David Hume

PHILOTRA

Mon autobiographie

1776

Traduit de l'Anglais par C. Formentin

Suivi de

Lettre de M. Adam Smith à M.G. Strahan du 09 novembre 1776

In

Léon Say

David Hume : Œuvre économique.

Petite bibliothèque économique française et étrangère

Paris, Guillaumin et Cie, 14, rue Richelieu

Sans date

 

Suivi du texte anglais.

My Own life

 

Texte numérisé par Philippe Folliot,

Professeur de philosophie au lycée Ango de Dieppe.

 

 

Traduction

Lettre d'Adam smith

Texte anglais

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mon autobiographie

1776

Traduit de l'Anglais par C. Formentin

 

 

 

         (XLII) Il est difficile à un homme de parler longtemps de lui-même sans vanité ; c’est pourquoi je serai court. On peut regarder comme une preuve de vanité ma prétention d’écrire ma vie, mais ce récit ne contiendra guère plus que l’histoire de mes écrits, car, à la vérité, presque toute mon existence a été employée à des travaux et à des occupations littéraires. Le premier succès de la plupart de mes écrits n’a pas été tel que j’y puisse trouver un objet de vanité.

 

            Je suis né le 26 avril 1711, vieux style, à Edimbourg, d’une bonne famille, par mon père et ma mère. La famille de mon père est une branche des comtes de Home ou de Hume, et mes ancêtres ont été propriétaires, pendant plusieurs générations, du domaine que mon frère possède. Ma mère était la fille de Sir David Falconer, président du collège des juges ; le titre de Lord Halkerton vint par succession à son frère.

 

            Cependant ma famille n’était pas riche, et (XLII) étant moi-même un frère cadet, mon patrimoine, selon la coutume de mon pays, fut naturellement très maigre. Mon père, qui passait pour un homme de moyens, mourut lorsque j’étais enfant, en me laissant avec un frère aîné et une sœur, à la garde de ma mère, femme d’un mérite singulier, qui, malgré sa jeunesse et sa beauté, se dévoua entièrement à l’éducation et à l’instruction de ses enfants. Je traversai avec succès le cours ordinaire des études, et je fus pris de très bonne heure d’une passion pour la littérature, qui a été la passion dominante de ma vie et la grande source de mes jouissances. Mes dispositions studieuses, mon sérieux et mon activité donnèrent à ma famille l’idée que le barreau était la profession qui me convenait ; mais je pris une aversion insurmontable pour tout ce qui n’était pas travaux de philosophie et de science générale ; et pendant qu’on me croyait les yeux fixés sur Voet et Vinnius, je dévorais secrètement Virgile et Cicéron.

 

            Toutefois ma très mince fortune ne s’accordant pas du tout avec ce plan de vie, et ma santé étant un peu altérée par une application excessive, je fus tenté ou plutôt forcé de faire un petit essai sur une scène plus active. En 1734, je vins à Bristol muni de recommandations auprès de négociants considérables, mais au bout de peu de mois, je vis que ce champ d’action ne me convenait pas du tout. Je passai en France avec l’intention de poursuivre mes études dans (XLIV) une retraite de province, et là je me fis un plan d’existence que j’ai suivi avec succès et dont je ne me suis pas départi. Je résolus de suppléer à mon défaut de fortune par une économie très rigoureuse, de conserver intacte mon indépendance, et de considérer tout objet comme méprisable, en dehors du perfectionnement de mes talents en littérature.

 

            Pendant mon séjour en France, d’abord à Reims, puis et surtout à la Flèche, dans l’Anjou, je composai mon Traité de la nature humaine. Après un séjour très agréable de trois années dans ce pays, je revins à Londres en 1737. A la fin de 1738, je publiai mon Traité, et je me rendis aussitôt chez ma mère et mon frère, lequel vivait à sa maison de campagne et s’occupait lui-même très sagement et avec succès de l’amélioration de sa fortune.

 

            Jamais tentative littéraire ne fut plus malheureuse que mon Traité de la nature humaine. Elle sortit mort-née de la presse, sans même obtenir cette distinction de soulever un murmure parmi les fanatiques. Mais étant naturellement d’humeur joyeuse et ardente, je me remis très vite du coup, et je poursuivis mes études à la campagne avec une grande ardeur. En 1742, j’imprimai à Edimbourg la première partie de mes essais : l’ouvrage fut favorablement accueilli et me fit bientôt oublier tout à fait ma première déception. Je continuai à vivre avec ma mère et mon frère à la campagne, et pendant ce temps je (XLV) reconquis la connaissance de la langue grecque que j’avais trop négligé dans la toute jeunesse.

 

            En 1745, je reçus une lettre du marquis d’Annandale, m’invitant à venir résider avec lui en Angleterre ; j’appris aussi que les amis et la famille de ce jeune gentilhomme désiraient le confier à mes soins et ma direction, car l’état de son esprit et de sa santé rendait cela nécessaire. Je vécus avec lui une année. Les appointements que je reçus pendant ce laps de temps augmentèrent considérablement ma petite fortune. Une invitation me parvint alors du général Saint-Clair à l’accompagner comme secrétaire dans son expédition, qui était projetée d’abord contre le Canada, et qui aboutit à une incursion sur les côtes de France. L’année suivante, c’est-à-dire en 1747, le général me demanda de le suivre en la même qualité dans son ambassade militaire à Vienne et à Turin. Je revêtis donc l’uniforme d’officier, et fus présenté dans ces deux cours comme aide de camp du général, ainsi que sir Harry Erskine et le capitaine Grant, aujourd’hui général. Ces deux années ont été presque les seules interruptions que mes études aient subies dans le cours de ma vie ; je les passai agréablement et en bonne compagnie ; et mes appointements, grâce à mon économie, m’avaient fait acquérir une fortune, que j’appelai indépendante, bien que la plupart de mes amis inclinassent à sourire en m’entendant ainsi parler ; en définitive, j’étais alors possesseur de près de mille livres.

