] année de son règne, fit d’abord abroger, par
un acte du parlement, tous les lois ecclésiastiques de la reine Marie et
toutes les (158) lois antérieures [86] concernant les châtiments des
hérétiques. [87] L’acte ne prévoyait pas, à leur place,
d’autres châtiments. En second lieu, il fut déclaré que la reine, par ses
lettres patentes, [88] donnerait commission aux évêques, avec
certaines autres personnes, d’exercer au nom de sa majesté le pouvoir
ecclésiastique, en laquelle commission, on interdisait aux membres de déclarer
une doctrine hérétique qui n’aurait pas été déclarée telle par l’un des quatre
premiers conciles généraux. [89] Mais il n’y avait aucune mention des
conciles généraux, sinon dans cette partie de l’acte qui autorisait cette
commission couramment appelée La Haute Commission ; [90] et encore n’y avait-il rien dans cette
commission concernant la façon de punir les hérétiques. Mais il était accordé à
ses membres qu’ils pouvaient déclarer ou ne pas déclarer, comme il leur
plaisait, hérétique ou non hérétique l’une de ces doctrines qui avaient été
condamnées pour hérésie dans les quatre premiers conciles généraux. De
sorte que, à l’époque de ladite Haute Commission, il n’y avait aucun statut par
lequel un hérétique pouvait être puni autrement que par les censures ordinaires
de l’Eglise. Aucune doctrine ne pouvait être tenue pour hérétique [91] à moins que les membres de la commission
aient effectivement déclaré et publié que toutes les doctrines qui avaient été
jugées hérétiques par ces quatre conciles seraient aussi désormais hérétiques.
Mais je n’ai jamais entendu dire qu’une telle déclaration ait été faite, que ce
soit (159) par proclamation, par enregistrement dans les Eglises ou par
publication publique, comme il est nécessaire pour les lois pénales. Les
infractions sont excusées par l’ignorance. En outre, si l’on avait puni
l’hérésie par la peine capitale ou par une autre peine civile, il eût fallu
imprimer ou afficher dans les églises paroissiales, en anglais, les quatre
conciles généraux eux-mêmes ou, du moins, les points qui y étaient condamnés
parce que, sans cela, personne n’aurait pu savoir comment se garder de telles
infractions.
Certains
demanderont peut-être si, à l’époque de la Haute Commission, des hommes furent
condamnés et brûlés pour hérésie.
J’ai
entendu dire que ce fut le cas mais ceux qui approuvent ces exécutions peuvent
peut-être connaître de meilleures raisons que moi de les approuver ; mais
il serait bon d’enquêter de près sur ces raisons.
Enfin,
dans la dix-septième année du règne du roi Charles Ier ; peu après
que les Ecossais eurent, par une rébellion, renversé le gouvernement épiscopal
d’Ecosse, les presbytériens d’Angleterre entreprirent de faire la
même chose ici. Le roi, même en voyant que les rebelles étaient prêts à prendre
les armes, ne condescendit pas mais, encore dans l’espoir de les apaiser, il se
contenta de faire passer un acte du parlement pour abolir la Haute
Commission. [92] Mais, malgré la suppresion de la Haute
Commission, le parlement, qui avait d’autres projets que d’établir (160) le
presbytérianisme, poursuivit la rébellion et renversa à la fois l’épiscopat et
la monarchie, érigeant un pouvoir que ses membres appelèrent la République
et que d’autres appelèrent le Croupion, république à laquelle les
hommes obéirent par crainte et non par devoir. Il n’y avait plus aucune loi
humaine capable d’empêcher les hommes de prêcher ou d’écrire comme ils
l’entendaient des doctrines religieuses et, dans le feu de la guerre, il était
impossible de troubler la paix de l’Etat car il n’y avait plus d’Etat.
C’est
à cette époque que parut un livre intitulé Léviathan, livre qui fut écrit
pour défendre le pouvoir temporel et spirituel du roi, [93] sans aucun mot contre l’épiscopat, contre
les évêques ou contre la doctrine publique de l’Eglise. Il plut à Dieu, environ
douze ans après l’usurpation de ce Croupion, de rétablir sa plus
gracieuse majesté qui occupe actuellement le trône de son père et qui, bientôt,
rétablit les évêques et pardonna aux presbytériens. [94] Mais alors, les uns et les autres accusèrent
devant le parlement ce livre d’hérésie, [95] alors que les évêques, avant la guerre, n’avaient
pas déclaré ce qui était hérétique. Et, même s’ils l’avaient fait, leur
jugement eût été annulé par la suppression de la Haute Commission faite à la
demande des presbytériens. Les hommes sont pour la plupart si féroces dans les
disputes où l’on débat de leur savoir ou de leur pouvoir qu’ils ne pensent
jamais aux lois mais, à peine offensés, crient crucifige, [96] oubliant ce que Saint Paul dit, même du cas
de ceux qui s’obstinent à soutenir une erreur, en 2. Tim.ii.24,25 :
Le serviteur du Seigneur ne doit pas se quereller mais être doux avec tous les
hommes, apte à l’enseignement, patient, reprenant les opposants avec douceur.
Il se peut que Dieu leur donne de se convertir pour connaître la vérité. [97] Cette férocité qui s’est manifestée dans
les disputes des théologiens depuis le concile de Nicée jusqu’à l’époque
présente est une violation de ce conseil.
THOMAS HOBBESAN HISTORICAL NARRATION CONCERNING HERESY, AND THE PUNISHMENT THEREOF.
In
Tracts of Mr Thomas Hobbs of Malmsbury – III
London
Printed for W. Crooke at the Green-Dragon without Temple-Bar
1682.
Nam veluti pueri trepidant, atque omnia caecis In tenebris metuunt : sic nos in luce timemus Interdum nihilo quae sunt metuenda magis, quam Quae pueri in tenebris pavitant, finguntque futura. Lucretius, II, 54-67.
LondonPrinted in the Year 1682
HAERESEOS LARVAS, SECTARUM IMMANIA MONSTRA HOBBIUS INVICTO DISPULIT
INGENIO.
(135) The word Heresie
is Greek, and signifies a taking of any thing, and particularly the taking of
an Opinion. After the study of Philosophy begun in Greece, and the
Philosophers, disagreeing amongst themselves, started many Questions, not only
about things Natural, but also Moral and Civil ; because every man took what
Opinion he pleased, each several Opinion was called a Heresie; which
signified no more than a private Opinion, without reference to truth or
falsehood. The beginners (136)of these Heresies were chiefly Pythagoras,
Plato, Aristotle, Epicurus, Zeno ; men, who as they held many errors, so
also found they out many true and useful Doctrines, in all kinds of Learning :
and for that cause were well esteemed of by the greatest Personages of their
own times ; and so also were some few of their Followers.
But the rest,
ignorant men, and very often needy Knaves, having learned by heart the Opinions
of these admir'd Philosophers, and pretending to take after them, made use
thereof to get their Living by the teaching of Rich men's Children that
happened to be in love with those great names. Tho' by their impertinent
Discourse, sordid and ridiculous Manners, they were generally despised, of what
Sect or Heresy soever ; whether they were Pythagoreans ; or Academicks
(Followers of Plato) ; or Peripateticks (Followers of Aristotle)
; Epicureans or Stoics (Followers of Zeno). For these were
the names of Heresies, or (as the Latines call them) Sects, a
sequendo, so much talkt of from after the time of Alexander till
this present day, and that have perpetually troubled or deceived the people
with whom they lived, and were never more numerous than in the time of the
Primitive Church.
The heresy of Aristotle,
by the revolutions of time, has had the good fortune to be predominant over the
rest. However, originally the name of Heresie was no disgrace, nor the
word Heretick at all in use. Tho' the several Sects, especially the Epicureans
and the Stoics, hated one another ; and the Stoics, being the
fiercer men, used to revile those that differed from them, with the most
despightful words they could invent.
It cannot be
doubted, but that, by the preaching of the Apostles and Disciples of Christ, in
Greece and other parts of the Roman empire, full of these Philosophers,
many thousands of men were converted to the Christian Faith, some really, and
some feignedly, for factious ends, or for need; (for Christians lived then in
common, and were charitable: ) and because most of these Philosophers had
better skill in Disputing and Oratory than the Common people, and thereby were
better qualified both to defend and propagate the Gospel, there is no doubt (I
say) but most of the Pastors of the Primitive Church were for that reason
chosen out of the number of these Philosophers ; who retaining still many
Doctrines which they had taken up on the authority of their former Masters,
whom they had in reverence, endeavoured many of them to (138) draw the
Scriptures every one to his own Heresie. And thus at first entred Heresie into
the Church of Christ. Yet these men were all of them Christians; as they were,
when they were first baptized: Nor did they deny the Authority of those
Writings which were left them by the Apostles and Evangelists, tho' they
interpreted them many times with a bias to their former Philosophy. And this
Dissention amongst themselves, was a great scandal to the Unbelievers, and
which not only obstructed the way of the Gospel, but also drew scorn and
greater Persecution upon the Church.
For
remedy whereof, the chief Pastors of Churches did use, at the rising of any new
Opinion, to assemble themselves for the examining and determining of the same;
wherein, if the Author of the Opinion were convinced of his Error, and
subscribed to the Sentence of the Church assembled, then all was well again :
but if he still persisted in it, they laid him aside, and considered him but as
an Heathen man ; which to an unfeigned Christian, was a great Ignominy, and of
force to make him consider better of his own Doctrine ; and sometimes brought
him to the acknowledgment of the Truth. But other punishment they could inflict
none, that being a right appropriated to the civil Power. So that all the
punishment the (139) Church could inflict, was only Ignominy ; and that among
the Faithful, consisting in this, that his company was by all the Godly
avoided, and he himself branded with the name of Heretick, in opposition
to the whole Church, that condemned his Doctrine. So that Catholick and Heretick
were terms relative ; and here it was that Heretick became to be a Name, and a
name of Disgrace, both together.
The first and most troublesome Heresies of the Primitive Church, were
about the Trinity. For (according to the usual curiosity of Natural
Philosophers) they could not abstain from disputing the very first Principles
of Christianity, into which they were baptized, In the name of the Father,
the Son, and the Holy Ghost. Some there were that made them allegorical.
Others would make one Creator of good, and another of Evil ; which was in
effect to set up two Gods, one contrary to another; supposing that causation of
evil could not he attributed to God, without impiety. From which Doctrine they
are not far distant, that now make the first cause of sinful actions to be
every man as to his own sin. Others there were that would have God to be a body
with Parts organical, as Face, Hands, Fore-parts, aud Back-parts. Others, that
Christ had no real body, but was a mere (140) phantasm : (For Phantasms were
taken then, and have been ever since, by unlearned and superstitious men, for
things real and subsistent.) Others denyed the Divinity of Christ. Others, that
Christ being God and Man, was two Persons. Others confest he was one Person,
aud withal that he had but one Nature. And a great many other Heresies arose
from the too much adherence to the Philosophy of those times, whereof some were
supprest for a time by St. John's publishing his Gospel, and some by
their own unreasonableness vanished, and some lasted till the time of Constantine
the Great, and after.
When Constantine
the Great (made so by the assistance and valour of the Christian Souldiers) had
attained to be the only Roman Emperor, he also himself became a
Christian, and caused the Temples of the Heathen Gods to be demolished, and
authorised Christian Religion only to be publick. But towards the latter end of
his time, there arose a Dispute in the City of Alexandria, between Alexander
the Bishop, and Arius, a Presbyter of the same City ; wherein Arius
maintained, first, that Christ was inferiour to his Father ; and afterwards,
That he was no God, alleadging the words of Christ, My Father is greater
than I. The Bishop on the contrary, alleadging the words (141) of St. John,
And the word was God ; and the words of St. Thomas, My Lord and my
God. This Controversy presently amongst the Inhabitants and Souldiers of Alexandria
became a Quarrel, and was the cause of much Bloodshed in and about the City ;
and was likely then to spread further, as afterwards it did. This so far
concerned the Emperors Civil Government, that he thought it necessary to call a
General Council of all the Bishops and other eminent Divines throughout the Roman
Empire, to meet at the City of Nice. When they were assembled, they
presented the Emperor with Libels of Accusation one against another. When he
had received these Libels into his hands, he made an Oration to the Fathers
assembled, exhorting them to agree, and to fall in hand with the settlement of
the Articles of Faith, for which cause he had assembled them, saying,
Whatsoever they should decree therein, he would cause to be observed. This
may perhaps seem a greater indifferency than would in these days be approved
of. But so it is in the History ; and the Articles of Faith necessary to
Salvation, were not thought then to be so many as afterwards they were defined
to be by the Church of Rome.
