PHILOTRADavid Hume

Portrait de Sir Robert Walpole

Traduit par Philippe Folliot ( 2007)
Professeur de Philosophie au lycée Jehan Ango de Dieppe

 

 De

 

A CHARACTER OF SIR ROBERT WALPOLE

in

Essays & Treatises on several subjects

In two volumes

Containing

Essays, moral, political, and literary

A new edition

LONDON

Printed for T.CADELL, in the Strand;

and

A.     DONALDSON and W. CREECH, at Edinburgh

MDCCLXXVII


1ère édition : 1742 puis réduit à l’état de note de l’essai

« La politique peut-elle être réduite à une science » entre 1748 et 1768

et supprimé ensuite.

 

 

 

 

 

La traduction

Le texte anglais

 

 

 

 

 

Portrait de Sir Robert Walpole

 

Il n’y a jamais eu d’homme dont les actions et le caractère aient été examinés plus profondément et plus ouvertement que ceux du ministre actuel qui, ayant gouverné une nation libre et savante pendant si longtemps au milieu d’une puissante opposition, peut remplir une bibliothèque avec ce qui a été écrit pour et contre lui, et il est le sujet de plus de la moitié du papier qui a été noirci dans la nation ces vingt dernières années. Pour l’honneur de notre pays, je souhaiterais qu’on fît un portrait de lui avec un jugement et une impartialité tels qu’il ait quelque crédit auprès de la postérité et montre que notre liberté, au moins une fois, a été employée à bon escient. Je crains seulement de manquer de la première qualité, le jugement. Mais, s’il en est ainsi, ce n’est qu’une page de plus à jeter après cent mille autres sur le même sujet, pages qui ont péri et sont devenues inutiles. En attendant, je me flatte d’imaginer avec plaisir que le portrait qui va suivre sera adopté par les futurs historiens.

 

Sir Robert Walpole, premier ministre de Grande Bretagne, est un homme capable sans être un génie, il a un bon naturel sans être vertueux, il est constant sans être magnanime et il est modéré sans être équitable. Ses vertus, en certaines circonstances, sont affranchies de tous les vices qui les accompagnent habituellement. Il est un ami généreux sans être un ennemi acharné. Ses vices, dans d’autres circonstances, ne sont pas compensés par les vertus qui les accompagnent presque toujours. Son manque d’entreprise ne s’accompagne pas de frugalité. Le caractère privé de l’homme est meilleur que le caractère public. Ses vertus sont plus importantes que ses vices, sa fortune plus grande que sa renommée. Avec beaucoup de bonnes qualités, il s’est attiré la haine publique, avec de bonnes aptitudes, il n’a pas échappé au ridicule. Il eût été jugé plus digne de ses hautes fonctions s’il ne les avait jamais exercées, et il est plus qualifié, dans un gouvernement, pour la seconde place que pour la première. Son ministère a été plus avantageux à sa famille qu’au public, meilleur pour son époque que pour la postérité et plus pernicieux par les mauvais précédents qu’il laisse que par ses torts réels. Sous son ministère, le commerce a prospéré, la liberté a décliné et le savoir est tombé en ruine. En tant qu’homme, je l’apprécie, en tant que lettré, je le hais, en tant que Britannique, je souhaite calmement sa chute. Et, si j’étais membre de l’une des chambres, je donnerai mon vote pour l’écarter de Saint James, mais je serais heureux de le voir se retirer à Houghton Hall pour qu’il passe le reste de ses jours dans le confort et le plaisir.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A CHARACTER OF SIR ROBERT WALPOLE

 

There never was a man, whose actions and character have been more earnestly and openly canvassed, than those of the present minister, who, having governed a learned and free nation for so long a time, amidst such mighty opposition, may make a large library of what has been wrote for and against him, and is the subject of above half the paper that has been blotted in the nation within these twenty years. I wish for the honour of our country, that any one character of him had been drawn with such judgment and impartiality, as to have some credit with posterity, and to show, that our liberty has, once at least, been employed to good purpose. I am only afraid, of failing in the former quality of judgment: But if it should be so, 'tis but one page more thrown away, after an hundred thousand, upon the same subject, that have perished, and become useless. In the mean time, I shall flatter myself with the pleasing imagination, that the following character will be adopted by future historians.

 

Sir Robert Walpole, prime minister of Great Britain, is a man of ability, not a genius; good-natured, not virtuous; constant, not magnanimous; moderate, not equitable; His virtues, in some instances, are free from the allay of those vices, which usually accompany such virtues: He is a generous friend, without being a bitter enemy. His vices, in other instances, are not compensated by those virtues which are nearly allyed to them; His want of enterprise is not attended with frugality. The private character of the man is better than the public: His virtues more than his vices: His fortune greater than his fame. With many good qualities he has incurred the public hatred: With good capacity he has not escaped ridicule. He would have been esteemed more worthy of his high station had he never possessed it; and is better qualified for the second than for the first place in any government. His ministry has been more advantageous to his family than to the public, better for this age than for posterity, and more pernicious by bad precedents than by real grievances. During his time trade has flourished, liberty declined, and learning gone to ruin. As I am a man, I love him; as I am a scholar, I hate him; as I am a Briton, I calmly wish his fall. And were I a member of either house, I would give my vote for removing him from St. James’s; but should be glad to see him retire to Houghton-Hall, to pass the remainder of his days in ease and pleasure.