 

            (XLVI) J’avais toujours eu l’idée que mon insuccès en publiant le Traité de la nature humaine était venu plus de la forme que du fond, et que j’avais commis une imprudence très ordinaire en m’adressant trop tôt à la presse. Je refis donc à nouveau la première partie de cet ouvrage dans les Recherches sur l’entendement humain, qui parut pendant mon séjour à Turin. Mais ce travail ne fut guère plus heureux tout d’abord que le Traité de la nature humaine. A mon retour d’Italie, j’eus la mortification de trouver toute l’Angleterre en émoi à propos du libre examen du Dr Middleton, tandis que mon œuvre était entièrement perdue de vue et négligée. Une nouvelle édition, parue à Londres, de mes essais moraux et politiques, ne trouva guère un meilleur accueil.

 

            Telle est la force de l’humeur naturelle, que ces désappointements firent peu ou pas d’impression sur moi. En 1749, je revins chez mon frère et passai deux ans avec lui à sa maison de campagne, car ma mère était morte. C’est là que je composai la seconde partie de mes essais, que j’ai intitulée Entretiens politiques, et aussi mes Recherches sur les principes de la morale, qui sont une autre partie de mon traité que je refis à nouveau.

 

            Dans l’intervalle, mon libraire, A. Millar, me fit savoir que mes premières publications (toutes, sauf le malheureux traité) commençaient à être le sujet des conversations, que la vente en (XLVII) augmentait graduellement, et qu’on demandait de nouvelles éditions. Des réponses de Révérends, et de très Révérends, parurent au nombre de deux ou trois en un an, et j’appris par les injures du Dr Warburton que mes livres commençaient à être estimés dans la bonne compagnie. Cependant je m’étais arrêté à une résolution, que j’ai maintenue inflexiblement, de ne jamais répondre à qui que ce fût ; et n’étant pas très irascible de caractère, je me suis tenu aisément à l’abri de toute dispute littéraire. Ces symptômes d’une réputation naissante me donnèrent de l’encouragement, car j’ai toujours été disposé à voir plutôt le côté favorable des choses, tournure d’esprit qu’il est plus heureux de posséder que d’être né avec un bien de dix mille livres par an.

 

            En 1751, je quittai la campagne pour la ville, le véritable théâtre d’un homme de lettres. En 1752, parurent à Edimbourg, où j’habitais alors, mes Entretiens politiques, le seul de mes ouvrages qui ait réussi dès la première publication : il fut bien accueilli à l’étranger et dans mon pays. La même année, furent publiées à Londres mes Recherches sur les principes de la morale, de tous mes écrits historiques, philosophiques, ou littéraires, le meilleur incomparablement, à mon avis (bien que je ne dusse pas me faire juge dans cette affaire). Il vint au monde inaperçu et inobservé.

 

            En 1752, la Faculté des Avocats me choisit (XLVIII) pour bibliothécaire, fonction qui me valut peu ou points d’émoluments, mais à laquelle je dus de disposer d’une bibliothèque considérable. Je conçus alors le projet d’écrire l’Histoire d’Angleterre ; mais effrayé à l’idée de poursuivre un récit à travers une période de sept cents ans, je commençai à l’avènement de la maison des Stuarts, époque où il me parut que l’esprit de parti s’était mis surtout à représenter les faits sous un jour inexact. J’étais, je l’avoue, confiant et plein d’espoir dans le succès de cette œuvre. Je croyais être le seul historien qui eût dédaigné à la fois le pouvoir, l’intérêt et l’autorité, et la clameur des préjugés populaires, et comme le sujet s’y prêtait à tous les titres, j’attendais des applaudissements proportionnés à ma peine. Mais quel désappointement affreux ! Je fus assailli par un cri de reproche, de désapprobation et même de haine ; Anglais, Ecossais, et Irlandais, Whigs et Torys, hommes d’église et sectaires, libre-penseurs et bigots, patriotes et gens de cour, tous s’unirent dans leur rage contre l’homme qui avait osé répandre des larmes généreuses sur le sort de Charles Ier et du comte de Strafford ; et après la première ébullition de fureur, ce qui fut encore plus mortifiant, le livre sembla tomber dans l’oubli. M. Millar me dit qu’en un an il n’en vendit que quarante-cinq exemplaires. En effet, j’entendis parler à peine d’un homme dans les trois royaumes, ayant un nom dans la société ou dans les lettres, (XLIX) qui pût tolérer l’ouvrage. Je dois excepter le primat d’Angleterre, Dr Herring, et le primat d’Irlande, Dr Stone, qui paraissent deux exceptions curieuses. Ces dignes prélats m’envoyèrent chacun des lettres réconfortantes.

 

            Cependant j’étais découragé, je le confesse ; et sans la guerre qui venait d’éclater entre la France et l’Angleterre, je me fusse certainement retiré dans quelque ville de province du premier de ces royaumes ; j’aurais changé de nom et jamais je ne serais revenu dans mon pays natal. Mais comme ce projet ne pouvait alors être mis à exécution, et que le second volume était considérablement avancé, je résolus de reprendre courage et de persévérer.

 

            Dans cet intervalle, je publiai à Londres mon Histoire naturelle de la religion, avec quelques autres petits morceaux ; son entrée en scène fut plutôt obscure, si ce n’est que le Dr Hurd y répondit par un pamphlet écrit avec toute la vivacité, l’arrogance et la grossièreté antilibérale qui distinguent l’école Warbutonnienne. Ce pamphlet me consola un peu de l’accueil autrement indifférent fait à cette œuvre.

