PHILOTRADavid Hume

 

Essai sur la liberté de la presse

Traduit par Philippe Folliot (janvier 2008)
Professeur de Philosophie au lycée Jehan Ango de Dieppe

 

 De

 

OF  THE LIBERTY OF THE PRESS

in

Essays, Moral and Political

1 volume

Edinburgh, A. Kincaid

1741

 

 

La traduction

Le texte anglais

Essai sur la liberté de la presse

Traduit par Philippe Folliot ( janvier 2008)

 

 

 

            Rien n’est plus susceptible de surprendre un étranger que l’extrême liberté dont nous jouissons dans notre pays de communiquer tout ce qui nous plaît au public et de critiquer ouvertement toutes les mesures prises par le roi ou ses ministres. Si le gouvernement décide de faire la guerre, on affirme que, délibérément ou par ignorance, il se méprend sur les intérêts de la nation et que la paix, dans l’état actuel des affaires, est infiniment préférable. Si la passion des ministres incline à la paix, nos écrivains politiques ne parlent plus que de guerre et de dévastation et présentent la conduite pacifique du gouvernement comme une conduite basse et pusillanime. Comme cette liberté n’est tolérée par aucun autre gouvernement, qu’il soit républicain ou monarchique, pas plus en Hollande et à Venise qu’en France ou en Espagne, nous en venons naturellement à nous poser cette question : Comment se fait-il que seule la Grande-Bretagne jouisse de ce privilège particulier ? [1]

 

            La raison pour laquelle les lois tolèrent une telle liberté semble venir de la forme mixte de notre gouvernement qui n’est ni totalement monarchique, ni totalement républicain. En politique, dans les faits, on observe, si je ne me trompe, que les deux extrêmes du gouvernement, la liberté et l’esclavage, se rapprochent couramment très près l’un de l’autre et que, si l’on s’éloigne des extrêmes et que l’on mêle un peu de monarchie à la liberté, le gouvernement, toujours, devient plus libre alors que, au contraire, quand on mêle un peu de liberté à la monarchie, le joug est toujours plus pénible et intolérable. [2] Dans un gouvernement absolu comme celui de la France, où les lois, les coutumes et la religion concourent toutes à faire que le peuple soit pleinement satisfait de sa condition, le monarque ne peut nourrir de jalousie à l’égard de ses sujets et il est donc porté à leur permettre de grandes libertés de parole et d’action. Dans un gouvernement entièrement républicain, comme celui de la Hollande, où aucun magistrat n’est assez éminent pour rendre l’Etat jaloux, on peut sans danger confier aux magistrats de larges pouvoirs discrétionnaires ; et, bien que de nombreux avantages résultent de ces pouvoirs – car ils conservent la paix et l’ordre – ils restreignent cependant de façon considérable les actions des hommes et font que tous les particuliers doivent un grand respect au gouvernement. Il semble ainsi évident que ces deux extrêmes, la monarchie absolue et la république, se rejoignent sur certains points essentiels. Dans le premier cas, le magistrat n’est pas jaloux du peuple, dans le second, le peuple n’est pas jaloux du magistrat. Cette absence de jalousie engendre une confiance [3] réciproque dans les deux cas et produit une sorte de liberté dans les monarchies et une sorte de pouvoir arbitraire dans les républiques.

 

            Afin de justifier l’autre partie de l’observation précédente – à savoir que, dans tous les gouvernements, les formes moyennes sont les plus éloignées les unes des autres et que les mélanges de monarchie et de liberté rendent le joug tantôt léger, tantôt pénible – je dois attirer l’attention sur une remarque de Tacite à l’égard des Romains sous l’Empire qui, dit-il, ne pouvaient supporter ni l’esclavage total, ni la liberté totale : Nec totam servitutem, nec totam libertatem pati possunt [4]. Un célèbre poète [5] a traduit cette remarque et l’a appliquée aux Anglais dans sa vivante description de la politique et du gouvernement de la reine Elisabeth.