(142) When Constantine had ended his Oration, he caused the
aforesaid Libels to be cast into the fire, as became a wise King and a
charitable Christian. This done, the Fathers fell in hand with their business,
and following the method of a former Creed, now commonly called The Apostles
Creed, made a Confession of Faith, viz. : I believe in one God, the
Father Almighty, maker of Heaven and Earth, and of all things visible and
invisible, [98]
(in which is condemned the Polytheism of the Gentiles.) And in one Lord
Jesus Christ, the only begotten Son of God, (again st the many sons of the
many Gods of the Heathen.) Begotten of his Father before all worlds, God of
God, (against the Arians) : Very God of very God, (against the Valentinians,
and against the Heresie of Apelles and others, who made Christ a mere
Phantasm.) Light of Light, (this was put in for explication, and used
before to that purpose by Tertullian.) Begotten, not made, being of
one Substance with the Father. In this again they condemn the Doctrine of
Arius: for this word Of one Substance, in Latine consubstantialis, but
in Greek omoousios, that is, Of one Essence, was ; as a
Touchstone to discern an Arian from a Catholick : And much ado there was about it. Constantine
himself, at the passing of this Creed, took notice of it for a hard word ; but
yet (143) approved of it, saying, That in a divine Mystery it was fit to use divina
& arcana verba ; that is, divine words, and hidden from human
understanding; calling that word omoousios, divine, not because it was
in the divine Scripture, (for it is not there) but because it was to him arcanum,
that is, not sufficiently understood. And in this again appeared the
indifferency of the Emperor, and that he had for his end, in the calling of the
Synod, not so much the Truth, as the Uniformity of the Doctrine, and peace of
his People that depended on it. The cause of the obscurity of this word omoousios,
proceeded chiefly from the difference between the Greek and Roman
dialect, in the Philosophy of the Peripateticks. The first Principle of
Religion in all Nations, is, That God is, that is to say, that God
really is Something, and not a mere fancy ; but that which is really something,
is considerable alone by itself, as being somewhere. In which sense a
man is a thing real ; for I can consider him to be, without considering
any other thing to be besides him. And for the same reason, the Earth,
the Air, the Stars, Heaven, and their Parts, are all of them things real. And
because whatsoever is real here, or there, or in any place, has Dimensions,
that is to say, Magnitude ; and that which hath Magnitude, whether it be
visible or invisible, finite or infinite, (144) is called by all the Learned a
Body. It followeth, that all real things, in that they are somewhere
are Corporeal. On the contrary, Essence, Deity, Humanity, and such like names, signify
nothing that can be considered, without first considering there is an Ens,
a God, a Man, &c. So also if there be any real thing that is white
or black, hot or cold, the same may be considered by
itself; but whiteness, blackness, heat, coldness, cannot be considered, unless
it be first supposed that there is some real thing to which they are
attributed. These real things are called by the Latin Philosophers, entia,
subjecta, substantia; and by the Greek Philosophers, ta onta, upokeimena, upostamena. The other, which are incorporeal, are called by the Greek Philosophers
ousia, sumbébèkota, phantasmata; but most of the Latin Philosophers used to convert ousia into substantia,
and so confound real and corporeal things with incorporeal : which is not well
; for Essence and Substance signify divers things. And this mistake is
received, and continues still iu these parts, in all Disputes, both of
Philosophy and Divinity ; for in truth essentia signifies no more, than
if we should talk ridiculously of the Isness of the thing that is. By
whom all things were made. This is proved out of St. John cap.I
vers. 1, 2, 3, and Heb. Cap.I. verst. 3, and that again out (145) of Gen.
I. where God is said to create every thing by bis sole Word, as when he said : Let
there be light, and there was light. And then, that Christ was that Word,
and in the beginning with God, may be gathered out of divers places of Moses,
David, and other of the Prophets. Nor was it ever questioned among
Christians (except by the Arians) but that Christh was God Eternal, and
his Incarnation eternally decreed. But the Fathers, all that write Expositions
on this Creed, could not forbear to philosophize upon it, and most of them out
of the principles of Aristotle ; which are the same the Schoolmen now
use; as may partly appear bythis, that many of them, amongst their Treatises of
Religion, have affected to publish Logick and Physick Principles according to
the sense of Aristotle ; as Athanasius, and Damascene. And
so some later Divines of Note, still confound the Concrete with the Abstract, Deus
with Deitas, ens with essentia, sapiens with sapientia,
Aeternus with Aeternitas. If it be for exact and rigid Truth
sake, why do they not say also, that Holiness is a Holy man, Covetousness a
Covetous man, Hypocrisie an Hypocrite, and Drunkenness a Drunkard, and the
like, but that it is an error ? The Fathers agree that the Wisdom of God is the
eternal Son of God, by whom all (146) things were made, and that he was
incarnate by the Holy Ghost, if they meant it in the Abstract : for if Deitas
abstracted be Deus, we make two Gods of one. This was well understood by
Damascene in his Treatise De Fide Orthodoxa (which is an Exposition of
the Nicene Creed) where he denies absolutely that Deitas is Deus,
lest (seeing God was made man) it should follow, the Deity was made man ; which
is contrary to the doctrine of all the Nicene Fathers. The attributes
therefore of God in the Abstract, when they are put for God, are put Metonymically
; which is a common thing in Scripture ; for example, Prov. 8. 28, where
it is said, Before the mountains were settled, before the hills, was I
brought forth ; the Wisdom there spoken of being the Wisdom of God,
signifies the same with the wise God. This kind of speaking is also ordinary in
all Languages. This considered, such abstracted words ought not to be used in
Arguing, and especially in the Deducing the Articles of our Faith ; though in
the Language of God's eternal Worship,and in all Godly Discourses, they cannot
be avoided; and the Creed itself is less difficult to be assented to in its own
words, than in all such Expositions of Fathers. Who for us men and our
Salvation came down from Heaven and was incarnate by the (147) Holy
Ghost of the Virgin Mary, and was made man. I have not read of any
exception to this ; For where Athanasius in his Creed says of the Son, he
was not made, but begotten, it is to be understood of the Son as he was God
Eternal ; whereas here it is spoken of the Son as he is man. And of the Son,
also as he was man, it may be said he was begotten of the Holy Ghost ; for a
Woman conceiveth not, but of him that begetteth ; which is also confirmed, Mat.
I. 20. That which is begotten in her (to genèthén), is of the Holy Ghost. And was also crucified for us under Pontius Pilate : he suffered
and was buried: and the third Day he rose again according to the scriptures,
and ascended into Heaven, and sitteth on the right hand of the Father; and he
shall come again with Glory to judge both the Quick and the Dead. whose kingdom
shall have no end (Of this part of the Creed I have not met with any doubt
made by any Christian). Hither the Council of Nice proceeded in their
general Confession of Faith, and no further.
This finished, some of the Bishops present at the Council (seventeen or
eighteen, whereof Eusebius Bishop of Caesarea was one) not
sufficiently satisfied, refused to subscribe till this Doctrine of omoousios
should be better explained. Thereupon the Council decreed, (148) that whosoever
shall say that God hath parts, shall be Anathematized ; to which the said
Bishops subscribed. And Eusebius, by order of the Council, wrote a
Letter, the Copies whereof were sent to every absent Bishop, that being
satisfied with the reason of their subscribing, they also should subscribe. The
reason they gave of their subscription was this, That they had now a form
of' words prescribed, by which, as a Rule, they might guide themselves so, as
not to violate the Peace of the Church. By this it is manifest, that no man
was an Heretick, but he that in plain and direct words contradicted that Form
by the Church prescribed, and that no man could be made an Heretick by
consequence. And because the said Form was not put into the body of the
Creed, but directed only to the Bishops, there was no reason to punish any
Lay-person that should speak to the contrary.
But what was the meaning of this Doctrine, That God has no Parts
? Was it made Heresie to say, that God, who is a real substance, cannot be
considered or spoken of as here or there, or any where, which are
parts of places ? Or that there is any real thing without length every way,
that is to say, which hath no Magnitude at all, finite, nor infinite ? Or is
there any whole substance, whose two halves or three thirds are not (149) the
same with that whole ? Or did they mean to condemn the Argument of Tertullian,
by which he confuted Apelles and other Hereticks of his time, namely, whatsoever
was not Corporeal, was nothing but Fantasm, and not Corporeal, for
heretical ? No, certainly, no divines say that. They went to establish the
Doctrine of One individual God in Trinity ; to abolish the diversity of
species in God, not the distinction of here and there in
substance. When St. Paul asked the Corinthians, Is Christ
divided? He did not think they thought him impossible to be considered as
having hands and feet, but that they might think him, according to the manner
of the Gentiles, one of the Sons of God, as Arius did ; but not the only
begotten Son of God. And thus also it is expounded in the Creed of Athanasius,
who was present in that Council, by these words, Not confounding the
Persons, nor dividing the Substances ; that is to say, that God is not
divided into three persons, as man is divided into Peter, James,
and John ; nor are the three persons one and the same person. But Aristotle,
and from him all the Greek Fathers, and other learned men, when they
distinguish the general latitude of a word, they call it division ; as when
they divide animal into man and beast, they call these eidè, Species
; and when (150) they again divide the Species man into Peter and John,
they call these mérè, partes individuae. And by this confounding
the division of the substance with the distinction of words, divers men have
been led into the Error of attributing to God a Name, which is not the name of
any substance at all, viz. Incorporeal.
By these words, God has no parts, thus explained, together with
the part of the Creed which was at that time agreed on, many of those Heresies
which were antecedent to that first General Council, were condemned ; as that
of Manes, who appeared about thirty years before the reign of Constantine,
by the first article, I believe in one God ; though in other words it
seems to me to remain still in the Doctrine of the Church of Rome, which
so ascribeth a Liberty of the Will to Men, as that their Will and Purpose to
commit sin, should not proceed from the Cause of all things, God ; but
originally from themselves or from the Devil. It may seem perhaps to some, that
by the same words the Anthropomorphites also were then condemned : And
certainly, if by parts were meant not persons individual, but pieces, they were
condemned : for face, arms, feet, and the like, are pieces. But this cannot be,
for the Anthropomorphites appeared not till the time of (151) Valens
the Emperor, which was after the Council of Nice between forty and fifty
years ; and were not condemned till the second general Council at Constantinople.
Now for the Punishment of Hereticks ordained by Constantine, we
read of none ; but that Ecclesiastical Officers, Bishops and other Preachers,
if they refused to subscribe to this Faith, or taught the contrary Doctrine,
were for the first Fault Deprived of their Offices, and for the second
Banished. And thus did Heresie, which at first was the name of private Opinion,
and no Crime, by vertue of a Law of the Emperor, made only for the Peace of the
Church, become a Crime in a Pastor, and punishable with Deprivation first, and
next with Banishment.
After this part of the Creed was thus established, there arose presently
many new Heresies, partly about the Interpretation of it, and partly about the
Holy Ghost, of which the Nicene Council had not determined. Concerning
the part established, there arose Disputes about the Nature of Christ, and the
word Hypostasis, id est, substance ; for of Persons there was yet no
mention made, the Creed being written in Greek, in which Language there
is no word that answereth to the Latine word Persona. And the
Union, as the Fathers called it, of the Human and Divine Nature in Christ, hypostatical,
(152 ) caused Eutyches, and after him Dioscorus, to affirm, there
was but one Nature in Christ ; thinking that whensoever two things are united,
they are one : And this was condemned as Arianism in the Councils
of Constantinople and Ephesus. Others, because they thought two
living and rational Substances, such as are God and Man, must needs be also two
hypostases, maintained that Christ had two hypostases : But these
were two Heresies condemned together. Then concerning the Holy Ghost, Nestorius
Bishop of Constantinople, and some others, denied the Divinity thereof.
And whereas about seventy years before the Nicene Council, there had
been holden a Provincial Council at Carthage, wherein it was Decreed,
that thi Christians which in the Persecutions had denyed the Faith of Christ,
should not be received again into the Church unless they were again baptized :
This also was condemned, though the President in that Council was that most
sincere and pious Christian, Cyprian. And at last the Creed made up
entire as we have it, in the Chalcedonian Council, by addition of these
words : And I believe in the Holy Ghost, the lord and giver of life, who proceedeth
from the Father and the Son. Who with the Father and the Son together is
worshipped and glorified. who spake by the prophets. (153) And I believe one
Catholick and apostolick Church. I acknowledge one Baptism for the Remission of
Sins. And I look for the Resurrection of the dead, and the life of the world to
come. In this addition are condemned, first the Nestorians and
others, in these words : who with the Father and the Son together is
worshipped and glorified: And secondly, the Doctrine of the Council of Carthage,
in these words I believe one Baptism for the Remission of sins. For one
Baptism is not there put as opposite to several sorts or manners of Baptism,
but to the iteration of it. St. Cyprian was a better Christian than to
allow any Baptism that was not in the Name of the Father, Son, and Holy Ghost.