 

            En 1756, deux ans après la chute du premier volume, parut le second volume de mon histoire, contenant la période comprise entre la mort de Charles Ier et la révolution. Ce travail causa moins de mécontentement aux Whigs et fut mieux reçu. Non seulement il grandit de lui-même, mais il aida son malheureux frère à percer.

 

            (L) Cependant bien que l’expérience m’eût appris que le parti Whig avait le pouvoir de donner toutes les places, à la fois dans l’Etat et dans les lettres, j’étais si peu disposé à céder à ses clameurs déraisonnables que les changements, au nombre d’une centaine environ, que de nouvelles études, lectures ou réflexions m’ont amené à faire dans les règnes des deux premiers Stuarts, sont tous invariablement favorables au parti Tory. Il est ridicule de considérer la constitution anglaise avant cette période comme un plan régulier de liberté.

 

            En 1759, je publiai mon Histoire de la maison de Tudor. On se récria contre cet ouvrage presque autant que contre l’Histoire des deux premiers Stuarts. Le règne d’Elisabeth surtout déplaisait. Mais cette fois j’étais cuirassé contre les impressions de la folie publique, et je m’occupai très paisiblement et avec satisfaction dans ma retraite à Edimbourg de finir, en deux volumes, la toute première partie de l’Histoire anglaise que je donnai au public en 1761, avec un succès très tolérable.

 

            Mais malgré les saisons et vents divers auxquels mes écrits avaient été exposés, ils avaient fait de tels progrès que la redevance par exemplaire que me donnaient les libraires excédaient de beaucoup ce qu’on avait jamais connu jusque-là en Angleterre ; j’étais devenu non seulement indépendant, mais riche. Je me retirai dans mon pays natal d’Ecosse, déterminé à ne jamais plus (LI) en sortir, et gardant la satisfaction de n’avoir jamais adressé une requête à un homme puissant, ni même d’avoir jamais fait des avances d’amitié à quelqu’un d’eux. Comme j’avais franchi la cinquantaine, je songeais à passer tout le reste de ma vie dans cette posture philosophique, lorsque je reçus, en 1763, une invitation du comte de Hertford, que je ne connaissais pas le moins du monde, à l’accompagner dans son ambassade à Paris, avec la perspective d’être nommé sous peu secrétaire d’ambassade, et, en attendant, à remplir les devoirs de cette fonction. Je déclinai d’abord cette offre si tentante, à la fois parce que je répugnais à commencer des relations avec les grands, et parce que je craignais que les civilités et la gaieté de la société parisienne n’eussent cessé de plaire à une personne de mon âge et de mon humeur : mais sa seigneurie ayant renouvelé son invitation, je l’acceptai. J’ai toutes raisons, de plaisir et d’intérêt, de m’estimer heureux de mes rapports avec ce gentilhomme, aussi bien qu’ensuite avec son frère, le général Conway.

 

            Ceux qui n’ont jamais vu les bizarres effets de la mode ne s’imagineront jamais la réception qui me fut faite à Paris par les hommes et les femmes de tout rang et de toute position. Plus je résistais à leurs civilités excessives, plus on m’en accablait. Il y a cependant une satisfaction véritable à vivre à Paris à cause du grand nombre de gens sensés, instruits et polis, dont cette (LII) ville abonde plus qu’aucun autre lieu dans l’univers. Je pensai une fois m’y établir pour la vie.

 

            Je fus nommé secrétaire d’ambassade ; pendant l’été de 1765, Lord Hertford me quitta, à cause de sa nomination de Lord lieutenant d’Irlande. Je remplis les fonctions de chargé d’affaires jusqu’à l’arrivée du duc de Richmond, vers la fin de l’année. Au commencement de 1766, je quittai Paris, et l’été suivant, j’allai à Edimbourg, avec la même intention qu’autrefois de m’y ensevelir dans une retraite philosophique. Je revenais dans cette ville non pas plus riche, mais avec beaucoup plus d’argent et un revenu beaucoup plus considérable, grâce à l’amitié de Lord Hertfort, que lorsque je l’avais quittée. Mais, en 1767, M. Conway me demanda d’accepter l’office de sous-secrétaire d’Etat : invitation que le caractère de ce personnage en même temps que mes relations avec Lord Hertford m’empêchèrent de repousser. Je revins à Edimbourg en 1769, très opulent (je possédais un revenu annuel de mille livres), bien portant, et quoiqu’un peu chargé d’années, avec la perspective de jouir longtemps de ma tranquillité et de voir grandir ma réputation.

 

            Au printemps de 1775, j’ai été atteint d’une maladie d’entrailles, qui d’abord ne me donna aucune alarme, mais depuis est devenue, je le crains, mortelle et incurable. Je m’attends maintenant à une fin prompte. J’ai souffert très peu de cette maladie, et ce qui est le plus curieux, malgré le grand affaiblissement de mon individu, (LIII) ma gaieté ne s’est pas altérée un seul instant : à ce point que si j’avais à désigner la période de ma vie par laquelle je préfèrerais repasser, je serais peut-être tenté d’indiquer la dernière. Je possède la même ardeur à l’étude que jamais, et la même gaieté en compagnie. Je considère d’ailleurs qu’en mourant, un homme de soixante-cinq ans ne supprime que quelques années d’infirmités ; et bien que je voie beaucoup de symptômes d’un éclat nouveau et plus grand de ma réputation littéraire, je sais que je n’en pourrais jouir que peu d’années. Il est difficile d’être plus détaché de la vie que je ne le suis à présent.