 

            Et fit aimer son joug à l’Anglois indompté,

            Qui ne peut ni servir, ni vivre en liberté.

                                                           Henriade. Liv.I

 

            Selon ces remarques, nous devons considérer le gouvernement romain sous l’Empire comme un mélange de despotisme et de liberté où le despotisme prévalait et le gouvernement anglais comme un mélange du même genre où la liberté prédomine. Les conséquences sont conformes à l’observation faite ci-dessus et telles qu’on peut les attendre de ces formes mixtes de gouvernement qui engendrent une méfiance et une jalousie réciproques. De nombreux empereurs romains furent les plus effroyables tyrans qui aient jamais déshonoré la nature humaine ; et il est évident que leur cruauté était surtout excitée par leur jalousie et par le fait qu’ils voyaient que tous les patriciens de Rome supportaient avec impatience la domination d’une famille qui, peu de temps auparavant, n’était aucunement supérieure à la leur. D’un autre côté, comme la partie républicaine du gouvernement prévaut en Angleterre, quoique mêlée à beaucoup de monarchie, elle est obligée, pour sa propre conservation, de surveiller jalousement et sans relâche les magistrats, de supprimer tous les pouvoirs discrétionnaires et de protéger la vie et la fortune de chacun par des lois générales et inflexibles. On ne peut juger qu’une action est un crime que si les lois l’ont explicitement déterminé, on ne doit imputer un crime à un homme que par des preuves légales devant ses juges ; et ces juges, même, doivent être ses concitoyens [6], obligés, dans leur propre intérêt, de conserver un œil vigilant sur les empiètements et la violence des ministres. C’est de ces causes que vient le fait qu’il y a autant de liberté, et même peut-être de licence, en Grande Bretagne qu’il y avait d’esclavage et de tyrannie à Rome.

 

            Ces principes expliquent la grande liberté de la presse dans notre royaume, qui va au-delà de tout ce que tolèrent les autres gouvernements. [7] On pourrait craindre qu’un pouvoir arbitraire ne se glissât parmi nous si nous ne prenions pas soin de prévenir ses progrès et s’il n’existait pas une méthode aisée de sonner l’alarme d’un bout à l’autre du royaume. L’esprit du peuple doit être fréquemment réveillé afin de réfréner l’ambition de la cour et la crainte de ce réveil doit être employée pour prévenir cette ambition. Pour ce dessein, rien n’est aussi efficace que la liberté de la presse par laquelle tout le savoir, tout l’esprit et tout le génie de la nation peuvent être employés du côté de la liberté et par laquelle chacun est stimulé pour sa défense. Donc, aussi longtemps que la partie républicaine de notre gouvernement pourra se conserver face à la monarchique, il faudra naturellement veiller à la liberté de la presse comme à quelque chose d’essentiel à sa préservation. [8]

 

            On doit toutefois reconnaître que la liberté illimitée de la presse est l’un des maux qui accompagnent ces formes mixtes de gouvernement, et il est difficile, et peut-être impossible, de trouver à ce mal le remède qui convient.

 

 

 

 

 

 

 

 

OF  THE LIBERTY OF THE PRESS

in

Essays, Moral and Political

1 volume

Edinburgh, A. Kincaid

1741

 

Nothing is more apt to surprise a foreigner, than the extreme liberty, which we enjoy in this country, of communicating whatever we please to the public, and of openly censuring every measure, entered into by the king or his ministers. If the administration resolve upon war, it is affirmed, that, either wilfully or ignorantly, they mistake the interests of the nation, and that peace, in the present situation of affairs, is infinitely preferable. If the passion of the ministers lie towards peace, our political writers breathe nothing but war and devastation, and represent the pacific conduct of the government as mean and pusillanimous. As this liberty is not indulged in any other government, either republican or monarchical; in Holland and Venice, more than in France or Spain; it may very naturally give occasion to a question, How it happens that Great Britain alone enjoys this peculiar privilege? [9]