In the General Confession of Faith contained in the Creed called the Nicene
Creed, there is no mention of Hypostasis, nor of Hypostatical Union, nor
of Corporeal, nor of Incorporeal, nor of Parts ; the understanding of which
words being not required of the Vulgar, but only of the Pastors, whose
disagreement else might trouble the Church ; nor were such Points necessary to
Salvation, but set abroach for ostentation of Learning, or else to dazzle men,
with design to lead them towards some ends of their own. The changes of
prevalence in the Empire between the Catholicks and the Arians,
and (154) how the great Athanasius, the most fierce of the Catholicks,
was banished by Constantine, and afterwards restored, and again
banished, I let pass ; only it is to be remembered, that Athanasius is
suppos’d to have made his Creed then, when (banished) he was in Rome, Liberius
being pope ; by whom, as is most likely, the word hypostasis, as it was
in Athanasius's Creed, was disliked. For the Roman Church could
never be brought to receive it, but instead thereof used their own word Persona.
But the first and last words of that Creed the Church of Rome refused
not : for they make every Article, not only those of the body of the Creed, but
all the Definitions of the Nicene Fathers to be such, as a man cannot be
saved, unless he believe them all stedfastly ; though made only for Peace Sake,
and to unite the minds of the Clergy, whose disputes were like to trouble the
Peace of the Empire. After these four first General Councils, the Power of the Roman
Church grew up a pace ; and either by the negligence or weakness of the
succeeding Emperors, the Pope did what he pleased in Religion. There was no
Doctrine which tended to the Power Ecclesiastical, or to the Reverence of the
Clergy, the contradiction whereof was not by one Council or another made
Heresie, and punished arbitrarily by the Emperors with Banishment or Death.
And at last Kings themselves, and (155) Commonwealths, unless they purged their
Dominions of Hereticks, were Excommunicated, Interdicted, and their Subjects
let loose upon them by the Pope ;
insomuch as to an ingenuous and serious Christian, there was nothing so dangerous
as to enquire concerning his own Salvation, of the Holy Scripture; the careless
cold Christian was safe, and the skilful Hypocrite a saint. But this is a story
so well known, as I need not insist upon it any longer, but proceed to the
Hereticks here in England, and what Punishments were ordained for them
by Acts of Parliament. All this while the Penal Laws against Hereticks were
such, as the several Princes and States, in their own Dominions, thought fit to
enact. The Edicts of the Emperors made their Punishments Capital, but for the
manner of the Execution, left it to the Prefects of Provinces : and when other
Kings and States intended (according to the Laws of the Roman Church) to
extirpate Hereticks, they ordained such Punishment as they pleased. The first
Law that was here made for the punishment of Hereticks, called Lollards,
and mentioned in the Statutes, was in the fifth year of the Reign of Richard
the Second, occasioned by the doctrine of John Wickliffe and his
followers ; which Wickliff, because no Law was yet ordained for his punishment
in Parliament, by the favour of (156) John of Gaunt, the King's son, during the
Reign of Edward the third, had escaped. But in the fifth year of the
next King, which was Richard the Second, there passed an Act of
Parliament to this effect : that Sheriffs and some others should have
Commissions to apprehend such as were certified by the Prelates to be Preachers
of Heresie, their Fautors, Maintainers, and Abettors, and to hold them in
strong Prison, till they should justify themselves, according to the Law of
Holy Church. So that hitherto there was no Law in England, by which a
Heretick could be put to Death, or other ways punished, than by imprisoning him
till he was reconciled to the Church. After this, in the next King's reign,
which was Henry the Fourth, son of John of Gaunt, by whom Wickliffe
had been favoured, and who in his aspiring to the Crown had needed the good
Will of the Bishops, was made a Law, in the second Year of his Reign,
wherein it was Enacted, that every Ordinary may convene before him, and
imprison any person suspected of Heresie ; and that an obstinate Heretick shall
be burnt before the people.
In the next King's
Reign, which was Henry the Fifth, in his Second year, was made an Act of
Parliament, wherein it is declared, that the intent of Hereticks, called Lollards,
was to subvert the Christian Faith, the Law of God, the Church, and the Realm :
and that (157) an Heretick convict should forfeit all his Fee-simple Lands,
Goods, and Chattels, besides the Punishment of Burning. Again, in the five and
twentieth year of King Henry the Eighth, it was Enacted, That an
Heretick convict shall abjure his Heresies, and refusing so to do, or
relapsing, shall be burnt in open place, for example of others. This Act was
made after the putting down of the Pope's Authority : And by this it appears,
that King Henry the Eighth intended no farther alteration in religion,
than the recovering of his own Right Ecclesiastical. But in the first year of
his son King Edward the Sixth, was made an Act, by which were repealed
not only this Act, but also all former Acts concerning Doctrines, or matters of
Religion ; so that at this time there was no Law at all for the punishment of
Hereticks.
Again, in the Parliament of the first and second year of Queen Mary,
this Act of 1 Ed. 6. was not repealed, but made useless, by reviving the
Statute of 25 Hen. 8, and freely putting it in execution ; insomuch as
it was Debated, Whether or no they should proceed upon that Statute against the
Lady Elizabeth, the Queens sister.
The Lady Elizabeth, not long after by the Death of Queen Mary,
coming to the Crown, in the fifth year of her Reign, by Act of Parliament
repealed in the first place all the Laws Ecclesiastical of Queen Mary, with
all other (158) former Laws concerning the punishments of Hereticks, nor did
she enact any other punishments in their place. In the second place it was
Enacted, That the Queen by her Letters Patents should give a Commission to the
Bishops, with certain other persons, in her Majesties Name, to execute the
Power Ecclesiastical ; in which Commission, the Commissioners were forbidden to
adjudge anything to be Heresie, which was not declared to be Heresie by some of
the first four General Councels : But there was no mention made of General
Councels, but only in that branch of the Act which Authorised that Commission,
commonly called the High Commission ; nor was there in that Commission
anything concerning how Hereticks were to be punished ; but it was granted to
them, that they might declare or not declare, as they pleased, to be Heresie or
not Heresie, any of those Doctrines which had been Condemned for Heresie in the
first four General Councils. So that during time that the said High Commission
was in being, there was no Statute by which a Heretick could be punished
otherways, than by the ordinary Censures of the Church ; nor Doctrine accounted
Heresie, unless the Commissioners had actually declared and published, That all
that which was made Heresie those four Councels, should be Heresie also now:
But I never heard that any such Declaration was made either by (159)
Proclamation, or by Recording it in Churches, or by public Printing, as in
penal Laws is necessary ; the breaches of it are excused by ignorance. Besides,
if Heresie had been made Capital, or otherwise civilly punishable, either the
Four General Councils themselves, or at least the Points condemned in them,
ought to have been Printed or put into Parish Churches in English, because
without it, no man could know how to beware of offending against them.
Some men may perhaps ask, whether nobody were Condemned and Burnt for
heresie, during the time of the High Commission.
I have heard there were : but they which prove such executions, may
peradventure know better grounds for them than I do; but those grounds are very
well worthy to be enquired after.
Lastly, in the seventeenth year of the Reign of King Charles the
First, shortly after that the Scots had rebelliously put down the
Episcopal Government in Scotland, the Presbyterians of England
endeavoured the same here. The king, though he saw the Rebels ready to take the
Field, would not condescend to that ; but yet in hope to appease them, was
content to pass an Act of Parliament for the abolishing the High Commission.
But though the High Commission was taken away, yet the Parliament having other
ends besides the setting (160) up of the Presbyterate, pursued the Rebellion,
and put down both Episcopacy and Monarchy, erecting a power by them called The
Commonwealth, by others the Rump, which men obeyed not out of duty,
but for fear ; nor was there any human Laws left in force to restrain any man
from Preaching or Writing any Doctrine concerning Religion that he pleased; and
in this heat of the War, it was impossible to disturb the Peace of the State,
which then was none.
And in this time it was, that a Book called Leviathan was written
in defence of the King's Power, Temporal and Spiritual, without any word
against Episcopacy, or against any Bishop, or against the public Doctrine of
the Church. It pleased God, about twelve years after the Usurpation of this Rump,
to restore His most Gracious Majesty that now is, to his Fathers Throne, and
presently, His Majesty restored the Bishops, and pardoned the Presbyterians.
But then both the one and the other accused in Parliament this Book of heresie,
when neither the Bishops before the War had declared what was Heresie ; when if
they had, it had been made void by the putting down of the High Commission at
the importunity of the Presbyterians. So fierce are men, for the most part, in
dispute, where either their Learning or Power is debated, that they never think
of the Laws, but as soon as they are offended, they cry out, Crucifige ;
forgetting what St. Paul (2 Tim. ii. 24, 25) saith, even in case of
obstinate holding of an Error : The Servant of the Lord must not strive, but be
gentle unto all men, apt to teach, patient, in meekness instructing those that
oppose themselves ; if God per adventure will give them repentance, to the
acknowledging of the truth: of which counsel, such fierceness as hath
appeared in the disputation of divines, down from before the Council of Nice to
this present time, is a violation.
FINIS.