 

            Pour en finir de l’histoire de mon caractère, je suis ou plutôt je fus (car c’est le temps que je dois employer maintenant en parlant de moi-même, ce qui m’enhardit d’autant plus à exprimer mon opinion) ; je fus, dis-je, un homme d’un naturel doux, maître de lui-même, d’humeur ouverte, sociable et joyeuse, capable d’attachement, mais peu susceptible d’inimitié, et d’une grande modération dans toutes mes passions. Même mon amour pour la renommée littéraire, ma passion dominante n’aigrit jamais mon caractère, malgré mes déceptions fréquentes. Ma compagnie ne fut pas désagréable aux jeunes et aux insouciants, non plus qu’aux studieux et aux lettrés ; et comme je pris un plaisir particulier dans la société des femmes modestes, je n’eus aucun motif d’être mécontent de l’accueil que je trouvai auprès d’elles. En un mot, quoique la plupart des hommes (LIV) éminents à un titre quelconque aient trouvé des raisons de se plaindre de la calomnie, je ne fus jamais touché ou même attaqué par sa dent empoisonnée, et bien que je me fusse exposé moi-même inconsidérément à la rage des factions civiles et religieuses, elles semblèrent avoir désarmé en ma faveur leur fureur habituelle. Mes amis n’eurent jamais lieu de justifier aucune circonstance de mon personnage et de ma conduite : non pas que les bigots n’eussent été heureux, on peut bien le supposer, d’inventer et de propager quelque histoire à mon désavantage, mais ils ne purent jamais en trouver une qui leur parût prendre la physionomie d’une probabilité. Je ne puis pas dire qu’il n’y a pas de vanité à faire cette oraison funèbre de moi-même, mais j’espère qu’elle n’est pas déplacée, et ceci est un point de fait qu’il est aisé d’éclaircir et de fixer.

 

                                                                                  18 avril 1776

 

 

 

 

 

 

 

Lettre de M. Adam Smith, docteur en droit,

 à M. William Strahan.

 

Kirkaldy, Fifeshire, le 09 novembre 1776

 

(LIV)

 

            Cher monsieur, c’est avec un véritable, quoique très triste plaisir, que je m’asseois devant mon bureau pour vous donner quelques détails sur les faits et gestes de feu notre excellent ami M. Hume, pendant sa dernière maladie

 

            (LV) Bien qu’à ses yeux sa maladie fût mortelle et incurable, il se laissa déterminer cependant, par les supplications de ses amis, à essayer quels pourraient être les effets d’un long voyage. Peu de jours avant de partir, il écrivit le résumé de sa vie, qu’il a confié, avec ses autres papiers, à vos soins. Mon récit commence donc où finit le sien.

 

            Il partit pour Londres vers la fin d’avril et se rencontra avec M. John Home et moi-même, qui venions tous deux de Londres pour le voir, comptant le trouver à Edimbourg. M. Home retourna avec lui et l’accompagna tout le temps de son séjour en Angleterre, ayant pour lui ces soins et cette attention qu’on pouvait attendre d’un caractère aussi parfaitement amical et affectionné. Pour moi, comme j’avais écrit à ma mère de m’attendre en Ecosse, je fus obligé de continuer mon voyage.

 