The reason, why the laws indulge us in such a liberty seems to be derived from our mixed form of government, which is neither wholly monarchical, nor wholly republican. It will be found, if I mistake not, a true observation in politics, that the two extremes in government, liberty and slavery, commonly approach nearest to each other; and that, as you depart from the extremes, and mix a little of monarchy with liberty, the government becomes always the more free; and on the other hand, when you mix a little of liberty with monarchy, the yoke becomes always the more grievous and intolerable [10]. In a government, such as that of France, which is absolute, and where law, custom, and religion concur, all of them, to make the people fully satisfied with their condition, the monarch cannot entertain any jealousy against his subjects, and therefore is apt to indulge them in great liberties both of speech and action. In a government altogether republican, such as that of Holland, where there is no magistrate so eminent as to give jealousy to the state, there is no danger in intrusting the magistrates with large discretionary powers; and though many advantages result from such powers, in preserving peace and order, yet they lay a considerable restraint on men's actions, and make every private citizen pay a great respect to the government. Thus it seems evident, that the two extremes of absolute monarchy and of a republic, approach near to each other in some material circumstances. In the first, the magistrate has no jealousy of the people: in the second, the people have none of the magistrate: which want of jealousy begets a mutual confidence and trust in both cases, and produces a species of liberty in monarchies, and of arbitrary power in republics.

To justify the other part of the foregoing observation, that, in every government, the means are most wide of each other, and that the mixtures of monarchy and liberty render the yoke either more easy or more grievous; I must take notice of a remark in Tacitus with regard to the Romans under the Emperors, that they neither could bear total slavery nor total liberty, Nec totam servitutem, nec totam libertatem pati possunt. This remark a celebrated poet has translated and applied to the English, in his lively description of Queen Elizabeth’s policy and government,

Et fit aimer son joug à l'Anglois indompté,
Qui ne peut ni servir, ni vivre en liberté,

                               HENRIADE, liv. I.

According to these remarks, we are to consider the Roman government under the Emperors as a mixture of despotism and liberty, where the despotism prevailed; and the English government as a mixture of the same kind, where the liberty predominates. The consequences are conformable to the foregoing observation; and such as may be expected from those mixed forms of government, which beget a mutual watchfulness and jealousy. The Roman emperors were, many of them, the most frightful tyrants that ever disgraced human nature; and it is evident, that their cruelty was chiefly excited by their jealousy, and by their observing that all the great men of Rome bore with impatience the dominion of a family, which, but a little before, was nowise superior to their own. On the other hand, as the republican part of the government prevails in England, though with a great mixture of monarchy, it is obliged, for its own preservation, to maintain a watchful jealousy over the magistrates, to remove all discretionary powers, and to secure every one's life and fortune by general and inflexible laws. No action must be deemed a crime but what the law has plainly determined to be such: No crime must be imputed to a man but from a legal proof before his judges; and even these judges must be his fellow-subjects, who are obliged, by their own interest, to have a watchful eye over the encroachments and violence of the ministers. From these causes it proceeds, that there is as much liberty, and even perhaps licentiousness in Great Britain, as there were formerly slavery and tyranny in Rome.

These principles account for the great liberty of the press in these kingdoms, beyond what is indulged in any other government. [11] It is apprehended, that arbitrary power would steal in upon us, were we not careful to prevent its progress, and were there not an easy method of conveying the alarm from one end of the kingdom to the other. The spirit of the people must frequently be roused, in order to curb the ambition of the court; and the dread of rousing this spirit must be employed to prevent that ambition. Nothing so effectual to this purpose as the liberty of the press, by which all the learning, wit, and genius of the nation may be employed on the side of freedom, and every one be animated to its defence. As long, therefore, as the republican part of our government can maintain itself against the monarchical, it will naturally be careful to keep the press open, as of importance to its own preservation [12]

It must however be allowed, that the unbounded liberty of the press, though it be difficult, perhaps impossible, to propose a suitable remedy for it, is one of the evils, attending those mixt forms of government.