[1] « Car pareils aux enfants qui tremblent et s'effraient
de tout dans les ténèbres aveugles, c'est en pleine lumière que, nous-mêmes,
parfois nous craignons des périls aussi peu redoutables que ceux dont
s'épouvantent les enfants dans les ténèbres et qu'ils imaginent tout près
d'eux. » On peut s’étonner que Hobbes cite un matérialiste pour se
défendre de l’accusation d’hérésie par Bramhall. (Traduction d’Henri Clouart,
2ème édition, Garnier Frères). (NdT)
[2] Le génie invaincu de Hobbes a dispersé les larves de
l’hérésie, monstres barbares des sectes. (Traduction de P. Folliot) (NdT)
[3] Effectivement, le mot grec airesis désigne le
fait de prendre (par exemple une ville), le fait de choisir, de préférer. Il
peut aussi désigner un parti politique, une secte, une opinion. A ma connaissance, le mot airesis est employé
neuf fois dans le nouveau testament (version Stephanus de 1550) et il est rendu
par secte (secta) et hérésie (haeresis) dans la Vulgate. En actes,
le mot désigne les sadducéens (X, 17), les pharisiens (XV, 5 – XXVI, 5 – et
XXVII, 22) et les nazéréens (XXIV, 25 – XXIV, 14) sans que le terme ait le sens
d’hérésie. En 1. Corinthiens, XI, 19, il est pris au sens de divisions
(nécessaires pour reconnaître les justes). C’est en Galates, X, 20 et en
2. Pierre, II,1 que le mot est pris en mauvaise part et associé soit à
la perdition, soit à l’impossibilité d’accéder au royaume de Dieu. (NdT)
[4] «A. Nihihne ad definitionem haereseos pertinent voces, quas omisisti, veritas et error ; quorum alter omni dogmati adhaeeret necessario ? B. Nihil omnino ; haeresis enim solam denotat sententiam declaratam, sive vera ea sit, sive falsa; sive juxta, sive contra legem. » (Opera philosophica…, Molesworth, 1841, vol.III, page 540). “A. Les mots de vérité et d’erreur que vous avez oublié de mentionner – et l’un ou l’autre doit être attaché à tout dogme – n’appartiennent donc en rien à la définition de l’hérésie ? B. En rien, l’hérésie désigne en fait seulement une opinion qu’on émet, qu’elle soit vraie ou qu’elle soit fausse, qu’elle soit juste ou qu’elle aille contre la loi. » (Traduction d’Isabelle Folliot, 2009) (NdT)
[5] Dans l’Appendice au Léviathan latin, Hobbes les appelle des hérésiarques (Opera philosophica…, Molesworth, 1841, vol.III, page 540). (NdT)
[6] Dans l’Appendice au Léviathan latin, on peut lire : « sectatores tamen eorum philosophos dicendos esse non puto ; qui praeterquam quod scirent quaenam fuerint magistrorum suorum sententiae, nihil intelgebant. Principia enim et ratiocinationes, quibus eorum dogmata innitebantur, nesciebant ; neque quicquam ad philosophise speciem in vita habuerunt, praeterquam quod tristes incederent, barbam promitterent, et pallium tritum amicirentur ; homines alioqui avari, fastuosi, iracundi, et amore civili alieni. » (Opera philosophica…, Molesworth, 1841, vol.III, Appendice, chapitre 2, page 540). « A l’exception de la connaissance qu’ils avaient de la pensée de leurs maîtres, ils ne comprenaient rien. En fait, ils ne connaissaient pas les principes et les raisonnements sur lequels s’appuyaient les dogmes de leurs maîtres ; et ils n’avaient rien dans leur vie qui pût leur donner l’aspect de philosophes, sinon leur allure austère, la barbe qu’ils se laissaient pousser, le vêtement qu’ils portaient. Du reste, ils étaient des hommes cupides, dédaigneux, irascibles et étrangers à toute civilité. » (Traduction d’Isabelle Folliot, 2009) (NdT)
[7] To take after : suivre mais aussi ressembler, tenir de, comme quand on dit d’un enfant qu’il tient de ses parents. (NdT)
[8] Qui vient du verbe sequor, suivre (d’où disciples, sectateurs, ceux qui suivent). (NdT)
[9] Hefele, dans son Histoire des conciles d’après les documents originaux, tome 1, Letouzey et Ané, 1907, page 337, signale que « les apologistes, pour se rendre plus abordables et plus intelligibles aux païens, habitués à la philosophie platonicienne (…) rapprochèrent trop souvent, dans ce but, le Verbe chrétien du Logos platonicien et philonien, (…) rabaissèrent trop le fils, (…) attribuèrent à son être un commencement,etc ». (NdT)
[10] « Philosophorum, quos dixi supra, hominum imperitorum apostolorum tempore vigentium, arrogantia ; qui caeteris hominibus argutius disputare et potentius perorare didicerant. Hi ad disciplinam Christi accedentes in presbyteros et episcopos, ad defendendam et propagandam fidem, pene necessario eligebantur ; et magistrorum suorum ethnicorum, quantum poterant, etiam facti Christiani dogmata retinuerunt ; et propterea Scripturas Sacras ad philosophiam suam et fidem Christianam, tanquam eandem rem, simul conservandam interpretari conabantur. » : « (Opera philosophica…, Molesworth, 1841, vol.III, Appendice, chap.2 page 542). « C’était l’arrogance des philosophes dont j’ai parlé précédemment, hommes ignorants, qui étaient en vogue à l’époque des apôtres. Ils avaient appris à disputer d’une façon plus ingénieuse et à pérorer plus vigoureusement. Ceux-ci étant venus à l’enseignement du Christ, il était presque inévitable qu’ils fussent choisis comme prêtres et comme évêques pour défendre et propager la foi et, même devenus chrétiens, ils retenaient, autant qu’ils pouvaient, les dogmes de leurs maîtres païens et, à cause de cela, ils s’efforçaient d’interpréter les Saintes Ecritures de manière à conserver à la fois leur philosophie et la foi chrétienne, comme si c’était la même chose. » (Traduction d’Isabelle Folliot, 2009) (NdT)
[11] Le mot grec katholicos a été employé par Aristote et
d’autres au sens d’universel, de général ou de total (On trouve « kata olou » dans
le Ménon de Platon (77a) et la définition du katholou dans Le
sophiste. Selon Joseph Owens (the grounds of universality in Aristotle),
c’est Aristote qui donna au mot son sens technique). Ignace d’Antioche est le
premier, semble-t-il, à avoir utilisé l’expression « Eglise
catholique » : « Là où est le Christ Jésus, là est l’Eglise
catholique. » (Lettre d’Ignace d’Antioche aux Smyrniotes, in Les
écrits des pères apostoliques, Ed. du Cerf, 2001, page 208) L’expression
signifie que l’Eglise forme un seul tout parfaitement unifié, qui se distingue
de ceux qui ont dévié de la foi apostolique. (NdT)
[12] C’est le sabellianisme. « Sabellius (…) ne mettait point d’autre différence entre les personnes de la Trinité, que celle qui est entre les différentes opérations d’une même chose. Lorsqu’il considérait Dieu, comme faisant des décrets dans son conseil éternel, et résolvant d’appeler les hommes au salut, il le regardait comme Père ; lorsque ce même Dieu descendait sur la terre dans le sein de la Vierge, qu’il souffrait et mourait sur la croix, il l’appelait Fils ; enfin, lorsqu’il considérait Dieu comme déployant son efficace dans l’âme des pêcheurs, il l’appelait Saint Esprit. Selon cette hypothèse, il n’y avait aucune distinction entre les personnes divines ; les titres de Père, de Fils, et de S. Esprit, n’étaient que des dénominations empruntées des actions différentes que Dieu avait produites pour le salut des hommes. » (François Pluquet : Dictionnaire des hérésies, Paris, 1762, tome II, pp.546, 547). Le sabellianisme (parfois appelé modalisme) est antitrinitaire (en tant qu’il rejette le mystère de la trinité) et unitarien en tant qu’il rejette l’idée que la trinité soit formée de trois personnes.. (NdT)
[13] Il s’agit du manichéisme : « Les Juifs
[disait Manès] enseignent que le bien et le mal viennent de la même cause,
ils n’admettent qu’un seul principe de toutes choses, ils ne mettent aucune
différence entre la lumière et les ténèbres, ils confondent le Dieu
souverainement bon avec le principe du mal ; nulle erreur n’est, ni plus
déraisonnable, ni plus injurieuse à Dieu. J.C. a fait connaître aux hommes, que
le Dieu suprême et bienfaisant ne régnait pas seul dans le monde, que le Prince
des ténèbres exerçait sur les hommes un empire tyrannique, qu’il les portait
sans cesse vers le mal, qu’il allumait en eux mille passions dangereuses, leur
suggérait tous les crimes. J.C. a révélé aux hommes les récompenses destinées à
ceux qui vivent sous l’empire du Dieu suprême et bienfaisant, et les supplices
réservés aux méchants qui vivent sous l’empire du démon ; enfin il leur a
fait connaître toute l’étendue de la bonté de l’Etre suprême. Cependant les
Chrétiens sont encore dans des erreurs dangereuses sur la bonté de l’Etre
suprême, ils croient qu’il est le principe de tout, qu’il a créé Satan et qu’il
peut faire du mal aux hommes. Ces fausses idées sur la bonté de l’Etre suprême
l’offensent, pervertissent la morale et empêchent les hommes de suivre les
préceptes et les conseils de l’Evangile. Pour dissiper ces erreurs, il faut
éclairer les hommes sur l’origine du monde et sur la nature de deux principes
qui ont concouru dans sa production, il faut leur apprendre que le bien et le
mal ne pouvant avoir une cause commune, il faut nécessairement supposer dans le
monde un bon et un mauvais principe. » François Pluquet : Dictionnaire
des hérésies, Paris, 1762, tome II, pp.266, 267. (NdT)
[14] Allusion évidente à Bramhall. Il faut avoir à l’esprit que
ce texte sur l’hérésie est la dernière phase d’un débat entre un partisan du
libre arbitre, Bramhall, et un nécessitariste, Hobbes. La thèse nécessitariste
de Hobbes, selon Bramhall, aboutit à l’affirmation que Dieu est la cause
première du mal, ce qui lui semble hérétique, le mal, selon lui, procédant du
libre arbitre humain. La doctrine de Hobbes, dit Bramhall « détruit la
liberté et déshonore la nature humaine. Elle fait des causes secondes et des
objets extérieurs des raquettes du destin et des hommes des balles de ce même
destin. Elle fait de la Cause Première Celle qui introduit tout le mal et tout
le péché dans le monde, au même titre que l’homme, et même davantage, tout
comme le mouvement d’une montre vient davantage de l’artisan qui la fit et la
remonta que des ressorts, des rouages et du ruban. Si Dieu, par Son influence
spéciale dans les causes secondes, les nécessite à agir comme elles agissent et
si, ainsi déterminées, elles nécessitent Adam à faire ce qu’il fit
inévitablement, irrésistiblement, non par une subordination accidentelle des
causes mais par une subordination essentielle, alors, l’une de ces deux
absurdités doit nécessairement s’ensuivre ! soit Adam ne pécha pas et il
n’existe rien de tel que le péché dans le monde parce qu’il procède
naturellement, nécessairement et essentiellement de Dieu, soit Dieu est plus
coupable de ce péché et est davantage la cause du mal que l’homme parce que l’homme
est déterminé extrinsèquement, inévitablement, ce qui n’est pas le cas de Dieu.
Et, dans les causes essentiellement subordonnées, la cause de la cause est
toujours la cause de l’effet. » (Bramhall :
Defence of true liberty, OC. De bramhall, Oxford, 1844, tome 4 p63, Traduction de
P. Folliot, Les Classiques des Sciences Sociales, 2009). Hobbes prétend ici que, si l’homme est la
cause première du mal, l’homme et Dieu se trouvent comme deux principes
opposés. Bramhall est presque accusé d’hérésie, ce qui fait sourire quand on
songe au caractère peu orthodoxe de nombreuses affirmations de notre auteur en
matière de religion. (NdT)
[15] C’est l’anthropomorphisme, né d’une interprétation littérale de certains passages des Ecritures, surtout Genèse, I, 27 (Et Dieu créa l’homme à son image ; il le créa à l’image de Dieu ; il les créa mâle et femelle.) Ephiphane parle des disciples d’Audius – 4ème siècle - (qu’Augustin appelle vadiens ou vadianites) comme d’anthropomorphites, tout en admirant leur austérité. (NdT)
[16] C’est le docétisme (verbe grec dokein : paraître), hérésie chrétienne consistant à affirmer que le corps du Christ n’est qu’une apparence (car le Christ pose le problème immense du contact du divin et de la matière). Certains passages du nouveau testament peuvent faire penser que l’opinion existait déjà avant de prendre de l’ampleur au IIème siècle chez les Gnostiques (pour qui la séparation de Dieu et de la matière était cruciale – voir la théorie des éons), marcionites et valentiniens. Tertullien écrira le De Carne Christi contre les docètes. Le docétisme fut condamné par le concile de Chalcédoine (451). (NdT)
[17] C’est l’arianisme. Les ariens niaient la divinité du Christ, ne voyant en lui qu’un grand homme. Pour préserver l’unité de Dieu, Arius soutint que le Christ était une créature produite dans le temps, tirée du néant (et non de lui-même) par Dieu. Le fils n’était donc pas co-éternel au Père. La formule du concile de Nicée « engendré et non pas fait, consubstantiel au Père » est une condamnation de l’arianisme. Les sociniens (parfois appelés nouveaux ariens) refusèrent aussi, au XVIème siècle, de reconnaître la divinité du Christ comme un dogme. (NdT)
[18] Il s’agit du nestorianisme, hérésie qui s’est surtout développée dans le monde oriental. Nestor refusait que le Christ soit une seule personne Dieu-Homme ayant les attributs de la divinité et les attributs de l’humanité (union hypostatique). Il y aurait donc, selon lui, dans le christ, deux personnes. Sinon, il faudrait dire que la divinité, dans le Christ, a souffert, qu’elle était sujette aux passions humaines, etc., ce qui risque de ramener à une forme de paganisme. Le nestorianisme a été condamné par le concile de Rome de 252 et le concile d’Ephèse de 431.
[19] C’est l’euthychianisme ou monophysisme : Eutyche
enseignait (dans sa volonté de combattre le nestorianisme qui affirmait qu’il y
avait deux personnes dans le Christ) que, par l’incarnation, la nature humaine
et la nature divines s’étaient confondues et ne formaient plus qu’une seule
nature. Il refusa donc que Jésus fût consubstantiel à son Père et
consubstantiel à l’homme. La nature humaine avait été absorbée par la nature
divine et il n’y avait plus rien d’humain chez le Christ (ce qui rendait
problématique la passion et la rédemption). Le monophysisme fut définitivement
condamné au concile de Chalcédoine (451).