            Sa maladie sembla céder devant l’exercice et le changement d’air, et lorsqu’il arriva à Londres, il paraissait en bien meilleure santé qu’à son départ d’Edimbourg. On lui conseilla d’aller à Bath pour prendre les eaux ; pendant quelque temps, elles produisirent sur lui un bon effet apparent si bien que lui-même commençait à prendre, ce à quoi il n’était pas porté, meilleure opinion de sa santé. Cependant les symptômes revinrent bientôt avec leur violence habituelle, et à partir de ce moment, il abandonna toute pensée de guérison, et se soumit avec la plus (LVI)  entière bonne humeur, et la plus parfaite complaisance et résignation. A son retour à Edimbourg, bien qu’il se trouvât lui-même beaucoup plus faible, sa bonne humeur ne diminua pas et il continua à se distraire lui-même, comme à l’ordinaire, en corrigeant ses œuvres pour une nouvelle édition, en lisant des livres amusants, en causant avec ses amis, et quelquefois, le soir, en faisant sa partie favorite de whist. Sa bonne humeur était si grande, sa conversation et ses distractions avaient si bien conservé leur train habituel que, malgré tous les fâcheux symptômes, beaucoup d’entre nous ne pouvaient croire qu’il se mourait. « Je dirai à votre ami le colonel Edmonstone, » lui dit un jour le Dr Dundas, « que je vous ai laissé beaucoup mieux, et en bonne voie de guérison. » « Docteur, «  répondit-il, « comme je crois que vous ne voudriez pas dire autre chose que la vérité, vous feriez mieux de lui dire que je meurs aussi vite que mes ennemis, si j’en ai, pourraient le souhaiter, et aussi tranquillement et joyeusement que mes meilleurs amis pourraient le désirer. »  Le colonel Edmondstone vint aussitôt pour le voir une dernière fois, et en s’en retournant chez lui, il ne put s’empêcher de lui écrire pour lui envoyer de nouveau un adieu éternel et pour lui adresser, comme à un homme mourant, les beaux vers français dans lesquels l’abbé de Chaulieu, attendant sa propre fin, regrette de se séparer bientôt de son ami, le marquis de la Fare. La (LVII) grandeur d’âme et le courage de M. Hume étaient tels, que ses amis les plus affectionnés savaient qu’ils ne commettaient aucune imprudence en lui parlant ou en lui écrivant comme à un mourant, et que, loin d’être affecté de cette franchise, il en était plutôt satisfait et flatté. Je me trouvai venir dans sa chambre pendant qu’il lisait cette lettre, qu’il avait reçue à l’instant, et qu’il me communiqua aussitôt. Je lui dis que, bien que je m’aperçusse de son état de faiblesse extrême et que toutes les apparences fussent très mauvaises, cependant sa gaieté persistait si grande, l’ardeur de vie semblait rester si forte en lui, que je ne pouvais pas m’empêcher d’entretenir un faible espoir. Il répondit : « Vos espérances sont sans fondement. Une diarrhée habituelle d’une durée de plus d’un an serait une maladie très mauvaise à tout âge : au mien, c’est une maladie mortelle. Quand je me couche le soir, je me sens plus faible que le matin à mon lever ; et quand je me lève le matin, plus faible que la veille au soir. Je sens, en outre, que quelques-unes de mes parties vitales sont atteintes en moi, et que je dois bientôt mourir. » « Eh bien ! » Dis-je, « s’il doit en être ainsi, vous avez au moins la satisfaction de laisser tous vos amis, et la famille de votre frère en particulier, dans une grande prospérité. » Il dit qu’il ressentait cette satisfaction si vivement qu’en lisant, quelques jours auparavant, les Dialogues des Morts de Lucien, parmi tous les prétextes qu’on (LVIII) donne à Caron pour ne pas entrer de suite dans son bateau, il n’avait pu en trouver un seul qui lui convînt ; il n’avait pas de maison à terminer, point de fille à établir, pas d’ennemis dont il souhaiterait de se venger. « Je ne vois pas bien, » ajouta-t-il, « quelle excuse je pourrais fournir à Caron pour obtenir un court délai. J’ai accompli toutes les choses importantes que j’avais projeté de faire ; et je ne pourrais en aucun temps espérer laisser mes parents dans une situation meilleure que celle où je vais les quitter ; j’ai donc toutes raisons de mourir content. » Il s’amusa ensuite à inventer plusieurs excuses plaisantes qu’il supposait pouvoir invoquer auprès de Caron, et à imaginer les réponses bourrues que Caron, avec son caractère, pourrait y faire. « Tout bien réfléchi, » dit-il, « je pensais que je pourrais lui dire : Bon Caron : je corrigerais mes œuvres en vue d’une édition nouvelle. Accordez-moi un peu de temps, afin que je puisse voir comment le public accueillera les changements. » Mais Caron répondrait : « Quand vous aurez vu l’effet de ces changements, vous voudrez en faire d’autres. Il n’y a pas de fin à de pareils prétextes ; aussi, honnête ami, veuillez entrer dans le bateau. » Mais je pourrais encore insister : « Ayez un peu de patience, bon Caron, je me suis efforcé d’ouvrir les yeux au public. Si je vis quelques années de plus, je pourrai avoir la joie d’assister à la chute de quelques-uns des systèmes de superstition dominants. » (LIX) Mais Caron perdant alors tout calme et toute convenance : « Fourbe et lambin que vous êtes, cela n’arrivera pas avant des centaines d’années. Vous imaginez-vous que je vais vous accorder un bail pour un aussi long terme ? Entrez dans le bateau, à l’instant même, paresseux, lambin et fourbe que vous êtes ! »

 

            Bien que M. Hume parlât de sa fin prochaine avec sérénité, il n’affectait jamais de faire parade de sa grandeur d’âme. Il ne traitait jamais ce sujet que lorsque la conversation y conduisait naturellement, et n’insistait jamais sur ce chapitre plus longtemps que ne l’exigeait le cours de la conversation ; c’était, à la vérité, un sujet qui se présentait assez souvent, à cause des nouvelles que ses amis en visite lui demandaient naturellement de son état de santé. La conversation que j’ai rappelée plus haut, et qui eut lieu le jeudi 8 août, fut la dernière, sauf une, que j’eus avec lui. Il était alors devenu si faible que la société de ses plus intimes amis le fatiguait ; car sa bonne humeur était toujours si grande, sa complaisance et son naturel sociable étaient toujours si entiers, que lorsqu’un ami était avec lui, il ne pouvait se retenir de parler davantage, et avec plus d’effort qu’il ne convenait à sa faiblesse physique. Sur son désir donc, je consentis à quitter Edimbourg, auprès de ma mère, à condition qu’il m’enverrait chercher quand il désirerait me (LX) voir, le médecin qui le visitait très fréquemment, le Dr Black, se chargeant, dans l’intervalle, de m’envoyer de temps en temps un bulletin de l’état de sa santé.

 

            Le 22 août, le docteur m’envoya la lettre suivante :

 

            « Depuis ma dernière lettre, M. Hume a passé le temps assez bien, mais il est beaucoup plus faible. Il se lève, descend l’escalier une fois par jour et s’amuse à lire, mais il voit rarement du monde. Il trouve que même la conversation de ses plus intimes amis le fatigue et l’accable, et c’est chose heureuse qu’il n’en ait pas besoin, car il est tout à fait libre d’inquiétude, d’impatience ou de tristesse, et il passe son temps très bien avec l’aide de livres amusants. »

 

            Je reçus le jour suivant une lettre de M. Hume lui-même, donc voici un extrait :

 

                                                                                                          Edimbourg, 23 août 1776.

 

            « Mon très cher ami, je suis obligé d’avoir recours à la main de mon neveu pour vous écrire, car je ne me lève pas aujourd’hui.

 

.  .  .  .  .  .  . . .  .  .  .  .  .  . . .  .  .  .  .  .  . . .  .  .  .  .  .  . .