[1]               « L’exercice illimité de cette liberté est-il avantageux ou  préjudiciable à la nation ? »(éditions 1741 à 1768) (NdT)

[2]               « Je vais tâcher de m’expliquer » (Editions 1748 à 1768). (NdT)

[3]              Je traduis « confidence » et « trust » par le seul mot « confiance ». (NdT)

[4]              La traduction est donnée juste avant la citation par Hume. La source est : Tacite : Histoires, livre I (NdT)

[5]              Voltaire. (NdT)

[6]              Il faudrait créer le néologisme « consujets » pour traduire « fellow-subjects ». (NdT)

[7]              « Cela est suffisamment connu. » (Editions 1741 à 1768) (NdT)

[8]          Dans les éditions 1741 à 1768, la phrase qui suit est remplacée par : Puisque donc la liberté de la presse est si essentielle au maintien de notre gouvernement mixte, cela répond suffisamment à la deuxième question, si la liberté est avantageuse ou préjudiciable car il n’y a rien de plus important dans un Etat que la préservation de l’ancien gouvernement, surtout si c’est un gouvernement libre. Mais je ferais volontiers un pas de plus et j’affirme que cette liberté s’accompagne de si peu d’inconvénients qu’elle peut être revendiquée comme le droit commun de l’humanité et doit être tolérée dans presque tous les gouvernements, à l’exception du gouvernement ecclésiastique à qui elle serait vraiment fatale. Nous n’avons pas à craindre de cette liberté les mauvaises conséquences des harangues des démagogues populaires d’Athènes et des tribuns de Rome. Un homme lit un livre ou un pamphlet seul et calmement. Nul n’étant présent, il ne peut contracter par contagion la passion. Il n’est pas emporté par la force et l’énergie de l’action. Si jamais lui venait une humeur séditieuse, aucune résolution violente ne se présenterait à lui qui pourrait immédiatement permettre à sa passion de se satisfaire. La liberté de la presse, donc, ne peut guère pousser le peuple au tumulte ou à la rébellion. Quant à ces murmures et ces secrets mécontentements qu’elle peut occasionner, il est mieux qu’ils s’extériorisent en paroles pour qu’ils puissent ainsi venir à la connaissance du magistrat pour lui fournir un remède avant qu’il ne soit trop tard. Il est vrai que les hommes ont toujours une plus forte propension à critiquer les gouvernants qu’à les louer mais cette inclination leur est inhérente, qu’ils soient ou non libres. Une rumeur peut se répandre aussi vite qu’un pamphlet et être aussi pernicieuse. Pire, elle peut être plus pernicieuse si les hommes ne sont pas habitués à penser librement et à distinguer le vrai du faux.

                L’expérience des hommes s’accroissant, on s’est aperçu que le peuple n’était pas ce monstre dangereux qu’on se représentait et qu’il était à tout égard préférable de guider les hommes comme des créatures raisonnables plutôt que de les mener et les pousser comme des bêtes. Avant que les Provinces Unies n’aient donné l’exemple, on jugeait la tolérance incompatible avec un bon gouvernement et on croyait qu’il était impossible que plusieurs sectes religieuses puissent vivre ensemble en harmonie et en paix et qu’elles aient une affection réciproque et une égale affection pour leur commune patrie. L’Angleterre a donné un exemple semblable de liberté civile et, bien que cette liberté semble actuellement occasionner quelques petits ferments, elle n’a cependant pas produit de pernicieux effets. Il faut espérer que les hommes, chaque jour plus accoutumés à la libre discussion des affaires publiques, feront des progrès dans le jugement sur ces affaires et qu’il sera plus difficile de les séduire par toutes les rumeurs sans fondement et toute la clameur populaire.