[20] Le premier grand pas avait déjà été fait en 313 quand Constantin et Licinius avaient proclamé le fameux Edit de Milan qui reconnaissait la liberté de culte et demandait que les lieux de culte et biens de l’Eglise chrétienne soient restitués aux chrétiens. Sur le texte de cet édit, voir par exemple A. d’Alès : Le dogme de Nicée, Beauchesne, 1926, pp.72-74. (NdT)
[21] Quelques extraits du Banquet d’Arius (conservés par
Athanase) permettront d’éclairer le lecteur sur l’arianisme : « Dieu
n’a pas toujours été Père ; il y a eu un moment où il était seul et
n’était pas encore Père ; plus tard, il l’est devenu. Le Fils n’est pas de
toute éternité, il est tiré du néant (…). Dieu est (…) ineffable, et rien (pas
même le Fils par conséquent) n’est égal ou semblable à lui, rien n’approche de
sa gloire. Ce Dieu sans commencement a fait le Fils au commencement des
créatures , et il l’a adopté pour son Fils. (…). Le Fils n’a rien dans sa
propre nature de semblable à Dieu, rien qui égale l’être de Dieu (…). Les trois
personnes de la Trinité ne sont pas semblables en gloire, les hypostases ne
sont pas confondues et l’une est infiniment plus glorieuse que les autres. (…)
Ce qu’est le Fils, il l’est par le Père. » Cité par Hefele :
Histoire des conciles d’après les
documents originaux, tome 1, Letouzey
et Ané, 1907, pp.377, 378. (NdT)
[22] « L’évêque Alexandre parla un jour, en présence de
tout le clergé, du mystère de la Trinité, et insista particulièrement sur
l’unité dans la Trinité, philosophant sur ce grave sujet, et pensant recueillir
quelque honneur de son argumentation. Mais Arius, avide de dispute, crut
découvrir le sabellianisme dans la doctrine de l’évêque. Il le contredit
vivement, et prétendit que si le Père avait engendré le Fils, l’être de celui
qui était engendré avait eu un commencement (…), et qu’il y avait eu par
conséquent un moment où il n’était pas, (…) qu’il s’ensuivait donc que le Fils
tenait son être du néant. » Socrate : Histoire ecclésiastique,
cité par Hefele, Histoire des conciles
d’après les documents originaux, tome
1, Letouzey et Ané, 1907,pp.357, 358. D’après Sozomène, l’affaire ne se passa pas ainsi et ce
fut Arius qui commença à répandre ses erreurs. (Ibid.
p.360) (NdT)
[23] Jean, XIV, 28. (NdT)
[24] Jean,
I, 1. (NdT)
[25] Jean, XX, 28. (NdT)
[26] « unde nata est paulo post in urbe Alexandrina seditio et caedes » (Opera philosophica…, Molesworth, 1841, vol.III, Appendice, Chapitre 2, page 544). (NdT)
[27] En
325. (NdT)
[28] Selon certains auteurs, nous dit Hefele (Histoire des conciles d’après les documents originaux, tome 1, Letouzey et Ané, 1907, p.427), ces mémoires auraient été remis à l’empereur avant l’assemblée et il les aurait détruits sans les lire. (NdT)
[29] Sur le contenu de ce discours fait en latin, voir la
traduction de Turmel dans Constantin et la Papauté (in Revue
catholique des Eglises, 1906, T.III, pp.204, 205. On peut retenir ce
passage : « Mais pour que mes vœux soient comblés, il faut que vos
cœurs soient unis et que l’on voie régner parmi vous la paix dont votre
consécration à Dieu vous fait un devoir d’être les apôtres. » (NdT)
[30] Je n’ai pas trouvé une formule de ce type dans le discours de Constantin. (NdT)
[31] Hobbes adopte ici le vocabulaire du Livre des prières publiques (Book of common prayer). (NdT)
[32] Pour le texte et les commentaires des canons du concile,
voir Hefele : Histoire des
conciles d’après les documents originaux, tome 1, Letouzey et Ané, 1907,
p.528 et suivantes. (NdT)
[33] Hobbes ne suit pas le Symbole de Nicée mais suit le Symbole de Nicée-Constantinople (en suivant le Livre des Prières publiques). La différence est de taille car le Symbole de Nicée-Constantinople (ainsi que les symboles suivants) a fait disparaître la fin du credo qui était une très nette condamnation de l’arianisme : « Quant à ceux qui disent qu’il y eut un temps où il n’était pas, et avant d’avoir été engendré il n’était pas, et qu’il est devenu à partir de ce qui n’était pas, ou qui déclarent que le Fils de Dieu existe à partir d’une autre hypostase ou susbtance, ou qu’il est créé, ou qu’il est altérable et muable, l’Eglise catholique les anathématise (anathematizei è katholikè ekklèsia). » (NdT)
[34] Les passages pris dans le Livre des prières publiques
sont reproduits dans l’édition de référence avec les mêmes caractères gothiques
(que nous reproduirons en caractères gras). Nous avons sous les yeux l’édition
de 1559 reproduite dans une édition de Robert Barker (1634). Le passage concerné est, dans la langue de l’époque : “I Beleeve in God
the Father Almighty, maker of heaven and earth : and in Jesus Christ his
onely Sonne our Lord, which was conceived by the holy Ghost, borne of the
Virgine Mary, suffered under Ponce Pylate, was crucified dead and buried, he
descended into hell. The third day he rose againe from the dead. He ascended
intro heaven, and sitteth on the right hand of God the Father Almighty. Frome
thence he shall come to judge the quicke and the dead. I beleeve in the holy
Ghost, the holy Catholique Chruch, the Communion of Saints, the forginenesse of
sinnes, the resurrection of the body, and the life everlasting. Amen.” (NdT)
[35] Voir note sur le docétisme. (NdT)
[36] « Il y avait dans l’Eglise primitive une sorte
d’hérétiques qui soutenaient que Jésus Christ n’avait pas un véritable corps
réel mais n’était qu’un phantasme, un esprit, ce que les Latins appellent spectra.
Contre le chef de cette secte, dont le nom est – je crois – Apelles, Tertullien
écrivit un livre qui existe encore parmi ses œuvres et qui est intitulé : De
Carne Christi, où, après avoir parlé de la nature des phantasmes et montré
qu’il n’y avait rien de réel en eux, il conclut par ces mots : « tout
ce qui n’est pas corps n’est rien » ».
Hobbes : Réponse à la capture du Léviathan, Traduction de Philippe
Folliot, Les Classiques des Sciences Sociales, 2009. (NdT)
[37] Peut-être est-ce une allusion à Apologétique, XXI, 10. (NdT)
[38] « gennethenta ou poiethenta » dans le symbole de Nicée. ( NdT)
[39] C’est là qu’on trouve dans le symbole de Nicée le fameux « omoousion to patri ». (NdT)
[40] En caractères grecs dans le texte. « (…) les
évêques choisirent, au lieu des expressions bibliques, le terme omoousios,
c’est-à-dire « qui est de la même substance ». Voici le sens de cette
expression : le Fils n’est pas seulement semblable au Père, en tant que
son image, mais il est le même que le Père, il est du Père, et la ressemblance
du Fils et son immutabilité sont autres que les nôtres : car en nous elles
sont le résultat de la volonté et naissent de l’accomplissement des
commandements divins. En outre, ils voulaient indiquer par là que la génération
du Fils est différente de celle de la nature humaine ; que le Fils est non
seulement semblable au Père, mais inséparable de la substance du Père, que lui
et le Père ne font qu’un. » C.J.
Hefele : Histoire des conciles d’après les documents originaux, tome 1,
Letouzey et Ané, 1907, p.434. (NdT)
[41] L’expression
arcana verba se trouve dans la Vulgate, II. Corinthiens, XII, 4,
quand Paul parle de son ravissement : « quoniam raptus est in
paradisum : et audivit arcana verba, quæ non licet homini loqui. »
« qu’il a été enlevé au paradis et a entendu des paroles ineffables
qu’il n’est pas permis à l’homme d’exprimer. » La Stephanus grecque parle
de « arrèta rèmata », paroles (ou mots) indicibles, inexprimables,
secrètes. La King James version dit « unspeakable words », des paroles ou mots qu’on ne peut
dire, indicibles. L’expression « divina verba » n’est pas présente
dans la Bible. Même chose pour « divina et arcana verba ». (NdT)
[42] En caractères grecs dans le texte. (NdT)
[43] En caractères grecs dans le texte. (NdT)
[44] « fancy » : image mentale, imagination. (NdT)
[45] En caractères grecs dans le texte. (NdT)
[46] En caractères grecs dans le texte. (NdT)
[47] En caractères grecs dans le texte. (NdT)
[48] « isness ». Ce mot, formé à partir de « is » (est) est d’un usage rare. Dans la distinction « isness » « oughtness », il désigne l’être qui se distingue du devoir être. Sinon, il signifie le fait d’être. Traduire « isness » par « être » n’eût pas rendu compte de la critique de Hobbes. Il fallait donc créer un néologisme. (NdT)
[49] Le texte a été ici amputé de quelque chose, comme chez Molesworth. Sur ce point, voir Franck Lessay : Hérésie et histoire, Vrin, 1993, page 37, note 6. (NdT)
[50] « Qu'on dise aussi que Dieu est devenu homme sans
mutation mais jamais nous n'avons entendu dire que la divinité est devenue
homme, ou s'est incarnée, ou s'est in-humanisée. On nous a appris que la
divinité s'est unie à l'humanité en l'une de ses hypostases. Que l'on dise
aussi que Dieu a pris une forme, c'est-à-dire une autre substance, la nôtre. A
chacune des hypostases en effet nous donnons le nom de Dieu, mais ne disons pas
: la divinité, pour l'hypostase car ce mot, divinité, ne s'applique pas au Père
seul, au Fils seul, ou à l'Esprit seul ; la divinité signifie la nature, le
Père l'hypostase, comme l'humanité la nature et Pierre l'hypostase. Dieu
signifie la communion de nature et s'applique à chacune des hypostases par
dérivation de nom comme le mot homme : Dieu est ce qui a la nature divine,
homme la nature humaine. » (Damascène : Exposé de la foi
orthodoxe, Livre III, chapitre XI, traduction Emmanuel Ponsoye, Paris,
1966) (NdT)
[51] La référence est fausse. Il s’agit de VIII, 25. (NdT)
[52]
« Fílius a Patre solo
est: non factus, nec creatus, sed genitus. » (Symbole dit d’Athanase).
(NdT)
[53] En caractères grecs dans le texte. (NdT)
[54] En caractères grecs dans le texte. (NdT)
[55] « Mais ceux qui soutiennent que Dieu est un phantasme, comme le faisaient les exorcistes de l’Eglise de Rome - c’est-à-dire qu’on jugeait à l’époque qu’il y avait des esprits déambulant dans les cimetières, les âmes des hommes enterrés – le réduisent à n’être rien du tout. Mais comment ? Etaient-ils athées ? Non car, bien qu’ils ignorassent que la conséquence de ce qu’ils disaient équivalait à de l’athéisme, dans leurs cœurs, pourtant, ils pensaient que Dieu était une substance et, s’ils avaient connu le sens des mots substance et corporelle, ils auraient dit que Dieu était une substance corporelle. De sorte qu’il est très facile, même pour les hommes les plus pieux de l’Eglise, de tomber dans cet athéisme par conséquence. De même, celui qui dit que Dieu est entièrement ici et entièrement là et entièrement partout détruit par conséquence l’unité de Dieu, son infinité et sa simplicité. C’est ce que font les Scolastiques et ils sont donc athées par conséquence bien qu’ils ne disent pas tous dans leur cœur qu’il n’y a pas de Dieu. De même, Monseigneur, en exemptant la volonté humaine de l’assujettissement à la nécessité de la volonté et des décrets de Dieu, nie par conséquence la prescience divine, ce qui revient aussi à l’athéisme par conséquence. Mais, de cette idée, que Dieu est un esprit corporel infiniment pur, on ne peut tirer aucune conséquence indigne ou déshonorante. » Hobbes : Réponse à la capture du Léviathan, Traduction de Philippe Folliot, Les Classiques des Sciences Sociales, 2009. (NdT)
[56] « (…) cette proposition, Dieu n’a pas de parties,
fut ajoutée à la demande des Pères qui n’étaient pas d’accord pour expliquer le
mot consubstantiel et elle est aussi expliquée autant par Athanase dans son
credo – par ces paroles : non trois Dieux mais un unique Dieu – que
par l’attribut constant, depuis, de Trinité individuelle. Les mêmes
mots, néanmoins, condamnent aussi les anthropomorphites car, bien qu’aucun
Chrétien n’ait professé que Dieu avait un corps organique et que, par
conséquent, les personnes étaient trois individus, les Gentils étaient pourtant
tous anthropomorphites et ils furent alors condamnés par cette
expression : Dieu n’a pas de parties. » Hobbes : Réponse
à la capture du Léviathan, Traduction de Philippe Folliot, Les
Classiques des Sciences Sociales, 2009. (NdT)
[57] « Saint Paul, dit ainsi du Christ (Col.ii.9) : En
lui habite toute la plénitude de la divinité corporellement. Ce passage, Athanase (qui fut un grand
docteur zélé du concile de Nicée et un ennemi véhément de l’hérétique Arius qui
n’admettait (307) pas que le Christ soit Dieu, sinon comme on le dit des hommes
d’éminente piété) l’explique ainsi : La plénitude de la divinité habite
en lui corporellement (en grec, somatikôs ), c’est-à-dire theïkôs,
c’est-à-dire realiter. Il y a ainsi un Père favorable à la corporalité
et à l’idée que ce Dieu était dans le Christ de la même manière qu’un corps est
dans un corps. De plus, il y avait dans l’Eglise primitive une sorte
d’hérétiques qui soutenaient que Jésus Christ n’avait pas un véritable corps
réel mais n’était qu’un phantasme, un esprit, ce que les Latins appellent spectra.