 

            «Je décline très vite, et la nuit dernière, j’ai eu une petite fièvre, qui, j’espérais, mettrait un terme plus prompt à cette ennuyeuse maladie, mais malheureusement elle a disparu en grande partie. Je ne peux pas accepter que vous veniez (LXI) ici à cause de moi, d’autant que je ne pourrais vous voir que très peu, mais le Dr Black vous renseignera mieux sur le degré de force qui peut de temps à autre me rester. Adieu, etc. »

 

            Trois jours après, le Dr Blanck m’envoyait la lettre qui suit :

 

                                                                                                          Edimbourg, lundi, 26 août 1776.

 

            « Cher monsieur, hier vers quatre heures de l’après-midi, M. Hume a expiré. L’approche de sa mort devint évidente dans la nuit de jeudi à vendredi ; le mal s’aggrava et l’affaiblit bientôt au point qu’il ne put plus se lever. Il conserva sa connaissance jusqu’à la fin, sans beaucoup souffrir ni ressentir d’angoisse. Jamais il ne laissa échapper la moindre expression d’impatience, et quand il eut l’occasion de parler aux personnes qui l’entouraient, il le fit toujours avec affection et tendresse. Je n’ai pas jugé à propos de vous écrire pour vous appeler, d’autant que je savais qu’il avait dicté une lettre dans laquelle il vous demandait de ne pas venir. Lorsqu’il devint très faible, il dut faire un effort pour parler, et il mourut dans une heureuse tranquillité d’esprit, que rien ne pourrait surpasser. »

 

            Ainsi est mort notre très excellent et à jamais inoubliable ami. Les hommes jugeront sans doute diversement ses opinions philosophiques, les uns approuvant, les autres condamnant, suivant (LXII) qu’ils penseront comme lui ou qu’ils rejetteront ses doctrines ; mais il n’y aura guère de divergence d’opinion sur son caractère et sa conduite. Son naturel semblait être, en effet, plus heureusement équilibré, si je puis me permettre cette expression, que celui peut-être d’aucun autre homme que j’aie jamais connu. Même dans son plus humble état de fortune, sa grande et indispensable économie ne l’empêcha jamais d’accomplir, dans les occasions convenables, des actes de charité et de générosité. C’était une économie basée, non sur l’avarice, mais sur l’amour de l’indépendance. La douceur extrême de sa nature n’affaiblit jamais soit la fermeté de son esprit, soit la constance de ses résolutions. Sa plaisanterie constante était l’effusion sincère de sa bonne nature et de sa bonne humeur, tempérée par la délicatesse et la modestie, et sans même la plus légère teinte de celle malveillance, qui est si souvent la source désagréable de ce qu’on appelle l’esprit chez d’autres hommes. Son ironie n’eut jamais l’intention de mortifier ; aussi, loin de blesser, manquait-il rarement de plaire même à ceux qui étaient l’objet de ses plaisanteries et de les charmer. Pour ses amis, que sa raillerie visait fréquemment, il n’y eut peut-être pas une seule de ses grandes et aimables qualités qui contribuât plus que celle-là à leur faire aimer sa conversation. Et cette gaieté de caractère, si agréable en société, mais qui a souvent pour cortège des qualités frivoles et superficielles, (LXIII)  était chez lui certainement accompagnée de la plus sévère application à l’étude, du savoir le plus étendu, de la plus grande profondeur de pensée, et d’une capacité à tous égards la plus vaste. En résumé, je l’ai toujours considéré, durant sa vie et depuis sa mort, comme approchant aussi près de l’idéal d’un homme parfaitement sage et vertueux, que le permet peut-être la nature de la fragilité humaine.

 

            Je suis toujours, chez monsieur, votre très affectionné,

 

                                                                                              Adam Smith.

 

 

___________

 

 

 

 

Fin

 

 

 

 

 

 

David Hume

My Own Life

Texte anglais

1776

Sommaire

 

 

 

 

MY OWN LIFE

 

            It is difficult for a man to speak long of himself without Vanity; therefore, I shall be short. It may be thought an instance of vanity that I pretend at all to write my life; but this Narrative shall contain little more than the History of my Writings; as, indeed, almost all my life has been spent in Literary pursuits and occupations. The first success of most of my writings was not such as to be an object of vanity.

 

            I was born the 26th of April 1711, old style, at Edinburgh. I was of a good family, both by father and mother: my father's family is a branch of the Earl of Home's, or Hume's; and my ancestors had been proprietors of the estate, which my brother poss esses, for several generations. My mother was daughter of Sir David Falconer, President of the College of Justice: the title of Lord Halkerton came by succession to her brother.

 

            My family, however, was not rich, and being myself a younger brother, my patrimony, according to the mode of my country, was of course very slender. My father, who passed for a man of parts, died when I was an infant, leaving me, with an elder brothe r and a sister, under the care of our mother, a woman of singular merit, who, though young and handsome, devoted herself entirely to the rearing and educating of her children. I passed through the ordinary course of education with success, and was seized very early with a passion for literature, which has been the ruling passion of my life, and the great source of my enjoyments. My studious disposition, my sobriety, and my industry, gave my family a notion that the law was a proper profession for me; but I found an unsurmountable aversion to everything but the pursuits of philosophy and general learning; and while they fancied I was poring upon Voet and Vinnius, Cicero and Virgil were the authors which I was secretly devouring.

 

            My very slender fortune, however, being unsuitable to this plan of life, and my health being a little broken by my ardent application, I was tempted, or rather forced, to make a very feeble trial for entering into a more active scene of life. In 1734 , I went to Bristol, with some recommendations to eminent merchants, but in a few months found that scene totally unsuitable to me. I went over to France, with a view of prosecuting my studies in a country retreat; and I there laid that plan of life, whic h I have steadily and successfully pursued. I resolved to make a very rigid frugality supply my deficiency of fortune, to maintain unimpaired my independency, and to regard every object as contemptible, except the improvement of my talents in literature.