                Il est très réconfortant pour les amoureux de la liberté de penser que ce privilège particulier de la Grande-Bretagne est de ceux qu’on ne peut lui arracher et qu’il durera tant que notre gouvernement demeurera dans une certaine mesure libre et indépendant. Quel que soit son type, il est rare que la liberté disparaisse d’un seul coup. L’esclavage semble si effroyable aux hommes habitués à la liberté qu’il doit s’insinuer parmi eux par degrés et qu’il doit prendre mille déguisements pour être accepté. Mais, si jamais la liberté de la presse se perd, cela peut se faire soudainement. Les lois générales contre la sédition et la diffamation sont actuellement aussi fortes qu’elles peuvent l’être. On ne peut lui imposer une contrainte plus forte, sinon en frappant la presse d’un imprimatur ou en donnant à la cour des pouvoirs discrétionnaires nettement plus larges pour punir tout ce qui lui déplaît. Mais ces concessions seraient une violation si criante de la liberté qu’elles seraient probablement les derniers efforts d’un gouvernement despotique. Nous pouvons conclure que la liberté de la Grande-Bretagne disparaîtra à jamais quand ces tentatives seront couronnées de succès.

[9]              “And whether the unlimited exercise of this liberty be advantageous or prejudicial to the public?” (éditions 1741 à 1768)

[10]            “I shall endeavor to explain myself” (Editions 1748 à 1768)

[11]            “Tis sufficiently known” (Editions 1741 à 1768)

[12]        Since therefore that liberty is so essential to the support of our mixed government; this sufficiently decides the second question, Whether such a liberty be advantageous or prejudicial; there being nothing of greater importance in every state than the preservation of the ancient government, especially if it be a free one. But I would fain go a step farther, and assert, that this liberty is attended with so few inconveniencies, that it may be claimed as the common right of mankind, and ought to be indulged them almost in every government: except the ecclesiastical, to which indeed it would prove fatal. We need not dread from this liberty any such ill consequences as followed from the harangues of the popular demagogues of Athens and tribunes of Rome. A man reads a book or pamphlet alone and coolly. There is none present from whom he can catch the passion by contagion. He is not hurried away by the force and energy of action. And should he be wrought up to ever so seditious a humour, there is no violent resolution presented to him, by which he can immediately vent his passion. The liberty of the press, therefore, however abused, can scarce ever excite popular tumults or rebellion. And as to those murmurs or secret discontents it may occasion, 'tis better they should get vent in words, that they may come to the knowledge of the magistrate before it be too late, in order to his providing a remedy against them. Mankind, it is true, have always a greater propension to believe what is said to the disadvantage of their governors, than the contrary; but this inclination is inseparable from them, whether they have liberty or not. A whisper may fly as quick, and be as pernicious as a pamphlet. Nay, it will be more pernicious, where men are not accustomed to think freely, or distinguish between truth and falshood.

It has also been found, as the experience of mankind increases, that the people are no such dangerous monster as they have been represented, and that it is in every respect better to guide them, like rational creatures, than to lead or drive them, like brute beasts. Before the United Provinces set the example, toleration was deemed incompatible with good government; and it was thought impossible, that a number of religious sects could live together in harmony and peace, and have all of them an equal affection to their common country, and to each other. England has set a like example of civil liberty; and though this liberty seems to occasion some small ferment at present, it has not as yet produced any pernicious effects; and it is to be hoped, that men, being every day more accustomed to the free discussion of public affairs, will improve in the judgment of them, and be with greater difficulty seduced by every idle rumour and popular clamour.

It is a very comfortable reflection to the lovers of liberty, that this peculiar privilege of Britain is of a kind that cannot easily be wrested from us, but must last as long as our government remains, in any degree, free and independent. It is seldom, that liberty of any kind is lost all at once. Slavery has so frightful an aspect to men accustomed to freedom, that it must steal upon them by degrees, and must disguise itself in a thousand shapes, in order to be received. But, if the liberty of the press ever be lost, it must be lost at once. The general laws against sedition and libelling are at present as strong as they possibly can be made. Nothing can impose a farther restraint, but either the clapping an Imprimatur upon the press, or the giving to the court very large discretionary powers to punish whatever displeases them. But these concessions would be such a bare-faced violation of liberty, that they will probably be the last efforts of a despotic government. We may conclude, that the liberty of Britain is gone for ever when these attempts shall succeed. (Editions 1741 à 1768)