Contre le chef de cette secte, dont le nom est – je crois – Apelles, Tertullien
écrivit un livre qui existe encore parmi ses œuvres et qui est intitulé : De
Carne Christi, où, après avoir parlé de la nature des phantasmes et montré
qu’il n’y avait rien de réel en eux, il conclut par ces mots : « tout
ce qui n’est pas corps n’est rien » ».
Hobbes : Réponse à la capture du Léviathan, Traduction de Philippe
Folliot, Les Classiques des Sciences Sociales, 2009. (NdT)
[58] « One
individual God in Trinity ». (NdT)
[59] 1. Corinthiens, I, 13. (NdT)
[60] Le pluriel n’a pas lieu d’être. Idem chez Molesworth. On s’en étonne. (NdT)
[61]
En caractères grecs dans le
texte. (NdT)
[62] Idem.
(NdT)
[63] Voir ce qui a été dit précédemment sur le manichéisme. (NdT)
[64] Voir ce qui a été précédemment sur le débat Hobbes-Bramhall. (NdT)
[65] « Une personne (en latin, persona)
est une substance intelligente qui fait quelque chose en son propre nom ou au
nom de quelqu’un d’autre, de sa propre autorité ou par l’autorité de quelqu’un
d’autre. De cette définition, il n’y a pas de meilleure preuve que l’usage de
ce mot par les auteurs latins réputés pour leur habileté dans leur propre
langue, au nombre desquels on compte Cicéron. Cicéron, dans une lettre à
Atticus, dit : Unus sustineo tres personas, mei, adversarii, et judicis,
c’est-à-dire : « moi, qui ne suis qu’un seul homme, je tiens le
rôle de trois personnes, ma propre personne, la personne de mon
adversaire et la personne du juge. » Cicéron était la substance
intelligente, un seul homme et, parce qu’il plaidait pour lui-même, il se nomme
sa propre personne ; de même, parce qu’il plaidait pour son adversaire, il
dit qu’il tient le rôle de la personne de son adversaire ; et enfin,
comme il donnait lui-même la sentence, il dit qu’il tient le rôle de la
personne du juge. En anglais courant, nous utilisons le mot dans le même sens
en disant que celui qui agit de sa propre autorité agit de sa propre personne et
que celui qui agit par l’autorité d’un autre est la personne de cet autre.
Ainsi, nous avons le sens exact du mot personne. La langue grecque ne
peut pas rendre ce mot car prosôpon est, à proprement parler,
un visage et, métaphoriquement, le masque d’un acteur sur la scène. Alors,
comment les Pères grecs rendirent-ils le mot personne dans la
sainte Trinité ? Pas bien du tout. A la place du mot personne, ils mirent hypostasis
qui signifie substance, et on aurait pu inférer de là que les trois personnes
de la Trinité sont trois substances Divines, c’est-à-dire trois Dieux. Le mot prosôpon ,
ils ne pouvaient pas l’utiliser parce que le visage et le masque ne sont
pas des attributs honorables pour Dieu et parce qu’il n’explique pas ce que
voulait dire l’Eglise grecque. C’est pourquoi l’Eglise latine (et par
conséquent, l’Eglise anglaise) rendit le mot hypostasis par le mot personne
dans tout le credo d’Athanase. » Hobbes : Réponse à la capture du
Léviathan, Traduction de Philippe Folliot, Les Classiques des Sciences Sociales,
2009. (NdT)
[66] Le mot hypostasis est en effet absent du symbole attribué à Athanase. (NdT)
[67] « Quicumque vult salvus esse, ante omnia opus est ut teneat catholicam fidem. » : « Quiconque veut être sauvé doit, avant tout, tenir la foi catholique ». (NdT)
[68] « Haec est fides catholica, quam nisi quisque fideliter firmiterque credíderit, salvus esse non poterit. » : « Telle est la foi catholique : si quelqu'un n'y croit pas fidèlement et fermement, il ne pourra être sauvé. » (NdT)
[69] « Il
attaque dans ses dialogues le Pape, les ordres religieux, les richesses du
clergé, les sacrements, les prières pour les morts. Il dit que le pape est
simoniaque, hérétique ; qu’il n’a point d’ordre dans l’Eglise de Dieu,
mais dans la société des démons ; que depuis la dotation de l’Eglise, tous
les papes sont les précurseurs de l’Antéchrist, et les vicaires du Démon ;
que les Papes et les cardinaux sont institués, non par J.C., mais par le
Diable ; qu’il faut conseiller aux fidèles de ne point demander d’indulgences
au Pape, parce que la bonté de Dieu n’est pas renfermée dans l’enceinte des
murs de Rome ou d’Avignon ; que, ni le Pape, ni aucune puissance sur la
terre, n’a le pouvoir de nous empêcher de profiter des moyens de salut que J.C.
a établis ; que le Pape et ses collègues sont des pharisiens et des
scribes, qui prétendent avoir droit de fermer la porte du ciel, où ils
n’entreront point, et où ils ne veulent pas permettre d’entrer. Les évêques
n’ont qu’une puissance imaginaire ; un simple prêtre, dont les mœurs sont
réglées, a plus de puissance spirituelle, que les prélats élus par les
cardinaux et nommés par le Pape. Il donne aux ordres religieux le nom de secte.
Il se déchaîne surtout contre les quatre ordres mendiants ; ces ordres
sont fondés, selon lui, sur l’hypocrisie ; les sarrazins qui rejettent
l’Evangile, sont coupables devant Dieu, mais moins que ces quatre sectes ;
le mulsulmanisme et la vie des cardinaux conduisent par des routes différentes,
mais également sûres, à l’Enfer. Si les fidèles sont obligés d’honorer le corps
de l’Eglise, leur sainte mère, il n’en est point qui ne doive travailler à la
purger de ces sectes qui sont quatre humeurs mortelles, dont son corps est
infecté. La confession est une pratique instituée par Innocent III, et rien n’est
plus inutile ; il suffit de se repentir ; il condamne l’usage du
crème dans l’administration du baptême , il attaque le dogme de la
transsubstantiation. Le livre du sermon du Seigneur sur la montagne contient
quatre livres ; là il prétend que les Apôtres ayant travaillé de leurs
mains pour vivre, et n’ayant pris sur les aumônes que le simple nécessaire, il
est clair que les clercs qui entrent dans l’état ecclésiastique, avec une
intention différente, sont simoniaques. Les seigneurs temporels sont en droit de
dépouiller tous les ecclésiastiques de leurs possessions ; ils n’ont pas
besoin, pour user de ce droit, d’un décret du Pape. C’est favoriser l’hérésie,
que de ne pas s’élever contre les possessions de l’Eglise ; quoique les
ancêtres des fidèles se soient dépouillés de la propriété de ces biens, leurs
descendants en corrigeant leurs erreurs recouvrent tous leurs droits, et ce
titre est bien plus légitime, que le droit de conquête. Tous les dons que l’on
fait au clergé devraient être des aumônes libres, non pas des impositions
forcées ; le peuple est obligé en conscience de refuser la dîme aux
mauvais ministres, et l’on ne doit point craindre les censures que l’on encourt
pour avoir rempli ce devoir. (…) Dans le livre intitulé de l’ordre chrétien, il
attaque le dogme de la présence réelle, et renouvelle l’erreur des
Berengariens. Il assure que les enfants morts sans baptême sont sauvés. (…) il
regarde comme un concubinage le mariage contracté par des personnes qui ne
peuvent avoir d’enfants ; il nie que l’extrême-onction soit un sacrement.
Il prétend que l’homme le plus saint est celui qui a le plus de pouvoir dans
l’Eglise et la seule autorité légitime. Il avance, que pour avoir un droit
légitime de posséder quelque chose sur la terre, il faut être juste ; et
qu’un homme perdait son droit à ses possessions lorsqu’il commettait un péché
mortel. (…) Un maître qui ne traite pas son domestique comme il voudrait être
traité, s’il était à sa place, pêche contre la charité, perd la grâce, il est
déchu de tous ses droits, et dépouillé de toute autorité légitime sur son
serviteur. Il faut en dire autant des rois, des papes et des évêques, selon
Wiclef, lorsqu’ils commettent un péché mortel. » (François
Pluquet : Dictionnaire des hérésies, Paris, 1762, tome II, pp.640-643)
[70] 1382. (NdT)
[71] Officiers chargés de l’ordre public. (NdT)
[72] Hobbes cite ici plus ou moins un passage du paragraphe 17 de l’acte en question. Ce paragraphe complet donne : « Il est bien connu qu’il y a beaucoup de méchantes personnes dans ledit royaume qui voyagent de pays en pays, de ville en ville, vêtues d’habits particuliers, adoptant une apparence de grande sainteté, cela sans l’autorisation de notre Saint Père le Pape ou du clergé de l’endroit ou d’une autre autorité compétente, qui, du matin au soir, dans les églises et autour des églises mais aussi dans les marchés, les foires et autres endroits publics où il y a de grands rassemblements populaires, prêchent différents sermons contenant des hérésies et des erreurs notoires qui affaiblissent la foi et détruisent les lois et les Etats de la Saint Eglise et qui mettent grandement en péril l’âme des sujets de tout le royaume d’Angleterre, comme cela a été entièrement découvert et suffisamment prouvé devant le révérend Père en Dieu l’archevêque de Canterbury, les évêques et autres prélats, les maîtres de théologie, les docteurs en lois civiles et en lois canon et une grande partie de la majorité du clergé dudit royaume spécialement assemblée pour cette raison ; lesquels prédicateurs, cités ou sommés à comparaître devant le clergé des différents endroits où ils prêchent pour répondre des accusations portées contre eux, ne veulent obéir ni à ses assignations et mandats, ni à ses avertissements, ni aux censures de la Sainte Eglise qu’ils méprisent ouvertement. De plus, par leurs discours pleins de ruses, ils séduisent les gens, les incitent à écouter leurs sermons et ils maintiennent de force et avec grande compagnie leur foi dans ces erreurs. Il est ordonné en ce parlement que les commissions envoyées par le roi seront dirigées par les shérifs ou autres officiers du roi ou autres personnes compétentes, conformément aux certificats faits à ce sujet de temps à autre par la chancellerie, pour arrêter ces prédicateurs, leurs protecteurs et complices et les garder en arrêt, dans un strict confinement, jusqu’à ce qu’ils soient prêts à se justifier selon la raison et la loi de la Sainte Eglise. Et le roi veut et ordonne que le chancelier constitue de telles commissions toutes les fois que les prélats (ou l’un quelconque d’entre eux) le certifieront et requerront, comme il a été mentionné ci-dessus. » The roll of the Parliament held at Westminster on the morrow of the feast of St John before the latin gate in the fifth year of the reign of King Richard the second, (1382) §17, In Parliament Rolls of medieval England. Traduction de Philippe Folliot, 2009. (NdT)
[73] 1401. (NdT)
[74] C’est
l’acte De haeretico comburendo, dont voici quelques extraits :
« (…) Des personnes fausses et perverses (…) pensent des choses odieuses
contre la loi de Dieu et de l’Eglise, usurpent la fonction de prédicateur,
agissent de façon perverse et avec l’intention de nuire en divers endroits
dudit royaume et, sous une apparence de sainteté, ces hommes prêchent et
enseignent en ce moment, en public mais aussi en secret, différentes doctrines
nouvelles et des opinions malveillantes et erronées, contraires à la foi et aux
résolutions de la Sainte Eglise, (…) ils se réunissent illégalement et
conspirent, ils tiennent des écoles et enseignent, font et écrivent des livres,
ils instruisent et informent le peuple avec malice et ils peuvent ainsi le
pousser à la sédition et à l’insurrection, créer des querelles et des
divisions, (…) subvertir ladite foi catholique et la doctrine de la Sainte Eglise,
affaiblir le culte de Dieu, détruire l’Etat, les droits et les libertés de
ladite Eglise d’Angleterre. Par cette secte et par les sermons malveillants et
trompeurs, par les doctrines et opinions desdites personnes fausses et
perverses, les âmes courent les plus grands dangers, mais d’autres maux,
d’autres calomnies, d’autres périls que Dieu prohibe peuvent venir en ce
royaume, à moins que sa majesté le roi ne nous aide rapidement de façon
importante, surtout depuis que les diocèses dudit royaume ne peuvent pas, par
leur juridiction spirituelle, sans l’assistance de ladite majesté royale, punir
lesdites personnes fausses et perverses, ni empêcher leur malice parce que
lesdites personnes fausses et perverses vont de diocèse en diocèse et refusent
de comparaître devant les évêques, condamnant et méprisant cette juridiction
spirituelle et les remontrances et critiques de l’Eglise. Ainsi, leurs sermons
malveillants et leurs doctrines se propagent, visant l’entière destruction de
tout ordre, de toute règle de droit et de raison. A cause de ces nouveautés et
des excès ci-dessus cités, les prélats et le clergé ci-dessus mentionnés, et
aussi les Communes dudit royaume, réunis en ce parlement, ont prié notre
seigneur souverain, le roi, d’accepter par sa grandeur royale qu’un remède soit
trouvé. Notre seigneur souverain, le roi, (…) a accordé, établi et ordonné (…)
que personne, dans ledit royaume et dans les autres possessions de sa majesté
royale, n’ait le droit de prêcher, en public ou en secret, sans avoir d’abord demandé
et obtenu l’autorisation de l’évêque de l’endroit, à l’exception des vicaires
en leur église, des personnes ayant jusqu’à maintenant un privilège et d’autres
prévues par la Loi Canon. Que personne ne prêche quelque chose, ne soutienne,
n’enseigne, n’instruise, en public ou en secret, ne fasse ou écrive un livre
contraire à la foi catholique ou aux résolutions de la Sainte Eglise. (...)