 

            During my retreat in France, first at Reims, but chiefly at La Fleche, in Anjou, I composed my Treatise of Human Nature. After passing three years very agreeably in that country, I came over to London in 1737. In the end of 1738, I published m y Treatise, and immediately went down to my mother and my brother, who lived at his country-house, and was employing himself very judiciously and successfully in the improvement of his fortune.

 

            Never literary attempt was more unfortunate than my Treatise of Human Nature. It fell dead-born from the press, without reaching such distinction, as even to excite a murmur among the zealots. But being naturally of a cheerful and sanguine tem per, I very soon recovered the blow, and prosecuted with great ardor my studies in the country. In 1742, I printed at Edinburgh the first part of my Essays the world was favourably received, and soon made me entirely forget my former disappointment. I continued with my mother and brother in the country, and in that time recovered the knowledge of the Greek language, which I had too much neglected in my early youth.

 

            In 1745, I received a letter from the Marquis of Annandale, inviting me to come and live with him in England; I found also, that the friends and family of that young noble man were desirous of putting him under my care and direction, for the state of his mind and health required it. I lived with him a twelvemonth. My appointments during that time made a considerable accession to my small fortune. I then received an invitation from General St. Clair to attend him as a secretary to his expedition, whic h was at first meant against Canada, but ended in an incursion on the coast of France. Next year, to wit, 1747, I received an invitation from the General to attend him in the same station in his military embassy to the courts of Vienna and Turin. I then wore the uniform of an officer, and was introduced at these courts as aid-de-camp to the general, along with Sir Harry Erskine and Captain Grant, now General Grant. These two years were almost the only interruptions which my studies have received during the course of my life: I passed them agreeably, and in good company; and my appointments, with my frugality, had made me reach a fortune, which I called independent, though most of my friends were inclined to smile when I said so; in short, I was now master of near a thousand pounds.

 

            I had always entertained a notion, that my want of success in publishing the Treatise of Human Nature, had proceeded more from the manner than the matter, and that I had been guilty of a very usual indiscretion, in going to the press too early. I, therefore, cast the first part of that work anew in The Enquiry concerning Human Understanding, which was published while I was at Turin. But this piece was at first little more successful than the Treatise of Human Nature. On my return from Italy, I had the mortification to find all England in a ferment, on account of Dr. Middleton's Free Enquiry, while my performance was entirely overlooked and neglected. A new edition, which had been published at London of my Essays, moral and political, met not with a much better reception.

 

            Such is the force of natural temper, that these disappointments made little or no impression on me. I went down in 1749, and lived two years with my brother at his country house, for my mother was now dead. I there composed the second part of my Essays, which I called Political Discourses, and also my Enquiry concerning the Principles of Morals, which is another part of my treatise that I cast anew. Meanwhile, my bookseller, A. Millar, informed me, that my former publications (all but the unfortunate Treatise) were beginning to be the subject of conversation; that the sale of them was gradually increasing, and that new editions were demanded. Answers by Reverends, and Right Reverends, came out two or three in a year; and I found, by Dr. Warburton's railing, that the books were beginning to be esteemed in good company. However, I had fixed a resolution, which I inflexibly maintained, never to reply to any body; and not being very irascible in my temper, I have easily kept myself clear of all literary squabbles. These symptoms of a rising reputation gave me encouragement, as I was ever more disposed to see the favourable than unfavourable side of things; a turn of mind which it is more happy to possess, than to be born to an estate of ten thousand a year.

 

            In 1751, I removed from the country to the town, the true scene for a man of letters. In 1752, were published at Edinburgh, where I then lived, my Political Discourses, the only work of mine that was successful on the first publication. It was well received abroad and at home. In the same year was published at London, my Enquiry concerning the Principles of Morals; which, in my own opinion (who ought not to judge on that subject), is of all my writings, historical, philosophical, or literary, incompa rably thebest. It came unnoticed and unobserved into the world.

 

            In 1752, the Faculty of Advocates chose me their Librarian, an office from which I received little or no emolument, but which gave me the command of a large library. I then formed the plan of writing the History of England; but being frightened with the notion of continuing a narrative through a period of 1700 years, I commenced with the accession of the House of Stuart, an epoch when, I thought, the misrepresentations of faction began chiefly to take place. I was, I own, sanguine in my expectations of the success of this work. I thought that I was the only historian, that had at once neglected present power, interest, and authority, and the cry of popular prejudices; and as the subject was suited to every capacity, I expected proportional applause. But miserable was my disappointment: I was assailed by one cry of reproach, disapprobation, and even detestation; English, Scotch, and Irish, Whig and Tory, churchman and sectary, freethinker and religionist, patriot and courtier, united in their rage against the man, who had presumed to shed a generous tear for the fate of Charles I. and the Earl of Strafford; and after the first ebullitions of their fury were over, what was still more mortifying, the book seemed to sink into oblivion. Mr. Millar told me , that in a twelve-month he sold only forty-five copies of it. I scarcely, indeed, heard of one man in the three kingdoms, considerable for rank or letters, that could endure the book. I must only except the primate of England, Dr. Herring, and the primate of Ireland, Dr. Stone, which seem two odd exceptions. These dignified prelates separately sent me messages not to be discouraged.

 

            I was, however, I confess, discouraged; and had not the war been at that time breaking out between France and England, I had certainly retired to some provincial town of the former kingdom, have changed my name, and never more have returned to my native country. But as this scheme was not now practicable, and the subsequent volume was considerably advanced, I resolved to pick up courage and to persevere.

 

            In this interval, I published at London my Natural History of Religion, along with some other small pieces: its public entry was rather obscure, except only that Dr. Hurd wrote a pamphlet against it, with all the illiberal petulance, arrogance, and scurrility, which distinguish the Warburtonian school. This pamphlet gave me some consolation for the otherwise indifferent reception of my performance.

 

            In 1756, two years after the fall of the first volume, was published the second volume of my History, containing the period from the death of Charles I. till the Revolution. This performance happened to give less displeasure to the Whigs, and was bet ter received. It not only rose itself, but helped to buoy up its unfortunate brother.

 

            But though I had been taught by experience, that the Whig party were in possession of bestowing all places, both in the state and in literature, I was so little inclined to yield to their senseless clamour, that in above a hundred alterations, which farther study, reading, or reflection engaged me to make in the reigns of the two first Stuarts, I have made all them invariably to the Tory side. It is ridiculous to consider the English constitution before that period as a regular plan of liberty.

 

            In 1759, I published my History of the House of Tudor. The clamour against this performance was almost equal to that against the History of the two first Stuarts. The reign of Elizabeth was particularly obnoxious. But I was now callous against the impressions of public folly, and continued very peaceably and contentedly in my retreat at Edinburgh, to finish, in two volumes, the more early part of the English History, which I gave to the public in 1761, with tolerable, and but tolerable success.

 

            But, notwithstanding this variety of winds and seasons, to which my writings had been exposed, they had still been making such advances, that the copy-money given me by the booksellers, much exceeded anything formerly known in England; I was become not only independent, but opulent. I retired to my native country of Scotland, determined never more to set my foot out of it; and retaining the satisfaction of never having preferred a request to one great man, or even making advances of friendship to any of them. As I was now turned of fifty, I thought of passing all the rest of my life in this philosophical manner, when I received, in 1763, an invitation from the Earl of Hertford, with whom I was not in the least acquainted, to attend him on his embassy to Paris, with a near prospect of being appointed secretary to the embassy; and, in the meanwhile, of performing the functions of that office. This offer, however inviting, I at first declined, both because I was reluctant to begin connexions with the great, and because I was afraid that the civilities and gay company of Paris would prove disagreeable to a person of my age and humour: but on his lordship's repeating the invitation, I accepted of it. I have every reason, both of pleasure and interest, to think myself happy in my connexion with that nobleman, as well as afterwards with his brother, General Conway.

 

            Those who have not seen the strange effects of modes, will never imagine the reception I met with at Paris, from men and women of all ranks and stations. The more I resiled from their excessive civilities, the more I was loaded with them. There is, however, a real satisfaction in living at Paris, from the great number of sensible, knowing, and polite company with which that city abounds above all places in the universe. I thought once of settling there for life.

 

            I was appointed secretary to the embassy; and in summer 1765, Lord Hertford left me, being appointed Lord            Lieutenant of Ireland. I was charge d' affaires till the arrival of the Duke of Richmond, towards the end of the year. In the beginning o f 1766, I left Paris, and next summer went to Edinburgh, with the same view as formerly, of burying myself in a philosophical retreat. I returned to that place, not richer, but with much more money, and a much larger income, by means of Lord Hertford's friendship, than I left it; and I was desirous of trying what superfluity could produce, as I had formerly made an experiment of a competency. But, in 1767, I received from Mr. Conway an invitation to be Under-secretary; and this invitation, both the charac ter of the person, and my connexions with Lord Hertford, prevented me from declining. I returned to Edinburgh in 1768, very opulent (for I possessed a revenue of 1000L. a year), healthy, and though somewhat stricken in years, with the prospect of enjoying long my ease, and of seeing the increase of my reputation.

 

            In spring 1775, I was struck with a disorder in my bowels, which at first gave me no alarm, but has since, as I apprehend it, become mortal and incurable. I now reckon upon a speedy dissolution. I have suffered very little pain from my disorder; and what is more strange, have, notwithstanding the great decline of my person, never suffered a moment's abatement of my spirits; insomuch, that were I to name the period of my life, which I should most choose to pass over again, I might be tempted to point to this later period. I possess the same ardour as ever in study, and the same gaiety in company. I consider, besides, that a man of sixty-five, by dying, cuts off only a few years of infirmities; and though I see many symptoms of my literary reputation's breaking out at last with additional lustre, I knew that I could have but few years to enjoy it. It is difficult to be more detached from life than I am at present.

 

            To conclude historically with my own character. I am, or rather was (for that is the style I must now use in speaking of myself, which emboldens me the more to speak my sentiments); I was, I say, a man of mild dispositions, of command of temper, of an open, social, and cheerful humour, capable of attachment, but little susceptible of enmity, and of great moderation in all my passions. Even my love of literary fame, my ruling passion, never soured my temper, notwithstanding my frequent disappointments . My company was not unacceptable to the young and careless, as well as to the studious and literary; and as I took a particular pleasure in the company of modest women, I had no reason to be displeased with the reception I met with from them. In a word, though most men any wise eminent, have found reason to complain of calumny, I never was touched, or even attacked by her baleful tooth: and though I want only exposed myself to the rage of both civil and religious factions, they seemed to be disarmed in my behalf of their wonted fury. My friends never had occasion to vindicate any one circumstance of my character and conduct: not but that the zealots, we may well suppose, would have been glad to invent and propagate any story to my disadvantage, but they could never find any which they thought would wear the face of probability. I cannot say there is no vanity in making this funeral oration of myself, but I hope it is not a misplaced one; and this is a matter of fact which is easily cleared and ascertained .

 

April 18, 1776.