Tout particulier, de ce fait, détenant des livres ou des écrits contenant ces
mauvaises doctrines et opinions, devra remettre ou faire remettre ces livres et
écrits à l’évêque du lieu dans les quarante jours à compter de la proclamation
de cette ordonnance. Si une personne (…) va contre ladite ordonnance royale,
(…) ou ne remet pas les livres sus-mentionnés, (…) elle sera arrêtée et détenue
sous bonne garde en prison (…) jusqu’à ce qu’elle se disculpe canoniquement ou
abjure les sermons, doctrines et opinions hérétiques et erronées, comme les
lois de l’Eglise le demandent et l’exigent. Si une personne (…) refuse d’abjurer
ou si, après avoir abjuré, la même personne est déclarée relapse, (…) elle sera
confiée à la cour séculière (…) et les maires et shérifs (…) seront
personnellement présents pour prononcer la sentence requise par l’évêque et (…)
devant le peuple, sur un endroit élevé, la personne sera brûlée pour qu’un tel
châtiment imprime la peur dans l’esprit des autres. » (Statutes of the realm, Traduction
de Philippe Folliot) (NdT)
[75] 1414. (NdT)
[76] « all his Feesimple Lands » : celui qui possède ce type de bien a aussi bien l’usufruit que la nue-propriété, et il peut jouir de son bien comme il l’entend. (NdT)
[77] « Acte
sur les Lollards. Parce que des ligues, de grands soulèvements et de grandes
conspirations venant de différents suzerains du Roi appartenant aussi bien à la
secte hérétique des Lollards qu’à d’autres qui sont de la même conspiration,
qui sont de la même confession et de la même tendance, qui sont arrivés
récemment en Angleterre avec le but d’abolir, de subvertir la foi chrétienne et
la loi de Dieu dans ce royaume, de détruire notre plus souverain seigneur, le
Roi lui-même et tous les ordres du même royaume, aussi bien spirituels que
temporels, et aussi tout gouvernement et enfin toutes les lois du pays, notre
même seigneur le Roi, pour l’honneur de Dieu, pour la conservation et le
renforcement de la foi chrétienne, pour le salut de sa royauté et le bien-être
de tout son royaume, souhaitant prévoir un remède plus général et un châtiment
plus approprié pour la malice de ces hérétiques et des Lollards que ce qui a
été prévu antérieurement, pour que ces lois et ces châtiments puissent à
l’avenir permettre d’éradiquer rapidement ces hérétiques et les Lollards, par
l’acte et l’approbation sus-mentionnés, et à la prière des Communes, a ordonné
et établi que : premièrement, le chancelier, le trésorier, les juges des
deux cours, les juges d’assises, les juges de paix, les shérifs, les maires et
les baillis des villes et des communes et tous les autres officiers ayant une
autorité sur le peuple, qui sont en fonction aujourd’hui ou qui seront en
fonction dans le futur, prêteront régulièrement serment d’assumer leurs charges
et leurs responsabilités de façon à appliquer tous leurs efforts et toute leur
diligence pour éradiquer et faire éradiquer toutes les sortes d’hérésies et
d’erreurs appelés communément lollardisme, de supprimer et de détruire cette
hérésie. » The roll of the Parliament held at Westminster on the
morrow of the feast of St John before the latin gate in the fifth year of the
reign of King Richard the second, (avril 1414) §12, In Parliament
Rolls of medieval England. Traduction
de Philippe Folliot, 2009. L’acte de 1414 prévoit la pendaison et le bûcher (et
la confiscation des biens) pour les hérétiques et ceux qui liraient une
traduction anglaise de la Bible (entendons celle de Wyclif) et une interdiction
de publication sans le contrôle de l’université d’Oxford ou de Cambridge. (NdT)
[78] 1533. (NdT)
[79]
C’est le « treasons
act » de 1534 dont voici un extrait : « Vu qu’il est
absolument nécessaire, tant pour le gouvernement courant que pour le devoir des
sujets, que soient, par dessus tout, prohibées (…) toutes sortes de calomnies
infamantes, de périls, de dangers touchant le souverain seigneur le roi, la
reine ou leurs héritiers, (…) il est décrété, par l’accord et le consentement
de notre seigneur souverain le roi, des lords spirituels et temporels et des
Communes assemblés dans le présent parlement et par l’autorité dudit parlement
que, si une ou plusieurs personnes, après le premier jour de février prochain,
manifestent le souhait, la volonté, le désir, par des paroles ou des écrits, ou
par des ruses, de s’en prendre à la personne très royale du roi, de la reine ou
de leurs héritiers, ou font des publications ou des déclarations diffamatoires
par des écrits ou paroles exprès dans lesquels ils disent que le roi est
hérétique, schismatique, tyrannique, infidèle ou usurpateur de la couronne ou
si, en rebelles, ils détiennent, conservent ou dissimulent à notre seigneur
souverain ou à ses héritiers ou successeurs des forteresses, des places fortes,
des camps militaires à l’intérieur du royaume ou dans d’autres possessions du
roi ou aux frontières, et qu’ils détiennent, conservent ou dissimulent à la
grandeur dudit roi (…) des navires, des équipements militaires, de l’artillerie
ou d’autres munitions et fortifications de guerre, et qu’ils ne les rendent pas
humblement au dit seigneur souverain (…), dans les six jours après le
commandement qui leur sera donné par ledit seigneur souverain (…), toutes les
personnes qui auront désobéi à ces points, après ledit premier jour de février,
leurs complices et associés seront jugés traîtres (…) et accusés de haute
trahison (…). Etant légalement convaincus de l’infraction, ils subiront la
peine de mort ou d’autres peines fixées par la coutume dans les cas de haute
trahison. » (Statutes
of the realm,
Traduction de P. Folliot, 2009) (NdT)
[80] Ce fut fait par l’Acte de suprématie de 1534 dont voici l’essentiel du texte : « Bien que sa majesté le roi soit et doive être, en toute justice et selon le droit, le chef suprême de l’Eglise d’Angleterre et qu’il soit ainsi reconnu par le clergé de ce royaume dans ses assemblées, pourtant, pour corroborer et confirmer ce titre, pour développer la vertu de la religion chrétienne en ce royaume d’Angleterre et pour réprimer et extirper toutes les erreurs, hérésies et autres démesures et abus en usage dans ce royaume, il est décrété, par l’autorité du présent parlement, que le roi sera considéré comme le seul chef suprême sur la terre de l’Eglise d’Angleterre, appelée Eglise anglicane, et qu’il jouira, unis à la couronne impériale du royaume, aussi bien du titre et du droit que de tous les honneurs, dignités, prééminences, juridictions, privilèges, autorités, immunités, profits et avantages de ladite dignité de chef suprême de cette Eglise qui dépend de lui ; et que notre dit seigneur souverain, ses héritiers et successeurs, rois de ce royaume, auront les pleins pouvoirs et une pleine autorité pour, régulièrement, inspecter, réprimer, redresser, enregistrer, ordonner, corriger, empêcher et rectifier de telles erreurs, hérésies, abus, offenses, outrages et démesures, quels qu’ils soient, ce qu’aucune autorité ou juridiction spirituelle ne pourra faire (…), cela pour le plus grand plaisir de Dieu Tout-Puissant, pour développer la vertu de la religion chrétienne, et pour conserver la paix, l’unité et la tranquillité du royaume, et en opposition avec toute coutume, pays étranger, autorité étrangère, ordonnance et autres choses contraires. » (Statutes of the realm, traduction de P. Folliot) Cet acte n’est pas, comme on a pu le dire, l’acte d’adoption du protestantisme ou de naissance de l’anglicanisme, il établit essentiellement une séparation entre Rome et l’Eglise anglicane mais, dans les faits, la liturgie demeura fidèle à l’Eglise de Rome, comme le suggère Hobbes et comme en témoigne, en 1539, l’acte des six articles (les deux premiers portant sur la transsubstantiation eucharistique, le troisième sur l’interdiction du mariage des prêtres, le quatrième, sur la chasteté et le veuvage, le cinquième maintenant les messes privées, et le dernier affirmant la nécessité de la confession – la suite signalant que celui qui refuserait ce culte pourrait être jugé félon et subir la peine de mort ainsi que la confiscation de ses biens. Cet acte abolit la diversité des opinions, comme il est dit dès la première ligne). (NdT)
[81] C’est l’acte d’abrogation de certaines lois sur la trahison (1547), fait pendant la régence. En voici quelques phrases (traduction non littérale de P. Folliot). « Rien n’est plus pieux, plus souhaitable, entre un prince et ses sujets, que le prince, le chef suprême, fasse preuve de clémence et d’indulgence plutôt que de montrer son pouvoir royal par une trop grande sévérité, et que les sujets obéissent par amour du souverain plutôt que par crainte de ses lois sévères et rigoureuses. Pourtant, il est des temps où, dans la république, il est nécessaire et utile de réprimer l’insolence et l’indiscipline des hommes et de prévoir des remèdes contre les rebellions et les insurrections (…). C’est ce que fit le très grand roi Henri VIII avec l’accord des Nobles et des Communes, dans différents sessions du parlement, (…) et les lois faites alors ont pu sembler aux hommes des royaumes extérieurs dures, terribles, extrêmes (…) alors qu’elles furent faites pour éviter de plus grands inconvénients. La tempête et l’hiver demandent les vêtements qui conviennent ; le calme et le beau temps permettent d’utiliser des habits plus libres et plus légers. C’est ainsi qu’on a vu abroger des lois sévères d’un souverain au parlement par un autre souverain au même parlement. » (Statutes of the realm, Traduction de P. Folliot) Sont indiquées les lois abrogées, essentiellement celles d’Henri VIII touchant la religion et les doctrines. Il est aussi précisé que ceux qui agiront une première fois contre le roi, ses successeurs et ses héritiers seront emprisonnés pendant un temps décidé par le roi et verront leurs biens confisqués, que, la deuxième fois, ils seront emprisonnés à vie et que, la troisième fois, on appliquera la peine prévue pour haute trahison. (NdT)
[82] Ce qui permit à la Sanglante de faire brûler de nombreux protestants. N’oublions pas que Marie Tudor reconnut l’autorité du pape et s’employa à rétablir le catholicisme. (NdT)
[83] A cause de ses sympathies (en partie) protestantes mais peut-être faut-il situer cette question par rapport au complot de Thomas Wyatt qui visait à mettre sur le trône Elisabeth. Cette dernière fut enfermée à la tour de Londres mais ne fut pas exécutée. (NdT)
[84] Novembre 1558. (NdT)
[85] Il s’agirait donc de 1563, date du Bill des 39 articles qui fonde l’anglicanisme. Or, ce dernier texte (essentiel pour comprendre l’anglicanisme) donne 39 articles de la foi anglicane sans aucunement parler d’abrogation ou de haute commission. C’est en revanche dans l’Acte de suprématie restaurant l’ancienne juridiction de 1559 qu’on trouve ces éléments. Il faut donc lire « dans la première (first) année » et non « dans la cinquième (fifth) année ». (NdT)
[86] « Il peut donc plaire à votre grandeur, pour
réprimer ledit pouvoir étranger usurpé et pour restaurer les rites,
juridictions et prééminences appartenant à la couronne impériale de votre
royaume, que soit promulgué par l’autorité du présent parlement un acte qui, à
partir du dernier jour de cette cession, abroge lesdits actes faits en ladite
première et ladite seconde années dudit roi Philippe et de ladite reine Marie,
avec toutes les clauses et tous les articles qui y sont contenus. Ces actes
seront désormais nuls et sans effet. » (Acte de suprématie de 1559,
Statutes of the realm, traduction de P. Folliot) Suit une longue liste
des actes abrogés. (NdT)
[87] « Et il peut aussi plaire à votre grandeur que
soit aussi promulgué, par l’autorité ci-dessus mentionnée, que l’acte fait en
la première et deuxième années du roi Philippe et de la reine Marie, intitulé
Acte pour le rétablissement des trois lois faites pour punir les hérésies (…)
soit totalement abrogé, nul et sans effet. » (Acte de suprématie de
1559, Statutes of the realm, traduction de P. Folliot, 2009) (NdT)
[88] « Votre grandeur, vos héritiers et successeurs, reines ou rois de ce royaume, auront tout pouvoir et toute autorité, en vertu de cet acte, par des lettres patentes sous le grand sceau de l’Angleterre, pour nommer, quand ils le voudront, aussi souvent qu’ils le voudront et pour la durée qu’ils choisiront, des personnes, nées sujets du souverain, pour exécuter, sous votre grandeur, (…) toutes les sortes de juridictions, de privilèges et prééminences concernant la juridiction spirituelle ou ecclésiastique dans les royaumes d’Angleterre, d’Irlande, et dans toutes les possessions de votre grandeur, pour réformer, redresser, corriger et amender les erreurs, les hérésies, les schismes, les abus, les calomnies et la démesure. » (Acte de suprématie de 1559, Statutes of the realm, traduction de P. Folliot, 2009) (NdT)
[89] « Il est décrété par l’autorité ci-dessus
mentionnée que ces personnes à qui votre grandeur (…), par des lettres patentes,
sous le grand sceau de l’Angleterre, donnera autorité pour avoir et exercer des juridictions, un pouvoir ou une
autorité spirituelle pour réformer, corriger les erreurs, les schismes, les
abus ou la démesure, n’auront en aucune façon l’autorité ou le pouvoir de juger
quelles doctrines ou choses sont hérétiques, sinon par l’autorité des Ecritures
canoniques ou par les quatre premiers conciles généraux, ou par tout autre
concile où les mêmes choses ont été jugées hérétiques en vertu de paroles clairement
exprimées dans lesdites Ecritures canoniques, ou par la Haute Cour du parlement
de ce royaume avec l’accord du clergé en convocation. » (Acte de
suprématie de 1559, Statutes of the realm, traduction de P. Folliot,
2009) (NdT)
[90]
L’expression « Haute
commission » n’est pas dans l’acte de suprématie. Elle figure en
revanche dans l’acte d’abolition de cette cour, de 1641 : Cour of high
commission. Sur cet acte, voir plus bas. (NdT)
[91] Hobbes
oublie que tout le passage de l’acte de suprématie qui concerne la haute
trahison vise à l’évidence toute attitude papiste (“that it may be further
enacted by the authority aforesaid, that if any person or persons dwelling or
inhabiting within this your realm, or in any other your highness's realms or
dominions, of what estate, dignity, or degree soever he or they be, after the
end of thirty days next after the determination of this session of this present
Parliament, shall by writing, printing, teaching, preaching, express words,
deed or act, advisedly, maliciously, and directly affirm, hold, stand with, set
forth, maintain, or defend the authority, preeminence, power or jurisdiction,
spiritual or ecclesiastical, of any foreign prince, prelate, person, state, or
potentate whatsoever”). La peine, à la première infraction est la
confiscation des biens (et éventuellement la prison si ces biens ne sont pas
suffisants), à la deuxième, elle est celle prévue pour la loi faite par Richard
II en la seizième année de son règne et, à la troisième, elle est la peine de
mort ou d’autres peines prévues pour haute trahison. Même si l’on ne confond
pas catholicisme et papisme (voir par exemple le gallicanisme), il faut avouer
que les catholiques sont extrêmement fragilisés par cet acte. (NdT)
[92] C’est l’Acte pour l’abolition de la Cour
de Haute Commission (1641). Cet acte cite entièrement le passage de l’acte
de suprématie de 1559 concernant la Haute Commission et affirme ensuite que
l’acte est « abrogé, annulé, supprimé, annihilé [sic] et rendu
entièrement nul pour toujours. » Il est enfin ajouté ceci :
« Et il est aussi décrété que, à partir dudit premier jour d’août,
aucune nouvelle Cour ne sera érigée, ordonnée ou nommée dans ce royaume
d’Angleterre et au Pays de Galles qui aurait ou pourrait avoir le pouvoir, la
juridiction ou l’autorité que ladite Cour de Haute Commission a aujourd’hui ou
prétend avoir, que toutes les lettres patentes en rapport avec cela, toutes les
commissions et cessions faites ou devant être faites par sa majesté, ses
héritiers ou successeurs, tous les lois, sentences et décrets qui seraient
faits en vertu de cette cour seront entièrement nuls et sans effet. » (Statutes
of the realm, traduction de P. Folliot, 2009) (NdT)
[93] Ce n’est pas ce qu’on a parfois pensé. Voir par
exemple le Hobbius Heauton-timorumenos de John Wallis : « C’est un
ouvrage [il s’agit du Léviathan] qui, alors qu’il abandonnait son
royal maître dans la détresse (…) fut écrit pour défendre le titre
d’Olivier (ou de quiconque, par quelque moyen que ce soit, qui parvient à
s’élever au plus haut) et il place tout le droit du gouvernement dans la seule
force, déchargeant tous les sujets de sa majesté de leur allégeance à chaque
fois qu’elle n’est pas, à ce moment-là, dans la capacité de les forcer à
l’obéissance. » Hobbes : Considérations sur la réputation, la
loyauté, les mœurs et la religion de Thomas Hobbes, William Crooke, 1680,
pp.3 et 4. (traduction de P. Folliot).
(NdT)
[94] Par la déclaration de Breda du 14 avril 1660 qui
devint l’Acte de pardon et d’oubli. Voici un extrait de cette déclaration :
« Nous ne désirons rien tant qu’une exacte observation de la justice,
et Nous sommes prêts d’y ajouter tout (22) ce que raisonnablement on peut
espérer de notre indulgence ; or, afin que la crainte du châtiment
n’engage pas ceux qui se sentent coupables à persévérer dans le crime et à
empêcher qu’on ne rende la tranquillité à l’état, en s’opposant au
rétablissement du Roi, des Pairs, de la monarchie et des peuples qui la
composent, chacun dans ses droits légitimes, anciens et fondamentaux, Nous
déclarons, par ces présentes, que nous accordons un libre et général pardon,
lequel nous serons prêts, quand nous en serons requis, de sceller du grand
sceau d’Angleterre, à tous nos sujets, de quelque qualité qu’ils soient, qui,
dans quarante jours après la publication de cette déclaration, s’en tiendront à
notre présente grâce, et en feront leur soumission par un acte public,
promettant d’être à l’avenir de bons et fidèles sujets ; de laquelle grâce
Nous n’exceptons personne que ceux que notre Parlement jugera à propos d’en
excepter ; hors ceux-là, tous les autres, quelque coupables qu’ils soient,
doivent se reposer sur notre parole, comme sur la parole d’un Roi, que Nous
donnons solennellement par la présente déclaration ; entendant qu’aucun
crime de ceux qu’ils auront commis contre Nous, ou contre le feu Roi notre
père, avant cette même déclaration, ne s’élève en jugement contre eux, et ne
soit mis en question à leur préjudice, à l’égard de leurs vies, biens, liberté,
non pas (23) même autant qu’il est en Nous, à l’égard de leur réputation, par
aucun reproche, ni terme, qui les distingue de nos autres sujets ; car
notre vouloir et plaisir royal est que dorénavant, parmi nos sujets, soient
mises en oubli toutes marques de discorde, de séparation, de différents partis :
désirant avec passion qu’ils lient ensemble une amitié et une correspondance
parfaite pour l’établissement de nos droits et des leurs, dans un libre
Parlement, les conseils duquel Nous prétendons suivre, sur notre parole royale.
Et parce que les passions des hommes et l’iniquité des temps ont produit dans
les esprits diverses opinions touchant la Religion ; et que de là sont nés
des partis et des animosités mutuelles ; pour contribuer à les adoucir par
le commerce et la facilité de converser les uns avec les autres, Nous donnons
la liberté aux consciences, et déclarons que dorénavant personne ne sera
inquiété sur les opinions différentes en matière de religion, pourvu que l’on
n’abuse point de cette indulgence pour troubler l’Etat. » (F.A.J.
Mazure : Histoire de la révolution de 1688 en Angleterre, tome I,
Gosselin, 1825) (NdT)
[95] « Le feu de Londres avait peut-être
été décidé par les papistes, comme il fut noté sur le monument, mais ils ne
pouvaient guère être responsables de la peste. C’était sans doute une
manifestation de la puissance divine et, à la question, quel est le
responsable, la réponse était : Hobbes. Un bill fut envoyé au
parlement pour la suppression de l’athéisme et des sacrilèges et une commission
fut instruite pour recevoir des informations sur Le Léviathan de M.
Hobbes. Il y avait avec lui un prêtre catholique excentrique, Thomas White (ou
Albius), connu à cette époque pour être un controversiste. White était
soupçonné d’hérésie. Il avait, semble-t-il, nié l’immortalité naturelle de
l’âme. Hobbes et White n’étaient sans doute pas les seuls suspects car la
Chambre des Communes n’était pas pure. Le bill vint à la Chambre des Communes
mais, finalement, il ne connut pas de
suite. Hobbes fut effrayé et non sans raison. Aubrey mentionne un
rapport (qui se réfère probablement à cette époque) qui affirme que certains
évêques firent une motion pour que « le bon vieux gentleman soit brûlé
pour hérésie ». Là-dessus, dit-il, Hobbes brûla certains de ses papiers.
Il écrivit un essai sur l’hérésie pour prouver qu’il ne pouvait pas être
légalement brûlé et il protesta dans un appendice à la traduction latine du
Léviathan. L’essai ne fut pas publié et la sécurité de Hobbes tint plus à la
faveur de Charles et d’Arlington qu’à sa logique. » (Leslie Stephen, Hobbes,
pp.59,60, Macmillan & Co, 1904, traduction de P. Folliot). On trouve en
effet, comme nous le rappelle Robertson (Hobbes, Blackwood and son, Edinburg
and London, 1910, pp.193,194), dans le journal de la Chambre des Communes
(volume 8, 1660-1167, pp.636,637, traduction de P. Folliot), à la date du 17
octobre 1666 : « Ordonnons que la commission à laquelle le Bill
contre l’athéisme et les sacrilèges sera transmis soit habilitée à recevoir des
informations sur les livres qui tendent à l’athéisme, aux blasphèmes et aux
sacrilèges, ou qui vont contre l’essence et les attributs de Dieu, en
particulier, sur le livre publié par un certain White et sur le livre de M.
Hobbes intitulé Le Léviathan, commission qui fera son rapport à la
Chambre sur cette affaire avec ses opinions. » (NdT)
[96] Crucifie (-le). Voir l’Evangile selon Jean, XIX, 6. (NdT)
[97] En italiques chez Molesworth. (NdT)
[98] Ce que j’ai mis en gras est en caractères gothiques dans cette édition. (NdT)